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Autrefranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 20 février 2026 23 minContradictoireMixte

Négociations commerciales, traité du Mercosur, pouvoir d'achat... Le "8h30 franceinfo" de Dominique Schelcher

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0:01
Présentateur

France Info.

0:03
Invité

Bonjour Dominique Schelcher. Bonjour. Et merci d'être avec nous ce matin sur France Info, coopérative U, je vais y arriver. C'est 13,3 millions de foyers clients. Vous êtes donc au cœur des problématiques de pouvoir d'achat, crise du commerce aussi, sujet que vous connaissez bien, l'agriculture également, on va en parler. Et puis vous êtes aussi présent sur tout le territoire, dans un contexte où, on en a entendu parler évidemment dans nos journaux ce matin encore, contexte d'inondations, avec toujours trois départements en vigilance rouge. Est-ce que vous avez eu un certain nombre de magasins touchés ? Est-ce que vous avez eu beaucoup de pertes avec ces inondations ?

0:42
Présentateur

À l'instant même, on a un magasin à Angers, un U-Express dans le quartier de l'université, qui est en train d'évacuer les produits frais, d'évacuer et de protéger son magasin parce que l'eau arrive. Donc oui, c'est le premier magasin, on est très présent dans l'ouest de la France. Et donc moi, je commence ce matin par un message de solidarité déjà pour tous les gens touchés. On a des collaborateurs touchés dont les maisons sont inondées, notamment en Charente-Maritime aussi. Et là, le premier magasin est touché. Il y a eu énormément, avec les différentes tempêtes ces derniers jours, des magasins qui ont connu des coupures d'électricité aussi, avec parfois des pertes de produits.

Oui, donc la situation est difficile. Il faut soutenir tous ces gens, toutes ces entreprises qui sont en grande difficulté.

1:20
Invité

Vous dites aux personnes, aussi aux habitants de ces régions, on va tout faire pour que vous puissiez retourner faire vos courses assez vite, cas échéant, parce qu'il y a aussi des pertes dans les habitations.

1:32
Présentateur

Mais bien évidemment, il y a énormément de solidarité qui se met en place pour des dépannages en eau, par exemple. Et une des difficultés à court terme, c'est la circulation. Quand les routes sont coupées, les gens ne peuvent plus circuler, ça perturbe les livraisons, ça perturbe beaucoup de choses. Donc souhaitons que la situation s'améliore rapidement. Dominique Chachard, on voulait aussi vous parler d'agriculture à quelques heures de l'ouverture du salon à Paris. Vous avez prévu de vous y rendre. Est-ce que vous vous attendez à un bon accueil ? Dites autrement, est-ce que les agriculteurs ont des raisons de vous en vouloir, vous, le PDG des magasins et des réseaux U ?

Coopérative U a plutôt traditionnellement des bonnes relations avec le monde agricole. On les voit régulièrement, on échange. Et chaque année, effectivement, je me rends au salon de l'agriculture pour des échanges avec les syndicats. Mais pas que. On va signer des filières. Vous savez, quelque chose qui est très important pour nous, on en est à 125 filières signées avec des coopératives agricoles, avec des agriculteurs. C'est quoi des filières ?

Une filière, c'est un contrat, par exemple, tripartite, avec une coopérative agricole, un transformateur qui nous emballe le produit, un contrat sur plusieurs années, pluriannuel, qui donne de la visibilité aux agriculteurs parce qu'ils savent qu'on va leur prendre leur quantité pendant plusieurs années, un prix bien organisé, garanti, avec un plancher minimum, on en rediscute chaque année, ce sont des contrats gagnants-gagnants. C'est votre façon d'assumer votre part de responsabilité dans le problème agricole ? C'est votre expression, vous l'aviez utilisé il y a deux ans. Exactement. Derrière ces filières, il y a quoi ? Il y a nos produits U.

C'est l'approvisionnement de nos produits U qui représente un tiers de notre activité. Et là-dessus, les relations sont bonnes, sont apaisées, sont constructives dans le temps et donnent de la visibilité.

3:16
Invité

On ne parle pas là des négociations avec l'industrie agroalimentaire, par conséquent. Ça, c'est un autre sujet. Parce que, sujet qu'on va aborder tout de suite, elles sont en cours, ces négociations. C'est, j'allais dire, les industriels de l'agroalimentaire, le deuxième maillon, si on fait agriculteur, agroalimentaire, distributeur et client. Et on a l'impression que ces négociations, qui traditionnellement donnent toujours lieu à une forme de cinéma, pardonnez-moi l'expression, mais que cette année, c'est beaucoup plus violent. Qu'est-ce qui se passe ?

3:46
Présentateur

Mais pas du tout, mais pas du tout. Écoutez, chez nous, en tout cas, on vit la situation comme les autres années. Comme les autres années. Il y a eu des propos cette semaine, notamment de la part du principal syndicat des industriels que je trouve excessif. Mais arrêtons-nous au fait. Les faits, c'est quoi ? C'est que les industriels, cette année, sont venus avec une demande de hausse généralisée des prix. Demande de hausse généralisée des prix. Et donc, vous voulez une inflation généralisée. Et notre travail dans ces négociations, c'est quoi ? C'est faire le tri dans ces demandes de hausse. Mais elle était injustifiée, cette hausse ?

Justement, c'est ça notre travail, de voir ce qui est justifié. Il y a des marchés et des matières premières où c'est tout à fait justifié. Comme quoi ? La viande, par exemple. Le bœuf, de toute façon, il y a pénurie de viande de bœuf de qualité. La volaille, c'est une demande qui explose. Les œufs, 15% de croissance de consommation depuis trois ans. Pardonnez-moi, mais si on écoute la ministre de l'Agriculture, elle vous pointe du doigt dans une interview aux Parisiens cette semaine. Elle dit que vos exigences, je cite, sont incompatibles en termes de tarifs avec les demandes des industriels.

Est-ce que vous n'êtes pas, par votre inflexibilité sur les prix, en train de mettre un secteur, celui de l'industrie agro, en danger ? Eh bien, je vous réponds non. Encore une fois, nous faisons le tri. Mais ce qui se passe cette semaine et les polémiques de cette semaine ne sont que les symptômes d'une situation beaucoup plus profonde. Et cette situation plus profonde, c'est quoi ? Ce n'est pas un problème de la grande distribution, c'est un problème de compétitivité de notre industrie agroalimentaire. C'est ça le problème de fond.

Ces agroindustriels, pardonnez-moi, ils disent, si on ne nous paye pas davantage, si on n'achète pas à un niveau suffisant, nous, on ne peut pas moderniser nos filières, on ne peut pas investir, se rénover, être plus vertueux, développer une autre façon de produire. Et ça rejaillit également sur les agriculteurs. Tous les agriculteurs, comme les agroindustriels, pointent du doigt la distribution dans sa responsabilité, cette pression sur les prix qui empêche de changer de modèle. Eh bien, moi, je vous dis que profondément, les raisons sont ailleurs. Déjà, nous ne représentons que 40% des écoulements de la production. Il y a également la restauration et l'exportation.

Si les exportations de la chaîne agroalimentaire sont en crise, ce n'est pas de notre responsabilité. Ça veut dire que leur compétitivité n'est pas bonne au niveau européen. Et les raisons profondes, c'est quoi ? Moi, je vais vous le dire. C'est celles auxquelles sont confrontées toutes les entreprises. Un coût du travail trop élevé en France, des prélèvements obligatoires les plus élevés d'Europe, une situation normative française et européenne où on est au bout du système. Et c'est ça, le problème de fond de l'agroalimentaire français.

6:28
Invité

Pardonnez-moi, on peut, je ne vais pas me faire l'avocat du diable, mais certains vont peut-être dire, en même temps, est-ce que le sujet, ce n'est pas que les distributeurs, pardonnez-moi l'expression, se gavent ?

6:40
Présentateur

Je m'inscris évidemment totalement en faux. Vous savez, j'ai été auditionné il y a quelques jours par la commission d'enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution. On s'est préparé pendant des heures. C'est 2% vos marges, c'est ça ? Exactement. On s'est préparé pendant des heures. Pourquoi Coopérative U se porte bien sur le marché aujourd'hui ? On a fait 5,3% de croissance l'année dernière. Parce qu'on a cessé d'investir et en premier lieu dans quoi ? Dans nos prix, en prenant sur nos marges. On est la seule enseigne qui continue à proposer 150 produits à prix coûtant depuis la crise inflationniste. C'était au départ à la demande du gouvernement.

On a cessé d'investir sur nos marges avant la crise inflationniste. Et aujourd'hui, notre résultat final n'a pas changé. Quand un client vient dépenser 100 euros dans nos magasins, il reste aux commerçants 2 euros. C'est le minimum de ce qu'on observe partout dans l'économie. En dessous, ça ne fonctionne plus. Et en dessous, ça ne fonctionne plus. Et ça ne nous permet plus, nous non plus, d'investir. Mais Dominique Schelcher, vous serez prêt à jouer la transparence et à afficher sur vos produits la décomposition du prix, la rémunération de chaque maillon de la chaîne ? Le rémunérascore, par exemple ?

Nous sommes, ça tombe très bien votre question, nous sommes la première enseigne à avoir fait des campagnes de communication sur la décomposition du prix des pommes, du lait. On l'a fait à de nombreuses reprises pour être transparent. Mais il n'existe pas ce rémunérascore, il n'est pas sur vos produits aujourd'hui. D'autres enseignes l'ont mis, l'ont plus davantage développé. Il est abandonné. Je ne crois plus qu'il existe ce rémunérascore. Mais je vais vous dire, il y a un observatoire officiel du gouvernement qui s'appelle l'Observatoire de la formation des prix et des marges qui fait la transparence totale sur la décomposition de ces marges.

C'est la grande distribution et Coopérativie en particulier, on donne tous les éléments. Et les gens qui s'occupent de ça reconnaissent que les industriels ne font pas la transparence, ne donnent pas tous les éléments. Je vous assure qu'il n'y a pas plus transparent que nous.

8:32
Invité

Dominique Schelcher, je renvoie un peu la patate chaude en quelque sorte. Est-ce que ça veut dire que les industriels, j'utilisais le terme « se gavé » qui n'est pas très élégant, mais est-ce que ça veut dire que les industriels, à vos yeux, peut-être font des profits qu'ils ne devraient pas faire ?

8:43
Présentateur

Je vais vous dire quelque chose qui est très intéressant. Vous savez ce qui se passe aux Etats-Unis ? Dans la consommation américaine, il y a une panne de la consommation, les volumes sont en baisse et les mêmes industriels internationaux, les grandes multinationales, les grandes marques, les Pepsi et autres, qui crient au loup en France, disent aux Etats-Unis « Ouh là là ! » On est peut-être allé un peu trop loin sur les prix de vente des produits. Les ventes s'effondrent, on va devoir baisser les prix. Mais ça veut dire quoi ? Il y a un marché, le chocolat, qui a tellement augmenté, qui est un sujet pour beaucoup de gens qu'on voulait vous poser.

Les volumes, chez nous, l'année dernière, sont en baisse de 3% parce que les gens n'en peuvent plus de ce prix. C'est devenu hors de prix, le chocolat. Ils ne peuvent plus se le payer. La campagne de chocolat de Noël a été très mauvaise en volume. Là, pour le coup, c'est une question de prix des matières premières. On n'est plus sur des enjeux avec les industriels. Mais c'est là, justement, que je vous dis qu'il faut faire le tri et que le cours du cacao a fortement baissé. 60% ces dernières semaines, le prix du cacao. Exactement, a baissé de 60% ces dernières semaines. Et donc, on essaye simplement de tenir compte de ça pour avoir un juste prix pour le consommateur.

9:54
Invité

On est en train de nous expliquer, Dominique Schellcher, si on s'arrête quelques secondes sur le chocolat, sujet qui intéresse beaucoup de gens parce que beaucoup de gens aiment le chocolat. Ça veut dire qu'aujourd'hui, malgré la baisse du prix du cacao, les industriels ne vous proposent pas une baisse substantielle sur les produits qui contiennent du chocolat ?

10:09
Présentateur

Certains le font, notamment les plus petites entreprises des PME. Par exemple, pour les chocolats de Pâques qui arrivent dans nos rayons dans quelques jours, certains ont proposé des baisses. Mais certaines grandes marques, en prétextant des achats anciens de cacao, en disant que la grande distribution ne comprend rien aux achats, etc., ont continué à nous proposer des hausses à deux chiffres. Et ça, ce n'était pas possible. Donc, c'est ça qu'on discute et c'est ça que font les négociations. En tout cas, ce que vous nous dites, c'est que le prix des chocolats de Pâques

10:35
Invité

sera peut-être moins élevé cette année ? Pour certains produits, en tout cas. On continue avec la question, effectivement, du prix. Est-ce que quand même, sur ces négociations, même si vous nous dites qu'elles sont tendues, on ne peut pas imaginer que, fatalement, dans la mesure où elles sont tendues, il va peut-être falloir que vous revoyiez un petit peu vos attentes et que les prix vont fatalement un petit peu augmenter pour le consommateur ?

11:00
Présentateur

Il y a une demande généralisée de hausse dans ces négociations. Notre travail, c'est de contenir ça et de faire le tri. Et donc, il y aura une inflation contenue proche de l'équilibre. Et il y aura, et c'est la bonne nouvelle pour les consommateurs, des baisses de prix. Il y aura des baisses dans certains cafés. Il y aura dans des produits de droguerie, lessive, hygiène, des baisses de prix. Dans les féculents, les pâtes, la farine, des baisses de prix. Les chips, c'est le sucre. Vous voyez, il y aura des bonnes nouvelles pour les consommateurs dans nos rayons.

11:29
Invité

Mais quelques hausses quand même.

11:31
Présentateur

Mais quelques hausses quand même. Et on est juste équilibré.

11:34
Invité

Les oeufs, par exemple, vous parliez des oeufs, ça va augmenter, ça ?

11:37
Présentateur

Mais il y a une pénurie d'oeufs. Donc, quand un marché est pénurique, quand les quantités disponibles ne sont pas suffisantes, il y a tension sur les prix, naturellement.

11:46
Invité

C'est l'offre et la demande. Vous restez avec nous, Dominique Schelcher. On va parler notamment de l'accord avec le Mercosur. On va parler aussi de l'intelligence artificielle qui va sans doute avoir un rôle important dans le commerce, dans les supermarchés. Et nous sommes toujours avec Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U.

12:08
Présentateur

Un des sujets de colère des agriculteurs dont on voulait vous parler, c'est le traité du Mercosur. Si le traité était appliqué dans les prochains mois, ce qui est une possibilité, vous vous engagez à ne pas acheter de produits similaires qui viennent d'Amérique du Sud, même à moindre prix ? Justement, si vous voulez, notre agriculture est en crise, le salon démarre demain. Nous, on défend ce monde agricole, on le défend par l'origine France dans nos produits. Et d'ailleurs, j'appelle les consommateurs que j'encourage à aller visiter le salon, aussi avoir toute l'année un réflexe, ça s'appelle le réflexe origine France.

Quand vous allez dans votre supermarché, prenez la plaquette de beurre, retournez-la et regardez si le lait est d'origine France ou pas. Et vous, concrètement, vous allez ne pas acheter ces produits, mettre une sorte de veto globale ? Absolument. Et du coup, on continuera à défendre cette origine. Et s'il y a un produit équivalent en France, on n'achètera pas un produit venant du Mercosur. Je pense notamment à la viande. On a de la bonne viande en France. Mais on n'en a pas assez en même temps. C'est ce que vous disiez tout à l'heure. Oui, mais c'est pour ça qu'on signe des filières de qualité pour s'assurer dans notre circuit une quantité, par exemple, de viande suffisante.

Donc, pas de steak argentin dans nos rayons, mais on pourrait avoir dans le hachis parmentier des produits frais, des produits congelés, de la viande argentine sans le savoir. Comment vous allez faire sur ce qui est produits transformés ? Alors, dans les produits qu'on fait fabriquer par des PME françaises à 80% par des entreprises françaises, nos cahiers des charges exigeront que les ingrédients soient français dans le maximum de cas. Voilà, tout simplement. Dans le maximum de cas, ça ne veut dire pas forcément dans tous les cas. Mais pour les produits, on sera très vigilant à ce que ce soit du 100%.

13:51
Invité

Alors, la question à présent de nos habitudes d'achat est ce que l'intelligence artificielle va pouvoir y changer. C'est un vaste sujet parce qu'on a l'impression que tous les domaines bientôt vont être concernés par l'intelligence artificielle. Est-ce que, par exemple, déjà, vous, vous utilisez déjà dans vos grandes surfaces l'intelligence artificielle ?

14:10
Présentateur

Ce qu'il faut dire à nos auditeurs, c'est que c'est une vraie révolution. Je pense la plus importante de ces dernières années. Elle va bouleverser de nombreux métiers. Elle va bouleverser le travail des jeunes tout particulièrement.

14:22
Invité

Vous savez que les inquiétudes, c'est plutôt qu'elles les bouleversent au point que ça supprime des postes. C'est surtout ça, le bouleversement.

14:29
Présentateur

Ce qui n'est pas exclu. Et pourquoi ? L'adoption par les Français est extrêmement rapide. Trois quarts des Français, aujourd'hui, ont déjà utilisé une intelligence artificielle générative pour poser ne serait-ce qu'une question. Et d'autre part, l'autre phénomène, c'est que ces intelligences progressent à une vitesse stratosphérique. En 6-7 mois, leur capacité, leur qualité de réponse sont fortement augmentées. Donc, les entreprises adoptent les choses. Est-ce que c'est un instrument que vous utilisez déjà aujourd'hui ? Mais bien sûr, pour faire quoi concrètement ? La première chose, c'est pour améliorer nos commandes. Je prends l'exemple des fruits et légumes.

Un des rayons les plus difficiles à commander pour les équipes en magasin dans un magasin, ce sont les fruits et légumes. Donc là, on les a équipés de tablettes dotées d'intelligence artificielle, prenant en compte la météo, le stock, la saisonnalité, etc. pour faire les meilleures commandes possibles et jeter le moins possible au bout du compte. Premier exemple. Deuxième exemple, les prix dans les magasins. On vient, ça remonte à il y a trois semaines maintenant, faire les premiers calculs de prix avec une intelligence artificielle extrêmement poussée qui prend en compte les prix des concurrents, les prix du marché et qui nous propose... Ça relance la guerre des prix quelque part.

Non, qui propose les meilleurs prix possibles, le meilleur équilibre par rapport au marché de chaque magasin. Dominique Schellcher, vous disposez aussi d'une mine d'or. Cette mine d'or, ce sont nos cartes de fidélité. Je pense qu'on en a à peu près tous dans nos portefeuilles. Grâce à celle-ci, vous connaissez toutes les habitudes des consommateurs. Vous pouvez dresser des portraits robots extrêmement précis de chacun d'entre nous. Vous allez faire quoi de ces données à travers l'intelligence artificielle ? Comment on les exploite ? J'imagine que ça vaut cher et que c'est précieux. Mais là, par exemple, une traduction concrète, c'est sur nos sites de e-commerce.

La première page, quand vous arrivez, est totalement personnalisée, effectivement, par rapport à vos habitudes d'achat. Donc, ça sera un moyen de nous faire consommer toujours plus, y compris peut-être des choses dont on n'a pas vraiment besoin ? D'activer votre attention sur les produits que vous avez l'habitude de consommer, de pousser des promotions dans votre intérêt, par exemple. Et donc, voilà, ce sera des choses toujours plus personnalisées. Il y avait déjà de la personnalisation depuis longtemps, mais là, elle sera plus poussée encore.

16:37
Invité

Justement, s'il y a un distributeur qui fait ça aujourd'hui, déjà à grande échelle, c'est Walmart, aux Etats-Unis, qui s'est allié avec ChatGPT. Alors là, c'est un peu ce qu'on décrivait. L'idée, c'est qu'il y a puissent noter nos habitudes de consommation, anticipent même les besoins en fonction de ce qu'on a l'habitude d'acheter, avant même quelquefois qu'on le sache. Est-ce que Walmart, pour vous, c'est un modèle sur ce point ?

17:02
Présentateur

Mais absolument, mais c'est le premier distributeur au monde et on le suit.

17:06
Invité

Premier employeur aux Etats-Unis.

17:07
Présentateur

Premier employeur aux Etats-Unis et on le suit énormément. Et donc, que met en place Walmart en partenariat avec des grands faiseurs d'intelligence artificielle ? Il met en place, en fait, un assistant personnel. À cet assistant personnel, par exemple, vous direz, voilà, ce soir, je fête mon anniversaire, j'aurai sept invités, deux seront végétariens, prépare-moi la liste complète, un menu, prépare-moi un menu en tenant compte des habitudes des gens, sors-moi la liste des ingrédients nécessaires et prépare-moi la commande de ces achats. Premier exemple. Deuxième exemple, vous lui dites, je pars aux vacances de sport d'hiver la semaine prochaine dans cette ville-là de telle date à telle date.

Prends en compte la météo et fais-moi la liste exactement de tout ce que je dois emmener pendant ces vacances.

17:51
Invité

Liste qui pourra être envoyée dans la foulée au magasin ?

17:53
Présentateur

Exactement, exactement. Donc, c'est une véritable révolution. Elle finira par arriver en France. On regarde ça d'extrêmement près. À quel horizon, selon vous ? Dans les années qui viennent. C'est cinq ans ou c'est deux ans ou c'est un an ? C'est, moi, dans les trois ans qui viennent, on aura des impacts. Après, ce sont des investissements extrêmement lourds. On est une coopérative de commerçants. Donc, on sera très attentifs à ce qui est utile et ce qui a notre portée en termes d'investissement, bien évidemment. Dominique Schelcher, on voulait aussi vous parler de la crise des commerces. Un sujet qui vous tient à cœur. Un enjeu pour les maires aussi en cette période d'élection municipale.

Comment, dans les centres-villes, on fait, alors que les plateformes sont de plus en plus puissantes ? Chine, Tému, bien sûr. Vous aviez, vous, remis un rapport sur le sujet. Tout à fait. Comment, concrètement, on fait pour permettre, faciliter l'installation commerciale, garder les commerces dans les centres-villes ? C'est le monde d'hier où on peut encore agir au niveau local pour faire en sorte qu'il reste une activité ? Avec deux co-rapporteurs, on a effectivement rendu ce rapport. 30 propositions, dont neuf ont déjà été retenues par le gouvernement. En fait, ce n'est pas la fin des centres-villes, c'est la mutation des centres-villes.

Certains commerces, parce que les habitudes des Français ont changé, dans le temps, on faisait du lèche-vitrine et on achetait toutes ces courses de Noël en ville. Aujourd'hui, ça, c'est fini. Vous dites, c'est fini, il n'y aura plus de petits commerçants pour les vêtements, mais il y aura de l'artisanat, il y aura des restos, il y aura des services. Exactement, c'est tout à fait ça. Voilà, donc, certaines activités, comme le vêtement, sont en difficulté. Les chaussures, on achète quasiment plus que des chaussures en ligne.

Par contre, ça a été remplacé par de la restauration, par des services, par exemple aux personnes âgées, la population française vieillit, et par le retour extraordinaire. Et ça, dans le rapport, on avait trouvé ça très intéressant, le retour de l'artisanat en ville. Des créateurs qui font à la fois un atelier en cœur de ville et de la vente de leur production. Et ça, ça revient. Et dans certaines villes, il y a même des listes d'attente pour occuper des locaux en ville. Donc, le rapport, le but de ce rapport, en novembre dernier, c'était d'accompagner cette mutation et en luttant, au premier chef, en luttant contre la concurrence déloyale des plateformes chinoises,

20:03
Invité

notamment à faire absolument. On est en période d'élection municipale. Le rôle des maires, là-dedans, ça doit être quoi ? Un rôle accru. C'est tout un volet de nos propositions. On a beaucoup écouté. Pardonnez-moi, il y a beaucoup de maires qui essaient de faire venir des commerces dans leur centre-ville un peu vide.

20:17
Présentateur

Il y a eu des programmes du gouvernement également.

20:19
Invité

Il y a eu des programmes, action cœur de ville, etc. Action cœur de ville.

20:21
Présentateur

Et ce n'est pas si simple. On a auditionné énormément d'experts, dont des élus. Et ce qu'ils nous ont particulièrement demandé, et on en fait la propulsion dans le rapport, c'est de donner un peu plus de pouvoir aux maires sur le choix des activités. Quand, dans une rue, au cœur du centre-ville, il y a déjà plein de restaurations rapides, est-ce que c'est nécessaire qu'il y en ait un sixième, un septième ? Donc, il faudrait un peu plus de pouvoir aux maires pour qu'ils puissent choisir et organiser l'activité, et la réenchanter. Mais vous savez, on a aussi fait des visites de terrain.

Et c'était passionnant, parce qu'on s'est rendu compte que quand il y a une volonté politique, quand la municipalité ou l'agglomération se dote d'outils, quand elle est accompagnée par l'État sur des budgets...

21:05
Invité

Quand vous dites les outils, c'est quoi ? C'est de l'argent ? C'est des financements ? C'est de la réglementation ? C'est de la simplification ?

21:11
Présentateur

C'est une foncière, par exemple, qui rachète des immeubles, réhabilite des logements à l'étage, transforme les locaux au rez-de-chaussée pour en faire des locaux commerciaux ou artisanaux, comment dire, de qualité aujourd'hui. Et quand ce travail-là est fait, avec une vision des rues systématiques, et ça dure des années parfois, il y a des réussites en France de reconquête du centre-ville. Donc, Chine, Temu ne tueront pas le commerce, le petit commerce ? Si, en même temps, on le régule. Et le ministre du Commerce, Serge Papin, a pris rapidement des mesures. Ça a été, que je connais très bien, ça a été retenu dans le cadre du budget.

La taxe, par exemple, sur les petits colis, le renforcement des contrôles qualité de ces produits. La diversification des centres-villes, ce n'est pas seulement le commerce en ligne, c'est aussi les grands centres commerciaux, y compris les grands centres de grande distribution en périphérie, avec des grands parkings et des très grandes surfaces. Et des grandes surfaces qui vendent de tout. Et c'est un phénomène qui existait avant Chine était émue. Mais je ne nie pas, évidemment, le rôle de ces surfaces périphériques, mais je vous rappelle juste que nous n'avons pas lancé ce mouvement.

Les gens, dans les années 60, ont quitté les centres-villes parce qu'ils sont équipés d'une voiture, parce qu'ils voulaient un logement. Les administrations ont suivi,

22:27
Invité

et qui a suivi aussi les commerçants ? Un tout dernier mot, on parlait de politique, Dominique Schellcher, vous avez vu que vous avez un de vos camarades concurrents, Michel-Édouard Leclerc, qui ne nie pas s'intéresser à l'élection présidentielle. Les Français verraient bien un chef d'entreprise à la tête de l'État. Et vous ? Est-ce que la politique vous intéresse ?

22:45
Présentateur

Pas du tout, ce n'est pas un sujet. Et moi, personnellement... Vous n'y pensez pas en vous rasant ? Je vais vous dire que je crois que les responsabilités ultimes appartiennent aux hommes politiques. Que l'on fasse en France qu'a fait le chancelier... C'est bien affaire de la politique. Exactement, mais le chancelier Scholz a pris quatre chefs d'entreprise dans son gouvernement en Allemagne. Ça, ça peut être une bonne idée, mais la responsabilité suprême appartient au monde politique. Ministre, oui, pas président.

23:11
Invité

C'est ce qu'on comprend. Merci beaucoup, Dominique Schellcher, PDG de Coopérative U, d'avoir été avec nous ce matin. Merci, Camille Vigonne-le-Coate, Le Nouvel Obs.