Raphaël Glucksmann
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est l'écrivain et réalisateur, Raphaël Glucksmann.
Oui, vous êtes rentré d'Ukraine hier matin et vous déplorez l'impuissance de l'Europe et de Paris en particulier. Impuissance à contrer les ambitions de Vladimir Poutine. D'ailleurs, il y a encore des combats dans l'Est de l'Ukraine. Bonjour Raphaël Glucksmann. Bonjour. Où êtes-vous allé précisément en Ukraine et qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué ?
J'ai été surtout dans le sud du pays, qui est une région russophone qui n'a pas encore basculé dans le conflit. à part les 100 morts qu'il y a eu l'année dernière à Odessa. Et ce qui m'a marqué, c'est qu'en fait, les accords de cessez-le-feu n'ont jamais été respectés. Que depuis la signature des accords à Minsk, en février dernier, il y a eu 1500 morts. Quand j'y étais, il y a eu des bombardements sur la population civile qui ont fait une dizaine de morts. Et qu'en réalité, Vladimir Poutine n'a pas cessé de harceler l'Ukraine et de renforcer ses troupes sur place.
C'est que donc, on a une situation vraiment explosive, où de plus en plus de soldats russes sont dans le Donbass, à l'est de l'Ukraine. Et où, quotidiennement, des combats ont lieu et les forces ukrainiennes sont harassées. Et donc, on a d'un côté une partie qui a retiré ses armes lourdes, qui est la partie ukrainienne. Et de l'autre côté, une partie qui a renforcé son armement sur place. C'est donc une situation complètement explosive.
D'ailleurs, le président ukrainien pour Ochenko le disait encore hier, il accuse Moscou d'avoir renvoyé encore une fois des renforts aux séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine.
Sur place, vous avez eu vent de tous ces bruits ? Bien entendu, oui. Et le problème, à mon avis, c'est qu'on a fait une erreur d'analyse sur ce que veut Vladimir Poutine. Vladimir Poutine ne veut pas capturer une partie du Donbass qu'il a déjà réalisé, ou l'a crimé simplement. Il veut, de manière systématique, empêcher Kiev de se développer. Et donc, il va maintenir une stratégie de la guerre permanente, du conflit ouvert permanent, pour empêcher que les réformes aient lieu à Kiev, et pour empêcher que l'Ukraine s'arrime à l'Union Européenne.
Alors, justement, hier à Berlin, Vladimir Poutine était absent de cette réunion au sommet. Est-ce que ça sert de se rencontrer sans lui ?
Ce qui est évident, c'est qu'il devrait y avoir une position commune face à lui. Il ne s'agit pas de faire la guerre à la Russie, il s'agit de maintenir des sanctions. Et de définir surtout une position commune européenne. Ce qui, comme sur bien des sujets, est une chose très compliquée, parce que l'Union Européenne ne se donne pas les moyens d'avoir une politique commune et d'avoir un message commun. Et Vladimir Poutine joue sur cette division. Et donc, c'est très important que les Français et les Allemands se rencontrent. C'est très important aussi que l'Union Européenne, dans son ensemble, adopte une position plus ferme et plus commune, justement, à l'égard de la Russie.
Et le fait que le président Poroshenko soit parti de Berlin hier sans aucun accord concret, vous estimez que c'était une réunion pour rien ?
Oui, je pense que ce n'était pas une réunion pour rien, parce qu'il fallait marquer un soutien à l'Ukraine et montrer à la Russie que, en gros, les puissances occidentales continuent à faire attention à ce qui se passe sur le terrain en Ukraine de l'Est. Maintenant, ce qui est problématique, c'est le manque de soutien concret et réel à l'Ukraine. D'un côté, dans les réformes, et de l'autre, dans la restructuration de son armée, ses capacités de résistance.
L'Ukraine attendra l'urgence pour Paris et Berlin. C'est d'abord l'afflux de migrants qui débarquent en Europe. Et comme l'ont souligné hier François Hollande et Angela Merkel, la France et l'Allemagne ne peuvent pas, à eux seuls, harmoniser l'accueil des réfugiés. Comment qualifier la façon dont l'Europe aborde cette crise des migrants qui affluent ?
C'est le symbole du désastre auquel conduit l'absence de politique européenne. J'en parle à propos de l'Ukraine, c'est encore plus criant à propos de la crise des migrants. Chaque pays essaye de repasser la balle aux voisins. Et le résultat, c'est quoi ? C'est qu'on a des dizaines de milliers de gens qui ont fui des conflits militaires, en particulier le conflit syrien, qu'on a laissé mourir en Syrie pendant de longues années, et qui aujourd'hui sont balottés comme des ordures entre des pays qui refusent d'assumer une politique migratoire commune. Donc là aussi, la seule réponse, elle ne peut être que européenne.
François Hollande et Merkel ont eu raison, ça vient trop tard et ce n'est pas assez fort. Et simplement, il va falloir assumer devant les opinions publiques qui sont aujourd'hui largement contaminées par les grilles de lecture de l'extrême droite, que tous ces gens ne sont pas des gens qui viennent pour la même chose, c'est-à-dire pour profiter de notre système de sécurité sociale par exemple. Il y a une grande partie qui vient de Syrie, d'Érythrée ou du Soudan, et ces gens-là fuient soit la dictature, soit la guerre. Et il y a un statut qui s'appelle le statut de réfugié. Et l'Europe se déshonorerait à tout jamais si elle ne mettait pas en place ce statut-là.
Eh bien, merci de l'avoir dit l'écrivain, réalisateur Raphaël Glucksmann était ce matin l'invité de France Inter. Merci et bonne journée. Merci.
Raphaël Glucksmann