CHUTE DU NIVEAU SCOLAIRE : CETTE PROFESSEUR DU PUBLIC BRISE LE SILENCE SUR L’EFFONDREMENT DE L’ÉCOLE
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Bonjour tout le monde et bienvenue sur Légende. Aujourd'hui, notre invitée s'appelle Cécile Chabot. Elle est professeure de français au collège. Elle a fait pendant 10 ans un collège à Saint-Denis, dans le 93. Est-ce que si on a les moyens en tant que parents, il faut mieux mettre nos enfants dans le privé que dans le public ?
Le public étant ce qu'il est, moi, mes enfants, ils ont été dans le privé. Je vais me faire éclater, mais c'est pas grave.
On a baissé les bras en France sur l'éducation nationale, là ?
Je pense, ouais. Mais moi, je le vois dès la 6e. Je me dis, mais c'est pas possible. Ils savent pas écrire, ils savent pas lire. Tu regardes les copies de mes élèves, puis t'as tout compris. Puis tu pleures.
Bonjour tout le monde et bienvenue sur Légende. Aujourd'hui, notre invitée s'appelle Cécile Chabot. Elle est professeure de français au collège. Elle a fait pendant 10 ans un collège à Saint-Denis, dans le 93, puis maintenant dans Paris. Elle va nous raconter ce qu'elle a vu de plus incroyable, ce qu'elle voit aussi au sein de l'éducation nationale, ce qui se passe dans la salle des profs, ce qu'elle a vu de plus incroyable. Ces anecdotes, vous allez voir, il y en a vraiment beaucoup. Il y en a une partie dans le livre qui s'appelle « Profs ! Courts et miracles ». Elle raconte ce qu'elle voit, ce qu'elle vit. Elle voit aussi la chute du niveau de l'éducation nationale aujourd'hui.
D'ailleurs, dans tous les classements, vraiment, c'est marqué. On le voit, l'éducation nationale baisse en ce moment. Est-ce que quand on a les moyens, il faut mettre ses enfants dans le privé ou dans le public ? Je vais aborder vraiment tous les sujets. Elle m'a dit vraiment que je pouvais lui poser tous les sujets sans langue de bois. Juste avant, je voulais vous remercier d'être si nombreux. Chaque semaine, on vous voit arriver sur les jambes. On vous voit en parler. Je vous croise quand je vais prendre le train, sur la route, etc. Et je suis hyper heureux de voir que vous êtes de plus en plus nombreux. Donc, merci beaucoup pour tout ça. Continuez d'en parler. Ça nous aide beaucoup.
C'est beaucoup plus important qu'on ne peut l'imaginer quand vous en parlez dans un dîner, avec des potes, en famille, etc. Continuez d'en parler, de partager les infos, quand vous voyez des trucs qui vous plaisent, des extraits. N'hésitez pas à les partager sur vos réseaux sociaux. Ça nous est vraiment hyper utile. Et quand vous vous abonnez aussi, ça nous aide vraiment beaucoup sur la chaîne YouTube, puisque ça nous permet d'avoir des invités exceptionnels, d'avoir des invités encore plus étonnants. Vous êtes tous les bienvenus d'ailleurs ici.
Si vous voulez venir raconter quelque chose, on a fait ce média pour ça, pour que tout le monde puisse venir parler, raconter son histoire, raconter des anecdotes, raconter quelque chose d'exceptionnel, raconter son métier peut-être plus classique, mais avec des anecdotes incroyables comme Cécile aujourd'hui. Vous pouvez juste m'envoyer un mail, ça vous dit de venir sur contact.com.fr. Vous mettez juste quelques anecdotes avec votre numéro de téléphone et vous serez tous les bienvenus sur ce fauteuil. Abonnez-vous à notre chaîne YouTube et sur Spotify, vous pouvez nous écouter si vous êtes en podcast audio, sur Spotify, Deezer, Apple Podcast et Amazon Podcast.
Et avant de commencer l'émission, je voulais remercier notre partenaire sur cette vidéo. C'est Céline Roland, c'est une entreprise qui permet d'acheter des lunettes des plus grandes marques en magasin, mais aussi en ligne. Il y a quelque temps, on a reçu dans l'émission Céline Roland, qui est fondatrice de Céline Roland, opticien lunetier. Alors, elle est venue nous raconter son parcours, comment elle a décidé de lancer sa propre entreprise après une agression dans un magasin où elle travaillait et comment elle est passée de 80 000 euros de déficit à un bénéfice de 20 000 euros en seulement deux mois. Alors aujourd'hui, il faut le savoir, 70 à 80% des Français portent des lunettes.
Avec Céline, on a parlé de comment bien choisir ses lunettes quand on va dans un magasin. Elle nous a montré aussi des lunettes de luxe qui valent des dizaines de milliers d'euros, comme des lunettes avec un bout de météorite, par exemple, à l'intérieur. Et comme on a parlé de la santé des yeux, on a reçu le docteur Igal Bougna, qui est en fait ophtalmo, chirurgien ophtalmologue. Il nous a donné des conseils pour bien prendre soin de nos yeux. On a parlé des maladies oculaires qui existent, des choses les plus folles qu'il a déjà vues dans les yeux de ses patients et comment vraiment prendre soin de ses yeux, c'est le plus important.
Alors, si vous n'avez pas vu cette émission avec Céline Roland, la fondatrice de Céline Roland, opticien lunetier, je vous mets le lien dans la description de la vidéo YouTube. Merci en tout cas à eux de nous sponsoriser pour cette vidéo. Et juste avant de commencer, je vous rappelle qu'on part pour 18 dates partout en France et en Belgique pour le Légende Tour. On va faire une tournée très bientôt. Ça va se passer en octobre et en novembre 2026. On passe à Chambéry, à Dijon, à Montpellier, à Paris, deux fois à l'Adidas Arena, à Bruxelles, deux fois, d'ailleurs à Forêt Nationale.
On part avec des invités qui ont marqué la chaîne et beaucoup d'artistes qui vont se joindre à nous pour cette tournée. Ça va se passer en octobre, en novembre, vous pouvez venir. Il va se passer beaucoup de surprises. Il y aura des performances artistiques, il y aura du chant, il y aura des anecdotes incroyables. On ne pourra pas filmer dans la salle. Donc, il y aura beaucoup de choses vraiment très surprenantes qu'on ne peut même pas raconter ici. En tout cas, prenez vos billets. Vous pouvez venir quand vous êtes en famille. Il n'y a pas de problème. Tout le monde peut venir voir le spectacle. Et c'est sur légende-tour.fr. En tout cas, j'ai hâte de vous y voir.
Et c'est parti maintenant avec Cécile Chabot qui est professeure de français sur Légende. On y va.
Bonjour, Guillaume. Je suis Cécile Chabot, professeure de français. Professeure, alors là, il y a un E, je corrige. Professeure sans E. Non, c'est vrai ? Oui. Oui, c'est un statut. Pas besoin de E. Je suis une femme, mais je suis un professeur et écrivain.
Tu peux clapper, Cécile. Bienvenue à toi. Je clappe. Cécile, tu es à Paris aujourd'hui. On ne va pas donner l'arrondissement ni le collège précis, mais tu es au collège, prof de français. Tu as fait 10 ans dans le 93 à Saint-Denis. Et ça fait 16 ans que tu es sur Paris même. Tu es professeure, tu es prof au collège, c'est ça ?
Oui, prof au collège, oui.
Tu as sorti un livre où tu es hyper intéressante. Je t'ai vu en interview et je te remercie de venir. Je t'ai vu sur pas mal d'extraits où tu parles et puis tu dis vraiment ce que tu penses. Et c'est agréable, c'est aussi le principe de légende, c'est d'avoir un vrai moment de vie avec quelqu'un qui fait un métier intéressant, qui raconte ce qu'il vit vraiment au quotidien. C'est pour faire de la langue de bois, ça n'a pas grand intérêt. Tu as sorti un livre qui s'appelle et le prof, point d'exclamation, cours et miracle, qui est bleu turquoise si vous le cherchez. Cécile Chabot avec un D à la fin aux éditions L'Archipel.
Je vous mettrai le lien si vous voulez prendre le livre parce qu'on va aborder plein d'histoires dont tu parles dans le livre, mais on ne va pas évidemment parler de tout parce qu'il y a plus de 200 pages. Donc on va essayer d'aborder un maximum d'histoires. Tu as vécu des trucs assez incroyables. Tu parles beaucoup d'humains finalement. Ton métier, c'est très social.
Oui, j'essaie d'être un modèle. J'ai plusieurs citations dans ma classe qui sont punaisées et dont une qui dit « Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques ». Et il me semble que si je veux leur enseigner des choses, si je veux leur transmettre des leçons, des messages, il faut que je sois moi-même exemplaire.
Pourquoi tu as fait ce métier ? Juste deux phrases sur toi, pour qu'on comprenne. Je sais que tu n'aimes pas trop parler de toi personnellement, mais juste qu'on comprenne pourquoi tu as fait prof.
J'ai fait ce métier. Je suis prof parce que ma mère était prof et que je trouve que le métier de la transmission, il n'y a rien de plus beau. Moi, on m'a appris plein de choses. J'avais envie de les transmettre. Tout ce que je sais, j'avais envie de le donner. C'est tout.
C'est une vocation être prof ?
Je pense que je vois autour de moi, les bons profs, c'est ceux qui ont l'amour de leur discipline, mais aussi l'amour des élèves qu'ils ont devant eux.
Tu penses que c'est une vocation forcément d'être prof ? Ce n'est pas un métier comme un autre ?
Je vais me jeter des fleurs, mais oui, je pense que les bons profs ont la vocation, parce qu'ils ont la vocation pour être venus là, pour y rester, pour faire bien leur métier. Mais je pense qu'il y a des profs qui n'ont pas leur place devant des élèves, oui. Oui, bien sûr.
On a eu tous des bons profs et des mauvais profs. Tu as dû en avoir des très bons et des très mauvais.
C'est un secret de pollutionnel, qu'il y a des bons et des mauvais profs.
Il y a des profs qu'on n'a rien à foutre, vraiment. Encore aujourd'hui ? Franchement, j'ai des profs qui n'en avaient rien à foutre. Ils écrivaient, ils ne parlaient pas, ils mettaient le truc, ils s'asseyaient, ils disaient vous recopier tout de la page 33, ils s'asseyaient et puis ils étaient...
Il y en a qui ne copient pas non plus. Ils sont juste comme ça dans le débat. Pas de traces écrites. Mais c'est un secret de pollutionnel. On les connaît tous. Les élèves les connaissent, les profs les connaissent, les parents les connaissent.
Les mauvais profs ?
Oui. J'en avais déjà parlé sur un plateau. On m'avait sauté dessus. Mais c'est quand même une réalité qui existe. Ils ne sont pas virés, les mauvais profs ? Non.
Non, non. Pourquoi ?
Alors ça, je ne connais pas les arcanes de l'éducation nationale, mais les très mauvais profs, les mauvais profs restent, les très mauvais profs sont mutés. Ça, c'est une réalité. Ils changent de coin. Oui. Mais...
C'est quoi le truc le plus fou que tu aies vu chez un prof ? Tu t'es dit, là, c'est quand même pas possible. Est-ce que tu as déjà vu un prof arriver à l'alcooliser ?
Donc là, tu me demandes de balancer.
Non, pas dire le nom, mais est-ce que... Non, non, non. C'est les anecdotes de vie, tu vois, qu'on comprenne dans les yeux d'un prof ce que tu as pu voir de plus fou.
Écoute, j'ai vu... J'ai vu un prof dire à un élève noir, habillé tout en noir, « Il ne faut pas que tu mettes ses habits parce que sinon, on ne voit plus. » Voilà. Le même prof qui dit à une gamine maghrébine, « Mets-toi, pousse ton sac de là parce qu'il y a certainement une bombe dedans. » Et puis, j'ai vu ou eu des profs qui disaient à leurs élèves, « Ah, mais vous puez ou vous finirez caissière chez Lidl. » Enfin, ce qui peut en soi...
Un petit manque de tact, là, pour la dernière.
Ouais, enfin, c'est un peu... Je ne sais pas, c'est un peu humiliant. Ça montre que tu ne crois pas vraiment à tes élèves. Ça ne se dit pas. Oui, ils sont cassants. Ça n'amène rien. Ouais.
Tu as commencé à 17 ans, alors tu n'étais pas prof, mais tu t'occupais de jeunes de banlieue en difficulté. Tu expliques ça. Et tu dis qu'ils ne pouvaient pas partir en vacances. Ensuite, tu as fait tes études pour être prof, mais tu dis que tu n'apprends pas vraiment à être prof. Tout le côté humain, tu ne l'apprends pas.
Non, c'est quelque chose que tu apprends sur le terrain. Tu ne peux pas apprendre... Quand tu es à l'IUFM, à l'époque, c'est l'UFM, c'est l'Institut de formation des maîtres. On te donne des polycopiés, on te fait jouer des jeux de rôle où tu es l'élève harcelé, l'élève en difficulté. Ça ne fonctionne pas. C'est de la théorie. C'est de la théorie. Donc, tu apprends sur le terrain. Mais ça, ce n'est pas donné à tout le monde. Il y a des profs qui n'y arrivent pas. Et ce n'est pas une critique, parce que ce n'est pas facile. Ce n'est pas facile. Quand tu te retrouves... J'avais 22 ans, 23 ans, quand j'ai été parachutée dans le 93, ce n'est pas évident.
Quand tu te retrouves face à une classe des gamins qui sont tous plus grands que toi, qui se connaissent depuis l'enfance et qui sont chez eux, ce n'est vraiment pas facile.
De combien d'élèves ?
Une première classe, ça devait être 25.
Tu t'es retrouvée à quel âge face à des élèves ?
J'avais 22 ans, 23 ans. C'est jeune, quand même.
Et tu dis un truc dans le livre, c'est très intéressant, mais venir avec pas mal d'anecdotes, tu dis que tu ne pourrais pas travailler avec des adultes.
Non, parce que les adultes ne m'intéressent pas. Ils sont déjà dans leur certitude. On ne peut pas les faire changer. En revanche, avec les élèves, il y a des interactions permanentes. D'une certaine façon, ils ont plus d'intelligence.
Ils sont façonnables encore. Tu peux les aider, tu peux les aider à se construire.
Oui, et puis ils ne sont pas fermés. Au contraire, ils sont très à l'écoute. Une fois qu'on les a... Au début, c'est un petit peu compliqué, mais une fois qu'on les a... En fait, la vérité, c'est parce que les adultes... On ne peut pas le dire, mais les adultes m'emmerdent. Je ne les aime pas. Non, mais c'est vrai. Mais c'est ça, les vraies réponses. Mais la vraie réponse, c'est ça.
Qu'est-ce que tu aimes chez tes élèves ?
J'aime leur drôlerie, j'aime leur naïveté, j'aime leur franc-parler. Ils sont aussi... Ils sont cash-pistache. S'ils te trouvent moche, ils vont te le dire. Si je vais chez le coiffeur, mon mari ne le remarquera pas. Mais eux, oui, parce qu'ils te scannent. Ce n'est même pas qu'ils te scrutent, ils te scannent de haut en bas. Et puis, ils sont super attachants. Par exemple, si je vais mal, je les regarde, je connais les coulisses de leur vie. Et je le dis dans un de mes bouquins, je ne m'autorise plus le chagrin. Parce qu'ils me portent, d'une certaine façon.
Toi, tu te confies parfois quand tu as des problèmes auprès de tes élèves ? Tu leur dis, ça ne va pas, chez moi aussi.
Oui, bien sûr. Déjà parce que j'en appelle à leur empathie. Tu sais, une fois, j'ai eu une hémorragie devant eux. On commence l'émission un peu trash, mais j'ai eu une hémorragie devant eux. Je leur ai dit, il faut que je quitte la salle. Et ils ont été super compréhensifs, alors que c'est vraiment une classe d'affreux. Mais en fait, c'est là où tu vois que l'empathie, tu l'as ou tu l'as pas. Ça ne s'enseigne pas. J'ai eu des épreuves dans ma vie et il me semble parfois judicieux, intelligent de leur faire part de ça pour leur dire aussi qu'un problème, qu'une épreuve, ça se dépasse et t'en sors plus fort.
Moi, je n'aime pas cette société victimaire ou cette société qui dit c'est la faute de ça, c'est la faute de ci et je ne peux pas avancer.
Mais ce n'est pas de ma faute.
Oui, voilà, c'est ça. Et je ne veux pas leur faire passer ce message. Ce n'est pas le message que je fais passer à mes enfants. Moi, je les considère un peu comme mes enfants. Pas tout le temps. Parfois, je... Mais bon, je leur... Voilà, j'essaie d'avoir le même discours que j'ai pour mes gosses. Toi, tu as vu ton métier changer en 26 ans ? Oui. Vraiment ? Oui, bien sûr. Surtout parce que... Enfin, à cause des écrans, des téléphones, ça, ça a été le vrai...
Qui n'existait pas dans les salles.
Non, qui n'existait pas. Et maintenant, oui, oui, il y a une vraie différence. Pour moi, c'est les écrans qui ont fait tout changer. Mais bon, je sais que... C'est mon avis. Encore une fois, c'est...
Les portables.
Le livre, c'est important de comprendre que c'est pas un... Comment dire ? C'est mon point de vue. C'est ma vie avec eux. C'est pas un essai sur l'éducation nationale parce que ça, c'est assez chiant. Donc, en creux, ça dessine un peu, évidemment, toutes les failles de l'éducation nationale. Mais c'est d'abord et avant tout une mise en lumière des ados.
Tu disais que t'étais très exigeante. Oui. T'es dans le public, mais t'es très exigeante. Tu les compares aux élèves du privé, souvent ? Oui. Dans quel sens ?
Alors, c'est pas que je les compare aux élèves du privé, mais j'ai souvent un discours quand ils sont là à faire ouin-ouin, quand je dois leur... Enfin, quand ils doivent faire un exercice... Qui chouinent. Qui chouinent, voilà. Ou qu'ils ont la flemme. Je leur explique que dans le privé, ça se passe pas comme ça, que les gamins fabriquent des machines de guerre et que quand ils vont se retrouver dans le même lycée, ils vont se faire manger. C'est ça, ils vont se faire manger. Et je leur dis, écoutez, c'est simple, mon exigence, elle est motivée par le fait que je ne veux pas qu'on vous trouve débile. Je ne veux pas que vous soyez lanterne rouge en arrivant au lycée.
Bon, après, le message passe ou le message ne passe pas, mais en tout cas, ils comprennent.
Toi, t'as jamais voulu quitter le public ? Jamais. Pourquoi ? Pour ça ?
Pour ça, justement. Socialement, en fait ? Pour essayer de faire résistance aussi, parce que je trouve qu'il y a quand même pas mal de problèmes dans le public. Et j'ai envie de rester avec des enfants qui n'ont que le public pour s'élever, que des élèves qui n'ont que le public.
Est-ce que si on a les moyens en tant que parents, c'est une question importante que beaucoup de Français se posent, est-ce que si on a les moyens en tant que parents, il faut mieux mettre nos enfants dans le privé que dans le public ? Il y a encore des... Honnêtement. Non, mais sans langue de bois et j'ai envie de dire, c'est une fenêtre sur la vraie vie, la légende. Qu'est-ce que tu conseillerais à tes amis, honnêtement ?
Je peux vous dire qu'il existe dans le public des profs qui font super bien leur métier et qui veulent le meilleur pour leurs élèves. Le problème, c'est que le public étant ce qu'il est, beaucoup de parents se tournent vers le privé et je ne peux absolument pas les en blâmer. Je les comprends. Je les comprends parce qu'il y a plus d'exigences dans le privé. Tu sais quoi ? Je vais même te résumer le truc. Moi, mes enfants, ils ont été dans le privé. Voilà. Donc, je crois que j'ai répondu à ta question. Je vais me faire éclater, mais ce n'est pas grave. Non, mais c'est vrai. Non, mais je vais être franche. Je vais être franche.
Il y a une espèce de laxisme dans le public que je condamne et que je condamne de plus en plus en vieillissant parce que justement, je me dis que ces gamins pourraient être mes enfants et ça m'énerve. Plein de dysfonctionnements m'énervent. Donc, je comprends que des parents fassent des dérogations et disent « Allez, on va dans le privé ». Ce n'est pas que le privé soit la panacée, mais s'il fallait les comparer, je pense qu'effectivement… Alors là, je vais me faire tuer.
Ce n'est pas grave. C'est ton avis, c'est ton opinion. Si tu as mis toi-même tes enfants en brévé, c'est… Non,
mais je sais qu'il y a beaucoup de profs qui font pareil. Et c'est pour moi, je reste dans le public parce que je voudrais essayer de faire ce que je ferais pour mes propres enfants.
Dans certains collèges, il n'y a plus de notes. Il y avait une expérimentation en ce moment pour remplacer les notes par des pastilles de couleurs. Est-ce qu'un bon élève aujourd'hui va être pénalisé ?
Tu vois, tu me demandes pourquoi je préfère dans ce cas-là le privé au public parce que moi, ça me paraît une aberration. Je suis peut-être réactionnaire, mais ça me paraît une aberration de mettre des gommettes et des pastilles. D'autant que ce qui est un peu stupide, c'est que les enfants, si tu les écoutes dans les couloirs, dans la cour de récré, quand tu mets des gommettes, ils convertissent.
Donc, c'est pareil.
Ils ont envie de savoir quel est l'équivalent en notes. Les notes ne traumatisent pas. Alors, si, ou des gamins qui ont des phobies scolaires, mais les notes ne traumatisent pas. L'émulation, ça ne traumatise personne. On peut avoir envie d'être bon et c'est OK. Je ne sais pas.
Tu ne tires pas vers le haut, quoi.
C'est ça,
tu disais qu'il y a beaucoup de gens qui disent qu'ils ont du mal à lire parce qu'ils ont été soit dégoûtés d'être à l'école, soit parce qu'on est obligés à lire des classiques ou parfois des livres un peu chiants. Il faut dire, il y a des livres un peu plus lourds que d'autres. On te disait, tiens, il faut les lire pendant 15 jours et tu avais tous les jours 40 pages d'un livre qui ne t'intéressait pas. C'est horrible. C'est horrible. Des Madame Bovary, des trucs qu'on aime ou pas. Parfois, il y a des livres un peu plus lourds que d'autres. Pourquoi c'est important de lire ?
Non, il y a vraiment des livres, des classiques. Les classiques, pour moi, ça reste capital. C'est vraiment très, très important. Mais, aujourd'hui particulièrement, et moi, je vois les élèves que j'ai devant moi, les élèves, il faut les accompagner. Tu ne peux pas dire à un élève, allez, tu vas me lire La Sommoire de Zola, tu te débrouilles. Non, bien sûr que non. Donc, moi, La Sommoire, je le fais avec mes quatrièmes. Tamango, je le fais avec mes quatrièmes. Et les élèves, je leur donne, là, je vois les sixièmes, je leur ai donné un livre à lire pendant les vacances et je leur ai donné un livre à lire selon leur profil. Ils ont beaucoup apprécié, d'ailleurs. Mais...
C'est-à-dire qu'ils n'ont pas tous les mêmes livres à lire dans la classe ?
Non, parce qu'ils n'ont pas les mêmes niveaux, ils n'ont pas les mêmes... Je les connais un peu, donc ils n'ont pas les mêmes goûts. Donc, j'ai essayé d'accompagner et de faire... Je considère, comme Proust, que la lecture est une amitié. Donc, le livre doit être ton copain. Ça ne doit pas être un truc que tu divises en partie, en te disant « Voilà, je vais lire ça ce soir et ça demain soir. » c'est horrible. Les gamins qui sont là, qui pèsent ou qui comptent le nombre de pages... Mais non, non. Donc, il faut vraiment essayer de faire en sorte de leur amener l'amour de la lecture, de leur donner le goût de la lecture, de provoquer la rencontre. Et ça, il n'y a que l'école qui peut le faire.
Ça se fait dans plein de familles, mais dans beaucoup de familles, ça ne se fait pas. Alors, on peut déplorer, le critiquer, juger, mais ça ne se fait pas. Donc, c'est à nous de le faire. Et c'est pour ça que l'école publique se doit absolument de garder de l'exigence. C'est indispensable.
Tu as développé des techniques pour pousser tes élèves à apprendre la conjugaison et tu vas les proposer, tu vas leur proposer des trucs à l'extérieur de l'école. Tu vas leur dire « Écoutez, si vous y arrivez, si vous arrivez à faire ça avec un objectif, tu les emmènes quelque part. »
Ah ben, c'est toujours autour de la bouffe. Donc, à chaque fois, je leur dis très bien. Je le fais très souvent. Je leur dis « Si vous avez tous au-dessus de 15, je vous emmène au restaurant. » Pas au grec. Non, non, non. Au restaurant, dans un vrai restaurant. Donc, en règle générale, bon.
Ils n'ont pas tous 15 ? Non, ils n'ont pas. Tu t'arranges pour qu'il y en ait 14,5 et puis tu...
Ouais, mais je ne peux pas le dire ici, mais moi, je vais me griller. Mais oui, je m'arrange effectivement pour ne pas perdre mon pari.
Tu les as déjà emmenées ? Non, je ne les ai jamais emmenées. Je ne les ai jamais emmenées.
Non, mais en revanche... C'est la carotte,
la carotte imaginaire. Mais non,
mais tu rigoles, mais en attendant, les notes sont vraiment bien meilleures. Quand tu fais ça ? Comment ?
Quand tu fais ça ?
Ah oui, oui. Oui.
Elle continue.
Mais non, mais en même temps, est-ce qu'on peut leur reprocher ? C'est humain. Ils ont besoin, c'est pour ça que d'avoir une gommette, franchement, ou une pastille, ce n'est pas du tout motivant. d'avoir une super note, oui, et de se dire que la super note, elle peut équivaloir à un resto.
On entend parler souvent de la chute du niveau scolaire en France, notamment, selon un classement qui s'appelle le PISA, le programme international pour le suivi des acquis des élèves de l'OCDE. Le niveau des élèves français a perdu plus de 30 points, ce qui est énorme. 30 points en 10 ans serait l'équivalent d'une année scolaire, c'est-à-dire qu'en quatrième, vous avez le niveau des cinquièmes d'avant. Toi, tu le vois, ça, vraiment, qu'il y a une année d'écart ?
Oui, oui, mais moi, je le vois dès la sixième. C'est quelque chose qui me... Je ne suis pas la seule. Tous les profs de sixième, particulièrement les profs de français, on se dit que ce n'est pas possible. Ils ne savent pas écrire, ils ne savent pas lire, ils savent anonner, mais ils ne comprennent pas ce qu'ils lisent.
C'est quoi, anonner ?
Lire par syllabe. Donc, ils ne savent pas lire.
T'en as beaucoup qui ne savent pas lire, là ?
Oui, oui. Après, certains, tu vas croire qu'ils savent lire parce qu'ils vont déchiffrer la phrase, mais l'interpréter, la comprendre, non.
Il y a même des hommes politiques qui ne savent pas lire, parfois, qui lisent des textes et tu sens que ça...
De toute façon, ça bute. On écrit pour eux, donc... Mais moi, c'est ça que je déplore, c'est que... Si on me demandait qu'est-ce que tu changerais à l'école, peut-être que je ferais une réforme sur l'école élémentaire.
Sur la primaire ?
Oui.
On a baissé les bras en France sur l'éducation nationale, là ?
Je pense. Oui. Oui. Enfin, si tu veux, c'est un constat... Encore une fois, c'est quelque chose... C'est factuel,
tu dirais ? Il y a qui a regardé.
Oui, c'est factuel. Il faut venir sur le terrain, tu regardes les copies de mes élèves, puis tu as tout compris. Puis tu pleures. C'est tout. Et l'idée du livre, c'est justement d'essayer de trouver quand même ce qu'il y a de beau, ce qu'il y a de... Tu vois, ce qui...
Page 132 dans ton livre, qui s'appelle Prof, cours et miracles. Tu dis, vous, les éditeurs scolaires, donc ceux qui font les livres avec les programmes, ne venez plus me parler de l'Odyssée en BD ou une version allégée à QCM numérique pour les rachitiques du cerveau. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que... On prend les gens pour des cons.
Alors, les gens ne m'intéressent pas, comme tu le sais, mais les élèves... Non, on prend les élèves pour des cons. On prend les élèves pour des cons, ouais. Oui, oui, quand je regarde les manuels scolaires, la plupart, c'est vraiment l'appareil pédagogique qui est appauvri. Et moi, j'aime leur lire l'Odyssée, tu vois, dans son... Pas dans son intégralité, mais tu vois, je vais te donner un exemple très concret. Le livre que j'ai cette année avec les élèves pour les nouveaux programmes, le premier texte, c'est Ulysse et le cyclope. OK ? Bon, Ulysse arrive chez le cyclope, il lui demande l'hospitalité, le cyclope lui prend deux de ses compagnons, les bouffe, et puis le texte s'arrête là.
Voilà. C'est-à-dire que tu n'as pas Ulysse qui se fait passer pour personne, Ulysse qui enivre le cyclope, qui lui crève un œil, qui s'accroche au mouton pour sortir de la grotte, et qui se prend la malédiction de Poséidon.
Il manque une partie de l'histoire, quoi.
Il manque tout, et surtout, si tu veux, l'Odyssée existe parce qu'il s'est pris la malédiction de Poséidon. Donc, j'ai été obligée en catastrophe d'aller trouver un vieux manuel et de faire une photocopie.
Parce qu'ils l'ont tellement simplifié qu'ils ont coupé les trois quarts, quoi.
On n'a que le début, que tu ne peux pas comprendre. Voilà, ça, ça m'énerve. Ou alors, une fable de La Fontaine, le corbeau et le renard est question que tient le corbeau dans son bec. On les prend pour des débiles, pardon, tu vois. Donc, oui, c'est vrai que parfois, tu te dis, mais il y a quand même peut-être une volonté politique ou je ne sais pas,
d'abrutir.
Je ne comprends pas, là. Donc, moi, en fait, on nivelle par le bas, en fait. Légèrement, oui, mais moi, je ne prends pas de manuel. J'en demande bien pardon à la planète, mais je fais des photos. Non, je fais des photocopies, je fais mes propres supports, mes propres cours, oui. Oui. Et puis, j'adapte aussi aux classes que j'ai, parce que je peux avoir une classe dans certains niveaux. l'année d'après, je vois que c'est différent. Donc, j'essaie de m'adapter au mieux à mes élèves. L'intelligence, c'est ça, c'est s'adapter. Et quand tu es devant une classe, c'est ce que tu dois faire en permanence. Et tu t'adaptes à des situations, à des gamins. ce n'est pas donné à tout le monde.
On ne peut pas être prof qui veut.
En 2023, Gabriel Attal, qui était à l'époque ministre de l'éducation et passait avant d'être premier ministre, il avait annoncé la création de groupe de niveau au collège. En mars 2026, le nouveau ministre de l'éducation a annoncé que ça deviendrait finalement facultatif. Qu'est-ce que tu en penses de tout ça ?
Alors, dans mon collège, on l'applique le choc des savoirs. Le choc des savoirs, ça s'appelle. Ça s'appelle le choc des savoirs, donc on fait ces petits groupes de niveau. A l'époque, ça avait fait un tollé parce que les profs ne voulaient pas qu'on trie les élèves. Donc effectivement, dans mon collège, on ne trie pas les élèves par niveau. Les groupes sont hétérogènes, mais on les a en plus petits effectifs. Et pour le coup, je trouve que ce n'est pas si mal parce qu'effectivement, c'est vraiment une évidence. Tu peux mieux t'occuper des élèves si tu les as en petits groupes. Mais évidemment, c'est bien, donc on l'enlève. De toute façon, l'éducation nationale, c'est ça.
Les trucs nazes, tu les gardes. Et les trucs sympas, au bout de deux ans, c'est fini. Mais de toute façon, si tu regardes, moi je vois sur 26 ans, une réforme, un an après, deux ans après, c'est fini. Et ils changent.
Comment est-ce qu'on marche autant sur la tête, mais dans tout, même pas que l'éducation nationale, comment est-ce qu'on fait tout l'inverse de ce qu'il faut en ce moment dans notre société ? C'est fou, c'est un cas d'école. J'ai l'impression que c'est une période de la Terre, de la civilisation improbable.
Je pense que, en tout cas dans l'éducation nationale, je pense que les élites ne savent pas, ne réalisent pas...
A quel point c'est bas ?
Non, mais ils ne connaissent pas le terrain. Je pense qu'il faudrait qu'ils voient, il faudrait qu'ils passent en temps dans un collège lambda, dans une école, il faudrait qu'ils se rendent compte. Et peut-être que là, il y aurait un sursaut et qu'ils feraient des réformes adaptées. Parce que là, ça paraît tellement... À chaque fois, les réformes, elles sont tellement perchées.
Pourquoi les ministres de l'éducation ne vont pas pendant deux semaines, quand ils deviennent ministres, en immersion avec des profs dans différentes zones françaises pour comprendre juste ce qu'ils vivent ? Ils prennent 15 jours, ils disent, je ne ferai rien pendant 15 jours que regarder. Mais il faudrait
qu'ils soient cachés, c'est-à-dire qu'ils ne viennent pas en grande pompe, avec des caméras. Non, mais il faudrait qu'ils viennent et qu'ils soient comme ça, en observation.
Avec une fausse moustache, perruque derrière un rideau. Non, mais...
Non, mais tu sais, il faudrait effectivement... Mais là aussi, ce serait un tollé, t'imagines ? Enfin, les profs...
Non, mais le ministre des Transports, il passe du temps avec des routiers, avec des... sur le fret, etc. Voilà.
Mais il faudrait qu'enfin, pour comprendre le terrain, de toute façon, il faut être sur le terrain, il faut écouter les gens, il faut écouter les élèves, il faut se balader dans un couloir. Moi, je rentre chez moi le soir, mon mari me dit, ça va, tu ne travailles pas, tu ne fous rien, tu es fatigué, excuse-moi, balade-toi, ne serait-ce que dans un couloir de collège. Tu as les oreilles, tu es comme ça, tu as les oreilles farcies, mais il y a une pollution sonore et même une fatigue nerveuse. Bien sûr, je n'ai que 18 heures de cours, mais il faut voir où. Je ne suis pas le cul sur une chaise dans un bureau climatisé. On se fait un podcast, quoi, j'ai hâte, tu n'es pas dans un truc.
Dans ton premier livre,
tu parles de la phrase qu'on attribue parfois à Einstein, ça dépend des sources. Tout le monde est un génie, mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu'il est stupide.
Oui, ça, je ne crois pas du tout que ce soit Einstein. Toi,
tu n'es pas d'accord, est écrit, c'est page 115 de ton livre, tu dis Einstein qui dit que tout le monde est un génie, vous auriez dû vous méfier, c'est aussi résible que Claudia Schiffer affirmant que toute femme est belle.
Mais oui, ça, c'est encore il y a des gens intelligents
et des gens moins intelligents, c'est comme ça ?
Non, ce n'est pas ça, c'est qu'il y a des gens qui sont intelligents pour faire certaines choses, d'autres pour faire d'autres choses, et puis oui, peut-être qu'effectivement, il y a des gens pas intelligents et c'est ok, c'est comme ça et ce n'est pas méchant, mais aujourd'hui, on ne peut plus rien dire. C'est fou,
tu as déjà dû dire à un parent que son fils n'était pas intelligent, mais il n'avait pas toutes les capacités. Comment on dit ? Le père, il ne comprend pas parce qu'il a des mauvaises notes, mais oui, mais parce qu'il... Mais tu ne peux pas dire
à un parent que votre fils est bête ? Bien sûr que non.
Mais comment est-ce que tu... Oui, parce que tu disais que parfois les parents devenaient même un peu agressifs avec les profs. Prenez...
Mais parce qu'encore une fois, on est dans la culture de c'est pas ma faute, c'est la faute de l'autre. Donc, si un enfant a des mauvaises notes, ça ne peut pas être de la faute de l'enfant. Je ne réalise pas un. Heureusement, il y a des parents sympas qui ne font encore confiance. Mais de toute façon, oui, il y a des parents qui s'imaginent que c'est notre faute. Moi, je me suis déjà retrouvée dans le cas... J'ai une gamine, moi, en sixième, si tu veux, je demande de réciter « Être et à voir au présent ». Et je lui dis, vous avez les points si vous avez « Être et à voir au présent » sans erreur. S'il y a la moindre erreur sur une seule des personnes, je compte faux.
Ça ne paraît pas déconnant, je suis prof de français quand même. Être et à voir au présent en sixième, je ne pense pas que ce soit d'une exigence. Mais une fois, une mère est venue me voir en me disant « Écoutez, je vous trouve quand même très dure. Ma fille a eu une seule erreur. » Je lui dis, « Oui, votre fille connaissait la règle du jeu. Elle a eu une erreur. Je suis tuée. il est quand même l'écrire sans faute. Ce n'est pas grave. Mais je veux dire, heureusement que j'avais le soutien de ma hiérarchie parce qu'elle n'en démordait pas. Elle voulait que je lui mette son point. C'est chaud quand même.
Page 85, tu dis « J'avais oublié que dire la vérité dans les réunions de l'éducation nationale, il ne fallait pas. »
Non.
Qu'est-ce qu'on ne peut pas dire dans ces réunions-là ?
Je vais encore me faire défoncer par les professeurs des écoles. Mais justement, par rapport à ce que je disais tout à l'heure, moi, je ne comprends pas. J'essaie de le dire avec le plus de politesse possible, mais je ne comprends pas comment un élève en sixième arrive et, par exemple, ne sait pas écrire sur une ligne, ne sait pas souligner et ne sait pas lire et ne sait pas écrire correctement. et même, je dépasse mes prérogatives, mais ne sait pas compter ou ne sait pas placer Paris sur une carte. Quand j'ose dire ça, même avec le plus de diplomatie possible, ça ne passe pas. Ça ne passe pas. Forcément, les profs des écoles le prennent très mal.
Et encore une fois, je ne le généralise pas parce que j'ai bossé avec des profs des écoles absolument sensationnels sur des projets. Vraiment... Mais j'ai quand même rencontré des... Je le raconte dans le livre. J'ai quand même rencontré des profs des écoles et des directrices d'école qui avaient quand même une philosophie qui, justement, n'était pas dans la transmission parce que... qui me disaient écoutez, une leçon de grammaire, ça ne s'apprend pas, ça se vit. Alors, pardon, mais vivre la leçon sur l'accord du participe passé, tu m'expliqueras comment tu fais parce que moi, je ne sais pas.
Tu expliques dans ton livre qu'il y a parfois du temps perdu pour des formations. Tu dis qu'il y a beaucoup de temps perdu là-dedans. Ces formations de quoi ? Tu parles pour les profs ?
Oui, oui. Des formations. Oui, pour nous former. Et je dis même avec un peu d'humour pour nous formater parce qu'on nous demande plein de trucs. Notamment, par exemple, de ne pas utiliser de négation, d'utiliser une communication positive. Moi, c'est des choses... Heureusement, dans mon collège, on est quand même un peu tous des vieux croutons, des boomers et des petits jeunes qui viennent nous former comme ça, qui viennent nous apprendre la vie alors qu'on a plus de 20 ans de métier. Bon, on les regarde. On est un peu fâchés parce qu'ils nous ont pris nos heures de cours. Moi, je pense qu'on apprend davantage justement par la littérature et par l'apprentissage de la langue.
Moi, je pense que c'est par l'apprentissage de la langue qu'on peut s'affranchir de tout.
C'est quoi la matière qu'il faudrait rajouter à l'école ? Aujourd'hui ?
Mais non, mais non.
Tu as 26 ans d'expérience.
Oui, plus de Français.
Plus de bien. Et quelle est la matière où tu dis que ça ne sert pas à grand-chose ? Tu vois, tu dis franchement... Non, mais alors là, tu veux vraiment que je me fasse ? Non, mais c'est ton opinion à toi et ce n'est pas l'opinion de quelqu'un d'autre.
Ben, je ne sais pas, peut-être la techno.
Il y aurait peut-être des formations IA à mettre aujourd'hui, des formations... Ah oui, non, mais peut-être... Des gestions actuelles, rajouter des trucs plus actuels.
Effectivement, transformer les cours de techno où tu apprends comment fonctionne un store. Moi, je n'arrive pas à comprendre ça, l'intérêt. Mais... Pardon pour ce techno, mais effectivement, peut-être davantage les former à l'utilisation d'Internet, de l'IA, dont ils se servent... Justement, ils laissent tomber leur cerveau au profit d'outils qu'ils ne maîtrisent pas.
Tu as des règles un peu absurdes parfois à l'éducation nationale. T'as une interdiction de faire quelque chose quand il neige.
Ah, bah oui, mais maintenant, quand il neige, tout est salé et puis il y a des scellés, tu sais, comme sur une scène de crime. Et donc, les gamins, par la cour...
Ils mettent la rebalise en...
Oui. Des trucs en plastique, là ? Oui. Tu peux pas... Tu peux pas... Tu peux pas faire des batailles de boules de neige. Et en même temps, et en même temps, je comprends, parce que les batailles de boules de neige, aujourd'hui, c'est devenu... Je vois qu'en dehors, ils sont en train de se balancer de la neige. C'est pas gentiment le geste des images d'épinales. C'est... C'est... C'est grand... C'est grand... Grand pas dans la gueule de neige. Je crois que... C'est grand pas dans la gueule de neige. Je crois que... C'est... Bon. Et il y en a qui se sont blessés. Donc, je comprends. Mais tout ça... Et alors là, je pense qu'on va y venir. Mais c'est une question d'éducation. Tes parents...
Enfin, quoi ? Je crois pas qu'ils t'apprennent à lancer une boule de neige. Mais enfin, le but doit pas être de faire mal à quelqu'un. Tu vois ?
Je dois pas casser et crever un oeil de ton amie.
Mais non, c'est ça. Mais je pense que ça... Ça, ça devrait... Les parents devraient un petit peu plus se pencher non pas sur les fautes de français.
Je sais plus où j'ai vu ça, mais il y avait un prof qui disait... On appelle ça l'éducation nationale, mais... C'est pas l'éducation, c'est l'enseignement national. L'éducation, elle doit se faire à la maison par les parents. Non, c'est l'instruction nationale.
Non, c'est l'instruction publique. Instruction publique. Avant, c'était le ministère de l'instruction publique. Instrui. Voilà. Théoriquement, on devrait instruire et les parents devraient éduquer. Bon, on est co-éducateur. Et moi, ça me va très bien. Je veux dire, j'ai jamais été de ceux qui disent « Moi, j'enseigne le français et c'est tout ce que je fais. » Donc non. Donc, c'est pas grave. Mais c'est vrai que quand même, quand même, il faudrait que les parents éduquent davantage. Parce que là, ça commence à prendre vraiment le pas. Et c'est marrant parce que j'avais... Enfin, ça n'a rien à voir, mais peut-être un petit peu quand même. J'ai eu un débat sur les devoirs.
Est-ce qu'il faut donner des devoirs à la maison ? Et j'avais lu sur les réseaux un commentaire assez haineux me disant « Les devoirs à la maison, c'est non. Le scolaire à la maison, c'est non. » Et c'est une phrase qui m'avait laissée un peu perplexe parce que je me disais « Mais si moi, je disais « Ok, alors, le scolaire à la maison, c'est non. Mais dans ma classe, le... » Comment dire ? Tout ce qui n'est pas scolaire, le problème personnel, c'est non. Je me disais « Mais moi, mes élèves seraient bien malheureux si je raisonnais comme ça. » Je trouvais que c'était une phrase assez lamentable, en fait, parce que si on veut être coéducateur, il faut que...
Justement, il faut qu'on puisse faire des devoirs à la maison. Il faut que ce qu'on fait en classe ait une résonance aussi à la maison.
Tu vas avoir des mots dans le carnet encore ? Vous avez toujours ça ?
Oui. Oui, mais alors, les mots dans le carnet, soudain, les carnets disparaissent. Donc moi, maintenant, j'appelle les parents.
Tu as le numéro des parents ?
Oui, oui. Tu as le listing de tout ? Oui, oui. Là, c'est la joie de Pronote qui nous donne absolument tous les...
Pronote, qu'est-ce que c'est ?
Alors, Pronote, c'est un logiciel où tu mets les devoirs, où tu mets les notes et où tu as toutes les adresses et les numéros des responsables. Donc, moi, une fois, j'avais un problème avec un élève. je sentais que même avec la menace de l'appel à la maison, ça n'allait pas fonctionner. Donc, j'ai pris mon téléphone, j'ai appelé en direct. Je dis, écoute, j'appelle Fatoumata. Fatoumata, c'est...
La maman de...
La maman. Donc, je fais exprès, je donne le nom et je dis, écoute, j'appelle Fatoumata. Là, silence de mort. Là, t'entends... Là, t'entends une mouche qui pète. Et ça, ça m'a suivi. Maintenant, les élèves, quand je prends mon téléphone en disant, j'appelle ?
Ils savent que tu ne rigoles pas.
Oui.
Est-ce qu'ils, parfois, ils ramènent des mots des parents qui sont écrits sur le truc mais improbables ?
Oui. Oui, bien sûr. J'avais écrit en énorme. Sarah prétend que vous ne pouvez pas lire le mot parce que, limite, vous êtes aveugle. Donc, j'avais écrit en énorme. Voilà. Je me rappelle aussi d'un élève qui faisait des mitraillettes qui tiraient sur des zizi, qui dessinaient ça sur son classeur de français. Donc, j'ai écrit factuellement aux parents Ibrahim dessine des mitraillettes sur des zizi. Pourriez-vous en discuter avec lui, s'il vous plaît ? Le gamin mortifié. Oui, oui, il y a des perles.
Tu as beaucoup de triches.
Oui. Alors, c'est marrant parce que ça ne m'est arrivé pas plus tard qu'hier. Un élève qui... Je donnais une autodictée parce que j'aime bien donner des autodictées. Je trouve que c'est tout à fait un exercice tout à fait intelligent pour leur apprendre à justement...
L'autodictée ? C'est-à-dire que tu te racontes une histoire ?
Non, non, pas du tout. Alors, l'autodictée, c'est... Tu donnes un...
J'ai arrêté l'école, du coup, je ne connais pas l'autodictée.
Je t'explique. Parce que parfois, je leur donne des poèmes à apprendre, toutes les semaines d'ailleurs, pour essayer d'entraîner leur mémoire et surtout pour qu'ils connaissent des textes classiques. C'est très important. Et je leur donne aussi parfois des autodictées, vraiment des petits... Des textes, des bouts de texte à réciter, mais par écrit. Parce qu'ils peuvent être très, très vifs à l'oral, mais à l'écrit, ça ne suit pas. Donc, je les oblige à me réciter comme ça à l'écrit. Mais c'est quoi ? C'est trois lignes d'un texte de Victor Hugo, de Jules Renard. Bon.
Et donc, j'en ai un, on va l'appeler Raphic, qui, à l'heure précédente, en histoire géo, alors qu'il est au premier rang, était en train d'écrire son... C'est le roman de Renard. Donc, il écrivait tout dans le creux de sa main. Donc, la prof d'histoire géo est venue me balancer ça. Donc, je leur ai dit que... J'ai fait, évidemment, très théâtral. Je leur ai dit que je suis extrêmement déçue. Donc, ce que vous allez faire, c'est allez vous laver les mains et mettez vos sacs sous le tableau. Voilà. Enfin, c'était... Donc, évidemment, notes pourries parce qu'ils avaient compté sur ce qu'ils avaient écrit dans leurs mains. Et oui, bien sûr, de la triche. J'en ai.
Parfois, tu laisses faire ou pas ?
Laisser faire la triche ?
Ouais, tu vois, quelqu'un triche, je dis, bon, allez, de toute façon, il est irrécupérable, tant pis pour lui.
Ah non.
Non ?
Ah non. Ah non, non, non. Non, ne serait-ce que par... Si tu veux, pour les autres. Pour les autres. Pour les autres, évidemment. En plus, parfois, c'est tellement énorme que c'est... Tu sais, mon métier, c'est du stand-up. Donc, parfois, ça peut donner lieu à des sketchs assez risibles.
Parfois, il y en a qui te proposent de l'argent. Tu racontes. Il y en a qui t'a proposé de l'argent l'autre jour. Pour faire quoi ?
Ah, mais c'est de la corruption, ça. Pour les défendre au conseil de classe. Commencer à me dire « Ah, madame, je vous aime. » C'est cool. Mais pourquoi ? Tu m'aimes ? Parce que je... Demain, c'est le conseil de classe, donc j'aimerais bien que vous me défendiez. Et puis, je dis, « Mais ça ne marche pas comme ça. » Il me dit, « Ah, ok. 10 euros, alors ? » Est-ce que tu as déjà eu
un élève qui avait tellement de répartis que tu ne savais pas quoi y répondre ?
Très, très fort. Oui, je me rappelle d'un mec très fort. Au tout début, un gamin qui, du fond de la classe, me dit « Madame, je suis un grand mec, madame, je peux vous appeler Biscuit ? » Pourquoi ? Pourquoi tu veux m'appeler Biscuit ? Parce que vous êtes accroquée. Quand un mec de 14 ans te dit ça, bon, moi, je débutais, tu étais un peu couillonne. Tu n'as pas tout de suite la répartie. La répartie, elle te vient après. Quand un gamin de 13 ans essaie de me draguer, je lui dis, « Écoute, arrête-toi, tu pourrais être mon fils, tu m'arrives au mollet. calme-toi, calme-toi. » Mais c'est pas... Ça s'acquiert, encore une fois, ça s'acquiert avec le temps.
Aujourd'hui, les gens entre 13 et 19 ans passent en moyenne 5h10 devant leur écran, donc devant un téléphone tous les jours. Sondage Ipsos, là. Ça change leur manière d'écrire par rapport à avant ?
Ça change leur manière d'écrire. Ils ne ponctuent plus du tout. La ponctuation a totalement disparu. Donc après, effectivement, on s'en prend à ceux de l'élémentaire, mais là, je pense que ce n'est vraiment pas leur faute. Parce qu'en plus, ils interagissent les uns avec les autres et il n'y a pas de syntaxe, il n'y a pas de ponctuation, il n'y a pas de majuscule. Donc oui, pour l'écriture, c'est une catastrophe. Pour le sommeil, c'est une catastrophe. Pour la concentration, c'est une catastrophe. Pour les relations entre eux, c'est une catastrophe. Le harcèlement, c'est une catastrophe. Rien ne va.
Donc, oui, pitié que les parents fassent quelque chose et s'occupent de leurs enfants, s'occupent de réguler leur fréquentation des écrans. Parce que c'est ici, je pense que c'est le mal du siècle. Et je vois par rapport, genre moi, j'ai commencé dans des zones extrêmement difficiles, dans des zones violences. J'ai commencé dans le 93. Mais j'ai l'impression que c'est pire aujourd'hui. Et je suis persuadée que c'est la faute des écrans. Vraiment.
Le président disait que les jeux vidéo rendent des violents. Est-ce que ça rend violent, un jeu vidéo ?
Il y a plein de choses qui rendent violentes. Les jeux vidéo, effectivement, je pense que la trop grosse fréquentation des écrans les rend très irritables et peut amener à la violence. et puis leur mal-être, et puis les hormones. Tout ce qui est un adolescent, ça n'aide pas. Les violences intrafamiliales rendent violents. Et puis, je crois que la société tout entière les rend violents. Quand ils sont sur un écran, un gamin qui était livré à lui-même quand j'ai commencé, il était dans la rue, il était avec ses potes. Là, maintenant, ils sont sur leur téléphone. ils sont dans la vie. Partout, ils ne devraient pas être. Ils ne sont pas que dans la rue.
Ils sont face à des choses qu'ils ne devraient pas voir. Et c'est H24. C'est tout le temps. Et si tu vois, s'ils sont sur les réseaux, les réseaux, c'est quelque chose d'extrêmement violent. Et pour eux, ils se disent que c'est la normalité. Donc, ils interagissent entre eux. Mais si tu les voyais parler entre eux, toi, tu as envie d'intervenir parce que tu te dis qu'ils sont en train de s'insulter. Mais pas du tout. C'est comme ça qu'ils parlent et ils crient. Et il y a une violence entre eux. Et c'est la normalité. Et franchement, ça fait peur.
Je pense que vraiment, il faudrait qu'il y ait un sursaut collectif, que tous les adultes parents, éducateurs et la société toute entière, quand on a envie de mettre un commentaire pourri sur un réseau, qu'on s'y reprenne à deux fois, qu'on se dise que des gamins peuvent voir ça. Je ne sais pas, je trouve qu'on est tous des éducateurs maintenant. Tu ne veux pas éduquer
les enfants des autres.
et pourquoi pas ? Pourquoi pas ?
Mais tu veux quoi ? Tu veux arrêter dans la rue des gens qui...
Mais non ! Si les gamins se blastonnent dans la rue, tu as un devoir de citoyen, tu te mets entre eux. Je ne sais pas. Non ? Moi, je sais ce que je fais.
Est-ce que tu as un devoir de te prendre un coup de couteau ?
Enfin, tout le monde n'a pas des couteaux non plus.
Non, pas tous. Mais du coup, tu te mets en risque. Non, mais je... C'est pas le problème. C'est pour ça qu'il y a dans le métro. C'est facile. Tout le monde dit « Oui, mais moi, j'irai, j'irai. » Mais justement, tu vas dans le métro. Est-ce que tu vas te mettre dans une bagarre ?
Non, mais dans le métro, tout le monde est sur son téléphone. Peut-être qu'à un moment, il faudrait... Enfin, moi, je ne veux pas être moralisatrice. Je ne veux pas faire la leçon. Mais tu vois, je trouve que les gens sont très, très moralisateurs dans notre société. Donnent des leçons de... Tu es souvent ceux
qui ne sont pas au contact.
Oui, donnent des leçons de bien-pensance, de bien-séance, il faut être bienveillant mais regarde la violence sur les réseaux. Et les réseaux, ils sont tout le temps dessus. Moi, mes élèves sont tout le temps dessus. Donc, ils ne comprennent pas que j'ai ce discours de leur dire « La violence ne résout rien. Utilise le dialogue, utilise l'argumentation, utilise l'échange respectueux. Respecte ton interlocuteur. » Tu ouvres Instagram, tu regardes les commentaires. Je vais attendre de voir ceux que je vais me prendre. Tu vois, c'est... Je pense qu'on devrait tous avoir un rôle à jouer. Tu sais, la société, la société, la violence de la société, tout ça, ça a gangréné l'école.
Donc, maintenant que l'école n'est plus un sanctuaire, il va falloir que tout le monde s'y mette si on veut que ça s'arrange. Parce qu'en vérité, on est dans la merde.
Est-ce que t'as déjà craqué ?
Non. Non. Et je me dis « Le jour où je craque, je m'en vais. » Le jour où je craque, je m'en vais parce que je serai en souffrance et quand tu es en souffrance, tu fais souffrir tes élèves. Je le vois. Les profs qui sont mal font du mal à leurs élèves.
C'est quoi ta méthode pour te faire respecter ? Tu parles doucement ? Tu ne cries pas jamais ? Tu dis ?
Non, ça, je ne crie jamais. Je ne crie jamais parce que... Ou alors, vraiment, il faut qu'il se passe quelque chose de terrible et d'anormal et d'extraordinaire. Mais je ne crie jamais parce que je trouve que quelqu'un qui crie est ridicule. Je trouve que quelqu'un qui crie et qui n'est pas entendu, écouté, se rend ridicule. Et quand je vois les politiques d'ailleurs qui s'invectivent et qui crient, je les trouve ridicules. Je trouve que si on n'est pas capable de se faire respecter par le discours, par un beau discours, on ne sert à rien.
Tu t'es déjà fait insultée par des élèves ?
Oui, bien sûr. C'est vrai ? Oui. Qui ne s'est jamais fait insulter ? Alors ça, oui, je me suis déjà fait traiter de pu. Bien sûr. C'était assez drôle d'ailleurs. Des élèves ? En cours ? Non, pas en cours. Alors, je me rappelle, c'était au début quand je suis arrivée dans mon collège à Paris. Je marchais dans la cour et je suis un peu dégoûtée parce que j'étais bien habillée en plus. Je marche dans la cour et en arrivant près du bâtiment, il y a une porte vitrée. Donc, je l'ouvre et à ce moment-là, des élèves, alors ces élèves de Secpa, c'était un petit groupe de Secpa, me traitent de pute. Voilà. Donc, évidemment, je me retourne. Ils étaient une bande.
Donc, l'avantage d'être une bande, c'est que, bon, déjà, tu es planqué, quoi. Et puis, je ne pouvais pas savoir qui c'était. Mais, vu que j'avais ouvert la porte, j'avais bien repéré que c'était eux. J'avais bien vu qui c'était. Donc, ben non, j'ai fait ni une ni deux. Je les ai tous convoqués et je les ai atomisés un par un. Là, j'ai crié. Et puis, comme je les connaissais, enfin, ils ne savaient pas que je les connaissais, mais je savais qui ils étaient, je connaissais un peu leur parcours et donc, j'ai adapté à chacun la façon de leur parler et la façon de leur crier dessus et la façon de leur faire comprendre que non, on ne traite pas de plus qu'une femme.
Prof de surcroît, mais enfin, on ne traite pas de plus qu'une femme.
Tu es pour l'uniforme ou pas, toi ? En 2023, Gabriel Attal avait annoncé le lancement d'une expérimentation à l'époque sur l'uniforme à l'école. Elle n'a pas été abandonnée officiellement, si je n'ai pas de bêtises, mais elle ne devrait pas être mise en place.
Mais tu sais, si tu réfléchis bien, ils sont déjà en uniforme et un uniforme qui est bien moche en plus, parce que avec leur basket et leur survête, c'est déjà une forme d'uniforme. Ils sont tous pareils. Et je ne sache pas que la façon dont ils s'habillent fait qu'ils soient mieux dans leur peau. Donc, moi, je serais pour tenter l'uniforme, oui, parce que, comme je suis toujours, même comme dans mes classes, je suis toujours en train de regarder ceux qui sont en souffrance, je vois les gamins qui ne peuvent pas se payer des marques, qui ont des vêtements crades. Et c'est surtout à eux que je pense.
Alors après, il y a des histoires d'inégalités sociales, de marques qui sont une atteinte, enfin, de choses qui sont une atteinte à la laïcité. Il y a ça, certes, mais je me dis peut-être que ce serait une solution pour les plus défavorisés.
C'est quoi l'ambiance entre profs ? Tu dis entre adultes, etc. Est-ce que c'est comment dans la salle des profs ? À quoi ça ressemble la salle des profs ? Je n'ai jamais allé dans la salle des profs quand on n'est pas profs.
Oui.
C'est genre le sanctuaire un peu fermé, tu sais, tu te demandes toujours ce qui se passe dans cette salle.
Ah, écoute, ça dépend des années, ça dépend des collèges. Moi, j'ai fait plusieurs collèges, c'était pas tout le temps la même chose.
Ça sert à quoi déjà ? C'est votre salle de repos ?
Oui, c'est notre salle de repos, c'est la salle où on a nos casiers, c'est la salle où on mange, c'est la salle où on boit nos cafés.
Il y a des canapés, c'est confortable ?
Oui, c'est des canapés bas de gamme, des chaises branlantes. Non, ce n'est pas la panacée la salle des profs. Et puis, comme tout microcosme, c'est comme une cour de récré en fait, je crois. Oui, c'est une cour de récré. C'est-à-dire que tu as tes copains et puis tu as ceux, tu n'as même pas envie de les calculer. Tu en as, il y a des opinions politiques aussi qui font que tu n'as pas tellement envie de leur parler. Tout le monde est très cordial et puis ça se passe plutôt bien. Sauf à certains moments où ça boue un peu plus suivant l'actualité politique.
Est-ce qu'il y a des couples, profs, ça se drague, ça déproque ?
On est des êtres humains. Oui, bien sûr que ça se drague. Ça se drague. Ça se drague, ça s'engueule.
Tu vois, ça se marie. Tu es maman, toi, tu disais, tu as plusieurs enfants. Oui. Tu es mariée ? J'ai une fille et un beau-fils. D'accord. Donc, tu es rencontre aujourd'hui ?
Je ne suis pas mariée à un prof. J'ai failli, mais finalement...
Est-ce que tu te fais draguer par des parents d'élèves ? Est-ce que parfois les réunions parents-profs, tu as les parents divorcés qui arrivent et puis c'est un peu le moment où...
Oui, c'est arrivé une fois. C'est arrivé une fois et tout le monde s'était foutu de moi d'ailleurs parce que j'ai un père d'élèves qui m'avait invité au restaurant. Je pense que c'est un des moments les plus gênants que j'ai pu vivre.
Pourquoi il y a les bois ?
C'est-à-dire qu'en fait, il avait mon numéro de téléphone parce que moi, quand j'appelle forcément...
Il y a le numéro ?
Il y a le numéro qui s'affiche parce que je suis un peu couillonne. J'appelle direct sans cacher mon numéro. Et je suivais... Madame Chabot, vous ne voulez pas venir au restaurant avec moi ? Donc non une fois, non deux fois. Ah oui, c'était lourd. Oui, c'était un peu lourd. Surtout que le gamin était adorable en plus. Donc, c'était archi gênant.
Je suis en 72, tu dis marre des parents qui frappent leurs gosses et les bousilles. Tu vois beaucoup de violence dans les familles ?
Alors, oui. C'est difficile de répondre à cette question parce que je crois que dans certaines familles, c'est... Comment dire ça ?
C'est le langage ?
Non, ce n'est même pas le langage. Mais moi, j'avais été assez étonnée. Une fois, on travaillait sur un texte de Georges Sand. Ça, comme je dis, quand je dis l'étude des classiques amène à tout. On étudiait un texte de Georges Sand et Georges Sand disait à sa fille qu'elle avait mise dans une pension. Elle lui avait dit si tu continues à être être méchante avec les sœurs, quand tu reviendras, tu auras le fouet. Et donc, moi, j'expliquais à mes élèves que le fouet, quand même, elle est dure, Georges Sand. Et puis, qu'en pensez-vous ? Les élèves, c'était OK. Et je me suis aperçue que toute ma classe, à l'exception de deux élèves, se faisait…
Vous prenez des coups de fouet ?
Je prenais des coups. Je prenais des coups de claquettes, des coups de cuillère en bois, des coups de martinet. Et donc, je pensais avec une certaine émotion à mes copains qui me disaient « Oui, tu comprends, les parents qui donnent la fessée, ça ne se fait pas ? » Et là, j'avais devant moi des gamins qui, au contraire, me disaient « Mais vous n'avez jamais giflez votre fille, madame ? » « Oh ! » Mais c'est un truc de dingue, mais c'est une dinguerie. Et moi, j'étais là « Oui, ma fille, je dialogue avec elle. » C'était deux mondes. C'était deux mondes. Bon, alors, en fait, l'exemple que je prends dans mon livre, ce n'est pas cette violence-là.
Ça, c'est une violence, mais en fait, c'est une violence qui est dans la norme. C'est l'éducation. Moi, je prends l'exemple de gamins qui sont vraiment maltraités, mais...
Plus, plus. Plus, plus. Tu as vu des marques déjà sur le corps ?
J'ai vu. Alors, ça, c'est quand j'étais dans le 93. Je me souviens d'un enfant. J'avais fait un texte qui s'appelait « Les avant-bras ». Et en fait, sur les avant-bras, on pouvait lire plein de choses. Alors, il y avait les scarifications de ceux qui appelaient à l'aide ou qui faisaient des tentatives de suicide. Et puis, il y avait des marques que je me rappelle des brûlures de cigarettes. Les parents qui...
Brûlaient leurs gosses.
Ouais. Et j'ai vu aussi les parents qui frappaient leur enfant avec des fils de télé.
Ouais. Est-ce que tu faisais attention aux notes que tu donnais à ces enfants pour pas qu'ils se refassent
martériser à la maison ? Alors, j'avais, pendant une réunion parents-prof, un gamin mais qui était relou mais alors insupportable en classe. Et il arrive avec sa mère et là, je me dis...
Banco, c'est Manon.
Ah, mais là, mais là, je vais... Il va charger. Je vais me manger. Non, mais il me saoulait tellement en cours. Je me suis dit, là, tu vas pas y couper, quoi. Et donc, je commence et je dis, vous savez, Madame, avec Ousmane, ça va pas du tout. Et là, il se prend devant moi mais une volée. J'ai cru qu'il allait... Mais que la tête allait partir, quoi. Mais il avait... Il a joué... Oui, elle lui file une tornole mais comme disent les élèves, j'étais choquée. Mais le truc, mais monumental. Et là, le gamin me regarde mais tout se passe en un regard. Le gamin me regarde l'air de dire je t'en supplie pour toi, arrête, arrête et je te ferai plus jamais chier.
Et là, je reconnais que j'ai dit non, non, mais attention, ça va s'améliorer. Je le sens. Ça va mieux d'ailleurs depuis quelques temps. Et le gamin m'a plus jamais emmerdé. Plus jamais.
Voilà. Il y en a qui viennent se confier à toi. Oui. Et est-ce qu'il y en a qui t'appellent à l'aide ? Oui. Tu as eu ça ? Oui. Il y a un côté très social dans le métier de professeur.
Mais bien sûr. On n'est pas prof que pour être prof. Ça, les profs qui se disent je vais être prof et je n'enseignerai que ma matière, justement, je ne ferai que du scolaire mais ils n'ont rien compris. C'est-à-dire changer de métier, changer de chemin. Moi, j'ai des élèves, en plus, je suis prof de français donc j'ai des élèves qui se confient parfois dans les rédactions. Par écrit, tu veux dire ? Oui. En troisième, comme... Là, je n'ai pas de troisième cette année mais pendant 25 ans, j'ai eu des troisièmes et j'en aurai encore l'année prochaine. Mais on travaille sur l'autobiographie et un des sujets que je donne en rédaction, c'est raconter un souvenir marquant.
Donc, un souvenir heureux ou malheureux. Mais je dis bien un souvenir marquant. je ne veux pas qu'on aille chercher la confidence. Et en règle générale, c'est toujours des souvenirs malheureux. Toujours. Et c'est toujours des choses qui débouchent, souvent, des choses qui débouchent sur un mal-être profond ou quelque chose qu'ils ont envie de me raconter qui se passe aujourd'hui. C'est un appel à l'aide qu'on me demande de lire. C'est un journal intime, mais je le lis et c'est une façon de me dire « Madame, vous ne pouvez pas vous occuper de moi ».
Tu as appelé la police déjà ?
Non, ce n'est pas mon rôle d'appeler la police, mais faire des signalements, oui.
Faire des signalements, c'est dire à tes supérieurs de prendre la police.
Oui. Alors, au tout début de ma carrière, une gamine m'avait fait comprendre, puis elle m'avait clairement dit qu'elle avait subi des abus signalements. Moi, je ne comprenais pas. Ça s'était très mal passé parce que je ne comprenais pas la lenteur des choses. Je ne comprenais pas pourquoi le mec ne pouvait pas être emprisonné tout de suite. la gamine devait rentrer chez elle. Les choses étaient d'une lenteur terrible. Je crois que le truc a été réglé en 4 ans. J'étais au début de ma carrière et je me rappelle être restée jusqu'à 9h du soir. Je ne voulais pas la lâcher, cette gamine. Je ne voulais pas qu'elle rentre chez elle.
je pense à elle parce que c'est un de mes premiers miracles parce que c'est une gamine avec qui j'ai gardé contact. On est encore amies sur Facebook et c'est une gamine qui finalement a grandi et est devenue une belle jeune femme. Mais c'est une gamine que j'ai aidée. Je me suis vraiment penchée sur ses problèmes, sur son un moment elle a fait une grève de la faim. J'étais avec elle à l'hôpital et j'avais le temps aussi. J'avais le temps. Maintenant après tu as une famille, tu as des obligations. Avant
tu restais jusqu'à 20h tu disais très souvent et des élèves pour passer du temps avec eux. Maintenant tu peux moins le faire.
Je ne peux plus le faire. Bien sûr que non je ne peux plus le faire. Mais c'est vrai qu'en fait qu'est-ce que ça raconte ? Ça raconte qu'au début tu arrives tes profs, tu as la vocation, tu as envie d'être, tu as envie d'aider tonneau des Danaïdes que tu pourras être un peu utile pour certains pour ceux que tu rencontres. Moi j'ai envie d'être une rencontre pour ceux qui sont avec moi, pour les gamins que j'ai. Mais je sais très bien que quand je vais partir rien n'aura changé.
Tu as vu de la pauvreté ? Comment il se traduisait vraiment ? Est-ce que tu as vu de l'extrême pauvreté à l'école où tu t'es dit il faut que je l'aide ou tu l'aides discrètement ? C'est arrivé ?
Oui, bien sûr. J'ai déjà c'est très compliqué parce que quand vous voyez quand tu vois un élève dont tu vois qu'il est pauvre parce que je veux dire on ne peut pas ça se voit ça se voit il a toujours les mêmes fringues c'est un peu sale bon comment aider le gamin sans le froisser sans froisser sa fierté ? tu te dis je vais lui acheter un blouson ou je vais lui ramener un blouson mais comment faire ?
parce qu'il y a des gamins moi ça m'est arrivé de donner un blouson et il me fait non non madame c'est bon ça va aller ça va aller et il fait deux degrés et le môme il est en t-shirt ça va aller madame c'est chaud quand même mais oui j'ai déjà donné sous le manteau du matériel je pense qu'on l'a tous fait enfin tous fait moi je connais des profs qui achètent qui achètent du matériel aux gamins ou qui leur donne je sais pas moi ça m'est aussi arrivé de donner des chaussures mais c'est ça la vie en fait on n'est pas prof que pour être prof
toi ta fille a été maltraitée à l'école ouais qu'est-ce qui lui est arrivé c'était en public ouais au départ pour ça tu l'as mise en privé
non c'est pas que pour ça c'est parce que moi j'étais dans le privé et je connais les exigences
toi t'as été à l'école dans le privé
moi j'ai été dans le privé ouais j'ai été chez les bonnes sœurs et mon mari ne voulait pas il me disait mais non c'est bon on peut la mettre dans le public et non bah non j'avais confiance dans le privé ça a été dur mais ça m'a appris ça m'a appris l'effort le goût du travail le goût du travail bien fait donc oui je voulais qu'elle aille dans le privé et oui elle a été maltraitée dans l'école publique et je suis assez contente de pouvoir le dire aujourd'hui parce que elle était petite elle avait deux ans et demi elle était en maternelle et elle a été maltraitée par une directrice d'école et ça n'a jamais été pris en compte et elle n'était pas la seule nous étions plusieurs familles nous avions composé un dossier et rien n'a été fait et elle est sortie je veux dire elle n'a pas été elle n'a pas été mutée elle était directrice d'école mais elle est sortie par la grande porte je veux dire elle est partie à la retraite elle a continué à être directrice d'école jusqu'au moment où elle a dû partir mais rien n'a été fait et j'en ai beaucoup voulu à l'éducation nationale parce que je me suis dit bah dis donc si c'est ça ma corporation même pas foutue de de de de
de faire le ménage
ouais ouais parce que c'était pas rien là c'était pas rien c'était des c'était des petits enfants c'était des petits enfants moi ma fille elle a eu des séquelles elle a je veux dire j'ai emmené chez le pédopsychiatre elle a souffert des neurésies je faisais pipi au lit pendant des années elle a eu une grande méfiance de l'adulte et ouais j'en ai beaucoup voulu à l'éducation nationale et d'ailleurs j'en veux beaucoup à l'éducation nationale quand ou même ou même au périscolais on a parlé dernièrement des violences qui ont eu lieu dans le périscolaire à Paris là notamment
fin 2025 il y a eu je trouve ça absolument on a fait une enquête le mardi l'équipe de journalistes je leur ai demandé de faire un focus là dessus justement on a eu un papa un parent d'élève qui a parlé mais l'éducation nationale a pas voulu la directrice d'école a pas voulu réagir etc je crois qu'il y a eu pas mal de ça y est de personnes qui ont été arrêtées depuis ou arrêtées en tout cas
je trouve ça
professionnellement
moi ça m'a ça a fait remonter plein de choses parce que ma fille maintenant elle est grande elle a 18 ans et elle réussit et heureusement mais ça a fait remonter plein de trucs et je moi qui justement place vraiment l'enfant au coeur de ma pédagogie et qui veut toujours le meilleur pour les gamins que j'ai devant moi je peux pas concevoir qu'il y ait des adultes qui puissent faire ça à des enfants et bon pour mon cas pour des enfants en maternelle enfin oui même les des enfants en maternelle quoi
toi t'as déjà vu de la violence physique on va venir après sur la section est-ce que t'as déjà vu de la violence physique de prof est-ce que à l'époque de nos parents il y avait de la violence qui était tolérée par les profs ça paraît il rêve mais il mettait les doigts comme ça et il tapait avec la règle moi mon père l'a vécu dans la plupart des écoles d'ailleurs le bonnet d'âne devant tout le monde humiliant au coin tout comme ça il y avait la violence non non
je crois j'ai connu un prof qui s'est fait non pas qui n'a pas été radié qui a été juste muté dans un autre collège qui avait été violent physiquement avec un élève mais il a été changé d'établissement c'est comme ça qu'on fait dans l'éducation nationale c'est à dire que si un prof est dysfonctionnel même vraiment dysfonctionnel je sais pas moi parfois je me dis mais c'est pas possible qu'est-ce qu'il faut il faut qu'on tue un gamin pour virer un prof je comprends pas ça c'est une vraie interrogation je ne comprends pas
et la violence sexuelle est-ce qu'on t'en a parlé à l'école je parle de prof ou d'éducateur comme on dit
non
ça t'en as pas vu
non non non j'en ai pas vu alors là je pense que je pense que j'aurais vrillé parce que
non il y a 37% des élèves entre 6 et 18 ans qui seraient touchés par du harcèlement scolaire c'est à dire que les gens vont faire chier un élève à plusieurs ou du cyber harcèlement c'est à dire sur les réseaux sociaux tiens machin il a fait ça et puis mettre une photo etc ça t'en entend beaucoup parler tu le vois t'essayes de lutter contre ça
ça a explosé le harcèlement en bande mais en fait le harcèlement on a ce que j'explique dans le bouquin c'est que ça a toujours existé le harcèlement on a tous été victimes de on a tous des complexes on a tout ça moi j'étais trop maigre j'avais des dents ça n'allait pas bref on a tous été victimes de harcèlement la grande différence le grand progrès aujourd'hui c'est que le harcèlement continue même quand tu n'es plus à l'école c'est à dire tu te fais emmerder par une bande dans la cour de récré tu rentres chez toi avant tu rentrais chez toi je n'avais la porte de chez toi tu disais bon tu avais la boule au ventre en y repartant le lendemain mais au moins tu étais chez toi tu étais tranquille là ça continue c'est tout le temps tout le temps tout le temps donc c'est pour ça que je dis encore les écrans posent problème posent un gros problème dans le traitement dans la gestion du harcèlement vraiment
le 16 octobre 2020 Samuel Paty qui est prof qui va être assassiné en sortant de son collège après avoir fait montrer des caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo dans un cours sur la liberté d'expression quand il va être tué comment tu vas l'apprendre et comment tu vas réagir à ça
je me rappelle que je je ne sais plus comment je l'ai appris mais je sais qu'après en regardant je ne sais plus quel réseau social j'avais été mais profondément choquée parce que j'avais vu enfin la tête avait tourné une image de la tête avait tourné et je me souviens avoir vu c'est c'est monsieur Paty mais il avait écrit c'est monsieur M.R et c'est pas comme ça qu'on écrit en français M.R c'est Mister et les élèves les élèves écrivent toujours M.R pour monsieur c'est une erreur mais c'est ce qui m'avait fait dire que le c'est monsieur Paty c'était un élève qu'il avait qu'il avait qu'il avait écrit et donc qui avait vu l'image et ça m'avait ah ouais on avait on avait tous été extrêmement traumatisés comment ne pas l'être
est-ce que tu t'étais dit que tu changerais de métier à ce moment-là est-ce que tu t'es dit là c'est trop non
non non parce que je ne sais pas par une espèce de curieux mécanisme je ne sais pas peut-être que je me suis dit moi ça ne peut pas m'arriver est-ce que tu as déjà été menacée
par un élève
non je touche du bois parce que ça peut arriver
t'en as déjà vu avec des armes
alors je n'en ai pas vu mais oui j'ai déjà il y a déjà eu de cas d'élèves avec des couteaux dans tous les collèges que j'ai pu ouais c'est plus d'une fois
t'as dit page 60 dans ton livre pour terminer tu dis j'ai pas envie de devoir dire à des enfants qu'un prof s'est fait décapiter parce qu'il faisait court tu parles de la minute de silence est-ce que vous l'avez faite ?
oui on l'a fait bien sûr bien sûr on le respecte mais c'est dur c'est dur quand t'es avec une classe de 6ème et que tu dois leur expliquer ça parce que déjà il y a des élèves qui ne sont pas au courant parce que des élèves leurs parents veulent les préserver de ça veulent pas expliquer la décapitation t'imagines t'es là avec des gamins de 10 ans qui se disent mais c'est quoi c'est quoi décapité pourquoi le prof il a été décapité c'est quand même c'est une réalité qui est hallucinamment violente et t'es obligé d'en parler avec des petits donc tu le fais mais c'est vrai qu'à chaque fois quand on dit d'une année sur l'autre on doit faire la minute de silence c'est vrai que c'est dur c'est dur d'avoir à transmettre ça moi c'est vrai que je suis pas prof pour transmettre ce genre de choses et c'est c'est terriblement violent et ce que je dis dans le bouquin c'est que j'en veux à la société qu'on en soit arrivé là tu vois c'est pas un fait divers c'est quelque chose de honnêtement j'ai pas les mots quand je parle de Samuel Paty parce que j'arrive à en faire quelque chose parce qu'encore une fois les élèves transforment l'événement abominable en quelque chose de joli parce qu'ils sont là ils posent des questions et puis ils parlent eux de la façon dont ils voient les choses ils disent mais non Allah dit pas qu'il faut tuer des gens c'est même complètement le contraire enfin tu vois c'est mignon mais en fait la réalité des choses dans l'absolu c'est d'une laideur achevée mais il faut le faire
t'en veux aux politiques
ouais ouais je trouve que rien rien n'est bien fait et c'est nous qui en qui en pâtissons c'est les gosses qui en pâtissons enfin nous les adultes on arrive à s'en sortir mais eux ils sont complètement c'est les premières victimes
tu en parlais de juste avant pour terminer de harcèlement tu disais que t'avais trouvé un moyen pour qu'ils arrêtent d'harceler un garçon qui était bègue qui bégayait qui peut gayer
ouais ça c'est un truc ça m'est venu comme ça si tu veux ça fait partie des choses que
que t'apprends pas
mais non mais non bien sûr que non c'est un truc que t'improvise là tu vois le gamin qui parle jamais qui là d'un coup vient réciter Antigone avec une gamine et ils sont là ils te récitent le dialogue aimant-Antigone un dialogue amoureux puis tu t'aperçois que le gamin il est bègue et et tout le monde commence à se foutre de lui parce qu'effectivement nous ne sommes pas dans une société bienveillante et empathique non ça c'est ça c'est certains qui le voudraient mais la vérité c'est pas ça l'humanité c'est pas ça et l'enfant n'est pas bon l'enfant n'est pas bon l'enfant n'est pas gentil s'il n'a pas été éduqué l'enfant n'est pas gentil
l'humain n'est pas gentil s'il n'est pas éduqué non ?
oui enfin l'humain il commence à être il va paraître un enfant donc tu vois donc effectivement j'ai les gentils qui vont même s'ils se moquent ils le feront à l'intérieur puis t'as ceux qui vont
qui vont être sans filtre
et qui sont
les méchants
les méchants voilà
il y a des méchants
il y a des méchants oui et donc ce gamin je me dis mais très vite tu vois là encore très très vite je me dis mais merde qu'est-ce que je vais faire qu'est-ce que je vais faire pour le sauver et sa prestation voilà je l'ai sauvé parce que j'ai dit ok bon bah toi tu t'es foutu de sa gueule tu t'es foutu de sa gueule je l'ai pas dit comme ça mais tu t'es foutu de lui tu t'es foutu de lui tu t'es foutu de lui bon et bah ça fera autant de points que je vais rajouter à sa prestation voilà ça t'apprendra donc évidemment ils sont dégoûtés mais ils apprennent que on ne se moque pas et moi je vais sauver sa prestation parce que ça c'est le genre de souvenir qui peut être extrêmement humiliant et pour la suite pas le traumatiser c'est pas un traumatisme mais enfin quand tout le monde se fout de toi c'est pas le meilleur souvenir de ta vie
toi t'as écrit 4 romans aujourd'hui Indigne Rachild De Femmes et d'Acier Si nous n'étions captifs c'est le prochain livre qui sortira bientôt je vous le mettrai si vous regardez l'émission dans quelques temps je vous rajouterai dès qu'il sera sorti le lien dessous pour le commander et t'as sorti sur ton métier de prof deux livres Tu fais quoi dans la vie et prof et après prof cours et miracles est-ce que t'as déjà vu un miracle ?
plein c'est le sujet de mon livre j'en ai vu plein des miracles et notamment tu vois la rencontre entre entre une gamine et Maupassant tu vois une gamine qui d'un coup se met à adorer Maupassant parce que elle se disait qu'elle était incapable de lire et puis en lisant certaines nouvelles triées sur le volet elle se dit bah non je suis pas nulle en français je suis pas incapable de faire ceci de faire cela non je suis capable je suis capable de rencontrer un géant de la littérature française ça c'est un miracle ou un gamin qui va être capable de te de te réciter un poème en se regardant tu vois qui va s'accrocher à ton regard qui va s'y accrocher mais farouchement et qui va être capable de te raconter de te réciter un morceau de la légende des siècles alors que il est estampillé qu'encre de la classe ça c'est un miracle
est-ce que t'as t'as des emmerdes avec l'éducation nationale quand tu racontes et que tu donnes ton avis
pas pour l'instant pas pour l'instant on verra après non pas pour l'instant
on parle souvent du manque de profs en France j'avais noté les chiffres en 2024 3200 enseignants manquaient à la rentrée encore on recrute ce qu'on appelle des contractuels qui passent pas le concours qui sont parfois moins bien formés pour pouvoir avoir quand même quelqu'un en face des élèves c'est ça le sujet est-ce que c'est plus dur d'être prof aujourd'hui qu'il y a 26 ans
écoute je sais pas ce que je sais c'est que être prof ça ça s'improvise pas il faut il faut un certain bagage intellectuel culturel et puis et puis un amour des gamins voilà c'est pas c'est pas quelque chose mais effectivement le métier le métier de prof est si peu attractif que je peux parfaitement comprendre qu'on n'est plus nombreux à rouler le faire bah oui c'est pas j'espère en lisant mon livre qu'en refermant on se dit bon allez il y a peut-être ça peut peut-être être sympa je vais peut-être y aller je vais le faire mais je peux comprendre qu'on n'ait pas du tout envie d'y aller on est mal payé il n'y a pas de reconnaissance on travaille avec des moyens on travaille de briquet de broc moi je vois quand je fais mes projets mémoriels mais c'est je demande même pas les subventions parce qu'il faut remplir des milliards de paperasse ça me gonfle donc moi j'y vais comme disent les élèves au talent mais en fait j'attends rien c'est ça c'est pour ça que je suis jamais déçue parce que j'attends rien de personne
qu'est-ce qui pourrait te faire arrêter pour terminer ?
ce qui pourrait me faire arrêter la fatigue et puis peut-être si j'écris un best-seller je ne sais pas non non non parce que je crois que même si j'écris un best-seller je garderais quand même un pied un pied dans ma classe parce que j'enseignerais moins mais je pense que je resterais quand même avec eux parce que je ne peux pas m'en passer
ça fait 26 ans que tu fais ce métier est-ce qu'il y a pour terminer une chose que les profs pensent mais n'osent jamais dire publiquement ?
écoute il faudrait mettre une caméra dans la salle des profs et la caméra du côté de la porte qui s'ouvre au moment de la récréation de voir la force la violence avec laquelle la porte s'ouvre et les soupirs oh putain oh les boules oh j'en ai marre oh ils me font chier je ne devrais pas dire ça mais enfin en même temps c'est nécessaire c'est exutoire et je pense que c'est pareil dans les hôpitaux dans tous les métiers partout partout partout et puis après on y retourne et on a le sourire mais c'est vrai que parfois on entre dans la salle des profs au moment de la récré et on sent que tout on lâche tout
dernière question qu'est-ce que tu dirais à un jeune ou une jeune prof qui commence ce métier qui va commencer
réfléchis bien pourquoi tu y vas et sois bien sûr que tu es prête à les aimer je crois qu'un prof qui dit qu'on ne peut pas aimer ses élèves il a tout faux
merci Cécile je te check merci d'être venue jusqu'à nous merci à toi prof.exclamation cours et miracles aux éditions de l'archipel Cécile Chabot prof de français au collège du coup et romancière aussi je vous mettrai le lien si vous voulez commander le livre il y a plein d'anecdotes si vous voulez si vous êtes prof si vous êtes intéressé par le sujet si vous avez aimé l'émission et que vous voulez apprendre d'autres anecdotes parce qu'apprendre d'autres histoires surtout et lire d'autres histoires parce qu'on n'a pas pu évidemment tout raconter mais vous pourrez comme ça prendre le livre si vous voulez dans la description du podcast donc si vous nous écoutez sur Spotify, Deezer, Apple Podcast Amazon Podcast dans la description de l'épisode vous aurez le lien et sur Youtube évidemment dans la description en dessous vous pouvez liker la vidéo les amis ça nous aide beaucoup si vous nous regardez et puis vous abonnez aussi à notre chaîne vous êtes 150 000 200 000 à vous abonner chaque mois en plus donc merci beaucoup pour tout ça merci de faire de légende le premier podcast de France on se retrouve tous les mercredis vendredis et dimanche sur légende merci c'est bien passé tu vois ton interview
oui c'est bien passé mais je suis quand même meilleure à l'écrit donc il vaut mieux que vous lisiez le livre
d'accord je vous embrasse fort on se retrouve de toute façon très vite pour une prochaine vidéo sur légende ciao tout le monde