Steevy Gustave, député "Écologiste et Social" | La politique et moi !
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il a été champion de hip-hop, producteur de concerts géants et chorégraphe de France Gall. Mais la politique a toujours été présente dans sa vie, d'une manière ou d'une autre. Mon invité siège aujourd'hui au sein du groupe écologiste à l'Assemblée.
Générique --- --- Bonjour Steevy Gustave. -Bonjour. -Je vous avoue que je ne m'attendais pas à avoir un jour dans La politique et moi un ancien champion de hip-hop.
Et pourtant c'est bien ça votre 1er engagement. C'était un engagement associatif à l'époque auprès de jeunes de votre ville à Brétigny-sur-Orge au début des années 90. *-C'est Steevy, un grand de Brétigny, qui les entraîne. *-Chaque jeune a une énergie en soi. *Et c'est maintenant qu'il faut la canaliser. *Et la transformer en énergie positive. *Pour qu'ils grandissent dans quelque chose de sain. *Et qu'ils voient autre chose que le béton, les cités, les problèmes des parents, les problèmes à l'école. *Nous faisons partie de la nouvelle association qui a pour but et qui a pour seule ambition de vous montrer le bon côté de notre mouvement en vous prouvant qu'on n'est pas une bande de délinquants. -Quand on entend l'ancien prof de hip-hop, on a l'impression que vous faisiez déjà de la politique, d'une certaine façon.
Vous chantiez, vous dansiez et faisiez de la politique. Là, on vous voit dans vos oeuvres. -C'est marrant de voir.
J'avais les cheveux courts. Oui, je pense que la politique a toujours été, en moi, au sens noble du terme, au coeur de la cité. J'avais cette association qui était Danse contre délinquance, où j'entraînais les gamins à danser plutôt que d'aller faire des bêtises.
Il y avait du soutien scolaire. Et c'était devenu, à Brétigny, une très grosse association. -Votre discours était structuré, vous aviez déjà une conscience politique à l'époque ? -Mon but était de montrer, par le biais de la danse, le chant, l'art, qu'on était capable de faire autre chose.
Et à cette époque, c'était Vaulx-en-Velin, c'était les cités qui brûlaient. Et moi, je voulais montrer, j'ai fait plein d'émissions de télé à l'époque, le côté positif de ces quartiers. -Cette passion pour le hip-hop, elle est née chez vous étant ado en regardant une émission, une émission qui est entrée dans l'histoire sur TF1, ça s'appelait "H-I-P, H-O-P", incarnée par Sidney.
Vous dites : "Cette émission m'a sauvé la vie." Que voulez-vous dire ? -En fait, dans les années 80, le hip-hop débarque en France, avec Sydney.
Et moi, je viens d'être rapatrié de Djibouti. Mon père est décédé en service commandé. -Il était dans l'armée française. -Dans l'armée française.
Ma mère, veuve à 36 ans. On est cinq frères et soeurs. Je me suis pris de passion pour cette danse et je pense que ça a sauvé ma vie.
J'avais une nouvelle famille. J'avais quelque chose qui me tenait. J'aurais pu... -Mal tourner, peut-être ? -Je pense, oui. -Et alors la politique, elle est venue vous percuter quelques années plus tard, sans que vous n'ayez rien demandé, en 1995, vous avez déposé plainte contre le maire de votre ville, Jean de Boishue, une plainte contre le livre qu'il venait de publier, alors qu'il venait d'être nommé secrétaire d'Etat dans le gouvernement d'Alain Juppé.
On va revoir un extrait du JT de TF1. *-Jean de Boishue, également secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, s'est lancé dans l'écriture et certaines de ses formules sont considérées par ces jeunes comme des injures raciales. *Stevy Gustave a reconnu l'histoire de son père dans ce roman. *Dans le chapitre, "Le F3 de l'oncle Tom", il a porté plainte. *-Le banlieusard avec sa casquette de travers, avec son jean large, il emmène un ministre, comme il le dit dans son bouquin, devant les tribunaux. *Il va me rendre justice, il va rendre justice à ma famille, il va rendre justice aux noirs, aux arabes, aux juifs cités dans son livre.
Il doit rendre des comptes à toute cette communauté. -Un jeune de banlieue qui fait un procès à un secrétaire d'Etat, pour injure raciale, on en a beaucoup parlé dans les médias à l'époque. Qu'est-ce que vous reprochiez exactement à Jean de Boishue ? -C'était le pot de terre contre le pot de fer.
En 1989, quand on fait le championnat d'Europe de hip-hop, j'avais besoin d'une salle plus grande. J'envoie un courrier au maire demandant une salle, il ne répond pas. Et donc, je trouve une émission : "C'est pas juste".
Et je dénonce le fait que le maire m'ignore alors que des jeunes qui se droguent, et moi, j'avais un côté très positif. Et il vient avec moi dans l'émission. Et j'ai ma salle.
Et en 1995, Jean de Boishue est nommé secrétaire d'Etat d'enseignement supérieur. C'est toujours bien, quand on est sous-ministre, d'écrire un bouquin sur la banlieue. Ce livre, "Banlieue, mon amour", est sorti.
Puis j'ai une voisine qui l'avait acheté et qui me dit : "Il y a des coïncidences avec ta vie et celle de Tom". Je lui dis : "Montre-moi-le", je lis. -Et c'était votre histoire, celle de votre famille ? -Son père est mort sous une frontière africaine, mon père est mort à Djibouti, sa mère seule et trop prise et avec une longue lignée, on est cinq enfants, "une balle a percé son nez épaté", mon père était noir, "mort en service commandé", "s'il n'avait pas eu l'idée de mettre une paire de chaussures", je crois que c'est ça, il ne serait jamais devenu soldat.
Donc il y a 31 coïncidence à peu près entre la vie de Tom et moi-même, et à la fin il dit : "Tom a cafeté, le maire n'aime pas la danse, il trouve un tribunal d'enfants, "C'est pas juste"." -Vous gagnez en 1ère instance, vous perdez en appel. Ca a été un moment important pour vous ? -On parlait de la mémoire de mon père.
J'avais 25 ans, on ne touche pas au père. -C'est votre passion pour le hip-hop qui vous a fait rencontrer France Gall, cette chanteuse française. On s'éloigne un peu de la politique mais quel a été votre rôle à ses côtés ? -Au départ, je suis embarqué dans...
Elle était marraine d'une association qui s'appelait Droits de Cité. Et on était une cinquantaine. Nous, on était déjà intermittents du spectacle.
Elle nous appelait les gosses beaux, les beaux gosses. On mettait des heures à se préparer. Et on a embarqué avec elle sur Bercy.
C'est après le décès de Michel Berger. Et même si ce n'était pas mon univers musical France Gall, les mélodies de Michel Berger sont magnifiques. On peut les réadapter.
Et donc, on était... -Vous dansiez pour elle sur scène, c'est ça ? -J'étais sur scène avec elle.
Puis son chorégraphe. -Son chorégraphe ? -Et après, on est passé de 50 à quatre et on l'a accompagnée sur beaucoup de spectacles.
Puis, on a eu de la chance de travailler avec les musiciens de Prince de Stevie Wonder pour le petit gars de banlieue que j'étais. C'était magnifique. Et puis, il y avait quand même ce côté politique puisque France Gall fait partie de cette team, si je peux me permettre, avec Michel Berger, avec Daniel Balavoine ou Coluche.
Des gens qui m'inspiraient politiquement et qui faisaient des choses humanitairement. -Votre carrière de danseur s'arrêté après une blessure du genou. Là, vous êtes devenu producteur de spectacles et de concerts, mais alors des concerts engagés contre le racisme, contre l'homophobie, de soutien aux migrants.
Là encore, la musique était une façon pour vous de faire de la politique ? -Dans tout mon parcours, l'art, c'est de la politique. C'est le seul moyen où on peut réunir plein de gens et les faire vibrer tous ensemble. -Vous avez été donc adjoint au maire de Brétigny en 2008.
Vous vous présentez aux législatives en 2012. Et en 2015, vous avez fait partie du cabinet de Christiane Taubira quand elle était garde des Sceaux. C'était quoi votre rôle exactement ? -J'étais chargé de mission auprès de la ministre.
Il y a mon fils. -Et vous. -Chargé de mission auprès de la ministre sur les personnes placées sous main de justice.
En fait, je développais la culture en détention. Et j'ai accepté cette mission en janvier... 2015...
Il y a eu Charlie Hebdo et j'étais ami avec Charb et Cabu et la légende du colibri. J'avais envie de faire ma part dans cette mission. J'ai connu après les attentats du Bataclan, les mêmes salles où je faisais mes concerts.
Voilà... -Le fil rouge de votre parcours, artistique et politique, c'est la lutte contre le racisme.
Mais alors, la lutte en mode SOS racisme, vous avez fait des concerts de soutien à SOS racisme...
Très années 80, j'ai envie de dire. Cette forme de lutte contre le racisme n'est-elle pas un peu dépassée aujourd'hui ? Elle est encore adaptée à la société française ? -Non, je pense qu'aujourd'hui, chacun lutte à l'aune de sa communauté.
Les musulmans vont parler d'islamophobie, les noirs de négrophobie, les juifs de lutte contre l'antisémitisme. Moi, je suis tout ça. Je revendique le lien avec SOS Racisme et c'est ce vivre ensemble qui m'intéresse. -C'est au nom de votre combat contre le racisme que vous vous êtes présenté aux législatives en 2024 et que vous avez été élu.
Mais alors, votre victoire, elle a été ternie par une remarque raciste le premier jour, votre premier jour à l'Assemblée. Remarque, prononcée par un député. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? -Les cinq premières minutes, vraiment.
C'était mon bizutage. J'étais en train de discuter avec des députés corses. Et on parlait de nos îles respectives, Martinique, Cap-Vert.
Et il y a un député qui arrive et qui me dit : "T'es député, toi ?" Et donc je dis : "Oui", je vous raconte ma vie, je suis un grand bavard. Et il me dit : "T'es député ?" Et donc là, on sent le malaise avec mes collègues corses.
Et il me dit : "Coupe-toi les cheveux." Vous n'avez jamais voulu donner le nom de ce député ? -Non, je me suis expliqué avec lui.
Et je ne voulais pas que ça fasse...
Mes amis corses se sont occupés de lui. -Ils rient. -Non, je n'avais pas envie que ce soit le début de mon mandat. -Votre coupe de cheveux, elle dit aussi à ceux qui ne se sentent pas forcément représentés à l'Assemblée : "Regardez, je suis comme vous et je suis député." C'est ce que vous appelez l'effet miroir qui a joué dans votre vie aussi avec l'émission "H-I-P, H-O-P" Est-ce que ce n'est pas difficile aussi à assumer ?
Ca ne vous met pas une pression particulière ? -Vous avez vu la tête que j'avais avec les cheveux courts, toutes les coupes que j'ai eues. En fait, en 1999, quand j'arrête la danse à cause de mon genou, je suis à Châteauvallon, je fais un salto et je ne tombe pas, mais je sens une douleur.
Et il y a le décès de la fille de France quelques temps avant. Et en fait, je décide d'arrêter la danse. Je suis encore jeune, j'ai 29 ans.
Et donc, je suis au Sénégal avec elle, sur la photo où j'ai l'afro, et je suis pendant une semaine là-bas, et des rastas africains, les Baye Fall, me mettent plein de produits. Allez, je vais jouer mon Robinson Crusoe, enfin, plutôt Vendredi qu'au Robinson. Et donc, mes cheveux s'emmêlent, et mes locks signifient la fin de ma carrière de danseur.
Donc, je ne l'ai jamais vu comme un truc que je devais mettre en avant. Ca fait partie de ma personnalité. Aujourd'hui, c'est presque un totem, les gens me reconnaissent.
Encore tout à l'heure, dans le RER, on me reconnait avec ce look. Oui, c'est cet effet miroir où je ressemble à tout le monde. Et d'ailleurs, je suis monsieur Tout le monde. -Ca vous met une pression particulière par rapport à tous ceux qui ne se sentaient pas représentés jusqu'à présent à l'Assemblée et qui vous voient, vous dans votre mandat de député, comment vous vivez ça ? -Bonne question.
Je le prends...
Vous savez, c'est triste. Moi, je suis métisse. Je choisirais pas entre mon père et ma mère.
Je suis métisse de métisses. J'ai vraiment plein d'origines différentes. Je me bats vraiment contre toutes les formes de racisme et autres.
Mais avant, quand je voyais quelqu'un issu de la diversité à la télé, je le regardais avec passion et en même temps, presque en lui disant : "S'il te plaît, sois bon." Parce que si t'es mauvais, tu fermes la porte pour quelques années encore. Donc j'essaye, en toute modestie... -D'être bon. -Je fais partie des députés les plus présents à l'Assemblée, j'essaye de faire mon travail et d'essayer de le faire bien. -On va conclure l'émission avec notre petit quiz habituel.
Vous allez devoir compléter les phrases que je vais vous proposer. Si j'étais devenu ninja... c'était votre rêve, je crois ? -Vous êtes très fort.
Oui, avant de faire de la danse, mon grand frère faisait du karaté. Et je faisais du karaté, j'étais fou de nunchaku et fou de Bruce Lee. Donc c'est pour ça que j'ai fait beaucoup d'acrobaties. -Le plus grand fan de hip-hop à l'Assemblée ?
En dehors de vous. Parmi les députés ? -Karl Olive. -Karl Olive, ah oui, je ne savais pas. -Karl Olive, parce qu'il faisait partie, il le cache bien, mais il faisait partie des groupes dans le 78.
Voilà, je t'ai balancé, Karl. -Enfin, si je suis élu maire de Brétigny un jour ? Ca reste votre rêve ou pas ? -Oui, pendant très longtemps, c'était le Saint-Graal, presque une mission.
Petit, les gens m'appelaient Monsieur le Maire. Je suis devenu député, je suis très fier. Mes petites filles diront : "Mon grand-père était député." Peut-être que ça peut s'arrêter là et je reprendrai la production. -Merci Steevy Gustave d'être venu dans La Politique et moi. -Sur le ninja, vous êtes très fort.
Générique de fin
Steevy Gustave