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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 26 septembre 2019 19 min

La fin du modèle social français ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] et dans l'actualité des idées aujourd'hui la fin du modèle social français on en parle avec notre invité le journaliste thomas gaudin resté quinze ans à la tribune il a rejoint à mediapart en 2017 après un premier livre sur le business du foot il publie aujourd'hui la guerre sociale en france un ouvrage qui paraît aujourd'hui même à la découverte un ouvrage de théorie politique et économique où il analyse le projet du candidat macron repris par le président un projet économique imprégné selon lui de pensée néolibérale bonjour à vous rend mariko d'un bonjour emmanuel macron président du capital et non plus du travail ce que c'est vraiment nouveau qu'est ce qui le distingue fondamentalement de ses prédécesseurs on a traité dans le journal de thomas cluzel bien sûr de cette actualité qui est le décès de l'ancien président de la république jacques chirac je vous propose encore d'écouter ces mots jacques chirac autour du modèle social français ou plutôt de la fracture sociale terme qui lui était largement attribuée et est attachée depuis qu'il avait prononcé ces mots d'un côté il ya ceux qui s'en tiennent toujours aux mêmes recettes attendant le retour de la croissance il pense assurer en ne modifiant qu'un minimum de choses il faut amplifier ils font tous des styles pour éviter une fracture sociale comme si celle ci n'existait pas déjà de l'autre côté il ya ceux qui continuent de croire à la force de l'idéal républicain et qui donne la priorité à la cohésion sociale est-ce que la description que jacques chirac fait là en 1995 vous semble juste aujourd'hui oui c'est une description qui en fait comme toujours avec jacques chirac très polysémique est qui et qui décrit véritablement cette difficulté que j'essaie de décrire dans le livre de voir arriver un nouveau paradigme économique à une nouvelle à nouveau paradigme dominant qu'est celui du néolibéralisme dans les années 70 80 et de devoir gérer le modèle social issu de la libération dans ce dans ce cadre là et jacques chirac comme je l ai dit tout à l'heure ils essayent véritablement de s'adapter à ce qu'elles se sont des se sont depuis en fait le modèle français a beaucoup bougé en fait évidemment depuis des années 70 c'est plus du tout même mais tout en essayant effectivement de conserver cette cohésion sociale qui est un élément je pense assez particulier à la france parce que tous les gouvernements qui ont essayé effectivement de faire des chocs libéraux sur l'économie française et jacques chirac a été l'un d'eux en 86 après avoir été très keynésien en 74 il a été très néo libérale en 86 effectivement il ya eu une réaction très vive du du corps social français et il ya eu à la fin la défaite de 1988 pour lui et en 1995 évidemment il a exactement il est dans la situation finalement ou enfin disons que monsieur balladur est dans la situation où lui était finalement à la fin de 2,2 sont deux 1982 1988 et donc et bien il fait il prend en compte cet élément de fracture sociale en disant bien on doit avancer dans le néolibéralisme tout en prenant en compte cette cohésion sociale ce consensus que vous décrivez dans votre ouvrage la guerre sociale en france ce consensus néo keynésiens et néoclassique qui va se faire dans les années 80 sont les bienfaits de la concurrence et et prenez la libre circulation du capital au coeur donc de cette définition du néolibéralisme ne va pas tout de suite passer directement par la france les prédécesseurs d' emmanuel macron ont réussi 10 vous à préserver un certain modèle social français qui est né de la reconstruction né après-guerre comment vous définiriez cet équilibre économique et sociale que la france a su préserver pendant près d'un demi siècle alors d'abord c'est c'est une préservation si on veut disons que c'est plutôt encore une fois une adaptation c'est à dire qu'on a essayé véritablement de préserver ce qu'on pouvait d'une certaine façon le modèle social ce soit bien clair il n'est pas c'est pas du tout celui de 1945 qui est en fait maintenu il est il est véritable il est modifié sous l'effet évidemment de la concurrence internationale du changement des idées et c est ce qui est assez intéressant c'est de voir qu'en fait les élites françaises elles sont contre sont convertis depuis les années 70 et 80 assez à ce corps d'idées à ce corpus d'idées simplement les politiques eux effectivement se rendre compte que si l'on va trop loin si on fait un choc libéral comme il y en a eu au royaume uni dans les années 80 en allemagne dans les années 2000 eh bien on se rend compte que il ya véritablement des réactions qui sont il ya un danger véritablement sur la société française que en tout cas ces politiques n'étaient pas prêts à assumer et donc il y a eu effectivement le développement de réformes néolibérales et on en a cité plusieurs et les réformes évidemment des retraites la première date de 1981 93 et il y en a eu en 2003 il y en a eu encore une en 2010 et puis en parallèle le maintien notamment du niveau de vie des retraités si on prend le cas des retraites c'est un élément important puisque même si on a repoussé l'âge de la retraite même si on a durci les conditions même si effectivement on a pris en compte un certain nombre d'éléments et bien en parallèle la france a été un des pays qui a le mieux préserver son niveau de vie des retraités qui a le mieux protéger ses retraités de la pauvreté il ya eu quand même des tentatives même bien avant les années 80 on peut écouter les mots si vous voulait bien d'un économiste d'ihs libéral il se définit lui-même comme tel et déjà à l'époque c'est jacques rue f avec son plan d'assainissement financier il va accompagner l'ouverture à la concurrence de la france sous de gaulle en 58 dans mon esprit l'entreprise assainissement financier de 1958 et qui l a été appliqué intégralement ne pouvait porté tous ses fruits que si elle était suivie d'une part d'une réforme du crédit et d'autre part d'une suppression des principaux obstacles à l'expansion économique et les clips financier ce n'est pas une fin en soi c'est un moyen la fin c'est l'expansion économique c'est-à-dire l'augmentation du bien-être c'est l'art et à la création d'une situation qui permet à l'avenir de mieux sortir du passé et qui supprime tout ce qui fait obstacle à ceux qui venaient toutes les fois qu'une situation existe elle tente de se défendre contre ceux qui tentent à la modifier toutes les fois que des gens sont en possession d'état il cherche à écarter ceux qui tentent d'aller supplée ou à les remplacer et qui de toute façon les remplaceront cette idée très heureux que les hommes soient mortels à cet égard car quand on ne supprime pas les obstacles c'est la nature ils chargent de les supprimer vous revenez vous longuement remarie caudin sur la commission attali dans cet ouvrage est ce qu'on n'a pas la une une commission un plan pionnier avec et sous la hotte lola à la gouverne de jacques rue f une première tentative d'ouverture ou de libéralisation qui voit le jour ce qui est intéressant c'est que le néolibéralisme c'est pas du tout une pensée qui est anglo saxon c'est une pensée qui aussi française qui a une tradition française d'accueil bref le représentant et ce qui est intéressant c'est que en fait dès le départ dès les années 40 50 le modèle français est un modèle hybride c'est un modèle mixte et c'est un modèle qui est déjà sous le coup de la critique notamment de jacques rue f des penseurs libéraux et on est en fait il y a une dynamique c'est pour ça que je disais le préserver le modèle français c'est une idée qui est qui est juste mais en même temps c'est une dynamique c'est-à-dire que sous lé quinquennat de charles de gaulle il ya eu une volonté de constantes de libéralisation de l'économie mais évidemment on était dans un autre modèle économique dominant est effectivement c'était c'était un modèle qui étaient mixtes mais je dirais avec une dominante keynésienne pour le coup et effectivement on a on a inversé un peu la tendance mais on a conservé cette idée de mixité ensuite dans les années dans les années 70 80 90 et c'est vrai que la commission attali marque vraiment par son premier mot qui est voilà le temps est venu marc vraiment là disons la fin de la patience des des élites néolibéral en france vis-à-vis de cette mixité c'est cette mixité qu'il faut qu'il faut abolir il faut comme le disait jacques rue f mais jacques rueff a inspiré charles de gaulle mais charles de gaulle n'a pris qu'une partie des idées déjà cruijff dans son dans son exercice du pouvoir est d'ailleurs le fameux rapport armand rue f qui a été remis en 59 va être la référence des dans les années va renaître dans les années soixante dix et va être la référence en fait des néolibéraux français dans toutes les années 70 et 80 voilà vous vous employez l'image la métaphore de la dynamique on voit qu'à un moment alors quand précisément ce modèle hybride va être considéré par certains comme un frein comme un poids et dont il faudrait s'alléger ce modèle hybride quelle attaque aujourd'hui voyez vous à ce modèle avec l'arrivée d'emmanuel macron à la présidence de la république en quoi irions-nous vers la fin de ce fameux modèle social français alors la tacc contre le le modèle mixte il a commencé en 2010 en fait avec nicolas sarkozy mais là la structuration de la politique française faisait que effectivement on ne pouvait pas avoir une attaque je dirais massive contre ce modèle parce que dans l'électorat que ce soit de l'ump ou des républicains et du parti socialiste il y avait des gens qui restait attaché à ce modèle est à l' équilibre social avec emmanuel macron la nouveauté c'est qu'en fait sa base sociale est une base qui est totalement dévoués à cette a7 idées néolibérales qui est qui est convaincu que effectivement il faut casser ce modèle français pour pouvoir comme l'a dit jacques rue f fait renaître la dynamique économique et que le bonheur allait venir va venir effectivement de cette libéralisation et de cette marchandisation de la société comment on le voit très clairement par les premières les les premières réformes qui ont eu lieu tout au long de ce qu'on appelle l'acte 1 ce qui est convenu maintenant d'appeler l'acteur 1 c'est évidemment la deuxième réforme du marché du travail qui complète en fait la réforme enfin la loi la loi les conneries et qui n'est pas une réforme factice c'est une c'est une réforme qui modifie complètement le rapport de force au sein des entreprises entre les salariés et les employeurs effectivement la réforme de la sncf qui en est qui en est une autre à présent la réforme la loi pacte qui va effectivement développer encore des des privatisations et libéraliser encore l'économie avec la la suppression de plusieurs éléments de contrôle notamment par exemple les commissaires aux comptes pour les petites entreprises on a véritablement cette idée que il faut libéraliser un maximum l'économie marchandises et l'économie le plus possible je pourrais parler également de la réforme du logement social par exemple ou en fait on a zappé les les les bases du logement social français pour en fait ouvrir la possibilité d'une dune d'un financement par le marché donc on a tout ça et effectivement ça continue aujourd'hui avec la réforme de l'assurance-maladie de l'assurance chômage pardon et du la réforme des retraites mais vous dites base sociale en même temps social n'est peut-être pas exactement égal à socle électoral mais si vous regardez ceux qui ont voté pour le candidat emmanuel macron on y retrouve aussi des retraités on y retrouve des fonctionnaires on y retrouve des jeunes vont pas dire que cette base sociale là soit spécialement encline à laisser s'affaiblir le modèle social français de la sécurité sociale retraite de l'assurance chômage à l'éducation c'est quand même un modèle dont beaucoup sont fiers encore aujourd'hui il a été élu sur un programme qui était relativement clair et il l'a fait il a appliqué c'est peut-être ce qu'il faut lui reconnaître en tout cas par rapport à d'autres jacques chirac jacques chirac est décédé on va pas lui faire un procès d'intention mais c'est vrai que lui il a appliqué le programme qu'il a qui la présentait donc les gens qui ont voté pour emmanuel macron au premier tour en dehors de ceux et ils étaient nombreux qui ont fait des choix tactiques ça c'est un autre c'est autre chose en tout cas ceux qui ont voté pour emmanuel macron premier tour était persuadé effectivement que cette évolution la devait aller vers devait apporter le bien-être en france ce qu'on voit actuellement avec notamment avec les européennes c'est qu'en fait on a une modification de cette base électorale qui est de plus en plus vers la droite et donc on a une sorte de fusion de ceux qui au centre gauche ont défendu ont toujours défendu des réformes néolibérales et de ceux qui au centre droit ont été également les défenseurs de ceux de cette évolution 2015 on va écouter sa définition du mot libéral dans son ouvrage programmatique révolution et dit bien qu'il ne s'agit pas de s'adapter servilement au monde il proposa un libéralisme offensif et c'était déjà contre 4 quand il était ministre de l'économie on écoute le mot libéral il a beaucoup de signification philosophie politique et donc là aussi les gens n'entendent pas forcément la même chose derrière ce mot est libéral ça veut dire abolir toutes les règles et les c'est la loi du plus fort s'exercer je ne suis en aucun cas libérale et la loi que je porte on aura l'occasion d'y revenir à plusieurs reprises en particulier sur l'ouverture des commerces de détail le dimanche elle est tout sauf libéral parce qu'elle remet des compensations elle remet des règles elle remet plus de justice on en parlait donc si simplement être libéral s'est trouvé les bons endroits pour mettre la règle réussir à déverrouiller les choses pour libérer des énergies dans un cadre préservé la justice en étant efficace alors je veux bien assumer ce terme voilà sa définition oui c'est pour ça que j'ai commencé mon ouvrage par une partie un peu plus théorique où j'essaye de définir ce qu'est le néolibéralisme qui effectivement n'est pas n'est qu'une forme de libéralisme c'est mal c'est pas ce qu'on entend ce qu'on peut entendre par libéralisme voilà ou l'ultra libéralisme des choses comme ça et le néolibéralisme il se définit par le besoin en fait de l'état de garantir le fonctionnement des marchés et c'est pour ça qu'il a eu aussi cette succès à gauche au centre gauche parce qu'il promet des marchés qui produisent la justice et donc effectivement il y a dans cette danse est dans cette idée néolibérale l'idée que si on encadre les marchés n'ont pas de l'intérieur mais simplement les laissant bien fonctionné en leur permettant un fonctionnement harmonieux en donnant parfois quelques quelques compensations et bien on aura effectivement une justice sociale qui sera je dirais sortie de cette de cette loi du marché alors si telle était l'intention vous le racontez fin à la fin des années 2000 déjà quand il ya radicalisation des élites il va y avoir la crise financière qui valait freiner les stopper dans cet élan est ce qu'aujourd'hui la crise écologique va jouer à vos yeux remarie godin le le même rôle ou la même fonction est ce que le le coût écologique des politiques libérales et évaluer est-ce qu'ils vont être on va être forcé de toute façon en france comme ailleurs de stopper cette course effrénée c'est une question qui est qui et complexes d'abord parce que si on regarde ce qui s'est passé après la crise de 2008 on se rend compte que ans à part un bref moment de panique qui va de l'automne 2008 à mars 2000 2010 à peu près en fait cette crise a été utilisé pour le néolibéralisme pour progresser encore plus et c'est notamment avec la transformation de la crise financière en crise de la dette publique en zone euro à partir de 2010 est effectivement un des basculements un des points de basculement que je vois dans l'histoire économique de la france c'est à l'automne 2010 lorsque nicolas sarkozy à la fois un pot sa réforme des retraites et entre dans une politique d'austérité mais pour ce qui est de la de la crise écologique il et il n'est pas à exclure que on nous propose et c'est un peu ce qu'on fait actuellement que l'on nous propose de régler cette crise par le marché et donc de laisser en laissant faire le marché en incitant par des incitations fiscales les entreprises à se verdir on peut espérer c'est en tout cas ce qui semble se dessiner en termes de politique économique et écologique de la france on espère que le problème se réglera la réalité c'est que c'est un peu l'un vers ce qui se passe puisque en fait le modèle néolibéral l'économie néolibérale elle a été sauvée par un élément qui est enfin par deux éléments qui est sont les banques centrales les achats d'actifs sur les banques centrales or ces jeunes achats d'actifs ce sont des achats d'actifs d'entreprises polluantes et deuxièmement ça a été la relance chinoise qui s'est fait absolument n'importe comment et qui contribuent beaucoup au réchauffement climatique aujourd'hui voilà pour comprendre aussi votre raisonnement et invite les auditeurs à lire votre ouvrage pour en connaître le détail terminé quand même par cette situation actuelle à vos yeux qui donne à ce livre ce titre la guerre sociale en france on aurait glissé du traditionnel conflit social qui pouvait encore ouvrir sur un compromis social à la guerre sociale pourquoi parce que en fait on se retrouve face à une position néo libérale radicale où effectivement tout ce qui relève des du modèle social traditionnel du modèle coopératif du modèle de solidarité qui a été mis en place à partir de 1945 est conçu comme une entrave est un obstacle et donc progressivement on réduit tous ces obstacles et donc on va créer en fait encore plus de précarité encore plus de pauvreté et on va créer une radicalisation en face effectivement d'une partie de la population qui sont les victimes de ces politiques et je pense que pour ceux qui croient à un acte ii un peu différent il faut regarder de très près ce qui s'est passé avec la réforme de l'assurance chômage qui est la conséquence directe de la suppression des allocs des des cotisations chômage en 2018 et donc je pense que c'est pour ça qu'on va vers une vers un conflit plus ouvert merci à vous remarquez gaudin la guerre sociale en france votre nouvel essai vient de paraître par mêmes aujourd'hui à la découverte merci d'avoir entre guillemets joué le jeu parce que cette émission a été raccourci c'est la grande nouvelle du jour le titre qu'on a développé longuement dans le journal de thomas plus elle l'annoncé de la mort de l'ancien président de la république jacques chirac