Cyclone Chido à Mayotte : "On va droit vers une crise sanitaire" assure le sénateur Saïd Omar Oili
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Quelles solutions concrètes le gouvernement peut-il apporter à Mayotte ? Des solutions concrètes, c'est ce qu'a promis François Bayrou, le Premier ministre, qui est depuis un peu plus de 4 heures maintenant dans l'archipel, 15 jours après la catastrophe. Il vient de promettre un plan Mayotte debout dont il déclinera les mesures dans la journée, dans les semaines et les mois à venir. Et c'est peu dire qu'il est attendu, François Bayrou, avec les membres de son gouvernement. Appelez-nous au standard d'Inter, il est ouvert, 01-45-24-7000, et vous pouvez nous écrire également, comme d'habitude, sur l'application de Radio France. Avec nous en studio, Florent Vallée, bonjour. Bonjour.
Vous êtes le directeur de l'urgence et des opérations de la Croix-Rouge. François Gemmène, bonjour également. Bonjour. Professeur AHEC, président du conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l'Homme, et membre du GIEC, le groupement d'experts des Nations Unies sur le climat. Je voudrais qu'on vous entende surtout dans la deuxième partie de l'entretien, quand on abordera la reconstruction de Mayotte et la façon d'éviter, d'essayer d'éviter de reproduire les mêmes erreurs. Et puis avec nous, en direct de Mayotte, Saïd Omar Wali, bonjour.
Bonjour, monsieur. Bonjour et bonjour à tout le monde.
Bonjour, merci. Si vous êtes sénateur de Mayotte, vous siégez au Sénat avec le groupe macroniste. Dites-nous, justement, vous qui êtes sur place, dans quel état d'esprit les Mahorais accueillent-ils ce matin le Premier ministre et la délégation gouvernementale ?
Écoutez, la situation est compliquée et très difficile. Moi, depuis ce matin, ici à Mayotte, je ne reçois que des plaintes, des plaintes des gens qui me disent qu'ils n'ont pas eu d'eau, les rations ne sont pas là, on annonce beaucoup d'aide et qu'ils ne le voient pas. Donc, la situation est très compliquée, d'autant plus que, moi, une de mes déceptions, c'est qu'il y a une très grosse délégation ministérielle qui est là et que le Premier ministre, dans son programme, n'a pas jugé utile d'aller visiter au Moyen-Undonville. Je pense que ça aurait été nécessaire d'aller voir ce qui se passe parce que là où, hier, il n'y avait plus de casanthole, ça y est, c'est déjà presque tout reconstruit.
C'est à l'identique et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, c'est-à-dire que si demain, avec le sol trempé, on va aller encore à des drames beaucoup plus conséquentes que maintenant.
On va parler justement du danger que tout ressorte de terre, que tout se reconstruise comme auparavant, effectivement, que Mayotte soit toujours vulnérable, reste vulnérable à ces catastrophes naturelles. Mais vous disiez votre déception de voir François Bayrou éviter une visite dans un bidonville à la rencontre des habitants. Certains disent aussi trop tard, 15 jours après la catastrophe et trop court, 12 heures seulement sur place. Que dites-vous, Saïd Omarouali ?
Oui, tout à fait. Il y a des ministres qui vont rester. Le ministre des Outre-mer va rester jusqu'à mercredi. Mais ça aurait été bien que le premier ministre aille se rendre compte lui-même du désastre qu'il y a dans les bidonvilles.
Et surtout que si on laisse construire, c'est ce que je disais à chaque fois, c'est qu'on a beau avoir les beaux discours, on a beau avoir des discours éclairés, etc., etc., mais si on ne règle pas la problématique de l'habitat informel, on n'aura rien réglé et que si demain, les mêmes phénomènes, parce que nous sommes aujourd'hui dans une région très vulnérable, et les mêmes causes, comme je l'ai dit, produisant les mêmes effets, donc la situation risque d'être encore plus difficile à gérer qu'aujourd'hui. Aujourd'hui, Mayotte manque d'eau. Aujourd'hui, Mayotte manque de nourriture. Aujourd'hui, en plus, nous sommes en pleine saison de pluie.
Ce qui fait qu'à chaque fois, quand il y a des nuages, les gens ne durent pas, les gens sont fatigués, les gens sont exténués, et que de plus en plus, il y a des voix qui se lèvent, en quelque sorte, qu'on a été abandonné. Il y a Mayotte, et je le comprends.
Il y a le concret, Saïd Omar Wali, et puis il y a ce... Et on va parler du concret, on imagine évidemment que François Bayrou ne va pas tout régler en 12 heures, mais il y a des annonces qui sont très attendues par les habitants. Et puis il y a ce sentiment d'abandon dont vous parlez. François Bayrou lui-même a été très critiqué parce qu'il s'est rendu au conseil municipal de Paule au lendemain de sa nomination, au lieu de participer physiquement à la cellule de crise pour Mayotte, parce qu'il a nommé son gouvernement, il a formé son gouvernement le jour du deuil national. Il y a un lien de confiance qu'il faut absolument commencer à rétablir. C'est aussi ça l'enjeu de cette visite.
Je pense, mais ça sera très difficile et ça sera très très long, parce que les Mahorais aujourd'hui, lorsque vous avez faim, lorsque vous avez votre habitat, lorsque vous n'avez plus d'endroit pour habiter, et qu'il n'y a aucune solution de proposer, solution alternative. Nous nous pensons tous, lorsqu'il y a des inondations, lorsqu'il y a des phénomènes naturels en métropole, on voit qu'il y a tout de suite des solutions qui sont proposées hors à Mayotte, et c'est vrai. C'est vrai, malgré l'arrivée du président de la République, et malgré le premier ministre et plusieurs ministres, ils ont cette impression d'être abandonnés effectivement par la merpatrie.
Restez avec nous, évidemment, en direct de Mayotte, Saïd Omarou Ali, sénateur de Mayotte. Vous parliez de ces habitants qui vous disent qu'il nous manque de tout, il nous manque de l'eau, il nous manque de la nourriture. Parlons concrètement de ce qu'il faudrait faire encore. Florent Vallée, directeur de l'urgence de la Croix-Rouge, l'avion de François Bayrou s'est posé à Mayotte ce matin, avec deux tonnes et demie d'aide humanitaire, des pastilles pour désinfecter l'eau, des produits médicaux pour les dialyses, par exemple. Quelles sont les priorités urgentes, très concrètes, aujourd'hui, auxquelles doit répondre le gouvernement ?
La priorité, elle est toujours la même. C'est le besoin de la population. Le besoin de la population, c'est de boire, de manger, de s'abriter et de se soigner. Ça, c'est les premiers besoins essentiels sur lesquels on se concentre, où tout le monde se concentre pour essayer d'apporter une réponse. Et c'est ça que les gens ont besoin tout de suite maintenant. Bien sûr que les cases ont été reconstruites. Les gens ont besoin de s'abriter. Il ne faut pas arriver. Ils cherchent des solutions pour s'abriter. Donc oui, ils vont reconstruire. Par contre, comment construisons-nous ? Comment on va pouvoir reconstruire demain ? C'est ça qu'il faut travailler.
Sur l'eau, besoin premier, évidemment. Sur la nourriture, il y a eu une amélioration. Ça a été très, très lent au départ. Il y a eu une amélioration, bien sûr, au fil de ces 15 derniers jours. Quelle est la situation aujourd'hui ?
Il y a une amélioration. Mais 77% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Donc l'amélioration, elle est timide. Elle veut être dans les magasins, mais il faut pouvoir aller distribuer et apporter une aide aux personnes. Mayotte, c'est grand Mayotte. C'est 320 000 personnes qui habitent au quotidien. Il faut se déplacer.
320 000 personnes sur un territoire à la fois grand et relativement petit par rapport au nombre d'habitants. C'est un taux de densité de population 8 fois supérieur à l'Hexagone.
Oui, tout à fait. Il faut une heure d'un bout à l'autre de Mayotte pour traverser en temps normal, en voiture. Là, c'est beaucoup plus long. Donc c'est beaucoup de défis logistiques pour aller au plus près de la population, pour aller sur toutes les zones et pouvoir distribuer l'ensemble des biens de première nécessité.
Est-ce qu'il y a un risque de maladie, d'épidémie ? On parlait de l'eau. Évidemment, il y a l'eau potable, mais il y a les eaux croupies, les eaux qui peuvent effectivement transmettre ces maladies. C'est un risque urgent également aujourd'hui ?
Comme dirait, c'est des maourais qui me l'ont dit un jour, au moment de la crise hydrique, l'eau, c'est la vie. Donc en fait, pas d'eau, pas de vie. Donc tout ce qui est croupi, on a besoin de boire. Donc on va boire de l'eau croupie. Bien sûr que derrière, ça va amener des maladies. Ça va amener des maladies hydriques, un problème digestif et autres. Mais il faut le comprendre, les chiens n'ont pas de joie. Donc on a distribué des aquatabs, donc ces fameux pastilles qui permettent de rendre l'eau un petit peu plus potable. Et c'est là-dessus qu'il faut travailler.
Dans un premier temps, c'est redistribuer ce type d'aquapad, dite d'aquatab, distribuer de l'eau, en tout cas donner accès à l'eau à l'ensemble de la population pour pouvoir travailler sur l'hygiène.
Sur l'accès aux soins, il y a un hôpital de campagne qui est en fonction depuis un peu moins d'une semaine maintenant. On sait que la réserve sanitaire, donc l'appel au renfort aux médecins, aux professionnels de santé a été lancé très rapidement après la catastrophe. Est-ce que ça a permis d'améliorer les choses ? Est-ce que les Mahorais sont correctement soignés aujourd'hui ? Je ne pourrais pas dire
qu'ils soient correctement ou pas correctement soignés. En tout cas, oui, ça a permis d'améliorer les choses.
Est-ce qu'il y a suffisamment de moyens pour les soigner ?
Il y a beaucoup de moyens qui sont sur place. C'est comme l'eau, c'est comme la nourriture. Il faut aller vers. L'hôpital, il est sur un endroit et ensuite, vous avez des dispensaires qui sont en œuvre. Il faut pouvoir rouvrir tous les dispensaires et apporter les services partout sur l'île. Il faut aller vers les gens. sur toutes nos missions actuellement, c'est pratiquement 80% des gens qu'on voit auxquels il faut apporter des soins sur des petites plaies. Mais c'est des petites plaies qui vont s'infecter. On est sous les tropiques, donc il faut aller très vite. Il faut vraiment travailler sur l'hygiène. Donc on revient à l'eau, à nouveau. C'est un peu une boucle infernale.
Donc ça, ce sont les défis urgents auxquels les Mahorais, bien évidemment, et le gouvernement sont confrontés. Saïd Omar Wali, il y a aussi la question du bilan humain, on sait, qui est très incertaine, qui a été sujet à polémique également. Il est le bilan officiel pour l'instant de 39 morts et plus de 4000 blessés. Est-ce qu'il y a toujours une incertitude sur le bilan ? Est-ce que vous faites partie de ceux qui parlaient encore de milliers de morts potentielles ou pas plus maintenant ?
Non, moi, je vais revenir d'abord par rapport à ce que monsieur a dit, par rapport à l'eau, et vous donner, je dirais, une mesure de grandeur.
le professeur de Mayotte
a dit que dans les dix jours dans le cyclone, on a distribué environ 390 000 bouteilles d'eau sur une population de 320 000 habitants. Vous faites le calcul, c'est-à-dire que pendant dix jours, on a donné une bouteille d'eau à une famille. Qu'est-ce que vous voulez que les gens aillent faire ?
Une bouteille d'eau par famille en dix jours, c'est ce que vous dites ?
Oui, mais 390 000 bouteilles. Oui, c'est ça. Donc, qu'est-ce que vous voulez que les gens fassent ? Alors qu'il n'y a pas longtemps, nous, on vient de sortir du choléra à Mayotte. Le choléra, ça fait déjà des années et des années que ça ne tue plus en Europe. Le choléra tue à Mayotte et que nous avons peur que de cette crise cyclonique, on va aboutir rapidement à une crise sanitaire. et ça, ce sera la catastrophe parce qu'effectivement, il y a des gens qui sont dans les bidonvilles qui n'arrivent pas à descendre pour se faire soigner. Parfois, ce sont des soignants, des bénévoles qui vont là-bas.
Il y a même un reportage qui a été fait il n'y a pas longtemps d'un jeune de 13 ans qui s'est fait médecin en disant qu'il est médecin avec son professeur. Il est parti soigner les gens là-haut parce que les gens ne peuvent pas venir parce que c'est montagneux. Donc, vous voyez, tous ces risques-là, nous les avons et qu'on va droit à une crise sanitaire sans précédent parce qu'il y a des décès partout. Effectivement, concernant les décès, moi, je dis aux gens faites très attention. Moi, ça fait 25 ans que je suis un élu local. Je connais mes électeurs et je l'ai dit dès le départ que quand je vais dans les quartiers, c'est le silence. Je ne vois pas les gens qui étaient là avant.
Ils sont partis où ? Et quand je pose la question, les gens me disent qu'on ne sait pas où est-ce qu'ils sont partis. En tout cas, on ne les a pas expulsés si c'est des étrangers. Mais ils sont partis où ? Et pourquoi le jour, et c'est là où, justement, c'est une des raisons que je demande absolument, et je l'ai demandé, j'ai fait la demande, il y a une commission d'enquête pour que tout, on tire toutes les conséquences de cette crise. parce que si le jour de... Nous, on le voit à la télé, quand il y a des catastrophes comme ça, qu'est-ce qu'on en voit ? On en voit des chiens et des sauveteurs qui vont dans les décombres chercher s'il y a des survivants. Pourquoi ça n'a pas été fait ?
Et ça n'a jamais été fait. Aujourd'hui, on nous dit qu'il y a quelques sites où l'État est allé regarder, mais où est le bilan ? Pour l'instant, le gouvernement
dit toujours, le Premier ministre, le ministre des Outre-mer, Emmanuel Valls, disent toujours, ce sera plusieurs dizaines, peut-être au pire, plusieurs centaines de victimes et pas plusieurs milliers. Vous avez d'un mot, Florent Vallée, à la Croix-Rouge, toujours des agents, peut-être des bénévoles dont vous n'avez pas de nouvelles ?
On a à peu près des nouvelles de tout le monde, encore quelques bénévoles, mais c'est une petite dizaine de bénévoles.
Oui. En tout cas, cette question du bilan, on le voit, fait partie des questions qui préoccupent énormément les Mahorais, à tort ou à raison, parce qu'on ne trouve pas effectivement ces victimes potentielles, mais ça fait partie des questions auxquelles François Bayrou doit répondre sur place aujourd'hui. Venons-en au moyen et au long terme. C'est la question de la reconstruction. François Gemmène, c'est sur cette question que je voudrais vous entendre particulièrement. vous insistez sur le fait que le phénomène naturel, ici le cyclone, n'est jamais la seule cause d'une catastrophe. Il faut partir de cela pour penser la reconstruction.
Oui, effectivement, je crois que c'est très important, pardonnez-moi l'expression, de ne pas tout mettre sur le deux du climat. Et on a bien vu certaines réactions après les catastrophes qui étaient du type on vous l'avait bien dit, vous auriez dû écouter le GIEC, etc. Attention, ce qui provoque la dévastation et l'ampleur de la catastrophe qu'on voit, c'est la rencontre d'un risque naturel, en l'occurrence le cyclone ici, avec une vulnérabilité. Cette vulnérabilité, elle est de nature politique, sociale, économique. On a parlé de l'habitat informel, on a parlé du taux de pauvreté à Mayotte et c'est la rencontre de ce risque avec la vulnérabilité qui va provoquer la catastrophe.
Donc, bien sûr, sur la question du risque, il est vraisemblable que le cyclone ait été dopé par les températures de l'Océan Indien. Là, on a eu une première étude d'Imperial College qui tend à montrer que le changement climatique aurait fait passer l'ouragan, le cyclone de catégorie 3 à catégorie 4. Mais ce qui crée la dévastation, c'est évidemment l'habitat informel, c'est le fait que les gens n'ont pas été mis à l'abri comme ils auraient dû l'être, c'est le taux de pauvreté, c'est l'absence de moyens et c'est globalement le sous-investissement chronique à Mayotte depuis le référendum de 1974 et depuis que Mayotte est devenu un département en 2011.
Et en même temps, il y a la nécessité de ne pas reconstruire, de ne pas refaire les mêmes erreurs, de ne pas reconstruire comme avant et nos invités Florent Vallée, Saïd Omar, Wally nous disent les cases, les bidonvilles commencent déjà à ressortir de terre. François Bayrou dit à l'instant à Mayotte que l'objectif est de reconstruire d'ici deux ans, il faut aller vite, il y a une loi spéciale pour accélérer les choses, pour faciliter les procédures. le risque quand il y a une urgence comme ça, 90% des logements détruits ou endommagés, c'est justement de reproduire les erreurs.
Bien sûr, on a tendance, parce que les gens vont avoir tendance à revenir dans les bidonvilles, à revenir à l'endroit qu'ils connaissaient. Or l'enjeu, j'espère que le gouvernement l'annoncera ce soir, l'enjeu ça va être à mon avis un grand plan de logement aussi parce que dans une démocratie moderne, je suis désolé, il n'est pas normal qu'on ait des bidonvilles de cette importance, il n'est pas normal qu'on laisse les gens dans l'abandon, quel que soit leur statut.
Alors bien sûr, sur les 320 000 habitants de Mayotte, on estime qu'il y a environ 100 000 Comoriens dont une bonne partie, on parle de la moitié, seraient en situation irrégulière, mais il y a une véritable nécessité de faire quelque chose aussi pour ces gens qui sont là et qui vont, à l'évidence, rester là. Et donc la question du logement est à mon avis une question prioritaire. L'autre question, c'est la question de la mise à l'abri. On estime que seulement un Comorien sur 10 est allé dans les abris officiels parce que les gens et en particulier ceux en situation irrégulière avaient peur que s'ils allaient dans les abris, la police leur mette le grappin dessus et ne les expule.
S'il vous rappelez que ces dernières années, la moitié des reconduites à la frontière en France, c'était à Mayotte qu'elles avaient lieu. Et donc là, il y a un vrai enjeu aussi dans les rapports de l'État avec la population.
D'un mot, Saïd Omar Wally, ça nécessite plus d'un mot, c'est une question complexe, mais François Bayrou vient parler avec vous et vos homologues élus de Mayotte de cette loi spéciale qui doit permettre d'accélérer la reconstruction. Qu'est-ce que vous en attendez ?
Écoutez, cette loi spéciale a été déjà conçue. Comme disait un grand monsieur, que je ne vais pas citer son nom, que vous allez deviner, tout ce qui est fait sans nous, pour nous, est fait contre nous.
Et donc, vous trouvez que cette loi spéciale n'a pas été élaborée suffisamment en concertation, qu'elle a été faite à Paris sans vous ?
Ben oui, ça a été conçu à Paris, maintenant on va nous demander notre...
Elle doit être représentée vendredi au Conseil des ministres, elle peut encore être amendée.
Il faut qu'il y ait une co-construction au départ, et que nous posions nous-mêmes les bases, et à partir de là, on voit ce qu'on peut faire. Mais quand on lit la loi à la marge, on voit qu'on a mis plus en avant les constructions scolaires, et pas le reste. Mais comme je l'ai dit au départ, je conclue par ce que j'avais dit, tant qu'on n'aura pas trouvé une solution sur l'habitat informel, sincèrement, tous les beaux discours, tout ce qu'on va proposer à Mayotte, sera une histoire.
Justement sur l'habitat informel, le maire de Mamoudzou juge nécessaire, indispensable, que cette loi spéciale contienne un article pour interdire les bidonvilles à Mayotte. C'est possible, c'est souhaitable, selon vous ?
Allô ? Là, je n'ai pas entendu la question, parce que je suis dans le bus, là. Je n'ai pas entendu. Je répète la question. Je ne vous entends pas du tout.
Est-ce que vous nous entendez, Saïd Omar Wali ?
Oui, je ne vous entends plus, là, parce que je suis dans le bus.
Ne vous inquiétez pas, vous êtes en pleine visite ministérielle, et on comprend très bien, effectivement, que vous courriez un peu partout, et on vous remercie de nous répondre en direct sur France Inter. On va essayer de vous retrouver dans quelques instants. Sur l'interdiction des bidonvilles, c'est une mesure qui paraît radicale. Florent Vallée, que disent les gens sur place ?
Ça serait extrêmement bien. Je ne sais pas ce que disent les gens sur place, mais soyons réalistes, ça serait extrêmement bien. Mais où les gens vont aller habiter ? Aujourd'hui, vous aviez à peu près 100 000 personnes qui vivaient dans ces bidonvilles, qu'est-ce qu'on leur offre ? Là, ils ont besoin d'un abri immédiatement. Ce n'est pas dans deux ans ou dans quatre ans, c'est maintenant.
Donc, ils vont se reconstruire ? Donc, ils sont déjà reconstruits. On le voit sur les images, on le voit sur les photos,
on voit très bien que plein de choses sont reconstruites.
Le sujet des bidonvilles, c'est aussi celui de l'immigration illégale, évidemment. Les deux sont indissociables puisque 100 000, et vous avez cité le chiffre, François Gemmène, 100 000 comoriens univers à Mayotte. C'est une estimation d'un tiers de la population effectivement écomorienne. Des élus maorais, des membres du gouvernement, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau en tête, juge que cette catastrophe doit être l'occasion de durcir les mesures pour lutter contre l'immigration clandestine venue des comores. Est-ce que ça doit être une priorité ? Est-ce que c'est le bon moment ?
Attention à ne pas instrumentaliser la catastrophe à des fins politiques, et je crois qu'il y a quelque chose un peu d'indigne, il faut le dire, à tout de suite, alors même que certains corps n'étaient pas enterrés, à venir dire il faut réformer la politique d'immigration. Très clairement, on est ici dans une histoire très très compliquée.
Il faut rappeler qu'il y a eu dans l'archipel des comores un référendum en 1974 et que Mayotte est la seule à avoir décidé de rester française tandis que les trois autres îles des comores ont choisi de devenir indépendantes et que depuis, le pouvoir comoréen considère toujours qu'il exerce la souveraineté sur Mayotte et que Mayotte reste un territoire comoréen. Donc on est dans une histoire très très compliquée avec évidemment une situation d'immigration qui est très particulière en raison du contexte historique.
Et beaucoup d'élus et d'habitants maoraires réclament des mesures plus dures contre l'immigration. C'est un... Bien entendu. Ce sont des revendications qui sont pourront beaucoup là-bas. Et on verre à peu près
150 millions d'euros d'aides au développement aux comores en échange d'un contrôle plus strict de l'immigration. Je pense qu'il va falloir parvenir à avoir une relation plus pacifiée effectivement sur ce sujet. Et donc bien sûr il faudra que ce sujet fasse partie du plan de reconstruction et effectivement un des éléments qui cause la vulnérabilité à Mayotte c'est que tant de personnes soient dans une situation irrégulière et donc ne soient pas correctement logées n'aient pas cherché l'aide auprès des autorités. Ça c'est un vrai sujet. Attention de ne pas instrumentaliser la catastrophe à cette fin néanmoins.
Et vous en avez parlé au-delà de l'urgence humanitaire au-delà même de la question du moyen terme et de la reconstruction il y a la question des relations entre l'Hexagone et les territoires d'outre-mer et Mayotte en particulier. il y a la nécessité là et peut-être que cette catastrophe peut-être une prise de conscience de changer totalement la nature
de ces relations. On est aujourd'hui très clairement avec Mayotte avec un sentiment de territoire un peu abandonné par la République.
Je fais une parenthèse avec le message d'Armel sur l'application de Radio France justement. Je voudrais exprimer la honte que je ressens depuis le cyclone. Sont-ils des concitoyens de première, seconde voire troisième zone ? Soit Mayotte c'est la France soit ça ne l'est pas.
Mais exactement. Enfin on a un PIB par habitant à Mayotte qui est quatre fois inférieur à celui de l'Hexagone. Et puis même dans la séquence politique ou médiatique on avait l'impression alors qu'on était face ici à une des plus grandes catastrophes climatiques qui est connue la France que 24 heures après on était déjà passé à autre chose. On était déjà passé à des polémiques politiques. On était déjà passé à des questions pour savoir qui allait être ministre dans le gouvernement de François Bayrou.
Que disait Manuel Valls nouveau ministre des Outre-mer ici même la semaine dernière quand se calment les fièvres sociales ou économiques que passent les tornades ces territoires retombent dans l'oubli.
Mais je prends la comparaison avec l'uragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans et la Louisiane une vingtaine d'années. On ne parlait que de ça dans les médias américains pendant au moins un mois après l'uragan. Ici on a l'impression qu'en 24 heures on était passé à autre chose comme si c'était une catastrophe qui se produisait loin dans le monde alors qu'on est en France.
Et pour vous justement Florent Vallée qui gérait l'urgence à la Croix-Rouge ça a des conséquences cette relation souvent distendue parfois paternaliste entre Paris et les Outre-mer elle a des conséquences concrètes ?
Ça a des conséquences concrètes pour nos actions dans les actions du quotidien ça n'a pas des conséquences à la Croix-Rouge puisqu'en fait on est déjà implanté à Mayotte au quotidien on a plus de 150 salariés plus de 200 volontaires on a un prépositionnement de stock parce qu'on sait que c'est une zone cyclonique mais aussi une zone sismique importante donc on a des stocks prépositionnés à Mayotte pour répondre à la crise pour répondre à un cyclone d'ailleurs là l'urgence elle est aussi de reconstituer ce stock parce que demain on est au tout début de la saison cyclonique demain il peut y avoir un autre cyclone et il faut pouvoir réagir immédiatement
En un mot quelques secondes sur la rentrée des classes elle est prévue toujours officiellement le 13 janvier ce sera sans doute au moins une semaine plus tard peut-être encore plus on sait que des collèges servent encore d'abri aujourd'hui des écoles
Oui nous-mêmes on est hébergés dans un collège donc on cherche des solutions pour héberger les volontaires c'est plus de 80 personnes qui sont sur place actuellement qu'il va falloir héberger ailleurs mais l'éducation c'est aussi la priorité
Et c'est pour ça qu'Elisabeth Borne effectivement la nouvelle ministre de l'éducation nationale fait partie de cette délégation ministérielle avec François Bayrou Merci à tous les trois vraiment Florent Vallée de la Croix-Rouge François-Gemaine du GIEC et Saïd Omar Wally sénateur de Mayotte Merci d'avoir d'être venu nous voir dans le grand entretien et de nous avoir répondu en direct de l'archipel 8h46 la revue de presse à suivre Merci à tous les deux