Rentrée littéraire 2026 : la sélection de France Culture
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 62 %Attaque 2 %Défensif 1 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 79 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:57OuverteRéponse directe
Lucille Comeau, est-ce qu'on vous présente tous les matins ?
- 1:37OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous avez un scoop à nous annoncer ?
- 1:40RelanceÉludée
Le scoop, est-ce que c'est vraiment réconfortant la rentrée littéraire ?
- 1:56RelanceRéponse directe
Est-ce que c'est réconfortant, Marie Richeux ?
- 3:04OuverteRéponse directe
Les lunettes, c'est votre coup de cœur numéro un, c'est « Retour au goudron ».
- 6:14OuverteRéponse directe
Est-ce que, Arnaud Laporte, vous êtes un inconditionnel de Genada, vous n'en ratez aucun, ou est-ce que celui-ci vous a tapé dans l'œil ?
Temps de parole
- Invité24 %
- Invité 223 %
- Présentateur18 %
- Invité 315 %
- Invité 415 %
- ?4 %
≈ 19,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France
Culture.
Les
matins de France Culture, Marguerite Caton.
Cela
fait partie des traditions et des coutumes réconfortantes, la rentrée littéraire immuable rituelle qui nous donne l'impression que rien ne change et que ni les canicules, ni les guerres, ni les finances publiques n'auront raison de la production littéraire en France. La rentrée littéraire, c'est l'occasion de faire des listes et de les comparer. Chaque journal y va de sa sélection qui coïncidera ou non avec celle des prix les plus prestigieux. A France Culture, huit auteurs ont retenu l'attention de nos producteurs vedettes, nos quatre mousquetaires des lettres en train de s'installer à mes côtés en studio.
Et moi qui ai épluché la presse, je peux vous dire déjà que nos goûts sont proches de ceux de Télérama et du Figaro. On en partage peu
avec
Libération, un peu avec le monde, presque aucun avec le Nouvel Obs et rien du tout avec les échos. Voilà, chacun en tirera les conclusions qu'il souhaite.
Lucille Comeau,
Arnaud Laporte, Marie
Richeux, François-Jeanier, bonjour. Bonjour, Marguerite.
Lucille Comeau, est-ce qu
'on
vous présente tous les matins ? Vous nous livrez votre regard culturel, un billet quotidien à 8h55, sauf le vendredi. N'avez-vous pas un livre qui y paraît bientôt ?
Alors,
il est paru.
Quoi ? Mon livre à
moi. C'est incroyable, les informations vont très très vite. Oui, j'ai un livre qui paraît bientôt en octobre. C'est qui
? Mais ça n'a rien à voir avec la rentrée
littéraire. Chez les printanières,
c
'est une sorte d'anthologie sur des personnages d'amoureuses, des grands personnages d'amoureuses. Toutes disciplines confondues.
Arnaud Laporte, je ne vous présente
pas
non plus d'insultions.
Premier scoop, Marguerite.
Donc, moi, j
'attends.
Est-ce que vous êtes
le producteur de Comme un samedi ? On vous écoute donc le samedi 18h10. Est-ce que vous avez un scoop à nous annoncer ?
Alors,
le scoop, est-ce que c'est vraiment réconfortant la rentrée littéraire ? C'était le mot que vous avez employé tout à
l
'heure. Je ne suis pas persuadé. Alors, je pense à Marie Richeux, pour le book club, qui doit avoir 600...
C'est un marathon 541, je crois. Ah, ça
baisse.
Oui, ça
baisse
en littérature étrangère.
Est-ce
que c
'est réconfortant,
Marie Richeux ? Je passe la balle à ma voisine. En tout cas, j'avoue que
je
suis assez joyeuse quand même de jeter un oeil, par exemple, le mois de juin, quand on est tous bien exténués, et de découvrir ce qui va paraître à la rentrée. C'est quand même un moment de curiosité, je dois avouer, qui ne s'est pas émoussé pour moi. Et j'ai plaisir à faire une petite valise de livres pour lire tout l'été.
Un jour, vous nous
aviez parlé d'une mâle en bois que vous trimballiez
dans des campings dans le Jura. Alors,
ça a changé. Je n'ai pas fréquenté le Jura cet été. D'autres montagnes. Et ça a pris la forme plutôt d'un sac de toile, parce qu'on m'engueulait...
Marie Poppins. Voilà. Le bois, c'est pas facile à caler dans
la voiture.
La
vérité,
c
'est que quand les premiers livres de la rentrée littéraire arrivent dans nos bureaux et dans nos boîtes aux lettres, c'est au mois de mai. Et là, on se dit « Ah non, c'est pas possible,
ça ne va pas recommencer
! » Alors, on est d'accord, Lucille.
Oui,
vous travaillez sur une hebdomadaire.
Ah, mais c'est pour ça que j'ai changé, justement. Je n'y ai pas pensé à
Lucille, tous les jours, un biais culturel. François Joliet, je ne vous présente pas non plus.
Je crois
que ça fait 30 ans que les auditeurs écoutent.
Oui, oui, coriace l'animal, coriace.
Je précise à nos auditeurs que toutes les recommandations que vous allez nous faire sont aussi en ligne sur le site de France Culture.
Ils
peuvent les retrouver dès à présent. François Joliet, je commence avec vous, puisque l'événement
littéraire... Exactement, c'est très
important en radio. Les lunettes,
c
'est votre coup de cœur numéro un, c'est « Retour au goudron ». Ce n
'est
pas un livre, c'est 11 livres. C'est l'événement médiatique de cette rentrée littéraire. Qu'est-ce que c'est que cet objet bizarroïde ?
Alors,
allons-y. « Retour au goudron », il s'agit de 11 titres, de 11 livres, publié chez 11 éditeurs différents sous une signature unique qui est celle de Infernus Johannes. Et derrière se cache, bien sûr, Antoine Volodine, qui, là, mène à bien et parachève de façon assez apocalyptique son projet littéraire dit du post-exotisme.
Oui, j
'ai regardé, la guerre des
Michards ne dit rien sur le post
-exotisme. Oui,
mais la guerre des Michards,
c
'est pré-exotique.
C'est pré-post
-exotisme. Et donc, c'est un projet littéraire qui date de 1985. Donc, il y a 41 ans de construction d'une espèce de basilique littéraire absolument extraordinaire sous plusieurs signatures différentes et toujours chez plusieurs éditeurs.
L
'édition de Minuit, Verdier, Le Seuil, L'École des Loisirs, Gallimard, Minuit.
Ça, c'est
inédit, autant d
'éditeurs.
Et aujourd'hui, donc, ces 11 volumes, eh bien, travaillent les mêmes thèmes. Alors, le thème central, c'est celui du bardot, c'est-à-dire de la vie, le livre des morts tibétains, la vie après la mort, que devient l'âme. Et donc, tous ces personnages errent dans un univers qui est un univers, on peut le dire, d'apocalypse, puisque sa grande obsession, son grand, sa vision, c'est celle de l'effondrement de l'histoire, c'est celle de la chute des régimes, surtout les régimes totalitaires, des grandes catastrophes, des guerres noires, ce qu'ils appellent les guerres noires, c'est-à-dire le goulag, la Shoah. Et à l'intérieur de tout cela, il a conçu un univers imaginaire de personnages errents.
Il y a un peu de la route de Cormac McCarthy, de Beckett, c'est tout à fait ce type d'univers, et
là, ça prend une
dimension fabuleuse.
Quelle relation entre les différents récits, puisque c'est séquencé, on l'a
dit,
11 images ? Alors, c'est pas 11 volumes totalement différents, c'est pas 11 épisodes d'une série, c'est 11 fois le même décor, vu sous 11 angles différents. 11
points
de vue de personnages ? Avec 11
formes littéraires différentes, et des personnages différents. Donc, d'une certaine manière, c'est assez vertigineux, puisqu'on a le sentiment de l'immobilité, en même temps, ça bouge et ça vibronne tout le temps.
Vertigineux, bizarroïde. Non, je t'ai plus, François Rejouillet, on n'en saura plus ce soir, pour
ceux qui auront la
chance d'assister à l'enregistrement public de Mauvais Genre, au Studio 105, avec Volodine en personne, et sinon, il faudra attendre la diffusion de l'émission, c'est donc samedi à 20h, pour en rester au grand monument de cette rentrée littéraire incontournable.
Vous
avez mis dans votre sélection, Arnaud Laporte,
le
dernier, Philippe Genada, l'inconnu du Quai de Javel, paru chez Flarmarion. Donc, pour ceux qui ne connaissent pas Philippe Genada, on peut dire qu'il s'agit d'un auteur bien installé dans le paysage littéraire, qui a construit un genre qui lui est propre,
des
enquêtes sur des faits divers anciens, des cold case, on dirait, non résolus, qui sont l'occasion de digressions en passant. En l'occurrence, c'est le meurtre de Louise Canceau, qui est découverte morte qu'à Javel, pas très loin d'ici, en 49, c'est sur cela qu'il enquête. Est-ce que, Arnaud Laporte, vous êtes un inconditionnel de Genada, vous n'en ratez aucun, ou est-ce que celui-ci vous a tapé dans l'œil ?
Alors, je confirme que ça fait bientôt 30 ans, que
je
dis Philippe Jaénada, attention, ne dites pas Genada, sinon on ne
va
pas être content, il l'explique dans le livre. Alors, c'était en 97, je crois,
je
vous donne des infos et des tips, Marguerite, donc le chameau sauvage, mais avant de faire ces... Alors, fait amusant, fun fact, puisque je vois que vous maîtrisez parfaitement la langue de Shakespeare, les sept premiers romans de Philippe Jaénada étaient des romans autobiographiques, les sept suivants ont été sur des bases de faits divers, on est au 15e, donc ça y
est,
il est passé de l'autre côté, maintenant il y a plus de livres d'après des faits divers. Alors, il explique sa méthode, il va sur Gallica, la merveilleuse bibliothèque numérique de la BNF, de la Bibliothèque Nationale de France, et il cherche, il compulse des journaux, des revues, et il cherche un fait divers qui va tout d'un coup sortir de l'ordinaire, et là, effectivement, il tombe sur cette morte Louise Canso, 29 ans quand elle est assassinée, et en fait, ce qu'il retient son attention, c'est qu'elle est présentée comme le plus beau modèle de Paris, le plus beau modèle
des peintres de
Montparnasse, qu'effectivement, on l'appelle aussi la femme au sans-portrait, etc. Donc, il y
a
toute une histoire. Et Jénada, ce coup-ci aussi...
Jaénada.
Heureusement que vous êtes là, Marguerite Carter, parce qu'il faut que je prépare, je le reçois dans huit jours, donc il faut que je me répète, grâce à vous. J'ai mon entraînement, mais je ne suis pas à présent, je suis présent physiquement, mais mon cerveau n'est pas là à cette heure-ci. Philippe Jaénada. Philippe Jaénada, qu'est-ce que j'allais dire, Marguerite ? Aidez-moi. Que
c'est
intéressant, parce
que c'est un modèle tout particulièrement célèbre, et que lui, il y a un fait qui l'intéresse particulièrement, et là...
Non,
c
'est
qu
'il
mène son enquête avec quelqu'un d'autre, avec le commissaire Maigret. Voilà. Puisque pendant l'écriture de ce livre, il a relu les combien ? 70 ? 75. Voilà, je savais qu'avec François, j'aurais le chiffre juste. 75 romans de Maigret, et qu'il y
a
beaucoup de citations, et que Maigret l'aide à comprendre comment on mène une enquête, et on suit ses parts, on apprend énormément de choses, et puis, c'est quand même un phénomène particulier, c'est que c'est un livre qui vous fait rire à haute voix en le lisant. Et ça, c'est quand même un bonheur assez rare. Philippe Jaénada le réussit très bien.
Pas de lassitude au bout du septième récit sur le même modèle ?
Ben non, parce que ce sont des histoires de vie tellement différentes, et nous racontent des époques très différentes, comment une petite bretonne qui vient de Tréguier monte à 15 ans à la capitale pour faire la bonne, comme la plupart, mais qui se retrouve finalement dans les cabarets dénudés, qui va être modèle, et qui est fille mère, qui place sa fille à Herblay, parce qu'il faut payer la nourrice,
il
faut payer la chambre d'hôtel. Donc, à chaque fois, on apprend des choses différentes, parce que ce ne
sont
pas évidemment tout à fait les mêmes époques, ni tout à fait les mêmes profils.
Vous
aussi, François Anjolier, vous aimez Philippe Jaénada
?
Oui, oui, oui, et surtout celui-là, que je trouve très réussi, c'est assez diabolique, puisque Jaénada travaille un peu sur le mode gonzo, c'est-à-dire que la figure et la manière de fonctionner de l'enquêteur a autant d'importance que le sujet sur lequel il enquête, donc on assiste à tous ses travaux, ses travaux avec les archivistes, avec sa famille personnelle, avec
sa femme, Madame
Fattes. Donc, on partage son existence d'enquêteur au jour le jour, ça sent un peu le papier jauni, parce qu'effectivement, on est très présent dans l'enquête, et en même temps, la reconstitution de l'année 49 est formidable, et surtout, il se coule dans la vision du monde et le mode d'être de Maigret de façon assez extraordinaire.
D
'un point de vue plus général, cette rentrée, donc on a dit 461 romans, elle est une des précédentes, la littérature étrangère marque un léger fléchissement, on en parlera en seconde partie. Est-ce que vous avez découvert des thèmes communs ? L'année dernière, on disait, la famille est au cœur des nouveaux romans. Est-ce que c'est toujours le cas cette année, Lucille Comeau
? Oui,
alors, c'est toujours difficile de monter en généralité, parce que, vous l'avez dit, c'est très compliqué pour nous d'avoir une vision globale, dès le mois de septembre, de cette masse énorme de romans qui arrivent. Alors, moi, je vais parler très subjectivement de mon rapport à la rentrée littéraire, tel qu'elle m'est arrivée en juin. Je pense que j'en ai eu vraiment marre des livres sur la famille, que l'année dernière, j'étais partie avec le Mauvignier, que j'avais lu tout de suite d'emblée, qui est un excellent roman, le Laurent Mauvignier qui a eu le concours l'année dernière,
La
maison vide. Et que j'avais, parce que j'étais partie là-dessus, ensuite déroulé la rentrée littéraire par ce biais-là, par ce flanc-là, c'est-à-dire la famille dysfonctionnelle, la grande mémoire, etc. Là, j'ai vu à nouveau ça arriver, c'est-à-dire qu'il
y a
à nouveau, j'ai l'impression, beaucoup de romans, pas nécessairement sur la mémoire familiale lointaine, mais aussi sur le père, la mère, où il est question à nouveau beaucoup de tuer le père, et même de tuer la mère, ce qui peut être une nouveauté.
Il
y
a
des livres, d'ailleurs, dans la liste du Goncourt, qui nous a été révélée hier ou avant-hier, il y
en
a pas mal, de ce point de vue-là.
Il
y a le Boris Bergman qui parle, je crois, de son père. Et
Louis-Ceux aussi, dont Marie-Ceux va
nous parler. Et il y
a
faire la
peau de Louis-Ceux
-Vierre,
qui
est
quand
même
un geste
au regard de la mère, qui est un tout petit peu inédit par rapport à ce qu
'on
m
'a
pu lire l'année dernière. Et tu es le vieux. Et
tu es le vieux. D'Aria
-Marc, ça c'est le grand-père. Voilà. Bon, alors moi, je suis partie sur complètement chose cette année, parce que, voilà, ça
enlève 250.
Alors, c'est une bonne manière de discriminer, j'entends bien. Donc, comme le premier livre que j'ai lu, mais on en parlera peut-être en deuxième partie, c'est un énorme roman péruvien de plus de 700 pages qui regarde un peu vers Bolaño et vers une littérature de l'aventure, du suspense, de l'horreur, du fantastique, du réalisme magique. Je n'avais pas du tout envie de me replier sur le moi. Donc, je n'ai pas du tout lu la littérature qui concerne la famille, mais ça a l'air d'être, évidemment, encore une fois, une tendance, de la même manière que les livres qui hybrident le romanesque et l'enquête sont également très présents dans la liste du Goncourt,
eux
aussi. Et puis, toute la question post-apocalyptique ou apocalyptique, on parlait de Volodine, le livre dont je voulais parler, moi, ce matin,
le livre français,
est vraiment, voilà, le livre des souterrains, qui est un livre de Phoebe à G. Marcos Clark,
aux éditions du sous-sol, qui, comme son nom ne l
'indique pas, est une autrice française et qui avait connu un certain succès avec son livre précédent qui s'appelait Alien, avec un E. et, je ne
sais
pas, elle s'inspire d'ailleurs, je crois qu'elle le dit, François,
qu
'elle parle beaucoup de Volodine parce que je pense que c'est vraiment une référence pour elle. Et donc, c'est un bouquin qui se passe en 2030.
Ça
commence avec un texte critique, c'est-à-dire, on a l'impression que
c
'est un vrai faux texte critique d'une commissaire d'exposition qui raconte la disparition d'une performeuse qui s'appelle Marie Marzouk en 2030 à l'issue d'une énième et ultime performance. C'est assez mystérieux, on ne sait pas exactement comment elle a disparu ni dans quel contexte et là, ça enchaîne sur le journal de cette fameuse Marie Marzouk en juillet 2030, donc vraiment juste
avant Elle était caniculaire. Elle était
caniculaire, donc c'est vrai que lire ça par ailleurs cet été, ça faisait quelque chose et où c'est un peu la fin du monde et c'est surtout la fin de sa féminité, c'est-à
-dire
qu'elle ne se sent plus femme, elle est en pleine ménopause, elle saigne énormément, c'est assez drôle en vérité mais c'est vrai, c'est
ça qui est fort.
Je sais que c'est bizarre mais c'est drôle et donc elle raconte sa vie, on lui a demandé une dernière performance, elle a un peu la flemme, elle ce qu'elle aime faire en ce moment c'est descendre dans les souterrains d'où le titre du métro pour voler des choses et en volant des trucs, elle tombe sur un autre journal intime donc le journal se scint dans
deux, trois récits
imbriqués et à l'intérieur de son journal à elle, il y a des feuillets d'un autre journal très mystérieux écrit par un certain ou une certaine, on ne sait pas, Yacinthe qui est en permanence suivie par des oies
et
qui vit
sans génial doigts dans un monde
de contes ou alors un monde complètement détruit, la menace et quelque part on ne sait pas exactement, ces deux mondes finissent par un peu se confondre, c'est un livre qui est exigeant, qui a une écriture assez forte mais c'est vraiment un livre qui est moins sérieux que ce qu'il n'y paraît. Et qu'est
-ce
qui vous a plus spécialement ?
C
'est que ce soit drôle justement ? Oui, alors moi j'aime bien quand justement des livres reprennent des thèmes très très poncés en ce moment par la littérature et d'ailleurs par l'actualité, c'est-à-dire la
crise de nos problématiques sociétales, le féminisme,
la crise climatique, etc. J'aime bien qu'il y ait une spécificité parce que sinon on en bouffe trop et ça commence, ça finit par faire de la lassitude. En l'occurrence, là, elle se démarque, elle a une écriture incroyable et par ailleurs, c'est drôle, il y a de la satire toujours, elle tient ce truc et ça, je trouve ça quand même très fort.
Marie
-Risse, vous n'êtes pas dégoûtée par la famille, d'ailleurs, je ne
vais
pas
préciser mais
vous êtes aussi autrice, vous avez beaucoup écrit sur votre famille, vos aïeuls, votre oncle, vous-même, votre maternité. Vous nous conseillez de lire Mon œil de Victoria Cario, c'est publié aux éditions Verdier, on la connaît bien Victoria Cario, elle est autrice aussi de fiction radiophonique sur France Culture, qu'est-ce qui vous a plu dans cette veine un peu psychanalytique
?
Déjà, je voulais quand même dire que je conseille aussi de lire Phoebe Adjimarcos-Clark et que j'ai trouvé ce roman génial et comme Lucille, je trouve ça formidable qu'il y ait des questions de forme et de souterrain, de complexité, de personnages drôles, méchants, qui saignent en ménopause, bref. Voilà, donc ça c'était pour dire
que
vraiment, j
'avais très
envie aussi
que les gens
aillent lire le livre des souterrains. Victoria Cario commence par cette phrase « Je souffre d'un strabisme divergent, intermittent de l'œil gauche ». C'est les premiers mots du premier roman de Victoria Cario qui est publié aux éditions Verdier. Et qui comme ça commence par un souvenir d'enfant, c'est une consultation. Le médecin d'abord ne voit rien, ne voit rien aux troubles des yeux de cet enfant. Et en fait, comme on sait que ce strabisme se déclenche avec la fatigue ou le stress, les parents inventent l'histoire qu'ils vont partir en vacances soudainement et laisser l'enfant et du coup, elles se mettent à loucher.
Et le médecin confirme qu'en effet, elle a un strabisme divergent qui est comme ça occasionné par le stress. Et ça se lance de manière très ténue, très sensible, parfois très drôle, dans une sorte de méditation autour du regard, des yeux qui louchent, des yeux de travers. Elle fait appel à des figures qui louchent. Donc, tu vois passer Jean-Paul Sartre, mais tu apprends aussi que la grande poétesse Audrey Lorde était aveugle et pendant très longtemps considérée complètement bête, privée de scolarité jusqu'à ce que sa mère se batte et qu'on découvre son immense intelligence.
Il
y
a
tout un jeu évidemment sur le langage, voir, ne pas voir, voir de biais, tourner de l'œil, etc. Et ça lui permet de porter un nouveau regard sur ses parents qui est un couple extraordinairement toxique, violent. Le roman commence aussi par l'annonce que fait le père à la narratrice en disant écoute, je suis désolée de te dire ça mais j'ai essayé d'étrangler ta mère.
Et
donc, il
y a
une sorte de surprise.
Et
ses autobiographies
?
Peu importe, je m'en fiche complètement.
Moi ça m'importe.
Moi non, je m'en fiche complètement, ça m'intéresse.
Et
vous le savez ou pas ?
On
ne sait pas ? Je ne sais pas. Aucune idée,
je
n'en ai aucune idée. On voit une forme de proximité possible entre la narratrice et l'autrice mais c'est une hypothèse que je ne peux pas du tout confirmer. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ça lui permet de regarder ce couple parental auquel elle ne comprend pas mais qui est une violence qui l'écrase et plutôt que de désirer se débarrasser d'un œil qui louche, elle en fait une spécificité, elle fait quelque chose de très
important de cet œil qui louche. Comme au François-Jélier, Arnaud Laporte, on vous retrouve dans une vingtaine de minutes mais il est 8h, c'est le journal.
Les
matins de France Culture, Marguerite Caton. Et là, on retrouve nos invités bien connus des auditeurs de cette station, Lucille Comeau et son regard culturel, Marie Richeux du Book Club, Arnaud Laporte, vous voilà comme un samedi. François-Jélier, vous avez bien mauvais genre aujourd'hui.
Il faut.
J'aimerais qu'on entame cette seconde partie en disant un mot de la littérature étrangère qui marque aussi cette rentrée littéraire. La somme des publications est un peu moins fournie cette année que les précédentes. Certains invoquent des questions de coûts difficiles à suivre pour les maisons d'édition qui payent non seulement les droits d'auteur mais aussi les traductions. On retrouve cependant quelques grandes figures que vous avez plébiscité. Vous, Marie Richeux, il s'agit de l'ouvrage Beignade surveillée de Laura Kachischkeux.
C'est
publié chez Gallimard. 13 ans que cette figure importante de la littérature américaine pénètre à écrire ce livre qu'elle tournait dans sa pub l'histoire de la noyade d'un petit garçon de 5 ans, un jour de juillet 69, le même jour que la mission de Polo arrive sur la lune. C'est ce rapprochement entre les deux récits qui vous a intéressé, Marie Richeux, l'historique, l'anecdotique ou toute autre chose
?
Déjà, c'est la curiosité pour Laura Kachischke. Ça faisait longtemps que je voulais la lire. J'avais lu Eden Springs mais je ne
suis
pas une grande lectrice de cette grande romancière et poétesse américaine. Et puis, je suis aussi le travail, puisque vous parliez de la traduction, le travail précieux, exigeant, intéressant de Céline Leroy. Pour moi, c'est une boussole quand elle traduit. Je vais voir, j
'ai
notamment découvert grâce à elle et à Alice Diop, Robin Coste-Lewis l'année dernière. Donc, vous le dites, on l'apprend dès les premières pages. Un petit garçon de 5 ans, Richie, se noie dans la piscine d'un club huppé, une après-midi de juillet 1969, mais pas n'importe quel après-midi puisque le matin même, les Américains et le monde entier peuvent assister au premier pas que les humains posent sur la lune. Ça pourrait suffire, finalement, la noyade tragique d'un enfant et cet astre que l'on attend dans un esprit de conquête dans tout le roman, la mémoire. Vraiment, les éclats de lumière de cette mémoire, les éclats trompeurs que ça porte sur nos vies.
Vraiment, la composition, la décomposition du temps autour de ce drame terrible. Parfois, par l'alternance des chapitres, on quitte ces années 70 pour atterrir quelques années plus tard. On ne sait pas exactement quelle époque. On est dans un cercle d'alcooliques anonymes et une voix commence à parler et on ne sait pas qui c'est. Marguerite,
en
fait, c
'est
quelqu'un qui dit « je » et dans un premier temps, on ne sait pas. En tout cas, moi, je ne savais pas. Je me suis dit « est-ce que c'est la femme qui a perdu son fils ? Est-ce que c'est la maître nageuse qui a été tant détestée par tout le club et par tout le village ? Trop belle et puis trop coupable. Est-ce que c'est la petite fille Béka qui avait grandi et qui a assisté à ce drame ? Bref, on ne sait pas. On finit évidemment par savoir. On finit surtout par se rendre compte que ce terrible drame, cette noyade, nous a peut-être aveuglés. En tout cas, il y avait d'autres drames qui se jouaient ce jour-là et cet après-midi-là tout décomposé par la romancière.
Un drame sous-marin pour filer la métaphore de l'eau. Et tout le monde semble travailler cette espèce d'aveuglement très spécifique à l'été avec le soleil, les reflets, les différents bleus. Je crois que c'est aussi un roman sur l'Amérique. J'ai beaucoup pensé bizarrement à Némésis de Philip Roth l'été aussi, mais c'était 1944 cette fois et c'était un drame, toute une épidémie qui menaçait les enfants d'une ville. J'ai été époustouflée par la manière dont le roman se resserre, ce rythme. Les images qui sont trouvées par la romancière qui se dit d'abord et avant tout poétesse.
Je vous recommande l'écoute d'une magnifique masterclass qu'elle avait donnée pour France Culture au micro d'Arnaud Laporte où elle raconte tout son processus d'écriture et où elle dit que c'est une poétesse qu'elle n'écrit que par nécessité. Elle dit d'ailleurs qu'elle a même dû passer par le poème en prose pour
réussir à
accoucher vraiment de son livre.
Mais
ça se sent parce qu'en fait la manière dont elle réussit à nous saisir dans le mécanisme trouble de la mémoire, elle le fait par le poème. Elle le fait par les images, elle le fait par des éclats poétiques. Moi, j'ai trouvé ça très fort. J'ai cru pendant un temps que j'allais pouvoir lire ce roman quasi avec détachement. Je me disais tiens, c'est bizarre, on appuie sur mes pires angoisses, un enfant qui se noie, je vais pouvoir y arriver. Et pas du tout. J'ai eu l'impression d'être pris comme ça petit à petit par un boa qui m'encerclait, qui m'inquiétait de plus en plus en même temps que ça m'émerveillait.
Je
l
'ai
vraiment refermé, absolument émerveillé et avec l'envie de découvrir toute son oeuvre.
La traduction est sublime. Chez moi, tout est toujours noir, déprimant et profondément dérangeant. C'est comme ça qu'elle même parle de son oeuvre. Vous aussi, vous avez lu de la littérature américaine,
je
crois, Lucille Comeau, cet été. Qu
'est
-ce que vous en
avez ?
Oui, alors, comme d
'habitude,
je ne
suis
pas sûre que ce soit très représentatif, mais en l'occurrence, j'ai lu des autrices, parce que là, il ne
s
'agit que de femmes, c'est un hasard, que je ne connaissais absolument pas. Et notamment, un qui m'a beaucoup intéressée qui s'appelle, Kimoun. L'autrice,
c
'est Nathalie Adler. Et j'ai trouvé ça assez étonnant comme démarche. C'est donc une relativement jeune autrice qui parle de l'épidémie de SIDA et notamment du début de l'épidémie de SIDA à New York et notamment à Manhattan, dans le quartier où beaucoup d'homosexuels vivaient. Et elle réussit à se mettre dans la peau, c'est à la première personne du singulier, d'une jeune femme qui elle-même est lesbienne, donc très proche de cette communauté-là, mais pas directement atteinte par la maladie et qui peu à peu perd quasiment tous les amis qu'elle a et notamment ce fameux Marc qui est dans le titre. Et cette femme, en l'occurrence, elle voit des fantômes.
Donc, elle se rend compte que certains de ses amis réapparaissent et d'autres non. Et elle essaye de comprendre pourquoi certains malades réapparaissent, pourquoi certains ont l'air à peu près heureux dans leurs conditions de fantômes, pourquoi d'autres ont l'air absolument souffrants. Et c'est un livre assez drôle, encore une fois, c
'est
une espèce de chronique. Les chapitres sont très courts, il y
a
un côté assez pop dans l'écriture et je trouve ça étonnant et quand même assez gonflé pour une autrice qui est une femme qui n'a pas vécu directement ce moment-là de se saisir de ce
moment. Une autrice femme qui parle d'une maladie qui a principalement touché des hommes et vous, en même temps, comme coup de cœur, Lucie Comeau, vous avez choisi un écrivain écossais, un homme qui lui raconte l'histoire d'une jeune adolescente.
C
'est le genre de choses que je pense beaucoup d'auteurs hommes sont en train peut-être de se redire que c'est OK, mais je pense que pendant un certain temps, ce n'était pas forcément évident.
Tom Newland, c'est une
jeune femme en plus, donc la figure de la jeune femme s'en ressaisir aujourd'hui après que pendant des siècles, des hommes aient écrit sur les jeunes femmes, surtout dans un régime très réaliste, très naturaliste. C'est une sacrée démarche. Donc Tom Newland, ça s'appelle en effet.
Ici maintenant, aux
éditions Métellier.
C'est son
premier roman. Il est né en 80, donc il n
'est
pas si jeune que ça. C'est son premier roman et ça a été un énorme succès déjà outre-manche.
Et
alors, ça m'intéressait parce que j'ai beaucoup lu de livres irlandais l'année dernière autour de Sally Rounais. Il y a un énorme courant et ça nous arrive à fond parce que bon, évidemment, les éditeurs, et ils ont bien raison, profitent à fond des talents irlandais. Donc là, l'Écosse, c'est complètement autre chose. C'est l'histoire d'une jeune fille au début, elle a 14 ans. Elle s'appelle Cora Mowat, ce qui en soit déjà un programme et elle habite à Myrkros, autre programme. Ce qui est un deuxième programme. En Écosse, c'est un bled pourri, c'est un bled inventé. C'est une banlieue de Glasgow complètement pourrie.
Il y a un fleuve absolument dégueulasse où tout le monde balance ses déchets au milieu. Il fait chaud ou il fait beaucoup trop froid. Elle vit avec sa mère qui est en fauteuil roulant dans une maison pas du tout adaptée. À l'école, ça ne
se
passe pas super bien. C'est un peu la galère. En plus, il se trouve qu'au moment du début du livre, sa mère décide de reprendre un beau-père, entre guillemets, parce que les hommes quand même circulent un peu dans la maison.
Il
s'appelle Gunner, il est borgne, il est chauve. En plus, il arrive tout le temps avec des énormes cartons qui l'entreposent un peu partout dans la maison qui sont clairement assez louches. On imagine quelqu'un un peu dans le milieu. Le livre suit, mais vraiment à la hauteur de cette gamine, sa vie entre ses 14 et le début de son âge adulte. Elle, elle
n
'a qu'une envie, évidemment, c'est de se tirer. Ça n'a pas l'air très drôle, c'est ce que je raconte. En l'occurrence, ça l'est plutôt, malgré que... Vous
êtes la spécialiste des histoires de l'eau qui perd drôle, d'accord.
Non, mais parce que c'est très drôle ce qu
'il
fait de cette grande forme naturaliste qui fonctionne habituellement sur les déterminismes sociaux. C'est-à
-dire
que là,
il
y a vraiment, en effet, la description d'un milieu qui est gangréné par le chômage, l'alcool, la drogue, la violence patriarcale. Tous les ingrédients du milieu populaire sinistré y sont. Alors, en l'occurrence,
en
général, dans ce milieu-là, les femmes, en littérature, elles ont le choix entre fauter sexuellement et mourir, souvent les deux. C'est quand même la grande tradition du roman naturaliste où les femmes ont une destinée et là, elle n'a pas de destin. C'est une gamine qui n'a pas de destin.
C
'est-à-dire que quand on commence le livre, on ne sait absolument pas ce qui va advenir d'elle. Ça ne cesse de changer. Il lui arrive des trucs atroces comme des trucs merveilleux et cette espèce de détour, de manière de déjouer le grand déterminisme comme forme littéraire, c'est assez formidable. Et le livre s'appelle « Ici, maintenant », ça dit très bien ça. C'est-à-dire, on est au présent. On est au présent de ce personnage. On la suit au présent. En l'occurrence,
c
'est une fille qui, on l'apprend assez vite, a un trouble de l'attention.
C
'est aussi un livre là-dessus, sur le TDAH. Et le livre, au lieu d'en faire une espèce de stigmate, il en fait une écriture. Donc, on est complètement collé. Alors, des fois, ça va très très vite. Le roman n'est pas énorme. Quand on sort, on a l'impression qu'on sort d'une saga. Tout un monde à portée de main. Donc, voilà. C'est vrai que je dis beaucoup que les trucs sont horribles et en même temps très drôles. Je ne
sais
pas ce que ça veut dire sur moi,
un
truc de moi. Ici, maintenant,
c'était pas le tome humain.
Dites-nous, il y a aussi un livre de littérature étrangère que vous n'avez pas mis dans vos coups de cœur les uns les autres. C'était, lisons Aurélien, c'était ça ou mourir. Est-ce que l'un de vous quatre l'a lu ? On le voit partout. Ça, dans les listes des prix.
Quelqu'un a-t-il envie de m'en parler ? Pas
encore.
Chou blanc, c'est pas grave, on le
met de
côté. Mais on a très envie. Vous
reviendrez nous dire si
vous l'avez
aimé. Voilà, donc en tout cas, on est content de découvrir plein de jeunes auteurs avec vous. On a dit Victoria Cario, Tom Newlands, Phoebe Adjimakos-Clark en est aussi. Il faut dire un mot d'Esther Teilhard, François Angellier. Son roman, Fac Circus chez Grasset, ça vous a séduit comme de nombreux critiques. D'ailleurs, j'aime bien la phrase de Bec Bédé dans Le Figaro d'une banale rupture amoureuse. Esther Teilhard parvient à faire une descente aux enfers. C'est l'histoire d'une femme quittée qui va traîner son spin dans une boîte de nuit dans la croix. Il y a Yannick Henel qui parle d'une moraliste post-punk du XVIIe siècle. Qu'est-ce qu'elle nous raconte de l'amour, François Angellier ?
Oh là là, vous n'allez pas être déçu du voyage. Alors, on a découvert Esther Teilhard l'an dernier avec un premier roman chez Pauvert qui s'appelait Carnes qui racontait l'errance érotique, l'errance sentimentale et la découverte un petit peu d'une faune nocturne par une jeune femme entre Marseille et ses cagoles et puis les beaux-arts de Sergie et ses élèves et ses professeurs. Donc, avec un ton qui déjà était extrêmement électrique, frénétique et qui était une littérature chahutée qui giflait vraiment le lecteur à coup de formules, à coup de punchlines comme on dit.
Donc, c'était une espèce de manière d'arriver de s'inviter dans le bal littéraire de manière en cassant un peu les assiettes et les vitres. Ensuite, sont en suivi plusieurs nouvelles, notamment des nouvelles assez étonnantes. Lui s'appelait Tuer le courrier qui a rencontré l'histoire d'amour entre une petite fille marseillaise pendant le Covid avec un
espèce
d'étrange postier qui lui envoyait des petits mots et on découvre après elle, elle le dessinait et puis tout récemment chez Grasset une recueille de nouvelles érotiques, les dernières nouvelles d'Eros, une sorte de nouvelle gérontophilique, les histoires d'amour entre une jeune fille et un vieux monsieur à l'agonie. C'était tout à fait fascinant. Et là, avec Fuck Circus, c'est un peu la suite de Carnes. Ce n
'est
pas Carnes 2 puisque ça ne s'enchaîne pas sur le plan narratif et des personnages mais c'est la suite de Carnes. C'est-à-dire qu'on ouvre avec cette narratrice qui rompt avec son amant de cœur, Gabriel, la nuit dans une ville qui peut être Marseille. Vieux ou pas cet amant ? Non, pas vieux. Lui parfaitement jeune mais bon, une rupture, une rupture nocturne qui génère évidemment un moment d'égarement, de vertige et d'errance. Et cette errance aboutit où ? Elle aboutit à une boîte de nuit tout à fait curieuse qui
s
'appelle le mythe. Et à l'intérieur de cette boîte de nuit, la narratrice va rencontrer toute une série de personnages singuliers. Tout ça est porté par le style d'Esther Teilhard qui est un style chaotique, chahuté, frénétique avec des phrases totalement morcelées avec une espèce d'énergie permanente.
Et
dans le mythe, alors je ne vous raconte pas, je ne vous fais pas le détail de la faune médiatico-business qui s'y trouve. Je vous dis simplement qu'il y a un descendant de Châteaubriand qui débarque là avec une arme, un riot gun, avec un fusil et qui entreprend de faire chanter et de menacer les présents en leur posant des questions littéraires. Et c'est ça qui est fabuleux. C 'est ça que vous devriez faire,
Marguerite. Menacez-nous. Quand il
y a des raptes, des enlèvements, on demande de l'argent, ce qui est d'une banalité totale. Au lieu, on devrait demander plutôt aux personnes d'apprendre, de réciter par cœur un chapitre de Châteaubriand, des poèmes de Malarmée. Mais il
n'y
a que vous qui allez survivre. C'est
pour ça qu'on prône cette bonne
solution. Et ça, c'est un moment, mais alors vertigineux, je veux dire, il y a un côté, ça ne
fait
même pas penser à Climax, ce que disait Henri de La Rochefouca dans l'Express, à Climax de Gaspard Noé. C'est cette espèce de littérature ou de cinéma qui est prise dans une centrifugeuse. C'est très maîtrisé en même temps. On est dans une machine à pop-corn de centrifugeuse et c'est très étonnant et parfaitement jubilatoire.
Frénétique, chaotique, électrique, rapide, fragmentaire. Ce sont tous les adjectifs qui remontent des différents ouvrages que vous nous recommandez, chers producteurs. Est-ce que vous trouvez que cette rentrée littéraire montre des innovations stylistiques, de qualité, dont on peut dire un mot ou est-ce qu'il faut chercher ailleurs la créativité ?
Moi, je pense qu'il ne faut jamais se dire « Ah, d'un seul coup, les gens s'intéressent aux formes. »
Je
pense qu'aussi, d'un seul coup, on leur fait de la place, d'un seul coup, on les regarde, d'un seul coup, on s'autorise à les lire et à écrire dessus et à les inviter. Des auteurs et des autrices qui travaillent la forme et qui travaillent des formes fragmentaires, travaillées, etc. Bon, heureusement, c'est quand même le lot de chaque rentrée littéraire. Ce que je peux simplement peut-être signifier, vous nous interrogez tout à l'heure Marguerite Caton sur des thèmes.
Ce qui existe là plus fortement, à mon sens, dans cette rentrée littéraire plus que la famille ou l'enquête familiale, c'est l'omniprésence des violences sexuelles et sexistes, notamment faits au corps des enfants et des adolescents. Et il me semble que ça existe dans un second temps du point de vue du paysage littéraire français. C'est qu'on a connu probablement un temps assez nécessaire du témoignage, du livre de témoignage assez linéaire, choc aussi, troublant l'ordre établi et peut-être ouvrant l'écoute. Il me semble qu'on arrive dans un second temps où autre chose se passe.
Je
pense notamment à un texte comme Lucie Rico où tout commence par une phrase qui n'a pas de point et un clavier d'ordinateur qui n'a pas de point et qui lui permet d'enquêter sur ses propres souvenirs et éventuellement d'atteindre ou pas complètement une scène traumatique et une scène sexuelle.
Il
y a quelque chose qui, à mon sens, travaille la violence sexuelle par la forme littéraire. L'interrogation autour de la violence sexuelle et de son récit par la forme littéraire. Lucille
Comeau
? Oui, je pense aussi à un autre livre que je suis en train de lire. Je ne l'ai pas terminé qui est un livre d'Anne Godard qui se retrouve dans plusieurs listes aussi de prix qui s'appelle Nous aussi et qui est un livre qui met le verre dans le fruit de la grande famille bourgeoise catholique mais très subtilement dans des chapitres extrêmement courts et qui est écrit comme son titre l'indique Nous aussi à la première personne du pluriel. C'est très étrange parce qu'on lit une histoire qui prend un collectif en compte. Immédiatement, ça devient politiquement très fort.
D
'ailleurs, on pourrait peut-être conseiller ce livre à Vincent Bolloré dont on parlait tout à l'heure parce que je pense que c'est une bonne porte d'entrée aussi sur la grande famille catholique française traditionnelle. Non, mais c'est vrai, c'est vraiment un livre qui résonne particulièrement aujourd'hui mais qui le fait avec une forme qui est presque l'inverse de l'enquête. Oui, et d'ailleurs, en fait, avant même que ce soit le nous, c'est le on. Et ce on nous inclut nous toutes et tous même si on ne fait pas partie de la grande bourgeoisie française. C'est un livre méthodique et il me semble qui en effet par court chapitre va se terminer.
Il y a un horizon de violences sexuelles et de violences incestuelles dans ce livre d'Anne Godard et ce nous aussi fait directement écho au MeToo, au moi aussi.
Il
y a quelque chose qui peut-être se généralise dans la possibilité de dire les violences dans différents milieux sociaux, dans différentes familles parce que comme on le sait, malheureusement, c'est un crime de masse et qu
'il touche tous les milieux sociaux.
J
'ai gardé pour la fin le second livre choisi par Arnaud Laporte. Il m'a semblé un peu inclassable. Il n'a pas spécialement été repéré par la presse et autant Philippe Jaénada, c'est classique, c'est facile à lire, l'intrigue est ficelée on tourne les pages, autant L'enfant grise de Grégoire Courtois, c'est donc son titre,
c
'est publié chez Robert Laffont. C'est un texte beaucoup plus ardu, le récit peut-être en partie autobiographique d'un jeune garçon un peu sans ami qui passe la plupart du temps dans la forêt près d'Auxerre. On s'attendrait à ce qu'il puisse du réconfort dans la nature, ce n
'est
pas vraiment le cas. Il semble doté d'une capacité magique à communiquer avec cette nature. Qu'est-ce qu'a représenté ce livre pour vous, Arnaud Laporte ?
D'abord,
il
faut savoir que vous avez peut-être déjà lu Grégoire Courtois sans le savoir puisqu'on le connaît sous le pseudonyme de Tristan Saul qui est l'auteur aux éditions québécoises le Quartanier des chroniques de La Place Carrée qui est une longue série de romans de la présidence Macron pour le dire vite qui a reçu le septième volume ou cinquième volume a reçu le prix Arsène du Polar francophone qui a été délivré il y a quelques mois par Libération à la Société des gens de l'être.
Grégoire Courtois donc il avait déjà publié sous son vrai nom mais c'était un roman qui apparaît à François Angelier un roman d'horreur Les lois du ciel qui avait été un succès surprise aux Etats-Unis mais en fait moi j'ai connu Grégoire Courtois autrement parce que c'est l'excellent libraire de la librairie Oblique à Auxerre libraire indépendant et donc j'avais une très grande curiosité à découvrir ce livre-là puisqu'il revient à son vrai nom chez un éditeur en l'occurrence français
donc
il
y
a ce petit garçon le narrateur alors lui il n'a pas de prénom c'est pas Marie Marzou Cora Mouat j'adore les prénoms des Mouat choisi par Lucille Comot on ne connaîtra pas son nom on connaît le nom de sa seule amie Noémie la voisine il se retrouve dans la grande racine un peu morte d'un tuyat qui sépare leurs deux jardins
et
puis la petite cage devient trop grande à mesure que les corps grandissent il faut aller dans la forêt en effet et lui il s'ennuie alors il retourne les pierres du jardin
tout
d'un coup il a l'impression que vous savez ces petites racines qui se développent forment des lettres il y
a
peut-être un message que la nature lui veut lui communiquer donc le sapin argenté dont il sent l'odeur à des moments et des endroits très particuliers parce que même quand il en est loin et puis des papillons de nuit qui vont voler à son secours quand un grand garçon de sa classe veut lui casser la figure il y a toutes ces histoires là donc un lien étrange avec la nature et puis il
y a
l'histoire de son grand-père
grand
-père Jean grand amateur de littérature qui lui raconte sa propre enfance et cette petite fille juive qui vivait dans la maison d'à côté pendant la guerre où elle était cachée et qui a disparu un jour dans la forêt qu'on n'a jamais retrouvé alors le petit garçon lui il va aussi se mettre à chercher cette jeune fille et là je ne vais pas trop divulgacher parce qu'il faut lire Grégoire Courtois et l'enfant grise mais c'est vraiment la beauté l'écriture vous avez dit ardu non vous avez dit
oui je
trouvais pour
le
début que j'ai lu
disons-le
honnêtement non très belle langue qui n'essaye pas de singer la voix d'un enfant mais qui en garde la naïveté donc c'est des sortes d'équilibrisme assez compliqué et je trouve qu'il
y
a la capacité d'éblouissement de ce jeune garçon qui est tout à fait belle on va le suivre et on va le suivre devenir aussi adolescent et on va finir enfin moi j'ai fini par croire à son lien avec la faune et la flore de son petit monde mais c'est la dernière partie qui est la plus impressionnante qui plairait là aussi à François Angelier parce que on va vraiment vers le fantastique et vers une sorte de réalisme magique
très
singulier qu'on ne voit pas beaucoup dans les ouvrages de littérature française je ne
parle
pas de la francophonie mais là je parle de l'hexagone c'est des choses qu'on peut trouver sous d'autres latitudes et Grégoire Courtois vraiment il réussit là un tour de force et c'est pour ça que j'avais envie de le saluer ici
donc
L'enfant grise de Grégoire Courtois publié chez Robert Laffont merci beaucoup Arnaud Laporte merci à tous les quatre donc Arnaud Laporte on vous retrouve samedi autour de Géraldine Nakache pour son film Si tu penses bien Lucille, comment vous revenez lundi nous proposez votre regard culturel à 8h50 Marie Richeur on vous écoute à 16h cette après-midi dans le book club 15h 15h pardon c
'est pas grave après un peu on la répute le soir oui
c'est le début d'une nouvelle série d'émissions pour le book club qu'on a appelé les book clubs du futur on a proposé à deux théâtres la MC 93 et le théâtre de l'Odéon qui ont toute une action artistique éducative culturelle autour de leur territoire de composer une bande de six jeunes gens âgés en gros de 17 à 20 ans avec qui on va produire une huitaine d'épisodes dans l'année l'idée est à chaque fois de tourner ces épisodes hors les murs dans les théâtres mais ailleurs aussi et d'organiser cette grande conversation autour des mots du goût de la lecture du goût des textes mais interviewer non plus par mois pour ces huit épisodes mais par ces six jeunes gens avec qui à chaque fois je vais préparer collectivement longuement avec des ateliers les entretiens et l'idée c'est de leur laisser complètement le micro normalement c'est à peu près le cas le premier épisode est avec Reda Kateb c'est une heure d'entretien avec Reda Kateb menée par six jeunes gens et c'est à écouter cet après-midi pour le premier épisode donc évidemment vous l'avez
déjà
tourné six jeunes gens qui interview finalement une figure dans l'espoir de faire sortir quoi
sur le modèle des bibliothèques c'est-à-dire que le book club tous les vendredis visite des bibliothèques là de la même manière nous avons demandé à cet invité Reda Kateb de proposer quatre extraits de textes qui lui tiennent à cœur l'idée c'est qu'aussi ce soit des textes qui soient tournés vers le futur vers l'avenir vers le plaisir de les partager avec des jeunes gens de 17 à 20 ans c'est aussi le cas de ce qu
'on
fait avec le prix France Culture Romand des étudiants à chaque fois un ou
une
des membres de cette bande propose lui aussi un extrait et le commente de la même manière un ou une de cette bande propose une archive en l'occurrence Katabi Assine cet après-midi ça donne une conversation qui a forcément un autre goût parce que c'est pas dans les studios parce que c'est pas moi qui mène l'entretien parce qu'ils n'ont pas mon âge ils ont entre 17 et 20 ans et c'est une manière de réaffirmer ici à France Culture notre désir pour un monde de demain pour les mondes du futur dans un moment où c'est pas facile de désirer ça et voilà c'est deux fois plus de désir dans des moments où on voudrait nous en enlever
une
expérience singulière donc à retrouver cet après-midi à 15h dans le Book Club et
quand vous voulez en podcast
évidemment François Angelier vous êtes ce soir vous en public avec Antoine
Volodine absolument en studio 105 entre 18h et 20h et donc une mission spéciale de deux heures autour de Retour au Goudron donc
le
parachèvement du post
-exotisme voilà et si
on peut pas venir on vous écoute
demain à 20h dans quelques instants le 8h45 le journal d'Anne Lorchouin et les chroniques de Gilles Gressani et Marie Laborie
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