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interviewyoutube.com· 10 septembre 2024 15 min

La Grande Interview avec Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. CNews du 10/09/2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

Bonjour Fabien Roussel. Bonjour Sonia Mabrouk et bonne rentrée. Merci, bienvenue à la grande interview sur CNE. Vous êtes M. Roussel, secrétaire national du Parti communiste et vous aviez qualifié il y a quelques jours Emmanuel Macron, je cite, de méprisant dans la République, dénonçant un coup de force de sa part. Et depuis, le Premier ministre Michel Barnier a donné des gages, des coûts, des compromis. Est-ce que depuis, vous avez mis de l'eau dans votre vin, dans votre pinard, si je puis dire, M. Roussel ?

0:34
Fabien Roussel

Eh bien, vous voyez, quand justement on met de l'eau dans un bon vin, un bon château, un bon Bordeaux, un bon Côte-du-Rhône, eh bien c'est pas bon. En politique, c'est pareil. Je pense qu'il faut savoir pourquoi on se bat. Et moi, je me bats pour gagner ce que les Français veulent. Ils veulent des augmentations de salaires, ils veulent le blocage des prix, ils veulent être entendus et respectés, ils veulent que quand ils travaillent, ils puissent vivre de leur travail. Et donc, je suis un homme de dialogue.

Je suis à la tête d'un parti qui va se battre avec ses parlementaires pour obtenir le meilleur de ce que l'on peut obtenir pour nos compatriotes, pour nos concitoyens, pour la République, pour nos services publics.

1:17
Présentateur

Vous êtes un homme de dialogue, mais qui milite pour la censure. Est-ce que par votre attitude, que certains peuvent qualifier d'intransigeante, vous n'êtes pas en train de donner le plus beau rôle et le premier rôle à Marine Le Pen ?

1:28
Fabien Roussel

Alors là, il faut quand même rappeler les choses. C'est quand même le président de la République qui fait le plus beau rôle. Il fait le choix, effectivement, de voler l'élection des Français. Les Français, au second tour des élections législatives, dans la diversité de leurs opinions, ont fait le choix du Front républicain. Et ils ont fait une assemblée nationale avec une coalition à gauche qui est arrivée en tête par le nombre de ses députés. Et le président de la République fait le choix de négocier avec le Rassemblement national un gouvernement dirigé par Michel Barnier pour appliquer une politique qui est en fait sa politique.

Et c'est là où je demande aux Français de bien étudier, de bien regarder ce que vont faire les députés du Rassemblement national.

2:14
Présentateur

Il y a un premier groupe à l'Assemblée.

2:16
Fabien Roussel

Oui, oui. La première coalition, c'est nous avec 193 députés, 193 députés de gauche, écologistes, communistes, qui avons été élus sur la base d'un programme. Et puis, il y a eux. Et donc, là où il y a des députés du Rassemblement national, là, en France, eh bien, ils vont être donc, du coup, comptables, responsables de la politique qui va être menée. Monsieur Barnier a déjà dit qu'il ne reviendrait pas sur la réforme des retraites.

2:43
Présentateur

Il ouvre le débat.

2:44
Fabien Roussel

Oui, mais il a dit sans remettre en cause, sans remettre en cause les 178 trimestres qu'il faut aujourd'hui cotiser, sans remettre en cause le fait que des femmes sont obligées de travailler jusqu'à 67 ans pour avoir droit à une carrière complète. Les Français veulent l'augmentation des salaires ? Il est contre. Les Français veulent le retour de l'ISF ? Il est contre. Les Français veulent plus de services publics, de soignants, d'enseignants, de policiers, de douaniers. Il ne veut pas investir dans les services publics.

3:13
Présentateur

De quoi allez-vous discuter quand vous allez le voir ? Vous nous dites ce matin sur CNews européen, je suis un homme de dialogue. Alors, quels sont justement les points ?

3:21
Fabien Roussel

Nous avons rendez-vous mardi prochain avec André Chassaigne et Cécile Cukerman, les présidents de groupe à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et nous allons lui dire ce pour quoi nous, nous nous battons. Ce pour quoi nous avons été élus, chacun dans nos responsabilités. Et nous nous battons pour l'abrogation de la réforme des retraites. Nous nous battons pour l'indexation des salaires sur l'inflation, la hausse du SMIC, mais aussi l'indexation des salaires sur l'inflation. Nous nous battons, nous, pour augmenter le budget de l'État, afin que l'on puisse embaucher, embaucher là où on en a besoin.

On a besoin de profs, on a besoin de soignants, on a besoin de travailler sur la sécurité publique. Regardez ce qui s'est passé à Grenoble, on va en parler. On a besoin donc d'investir dans nos services publics. Et pour ça, il faut avoir plus de moyens. Et c'est pour ça que nous demandons aussi de taxer le capital, de pouvoir rétablir l'ISF. Nous allons dire tout ça.

4:15
Présentateur

Un dialogue, on verra si c'est un dialogue de sourds, M. Roussel.

4:18
Fabien Roussel

Est-ce qu'il faut, par exemple... Lui, il vient avec ses propositions, nous, on va venir avec les nôtres.

4:21
Présentateur

Peut-être une proposition, en tous les cas, je précise ce matin que l'idée n'est pas, en tous les cas, encore confirmée par Matignon. Est-ce qu'il faut un ministère de l'immigration pour tenter de répondre, à ce défi ?

4:34
Fabien Roussel

Aujourd'hui, il y a un ministère qui est chargé de ça. C'est le ministère de l'Intérieur. Il y a à peu près une loi par an qui est votée sur ces questions de l'immigration. Avec l'efficacité qu'on connaît. Et ça reste un sujet qui reste toujours préoccupant, sur lesquels beaucoup de choses fausses, d'ailleurs, sont dites. En tout cas, M. Barnier, il va avoir une responsabilité immédiate sur cette question.

5:01
Présentateur

Attendez. Est-ce qu'il faut un ministère de l'immigration si ses objectifs

5:04
Fabien Roussel

sont clairement définis ? Non, non, non. Je dis qu'aujourd'hui, il y a un ministère, qui est le ministère de l'Intérieur, qui est chargé de ces questions-là.

5:10
Présentateur

Il ne faut pas un ministère dédié avec des objectifs clairs.

5:13
Fabien Roussel

Il ne faut pas instrumentaliser ce sujet. Il y a un sujet, par exemple. Il vient d'y avoir 14 morts dans la Manche des migrants qui partent de Calais pour aller en Angleterre. M. Barnier est responsable, avec M. Sarkozy... Responsable ? Écoutez-moi. Il est responsable, avec M. Sarkozy, d'avoir fait signer les accords du Touquet, qui fait que la frontière britannique se trouve sur les côtes françaises et que Calais, aujourd'hui, est devenue une prison à ciel ouvert avec des dizaines de kilomètres de barbelés partout. C'est l'enfer pour les habitants. C'est l'enfer pour les migrants qui, eux, veulent rejoindre leurs familles qui se trouvent en Grande-Bretagne. Je demande à M.

Barnier, plutôt que d'instrumentaliser le sujet de l'immigration, de revenir sur ces accords du Touquet et de faire en sorte que la frontière britannique se retrouve sur le sol britannique. Et de permettre aux migrants qui arrivent chez nous de pouvoir rejoindre leurs familles, quand ils en ont, sur le sol britannique.

6:06
Présentateur

Est-ce qu'une personnalité de gauche pourrait tenir ce discours, mais à l'intérieur de l'équipe gouvernementale de Michel Barnier ? Est-ce qu'il faut des responsables de gauche dans l'équipe du Premier ministre ?

6:16
Fabien Roussel

Mais ce qui compte, Mme Babouk, ce qui compte, c'est le contenu de la politique qui va être mis en œuvre. Encore une fois... Apparemment, vous en avez une idée claire, ce matin. Mais voilà, nous, nous allons dire... Nous, on veut ça. Nous, on veut que les Français, ils puissent partir plus tôt en retraite et que l'on revienne sur la réforme que 80% des Français ont rejetée. On connaît vos lignes rouges.

6:36
Présentateur

Est-ce que des personnalités de gauche peuvent quand même entrer pour dialoguer, pour essayer de militer pour ça ?

6:41
Fabien Roussel

Je vais vous dire, j'attends bien sûr de savoir ce que va dire M. Barnier. J'attends son discours de politique générale. J'attends ce qu'il va nous dire. Sinon, je n'irai pas le voir. Je suis un homme de dialogue. Nous sommes des gens de dialogue constructif, mais très combatif. Et surtout, il a 50 ans de vie politique, M. Barnier.

6:58
Présentateur

Ce n'est pas l'expérience.

6:59
Fabien Roussel

Et donc... Oui, mais ça veut dire aussi que nous le connaissons. Et je suis sans illusion. Il n'a jamais rien de fait pour les ouvriers. Il n'a jamais rien fait pour nos services publics. Il n'a jamais rien fait de social dans notre pays. Il a toujours été l'ardent défenseur de l'Europe libérale, de la concurrence libre et non faussée. Je vais même vous dire, la trahison que le peuple de France a subie en 2005 sur le référendum sur le traité constitutionnel européen, il a défendu le oui. Les Français ont voté non. Et il a été le co-auteur du traité de Lisbonne qui est le coup de poignard dans le dos que l'on nous a mis pour réintroduire ce traité que les Français avaient rejeté.

Alors, moi, quand je vois tout ça, quand je vois qu'il a été commissaire européen, qu'il a trahi le vote du peuple sur le référendum de 2005, qu'il a contribué à la délocalisation, désindustrialisation de notre pays où nous sommes un pays sans industrie aujourd'hui, permettez-moi d'avoir des doutes, tout simplement, sur le sens de sa politique.

7:51
Présentateur

Mais dites-moi, M. Roussel, avec tout ce que vous venez d'énumérer, combien il va tenir selon vous, M. Barnier ?

7:57
Fabien Roussel

Un mois, deux mois, chacun jugera. Mais encore une fois, c'est les députés du Rassemblement national qui aujourd'hui l'ont placé sous surveillance. Ce sont les porte-serviettes.

8:08
Présentateur

Ça veut dire que le RN ne peut pas faire tomber seul le gouvernement ? Est-ce qu'il sait que vous,

8:12
Fabien Roussel

vous voterez en tous les cas le nouveau Front populaire,

8:15
Présentateur

la motion de censure ? Est-ce qu'il n'y a pas une alliance de circonstances entre vous et le RN ?

8:18
Fabien Roussel

Une politique qui tourne le dos aux intérêts des travailleurs, une politique qui tourne le dos aux intérêts des Français et qui abîme nos services publics, nous la censurons, nous ne pouvons pas la cautionner.

8:28
Présentateur

Sur un autre sujet, c'est une information européen, Fabien Roussel, un appel à une intifada dans Paris a été lancé par un individu, je voudrais rappeler le parcours de cet individu, il s'appelle Elias Dimzalen, il est fondateur du site Islam & Info, il est fiché S, il va faire l'objet, pour le moins, d'un signalement au procureur de la République. Je voudrais qu'on regarde la séquence parce qu'elle est édifiante et on l'écoute pour nos auditeurs d'Europe 1.

8:50
Locuteur non identifié

Est-ce qu'on est prêts à mener l'intifada dans Paris, dans nos quartiers, pour leur montrer que la voie de la libération, vient de nous, qu'elle démarre de Paris, qu'elle passera par Marseille et bientôt Jérusalem sera libérée et Jérusalem deviendra la capitale de tous les révolutionnaires.

9:17
Présentateur

Bien, l'intifada en plein Paris, la guerre si on peut dire, Despierre, comment vous réagissez à de tels propos et on voit comment le public face à lui réagit.

9:25
Fabien Roussel

Moi, personnellement, je ne les partage pas du tout et le combat que l'on doit mener en France, à nos yeux, à notre niveau, c'est d'organiser les rassemblements pacifiques les plus larges possibles pour que la France reconnaisse l'Etat d'Israël, pour que la France exige une solution politique à deux Etats avec un pays avec un pays pour le peuple palestinien dans les frontières de 67 et Jérusalem-Est comme capitale aux côtés d'un Etat d'Israël.

9:56
Présentateur

Ce n'est pas ce qui est dit du tout dans ce genre de manifestation. Mais c'est bien la raison pour laquelle,

10:00
Fabien Roussel

mais c'est bien la raison pour laquelle je vous dis que nous, communistes français, nous ne partageons pas cette vision que cet homme défend, qui est une vision fondamentaliste, religieuse et nous, nous avons toujours défendu une Palestine libre, démocratique et laïque. C'est d'ailleurs le combat de l'OLP mené par Yasser Arafat et c'est pour ça que la France prend tellement de retard la diplomatie française à reconnaître l'Etat de Palestine puisqu'en tant que membre du Conseil de sécurité, si nous faisions ce choix-là, ce serait un appel clair en direction de beaucoup de diplomaties européennes.

10:39
Présentateur

Vous êtes clair ce matin. Vous condamnez ces propos. Est-ce que vous pensez que dans la sphère de gauche, des responsables comme M. Boyard, M. Delogu, M. Porte, Mme Assange sont aussi clairs que vous ?

10:50
Fabien Roussel

Vous leur poserez la question.

10:51
Présentateur

Vous avez une idée sans doute quand même. Ce sont des partenaires, même éloignés aujourd'hui.

10:55
Fabien Roussel

Mais vous leur poserez la question. Vous êtes plus proche d'eux que moi.

10:57
Présentateur

Vous avez entendu,

10:58
Fabien Roussel

vous avez entendu ma réponse. Et nous, nous sommes en tout cas, dans notre histoire, vous savez que je me suis rendu sur place, la première formation politique à nous être rendu après les attentats du 7 octobre, sur place pour rencontrer les Israéliens qui se battent pour une paix, pour la libération des otages, mais aussi pour rencontrer les autorités palestiniennes. Je vais rencontrer d'ailleurs des ministres de l'autorité palestinienne nouvellement nommée dans quelques jours pour parler de cette situation extrêmement grave qui se passe là-bas.

11:27
Présentateur

Il y a beaucoup d'émotions Fabien Roussel, et de colère également après la mort de l'agent municipal Lilian Dejean à Grenoble, froidement abattu en pleine rue alors qu'il intervenait pour empêcher l'auteur d'un accident de s'enfuir. Ce suspect, il est toujours recherché, mais on en connaît un peu plus sur son parcours, sur son pédigré. Il est multirécidiviste. Il est déjà connu de la justice pour des faits de vols et de trafic de stupéfiants. Est-ce que ce profil vous surprend ?

11:51
Fabien Roussel

Non, malheureusement. Mais c'est aussi pour ça que je voudrais partager l'émotion et la colère de la famille. J'ai appris que Lilian Dejean était un employé municipal avec une volonté, un engagement pour les services publics et pour sa population que tout le monde reconnaît. Il était engagé même syndicalement à la CGT. Il est mort parce qu'il a porté secours suite à un accident de voiture. Il a porté secours aux victimes et il a été pris sous le feu parce que dans notre pays, à Grenoble, et dans des grandes villes comme Grenoble, il y a beaucoup trop d'armes qui circulent. Et ces armes, elles sont liées au trafic de drogue qui se développe dans notre pays.

On a un véritable fléau aujourd'hui qui est les narcotrafiquants, le trafic de drogue, le trafic d'armes. Et c'est bien sûr insupportable, insupportable qu'un homme qui voue sa vie au service public puisse mourir comme ça, froidement abattu.

12:56
Présentateur

Il n'est pas victime d'une balle perdue, comme l'a dit le maire Éric Piolle. Ça vous a choqué, compte tenu de la colère et de l'émotion que j'ai aujourd'hui prégnant ?

13:03
Fabien Roussel

La justice devra faire la lumière pour savoir comment ça s'est passé.

13:08
Présentateur

Il a eu deux balles dans le thorax

13:10
Fabien Roussel

et puis il est mort. Apparemment, ce ne sont pas des balles perdues, mais les balles perdues, elles existent aussi.

13:15
Présentateur

Mais dans ce cas, quand vous entendez le maire d'une ville qui dit... Imaginons M. Roussel à la place de la famille de cette personne et le maire de la ville vous dit une balle perdue. Comment vous réagissez ?

13:26
Fabien Roussel

Je vais vous répondre autrement, vous m'en excuserez, mais j'ai reçu, et c'est une circonstance malheureuse, mais il y a encore une semaine, j'ai réuni cinq maires communistes, dont la maire d'Échirol, pour parler justement des moyens que nous avons pour lutter contre les narcotrafiques, les points de deal qui existent beaucoup trop dans notre pays. Ils sont aujourd'hui désœuvrés. Ces maires communistes, il y avait la maire de Vénissieux, la maire d'Échirol, le maire de Noisy-le-Saint, écoutez, ce sont des maires qui investissent beaucoup de moyens, qui ont une police municipale, qui est armée, ils ont mis des caméras de surveillance.

14:03
Présentateur

Ils sont pour les maires de Vénissieux. Vous êtes en train de faire le portrait robot inverse de M. Piolle.

14:08
Fabien Roussel

Mais pour autant, ils ont moins de policiers, moins de police judiciaire, moins d'enquêteurs, ils en ont énormément besoin, et ils nous disent tous quand est-ce que l'on va remettre du contrôle à nos frontières. Nos frontières sont des frontières passoires, elles laissent passer autant de drogue qui vient ou d'Amérique latine ou d'Afrique du Nord.

14:30
Présentateur

Fabien Roussel est pour le contrôle

14:32
Fabien Roussel

aux frontières aujourd'hui. Oui, parce qu'on n'arrivera pas à lutter contre ce fléau si on n'empêche pas qu'il en rentre autant dans notre pays.

14:39
Présentateur

Contrôle des armes, mais contrôle aussi de ceux qui les transportent, donc des individus. Tout à fait.

14:45
Fabien Roussel

Il faut s'attaquer aux narcotrafiquants, il faut s'attaquer au blanchiment de l'argent, et je dis à tous ceux qui consomment de la drogue que chaque ligne de coque aujourd'hui est tachée de sang et il faut que chacun l'ait en tête.

14:59
Présentateur

Et hommage évidemment à cet agent municipal, à sa famille, toutes nos pensées vont plus largement d'ailleurs à cette communauté. Je vous remercie Fabien Roussel, c'est votre grande interview ce matin. Excellente journée à vous.