Déclaration de politique générale d'Édouard Philippe : un tournant dans le quinquennat ?
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C'est l'heure du face-à-face entre David Revaud-Dallon et Bruno Jeudy de Paris Match. Bonjour à tous les deux. Bonjour Zine. Alors l'orage social est passé avec les gilets jaunes, même si le climat est encore inflammable et les Français à fleur de peau. Les élections européennes sont passées et la majorité n'y a pas laissé de plumes. Le terrain est donc dégagé pour poursuivre les réformes. Le cap a été donné le 26 avril par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse. Il est l'inspirateur désormais, place au metteur en scène, Edouard Philippe. Cet après-midi, le Premier ministre sera la déclinaison d'Emmanuel Macron.
Il rentrera dans les détails, annoncera les priorités, le calendrier des réformes. C'est un acte 2, un Macron 2, mais aussi un Edouard Philippe 2, avec un président qui a décidé d'être moins solitaire dans l'exercice du pouvoir et de donner le volant à son Premier ministre. Alors un Premier ministre qui aurait dit devant la majorité, selon le journal L'Opinion, on a écrasé, je cite, le texte et on recommence. Je me suis attiré les foudres de mes équipes, mais c'est mieux comme ça, je serai prêt demain. Il disait ça hier. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire quoi ? Il y a des frictions, des tensions, des désaccords ?
En tout cas, s'agissant d'un texte qui va lancer l'acte 2 et qui donc va repositionner la politique gouvernementale, il y a évidemment beaucoup d'enjeux.
Pas la repositionner, puisque Emmanuel Macron l'a positionné.
L'a positionné, il va la préciser, donner des dispositifs plus précis, économiques, sociaux, etc. Donc évidemment, il y a beaucoup d'enjeux, parce que cette majorité, on le chronique ici chaque semaine, elle est assez diverse, puisqu'il y a en même temps des gens du PS, et en même temps des gens de droite, et en même temps des gens du Modem, et en même temps des macronistes purs et durs. Et donc, il y a des jeux de pression, des jeux de lobbying, par exemple, vous avez l'aile gauche de la majorité, qui fait fortement pression pour réintroduire le texte bioéthique rapidement et rapidement la PMA pour toutes les femmes.
Ce qui est un sujet extrêmement sensible, pour ne pas dire explosif, quand on se souvient de ce qui s'était passé à l'époque du mariage, de la loi sur le mariage pour tous et de la réaction de l'électorat catholique. Et donc, ça, c'est évidemment un sujet de crispation au sein de la majorité. Puis vous avez beaucoup d'autres marqueurs sociaux. Voilà, vous avez l'aile gauche qui plaide pour des marqueurs de gauche, c'est logique. Et puis, le gouvernement, Edouard Philippe et ses amis, qui eux, ne voient pas pourquoi il est conforté aujourd'hui. Il bénéficie du vote de confiance qui sera évidemment très favorable, puisque la majorité lui est acquise par définition.
Donc, il ne voit pas pourquoi, lui, il ferait des efforts. Donc, effectivement, il y a eu des tensions dans les derniers jours, mais c'est assez classique, s'agissant d'une majorité à la fois composite et assez large.
Bruno, le programme est chargé, retraite, unédite, réforme constitutionnelle, baisse d'impôts, le calendrier est serré et ça promet des embouteillages parlementaires. Donc, on saura à 15h quelles sont les priorités, ce que vous disiez. Est-ce que ce volet social, est-ce que le volet aussi écologique, ça donnera quand même la tonalité des priorités du gouvernement ?
Oui, au fond, on les connaît quand même un peu, déjà. Le président, dans son conférence de presse du mois d'avril, les a à peu près données. La seule différence, au fond, c'est que le Boa Macron-Philippe doit maintenant régurgiter ce qu'il va garder. On voit bien que, David a dit, il y a des tensions dans cette majorité, parce qu'à force d'avaler de la droite, effectivement, la gauche digère très mal tout ça. L'aile gauche digère très mal tout ça. Et c'est vrai qu'il y aura des signaux qui seront fondamentaux. Est-ce qu'on aura la PMA avant les municipales ou après ? Est-ce qu'il va y avoir un volet 2 sur l'immigration avant ou après les municipales ?
Ce qui passera très très mal dans la majorité. Quelles vont être exactement les économies qui vont être faites ? Ou est-ce qu'il n'y en aura pas du tout ?
Ces baisses d'impôts de 5 milliards. Alors on sait qu'il y aura des baisses d'impôts de 5 milliards,
mais comment elles vont être financées ? Parce que ça fait quand même 17 milliards qui ont été signés en deux temps pour les Gilets jaunes. Pour l'instant, on n'a pas la moindre idée de comment ça va être financé. Sauf qu'on sait qu'effectivement, la France empruntant moins sur les marchés, ça ne nécessite pas forcément de s'endetter énormément. Donc il y a des choix. Effectivement, vous avez raison. Ils ne peuvent pas en faire 36. Par exemple, la réforme constitutionnelle, à mon avis, elle a largement du plomb dans l'aile. On a bien vu. Et puis ça contrarait le Sénat ? Ils vont essayer de faire porter la responsabilité de l'échec de cette réforme constitutionnelle sur le Sénat.
Et ils garderont sans doute que la réduction des parlementaires, il faudra voir d'ailleurs s'il n'y a pas une part de constitutionnalité là-dedans.
Et la proportionnelle.
Évidemment, la proportionnelle, parce que là, pour le coup, il n'y a pas besoin de réformer... Mais ça, c'est compliqué, parce que c'est le Congrès, soit... Réformer la constitution. Non, non, la proportionnelle, il n'y a pas besoin, ce n'est pas de l'organique. En tout cas, dans l'affichage... Ce n'est pas de l'organique. Donc là, ça, on le saura. Après, j'allais vous dire, c'est des moments rares en politique que Edouard Philippe va pouvoir apprécier, parce que quand vous remontez sur le ring une deuxième fois pour le discours de politique général et que vous êtes auréolé quand même d'une certaine part de victoire aux européennes, ou en tous les cas, part de non-effet...
Et de stratégie politique. Et de stratégie politique.
Il va pouvoir apprécier, j'allais dire, son quart d'heure de gloire, Edouard Philippe. Et c'est vrai que depuis le début du quinquennat, comme c'est le président qui a pris toute la lumière, on imagine qu'il sera assez bâté de l'avoir, même si à l'intérieur de la majorité, c'est quand même pas si simple que ça, la vie... C'est vrai que je pense qu'il va savourer, Edouard Philippe, parce que, souvenez-vous, dans les dernières semaines de la campagne, il y a eu quand même des commentaires de gens au sein du gouvernement, au sein de la majorité, qui disaient, bon, ben, si vraiment... Souvenez-vous, les sondages annonçaient un grand écart avec la liste de l'Assemblée nationale.
Moi, je n'ai jamais cru qu'il partenaire, David. En tout cas, il y avait beaucoup de spéculation sur le thème. Si jamais l'écart est vraiment trop important, si c'est une petite défaite, ça va, mais si c'est une grosse défaite, une raclée, il ne pourra pas sauver sa tête. Donc, effectivement, il l'a sauvée. Et cette déclaration de politique générale, je vais vous dire, elle a trois enjeux, au-delà de l'organisation, de ce que disait Bruno, des textes, des priorités politiques. Un, c'est de remettre en selle Edouard Philippe, de l'empowerer, comme on dit à l'Élysée, c'est-à-dire de lui rendre le pouvoir par rapport à toutes ces spéculations. C'est quoi ce vocabulaire empower ?
Ben, vous savez, c'est le vocabulaire macroniste, un clavier de l'entreprise, du charabia, venu de la Silicon Valley, c'est la start-up nation. Donc, il y a effectivement une réassurance du Premier ministre. Il y a un côté team building. En tout cas, ça, c'est ce qu'on explique à Matignon. On va resserrer les rangs de la majorité, justement, à un moment où l'aile gauche grogne un peu. Et puis, il y a un troisième effet qui se coule. Un discours, pour vous suivre. Oui, il y a un troisième effet qui se coule, c'est, finalement, la façon dont certains élus de droite modérée et du centre vont réagir à cette déclaration de politique générale, à l'Assemblée et au Sénat.
Ça veut dire que, dans un contexte où la droite est ébranlée par cette défaite historique... Ça, c'est un des aspects, sans doute, qu'on réveillera. Est-ce qu'ils vont s'abstenir sur la déclaration ? Oui, la dernière fois, il y a eu pas mal d'abstentions. En fait, ils vont regarder s'il y a plus d'abstentions et plus de votes pour qu'en 2017, par les premiers discours de politique générale.
Ça va être un test, puisqu'il y a eu moult appels, parfois, avec la grosse Bertha, pour faire venir les maires rejoindre la majorité. On va voir. Là, ça va être un test, à l'issue du discours, puisqu'il y aura ce vote, de comparer avec le discours de politique générale, et notamment sur l'attitude des Républicains après l'appel de pied.
Il y avait eu beaucoup d'abstentions en 2017. On verra s'il y a des abstentions qui sont converties en vote pour cette fois-ci. C'est ça qu'on regardera. Et puis, après, il y a toutes les petites chapelles centristes et droites modérées qui, elles, basculeront sans doute de l'abstention au vote pour. Ce qui, à l'arrivée, fera sans doute peut-être pas loin de 350 voix pour la confiance au Premier ministre. Il y en a vu 317, je crois. D'ailleurs, pardon, juste pour revenir sur le point précédent, vous avez vu qu'il y avait des... Bruno le disait, l'aile gauche a mal digéré cette politique, finalement, de droite assez décomplexée depuis deux ans.
Oui, mais elle est payante électorale.
Oui, mais vous remarquez que, finalement, les résultats des élections européennes n'ont pas du tout incité Macron et Philippe à faire de la gauche. Regardez, quels sont les électeurs qui ont renforcé la liste Macron, enfin la liste de l'oiseau, ce sont les électeurs à l'air. Ils ont quand même l'écologie, il va falloir quand même qu'ils fassent un peu d'écologie. Les électeurs de gauche sont partis sur les écolos, justement. Il va falloir qu'ils passent du discours à l'acte en matière d'écologie.
Sans contraindre les Français et les énerver.
Oui, mais ça, c'est quand même très important parce que s'il n'a pas de bilan en matière d'écologie, Emmanuel Macron, il aura quand même perdu, il laissera sans doute une partie du vote jeune partir ailleurs. Et ça, pour lui, c'est très important parce qu'au-delà, il peut avoir tous les résultats économiques qu'il veut. On voit bien avec les Européennes qu'on est au début, sans doute, d'une modification des comportements électoraux qui risque de se faire beaucoup sur les questions écologiques dans les années qui viennent.
Et ça, quel que soit le président, c'est pour ça qu'à mon avis, il a intérêt de passer des discours très bons depuis le début du quinquennat aux actes précis, avec des calendriers et des choses qui se réalisent.
Vous disiez des modifications de comportement. Le premier à en avoir, c'est Emmanuel Macron. Il modifie son comportement, il modifie sa méthode, il l'a avoué, il le confesse, il le dit. Il essaye. Il essaye, voilà.
Parce que chasser le présidentiel, il revient au galop, comme dirait l'autre. C'est le quatrième enjeu de cette déclaration de politique générale, c'est de voir si, effectivement, Emmanuel Macron est capable de laisser son Premier ministre gouverner. Depuis deux ans, on l'a vu, ça a été trop doux pour lui. Il est obligé de mettre les mains dans le cambouis. On l'a vu encore plus depuis six mois. La crise des Gilets jaunes, le grand débat, la campagne des Européennes. C'est lui qui s'est mis sur le devant de la scène, qui a porté toute la politique et les élections. Là, est-ce qu'il va être capable de le faire ?
Pardonnez-moi, mais connaissant son tempérament, connaissant sa méthode politique, j'ai quand même quelques doutes.
Mais on peut dire que cet épisode des Gilets jaunes, je parle du premier épisode, quand même, où c'était... Oui, très violent. Non, légitime. Au début, légitime. C'était la demande sociale. Après, ça s'est transformé un peu en... La protestation initiale contre la taxe carbone, vous voulez dire. Absolument. Finalement, ça, ça a servi. Donc, ça a payé, puisque si ça modifie son comportement. Et ce qui a payé, en réalité aussi, c'est la stratégie d'Edouard Philippe, c'est-à-dire d'étouffer la droite. C'est gagnant-gagnant. C'est gagnant...
Non, moi, je dirais quand même autre chose. Je dirais surtout que ce qui a payé beaucoup pour lui, c'est le retour sur le terrain avec le grand débat. Oui. Il lui a permis de renouer avec les élus locaux. Bien sûr. Mais grâce aux Gilets jaunes. Il a fait baisser la tension. Et petit à petit, il a cornerisé ses Gilets jaunes dans un mouvement violent, détachant petit à petit une partie des élus locaux, qui était quand même assez en soutien des Gilets jaunes. Je pense que ça, ça a été très important. Ça a été assez peu, finalement, relevé. Mais on voit bien avec maintenant un petit peu le recul. Et puis, évidemment, il y a ces stratégies.
Mais ces stratégies, c'était la stratégie de départ, c'est-à-dire d'aller chercher à droite, d'aller chercher à droite. C'est-à-dire, au fond, de réussir cette modification du socle électoral, un socle électoral qui était majoritairement de gauche en 2017 et qui devient quasiment majoritairement de droite ou de centre-droite en 2019, ce qui signe, disons, une bonne performance aux européennes. Mais ce qui le fragilise aussi, parce que c'est quand même le en même temps, maintenant, qui est très déséquilibré. Et dans la perspective d'une réélection, vous savez, vous ne gagnez pas sans le peuple. Aujourd'hui, Macron, c'est la bourgeoisie de gauche et de droite. On ne gagne pas sans le peuple.
Donc ça, c'est la grande équation à régler d'ici 2022. Et d'ailleurs, Macron, on est très conscient, puisque dans le Conseil des ministres qui a suivi le résultat du 26 mai, qui était un bon résultat pour Macron, enfin honorable en tout cas, puisqu'il n'est qu'à la deuxième place, il avait parfaitement conscience de ce glissement de terrain électoral. Et il a rappelé à ses ministres qu'on restait sur le et de droite et de gauche. Et en même temps, il fallait combattre l'idée, même si c'était incontestable dans les urnes, puisqu'il y a eu ce mouvement électoral.
Moi, je trouve qu'avec un risque, au fond, c'est que cette, comme disait Marine Le Pen il y a quelques années, cette UMPS, ce parti central, ce parti unique, devienne un vrai risque pour la démocratie française. Parce qu'à vouloir éliminer tout le monde, comme le disent les ministres, la tribune de Marianne Schiappa dans le JDD, on en tente des nues. Ne dites pas du mal au JDD. Non, mais on a les bras qui ne sont pas le JDD, en l'occurrence, c'est le contenu. C'est combinatoire, c'est un ton qui est genre, mais il n'y a plus que nous. La France, c'est nous, les autres, c'est de vagues partis populistes.
Il faut dire qu'il y a un peu d'arrogance de la part du pouvoir macroniste, à la fois dans les adresses et les menaces qui sont faites aux élus de droite, il y a eu des choses extrêmement maladroites. Souvenez-vous, Gilles Boyer, ex-conseiller d'Édouard Philippe, qui parle d'ennemis. De ses anciens camarades, des compagnons. C'est très maladroit, il y a un peu d'arrogance.
Et puis effectivement, le risque, comme le dit Bruno, c'est vrai que c'est un bon calcul électoral à court terme, politicien certes, mais efficace, sauf qu'à moyen et à long terme, le risque, c'est qu'on installe une bipolarité, non plus entre droite et gauche, mais entre Macron et Le Pen, c'est que l'alternance, elle te fera désormais avec Marine Le Pen.
Et c'est aussi un clivage sociologique, plus que politique en réalité.
C'est vrai, autant que politique, c'est vrai, vous avez raison. La France qui va bien, contre la France qui est oubliée, qui est délaissée, la France périphérique, qui rame.
Merci. Donc on se retrouve à 15h, n'oubliez pas, pour le discours de politique générale du Premier ministre Edouard Philippe. Je vous donne rendez-vous tout à l'heure. Merci.