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interviewSud Radio (sur YouTube)· 9 juillet 2026 4 min

"Vous allez nous manquer" : notre journaliste Laurie Leclère signe sa dernière émission

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le [musique] grand matin Sud Radio 7h10h, Jacques Cardose. Vous arrivez au bon moment, il est 7h55 et Guy Carlier est là comme chaque jour pour nous embarquer plein sud avec celles et ceux qui font vivre cette antenne. Aujourd'hui, une chronique un peu particulière car pour la dernière matinale de Laori, Guy a choisi de partir plein sud avec elle.

Bonjour Guy. [musique] Bonjour Jacques, bonjour à tous. Je vais vous raconter une scène qui s'est déroulée cette nuit.

Il est 1hure du matin. La dort dans son sommeil. Il lui semble entendre une sonnerie au loin qui peu à peu se mélange à ses rêves.

Le volume de cette sonnerie [grognement] grandit peu à peu. Elle envahit son esprit, sa chambre, son appartement. Bientôt l'univers tout entier n'est qu'une sonnerie pour faire terre ce bruit insupportable.

Laorit tend le bras à l'aveugle vers sa table de nuit. Elle cherche son téléphone, le fait tomber, réveille ses deux chats qui sautent prestement du lit. La sonnerie continue implacable.

Enfin, elle récupère l'appareil, coupe l'alarme et regarde l'écran. 1h13. Ça fait 4 ans que cette scène se reproduit chaque nuit, mais Lauri ne s'y fera jamais.

Rassuré, ces deux chats, Cali et Gribouille viennent se lever contre elle enrenant car ce réveil nocturne annonce surtout l'ouverture de leur sachet de pâté. Laoris se prépare. La nuit ne lui appartient déjà plus.

Quelques minutes avant 2h, elle écarte un rideau machinalement pour s'assurer que dans la rue son taxi l'attend. Il est là, son moteur tourne et la lumière rouge sur le toit indique qu'il est occupé. C'est Laori qui descend l'occupé.

Toujours les mêmes banalités avec le chauffeur, la météo, les réveils impossibles puis le silence. Dans les rues, les fenêtres sont éteintes. Les rues d'ailleurs sont presque vides.

Dans le froid de l'hiver où la torpeur des nuits d'été, voilà 4 ans qu'elle monte dans ce taxi à 2h du matin. Nous sommes arrivés, mademoiselle. Dans le hall, un homme passe la serpilière.

De batch plus loin, c'est la rédaction. Benjamin est déjà là et après un café, quelques rires partagés, le contre la montre commence. Les dépêches tombent, la rédaction s'éveille, les matinaliers arrivve peu à peu, le monde n'a jamais cessé de tourner.

Quelque part un gouvernement est tombé ailleurs, un volcan s'est réveillé, une guerre continue, une découverte vient d'être faite. L'équipe de France a joué. La lit, vérifie, hiérarchise, écrit.

À cette heure-là, les mots ont encore le goût du café brûlant. Puis 5ers son premier journal et jusqu'à 9h leur raconte le monde au monde qui se réveille. Elle accompagne ceux qui commencent leur journée pendant que d'autres terminent leur nuit.

Lais Leclerc est une messagère du matin. Il y a quelque chose de profondément noble dans cette mission. Pourtant, rien ne la destinait vraiment à la radio.

Après un bac scientifique, elle choisit la psychologie clinique, master 2 en poche. Elle apprend à écouter les autres, à comprendre ce qui se cache derrière les mots, derrière les silences, derrière les apparences. Avec le recul, c'est déjà une école de journalisme.

Puis un soir, à des milliers de kilomètres d'ici, dans un karaokeé du Nouveau-Mexique, elle prend un micro. Une scène ridicule quand on y pense. Mais les grandes vocations naissent parfois dans les bibliothèques.

La sienne est née entre deux chansons de karaoké. Elle ne lâchera plus jamais ce micro. Après RTL, les grosses têtes, les radios d'autoroute, les chroniques, les podcasts, les reportages.

La voilà Sud Radio. Savoir entre dans la maison mais vous y trompez pas. Derrière la journaliste rigoureuse se cache une midinette, une amoureuse de la musique.

Quelques jours après avoir vibré sur les artistes de jeune de sa génération, on la retrouve à chanter Hejwood à plein poumon en concert de Paul Macartney parce qu'elle aime tous ceux qui donnent du plaisir aux autres, quel que soit leur âge, quelle que soit leur génération. Sa chanson préférée est chanson populaire de Claude François. Ce n'est pas un hasard.

Elle célèbre cette chanson le miracle le plus simple du monde. Des inconnus qui se mettent soudain à chanter ensemble. Au fond, c'est exactement ce que Lauri a fait chaque matin.

Je viens de faire une chronique presque clinique. J'ai pas mis d'émotion volontairement parce que je ne voulais pas sombrer dans une sorte de voyurisme. Alors Loris, je vais te dire un peu la même chose que ce que Remu disait dans la femme du boulanger de Pagnool quand il osait pas parler à sa femme et qu'il parlait à sa chatte la pomponnette.

Je vais m'adresser à tes chats Cali et Gribouille et je vais leur dire vous allez nous manquer. On est très triste ce matin. [musique]