Stéphane Lenormand, député LIOT de Saint-Pierre-et-Miquelon | La politique et moi !
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est un petit bout de France à l'autre bout du monde, un archipel de quelques milliers d'habitants à peine au large du Canada. Mon invité est le député de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il siège au sein du groupe LIOT à l'Assemblée.
Générique --- Bonjour, Stéphane Lenormand. -Bonjour. -Ca fait quelques années que vous êtes engagé en politique mais chez vous l'engagement prend plein de formes, pas que politiques, il y a eu le syndicalisme et puis alors il y a les associations, le milieu associatif.
J'ai retrouvé une archive vidéo de vous assez étonnante, ça date de 2002. -Je suis dans la peau d'un soldat allié dans les Ardennes. Le débarquement vient d'avoir lieu. -Nom de code, First Person Shooter.
Ce sont les jeux PC d'action et de guerre les plus prisés. Ames sensibles s'abstenir. Désormais, les amateurs du genre peuvent se retrouver en réseau au sein de l'association pour s'adonner à leur passe-temps favori.
Finies les parties en solo ou sur Internet. Plus on est de fous, mieux on joue. -Le gamer qu'on vient de voir, c'est vous.
Vous avez pris la tête d'une association de jeux vidéo en réseau au début des années 2000. Je comprends pourquoi vous faites souvent référence à ce câble sous-marin qui relie Saint-Pierre-et-Miquelon au Canada et qui vous permet d'avoir l'Internet haut débit. -Et d'ailleurs, j'ai eu la chance de l'inaugurer en tant que président de la collectivité, puisque c'est quelque chose qui faisait partie des projets politiques que l'on portait, le désenclavement de notre territoire.
Alors, ce n'est pas forcément lié à mon appétence pour le jeu vidéo, mais disons que, et vous l'avez un peu évoqué, on a une vie très riche à Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est un tissu insulaire, et naturellement, tout ce qui est associatif est extrêmement fort et permet à la plupart des jeunes qui veulent s'investir d'avoir ce tremplin, de se lancer dans l'intérêt général, en fait. -Les jeux vidéo, j'aimerais qu'on en parle, ça reste une passion chez vous ? -Ca reste toujours une passion.
Je suis encore un joueur... -Quel jeu vidéo ? -World of Warcraft. -Un classique. -Un classique et de temps en temps je fais quelques parties.
C'est vrai que ça m'apaise un peu tellement le cadre politique est assez, parfois, violent et demande finalement d'évacuer un peu tout ce que l'on entend à droite et à gauche. -Alors, vous l'avez dit, il y a un tissu associatif très riche. Mais quand j'ai fouillé les archives INA, on vous retrouve partout.
J'ai trouvé des images de vous jouant au ping-pong, président d'un club de ping-pong, jouant au volley. Je crois que vous avez présidé le club de volley. Pareil dans le badminton, dans le foot.
Chez vous, l'engagement, c'est dans votre ADN ? -Oui, j'ai toujours eu ce côté... -Là, on vous voit jouer au volley. -Voilà.
Et avec quelques kilos de moins. Mais oui, ça a toujours été une volonté de ma part de participer. J'aime beaucoup tout ce qui représente les sports collectifs, les échanges, La troisième mi-temps aussi, ça fait partie de l'avantage des sportifs du dimanche, comme on dit chez nous.
Donc voilà, c'est vrai, c'est sans doute ce qui m'a conduit aussi quelque part à la politique, cette appétence pour être avec les autres. -Comment la politique est arrivée dans votre vie, l'engagement politique ? -La politique est arrivée, je ne peux pas vous dire que j'en rêvais quand j'étais gamin, mais c'est arrivé parce que j'avais deux passions quand j'étais jeune : le foot et le hockey sur glace.
Le hockey, c'était naturellement le cas d'être né Montréal parce que je suis aussi un Nord-Américain. Et pour le foot, j'écoutais les multiplexes du championnat de France. Donc j'ai découvert... -Vendroux ? -Exactement, dont le père avait une relation avec Saint-Pierre-et-Miquelon puisqu'il s'était présenté comme député. -Ah. -Et donc, j'ai commencé à avoir une cartographie de la France.
Et en 77, 78, j'ai écouté les élections municipales qui avaient été assez importantes puisque ça avait, de mémoire, une victoire de la gauche. Puis les élections législatives de 78. Et donc, j'ai associé un peu les villes de foot que je connaissais avec les résultats, finalement, des municipales. -C'est original ! -Et ce qui fait qu'assez jeune, à 15, 16 ans, tout le monde dit : "Tu vas faire de la politique ?" Pas parce que j'avais vraiment une attirance pour, mais parce que je connaissais assez bien la cartographie politique... -Et footballistique. -Exactement. -C'est un peu arrivé comme ça, cette idée que tout le monde me voyait faire de la politique. -C'était d'abord été local, conseiller municipal, conseiller général, vice-président et président de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Et puis, en 2017, vous êtes présenté aux législatives. Qu'est-ce qui vous a amené à briguer un mandat national, pour le coup ? On sort du tissu associatif local, là, on n'est plus... -A un moment donné, si vous voulez, la dimension sociétale, les enjeux, les montées, aussi, d'une forme de radicalité politique m'ont poussé un peu à m'investir aussi modestement au niveau national parce que je crois qu'on a devant nous des enjeux qui sont très importants dans les années à venir. -Donc c'était un levier plus puissant pour vous. -Voilà, plus puissant.
Puis aussi une maturité, une expérience très forte du terrain, un pragmatisme qui, je l'avoue, et sans vouloir juger certains collègues, il y a des députés qui sont quand même hors-sol. Et moi, je n'avais pas ça et je me disais : "Purée, il faudrait quand même remettre des gens qui ont l'habitude d'être au contact des citoyens, qui ont l'habitude d'être confrontés à des problématiques de tous les jours pour, justement, rendre parfois des textes de loi beaucoup plus cohérents et beaucoup plus, comment dire, opérationnels dans leur déclinaison pratique." Donc voilà, c'était un peu tout ça qui a fait qu'en 2017, j'essaie une première fois. -Alors, il a fallu attendre 2022 pour que vous soyez élu.
J'aimerais qu'on s'arrête sur un chiffre, quand même. Vous avez été élu avec 1329 voix sur un total de 5053 électeurs. Alors, peut-être que nos téléspectateurs ne sont pas au courant, mais le nombre moyen d'électeurs par circonscription en France, c'est quand même 85 000.
Ca veut dire que votre voix dans l'hémicycle, aujourd'hui, elle pèse autant que celle d'un député qui aurait été élu par 15 ou 20 fois plus d'électeurs. Est-ce que c'est normal ? -Ecoutez, moi je pense que oui, parce que le député, il est à la fois un élu national, mais aussi un élu de circonscription, si on met de côté les députés qui sont des Français vivant dans les pays à l'étranger.
Et je crois qu'un petit territoire comme Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est aussi un morceau de la France. Il y a une dimension géostratégique qu'on ne peut pas nier. Il y a une histoire qui est très forte.
On pourrait parler de la Grande Pêche, de la Prohibition. On pourrait aussi parler de la Deuxième Guerre mondiale, où le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon a été le premier territoire à regagner la France libre. Donc c'est une partie de la France. -Mais il y a un principe, le principe d'égalité des Français devant le suffrage.
Et là, il est un peu tordu, quand même. -Oui, mais il y a le principe aussi que toutes les sensibilités, toutes les histoires soient aussi représentées. -Alors, vous êtes élu d'un territoire un peu particulier, vous en avez dit un mot.
Un archipel au large des côtes canadiennes, à combien de kilomètres de Paris ? -En ligne droite, on doit être autour de 4400. On est le territoire d'outre-mer le plus proche de Paris à vol d'oiseau. -Cinquante fois plus petit que l'Ile-de-France.
A quoi ça ressemble la vie d'un député de Saint-Pierre-et-Miquelon au quotidien ? -Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que... le territoire a un statut particulier.
Moi, je travaille avec les deux maires et avec le président de la collectivité. Mais je travaille aussi auprès de l'Union européenne, puisque le statut spécifique de Saint-Pierre-et-Miquelon fait qu'on a une relation particulière avec l'Union européenne qui intervient dans le financement de nos projets et pour lequel, naturellement, il faut s'astreindre à leurs exigences. Mais on est aussi représenté dans les instances internationales de pêche, comme l'OPANO, qui est l'organisation des pêches de l'Atlantique Nord.
Donc il y a un travail supplémentaire du député de Saint-Pierre-et-Miquelon que n'ont pas la plupart des députés exécutifs. -Comment vous répartissez votre temps ? -Le coeur du métier reste quand même à Paris pour un député.
Mais comme je suis très impliqué aussi dans les dossiers du territoire et que je les pousse en bonne cohérence avec les élus locaux, je fais en sorte d'être à peu près trois semaines à Paris et une semaine chez moi. Parce que c'est un petit territoire, en huit, dix jours, j'arrive à voir l'essentiel... -Régler les problématiques des habitants.
Et alors, parmi tous vos combats politiques, il y en a un qui est commun à tous les territoires ultramarins, c'est la lutte contre la vie chère. Pour se faire une idée, combien coûte un camembert à Saint-Pierre-et-Miquelon ? -Ca dépend lequel, mais vous pouvez avoir des 12, 13, 14, 15 euros.
Il y a un vrai sujet, si vous voulez, un sujet majeur. -Il y a une de vos dernières prises de parole à l'Assemblée qui était pour vous plaindre du peu de considération que porte l'Etat français à votre territoire. Les quais du port de Saint-Pierre ne sont plus entretenus.
Le seul patrouilleur que vous avez est en fin de vie et il n'est pas remplacé. Vous avez un seul petit avion pour relier toutes les îles de l'archipel. Vous vous sentez un peu abandonné par la métropole ? -Non, on ne peut pas dire ça, pas à ce point-là.
Par contre, oui, ma colère, elle est par rapport au décalage entre moi qui suis un élu de terrain et les grands discours parisiens. -Ca, c'est le petit avion qui permet de relier les îles. -Et qui intervient essentiellement aussi pour Miquelon, mais pour les évacuations sanitaires. -Oui. -Et il va disparaître.
Et là, on se retrouve vraiment dans une situation où il y a un danger, il y a une rupture d'égalité du citoyen par rapport à la prise en charge de l'urgence. C'est un dossier très chaud en ce moment et sur lequel on travaille. Pour revenir à l'histoire des quais, c'est qu'on ne peut pas prétendre, à Paris, dans les grands discours, dire que la France rayonne dans le monde par ses territoires d'outre-mer et avoir un quai qui risque de s'écrouler à n'importe quel moment.
Donc il faut mettre le discours en phase avec la réalité du terrain. -Décidément, quand on fouille les archives de l'INA, on trouve pas mal de choses sur vous. Je suis tombé sur un reportage consacré aux étudiants miquelonnais.
C'était en 1985. Et à l'époque, vous étiez en formation pour devenir enseignant. -Trois ans d'études ici à l'école normale ? -Oui, trois ans de formation qui ressemble finalement à une formation professionnelle avec des stages pratiques et des stages théoriques qui se cumulent lors des trois années. -Avec une obligation de revenir exercer à Saint-Pierre-et-Miquelon ? -Disons que oui, une obligation est précisée au terme du contrat. -Mais précisément, à votre avis, il voudrait mieux s'installer ici, en France, ou c'est avec grande joie que vous reviendrez ? -Je pense que c'est avec une grande joie que je reviendrai quand même à Saint-Pierre.
Même si je me suis assez bien adapté à la vie en France, je crois qu'on n'est jamais aussi bien que chez soi. Je pense sincèrement revenir. -Ce n'est pas la France Saint-Pierre-et-Miquelon parce que vous ne le reprenez pas ? -C'est ça, c'est un peu le discours. -Métropole et France. -Hexagone, maintenant.
On est français mais c'est vrai qu'on est très attaché, quand vous êtes insulaire, l'insularité c'est un sentiment spécifique et on a cet attachement à notre caillou. -Le journaliste a l'air surpris que vous vouliez retourner à Saint-Pierre. -Bien sûr. -Vous n'avez jamais... envisagé de faire votre vie ailleurs ? -Non, c'était clair pour moi.
J'ai eu trois enfants et mes trois enfants ont fait toute leur vie à Saint-Pierre-et-Miquelon. Aujourd'hui, ils sont à droite et à gauche. Mais non.
On a une qualité de vie aussi. Regardez ces images. C'est lumineux, il n'y a pas de pollution, tout le monde se connaît.
On finit le boulot à 18 h 00, à 18 h 30, on est avec les copains à faire une partie de tennis ou de badminton. On a aussi cette richesse-là. -On va conclure l'émission par notre petit quiz habituel.
Je vais vous proposer des phrases que vous allez devoir compléter. "Si l'Assemblée était un jeu vidéo..." -World of Warcraft. -Ah oui, à ce point-là ? -Oui. -Ca défouraille. -"La pelote basque à Saint-Pierre-et-Miquelon..." -Une tradition. -C'est étonnant.
On peut l'expliquer ? -En fait, les trois peuplements d'origine, ce sont des Normands, des Bretons et des Basques, d'ailleurs on retrouve sur notre drapeau, les trois drapeaux de ces régions-là, et les Basques ont gardé une très forte identité. -Davantage que les normands et les bretons ? -Oui, qui ont plus fusionné, qui se sont plus mélangés, alors que les basques, c'est une identité très forte, et elle l'est restée aussi là-bas. -Vu votre nom, vous n'êtes pas basque. -Non, moi, je suis normand. -Il rit. -"Si Donald Trump décide d'occuper Saint-Pierre-et-Miquelon..." -Alors, aucun risque, puisqu'il n'a pas cette culture géographique de savoir qu'on existe. -Il rit.
Vous êtes à l'abri. Merci, Stéphane Lenormand, d'être venu dans "La politique et moi". -Merci à vous.
Générique de fin
Stéphane Lenormand