Présidentielle en Russie : Vladimir Poutine indétrônable, Sébastien Chenu est l’invité du 16 mars 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour Sébastien Chenu, bienvenue dans Les 4V. La présidentielle russe se tient ce week-end. Il n'y a aucun suspense. Vladimir Poutine va décrocher un nouveau mandat. Est-ce que pour vous, d'ailleurs, c'est une élection ou c'est un scrutin fantoche ?
C'est une élection, vous l'avez dit, sans suspense. C'est un scrutin qui est particulièrement sous contrôle avec une répression des adversaires politiques, des opposants politiques avant l'élection qu'on a pu constater. Mais c'est ce qui se passe souvent dans les démocraties autoritaires, comme l'a défini Emmanuel Todd en parlant de la Russie. Pourquoi ça reste une démocratie ? En tous les cas, c'est une démocratie autoritaire, c'est-à-dire de moins en moins démocratique, de plus en plus autoritaire. Ce n'est pas une dictature, parce qu'il y a des partis, il y a des élections. Ce n'est pas une dictature. D'ailleurs, en géopolitique, on appelle ça une démocratie autoritaire.
Il y a des principaux opposants, il y a trois autres candidats. Mais on peut dire qu'effectivement, c'est un scrutin qui est sous contrôle. C'est un scrutin qui ne ressemble pas à ce qu'on peut vivre ici, dans nos démocraties. Même si, il faut bien le dire, 70% des Russes soutiennent Vladimir Poutine. Même si il y a une situation économique qui n'est pas celle qu'avait prédit d'ailleurs Bruno Le Maire. C'est-à-dire qu'on n'a pas mis à genoux l'économie russe. Et que derrière Vladimir Poutine, qui a tous les relents, effectivement, de quelqu'un d'autoritaire, eh bien, on voit se profiler sa réélection dans les circonstances que j'ai décrites.
C'est-à-dire avec des opposants qui sont muselés et avec un scrutin dans lequel la capacité à faire changer les choses est très limitée. Certains disent que c'est un dictateur. C'est un terme que vous emploieriez ? Non, mais j'ai bien regardé, moi, hier, ce qu'était la différence entre une dictature et une démocratie autoritaire. Une dictature, vous avez un parti unique. Une dictature, vous n'avez pas d'élection. Donc, il faut faire attention aux mots parce qu'au-delà de Vladimir Poutine, pour lequel on ne peut ne nourrir aucune sympathie, derrière, un jour, il faudra bien reparler à la Russie.
Donc, c'est aujourd'hui, et je me réfère à ce que disait Emmanuel Todd, une démocratie autoritaire, de moins en moins démocrate, de plus en plus autoritaire. Et demain, il faudra bien reparler à la Russie. Donc, ça ne sert à rien, si vous voulez, de lancer des invectives. Moi, je pense qu'il faut prendre les choses telles qu'elles sont.
Certains spécialistes disent que le terme « élection » n'est pas le bon terme. Par exemple, quand il va décrocher ce nouveau mandat, est-ce qu'il faudra reconnaître, comme ça se fait parfois, les capitales étrangères reconnaissent le nouveau mandat, félicitent l'élu ? Est-ce que la France devra le faire ou pas ?
Quand je vois que Charles Michel, le président du Conseil européen, a déjà félicité Vladimir Poutine, mais en réalité, pour se moquer de lui, en réalité, pas de façon sérieuse, je pense qu'il faut essayer de reprendre ses esprits. Oui, la Russie ne va pas disparaître. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas ses dirigeants, la Russie, le pays, la Russie, sera un interlocuteur. Vous savez ce que disait le général de Gaulle, les États ont des relations entre eux. Donc, on continuera d'avoir des relations avec la Russie. Demain, avec d'autres dirigeants russes, il y aura un après-Poutine.
Souhaitons qu'il soit le plus tôt possible, même si on peut imaginer que ceux qui succéderont à Poutine ne soient pas forcément plus sympathiques et plus démocrates. Mais si le RN était, par exemple, à l'Élysée aujourd'hui, est-ce que vous reconnaîtriez ou pas ce scrutin ? Oui, et d'ailleurs, la France reconnaîtra ce scrutin. Vous féliciteriez Vladimir Poutine ? Non, on n'est pas obligé de féliciter celui qui sort vainqueur de ce scrutin. Mais la France reconnaîtra ce scrutin parce que nous avons des relations diplomatiques avec la Russie.
Qu'est-ce que vous répondez à Emmanuel Macron qui vous accuse au sujet de la guerre en Ukraine ? C'est ce qu'il a dit sur France 2 et TF1 jeudi soir d'avoir fait, je cite, « le choix de la défaite en vous abstenant lors du vote au Parlement sur l'accord bilatéral de sécurité avec l'Ukraine, au même titre que la France insoumise qui, elle, a voté contre ».
La guerre n'est pas un horizon pour nous, voyez-vous. Et pour Emmanuel Macron, président inquiétant, président qui inquiète les Français, visiblement pour lui, la guerre est un horizon, comme se lever d'une chaise, visiblement peut en être un. Je pense que cette désinvolture avec laquelle Emmanuel Macron gère le pays, cette façon d'inquiéter les Français, cette incapacité aussi à avoir une ligne qui ne soit pas celle d'un zigzag permanent, que ce soit en politique intérieure ou en politique extérieure, est inquiétante.
Emmanuel Macron veut enfermer, veut utiliser d'une façon totalement indécente ce conflit comme un enjeu électoral pour les élections européennes et nous met dans des situations de faiblesse, la France dans des situations de faiblesse vis-à-vis nos partenaires européens. On a vu qu'il avait fait à Poutine le cadeau de montrer les dissensions qu'il y avait en Europe en expliquant qu'effectivement on pourra envoyer des troupes au sol et en étant démenti immédiatement par nos partenaires européens.
Hier il était à Berlin, il y avait le président polonais aussi, officiellement tout va bien, l'Europe est unie, avec le chancelier allemand également, ça vous a rassuré ou pas ?
Non mais hier c'était le replatrage, c'était le service minimum, c'est-à-dire qu'en fait, c'était parce qu'Emmanuel Macron, comme je le disais, a fait ce cadeau à Poutine de montrer qu'il y avait des dissensions européennes, hier les Européens, les grands leaders européens ont essayé de les masquer. Emmanuel Macron n'a plus parlé de troupes au sol, les Allemands n'ont plus parlé des missiles Taurus qu'ils ne veulent pas envoyer, la Pologne était un peu en arrière de la main, donc c'était un SOS, il fallait de toute urgence montrer que l'Europe savait parler, alors qu'Emmanuel Macron nous a affaibli de par ses déclarations de 20 ans.
En fait Emmanuel Macron ferait mieux de se taire, je vais vous dire.
Si la Russie venait à gagner cette guerre, ça changerait la vie des Français du chef de l'État,
c'est pas votre avis ? Mais la vie des Français l'a déjà changé, la vie des Français l'a déjà changé, 37 milliards d'euros à payer de surcoût, parce qu'on est toujours dans le marché européen, l'électricité, les difficultés du monde agricole, et la Macronie continue à négocier les accords de libre-échange dans le dos des agriculteurs à Bruxelles. La vie des Français, elle a déjà changé, mais est-ce que ce sont nos intérêts qui sont aujourd'hui menacés en Ukraine ? Non, nos intérêts en Ukraine ne sont pas menacés, et moi j'aimerais qu'au lieu de raconter n'importe quoi, le Président se taise et prenne des initiatives de paix.
Alors, peut-être pas en Ukraine, mais par exemple, le ministre de la Fonction publique a annoncé hier que c'était 800 sites administratifs qui avaient été attaqués et visés par une cyberattaque d'une ampleur inédite en début de semaine, ils pointent du doigt notamment des hackers pro-russes,
est-ce qu'on n'est pas déjà dans le viseur de la Russie ? Non, mais évidemment, mais c'est pas la première fois, enfin je veux dire, évidemment qu'il y a des cyberattaques, et ce n'est pas la première fois, rappelons-nous, des élections présidentielles, donc il faut s'en prémunir, mais si vous voulez, si l'idée c'est d'aller vers une escalade vers la guerre, c'est un peu ce que nous dit finalement calmement Emmanuel Macron quand il dit « rien n'est à exclure », et bien moi je dis que j'aimerais qu'ils prennent des initiatives de paix, et c'est, je veux dire, la seule solution, ne serait-ce que morale vis-à-vis des Ukrainiens, c'est de prendre ces initiatives de paix.
Alors justement, des initiatives de paix, ça veut dire quoi ? Vous dites aux Ukrainiens « il faut déposer les armes et discuter » ? Non, je dis qu'il faut que la France soit un pouvoir de médiation, comme elle a souvent été dans les conflits internationaux, et qu'elle amène les deux parties, à un moment ou à un autre, autour d'une table. Et ce seront ces parties, ces deux pays, qui négocieront ensemble la sortie de ce conflit. Vous savez, où ça se termine ? Par une guerre, et l'Ukraine ne peut la gagner que si elle est appliquée par l'OTAN, elle ne la gagnera pas toute seule.
Où ça se termine, c'est toujours le cas dans les conflits armés, par des gens qui se retrouvent, après s'être combattus, autour d'une table, et pour négocier, selon leurs propres intérêts, ce qu'ils peuvent négocier. Et c'est pas à nous de négocier, ni à la place des Russes, ni à la place des Ukrainiens. En revanche, on peut favoriser les capacités de ces négociations. C'est ce qu'on attend d'un pays comme la France. Et il y a d'autres États vers lesquels on peut se tourner pour nous aider envers ces médiations. Il y a des grands pays qui entretiennent des bonnes relations avec tout le monde. Je pense par exemple à l'Inde, qui pourra être utile, à condition aussi qu'on leur demande.
Emmanuel Macron préfère jouer les chefs de guerre, utiliser ça dans le débat, j'allais dire politique intérieur, pour agiter les peurs. Emmanuel Macron préfère agiter les peurs, raconte n'importe quoi et nous affaiblit. C'est un président qui met en danger la France.
L'Ukraine, c'est évidemment un sujet des élections européennes. Manon Aubry et la France Insoumise qui vont lancer officiellement leur campagne aujourd'hui, vous accusent au RN d'être, je cite, les petits télégraphistes de Vladimir Poutine.
Oui, mais tout ça, c'est une vision totalement binaire. Si on n'est pas d'accord avec les règles du jeu, si on n'est pas d'accord avec l'idée d'envoyer des troupes russes, et je crois que la France Insoumise n'est pas d'accord d'envoyer des troupes en Russie, pardon, eh bien, on est accusé d'être pro-Poutine. On n'est pas du tout pro-Poutine. On considère qu'il faut prendre des initiatives de paix. Je crois que la France Insoumise le souhaitait aussi, mais visiblement, ils ont dû changer d'avis dans la nuit.
Votre tête de liste aux européennes, Jordan Bardella, promet déjà qu'il appellera une dissolution le soir des élections européennes si le RN arrive en tête. Est-ce que ce n'est pas une façon de totalement travestir l'enjeu de ces élections européennes ?
Ce n'est pas un enjeu franco-français ? Non, mais c'est une élection nationale. Tous les Français vont voter le même jour, avec le même bulletin de vote, sur le même enjeu. Donc, il y a un message politique fort qui va être adressé à Emmanuel Macron. D'ailleurs, on nous dit matin, midi et soir que toute la politique française dépend de la politique européenne. Donc, les deux sont intimement liés. Donc, si Emmanuel Macron entend ce message, eh bien, il cherchera, et s'il a perdu ses élections, et nous, nous faisons tout pour qu'il perde cette élection européenne, eh bien, il devra reconquérir la confiance des Français, et pour cela, dissoudre. C'est la seule façon.
Un sondage révélé par plusieurs journaux interdiqués que les Républicains avaient en secret commandé quelque chose à l'Institut Ipsos qui vous donnait une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Comment vous avez décrypter ça ?
Moi, je reste très prudent. Je pense que la confiance des Français, elle se gagne. Il faut rester humble. Il faut travailler. C'est ce que nous faisons avec Marine Le Pen, avec Jordan Bardella. Nous considérons qu'Emmanuel Macron ruine notre pays, l'humilie à l'extérieur. Nous proposons un autre chemin. Et si les Français nous font confiance, comme ce sondage peut l'indiquer, eh bien, nous souhaitons, en tous les cas, être à la hauteur de cette confiance. Nous essaierons de redresser le pays avec l'énergie qui est la nôtre.
Un dernier point, question rapide, réponse rapide. Une enquête a été ouverte, on l'a appris hier, après un signalement de la LICRA, dénonçant des publications à caractère raciste visant la chanteuse Ayana Kamoura, qui est pressentie pour chanter lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris. Vous soutenez cette chanteuse ?
Moi, je n'ai pas de problème avec Ayana Kamoura en tant que telle. C'est-à-dire que moi, que ce soit une femme issue de la diversité, aucun problème. Je trouve ça plutôt sympathique. Je ne suis pas client d'Ana Ayana Kamoura. Elle n'est pas l'idée que je me fais du talent et de la valorisation de la langue française ou de la culture française. Je considère que ce n'est pas terrible à mes yeux, mais c'est une question de goût. Il n'y a pas de problème à ce qu'une femme, encore une fois, issue de la diversité, il y a des grandes artistes issues de la diversité qui honorent notre pays à travers leurs engagements. Ce n'est pas du racisme comme disent certains.
Non, mais c'est une fausse polémique. Maintenant, qu'Ana Ayana Kamoura martyrisent la langue française, oui, je pense qu'on est quand même quelques-uns à le penser. Et ce n'est pas pour ça qu'on va l'empêcher de chanter. Merci Sébastien Chenus. C'est à vous Maya et Damien.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage ST' 501