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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 5 juin 2026 7 min

En Europe, "on perd chaque année 20 millions d'oiseaux", affirme Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourd, 6-9. Et votre invitée à 6h20, Marion, est une figure très très connue de tous. C'est président de la Ligue de protection des oiseaux. Et oui, et connu notamment des auditeurs de France Inter. Bonjour Alain Bougrain-Dubourg. Bonjour. Vous publiez ce matin le premier baromètre de l'Avifone, c'est-à-dire de la population des oiseaux sur une durée de 50 ans. C'est ça qui est nouveau. Un baromètre qui a été établi grâce aux observations de 45 000 bénévoles. On en reparlera dans le journal de 7h30. Et vous venez en dévoiler les résultats sur France Inter. Alors ce qu'on constate, il faut le dire quand même, c'est d'abord une mauvaise nouvelle.

Il y a de moins en moins d'oiseaux.

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Invité politique

Oui, c'est un résultat en trompe-l'œil. Parce qu'en vérité, on a plus d'espèces. On a 45 espèces qu'on ne connaissait pas il y a 50 ans. Et il y en a 4 qui ont disparu. Donc on pourrait dire, on se réjouit.

0:55
Présentateur

La diversité est là en tout cas.

0:56
Invité politique

La diversité est là. Mais les populations d'oiseaux se sont effondrées. Alors au plan européen, par exemple, on perd chaque année 20 millions d'oiseaux. On a perdu 800 millions d'oiseaux en 4 décennies. Or l'oiseau est intéressant parce qu'il est l'indicateur de l'état de la biodiversité. Quand ces populations disparaissent, c'est tout le cortège du vivant, les petits mammifères, les insectes. On a perdu 75% des insectes volants. Et donc c'est ce cortège du vivant qui s'estompe quand les oiseaux disparaissent. Voilà ce que ça nous indique.

1:37
Présentateur

Voilà, vous disiez, ça en trompe-l'œil parce qu'il y a de plus en plus d'espèces. On pense notamment à ces perruches vertes qu'on peut observer avec beaucoup de bruit dans les arbres.

1:44
Invité politique

Il y en a peut-être 10 000 ou 20 000 en région parisienne. Il y en a partout en France. Il y en a à Londres, en Belgique.

1:50
Présentateur

Mais par exemple, les petits oiseaux notamment sont de moins en moins nombreux.

1:54
Invité politique

Alors ce sont les passereaux qui sont les plus affectés. Et on constate que les causes sont connues par les scientifiques de l'IBES, qui est la plateforme des scientifiques au niveau mondial. C'est avant tout, soyons clairs, une agriculture intensive avec son cortège chimique.

2:14
Présentateur

Voilà, ça vous... Alors il y a les bénévoles qui font les observations, les 45 000 bénévoles qui ont une application qui peuvent observer. Et puis il y a vos explications à vous, l'ALPO. Donc vous dites l'agriculture ?

2:24
Invité politique

Oui, de deux manières. D'une part parce qu'il y a un cortège chimique, il n'y a plus d'insectes avec les pesticides qui se sont répandues. Et puis c'est un paysage uniforme qui s'est dessiné. Il n'y a plus de marres. Vous vous rendez compte qu'on perd 23 000 kilomètres de haies chaque année. Et ce sont dans les haies que les oiseaux s'épanouissent. Pas seulement, du reste, les oiseaux. Il n'y a plus de marres, il n'y a plus de bosquets. Et donc là, ça affecte directement les oiseaux.

2:56
Présentateur

Donc ce sont des habitats qui disparaissent. On parlait des nouvelles espèces, 45 de plus en 50 ans. Est-ce que c'est une aussi bonne nouvelle que ça ?

3:06
Invité politique

Écoutez, il y en a certaines qui ont été relâchées. On se demande comment. Quand on parlait des perruches, par exemple à Collier, elles sont originaires d'Asie et d'Afrique. L'histoire raconte qu'elles se seraient évadées d'une caisse à Orly. Et elles ont colonisé le reste de la France. Alors, pour elles, ça ne pose pas trop de problèmes. Il y a la Bernage du Canada. C'est donc une oie ? C'est une oie qui occupe maintenant beaucoup de parcs et jardins. Il y a les hérons garde-bœufs, par exemple. Alors ça, c'est l'oiseau typique qui cohabite avec les éléphants ou les buffles en Afrique. Et avec le réchauffement climatique, il est venu nous coloniser.

Alors, ces oiseaux ne posent pas trop de problèmes, à vrai dire, pour l'instant. Donc, non, ce qui est vraiment très, très inquiétant, c'est la disparition des petits passereaux. Par exemple, on a perdu pas loin de 60% des martinets. Ce sont des oiseaux insectivores qui viennent d'Afrique, qui ont cette singularité étonnante de vivre dans le ciel. Ils mangent en vol, ils boivent en vol, ils font l'amour en vol et ils vont dormir le soir dans le ciel. Ils empruntent les courants ascendants et ils ne se posent que pour donner la vie. Eh bien, là, on voit un effondrement. On voit un effondrement des hirondelles. Les hirondelles rustiques qui viennent dans les granges.

Les granges ont été fermées. On a perdu pas loin de 40% de leur population.

4:49
Présentateur

Il faut souligner aussi, quand même, qu'il y a quelques bonnes nouvelles. Notamment, les gros oiseaux qui se portent plutôt bien. Et on pense notamment à la cigogne.

5:00
Invité politique

Alors, la cigogne blanche, dans les années 70, il en restait moins de 10 couples. Aujourd'hui, vous avez plus de 6000 couples. En arrivant dans le studio tout à l'heure, je regardais juste en face de la maison de la radio, dans le 15e, eh bien, il y a un faucon pèlerin qui nidifie, là. Alors que les faucons pèlerin avaient quasiment disparu, victimes du DDT dans les années 70. Le ciel sévenol ne connaissait plus les vautours fauves. Aujourd'hui, il y a plus de 2500 couples de vautours fauves en France. Alors, on pourrait multiplier les exemples, y compris pour les mammifères. Les castors d'Europe, il en restait une trentaine.

Aujourd'hui, il y en a 30 000 qui ont colonisé jusqu'à l'Alsace ou la Bretagne. Donc, on sait faire. Mais malheureusement, on est confronté aujourd'hui à une situation où il faut changer de paradigme.

5:56
Présentateur

Voilà, parce que ça fait 50 ans, quand même, qu'il y a une loi de protection de la nature qui a eu des effets concrets, dont vous nous parlez à l'instant, des bonnes nouvelles. Mais, vous dites que depuis quelques années, ce socle de droit environnemental et ces engagements politiques, ils sont menacés par des retours en arrière.

6:10
Invité politique

Voilà, il y a eu une progression depuis cette loi admirable. On a vu les effets extrêmement positifs, je viens de les évoquer. Après, ça s'est stabilisé, y compris au plan européen. Et aujourd'hui, il y a un recul. Quand vous voyez la loi Duplon, qui ajoute de l'industrie à l'agriculture, plus qu'il n'en existe actuellement, et bien c'est le sacrifice de la biodiversité. On a pris conscience de la question climatique, on a laissé de côté la biodiversité. Et ça, c'est catastrophique, il faut se reprendre.

6:45
Présentateur

Et on entend votre cri d'alerte ce matin, Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux. Merci beaucoup d'être venu ce matin. Je renvoie à votre livre, La biodiversité pour les nuls, aux éditions First. Merci d'être venu sur France Inter. Bonne journée. Merci beaucoup.