Manon Aubry, tête de liste LFI pour les européennes : "Notre difficulté, c'est la mobilisation"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 40 %Défensif 15 %
Questions et réponses
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- 0:56OuverteRéponse directe
Quelle voix portez-vous comme tête de liste LFI pour les européennes ?
- 2:28OuverteRéponse partielle
Reconnaissez-vous une convergence avec Emmanuel Macron sur l'Europe ?
- 2:48RelanceÉludée
Est-ce que vous y croyez, à la révision des traités par Macron ?
- 4:28FerméeRéponse directe
Vous n'y croyez pas à la révision des traités ?
- 5:16OuverteRéponse partielle
Le gouvernement fait-il du obris sur la taxe GAFA ?
- 6:51RelanceRéponse partielle
La France y va seule, est-ce une faiblesse ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:19Invité politiqueFait
« On ne peut pas respecter la règle de 3% des déficits et investir massivement dans la transition écologique. »
- 3:02Invité politiqueFait
« Est-ce que l'Europe protège quand elle ne cesse de signer des accords de libre-échange à tour de bras ? »
- 3:06Invité politiqueFait
« Est-ce que l'Europe protège quand elle autorise le glyphosate ? »
- 3:12Invité politiqueFait
« Est-ce que l'Europe protège les droits humains quand elle ne cesse de rejeter à la mer les exilés qui arrivent sur le sol européen et plus de 2000 morts en Méditerranée ? »
- 7:19Invité politiqueFait
« On est plus fort à plus nombreux. »
- 9:16Invité politiqueFait
« Notre difficulté, c'est celle de la mobilisation. »
- 9:36Invité politiqueFait
« Voter le 26 mai pour les élections européennes, c'est utile et efficace. »
- 17:16Invité politiqueChiffre
« Les 10% les plus riches sont responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre. »
Temps de parole
- Manon Aubry69 %
- Présentateur21 %
- Invité6 %
- Auditeur3 %
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Et avec Alexandra Ben Saïd, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, la tête de liste, la France insoumise pour les élections européennes de mai prochain. Vous avez la parole, amis auditeurs, dans une dizaine de minutes, 01-45-24-7000, les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Liberté, protection, progrès, c'est la ligne définie hier par le Président de la République pour la campagne des européennes, une élection qui doit marquer la renaissance de l'Europe. Le verbe protéger, vous avez dû le constater, est cité une trentaine de fois.
Le nationalisme est clairement désigné comme l'adversaire non seulement de cette campagne 2019, mais plus profondément de l'Union européenne. Se met en place le face-à-face LREM, Rassemblement national, les deux seuls partis qui, à ce stade, dans les enquêtes d'opinion, sont crédités de 20% d'intention de vote ou un petit peu plus. Entre ces deux blocs, et pour commencer, dites-nous quelle voix vous allez porter, vous comme tête de liste LFI, comment vous définissez la singularité de votre programme ?
Déjà, sortir de cette espèce de duel, que j'appellerais plutôt un duo, qu'on nous présente entre la République en marche d'un côté et le Rassemblement national de l'autre. Alors vous ? Alors nous, pour sortir de ce duel, c'est l'Europe qui protège avec nos mots à nous. Dire que la construction européenne telle qu'elle est faite aujourd'hui n'est pas inscrite dans le marbre. Que l'on peut sortir des traités européens tels qu'ils sont construits actuellement pour reconstruire l'Europe sur une base écologique, sur une base solidaire, sur une base populaire.
Parce qu'on se souvient tous, et moi je fais partie de cette génération, c'est mon premier engagement politique, du vote sur le traité constitutionnel européen en 2005, d'un non à plus de 55%. Et le désaveu des peuples européens, il s'est aussi construit sur ce rejet et sur ce reniement du vote populaire. Donc nous, nous voulons porter une alternative pour faire de la transition écologique, un véritable objectif par exemple. Et ça, c'est aussi assumer de remettre en cause certaines règles européennes, comme la règle des déficits, parce qu'investir dans la transition écologique, ça nécessite plus de 170 milliards d'euros par an.
Et donc oui, il faut l'assumer, il faut être honnête avec les gens et dire on ne peut pas respecter la règle de 3% des déficits et investir massivement dans la transition écologique.
Et donc Manon Aubry, quand on vous écoute, vous avez énormément de points de convergence avec Emmanuel Macron qui a publié sa lettre et qui lui aussi veut une autre Europe finalement. Il y a tout un volet social dans cette lettre, un volet environnemental, un volet même sur la politique commune de l'asile. Cette convergence, est-ce que vous la reconnaissez ? Est-ce que même vous vous en réjouissez ? Il y a le constat quand même d'une Europe qui doit changer.
Je crois qu'il y a une certaine duplicité dans la parole et l'action surtout d'Emmanuel Macron. Est-ce que l'Europe protège quand elle ne cesse de signer des accords de libre-échange à tour de bras et organise un grand déménagement du monde de produits qui viennent de l'autre bout de la planète ? Est-ce que l'Europe protège quand elle autorise le glyphosate ? Est-ce que l'Europe protège les droits humains quand elle ne cesse de rejeter à la mer les exilés qui arrivent sur le sol européen et plus de 2000 morts en Méditerranée ? Est-ce que l'Europe protège quand elle met en concurrence les services publics et elle demande des coupes massives dans l'investissement dans les services publics ?
Je pourrais continuer la liste de manière... Et lorsqu'il dit réviser les traités, je n'ai pas de table. Est-ce que vous y croyez ? Mais Emmanuel Macron n'est-il pas président de la France depuis deux ans ? S'il voulait réviser les traités... Oui mais les élections européennes c'est maintenant. Non mais réviser les traités ça se fait avant tout et là aussi il ne faut pas mentir auprès des gens. Nous nous portons cet horizon européen mais réviser les traités ça se fait avant tout à l'initiative des exécutifs nationaux et c'est à Emmanuel Macron de demander une révision des traités. Est-ce qu'il l'a fait ces deux dernières années ?
Non, il semble découvrir que les traités sont problématiques, que oui les traités sont un frein pour investir massivement dans la transition écologique, sont un frein pour lutter contre l'évasion fiscale, sont un frein pour défendre nos services publics et il fait tout l'inverse. Il est premier à appliquer avec une certaine forme de zèle les règles par exemple de mise en concurrence de nos services publics, la directive sur le rail. Donc je pense qu'il ne faut pas être dupe face à ces beaux mots d'Emmanuel Macron.
Vous n'y croyez pas ?
Mais on a vu la pratique, on a vu la pratique. Je vais vous donner un exemple très concret sur un sujet sur lequel j'ai travaillé dans le secteur associatif pour Oxfam jusqu'à présent. Notamment, on l'entend aujourd'hui, peut-être en parler après, sur la taxe GAFA, grande sortie du gouvernement pour lutter contre l'évasion fiscale. Et ça n'est pas bien, on peut même parler de la taxe GAFA ? Les solutions, on les connaît pour lutter contre l'évasion fiscale. On les connaît les paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, ils sont au cœur de l'Union Européenne. C'est l'Irlande, c'est le Luxembourg, ce sont les Pays-Bas. Il y avait une loi sur la fraude fiscale il y a quelques mois.
Est-ce que le gouvernement, c'est une proposition que nous portions dans le secteur associatif, est-ce que le gouvernement a fait une liste de paradis fiscaux qui liste ces pays ? Non. Est-ce que l'Union Européenne a listé ces pays ? Non. Donc il faut mettre aussi les pouvoirs politiques face à cette contradiction.
Est-ce que le gouvernement, sur le cas de cette taxe, ne fait pas du obris sans le dire ? L'accord européen sur une taxe GAFA ayant été impossible, la France a repris sa liberté et il va toute seule. Alors c'est peut-être timide, c'est peut-être imparfait, c'est peut-être pas ce qu'il fallait faire, mais là c'est un exemple pur et concret de ce que vous venez de dire. Quand il n'est pas possible d'y aller suite aux règles complexes de la majorité ou de l'unanimité en Europe, la France y va seule. C'est exactement ce que vous venez de dire.
Alors en termes de construction européenne, le fait de faire tout seul, oui bien sûr quand c'est impossible au niveau européen, c'est ce que nous disons, nous devons le faire tout seul. Par contre, il faut analyser le fond de la proposition de cette taxe GAFA. C'est un pansement sur une jambe de bois. C'est un pansement sur une jambe de bois parce que ça va rapporter 500 millions d'euros pour une trentaine d'entreprises. Si vous faites le calcul, ça fait un peu plus de 15 millions par entreprise. On parle de grandes entreprises multinationales, pour donner ne serait-ce que Google. Google faisait face à un redressement de plus d'un milliard d'euros sur quelques années.
On se souvient aussi d'Apple, 13 milliards d'euros de redressement en Irlande. Et moi, ce qui m'inquiète en fait avec cette taxe GAFA, c'est qu'on refuse de s'attaquer au cœur du problème. Donc on essaie de mettre un pansement et quelque part, on va dire aux grandes entreprises du numérique, allez-y, continuez vos schémas d'optimisation fiscale. On vous récupère quelques millions comme ça, comme on peut, mais sans s'attaquer au cœur du problème. Et quelque part, on valide à moindre coût ces schémas d'optimisation fiscale. C'est ce qui m'inquiète.
Est-ce que ça ne montre pas, disons, la fragilité de votre démarche ? Dès lors que le consensus est impossible, à échelle européenne ou à échelle mondiale, les pays y vont seuls. Et ils y vont seuls avec leurs petits bras. Et du coup, peut-être qu'ils ne peuvent pas prendre en charge l'immensité du problème, là on parle des GAFA, de la levée de l'impôt sur ces nouvelles entreprises-là. Donc dire, on va y aller seul, on va y aller seul, si on ne parvient pas à réformer l'Europe, est-ce que ce n'est pas se mettre, au fond, dans un coin de solitude et de faiblesse ?
Au contraire, ça montre que c'est possible. Et moi, je vais vous poser une question. Vous comprenez ce que je vous demande. C'est possible, mais efficace. Est-ce qu'on n'est pas plus fort à plus nombreux ? Bien sûr qu'on est plus fort à plus nombreux. Et nous, nous avons une vision profondément internationaliste. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qui empêcherait à la France de lister le Luxembourg, l'Irlande, les Pays-Bas comme Paradis Fisco ou les îles Calment ? Qu'est-ce qui empêcherait à la France d'imposer la transparence sur les grandes entreprises multinationales ?
Puisque vous, en tant que journaliste, nous, Société Civile et l'ensemble des citoyens, on ne sait toujours pas quelle est l'activité économique réelle de Google et d'Amazon. Et c'est là aussi un échec actuel de l'Union Européenne. Moi, je travaillais pendant des années sur ces sujets. Et je vais vous dire, en venant du secteur associatif, il y a une forme de frustration. Parce que les solutions, on les connaît. Sur la lutte contre l'évasion fiscale, les solutions, on les connaît. Une liste de paradis fiscaux. Changer les règles de définition de l'impôt sur les sociétés. Dans la lutte contre le changement climatique, les solutions, on les connaît.
Investir massivement dans les énergies renouvelables. Les solutions sont à portée de main. Et qu'est-ce qu'on attend ?
Donc vous êtes passé des associations justement à la politique pour avoir plus d'efficacité. Et là, par exemple, sur les intentions de vote, la France Insoumise est créditée de 8%. On est dans le même étiage que les écologistes. Alors chez vous, il y en a certains qui disent que c'est de l'enfumage ce chiffre. Jean-Luc Mélenchon lui dit que c'est un aiguillon pour la campagne. Vous, Manon Aubry, qu'en pensez-vous de ce 8% ?
Je pense qu'il faut prendre les sondages avec des pincettes. D'abord parce que nous sommes à trois mois du scrutin. Aussi parce que, pour être honnête, depuis que je suis tête de liste, depuis début décembre, on m'a posé très peu de questions sur notre programme et notre projet européen. Je m'en félicite, c'est au moins le mérite de la tribune de cette semaine, c'est qu'on commence à parler d'Europe. Et je vous remercie pour les questions à ce sujet. Et puis aussi, je pense qu'il y a une difficulté à laquelle on fait face, pour être honnête et transparente avec vous. Notre difficulté, c'est celle de la mobilisation. Notre difficulté, c'est celle de lutter contre l'abstention.
Donc moi, je veux dire à toutes celles...
La mobilisation des Français ?
La mobilisation des Français, puisque dans les intentions de vote, on entend aussi que le taux de participation est très faible en taux de 50%. Donc moi, je veux dire à toutes celles et tous ceux qui nous écoutent, que voter le 26 mai pour les élections européennes, c'est utile et efficace. C'est utile et efficace déjà parce que c'est un vote à un seul tour, il faut le rappeler aux Français. Et puis c'est utile et efficace, d'une part, pour sanctionner la politique actuelle menée par Emmanuel Macron.
Par exemple, on a entendu que la réforme des retraites a été repoussée juste après les élections, comme par hasard, une réforme des retraites qui, pour ma génération, devrait conduire à des retraites encore plus faibles, alors qu'elles sont déjà très faibles en France. Et puis, il y a aussi, je pense, il faut le dire aux Français, qu'élire des parlementaires européens, c'est aussi utile et que nous nous battrons la France insoumise partout où cela est possible. Je vous donne un seul exemple, la libéralisation du rail. Vous savez à combien de voix s'est jouée la libéralisation du rail au Parlement européen ? 24 voix, 24 députés.
Eh bien, nous nous engageons à défendre nos services publics et à voter contre toute mise en concurrence de nos services publics. Voilà à quoi servent des parlementaires de la France insoumise qui, la plupart, ont fait leur preuve sur le terrain. Moi, dans mon cas, en ayant travaillé sur les questions d'évasion fiscale, je peux vous dire qu'une fois au Parlement européen, je ne lâcherai rien.
Vous dites qu'il y a des difficultés objectives, la participation qui est toujours faible dans l'élection européenne et qui pourrait peut-être l'être encore plus. Politiquement, vous voyez quel type de difficultés ? Parce que la faible participation, elle est la même pour tout le monde. C'est une toise, si vous voulez. Et vous, politiquement, dans le fait que vous ne parveniez pas à emporter l'adhésion de plus de gens, en tout cas dans les intentions de vote ?
Si on regarde quand même dans le détail sur la participation, les électeurs proches de la France insoumise, le taux de participation est quand même attendu beaucoup plus faible par rapport notamment à la droite. Donc, c'est aussi un appel que je veux leur lancer aujourd'hui pour leur rappeler l'efficacité quand même de ce vote. Ensuite, parmi les difficultés politiques que nous avons, moi j'ai une difficulté personnelle qui, j'espère, sera levée dans les prochaines semaines et les prochains mois, c'est de parler sur le programme de nos propositions.
J'ai conscience qu'à ce stade, la France insoumise est le seul parti, je crois, à avoir un programme qui est en ligne, qui est disponible depuis deux mois. Et nous voulons confronter nos visions de l'Europe. Nous voulons avoir un débat idée contre idée, projet contre projet.
Il risque de se faire tardivement ce débat.
Et je le regrette. Parce que je pense que, je vais être honnête avec vous aussi, je pense que c'est une de mes grandes frustrations venant du secteur associatif de voir que souvent la politique se résume à un débat de petites phrases ou à un débat à commenter des faits divers ou à passer une semaine entière à justifier qu'on n'est pas antisémite. Là, on pourrait parler de notre projet politique ou même notre projet politique en réponse aux mobilisations sociales. Et après, que les citoyens votent sur la base de propositions qui s'opposent. Moi, c'est l'espoir un peu naïf que je caresse, mais je pense qu'il faut redonner un peu d'espoir aussi à la politique.
On va donner la parole aux citoyens auditeurs de France Inter. On a encore énormément de questions à vous poser, Manon Ouvry. J'ai le plaisir d'accueillir Marie-Christine. Bonjour, bienvenue.
Oui, bonjour, merci de m'écouter. Je voulais poser une question parce que mon cœur de gauche saigne. Je demande qu'est-ce qui empêche la France Insoumise de rejoindre certains mouvements ou partis de gauche ? Alors, pas sur toutes les problématiques, mais sur des questions essentielles comme la transition écologique, comme la fiscalité, comme la défense des services publics. De la même façon que l'avait fait la gauche pour gagner en 1981, pour que la gauche gagne aux Européennes. Tout le monde y va en ordre dispersé. Et malheureusement, je pense que ça va laisser un grand, grand, grand, grand boulevard aux idées que je ne partage pas.
Merci Marie-Christine. Manon Ouvry, vos réponses sur ce point.
Je salue votre cœur de gauche. Moi, je voulais vous dire deux choses. D'abord, la première chose, c'est que pour moi, si l'on veut continuer à faire croire en la politique, il ne faut pas d'accord de façade. Je pense qu'on s'accorderait là-dessus. Et qu'il n'y aurait aucun sens à avoir sur une même liste des gens qui ne sont pas d'accord entre eux. Et aujourd'hui, malheureusement, mais je ne désespère pas te convaincre, on a un point de rupture à gauche qui est notre vision de la construction européenne et notamment la remise en cause des traités européens, qui, à notre sens, aujourd'hui sont des freins, un certain nombre de règles, pas toutes, mais les règles européennes sont des freins.
Par exemple, pour investir massivement dans la transition écologique, je vous l'ai dit, si on investissait ces 177 milliards d'euros nécessaires à la transition écologique, on ne respecterait pas la règle des 3%.
Mais là, la question de Marie-Christine est unissez-vous au fond ce qui vous sépare tous à gauche et plus petit que...
Moi, je vais vous répondre là-dessus parce qu'on essaie de s'unir le plus largement possible. Prenez notre liste. C'est déjà une liste d'union dans une certaine mesure. Vous avez quelqu'un comme Emmanuel Morel qui vient du Parti Socialiste. Vous avez Sergio Coronado qui est encore adhérent aujourd'hui à Europe Écologie Les Verts. Vous avez des gens comme moi qui n'ont jamais fait de politique avant. Nous avons essayé de faire le rassemblement le plus large possible mais sur un projet clair et cohérent.
Et malheureusement, et je le regrette, quand j'entends par exemple Les Verts dire que l'écologie est compatible avec l'économie de marché, moi je pense que nous avons un désaccord et on ne peut pas laisser aux mains du marché la gestion de la transition écologique.
Elle est incompatible, l'écologie et le marché, l'écologie, c'est incompatible.
On a vu les résultats ces dernières années.
C'est Jean-Luc Mélenchon, on le disait dans le journal de 8 heures, qui accuse Yannick Jadot de vouloir s'allier avec la droite et les libéraux européens. Yannick Jadot a démenti. Vraiment ? Europe Écologie Les Verts, c'est un allié objectif de la droite européenne.
Regardez les déclarations de Yannick Jadot, il y a au moins une ambiguïté sur le sujet. Et il semble que Europe Écologie Les Verts reviennent, et je le regrette personnellement, mais reviennent dans une certaine mesure à une écologie des petits pas, une écologie qui serait compatible avec le marché finalement. Et moi je pense qu'on ne peut pas laisser l'écologie au-dessus du marché, ou le climat au-dessus des profits. Et puis je regrette aussi personnellement, et je sais que ça ne représente pas l'ensemble de la famille des Verts, mais je veux aussi les interpeller, la réaction qu'a pu avoir Europe Écologie Les Verts sur le mouvement des Gilets jaunes.
Finalement, on sent qu'il y a eu une incompréhension, qu'ils ont appelé assez rapidement à ce que le mouvement social...
Et ça c'est rédhibitoire pour vous, on ne se met pas autour d'une table pour parler.
Non mais je pense que ça dénote de la vision de l'écologie. Nous, nous prenons une écologie populaire. L'écologie, elle ne peut pas se faire contre les classes populaires, contre les classes les plus pauvres. Et la fin du mois et la fin du monde ont les mêmes responsables, et c'est le même combat. Mais on peut s'accorder peut-être là-dessus.
Il y a une initiative, Manon Aubry, c'est la coalition de syndicats, d'associations d'ONG, Laurent Berger de la CFDT et Nicolas Hulot, ont formulé 66 propositions pour lier la transition écologique et sociale. Certains y voient une sorte de programme politique, pour ceux qui voudraient s'en saisir, est-ce que LFI va soutenir cette plateforme ?
Je pense qu'il y a des propositions intéressantes dans cette plateforme, justement qui met au cœur la transition écologique et la lutte contre les inégalités, qui sont les deux faces d'une même pièce. Et moi j'ai cessé, dans mon engagement associatif, de mettre cela en avant. Donc je pense que le constat est le bon, qu'il y a des bonnes propositions, et que nous pouvons en effet nous rejoindre là-dessus. Ça prouve aussi la richesse, aujourd'hui, du mouvement associatif qui élabore des propositions qui enrichissent le débat politique.
Et puis c'est l'occasion de rappeler que, littéralement, je vous l'avais dit, lutter contre les inégalités, c'est le même combat que lutter contre le changement climatique. On sait par exemple que les 10% les plus riches sont responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Donc lutter contre le changement climatique, ce n'est pas aller prendre dans la poche des plus pauvres, qui, même si vous augmentez la taxe carbone, vont quand même prendre leur voiture pour aller travailler s'ils n'ont pas d'alternative.
C'est s'attaquer aux plus gros polluaires, c'est s'attaquer aux grandes entreprises multinationales qui polluent notamment, mais c'est aussi se donner les moyens d'un peu d'espoir, de financer la transition énergétique. On aurait les moyens, on peut s'en donner les moyens. Et c'est ce que je vous disais tout à l'heure, moi je ressens parfois une forme de frustration, parce que les solutions, on les connaît. On les connaît, et je pense qu'elles suscitent une liaison de plus en plus forte.
Hulot est, d'après vous, comme Jadot, tenant d'une écologie de marché qui est objectivement proche de la droite et des libéraux européens ?
Je ne pense pas qu'on puisse dire ça de Nicolas Hulot. Je pense que Nicolas Hulot a voulu, a lui-même pu faire face à la contradiction entre la politique économique actuelle menée par le gouvernement et ses ambitions pour la transition écologique. Moi, je n'avais aucune illusion sur le sujet. Il l'a tenté, il a vu que c'était impossible. Après, il a eu des mots très forts au moment de sa démission pour dire que l'économie de marché ne serait pas compatible avec la lutte contre le changement climatique.
Oui, il faut être réformé profondément. Exactement. Et c'est ce que montre le texte hier. Michael, bonjour, vous nous appelez du Havre. Oui, bonjour. Vous êtes là ?
Bonjour, Manon Aubry. Oui, je suis là.
On vous écoute.
Étant donné que vous n'avez jamais été député européen auparavant, est-ce que vous êtes sûr d'avoir suffisamment d'expérience pour mener une liste aux élections européennes ?
Merci, Michael, pour cette question. Manon Aubry va vous répondre.
Bonjour, Michael. Je pense que la politique n'est pas réservée à des professionnels. On se plaint souvent d'avoir toujours les mêmes têtes. On se plaint souvent d'avoir toujours le même discours politique. Et là, vous avez l'occasion d'un véritable renouvellement où je ne vais pas vous mentir, je n'ai jamais fait de politique avant, ni même assisté à un meeting politique. Par contre, je pense que la politique ne doit pas être seulement réservée à des gens qui en font depuis 15 ans, 20 ans. Il y a une richesse dans le milieu associatif qu'on peut porter dans le débat politique.
Et puis, vous savez, en ayant bossé sur notamment les questions d'évasion fiscale, vous pouvez avoir l'assurance qu'au moment au Parlement européen, où on discutera, par exemple, de la transparence sur les entreprises multinationales, je ne céderai pas au lobby. Parce que je les ai vus faire pendant des années. Pendant des années, j'ai défendu un certain nombre de dispositions pour lutter contre l'évasion fiscale. Et puis, j'en ai vu capoter un grand nombre d'entre elles. Donc, je pense que c'est aussi la force de notre liste de la France insoumise.
Vous avez aussi quelqu'un comme, je ne sais pas, Anne-Sophie Pelletier qui est sur notre liste, troisième femme, qui est aide-soignante en EHPAD, qui a mené une grève de plus de 100 jours, et qui défend notamment un service public de soins aux personnes âgées. C'est ça la force, je pense, aussi, de notre liste qui est portée aujourd'hui.
Manon Aubry, le grand débat politique, il est aussi en train de se passer en ce moment. Il a été très durement critiqué par la France insoumise. Un bite total, a dit Jean-Luc Mélenchon. Bon, maintenant, on a plus d'un million de contributions, 8 715 réunions publiques. Est-ce que vous ne vous dites pas que quand même vous avez peut-être un peu raté le coche, un peu sous-estimé ce désir de s'exprimer des Français ? Si je peux me permettre, un million de contributions,
ce n'est pas tout à fait vrai. En réalité, il y a 175 000 personnes qui ont contribué. 175 000 personnes, ce n'est même pas la moitié du nombre d'adhérents en marche. Et qui font plusieurs contributions. Et qui font plusieurs contributions. C'est comme ça qu'on arrive au chiffre d'un million. Moi, je pense que le débat, évidemment que nous sommes favorables au débat. Mais il ne faut pas que les dés soient pipés d'avance. Et quand on regarde dans le détail les questions qui sont posées dans le cadre de ce débat, vous n'avez aucune question, notamment qui porte sur le partage des richesses.
Aucune question qui demande ou qui viserait à s'interroger sur la contribution des plus riches et l'augmentation des impôts des plus riches. Mais les contributeurs ne s'en tiennent pas aux questions posées par l'exécutif. Alors, de poser la question soit à des maires qui ont organisé ces débats ou même si vous, vous voulez remplir ce formulaire. Si vous êtes en faveur du rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune ? Où est-ce que vous allez remplir dans le formulaire ?
Et ce que nous disent précisément les maires et ceux qui ont participé au débat, les reportages qu'on a pu entendre, c'est que, comme vient de le dire Alexandra, les citoyens font ce qu'ils veulent et parlent de ce qu'ils veulent.
Mais il y a une responsabilité majeure pour nous en tant qu'acteurs politiques. Si nous soutenons ce débat, il faut que le débat puisse déboucher sur des propositions politiques qui répondent aux attentes des citoyens. Et Edouard Philippe, on n'a parlé pas plus tard qu'hier, a prévenu d'un risque de déception des citoyens par rapport aux revendications qui ont été élaborées dans le cadre des grands débats organisés partout en France. Et d'ailleurs, le gouvernement a été très clair qu'à un moment, ils ont ouvert la porte pour le rétablissement, par exemple, de l'impôt de solidarité sur la fortune.
Une dernière question, Manon Aubry, elle concerne l'un des vôtres, le député La France Insoumise de Giron, de Loïc Prudhomme, qui a accusé ce samedi la police de l'avoir matraqué. Hier, c'était en marge d'une manifestation de gilets jaunes. Hier, Christophe Castaner s'est réjoui qu'une enquête soit en cours qui va permettre de faire la lumière. Il a ajouté également que ça n'était pas la place d'un député que de se trouver dans une manifestation non autorisée et de gêner le travail des forces de l'ordre. Que répondez-vous au ministre de l'Intérieur ?
Je lui réponds que est-ce que vous trouvez normal qu'une personne qui manifeste, qui plus est un député de la République, reçoive un coup de matraque ? Et j'ai envie d'élargir la question de manière plus large. Est-ce que vous trouvez ça normal que ce mouvement social ait fait plus de 2000 blessés à cause de violences policières et que le ministre de l'Intérieur n'est pas un seul mot de compassion à l'égard de Loïc Prudhomme, à l'égard des blessés de ce mouvement social qui ont perdu une main, qui ont perdu un oeil et qui vont porter les séquelles toute leur vie durant de cette mobilisation ? Et donc, pour vous,
le député était à sa place ? Il était bien sûr à sa place. Dans cette manifestation ? Vous savez,
il n'y a pas que la France insoumise qui s'inquiète du contexte actuel et de la répression policière. Tout le monde est vent debout. Amnesty International, le défenseur des droits de l'homme, même l'ONU et le Conseil de l'Europe dénoncent une répression policière outre mesure. Donc je pense qu'il faut en revenir à la raison.
Madame la tête de liste, la France insoumise pour les élections européennes. Merci d'avoir été au micro de France Inter. Et le débat est lancé, Manon Aubry. On va pouvoir continuer à le nourrir dans les semaines et les mois qui viennent d'ici l'élection européenne. Merci encore. Le carrefour du 7-9 est à suivre avec un grand retard. Merci.
Manon Aubry