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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 7 décembre 2022 25 min

"Nous ne frayons pas avec l'extrême droite", dit Boris Vallaud, chef de file des députés PS-Nupes

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député socialiste des Landes, président du groupe PSNUP de l'Assemblée Nationale. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Boris Vallaud, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro. Beaucoup de sujets d'actualité cette semaine. Réforme des retraites, projet de loi sur l'énergie qui est à l'Assemblée Nationale et immigration. Sur l'immigration, hier, le gouvernement a présenté les grandes lignes de son projet sur le sujet. Lors d'un débat sans vote à l'Assemblée, l'esprit du texte a été résumé par Gérald Darmanin qui vante un texte équilibré.

De la manière suivante, être gentil avec les gentils, méchant avec les méchants. Il s'agit, dit-il, de mieux intégrer et mieux expulser. Ou encore, on veut ceux qui travaillent, pas ceux qui rapinent. Ces différents principes dessinent-ils ? Boris Vallaud, pour vous, un texte équilibré.

0:54
Boris Vallaud

Non, je veux dire, en général, quand on plaide un texte équilibré, c'est qu'il y a Anguille-sous-Roche. Et la réalité, c'est que le gouvernement et le ministre de l'Intérieur, dans un discours qui paraît être une ligne simple, tient un discours qui est simpliste. La question qui se pose aujourd'hui, c'est celle de la réalité de la situation. De la réalité de la question migratoire, qui est une question qui interroge les Français, sur laquelle il faut leur parler avec vérité et avec transparence. Et donc, la première chose consiste à répondre à la question du phénomène. Est-ce que c'est un phénomène qui nous submerge, comme Gérard Collomb l'indiquait ?

Et d'une certaine manière, Gérard Audarmanin, sans reprendre ce terme, le dit. Est-ce que c'est le tsunami dont parle Marine Le Pen, le grand remplacement dont Zemmour nous dit qu'on ne sait ? Non, moi je prends François Héran, professeur au Collège de France, qui dit la réalité des choses, qui constate que même s'il y a une stabilité sur le plan mondial, il y a plus de migrants au plan mondial, au plan européen, au plan français légèrement, même s'il y a une stabilité, mais qu'on est très loin de ces fantasmes et de cet appel d'air.

En revanche, ce qui est parfaitement vrai, c'est que nous avons des situations de non-droit, des situations d'imbroglio juridique inextricables, qui créent en réalité beaucoup de désordres. Les français veulent en toutes choses, je vais dire, le respect de l'ordre républicain.

2:11
Invité

Alors, sur ce texte, précisément.

2:11
Boris Vallaud

Le gouvernement, d'une certaine manière, a organisé depuis 5 ans une forme de désordre dans la République. Il y a un empilement de législation. Là, il nous propose quand même la 29e loi en 40 ans. Il y a des services des préfectures qui sont totalement embolisés, qui ne répondent même plus. Il y a 40% du contentieux des tribus de nos administratifs qui est du contentieux des étrangers. Il y a des relations avec les pays d'origine qui sont extrêmement dégradés, qui ne délivrent plus de laisser passer consulaires. Et il y a des chiffres.

2:40
Invité

Il y a ce chiffre de 12% à peu près des obligations de quitter le territoire français qui sont respectées.

2:46
Boris Vallaud

Eh bien, c'est un symptôme. C'est un symptôme de cette désorganisation. C'est-à-dire que, de façon, j'allais dire, désordonnée, sans discernement, l'administration délivre des obligations de quitter le territoire à des gens qui, par ailleurs, pourraient relever d'un titre ou d'un autre de ces jours. Mais ça n'est pas même exégné.

3:02
Invité

C'était pas beaucoup mieux sous François Hollande ?

3:05
Boris Vallaud

Ça a augmenté drastiquement, considérablement, depuis 5 ans. Et il y avait une circulaire qui était la circulaire Vars, qui permettait de régler un certain nombre de situations. Là, on a de l'embolie, de la tétanie, et ça ne marche pas. On a beaucoup de gens qui sont aujourd'hui à la rue. Il faut d'abord régler un désordre. Ça relève de l'organisation de l'État, ça relève des moyens des préfectures, ça relève des circulaires, avant que de se poser la question, ensuite, d'une loi nouvelle sur laquelle on peut débattre.

3:31
Invité

Mais pour être clair, Gérald Darmanin explique que pour avoir un meilleur résultat sur les OQTF, sur les obligations de quitter le territoire français, il faut faire moins de recours. Et c'est ce que porte sa loi. Il faut qu'il y ait donné moins de recours. C'est-à-dire qu'on expulse après que le premier recours ou le deuxième recours échouent. Est-ce que ça, ça va dans le bon sens ou pas ?

3:50
Boris Vallaud

Sauf que vous pouvez être refusé au titre du droit d'asile et relevé d'un autre titre de séjour. Aujourd'hui, vous avez l'OQTF sans que soit examiné la possibilité de voir une autre procédure examinée. Ce que nous plaidons déjà... Ce qu'on fait rien, je ne comprends pas. Non, c'est un changement de méthode qui est l'examen à 360 degrés. Que la situation des étrangers en situation irrégulière soit intégralement examinée. Ça permet de régler beaucoup de situations de non-droit. Ensuite, on fait le constat qu'il y a des situations qui ne sont pas réglées par le cadre juridique. Et d'ailleurs, c'est aussi devant nous avec la question du statut des réfugiés des déplacés climatiques.

Un sujet qui va être important devant nous. Des nouveaux motifs humanitaires qui peuvent être examinés pour réduire le nombre de la situation de ceux qui ne sont ni régularisables ni expulsables. Et puis, il y a ceux qui, en effet, n'auront pas droit au séjour et pourront être reconstruits dans de bonnes conditions. Et puis, il y a des questions qui nous sont posées sur la régularisation par le travail.

4:50
Présentateur

Voilà, c'est l'une des mesures phares du texte avec la création d'un titre de séjour d'un an pour les étrangers qui travaillent dans les métiers en tension. Une mesure de ce genre, est-ce que vous la voteriez ?

5:02
Boris Vallaud

Mais, vous savez, je ne sais pas ce qu'il y a derrière cette annonce, en réalité. D'abord, parce que j'ai entendu le ministre du Sopte dire, se tournant vers le Rassemblement national, « Je vous rassure, il n'y aura pas de régularisation en nombre. » Qu'est-ce à dire ? Est-ce que c'est un pisalet ? Ou est-ce qu'on va se poser la question de savoir s'il vaut mieux avoir des étrangers en situation régulière, travaillant dans le respect du droit du travail, soumis à l'inspection du travail, au salaire minimum, avec des droits sociaux ?

5:32
Invité

Vous voulez régulariser tout le monde, tout ce qui vient au titre de l'immigration économique, c'est ça ?

5:36
Boris Vallaud

Je pense que pour beaucoup de ceux qui, aujourd'hui, sont clandestins, travaillent, sont à la merci des réseaux, acceptent des salaires, des rémunérations de misère, des conditions de travail extrêmement dégradantes, il y a besoin de dignité et d'un cadre juridique. Pas n'importe comment, et c'est ça qui doit être évidemment...

5:52
Invité

Le cadre juridique, c'est le titre de séjour qu'on accorde pour un an.

5:57
Boris Vallaud

Écoutez, il faut un titre stable, il ne faut pas organiser la précarité dans la précarité. Qu'est-ce qu'il y a dans cette liste de métiers en tension ? Moi, je pense que beaucoup des étrangers qui, aujourd'hui, travaillent, sont sur des métiers en tension. Comment on va organiser la possibilité d'aller de l'un à l'autre ? Donc, il faut... Il y a une plateforme revendicative des organisations syndicales, la CFDT, la CGT, qui montrent qu'on ne va pas organiser de la précarité dans la précarité.

6:18
Invité

Boris Vallaud, est-ce que vous êtes pour un grand... une convention citoyenne sur la migration, comme le demandent 40 associations dans une tribune hier soir ? Est-ce que vous vous êtes pour ouvrir un grand débat, ou est-ce que vous dites « Attention, on a vécu ça avec le débat sur l'identité nationale, on ne remet pas une pièce dans ce genre de débat ? »

6:35
Boris Vallaud

Je pense qu'il ne faut jamais esquiver les débats. Ensuite, on peut se poser la question de la forme dans laquelle on mène ces débats-là. Sur la convention citoyenne, je ne voudrais pas que ce soit pour le gouvernement, notamment, et on l'a vu dans la convention citoyenne sur le climat, l'occasion, j'allais dire, d'esquive. Si c'est la possibilité d'un débat apaisé, fondé sur des réalités objectives, parce que ce n'est pas une opinion, c'est un fait historique, social, économique, l'immigration est une réalité humaine.

D'abord, pourquoi pas, il faut en voir les conditions, les modalités, pour que ce soit au bénéfice, j'allais dire, de la vérité, contre les préjugés, les fantasmes et même les mensonges.

7:12
Présentateur

Allez, venons-en à la réforme des retraites qu'Elisabeth Borne doit présenter le 15 décembre, avant concertation avec les groupes parlementaires. L'idée répétée par Emmanuel Macron et ses ministres est simple, si on ne travaille pas plus longtemps, c'est tout le système de retraite par répartition qui est menacé. Il faut donc faire cette réforme. Que répondez-vous à ça ?

7:33
Boris Vallaud

Pas que là aussi, on est dans un discours qui est simpliste, qui est scamoté, qui a une lecture très univoque et très dirigée du rapport du corps. D'abord, sur les hypothèses, le gouvernement reprend les hypothèses qui ne sont pas les plus favorables.

7:45
Présentateur

Conseil d'orientation des retraites.

7:46
Boris Vallaud

Pardon, oui, mais même les plus défavorables, des hypothèses plus défavorables que celles sur lesquelles il se fondait il y a encore 4 ans, preuve qu'il ne croit pas à beaucoup des réformes qu'il est en train d'engager. Beaucoup de ces scénarios, d'ailleurs, sont fondés sur des hypothèses qui sont transmises par le gouvernement, notamment la paupérialisation relative et absolue des fonctionnaires. Et donc, évidemment, il manque des recettes de ce point de vue-là au financement des retraites. Ce que dit le corps, c'est qu'il n'y a pas d'urgence et qu'il y a bien des voies pour régler cette question.

Vous savez, quand je regarde dans le paysage et dans le débat, vous avez quelqu'un comme Jean-Hervé Lorenzi qui dit qu'il n'y a pas besoin de réforme. Si on augmente le taux d'emploi des seniors de 10 points, eh bien, en réalité, non seulement on règle l'équilibre, mais en plus de ça, on peut améliorer le niveau de vie des retraités relativement positif.

8:28
Invité

Hier, Dominique Seux citait le rapport du corps, le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites, qui dit que le système des retraites sera déficitaire en moyenne sur les 25 prochaines années. Il parle de 12 milliards de déficits en 2027, de 20 milliards en 2032. Ces chiffres du corps, vous les contestez ?

8:44
Boris Vallaud

Alors là, vous voyez que Dominique Seux, il est comme le gouvernement, mais enfin, je ne m'en étonne pas, il est favorable à une réforme. Il prend des hypothèses qui sont défavorables. Ensuite, vous avez plusieurs leviers. On se dit, alors moi, je prends les hypothèses, 12 milliards. Il faut trouver 12 milliards. On peut les trouver d'autres manières. La suppression de la CVE, cet impôt de production, c'est 8 milliards. Le gouvernement va devoir les trouver ailleurs. Il ne peut pas les mettre au bénéfice du financement des retraites. Il y a la fiscalisation de l'épargne salariale. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Il y a toutes ces primes qui sont versées, qui ne sont pas contributives, c'est-à-dire qui ne créent pas de droit à la retraite, par exemple, en lieu et place d'une augmentation des salaires qui, eux, sont cotisants et permettent de financer la retraite. Vous dites qu'il ne faut rien faire ou il faut allonger la durée de cotisation ? Je vous dis qu'il y a d'autres leviers qu'une mesure qui est injuste. Vous savez qu'il y a un quart des plus pauvres qui sont morts à 62 ans. C'est quoi le projet ? Qu'il soit 50% à être morts à 65 ans ? Est-ce que c'est ça le projet ? Il y a des différences d'espérance de vie considérables entre un ouvrier et un cadre.

Des espérances de vie à la naissance et puis des espérances de vie à la retraite. Un ouvrier, il passe 7 ans de moins à la retraite qu'un cadre. Est-ce que c'est juste de faire travailler plus longtemps ceux qui meurent plus tôt ? Je dis non et je dis qu'il y a d'autres possibilités. La question des cotisations. Michael Zemmour a fait un certain nombre de simulations. On peut se poser la question. On ne pose pas la question aux Français de savoir s'ils ne préfèrent pas cotiser un peu plus pour pouvoir, j'allais dire, maintenir les droits qu'ils se créent par leur propre travail.

10:10
Présentateur

Mais sur ces deux points, Emmanuel Macron rappelle que quand on compare la France avec tous ses voisins, la France a de la marge parce qu'on n'est pas le pays qui a l'âge légal ou la durée de cotisation la plus longue. Est-ce que ça, ça n'est pas un fait ?

10:24
Boris Vallaud

Mais ça, c'est si vous partez du postulat que ce n'est pas le choix des Français que de pouvoir profiter aussi d'une retraite qu'ils se financent par leur travail. Ensuite, je constate que l'Italie consacre une part plus importante de deux points de son PIB aux retraites que le Luxembourg part plus tôt que les Français. Donc, il y a évidemment des situations très différentes en Europe. Ce que je dis, c'est que la question des carrières longues, la question de la pénibilité, la question de l'emploi des seigneurs doit être posée. Et puis, le gouvernement oublie un certain nombre. Elle l'est. Elles le sont, la pénibilité, l'emploi des seigneurs.

Pénibilité, c'est un mot qui est difficile aux oreilles du président de la République qui pourrait faire parler d'usure professionnelle, mais qui est celui qui a démonté dans la précédente législature le système de prévention de la pénibilité. Je vous donne un seul exemple. On cherche dans tous les départements. Dans mon département des Landes, on n'y fait pas exception. des femmes et des hommes pour faire de l'aide à domicile pour les personnes âgées. On a ce défi du vieillissement. On n'en trouve pas. Vous pensez que c'est en leur disant qu'ils vont partir plus tard, alors que c'est un métier qui est difficile, que nous allons les attirer ? On a d'autres solutions.

Quand je vois le front syndical, je me dis que le gouvernement, une fois de plus, prétend faire de la concertation, prétend écouter, mais il n'écoute que lui-même.

11:40
Invité

Et vous espérez quoi ? Des grosses manifestations en janvier, c'est ça ?

11:42
Boris Vallaud

J'espère surtout que le gouvernement, revienne à une forme d'écoute de ce que les Français souhaitent, par la voie majoritaire de leurs représentants syndicaux politiques, et qu'on ne soit pas dans une posture qui consisterait en fait à faire payer le quoi qu'il en coûte aux classes moyennes et aux classes populaires.

12:00
Présentateur

– Allez, on va passer au standard d'Inter, où nous attend Pierre, que je salue. Bonjour et bienvenue. Question politique, je crois. – Bonjour.

12:08
Auditeur

– Bonjour. – Oui, bonjour à tous.

12:10
Présentateur

– On vous écoute.

12:11
Auditeur

– Je voudrais dire d'abord que je me réjouis d'entendre au grand entretien un responsable du Parti Socialiste, puisqu'il n'y en a pas eu depuis début juin. Olivier Faure, début juin. Donc j'en étais arrivé à penser qu'ils étaient interdits de séjour.

12:25
Invité

– Non, mais on a tenu autant de paroles, vous savez. – Non, je ne le mets pas sur moi-même. – Je ne le mets pas sur moi-même.

12:29
Auditeur

– Si vous compariez la proportion avec les représentants du gouvernement et de la Macronie… – Bah oui, mais ils sont plus nombreux. – Ah, mais c'est même open bar pour eux.

12:38
Invité

– Non, mais ce n'est pas ça, c'est qu'ils sont plus nombreux. Il y a des règles. – On les respecte, vous savez.

12:41
Auditeur

– Il y a des règles, mais pas au point. Il n'y a eu aucun représentant du Parti Communiste aussi, par exemple.

12:47
Invité

– Alors, votre question.

12:48
Auditeur

– Oui, donc j'aimerais bien quand même que la pluralité soit mieux respectée.

12:53
Présentateur

– Alors, allez-y.

12:54
Auditeur

– Ma question, c'est pour demander à votre invité quel bilan y tire de l'alliance passée par le PS dans le cadre de la NUPES avec, entre autres, LFI.

13:06
Présentateur

– Merci pour cette très bonne question, Pierre. Boris Vallaud vous répond. – Vous ne devriez pas songer à me poser, j'imagine. – Non.

13:13
Boris Vallaud

– D'abord, venir en défense en disant qu'on n'a jamais pensé que nous étions interdits d'antenne sur France Inter, mais oui, vous avez raison, il y a un temps de parole qui est proportionnel à nos résultats électoraux. – Oui. – Pour répondre à Pierre, – Il y a quelque chose qui s'appelle la NUPES aussi. – Merci de cette question. Le bilan que j'en tire, c'est que, d'abord, le groupe socialiste s'est renforcé à l'Assemblée nationale. Je fais le bilan que la gauche, dans son ensemble, s'est renforcée à l'Assemblée nationale.

Et je suis le président d'un groupe, d'un vieux groupe, on aura 130 ans l'année prochaine, qui essaye de faire vivre, et en fait fait vivre, ce travail en commun, cet intergroupe avec nos partenaires communistes, insoumis, écologistes. – Et ça se passe bien ? – Ça se passe bien. Est-ce qu'on est d'accord sur tout ? – Non ! Enfin, je vais vous dire, je ne suis pas d'accord sur tous les sujets, avec mes camarades du Parti socialiste. On se parle, on cherche à se convaincre, à apprendre les uns des autres.

On a des convergences sur un certain nombre de sujets, sur la question des salaires, du partage de la valeur ajoutée, sur les écarts de rémunération, sur l'ouverture des droits sociaux à 18 ans, plutôt qu'à 25 ans, sur la priorité à la rénovation thermique des logements.

14:20
Invité

– Bien sûr, le Rassemblement national a décidé, parce qu'essayons de poser les questions clairement, le Rassemblement national a décidé de remettre à l'ordre du jour, dans sa niche parlementaire en janvier, ils ont le droit, en gros, à une journée où ils proposent leur texte, une proposition de loi des insoumis qui reprennent in extenso, qui veut la réintégration des soignants non vaccinés. Le parti de Marine Le Pen a accepté que la rapporteure soit la députée insoumise qu'il a rédigée, à savoir Caroline Fiat, qui a remercié hier le Rassemblement national de lui donner du temps parlementaire. Réaction du socialiste David Assouline, qui y voit la marque du populisme.

La gauche ne peut que se perdre dans ce marécage. J'espère que ceux qui ne l'ont pas encore compris vont se réveiller. Tout est normal qu'une députée insoumise soit rapporteure d'une proposition de loi du Rassemblement national ? Tout va bien ? Vous vous attoquez avec tout ça ?

15:05
Boris Vallaud

– D'abord, dire les choses. Le Rassemblement national fait le coucou. Non seulement il a pris cette loi qui était dans la niche de la France insoumise, mais il a pris aussi une loi votée au Sénat par Valérie Létard, et qu'il veut faire sienne. Il devait être rapporteur de ce texte qui n'est pas le sien. Hier, il a été battu en commission des affaires sociales, et ce sera celle qui est l'auteur de ce rapport, qui en sera la seule et unique rapporteuse. Ce matin, la France insoumise a une réunion et elle se réunit pour savoir ce qu'elle fait de ce texte de loi.

Moi, je le dis depuis le début, et nous en avons fait la démonstration, mais je crois la démonstration collective à gauche, nous ne frayons pas avec l'extrême droite. Nous ne frayons jamais avec l'extrême droite.

15:42
Invité

Donc, est-ce qu'elle doit être rapporteur, Caroline Fiat, insoumise, de cette niche parlementaire du Rassemblement national ?

15:47
Boris Vallaud

Non, je pense que le sujet, et ça a été demandé par Mathilde Panot à la conférence des présidents à laquelle j'assistais, il faudrait que ce soit dans la semaine de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire dans un lieu qui est un lieu de débat pluraliste. Posons cette question-là, je laisse aux insoumis le soin de répondre. Pour ce qui me concerne, pour ce qui concerne les socialistes, nous ne votons pas les amendements du Rassemblement national, nous ne les désignons pas dans des instances parlementaires, nous contestons le fait qu'ils puissent être présidents de groupes d'amitié, et même, nous ne jouons pas au foot avec eux. Ce n'est pas seulement pour ne pas...

16:19
Présentateur

La NUP s'est divisée également sur l'Ukraine la semaine dernière, alors qu'une résolution pour affirmer le soutien le plus total de la France à l'Ukraine et pour condamner le crime d'agression de la Russie a été voté à une large majorité avec les voix de votre parti, le PS, avec les voix des Verts, les insoumis, donc, se sont abstenus. Vous dites quoi, là ? Que ce n'est pas grave ?

16:40
Boris Vallaud

Je dis qu'il se trompe. Je pense qu'il faut un soutien indéfectible à l'Ukraine. Il faut soutenir l'Ukraine parce que c'est une guerre en Europe et c'est aussi, d'une certaine manière, une guerre contre l'Europe, une guerre de modèle politique, des régimes autoritaires contre les démocraties libérales, que ça engage notre avenir, qu'il faut le soutenir par des sanctions économiques qui produisent des effets en Russie contre le gouvernement.

17:06
Invité

Vous dites que les insoumis se trompent, mais ce n'est pas grave, ils ont le droit de penser différemment ? Ou c'est des sujets comme l'Ukraine

17:11
Boris Vallaud

qui sont fondateurs et capitaux et qui disent une différence ? Je pense que c'est des sujets sur lesquels nous avons marqué des différences. Nous l'avons même inscrit un certain nombre de points sur lesquels nous avions des divergences dans l'accord qui nous a liés. C'est la raison pour laquelle on n'a pas toujours des votes qui sont identiques. Mais moi, je ne renonce jamais à convaincre et à défendre, j'allais dire mordicus, les idées auxquelles je crois avec beaucoup de sincérité. Je vois ce qu'est le régime de Poutine, je vois ce qu'il peut produire comme désordre en Europe.

Donc on a besoin d'aider l'Ukraine et de l'aider, et ça je le dis au gouvernement, aussi longtemps qu'elle le souhaitera. Les seules frontières que l'on connaît ce sont celles de 91, internationalement reconnues.

17:55
Présentateur

Boris Vallot, les prochaines élections ce sont les européennes dans un an et demi. On sait que sur la question de l'Europe, vous divergez aussi avec les insoumis. Y aura-t-il une liste nupe ou est-ce que vous irez chacun sous votre propre bannière ?

18:09
Boris Vallaud

Au moment où vous me posez la question, je n'en ai strictement aucune idée. Vous ne réfléchissez pas ? Je dois vous dire que pour l'instant, je réfléchis aux sujets qui sont les nôtres aujourd'hui et dans cette alliance, moi j'y suis comme socialiste avec une histoire longue, avec, j'allais dire, les idées qui sont les miennes, une méthode qui est la nôtre, avec l'idée que cette alliance elle s'enrichit de cette addition. Et donc nous défendrons nos positions sur l'Europe, nous sommes résolument européens, pas n'importe quelle Europe, pas des euro-BA, des euro-exigeants, une Europe qui protège, une Europe qui se fait respecter dans le monde.

Voilà un certain nombre des lignes qui sont les nôtres et que l'on défendra.

18:50
Invité

Juste un mot sur l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve sur Radio-G, je ne sais pas si vous l'avez écouté, qui a quitté le PS quand l'accord avec la NUP a été noué, a fustigé chez les insoumis l'idéologie de la confrontation, la complicité avec les dictateurs, l'atteinte à l'idéal républicain d'universalisme et de laïcité, et dénonce cette alliance. Il n'est pas le seul au PS si les deux socialistes qui vont se présenter contre Olivier Faure au Congrès, Nicolas Maillard, Rossignal et Hélène Geoffroy, dénoncent aussi la dilution, l'effacement du PS dans la NUP, la mélanchonisation des esprits socialistes et vous appellent à vous réveiller. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

Qu'ils ont tort ?

19:26
Boris Vallaud

Moi, je leur dis d'abord que ça fait cinq ans qu'ils grommellent et qu'ils tiennent les mêmes discours. Même quand on était seul sur nos propres bannières, c'était le règne des grincheux. Est-ce qu'ils se sont retroussés les manches ? Est-ce qu'ils se sont mis au boulot pour un certain nombre d'entre eux ? Franchement, non, je ne l'ai pas vu. Est-ce qu'ils ont apporté une idée neuve ? Non. On a le droit de douter de cette alliance.

19:50
Auditeur

Vous parlez de Bernard Cadeneuve ?

19:52
Boris Vallaud

Je parle de tous ceux qui se reconnaîtront, comme ça, ça mettra tout le monde d'accord. Ce que je veux dire, c'est qu'on a le droit de douter de cette alliance. On a le droit de se poser des questions. On a le droit aussi d'en faire le pari et d'être exigeant et de dire, dans cette alliance, on va falloir voir ce que nous sommes. Et ça peut renforcer le socialisme. Mais la question de la justice, la question d'égalité, ce sont des combats qui sont communs à la gauche.

20:12
Présentateur

On retourne au standard. Claude, bonjour. Question sur l'énergie, je crois.

20:16
Auditeur

Oui, bonjour. Avant de poser ma question, je voulais faire un compliment à M. Vallaud. Oui, au niveau de la langue de bois, c'est formidable ce matin. Vous resterez à 3% si vous continuez comme ça. Donc, ma question, ma question, quand est-ce que le parti socialiste fera sa mea culpa sur notre situation énergétique en France ? Merci. C'est de votre faute à vous et à vos amis les verts si nous sommes dans cette situation-là. Merci Claude. Vous nous excuserez.

20:42
Présentateur

Merci Claude pour cette question. Boris Vallaud vous répond.

20:46
Boris Vallaud

La question, c'est ce que je vais faire mon mea culpa. Écoutez, en tout cas, ce que je... Les socialistes. Ce que je... Oui, enfin, je...

20:51
Invité

Les décisions que vous avez prises sous François Hollande de fermer un certain nombre de réacteurs, de réduire la part du nucléaire à 50% avec les renouvelables dans la production d'énergie, toutes ces décisions-là et fait Sennheim qui a été fermée par Emmanuel Macron.

21:03
Boris Vallaud

Je crois en effet que collectivement, nous sommes en retard sur le développement des énergies renouvelables. Que nous avons un mur, presque un irrémédiable, qui nous fait face avec le réchauffement climatique. Et qu'il faut se retrousser les manches. C'est la raison pour laquelle, sur la question de la sobriété énergétique, des économies d'énergie, depuis 5 ans, nous avons travaillé. Et je crois pouvoir dire que les socialistes à l'Assemblée nationale ont fait une proposition qui est, de l'avis de beaucoup d'organisations, du collectif Rénovons notamment, la plus sérieuse pour atteindre notre objectif de neutralité carbone sur le logement.

Voilà pourquoi nous nous engageons sur la question de cette loi que nous débattons aujourd'hui d'accélération des énergies renouvelables. Parce que nous en avons besoin.

21:40
Invité

Pardon, le projet de loi énergie renouvelable qui est actuellement à l'Assemblée nationale, est-ce que vous le voterez ou pas ?

21:44
Boris Vallaud

Nous sommes dans des discussions exigeantes. Nous tenons à cette accélération des énergies renouvelables. Pas n'importe comment. Il y a un certain nombre de points durs sur lesquels nous continuons de discuter avec la majorité, avec l'exécutif, avec les autres groupes, notamment de gauche. C'est la question du partage de la valeur, parce que ça crée beaucoup d'argent, et la question de la planification locale, et notamment de l'usage des terres. Nous voulons qu'il y ait de la régulation pour pas qu'il n'y ait concurrence entre le terrain agricole et le terrain, par exemple, photovoltaïque. parce que vous meurez bien que ça peut déstabiliser le marché du français agricole.

22:21
Invité

Donc vous êtes en train de débattre avec le gouvernement

22:23
Boris Vallaud

pour avoir la meilleure loi possible, une loi dont on soit fier dans dix ans, en se disant on a réussi.

22:29
Présentateur

Question rapide sur les possibles coupures de courant en janvier. Pas de panique, a dit le président dans un premier temps. Nettement plus en colère hier. Il a dénoncé un débat absurde. Stop au scénario de la peur. On est une grande puissance, on va tenir. Il vous a rassuré ?

22:43
Boris Vallaud

D'une manière générale, Emmanuel Macron me rassure rarement. Mais ce que je peux dire, c'est que bien sûr qu'il ne faut pas paniquer. En revanche, la meilleure façon de ne pas paniquer, c'est d'avoir de la clarté sur la situation dans laquelle nous en sommes. On a une circulaire adressée au préfet fin novembre. L'Allemagne a commencé à réfléchir à cette question-là en septembre. Donc qu'il y ait de la clarté, qu'il y ait de la transparence, qu'il y ait de la compréhension, qu'il n'y ait pas des situations totalement buées. Est-ce qu'on se demande si les Français qui sont sous respirateur vont être coupés ou pas ? Bien sûr que non, dit le gouvernement.

Et j'espère qu'effectivement, c'est le cas.

23:13
Invité

Deux questions ultra rapides d'actualité en une minute. Sur les masques, est-ce que vous êtes pour le retour de l'obligation des masques dans le transport ou non ? Écoutez,

23:20
Boris Vallaud

moi j'ai fait en sorte de ne jamais m'improviser autorité sanitaire. On a des autorités sanitaires bien plus compétentes que moi sur ce sujet-là. Donc voyons ce qu'elle dit.

23:28
Invité

Elisabeth Borne, ce matin, qui confirme l'indemnité carburant 100 euros l'année prochaine à partir de janvier pour les 10 millions de Français qui utilisent leur voiture. Ça va dans le bon sens ?

23:37
Boris Vallaud

Oui, tant mieux pour ceux qui vont l'apercevoir. Mais je remets sur la table une question que le gouvernement esquive qui est celle du partage de la valeur, partage de la richesse dans l'entreprise et donc de l'augmentation des salaires. Je préfère toujours des salaires à des chèques et à des primes.

23:51
Présentateur

Et un dernier mot sur le gouvernement qui menace la maire de Paris, Anne Hidalgo, d'une mise sous tutelle pour mauvaise gestion de son budget. Vous répondez quoi aux attaques qu'elle subit ?

24:00
Boris Vallaud

Je réponds à tous ces candidats putatifs à l'élection municipale à Paris qui feraient bien de se hisser à la hauteur de ce que doit être la maire de Paris et qu'ils arrêtent les basses polémiques.

24:11
Invité

Vous allez regarder le quart de finale France-Grande-Bretagne ou vous vous boycotez ?

24:15
Boris Vallaud

Non, non, je ne boycote pas. Je ne demande pas à ceux qui aiment le foot de prendre à la place des politiques des décisions qu'ils n'ont pas prises.

24:22
Invité

Donc vous allez regarder ?

24:23
Boris Vallaud

Je regarderai. Je ne sais pas où je serai à ce moment-là. Je n'ai vu aucune des finales que la France a gagnée donc je me dis peut-être parce que je n'ai pas regardé donc faut-il que je regarde ?

24:33
Auditeur

Peut-être ce sera bon cette année. Le quart de finale c'est samedi soir pour votre info.

24:38
Présentateur

Merci Boris Malot pour votre invitation. Président du groupe Socialiste à l'Assemblée Nationale 8h46.

24:45
Auditeur

France Inter