Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air· 4 septembre 2025 11 min

Écrans, réseaux : l'alerte

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

nouvelle saveur Tic Tac ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Ce matin, la commission d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs a remis son rapport. La mort du vidéaste Jean Pormanove a une nouvelle fois démontré qu'au bout de nos écrans, il y a parfois la jungle, des contenus dégradants, humiliants et d'une grande violence.

La société et les politiques cherchent les bons outils et les bonnes pratiques pour protéger les plus jeunes. En cette rentrée, les plus jeunes doivent mettre leur portable sur pause. Nous en parlons ce soir avec Virginie Sassoon, docteure en sciences de l'information et de la communication, directrice adjointe du Clemi et co-autrice de "Faire la paix avec nos écrans".

Le portable était déjà interdit dans les cours de récréation et les salles de classe depuis 2018. Ca veut dire quoi, le mettre sur pause vraiment? - V.Sassoon: Cette généralisation et cette systématisation répondent au besoin des enseignants d'avoir la pleine attention de leurs élèves.

L'idée est vraiment de mettre le sujet sur la table et d'impliquer les parents aussi sur cette question. - C.Roux: Concrètement, ils arrivent en cours et ils mettent leurs téléphones dans des pochettes? - V.Sassoon: Tout à fait.

Donc ils sont pleinement attentifs les uns aux autres et aux enseignants. C'est une promesse essentielle. - C.Roux: Les enseignants pointent la difficulté de mettre en oeuvre cette mesure.

Ils veulent interdire. On a l'impression que c'est le seul moyen pour que ce soit appliqué. - V.Sassoon: Cette interdiction n'a aucun sens si l'école n'a pas un rendez-vous éducatif ambitieux pour apprendre à développer l'esprit critique. - C.Roux: Est-ce qu'on sait vraiment, aujourd'hui, les effets des réseaux sur nos enfants?

Que ce soit sur le développement neurologique, sur leur comportement...

Anxiété, manque d'empathie, troubles de la personnalité et du sommeil, dépression, harcèlement...

On sait le documenter, aujourd'hui? - V.Sassoon: On sait très bien le documenter.

Un rapport remis au président de la République en 2024 était une excellente synthèse. Il a fait consensus sur les bons usages des écrans, les dangers. - C.Roux: Certains jeunes expriment leur mal-être, la façon dont ils sont descendus dans une espèce d'enfer, à ne plus réussir à dormir, à se sentir plus moches que les autres, à plonger dans une vraie dépression.

Il y a un effet spécifique de TikTok? - V.Sassoon: L'emprise toxique de TikTok n'est plus à démontrer.

L'algorithme, la manière dont certains contenus peuvent agir sur la concentration de nos adolescents n'est plus à prouver. Il suffit de leur en parler. Si vous avez des adolescents sur TikTok, eux-mêmes sont capables de vous dire que c'est très difficile de se réguler. - C.Roux: Vous dites que la solution n'est pas d'interdire.

La Chine, d'où vient TikTok, a décidé de limiter le temps d'écran pour les enfants de moins de 13 ans. - V.Sassoon: Interdire sans éduquer, ce n'est pas un projet collectif, un projet pour notre société, un projet éducatif.

Il faut pouvoir concilier les deux. Les parents ont besoin aussi des pouvoirs publics, pour réguler l'accès aux réseaux sociaux. Mais cette interdiction doit s'accompagner d'une ambition éducative, citoyenne, d'une prise de conscience, où on a tous atteint un niveau de maturité sur le sujet des écrans. - C.Roux: Déclencher des mesures d'interdiction d'une manière brutale, c'est parce qu'on n'arrive pas à gérer?

On est dans l'urgence? - V.Sassoon: Dans une urgence à la fois intime et citoyenne.

C'est ce qu'on a voulu montrer dans ce livre. On a des difficultés, avec nos enfants, à faire appliquer ce qu'on sait pourtant... - C.Roux: On va revenir aux parents.

Juste, sur les nouveaux acteurs, au bout du téléphone de nos enfants...

Il y a ChatGPT, OpenAI...

Des parents, aux Etats-Unis, ont accusé cet agent conversationnel d'avoir encouragé leur enfant à se suicider. On a des enfants qui se sentent seuls le soir et qui discutent avec une IA. Vous sonnez l'alerte? - V.Sassoon: Il faut sonner l'alerte sur l'information que les parents doivent avoir sur ces IA.

On a besoin d'une éducation aussi pour les parents. Ils ont besoin d'informations. Quelle est la place que vont prendre ces robots conversationnels dans la vie de leurs enfants et leur intimité?

Il y a des enfants qui demandent le matin comment ils doivent s'habiller à ChatGPT. Ca va de plus en plus loin. Il faut aussi sensibiliser et informer les parents. - C.Roux: Il y a aussi certains parents...

La moitié des enfants de moins de 11 ans, quotidiennement, sont sur les réseaux sociaux. Les parents ont le réflexe facile de l'écran. Vous dites qu'il faut éduquer les parents.

Une partie de la société ne comprend pas les dommages collatéraux qu'il peut y avoir? - V.Sassoon: Nous somme tous vulnérables face à ce système d'économie de l'attention.

Face à cette vulnérabilité, il y a des parents qui ont plus de moyens que d'autres pour réagir, pour créer des alternatives désirables, pour sortir leurs enfants de cette emprise des écrans. Je ne veux pas avoir un discours caricatural car il y a de bons usages des écrans, mais on n'est pas tous égaux face à la surexposition aux écrans. - C.Roux: L'épisode récent qui a heurté l'ensemble de la société française, c'est la mort du streameur Jean Pormanove. il y a 2 jours.

Elle a littéralement vu son fils mourir en direct. Elle refuse d'effacer cette vidéo car c'est la dernière image qu'elle a de lui. Comment on éduque les enfants pour leur dire que ce n'est pas un bon usage des réseaux? - V.Sassoon: Il faut commencer par montrer l'exemple, être capable de se déconnecter et de transmettre des messages sur les interdictions.

Quand on interdit à son enfant de regarder trop longtemps TikTok, de dormir avec son téléphone le soir dans la chambre ou de le regarder le matin, c'est prendre soin de lui. Il faut passer de la posture parfois difficile à tenir en famille à être capable d'expliquer ça. Mais on ne peut pas le faire seuls. - C.Roux: Il y a beaucoup d'humilité dans votre démarche et votre livre, car vous racontez votre expérience personnelle à hauteur de parent.

Vous avez 3 enfants. Avez-vous réussi? - V.Sassoon: En fait, c'est un combat quotidien.

Quand vous posez un cadre...

Là, c'est la rentrée, c'est le moment d'en parler et de faire sa petite introspection personnelle. C'est le moment de partager avec ses enfants. Le système nous empêche parfois de profiter l'un de l'autre, d'être attentifs les uns aux autres.

On doit faire équipe avec nos enfants. Je parle des adolescents car les petits ont besoin d'un cadre clair et évolutif. C'est le moment d'y réfléchir. - C.Roux: Certains proposent l'interdiction totale des réseaux sociaux avant 15 ans, un couvre-feu numérique pour les 15-18 ans.

Ce sont les propositions de G.Attal et M.Rufo.

Dans l'urgence, ce n'est pas bien, ces mesures? - V.Sassoon: C'est bien si on offre des alternatives aux adolescents pour communiquer entre eux.

On a besoin aujourd'hui de réseaux sociaux éthiques et qui respectent nos adolescents. Est-ce que les réseaux sociaux actuels font du bien à nos adolescents, leur permettent de s'ouvrir? En partie, oui.

Mais à 80 %, les adolescents disent qu'il y a une pression sociale toxique pour eux. - C.Roux: C'est quoi, le bon âge pour les écrans? - V.Sassoon: Plus on peut limiter les écrans, mieux c'est.

Si vous regardez un dessin animé avec votre enfant, vous avez un sujet de conversation, même s'il a 3 ou 4 ans. Si c'est un sujet d'émotion partagé, ce n'est pas catastrophique. Il faut parler aussi de la charge mentale des mères, du sentiment d'isolement et de découragement...

Regarder un dessin animé avec son enfant, ce n'est pas mal. Laisser son enfant seul pendant des heures sur la tablette, c'est à éviter. - C.Roux: Est-ce que le bon âge, c'est 15 ans?

On peut dire qu'avant 15 ans, pas d'écrans ni de réseaux sociaux? - V.Sassoon: Avant 15 ans, les enfants ne manquent de rien.

A l'heure où on se parle, S'ils peuvent s'envoyer des messages pour se retrouver dans la rue, pour aller faire du sport, ce n'est pas un manque existentiel. - C.Roux: Donc 15 ans peut être le bon âge pour interdire les écrans.

Est-ce que la solution ne viendra pas...

Certains sondages publiés récemment disent à 46 % que vivre sans Internet serait préférable. Il y a un mouvement qui s'amorce, de cette génération qui a grandi avec les écrans? - V.Sassoon: Les réseaux sociaux ont 20 ans.

Il y a une génération qui a grandi avec. On est la 1re génération de parents à élever des enfants avec les réseaux sociaux. Ca donne de l'espoir et de l'optimisme. - C.Roux: Est-ce qu'on va continuer à apprendre à nos enfants de la même manière aujourd'hui alors qu'ils sont soumis à l'IA et aux écrans? - V.Sassoon: C'est ce qu'on montre aussi dans le livre.

L'usage du numérique a complètement transformé les défis de la parentalité et de l'éducation. On ne peut pas apprendre à transmettre aujourd'hui comme on le faisait il y a 20 ou 30 ans. Comment cultiver le goût de l'effort alors qu'on a l'impression qu'avec les IA, on sait tout?

En fait, on a seulement accès à tout. - C.Roux: Merci d'être venue sur ce plateau.

Écrans, réseaux : l'alerte — Gabriel Attal · Pourquijevote