Au secours, je suis ringard !
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J'ai découvert cette semaine, en lisant le Parisien, que mettre un emoji pouce levé derrière un message, c'était un truc de boomer. Et ça m'a secoué parce que j'en mets partout, avec aussi celui qui tire la langue, tout aussi boomer. Et quand j'ai levé le nez, demandé à mes jeunes collègues de bureau s'ils le savaient, j'ai bien vu une sorte de pitié dans le regard de Marius qui a 26 ans. Et ça a été encore pire quand je lui ai dit que je disais toujours nickel-chrome. J'ai voulu faire genre en disant cringe au lieu de gênant, jusqu'à ce que je réalise que je disais cringe et pas cringe. Donc retour à la case ringarde, retour au regard désolé de Marius, zéro autorité.
Je me sens has-been alors que c'est has-been de dire has-been, je dis adonf alors qu'apparemment il ne faut pas. Je n'ai rien compris aux histoires d'emoji peints qui semblent-ils sont un nouveau système de drague. Encore moins ce truc qu'on appelle le 6-7 en secouant les deux mains, cela dit, paraît que c'est déjà fini, pour moi ça me va bien. Je me sens un peu dans la peau de François Mitterrand devant mon rousie qui dit câblé et pas branché. Mais rien que la ref fait de moi la déesse des boumeuses. Parce que même Pierre qui a passé 30 ans n'avait évidemment jamais entendu parler de cette histoire.
En fait, c'est un peu comme si chaque génération inventait un vocabulaire qui l'a différencié de celle d'avant pour n'être intelligible que par elle-même. Et ringardiser immédiatement la précédente. Il y va des mots comme des fringues, comme des goûts, comme de ce qui est tellement moche ou tellement ringard. Des supports pour écouter la musique, de la façon d'interagir sur les réseaux sociaux, de choisir son réseau social. Chaque geste de la vie fait de nous le ringard de quelqu'un d'autre. Dès que le code devient celui de quelqu'un, alors il devient ringard et il faut donc en changer. Et c'est là-dessus qu'on va tourner ce soir. D'abord, est-ce que c'est vraiment grave ?
Et d'ailleurs, est-ce qu'on dit ringard ? Moi, j'ai l'impression que Boomer est désormais entré dans la conversation pour parler d'un vieux largué, même quand le vieux largué a 35 ans. Ne me laissez pas toute seule, soignons ringard tous ensemble. Je vous insouplie, c'est le téléphone sonne, soyez les bienvenus.
Le téléphone sonne. 01 45 24 7000
Allez Gabin, bonsoir, c'est vous le premier. Soyez le bienvenu Gabin. Bonsoir, merci beaucoup. Voilà, avec un prénom comme ça Gabin, on va tous être ringardisés dans la seconde qui suit. On vous écoute avec grand plaisir. Non, mais moi, ça m'a parlé beaucoup de ce sujet parce que plus ça allait, plus ma mère me comprenait de moins en moins. Et en fait, moi, c'est vrai que le niveau de l'expérience, je fais un mode de langage avec mes amis, beaucoup. Et donc, je me rends compte qu'il y a une vraie différence de langage et donc une différence de compréhension.
Alors qu'en soi, il y a même des trucs qui peuvent être plus vintage aujourd'hui qu'on utilisait avant, qu'on pourrait utiliser, mais qu'elles ne voient même pas de quoi il s'agit. C'est vrai qu'il y a une vraie frontière entre les âges. Est-ce que tu aurais un exemple ? Qu'est-ce qu'il y a de vintage aujourd'hui qui est certes vintage, mais devenu incompréhensible pour les adultes ? Là, je n'ai pas d'exemple concret, mais je sais que, par exemple, il y a beaucoup de trucs. Je sais que, par exemple, grailler, quand c'est revenu, je me suis rendu compte qu'en parlant avec mes oncles, que c'est un truc qui était utilisé dans les années 80-90, qui a arrêté d'être utilisé dans les années 2000.
Et en fait, aujourd'hui, on dit « je vais grailler un truc ». Et c'est un truc qui se disait beaucoup avant, mais que ma mère ne voit pas du tout qu'il s'agit. C'est horrible, parce que moi, je le dis. Donc, ça y est, je me suis déringardisée. Youpi ! J'ai une dernière question pour toi, Gabar, avant de te laisser, c'est promis. Moi, je voudrais savoir si, justement, quand le code devient admis et compréhensible, est-ce qu'il faut le changer ? Est-ce que c'est ça, aussi, le jeu ? Dès lors qu'on est compréhensible, il faut changer, parce que si tes parents te comprennent, en gros, il faut changer, quoi.
Moi, je n'ai pas beaucoup ça, parce que je suis assez proche de mes parents, notamment parce qu'ils sont jeunes et qu'ils m'en ont une très jeune. Donc, en vrai, même si on a des écarts, on n'est pas beaucoup dans ce besoin de ne pas du tout leur ressembler. Par contre, je sais que c'est vraiment le cas avec les générations à venir, notamment ma petite soeur qui, elle, me trouve moi-même boomer, alors que j'ai que 20 ans. Et que je me dis, bon, c'est vraiment l'hécatombe, parce que si même moi, je me retrouve à être boomer, c'est vraiment un faire pour du soir avec eux, quoi. Boomer à 20 ans, dans mes bras, Gabin, dans mes bras.
Merci beaucoup, merci vraiment pour cet appel, pour discuter ensemble autour de la table jusqu'à 20h. Il y a le rire que vous avez entendu, c'est celui de Julie Neveu, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes maîtresse de conférence en linguistique à Sorbonne Université. Vous avez notamment écrit avec la langue manuelle de survie linguistique aux co-éditions Grasset et France Inter. Il y a Alice Pfeiffer, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes journaliste spécialiste de la mode, autrice notamment de Le goût du moche. C'est paru chez Flammarion en 2021, mais ce qui était moche en 2021, je suppose toujours moche en 2026. Et encore que... Ah, ça a fait six fois le tour de la planète, déjà.
Ah bah voilà, vous en nous en parlerez, il y a Serge Guérin qui est avec nous, bonsoir. Bonsoir. Vous, vous êtes le vrai boomer de cette table, contrairement à Guérin, effectivement, qui lui a 20 ans. Vous êtes sociologue et spécialiste des questions liées au vieillissement, justement. Vous avez notamment écrit, quand le sexe n'a pas d'âge et l'amour non plus, on en fera bien un téléphone son un de ces jours, c'est édité par Michalon. Ce que je trouve génial, Julie Neveu, dans ce que nous dit Gabin, c'est... D'abord, le terme boomer. Pardon, on va s'arrêter là-dessus, quand même. Maintenant, on a la preuve, avec Gabin, qu'il y a un nouvel usage, une extension, c'est manquille.
C'est-à-dire que maintenant, ça marche, c'est sorti de la génération des boomers. Donc, oui, non, c'est génial, parce qu'on voit que la langue se recycle en permanence. C'est ce que le témoignage de Gabin nous permet de voir aussi, que je trouve merveilleux. C'est qu'au fond, quand on dit les jeunes, les jeunes, ça ne marche pas non plus, parce que c'est beaucoup plus fin que ça. C'est-à-dire que lui, 20 ans, donc, est perçu comme ringard par sa petite sœur.
Et je discutais de cette émission avec un collègue qui s'appelle Rémi Soulet, qui, lui, est spécialiste du langage des jeunes, qui me racontait le témoignage de pré-ado, donc 12-13 ans, qui lui disait, mais moi, c'est impossible maintenant de dire 6-7, donc ce geste dont vous parliez là, en disant 6-7, qui est une sorte de réaction qui a été diffusée à une vitesse incroyable durant les quelques derniers mois, parce que les plus petits, donc ceux qui sont en dessous de 8 ans... C'est devenu un truc de tout petit. Le disent aussi, oui, donc c'est devenu ringardisé. Mais pardon, est-ce qu'on peut s'arrêter une seconde ? Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce que ça veut dire 6-7 ?
Parce que moi aussi, je l'ai vu voir partout. C'est pour vous, Alice Fager ? J'ai aucune idée, je ne l'avais jamais entendue avant. Non, non, mais c'est mon plaisir. Il faut faire comme ça avec les mains aussi, dessus, dessous. C'est une sorte de geste qui est devenu viral sur Internet aussi, qui fait partie de ce que les jeunes appellent du brain rot, c'est-à-dire de la pourriture de cerveau. Et en fait, qui serait partie d'un geste de basketballeur, on ne sait pas trop, tout ça est assez nébuleux. Mais en tout cas, qui a remplacé le Kouakoube d'il y a deux ans pour marquer une sorte de réaction emphatique à une situation.
Après, ce que je trouve génial, c'est qu'on a toujours dit, Alice Fager, que la mode allait super vite, etc. Mais j'ai l'impression que les mots ont été beaucoup plus vite. Et je me demandais finalement si la rapidité des mots avait accéléré aussi la rapidité de ce qui est ringard, de ce qui est moche, de ce qui est importable, de ce qu'on devrait faire, etc. Est-ce que cette rapidité-là, qui ringardise immédiatement, ça marche aussi dans tous les secteurs, notamment dans celui qui est plutôt le vôtre ? Alors, pire, ça passe par une phase qu'on dit mainstream, c'est-à-dire normal ou normie. Et ça, c'est le pire. Dès qu'on a accès, dès que je peux moi-même m'appeler boomer, c'est fini.
Il y aura un autre mot pour me désigner derrière mon dos. Donc, je pense que dès que j'y ai accès, c'est fini. Et c'est donc cette connaissance où on pense pouvoir en jouer. Moi, je me suis dit, bon, très bien, je vais passer ma vie à m'habiller en noir avec des manteaux à cheveux, vu que j'écrivais sur le mauvais goût. Et même ça, ça a eu une époque, parce que j'ai eu des stagiaires qui m'ont dit, ça va, évanescence ? Donc, même gothique à Montreuil, ça se date également. Et pareil, je me suis dit, je vais faire du franglais à tout jamais. Et bien ça aussi, on m'a dit, ha, ha, ha, tes emojis sont tellement littéraux. Donc, on peut avoir le même téléphone, les mêmes stagiaires et pourtant.
Et je trouve ça tellement génial. L'emoji littéral, c'est un truc de vieux, ça, l'emoji littéral. Ah oui, tu es heureux, donc tu mets un smiley face, tu es content, tu mets un cœur. Et c'est ça, ce n'est pas bien. Oui, et ce que je trouve génial, c'est que dans la réappropriation, je vais venir à vous, Serge Guérin, je vous le promets, dans la réappropriation, j'ai l'impression, et ça marche au fond, encore une fois, sur le langage comme sur tout le reste, que désormais, il y a, les jeunes en ont mis une deuxième lecture, en fait. Et c'est ça qu'ils ringardisent. Au fond, on se met à faire du second degré avec des choses que nous, on joue au premier degré. Oui, tout à fait.
Donc, les usages plus jeunes, il y a cette réalité qu'il y a des mots qu'ils perçoivent eux-mêmes comme archaïques, mais qu'ils utilisent avec un second degré. Donc, Gabin, tout à l'heure en parlait, mais par exemple, non-obstant, c'est un mot qu'ils perçoivent comme un petit peu ringard, mais ils s'amusent à le dire. Donc, il y a beaucoup d'ironie. Et ça, c'est un des fossés générationnels, en effet. C'est-à-dire que la génération, Fabienne, vous allez mettre l'émoji qui rigole pour dire que vous rigolez vraiment, mais eux, ils vont mettre l'émoji qui pleurent, ou même plus petits, ils vont mettre la tête de mort pour dire qu'ils rigolent.
Donc, il y a des vrais contresens aussi à ce niveau-là qui permettent de savoir si, en fait, vous avez en face quelqu'un qui comprend vos codes à l'intérieur d'une communauté donnée. Qu'est-ce que ça vous fait, Serge Guerin, d'avoir perdu le terme de boomer au fond, d'avoir vu qu'il avait été réapproprié, remalaxé et rebougé ? Est-ce qu'on a le droit d'assumer, après tout, pourquoi pas, le terme de ringard ?
Ben oui, parce que, finalement, ça veut dire quoi d'être ringard ? Est-ce que le mot, déjà, lui-même, n'est pas hyper ringard ? Et puis, je suis ringard, mais peut-être que je suis ringard, c'est juste que je veux conserver quelque chose d'avant, par exemple. Oui, mais ce avant, il était bien. On parlait du vintage. Il y a des gens qui vont foutre des fortunes pour racheter quelque chose qui était porté avant par un ouvrier et qui ne lui coûtait rien. Et aujourd'hui, ils vont acheter des centaines d'euros pour le racheter. Donc, il y a aussi quelque chose... Donc, ça peut être très ringard d'être ringard.
On peut trouver les gens qui ne veulent pas être ringard, complètement ringard, de ne pas vouloir être ringard. On peut aussi jouer un petit peu avec ça. Donc, il y a un petit jeu là-dessus qui est assez intéressant parce que derrière, c'est quand même... On parle beaucoup d'obsolescence programmée. Et puis, ce n'est pas bien l'obsolescence. Sauf que là, finalement, six mois plus tard, il est déjà complètement obsolète. Donc, dans le langage, il y a une sorte de course à l'obsolescence. Mais comme plein de choses. Par exemple, j'ai des étudiants qui me disent « Ma petite soeur, elle m'a demandé comment j'avais pu avoir le bac sans IA ». Je suis en école de commerce.
Ils sont donc à trois ans près. Ils disent « Mais comment tu as réussi à avoir le bac sans passer par l'IA ? » Donc, il y a plein de choses qui sont... Donc, c'était quoi ? Ringard de passer le bac sans IA ? Ou au contraire, ils sont hyper fiers de pouvoir dire « Moi, je l'ai eu sans IA ». Même si maintenant, ils utilisent l'IA à fond. Donc, c'est plus compliqué. Et puis, quand même, cette histoire de boomer. On se rappelle, c'était « Ok, boomer », cette députée écolo qui dit à un autre « Ok, boomer, ferme ta gueule, vieux con ». C'est ça que ça voulait dire. Et finalement, aujourd'hui, le boomer est moins sur le « ok, boomer », moins sur cette critique-là. Il peut être sur autre chose.
C'est juste « À 20 ans, Gabin, on ne va pas l'accuser par rapport à la pollution ». Mais il peut y avoir des comportements de boomer.
Le ringard du ringard, en fait, j'ai une vœu. Est-ce que ce n'est pas celui qui sait qu'il a passé un certain âge et qu'il essaye de se raccrocher à un langage qui, finalement, n'est pas le sien ? Donc, est-ce qu'on n'a pas envie de nous dire à nous tous, à notre génération, continue à utiliser tes emojis au sens premier ? Parce qu'au fond, c'est de ton âge, quoi. Mais bien sûr. En fait, ce qui est intéressant, c'est que vous parliez du mot « ringard » tout à l'heure. Donc, ringard, il a le suffixe péjoratif « art » qu'on a dans « froussard », « vislard ». Donc, il porte déjà la critique.
Mais est-ce que, si on prend l'inverse, l'autre face, ce sera « branchouille », par exemple, c'est comme il est « ringard » ou « branchouille ». Et en fait, les deux, je trouve, les deux qualificatifs, si vous voulez, de la même façon, ils s'accrochent, ils dévalorisent la mode. Et en fait, pour moi, c'est une pensée très française. C'est-à-dire qu'il y a ce paradoxe qu'on est un pays qui produit des grands créateurs de mode, qui est la glamourise et qui l'exporte.
Et pour autant, on continue à penser que la mode, c'est frivole, alors qu'il s'agit de penser que la mode, c'est une modalité d'être, de paraître, de se construire, de se reconnaître parmi des pères et de porter un moment de l'histoire. Alors, ce qui est dur, pourquoi on n'aime pas se sentir ringard ? C'est le temps. C'est le temps qui passe, bien sûr. Mais bien sûr, ça signe notre âge. Voilà, c'est se sentir exclu. Mais si on est bien et qu'on a d'autres formes d'inclusion avec des gens de notre âge qui disent « ah ouais, je suis à donf », eh bien, on est bien, quoi. Et surtout, je pense qu'il faut renoncer à vouloir transmettre à tout prix.
C'est-à-dire que l'idée, c'est que quand quelqu'un en face de nous nous renvoie à notre ringardise, eh bien, qu'est-ce qui est frustré en nous ? Le besoin de transmettre. C'est en effet un refus d'hérité. C'est Barthes qui disait. Voilà, la mode, c'est le refus d'hérité. En gros, oui, mais pourquoi pas profiter d'être inscrit dans une époque. Et en effet, le langage, ça marche aussi dans le refus d'hérité. Je voudrais qu'on écoute Loïc avant de poursuivre. Bonsoir, Loïc.
Bonsoir, Fabienne. On vous écoute, Loïc. Bonsoir à tous. Alors, je vous appelle. Moi, c'est juste pour faire une réflexion. Je vais avoir 47 ans, donc je commence à être ringard. Ne riez pas, je m'en prie.
C'est comme une maladie. Ça vient comme les rides.
Moi, je voulais parler surtout, par exemple, du langage. J'ai une fille qui a 19 ans et on n'utilise pas du tout les mêmes expressions. Je suis extrêmement curieux et je revendique, enfin, je ne revendique pas, mais d'un côté, je me rends bien compte que les expressions que j'utilise, elles ne sont pas les siennes. Et du coup, je trouve ça très intéressant parce que du coup, je me rends compte que la langue française est très vivante et que certains concepts aussi évoluent en fonction, si on parle de la même chose, mais par exemple, mes collègues qui ont 30 ans plus que moi vont parler d'un flirt. Moi, je vais parler d'un rencard et ma gamine va parler d'un crush.
Et même si on parle de la même chose, j'ai tendance à penser qu'aussi la vision, le concept, lui, évolue. Et ce qui est très intéressant et très encourageant. Et puis, et voilà, je revendique, je trouve que c'est fascinant. Moi, je trouve ça fascinant et je n'essaye pas d'utiliser au dernier moment, en aucun cas, j'essaie d'utiliser les expressions de ma fille parce que là, pour le coup, je serais un gros ringard.
Vous avez bien raison. Merci beaucoup pour votre message, Loïc. Merci vraiment pour ajouter à ce qu'il dit. On a Jaz sur WhatsApp qui dit, en plus du langage, tout est très vite ringardisé. J'ai entendu dans la rue deux filles d'une vingtaine d'années, l'une disait à l'autre, je vais acheter des écouteurs filaires. Ça fait vintage. Qu'est-ce qu'on pense de cette phrase, Alice Pfeiffer ? Je suis tout à fait d'accord. Moi, j'avais des écouteurs filaires à la Fashion Week. On m'a dit, qu'est-ce que t'es radical. Et j'étais invitée à une soirée de Fashion Week et le thème, c'était 2018.
Et je crois que ce qui est intéressant, c'est que dans la mode, le mot mode vient de modernité qui veut dire l'instant présent. Mais en fait, on est à plein, plein, plein de temporalités différentes au moment d'une Fashion Week, sachant que le prêt-à-porter est vu un an avant, les tissus sont vus deux ans avant. Donc, 2026, ça a déjà deux ans de retard. Mais la vraie différence pour tous, c'est, le mot anglais, c'est self-awareness. Est-ce que tu en as conscience ? Est-ce que tu le fais de façon consciente ou pas ? J'ai une amie qui m'envoie une photo que je ne sais pas l'avait trouvée de moi.
Elle zoome sur mes pieds, elle me dit, en anglais, pour être hyper chic, me dit « Are you wearing non-ironic loafers ? Portes-tu des mocassins non ironiques ? » Si c'est un choix assez radical, sinon t'es une vieille conne. Et c'est un peu là où on se positionne tout le temps. Si tu as conscience que c'est un geste ringard, alors t'es dans le futur. Oui. Julie Neveux, là-dessus. La mode, c'est vrai que c'est, enfin, ce mouvement que tu décris, c'est-à-dire qu'il y a l'innovation, il y a la diffusion, et il y a ceux qui sont les premiers à diffuser, en fait. Et en gros, dans cette diffusion, il y a cette interrogation qui est présente.
Je mentionne juste un livre parce que les gens s'intéressent à ça, à la mode dans le langage. Il y a un livre dirigé par mon collègue Gilles Siouffi qui est super intéressant sur les modes langagières. Et en gros, il se demande ça, comment c'est diffusé et est-ce que c'est par mimétisme ou par imitation ? Et donc, il y a cette distinction. C'est-à-dire, par l'imitation, il y aurait ce degré de conscience et le mimétisme, ce serait, tu chopes une façon de parler, une façon de s'habiller, ça te plaît, mais de façon infraconsciente.
Et donc, je pense que peut-être dans la mode, il y a plus possibilité de conscientiser, en effet, d'avoir une posture ironique par rapport à certains choix qui sont faits. Et on ne sait jamais. On ne sait jamais. C'est un cheveu près. Donc, par défaut, on peut toujours se dire qu'on est iconique, qu'on n'est pas vieux, qu'on est rétro, qu'on est vintage. Mais si on le sait, c'est tout ça,
c'est à ce niveau-là. La force, ce serait la conscience. C'est intéressant. Paul Valéry qui disait être de son temps, c'est déjà être en retard. Donc finalement, il y a toujours cette course. C'est une critique de mode. Exactement. Il y a toujours cette course. Il faut être dans le coup. Mais si tu es trop vite dans le coup, tu es vite dépassé. Et comme ça va beaucoup plus vite qu'avant, il faut être dans le coup. Mais je rappelle aussi qu'on peut être dans le coup dans un endroit. Mais je ne sais pas moi, à 50 km de Paris, ce ne sera pas nécessairement exactement la même chose. À 400 km, ça peut être aussi selon qui je croise aussi.
Donc, il y a la question de la génération, des âges qui se découpent de plus en plus. Et puis, il y a aussi la question sociale, la question culturelle. Du coup, ce qui va être à la mode dans un endroit ne sera pas du tout à la mode dans un autre qui est peut-être à 500 mètres. Mais ce n'est pas les mêmes gens. Donc, on a aussi cet élément-là.
On a un message d'Alain sur l'île de l'Héron. Il a de la chance. Il dit, j'ai 57 ans, je suis équipe Pouce Levé. Donc déjà, je kiffe Alain. Je travaille avec des moins de 40 ans, dit-il. Et comment suivre la mode des émojis, des nouvelles expressions, etc. Est-ce qu'il y a même un site web ou quelque chose pour ne pas être le boomer de l'open space ? Et je trouve ça plutôt marrant et intéressant de se dire, est-ce qu'il n'y aurait pas au moins un glossaire, même si je n'utilise pas, quelque chose qui m'aide à comprendre ? Il y a peut-être un dictionnaire à écrire, je lui ne veux, sauf qu'il faut juste le réactualiser, tous les deux mois. Oui, c'est ça. Très vite, je suis en train d'hésiter.
Pardon, je me demande s'il n'y a pas un site d'émojis disponible. Et puis surtout, à partir du moment, s'ils deviennent disponibles, c'est ça qu'il faudrait dire à cette personne, à Alain, s'ils deviennent disponibles, par là même, ils ne peuvent plus porter leur fonction première qui serait de construire une identité sous-légitime, c'est-à-dire qui passe en dessous des radars, qui sert à se différencier et donc à n'être pas comprise de la norme, à échapper à la norme. À partir du moment où la mode se normalise, elle n'est plus autant à la mode, elle fait partie du système. Mais est-ce qu'on sait dire à quel moment les choses se ringardisent en fait ?
Parce qu'entre passer de mode, c'est une chose, se ringardiser, c'est autre chose. Est-ce qu'on est ringard plus vite ? Mais en même temps, ça ne dure pas longtemps si on voit revenir la même chose derrière. Est-ce qu'à quel moment ce mot prend sens aujourd'hui finalement ? Il y a une chose qui est sûre, c'est qu'il y a une corrélation avec la rapidité de la technologie. Et moi, ce qui me trahit toujours, c'est comment j'utilise mon iPhone. Je tape mes textos avec deux mains, apparemment, ça montre depuis combien de temps j'en ai un. Mon téléphone, je crois que j'ai les lettres en plus gros, j'ai trop de luminosité et je dis googliser et pas googler.
Ah là là, team Alice, team Alice, mais moi aussi je dis googliser, qu'est-ce qu'il faut dire ? Il faut dire googler. Il faut dire googler. Il ne faut pas dire contact. Au lieu de ? Je crois qu'il faut dire son snap, même si on n'en a pas, mais c'est comme ça qu'on s'échange de numéros. Ah. Voilà. Et les 06, on ne dit plus les 06 ? Ah bon, on ne dit plus les 06 ? On a déjà fait des 07 maintenant.
Oui, ça a évolué. Sérieusement,
on ne dit plus donne-moi ton 06 ?
Chez les boomers, oui, mais d'abord, aujourd'hui un iPhone, on ne l'utilise pas pour se téléphoner. Mais par ailleurs,
on ne se donne plus les numéros. On ne s'appelle plus de toute façon. On s'envoie sur les réseaux sociaux. Oui,
mais on ne se téléphone pas. Ça fait ringard de se téléphoner.
Et puis on ne s'envoie plus des photos. Airdrop, moi je ne sais toujours pas l'utiliser, mais apparemment, il paraît qu'il ne faut plus poster, je vous le dis, amis qui nous écoutez, il paraît qu'il ne faut plus poster de photos sur Instagram, déjà. Ah oui, page vide. Page vide ? Oui, tout en story. Plus rien. Donc que de l'écrit ? Non, je pense que de l'éphémère. Non, de l'éphémère. Ah oui, que de l'éphémère. Toujours dans l'idée d'ailleurs, ça ne dure pas. On peut quand même mettre une photo sur la story, on est d'accord. On peut mettre une photo sur la story, mais d'en préférence à un nom où on est introuvable.
Donc si on peut avoir une succession de consonnes, alors là, on est vraiment demain. Sylvie est avec nous. Bonsoir Sylvie. Oui, bonsoir. On vous écoute Sylvie. Oui, moi ce que je voulais dire, c'est que je travaille dans un collège, je suis principale d'un collège, et donc je côtoie des jeunes, des petits ados en fait, 10 à 15 ans, tous les jours, j'en vois beaucoup, j'entends beaucoup leur vocabulaire, donc je connais une partie de leur vocabulaire, mais c'est pour rassurer tous les ringards dont je fais partie. De toute façon, si on les utilise, on a encore plus ringards que si on ne les utilise pas tous ces mots.
Donc évidemment, je ne me permets pas de le faire devant les élèves parce que ce serait complètement ridicule, mais même quand je dis un mot ou deux entendus au collège à mes enfants, qui eux ont une petite trentaine d'années, ils me disent non mais maman arrête, tu ne peux pas dire un truc pareil, c'est totalement ridicule. Et cette planche, merci beaucoup Sylvie, peut-être que vous le savez, d'ailleurs Sylvie, il y a cette planche absolument géniale dans un Agrippine de Bré-Téchet où sa mère essaie de dire giga et elle ne le dit pas du tout à propos, et cette réplique absolument géniale, c'est bon, continue à dire giga. Ça fait mal.
Voici Paul qui ira dans la continuité de ce que nous dit Sylvie et qui dit moi j'ai juste une réflexion à quoi bon essayer d'être dans le coup si justement le but pour les nouvelles générations est de se distinguer des précédentes. Et il a raison. Il a tout à fait raison. Il a tout à fait raison.
Et ce que Sylvie souligne et c'est ce que vous disiez Fabienne en intro sur le fait de dire gringe au lieu de cringe, c'est qu'en fait il n'y a pas que le lexique, il n'y a pas que le mot, il n'y a pas que l'info sur le mot qu'il faut dire, il y a aussi la façon de le dire, il y a la prosodie, la phonétique, la durée des voyelles, et tout ça, c'est ça l'ensemble de ce qui peut être propagé, diffusé à l'intérieur d'un groupe mais qui se côtoie beaucoup, c'est-à-dire ça ne suffit pas d'entendre quelqu'un et de comprendre ce que ça veut dire pour pouvoir le réutiliser de la même façon. Mais qu'est-ce qui adoube une expression ? Est-ce qu'on sait ça ? Est-ce qu'on sait...
À quel moment ça devient une expression et même si c'est super éphémère parce qu'en plus effectivement la mode est à l'éphémère sur WhatsApp, sur Snap et le reste, à quel moment il faut combien de durée d'existence désormais pour qu'un mot tourne on va dire ?
C'est hyper rapide. C'est quelques semaines. Quelques semaines je dirais.
Je dirais quelques semaines aussi. Honnêtement...
Et ça ne dure pas plus longtemps d'ailleurs parfois que quelques semaines encore.
Oui. En fait je pense que ce que j'essaie de décrire dans le bouquin c'est vraiment la tension entre l'histoire et le changement et le renouvellement et pour moi un mot prend quand même en raison d'une certaine mode mais c'est-à-dire un air du temps, une sensibilité, des enjeux, des problématiques et donc il parle à un certain locuteur à un moment donné. Et puis il y a une expressivité aussi dont on a besoin qu'on a besoin de renouveler et quand elle s'use on la remplace. C'est vraiment une sorte de cycle permanent de la langue. La langue vraiment très écologique. Et donc le mot prend quand il remplit une fonction dans un contexte socio-culturel donné.
Donc 6x7 a pris pour marquer une sorte de réaction emphatique dans une situation. Il y a eu quoi couber pour les plus petits aussi qui venaient piéger et qui servaient... En fait ils servent à chaque fois une fonctionnalité spécifique d'un contexte.
Mais ça permet de se distinguer dans les deux sens. Ce que disait l'intervenant à la patronne de collège je vais être ridicule. Sylvie. Je vais être ridicule mais c'est aussi après tout utiliser, garder les mots qu'en tant que boomer on a l'habitude de prendre ça permet de dire aussi ben oui je suis différent je ne cherche pas non plus. C'est-à-dire que chacun est d'une certaine manière à sa place. Après il faut être d'accord sur les mots pour arriver à dialoguer. Mais pour le reste c'est aussi l'idée que je garde ce mot-là.
Après, allez-y pardon. Non c'était juste pour une autre hypothèse sur pourquoi les mots certains mots sont diffusés et ils marchent. Par exemple si on prend cringe qui moi me plaît bien aussi mais c'est ce qui correspond à cette sensibilité aujourd'hui aux situations malaisantes. Donc on a malaisant, gênant, cringe, tout ça. fait partie d'un champ lexical qui devient plus dense pour pouvoir caractériser des relations qui ne sont pas... Avec de l'humour aussi. Mais est-ce que ça veut dire qu'il y a des choses qui ne rentrent jamais dans la case ringard ?
Par exemple il y a des mots quand le verlan est né personne n'utilisait et puis doucement oui et puis on se retrouve avec un mot comme relou par exemple qu'on utilise encore aujourd'hui le verlan a combien ? 20 ans ? 25 ans ? Beaucoup plus. Et donc relou ça reste. Qu'est-ce qui fait qu'il y a des choses et c'est peut-être pareil dans la mode et dans le reste qui ne rentrent pas dans la case ringard ? Ça louvoie et ça ne rentre jamais dans la case ringard. Ce que je remarque moi c'est qu'aujourd'hui comparé à ma génération tout le monde parle anglais et tout le monde parle globe-ish en fait.
Donc en fait j'ai travaillé dans le magazine Nylon qui vise les tout tout jeunes adultes fin de l'adolescence et c'était Bufferanglais qui est exactement la langue qu'on parle et donc c'est aussi l'arrivée non seulement de l'anglais mais donc d'émotions anglo-saxonnes je me dis toujours cringe en fait ça vient d'un vocabulaire où la honte est très présente oui c'est très anglais c'est anglais c'est américain c'est pas tellement chez nous et je pense à d'autres choses comme YOLO ou SWAG bon ben c'est américain et ce qu'on a exactement ce rapport à on ne va pas dire carpe diem mais dans l'idée ça correspond à des moments culturels qu'on n'a pas encore ici et qu'on ne s'est pas exprimés.
Donc ça va plus vite chez les anglo-saxons vous voulez dire ?
Je pense que ce ne sont pas les mêmes émotions exactement et je pense que la distance entre les gens la distance entre les gens la gêne l'espace qu'on donne aux gens n'est pas le même mais ça c'est importé il y a une pudeur qui vient aussi d'autres endroits et on doit quand même la coulifier donc on le dit en anglais la coulifier je pense que ce qui ne devient pas un garde peut-être une hypothèse mais c'est en effet ce qui réussit à passer les générations assez vite à franchir à se diffuser très vite et donc à devenir une norme et pas être un garde dans ma bouche comme dans celle de ma nièce qui a 30 ans ou de Marius qui en a 26 de ouf ou ouf ah bah voilà Marius on n'est pas fiers de toi Marius Marius est-ce que de ouf de ouf j'ai pas l'air de le dire au bureau si oui si je pense que de ouf c'est pas ringard ah non c'est Adonf qui était ringard ouais Adonf c'est complètement ringard vous avez vu la tête de Marius
mais le verlan passe beaucoup pour plein de gens comme ringard c'est aussi la question du populaire vers le bourgeois qui est aussi un élément des mots qui étaient dans le monde ouvrier par exemple qui vont dans le mode bourgeois ou à l'inverse donc il y a aussi ces passages-là de frontières culturelles de frontières sociales mais ce qui est marrant c'est par rapport aux prénoms par exemple Gabin c'est quand même 1920 et puis hop on le retrouve aussi aujourd'hui c'est-à-dire qu'il y a des prénoms qui étaient ringards à un moment donné et puis qui vont revenir je sais pas Léopold à un moment donné personne n'appellerait son gosse Léopold aujourd'hui chez les bobos et tout ça ça va beaucoup se porter donc il y a aussi des éléments aussi de l'histoire de ce que ça représente et puis après ça représente autre chose donc le même mot mais en fait finalement il porte autre chose
regardez on a un auditeur qui dit bon ben déjà il faut peut-être changer le nom de votre émission est-ce qu'il ne faut pas dire plutôt que le téléphone sonne mais le smartphone est-ce qu'il faut y réfléchir ou pas et moi je trouve que c'est intéressant ça parce que toutes les saisons on en parle et à la fin c'est bien sûr qu'un téléphone qui sonne ça a l'air totalement ringard et en même temps tout ce qui se passe à l'intérieur de cette émission est tout sauf ringard donc en fait on le garde c'est pas ça la leçon en fait que le nom n'entraîne pas la ringarditude du fond il y a quelque chose derrière
le masque et la plume c'est hyper fort ça n'a pas changé ça et même si les gens portent moins de masques ou à d'autres moments la plume n'empêche que ça renvoie à quelque chose qui finalement a une histoire mais c'est comme l'histoire du livre quand je demande par exemple dessinez-moi un seigneur c'est quoi l'image ils vont mettre une canne mais dessinez-moi l'expérience c'est majoritairement un livre même si les gens ne lisent pas il y a quelque chose qui se passe donc il y a une tradition une histoire un enracinement et je pense que les mots comme ça quand ils sont hyper enracinés finalement ils ne peuvent pas être ringards parce qu'ils sont autre chose
on a Estelle qui nous dit j'adore l'émission de ce sort parce que rien que le fait qu'on se demande ce qui est ringard si ce qui est ringard est ringard c'est donc une mise en abîme de la ringardise et ça me fait beaucoup rire et on est en train effectivement de creuser derrière la ringardise
nous sommes dans la ringarditude
dans la ringarditude la blague que j'ai jamais réussi à faire c'est que je voulais faire une soirée qui est une soirée mise en abîme on arrive à habiller en soi-même d'il y a un an et à quoi ça ressemblerait du coup est-ce que je serais habillée en parisienne je ne sais pas mais j'aime beaucoup l'idée d'arriver en soi-même l'année dernière mais à quoi ça ressemblerait vous vouliez ajouter quelque chose Julie Neveu oui par rapport à votre question sur le téléphone sonne c'est vrai que c'est en fait les expressions comme ça qui sont identifiées comme associées à un contexte c'est-à-dire quelqu'un appelle et intervient finalement c'est ça qu'on comprend avec le titre de votre émission c'est le téléphone sonne c'est-à-dire qu'il y a des auditeurs qui vont participer c'est participatif et donc c'est ça qu'on retient bien plus que en effet la réalité technologique qui serait désignée par le mot de téléphone donc c'est l'ensemble de l'expression et ça c'est très fréquent de voir que le langage reste et que les réalités technologiques elles et bien changent et pourtant le langage continue à se faire comprendre comme ça puisqu'il y a cette histoire-là qui est très importante et je me demande à quel point la technologie vieillit pas si mal dans les bons films chans-à-matrix parce qu'en fait ça ouvre des questions philosophiques beaucoup plus larges quand on dit follow the white rabbit c'est quelque chose sur et les lumières et Platon et une prise de conscience on continue de s'y trouver et le téléphone sonne est-ce que c'est une grande métaphore sur quelque chose qui est moi aussi j'espère que le mien sonnera mais en fait je pense qu'on dit souvent et la technologie et les films de science-fiction ne sont jamais des films sur la science-fiction mais sur la conscience donc qui sait on a Céline qui nous écoute et qui veut nous aider peut-être qu'on lui a fait pitié à certains égards avec certaines expressions et elle nous explique Kwakube ou Six-Seven par exemple c'est un peu comme notre hockey après la génération des visiteurs elle dit c'est le je suis ton père de Star Wars donc c'est des phrases qui restent dans un film sauf qu'aujourd'hui ces expressions viennent de TikTok pour la plupart et peut-être en effet avancent plus vite et c'est assez juste en fait ce qu'elle nous raconte Céline, non ?
Julie Neveu ? Oui tout à fait c'est-à-dire que la source la provision là où il y a une génération il y a la machine à générer des nouvelles expressions maintenant c'est les réseaux sociaux c'est complètement TikTok et en effet il y a une référence culturelle donc en gros t'as la ref ou tu l'as pas et si tu l'as produit en la déformant déjà c'est fichu J'ai 66 ans nous dit Isabelle et je n'ai jamais souvenir d'avoir eu un langage très décalé avec celui de mes parents peut-être parce qu'au fond je ne cherchais pas à être à la mode et ni donc à ringardiser les parents et pourtant Julie Neveu Madame la linguiste le langage a évolué tout le temps donc est-ce que...
Mais oui je pense qu'Isabelle ne se souvient pas parce que comme je disais tout à l'heure il n'y a pas nécessairement une conscientisation du tout mais elle devait sans doute avoir des expressions qu'elle utilisait avec ses amis qu'elle n'utilisait pas avec ses parents il suffit sans avoir intégrer un besoin de se rebeller ou de dévaloriser le langage des parents il y a forcément un moment où dans la construction identitaire il y a ce besoin néanmoins de savoir qui on est comment on est comment on apparaît quels sont les langages les mots les expressions les façons de parler Mais l'indépendance passe par les mots l'indépendance passe par les fringues par le choix de se différencier aussi c'est par là que passe l'indépendance au fond non ou pas ?
Et l'indépendance de l'indépendance de sa mère donc si sa mère s'est rebellée d'une façon on va forcément le faire d'une autre si notre mère a été punk on va vouloir se déguiser en bourgeois et c'est oui c'est la différence de la différence après c'est des toutes petites choses ça va être j'ai réalisé que le mot urs était très connoté d'une génération ou dug est-ce qu'on se l'aurait approprié est-ce que c'est aussi l'Europe qui a bougé mais en tout cas dans la mode je ne sais pas ce que ça veut dire c'est plus du tout c'est la culture Erasmus arrivée entre temps tout le monde parle de master on fait des MBA d'accord un dug comme le dug les deux années d'études j'avais pas compris attendez c'est pas juste une traduction aussi c'est un monde entier qui a changé
ça peut pas être les mêmes références par rapport à ça mais il faut se dire aussi que ça va beaucoup plus vite pour la dame qui est appelée à 66 ans les mots changeaient moins vite qu'aujourd'hui aujourd'hui en quelques semaines encore une fois à l'époque c'était quand même plus lent plus lent à se faire donc il y a aussi cet élément là qui est encore une fois une notion d'obsolescence ça va beaucoup plus vite parce qu'il faut aller beaucoup plus vite il y a une espèce de jeu avec ça mais finalement c'est une forme de rébellion douce ça va quand même pas pas trop loin c'est ça la rébellion c'est quand même calme mais il y a aussi ce petit truc là on se crée chacun son petit monde à soi mais en même temps avec des passerelles ou pas avec le jeu aussi il fait la bonne passerelle ou il fait pas la bonne passerelle donc d'assumer aussi le mot je le connais pas expliquez moi ah oui d'accord en fait moi je disais ça et puis voilà ah vous disiez ça et parfois les gens d'ailleurs le gardent ça peut être marrant donc on joue au fait chacun avec cette mosaïque
il y a Sandrine qui fait une remarque que je trouve très juste sur Whatsapp et qui dit l'icône pour enregistrer sur ordinateur est également un élément ringard puisque c'est une disquette et il reste mille pistes en fait de nos vies d'avant et donc ce qui alors qu'avoir une disquette enfin une disquette c'est pas ringard c'est super vintage en réalité non c'est aussi se prendre en vent à une époque aussi je crois d'avoir une disquette ah bon une disquette oui je crois que c'était ce
un morgarde
moi je suis de la génération râteau oui là il y avait le côté
plus agricole puis après le râteau c'était la terre puis après la disquette c'était plus les technologies peut-être c'est ça un truc avec ça
mais est-ce qu'on est toujours du coup le ringard de l'autre en fait est-ce qu'on est toujours vraiment le ringard de sa génération d'avant je repense à la question de Gabin au début qui était moi je pense j'avais l'impression au début peut-être nous dans notre jeunesse on est le ringard la génération d'avant est ringarde et puis on est le ringard la génération d'après aujourd'hui Gabin est le ringard de sa petite soeur qui a à peine 5 ans de moins que lui en fait c'est ça la différence aussi aujourd'hui dans la ringardise oui c'est possible je suis d'accord qu'il y ait des usages différenciés et qu'ils puissent comme ça se construire en opposition avec une échéance de 5 ans de péremption une échéance de péremption comme ça c'est les jeux vidéo
les jeux vidéo c'est vraiment l'élément de mon temps il y a 20 ans il avait expliqué de mon temps on jouait avec et aujourd'hui c'est celui-là et donc c'est pas la même chose c'est pas bien ou c'est bien donc il y a les technologies les loisirs sont tellement plus changeants que 3 ans 5 ans ça peut largement suffire à se différencier mais à l'inverse ça peut être aussi ah mais c'était intéressant ce qu'ils faisaient avant et donc je vais retrouver un plaisir un jeu plus simple peut-être mais qui m'intéresse donc parfois c'est l'inverse la vieille technologie va devenir hyper moderne parce qu'elle est un petit peu différente et donc des gens très jeunes vont y jouer et entre eux vont se créer un truc et nous on se marre aussi avec ça je sais pas si se marrer est un bon terme un terme très très boomer je pense
et après qui décide de ce qu'est ringard ou pas en fait qui est le grand ordinateur de la ringarditude alors moi ce que je vois dans la mode en tout cas c'est qu'on a pris une conscience qu'on avait jamais qui est la question de l'appropriation culturelle et la mode a toujours cité c'est toujours distingué en citant des cultures qui sont pas les nôtres et là on fait très très très attention et les seules choses qui sont pas offensantes comme on dit c'est la génération d'avant donc on préfère jouer avec le mauvais goût parce que ce sera pas problématique parce que ça n'offense personne ça n'offense personne bon ça c'est plus compliqué je pense parce qu'il faut faire très attention quand même à ce qu'on cite mais si c'est juste notre maman c'est plus politiquement correct en tout cas donc c'est vrai que le champ c'est resserré alors notre émission on parle de ringardisme mais Julie Neveu c'est au fond presque un raccourci qu'un mot soit passé de mode qui soit plus utilisé qui soit changé mais est-ce qu'un mot peut être ringard en fait réellement ?
Mais en soi non bien sûr et vous l'avez dit plusieurs fois c'est vraiment seulement la perception en fait c'est un sentiment un sentiment une qualité une caractérisation complètement intersubjective phénoménologique c'est quelqu'un qui perçoit quelqu'un d'autre comme étant ringard mais sans doute parce qu'il essaie justement peut-être d'aller sur son terrain ce que je trouve intéressant avec cette notion de ringardise c'est qu'au fond elle nous renvoie à cette altérité fondamentale que porte une langue vivante c'est-à-dire qu'une langue vivante elle est en évolution et donc elle est sans arrêt vouée à prendre des formes qui nous mettent sur le bord quoi qui nous mettent sur la touche où on ne comprend pas où on voit que d'autres personnes parlent différemment plus jeunes que nous donc elles n'ont et cette évolution elle se construit par rupture on a l'impression que c'est une continuité mais en fait c'est aussi des ruptures c'est finalement je pense que ce qui se passe avec les réseaux sociaux aussi c'est qu'il y a de plus en plus d'horizontalité et donc cette diffusion non seulement elle est plus rapide mais elle est plus horizontale or tout ça va vers l'accélération d'une ringardisation puisque vous voyez c'est l'axe vertical qui est rompu et l'axe horizontal qui lui n'arrête pas de proliférer
mais ça peut revenir dans l'autre sens
et ça revient bien sûr dans l'autre sens recyclage bien sûr recyclage c'est des ringards et maintenant super moderne très ancien qui était utilisé l'économie circulaire oui c'est vrai et vous voyez on s'est amusé avec Claire Bré-Téchet tout à l'heure les darons et les darons moi je les ai lus à cette période-là mais Claire Bré-Téchet c'est la fin des années 80 la fin des années 70 le début des années 80 ce mot a disparu et désormais poum le revoilà de façon très neutre en tête du peloton oui tout à fait on a encore un appel mais allez-y Alice Préfière vous voulez rajouter quelque chose je me souviens de Tonton Jean-Mille je pense que je suis devenue Tonton Jean-Mille et Tonton Jean-Mille chez Claire Bré-Téchet c'est le tonton qui n'est pas marié qui a une queue de cheval c'est moi j'y suis et je pense effectivement c'est des choses qui se retrouvent parce que New Age est-ce que c'est ringard c'est en train de revenir donc en fait on découvre vous ne me regardez pas
je n'aurai pas de queue de cheval
mais je peux vous prêter la mienne mais les vraies bonnes solutions en fait ont aussi été trouvées par les générations d'avant allez il nous reste peu de temps mais on a du temps pour vous Magali bonsoir bonsoir on vous écoute soyez la bienvenue alors moi je disais que j'assume totalement d'être ringarde j'utilise les émojis le pouce levé le coeur au premier degré je crois que j'ai traumatisé tous les éditeurs avec le coup du pouce levé je n'utilise pas les stories d'Instagram je ne mets que des publications avec des photos mais par contre je trouve que là où on est foutu c'est si on commence à dire que la génération en dessous c'était mieux avant ils ne sont pas comme nous ils ne savent pas etc là on est foutu complètement merci Magali ils ne savent pas ils parlent mal nous on parlait mieux français etc c'est là qu'on est sur la mauvaise pandémie alors c'est le risque
de passer de ringard à vieux con
oui alors exactement il y a un petit risque avec ça le passage c'est celui-là il nous reste deux minutes j'aimerais bien qu'on explicite ça quel est le moment où on passe de ringard à vieux con ah bah c'est la vengeance en effet c'est la vengeance c'est la vengeance c'est la vengeance d'être mis sur le banc et donc on construit des discours déclinistes on dit mais en fait on construit on projette de la valeur sur ce qui était nos usages en oubliant qu'en effet les usages sont faits pour être usés moi je me demandais récemment est-ce qu'il y a des émotions ringardes je me dis qu'est-ce qui est super ringardes j'ai plus créé sur la drague cavalier c'est ringard main baladeuse incorrigible ou baiser volé ou c'est forceur et vieux con et ça aussi c'est plus qu'une époque c'est vraiment à garder dans le passé c'était quoi le premier mot le premier mot que vous avez utilisé ?
cavalier cavalier ça c'est super ringard bah c'est juste c'est plus après mi-tout en fait c'est plus que cavalier bah non et puis c'est au-delà de vintage on a passé cette barrière mais c'est vrai que du coup si la culture de drague s'actualise c'est aussi ça ça prend une autre couleur c'est charot maintenant voilà encore des mots que je ne comprends pas
la vitesse des termes encore une fois c'est la vitesse derrière tout ça il y a un rapport à la vitesse il faut aller de plus en plus vite il faut être au courant pour ne pas être dépassé il faut être presque en avance mais quand on est en avance finalement très vite on est dépassé donc c'est aussi le côté à mal vivre le fait d'être tout le temps en formule 1 des mots donc il y a un truc avec ça et de temps en temps ça revient ça qui vient encore une fois comme les prénoms notre ami gamin hop et ça revient 30 ans 50 ans plus tard bing on retrouve qui ne peut pas tient nécessairement la même chose mais qui réexiste
ce sera la dernière la dernière le mot d'auditeur pardonnez-moi ma fille de 14 ans ne cesse de se moquer de mon père et moi elle nous traite de pire que des ringards et de démodés c'est intéressant la différence entre les deux si elle va à une fête elle espère qu'il y aura du pain ça veut dire donc des garçons qui lui plairont et c'est vrai que là-dessus on est largué il y a cet imbécile de Thomas de l'autre côté de la vide qui m'a envoyé un pain par SMS tout à l'heure merci à tous vraiment merci à Flore Catala merci à Pierre De Certaines à Marius Serriès même s'il a été très méchant il s'est beaucoup moqué à Nathalie Poitvin et à Ryan Saibi ce soir à Thomas Languin bien sûr à la réalisation et à Mathias Dubois pour le site et la doc