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interviewLCP (sur YouTube)· 25 février 2023 13 min

Michèle Tabarot, députée LR des Alpes-Maritmes | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Mon invitée n'a pas connu l'Algérie française, car elle est née après son indépendance. L'engagement de son père dans l'OAS a dû déterminer beaucoup de choses dans sa vie, peut-être même son propre engagement en politique. Générique ... -Bonjour, Michèle Tabarot. -Bonjour. -L'engagement, chez vous, c'est une histoire de famille, avec votre père, Robert Tabarot, qui a mené un combat pour l'Algérie française, qui a pris une forme radicale, puisqu'il fut l'un des dirigeants de l'OAS, l'Organisation de l'armée secrète.

Est-ce que vous auriez fait de la politique, si votre père était resté le champion de boxe qu'il a été, puis le vendeur de pièces détachées de voitures ? -Probablement pas, car je pense que nous serions restés en Algérie s'il n'avait pas mené ce combat. Papa, qui était très attaché à la France, qui a souhaité protéger les pieds-noirs, les harkis, de tout ce qui se passait pendant cette guerre terrible, entre 1954 et 1962, a souhaité s'engager.

Il avait un amour pour la France... -C'est pour ça qu'il mena ce combat. -Absolument, qu'il a mené ce combat.

Et puis aussi au nom d'une certaine injustice, car lorsqu'en 1958, le général de Gaulle vous annonce que vous êtes en Algérie et que l'Algérie doit rester française, être obligé de partir 4 ans après... -Il s'est senti trahi ? -Comme les militaires.

Des hommes épatants, comme Hélie Denoix de Saint Marc, qui avait été résistant, à Buchenwald, ensuite en Indochine, n'a pas accepté, comme beaucoup de militaires, la raison du putsch. On connaît mal l'histoire, mais c'est une trahison. Surtout, il y avait des exactions, malheureusement, et il fallait protéger les pieds-noirs et les harkis.

Papa s'est beaucoup battu et nous a inculqué à la fois cet amour de la France, ce respect de la parole donnée, et puis aussi ce lien indéfectible entre les pieds-noirs, entre les harkis et entre l'Algérie. -Ce combat politique de votre père, votre famille en a payé le prix, car après l'indépendance, votre famille n'a pas pu revenir en France, parce que votre père y était condamné pour terrorisme. Vous vous êtes réfugiés en Espagne, à Alicante.

C'est là que vous êtes née, que vous avez grandi, loin de la France, pendant presque six ans. Quels rapports entretient-on avec son pays quand il y a un tel contentieux entre son pays et sa famille ? -C'était pas un contentieux avec la France, mais avec un pouvoir politique.

De Gaulle n'était pas particulièrement apprécié à la table, lorsque nous évoquions l'Algérie française... -Vous ne l'avez pas vécu comme une blessure avec la France ? -Bien sûr, comme une blessure, mais pas avec le pays.

La blessure, elle a été énorme, parce que quelque part, j'imagine que lorsque vous avez des enfants et que vous avez envie d'aller leur montrer l'endroit où vous avez vécu, tout ce qui fait leur histoire, avoir la possibilité de retourner dans son département, c'est merveilleux. Pour nous, c'était quelque chose d'interdit. Il a donc fallu recréer une vie ressemblant à la France en Espagne, créer l'école française, ce que mon père a fait avec les pieds-noirs installés là-bas, créer un journal pour pouvoir informer les pieds-noirs de ce qu'était la vie... -A 5 ans, vous avez été hospitalisée en France.

Votre père n'a pas pu vous accompagner et aller à votre chevet à l'hôpital. -Absolument. -Ca ne vous a pas fâché contre la France ? -Ecoutez, à ce moment-là, je le comprenais.

On a été mûrs très tôt, car on parlait librement de tout ça avec nos parents. Ma mère m'a accompagnée. J'ai eu cette hospitalisation pour un problème d'abcès au poumon, donc j'ai été soignée en France, et mon père...

Voilà, il était...

Loin de moi, mais il prenait des nouvelles régulièrement. Je le comprenais tout à fait et je n'ai pas souffert de cette absence, car je la comprenais quelque part, malgré mes 5 ans. -Tous les membres de l'OAS ont été graciés. -Amnistiés. -Votre famille est rentrée en France en s'installant au Canet, dans les Alpes-Maritimes.

Votre père fut une figure importante de la communauté pied-noir sur place. Vous-même, en 1983, je crois que vous avez à peine 20 ans, vous êtes élue adjointe au maire du Canet. Cinq ans plus tard, c'est votre petit frère qui est élu conseiller municipal à Cannes.

Encore plus jeune ! Lui, il a à peine 18 ans. Il est aujourd'hui sénateur. -C'est ça. -Ce double engagement en politique, est-ce que c'était un peu une façon de laver l'honneur de la famille, de venger votre père, de prendre une revanche ? -Bien entendu.

C'est en moi, c'est très fort et... et je comprends tellement, et... je partage... cette douleur qui est celle des pieds-noirs, d'abord d'avoir été trahis, ensuite d'avoir été accueillis dans des conditions assez difficiles, car, en métropole, on n'avait la vision que de ces militaires qui partaient, et l'Algérie, c'était pesant, il y a eu beaucoup de guerres...

Il n'y a pas eu la compassion que les pieds-noirs auraient pu attendre après ce drame, qui a touché plus d'un million de personnes, qui, après plusieurs années de guerre, se sont retrouvés un petit peu éclatés dans un pays qu'ils ne connaissaient pas, qui était leur mère patrie, la métropole, sans avoir jamais vécu en France. -Pour comprendre, vous vous engagez en politique pour quoi ? Votre père l'a dit ? -Non.

Mon père nous a laissés très vite. J'avais...

Premièrement, moi, j'étais favorable et un soutien de...

Valéry Giscard d'Estaing, en 1981, Je fais la campagne, mon père aussi. Il était actif en politique. -Là, on vous voit adjointe... -Voilà !

Exactement. Et...

Et donc, je m'engage pour la campagne 1981. Ensuite, je suis tellement déçue et affectée par la victoire de François Mitterrand que je décide de prendre ma carte au Parti Républicain, la droite non gaulliste de l'époque. -Ainsi, vous vous lancez. -On me propose de rentrer au conseil municipal du Cannet et je deviens adjoint au maire, puis maire. -L'histoire familiale est liée à l'Algérie.

Elle a resurgi à l'Assemblée, en 2005. Les députés débattaient de la suppression d'un article de loi qui évoquait le "rôle positif" de la colonisation. Vous avez pris la parole dans l'hémicycle.

C'était un peu "au nom de tous les vôtres". *-La France coloniale a permis d'éradiquer... a permis d'éradiquer *des épidémies, grâce aux traitements dispensés par les médecins militaires.

Les Français d'outre-mer ont permis la fertilisation de terres incultes et marécageuses, la réalisation d'infrastructures que les Algériens utilisent encore aujourd'hui. La France a posé les jalons de la modernité, en Algérie, en lui donnant le... les moyens d'exploiter les richesses naturelles de son sous-sol.

C'est ça, votre tolérance ? -On le voit, vos propos avaient déjà fait réagir une partie de l'hémicycle. Vous comprenez, aujourd'hui, que ça puisse choquer, de défendre le "rôle positif" de la colonisation ? -Je ne comprends pas, qu'on ne comprenne pas... -Vous restez... -Je reste... -...sur ce discours ?

Ce discours, vous pourriez... -Je le tiendrais aujourd'hui, oui.

Je...

Je suis hors de moi, lorsque je... relis et lorsque j'entends les propos d'Emmanuel Macron, en 2017, considérant la colonisation comme un crime contre l'humanité.

Autant je ne souhaite pas qu'on colonise qui que ce soit d'autre, aujourd'hui, autant il faut bien comprendre notre histoire : l'Algérie a connu la France pendant 130 ans. Les personnes qui étaient nées là-bas...

Mon père était là-bas depuis 3 générations, se levait avec le drapeau français, dans les écoles, la Marseillaise... -La colonisation a aussi blessé... -Je les entends...

Je les entends tout à fait. Mais ce que je veux dire...

Ce qui s'est passé en Algérie ne justifie pas qu'on... qu'on ait ce sentiment de culpabilité vis-à-vis de la France.

On voit, aujourd'hui, tout ça avec notre regard d'aujourd'hui, mais lorsque vous voyez... eh bien, tous les...

Beaucoup de pays ont eu des colonies, ont apporté des choses positives, des choses qui l'étaient moins. La France a quand même, en Algérie...

Et on le voit, malheureusement, l'Algérie, 60 ans après, est dans un contexte politique compliqué, elle vit avec une dictature qui n'a pas permis à ce peuple exceptionnel, avec lequel on a des liens de fraternité et d'amitié, de se développer comme il le fallait. Mais la France a laissé des hôpitaux, des routes...

Maman était infirmière. Elle a soigné des musulmans et des européens. Il n'y avait pas ce... ce problème qui...

Il a peut-être été réel chez certains, mais la grande majorité des pieds-noirs...

Albert Camus a dit quelque chose de très beau. Il a dit : "Ma famille..." Et Dieu sait qu'il était, dans les milieux universitaires et dans les milieux gauchistes qu'il pouvait fréquenter, parfois attaqué là-dessus, il l'a défendue à chaque fois, en disant que... que sa famille n'avait opprimé personne.

Il faut bien réaliser que la majorité des pieds-noirs se sont comportés en frères avec les Algériens, et c'est d'ailleurs la raison qui fait que les harkis ont été des combattants aux côtés des Français, parce que, eh bien, il y avait ce lien très fort entre les Français et les Arabes. -On va passer à autre chose : le quiz. Vous avez droit à une version spéciale pour ce quiz.

Vous avez passé plus de 20 ans à l'Assemblée. Vous êtes du genre à dire "C'était mieux avant" ? -C'était différent ! -Vous avez été députée-maire 15 ans : le cumul des mandats, c'était mieux avant ? -Oui.

Je suis pour le cumul des mandats. Je pense que ça nous donnait une grande liberté, au niveau du gouvernement, lorsqu'on est dans la majorité, et au niveau de l'opposition au gouvernement, et de notre parti. -Je pensais que vous diriez "ancrage territorial". -Ancrage, absolument.

Parce qu'ancrage territorial... -"Légitimité" ? -Une légitimité.

Lorsque vous êtes implanté quelque part, c'est pas le parti ou le gouvernement qui va vous dicter les choses. Vous jouez collectif, bien entendu, mais vous savez... et le gouvernement et le parti savent très bien, que vous êtes enraciné. -Vous siégez à l'Assemblée depuis 2002.

Vous avez connu majorité et opposition. Diriez-vous que la vie politique à l'Assemblée, c'était mieux avant ? -Pour moi, c'est différent.

J'ai vécu des périodes passionnantes avec la période où Jean-François Copé était président de groupe. On faisait de la coproduction législative : on avait les parlementaires qui étaient totalement impliqués et qui arrivaient à pousser les lignes du gouvernement. Ca a déjà été le cas pour un texte comme la burqa, où c'est vraiment le Parlement qui a porté ça et un peu obligé... -Ca, vous trouvez que ça fait défaut ? -C'est une excellente chose, aujourd'hui, depuis ce mandat.

On revit quelque chose de positif pour l'Assemblée : c'est d'avoir une opposition qui arrive à se faire entendre... -Grâce à la majorité relative. -Oui.

Par contre, ce qui me pose problème, aujourd'hui, c'est l'attitude de certains, qui sont dans l'invective, dans la provocation... -Dans le climat global de l'hémicycle. -Epouvantable. -Vous avez été la 1re présidente de la commission des Affaires culturelles, en 2009 : est-ce que la place des femmes, en politique, c'est pas mieux aujourd'hui ? -Oui, probablement.

Mais je l'ai jamais vécu comme un problème. -Il n'y avait que 12 % de femmes, lors de votre 1er mandat, et il y en a 3 fois plus aujourd'hui. Très peu, aussi, de femmes-mères, lorsque j'ai été élue maire, à 32 ans.

Mais je dois dire que je n'ai jamais souffert de ça, parce que j'ai... mes convictions, mon engagement, et je ne peux pas dire qu'en étant une femme, j'ai été brimée...

Mais je suis ravie... que les femmes accèdent aux fonctions politiques et professionnelles. -Pour finir : 40 ans d'engagement politique, le secret de votre longévité ? -Je pense que je continue à faire de la politique dans la proximité.

Voilà...

Je finis ma semaine à Paris, j'arrive rapidement au Cannet, dans ma circonscription, Je vais voir mes électeurs, je suis en contact permanent... -Ca vous fait durer. -Je pense, oui.

C'est ce qui me fait comprendre la France dans laquelle vit et essayer de la défendre. -Merci, Michèle Tabarot, de vous être confiée ici. -Merci.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...