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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 7 janvier 2023 20 min

Le projet de loi sur les énergies renouvelables "nécessite encore des améliorations"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Et ce sera mardi à l'Assemblée nationale. Les députés voteront pour ou contre le projet de loi d'accélération des énergies renouvelables. Un texte dont les écologistes estiment qu'il n'est pas assez ambitieux. On va voir pourquoi ce matin avec nos trois invités. Morgane, pied derrière, de France Nature Environnement. Vous êtes la responsable du plaidoyer et des relations institutionnelles. Fanny Lacroix, maire de Châtel-Entrieve-en-Isère, maire Modem. Et vous êtes aussi vice-présidente des maires ruraux de France. Et Jules Nyssen, le président du syndicat des énergies renouvelables. Bonjour à tous les trois. Bonjour. Morgane, pied derrière.

De façon globale d'abord, qu'est-ce qui ne convient pas à la filière environnementale dans ce projet de loi sur les énergies renouvelables ?

0:53
Invité

Alors, ce projet de loi, on avait des grosses attentes parce qu'on est dans un contexte où il y a une double urgence. Il y a l'urgence de développer les énergies renouvelables parce qu'on est à un stade où on ne peut plus s'en passer. On ne peut plus s'en passer pour plein de raisons, pour le climat, pour le porte-monnaie des Français, pour éviter d'avoir un risque de black-out comme on a cet hiver à chaque hiver. Donc, on ne peut plus s'en passer de ces énergies renouvelables. Donc, on avait des grosses attentes d'accélération.

Mais il y a un autre gros enjeu qui est la préservation de la biodiversité, la préservation du vivant, qu'on ne peut pas non plus ignorer parce que tout bêtement, il s'agit de préserver notre capacité à nous nourrir, à nous vêtir, à avoir de l'eau, de l'air, etc. Donc, pour nous, face à l'effondrement de la biodiversité en cours, tout le challenge de ce projet de loi, c'était de réussir pour le point d'équilibre entre ces deux gros enjeux.

1:37
Présentateur

Et ce n'est pas réussi ?

1:38
Invité

Pour nous, ce n'est pas réussi. En tout cas, il nécessite encore beaucoup d'amélioration. Il y avait deux gros points sur lesquels on avait des attentes. Le premier, c'était la planification. Nous, ce qu'on attendait, c'était qu'on propose un pacte, qu'on dise au territoire, maintenant, on n'a plus le choix. Chacun doit prendre sa part. On n'a plus le choix de se dire, on fait ou on ne fait pas des énergies renouvelables. Tout le monde doit y aller. Mais par contre, on vous donne le choix de comment et où vous voulez faire ces énergies renouvelables. Et donc, on se mettait d'accord sur des zones d'accélération, des zones où on les met.

Ces zones, elles existent dans la loi, mais pour l'instant, c'est une planification qui ne nous convient pas parce que trop longue.

2:12
Présentateur

Les zones, on va y revenir. Fanny Lacroix, ce projet, vous voulez donc faire la part belle à la simplification. Est-ce que les communes rurales, d'ailleurs peut-être plus que les villes, ont besoin de cette simplification ? Et est-ce que ce projet doit y répondre ?

2:26
Fanny Lacroix

Oui, vous faites bien de parler de la ruralité parce que quand on sait que les communes rurales, c'est 88% de notre territoire, on voit bien que sur ce sujet-là, sans la ruralité, on ne sera pas à la hauteur des enjeux et des objectifs. Donc, l'Association des maires ruraux de France, aujourd'hui, est de plus en plus reconnue et aujourd'hui un partenaire dans la construction du projet de loi. Donc, on a été effectivement sollicité, on a pu porter un certain nombre d'éléments. Pour nous, l'élément le plus important, c'est de dire que l'espace politique pour construire cette transition écologique et énergétique, c'est l'espace de la commune.

Et donc, loin d'être une erreur organisationnelle, les petites communes rurales qui concernent 35 000 communes presque aujourd'hui sur notre territoire, eh bien, en fait, elles sont une chance. Pourquoi ? Parce que le maire, l'institution, la République est en très grande proximité du citoyen et donc peut construire les conditions d'acceptabilité des projets. Donc, nous, on a vraiment porté cette idée-là de dire que les élus locaux, notamment les maires, doivent être à la manœuvre, doivent être vraiment partie prenante de cette planification énergétique et on pense avoir été entendus sur cet aspect-là.

3:27
Présentateur

Eh bien, votre expérience de terrain, on va y revenir également dans les 20 minutes qui suivent. Jules Nyssen, le président du syndicat des énergies renouvelables, les mesures importantes de ce texte vont nécessiter parfois des décrets d'application, ce qui risque d'ailleurs de prendre pas mal de temps parfois. Ça fait partie aussi de vos inquiétudes, ça ?

3:43
Invité

Oui, ça fait partie de nos inquiétudes, mais moi, j'aimerais bien repréciser quelque chose ici. On est tous convaincus de la nécessité de développer des énergies renouvelables, mais ça se fait en deux temps. Là, il y a un problème de retard de la France par rapport à ces homologues européens. Et l'idée de ce texte, c'est surtout de déverrouiller des contraintes administratives pour permettre d'accélérer. Ensuite, au cours de l'année 2023, il y aura un débat très important politique sur notre mix énergétique, c'est-à-dire comment on veut assurer notre souveraineté énergétique. Ça, ce sera pour plus tard. Donc, je dis ça parce que vous avez parlé d'ambition sur le texte tout à l'heure.

Là, l'ambition du texte, c'est simplifier les choses et permettre d'accélérer. Donc, nous, on est inquiets de son équilibre global. On a conscience qu'il y a un vote à l'Assemblée mardi, mais surtout, il y aura une commission après qui devra permettre d'arriver à un accord entre sénateurs et députés. Compromis souvent, oui. Et c'est des compromis. Et là, les choses se jouent parfois sur des adjectifs. Et puis, entre la pédale de frein et la pédale d'accélérateur, il suffit parfois d'un mot. Et donc, nous, on est attentifs à ça.

C'est moins les décrets d'application qui nous inquiètent parce qu'on voit que la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pagno-Naché, elle fait vraiment des efforts considérables pour essayer d'avancer. Donc, j'imagine que la machine administrative se mettra en route derrière. C'est vraiment le texte de loi qui regarde notre attention pour l'instant.

4:49
Locuteur non identifié

Alors, avant d'aller plus loin, j'aimerais quand même poser une question très simple. Et on n'a pas parlé d'eux encore, c'est les Français. Les Français, ils en pensent quoi, en fait, de l'éolien et du photovoltaïque ? J'ai envie de commencer avec l'éolien. Est-ce qu'aujourd'hui, une majorité de Français est pour ou contre l'implantation de ces éoliennes ? On en a beaucoup parlé pendant la dernière élection présidentielle. Elles ont été beaucoup contestées, ces éoliennes. Vous, par exemple, Fanny Lacroix, je le redis, vous êtes maire d'une petite commune rurale en Isère. Vous connaissez bien les maires ruraux. C'est facile ou pas d'imposer un parc éolien chez soi ?

5:20
Fanny Lacroix

Non, non, ce n'est pas facile du tout et surtout, je ne prendrai pas ce terme d'imposer. Vraiment, l'idée de ce que nous, on défend à la MRF, c'est qu'il faut trouver, en fait, les capacités de faire un consensus local et qu'en fait, ces installations, qu'elles soient de l'éolien ou autre chose, elles soient complètement appropriées et soient même une opportunité pour le territoire, pour ses habitants, pour tous les acteurs, à la fois économiques, associatifs, l'ensemble des acteurs, de pouvoir trouver aussi des marges de manœuvre et de prendre en main, en fait, cette transition énergétique et de passer à une posture active et dynamique.

Donc, je dirais que c'est une question d'appropriation. Non, ce n'est pas du tout simple. Parce qu'en fait, les Français ont toujours l'impression qu'on vient leur imposer à eux et pas chez le voisin.

6:00
Locuteur non identifié

Donc, juste qu'on comprenne aussi, avant qu'on parle vraiment de la loi, comment sont répartis sur le territoire ces éoliennes, Jules Dyssen ?

6:08
Invité

Mais pas que les éoliennes, l'ensemble des projets d'énergie renouvelable, des éoliennes, des panneaux solaires, des méthaniseurs, il y a beaucoup de choses, de la géothermie. Donc, c'est plein de projets différents. Il y a deux façons de le faire. Il y a une légitimité locale qui vient des élus locaux. C'est à eux de garder la maîtrise de l'aménagement de leur territoire. C'est très important. C'est en ça que les dispositions sur les zones d'accélération, alors c'est sans doute imparfait. Mais enfin, ça a le mérite maintenant de cadrer les choses, de donner la main aux élus locaux, sans pour autant les faire seuls responsables de la politique énergétique de l'État.

Parce que ce qu'il faut croiser, c'est ce choix des endroits où on va installer les projets avec les objectifs que les députés auront fixés au cours de l'année 2023. Puis, il y a déjà des objectifs antérieurs qui ont été fixés et que définissent des grands équilibres nationaux.

6:49
Locuteur non identifié

Et ça, cette loi-là va changer quoi, justement ?

6:51
Invité

Cette loi-là, elle garantit, il me semble, aux élus locaux de conserver la main sur un certain nombre de choses sans en même temps aller jusqu'au droit de veto qui a fait l'objet de beaucoup de discussions au moment de la discussion au Sénat. Mais que les sénateurs eux-mêmes avaient fini par considérer que ce n'était pas très raisonnable de faire reposer sur un maire tout seul, finalement, la responsabilité d'atteindre les objectifs énergétiques du pays.

7:10
Présentateur

Morgane, pied derrière, de France Nature Environnement. Ces zones d'accélération, on appelait ça avant des zones favorables aux implantations. Pour être précis dans ce texte, qui va décider, effectivement, qu'une zone est favorable ou non à l'installation d'énergie renouvelable ? Est-ce que ce sont vraiment les élus locaux ou bien la préfecture ?

7:28
Invité

Aujourd'hui, il y a un dispositif quand même assez complexe d'élaboration de ces zones. Ça va être les communes qui vont commencer à les déterminer. Et puis après, il va y avoir différentes strates de concertation avec ce qu'on appelle les conférences territoriales, les comités régionaux de l'énergie. Donc, ça va faire des allers-retours, si vous voulez, entre les différents niveaux de collectivité. Nous, par contre, ce qu'on regrette, c'est qu'à aucun moment, on n'a prévu de faire une évaluation environnementale pour bien réfléchir aux impacts que peuvent avoir ces projets d'énergie renouvelable sur la biodiversité, notamment, et puis également pour les riverains.

Et il n'y a pas non plus d'enquête publique qui est prévue.

8:01
Présentateur

Les impacts, on va prendre l'éolienne. C'est quoi l'impact sur la biodiversité ? C'est que les oiseaux sont... Tout à fait.

8:06
Invité

Quand vous avez des éoliennes sur des couloirs de migration ou dans des zones de nidification, ça peut avoir des impacts sur des oiseaux, sur des chauves-souris, et c'est pareil pour le photovoltaïque au sol. Parfois, si c'est mis en zone naturelle, ça artificialise un territoire et donc ça peut avoir des impacts.

8:24
Locuteur non identifié

Mais alors que je comprenne bien, ces zones d'accélération, au départ quand même, c'est le maire... Tout à fait. ...qui décide, enfin en tout cas qui se signale et qui dit, moi, chez moi, on pourrait accélérer l'implantation de parcs éoliens ou de projets d'énergie. C'est ça.

8:37
Invité

Et je pense que l'enjeu, c'est très incitatif. C'est-à-dire, on sait bien qu'il y a des objectifs globaux à atteindre et on propose des élus locaux.

8:42
Locuteur non identifié

Il y a toujours des mers très actifs et puis il y a toujours des mers très passifs.

8:45
Invité

Mais je crois qu'on le voit souvent comme le maire peut empêcher, mais c'est aussi le maire qui veut faire et qui parfois fait face à un environnement qui est compliqué, qui a un peu la garantie de pouvoir proposer des zones avec ce dispositif. Le truc, c'est que ça doit être incitatif. C'est-à-dire qu'on sait qu'il y aura des objectifs importants à atteindre, quels que soient les scénarios. Donc, il faut que les élus qui le souhaitent puissent proposer le plus de zones possibles et plus ils en proposeront, moins après il faudra y revenir pour essayer de remplir les trous qui manquent.

9:07
Locuteur non identifié

Vous, chez vous, par exemple, Fanny Lacroix, vous allez proposer une zone d'accélération ?

9:11
Fanny Lacroix

Alors, on y travaille en tout cas, puisque du coup, moi, j'ai une commune qui est... Petite commune, hein ? Petite commune, 500 habitants sud-isère. Donc, j'ai une commune qui est favorable au développement de l'éolien. Et c'est vrai qu'on s'est dit, nous, on ne voulait pas, comment dire, se voir imposer un projet. Et on s'est dit, c'est peut-être l'opportunité, déjà un, de lancer un grand débat démocratique sur les enjeux de transition énergétique avec l'ensemble des habitants. Je crois qu'il y a déjà cet enjeu-là. Et je pense que que le maire soit chef d'orchestre, finalement, de ce consensus, c'est aussi que les citoyens s'approprient ces problématiques-là.

Donc, nous, on a lancé sur la commune une séquence démocratique. Ça fait un an qu'on débat avec les citoyens de Châtel-Entrieve. Il y a eu quatre grands ateliers où on a rencontré des experts sur des études d'impact. On a rencontré un certain nombre de personnes. Et on a surtout discuté avec les habitants que c'était quoi notre vision de la commune, quelle pouvait être l'opportunité de ce projet, et dans quelles conditions on voulait bien le voir sur la commune. Et là, je retrouve un certain nombre d'éléments du texte de loi. C'est-à-dire que ce n'est pas un projet qui doit nous être imposé. C'est un projet où on doit être acteur.

C'est un projet où la commune doit avoir des retombées économiques importantes pour faire levier sur de nouvelles politiques publiques qui répondent à des besoins des communes rurales. C'est-à-dire, après les appels d'or, vous devez récupérer de l'argent ? Ah là, c'est extrêmement important. Et c'est pour ça que je pense qu'on va aborder aussi l'objet du partage de la valeur. Mais il me semble que le principe de la plus grande subsidiarité dans les retombées économiques de ces implantations-là doit se faire à l'échelle de la commune. C'est vrai qu'il y a eu des débats entre l'intercommunalité et l'or. Alors, nous, c'est vraiment le point de vigilance aujourd'hui dans le travail du texte.

C'est de dire que les communes, en tout cas les communes qui seront en proximité des installations de ces équipements doivent avoir une compensation financière. Et cette compensation financière, voilà, pour faire quoi ? Pour porter des projets d'intérêt général. En fait, c'est ça. Pas forcément écologique ? Alors, si, écologique évidemment. Et c'est en ça où je pense que les objectifs doivent être précisés. Mais par contre, on doit faire confiance aux élus locaux et à la population, à la clause générale de compétence de la commune pour aller sur des sujets qui sont spécifiques, en fait, à nos diversités territoriales. Certains endroits, ça pourrait être des solutions de mobilité.

D'autres, nous, sur notre commune, c'est plutôt de porter un projet d'alimentation parce qu'on a un enjeu de précarité alimentaire et on a beaucoup de circuits courts à actionner. mais de pouvoir ensuite laisser aux citoyens la possibilité de construire leur projet.

11:24
Présentateur

Et donc, ce projet de loi veut faciliter les projets fonciers, photovolcaïques avec parfois des objectifs quantitatifs par type d'énergie. Non, c'est pas ça ?

11:37
Invité

Non, parce que justement, il n'y a pas d'objectif quantitatif dans ce texte. C'est un texte qui est là pour... Il propose que ce soit quantitatif. Non, il n'y a pas d'objectif. Il n'y a pas d'objectif chiffré. Il n'y a pas d'objectif chiffré, ça sera le sujet de l'APP. Là, c'est un texte simple. C'est un texte qui est supposé simplement enlever des freins. Accélérer. C'est son titre.

11:54
Locuteur non identifié

On ne dit pas qu'il nous faut tant d'éoliennes et tant de panneaux photovoltaïques. Non, ça, ce sera l'objectif. Le coup d'après, ce sera le chiffre. Le coup d'après, mais là, on est déjà en retard.

11:59
Invité

C'est pour ça qu'on fait ça. On est déjà en retard sur nos objectifs. C'est le seul pays de l'Union Européenne, la France. Et en dessous de 20%. On est à 19% au lieu d'être à 23%. La différence, c'est 64 TWh. Ça, ça ne vous ira rien. Mais pour donner un repère, c'est 20% de la consommation d'énergie de l'industrie française. Donc, c'est loin d'être négligeable. Et on a vu, même si là, la situation est un peu détendue, à quel point on est en situation critique. La France est réveillée brutalement en se rendant compte que sa tradition de sécurité énergétique, ce n'est pas vrai. On a besoin de ces énergies renouvelables.

12:28
Locuteur non identifié

Et pour rebondir sur le photovoltaïque, on va commencer à avoir des champs de panneaux photovoltaïques ? Parce qu'on n'en voit pas aujourd'hui en France.

12:33
Invité

Là, une de nos grosses attentes pour nous dans le texte, c'était le photovoltaïque sur les bâtiments. Parce que si vous voulez réellement accélérer sans avoir d'impact sur la biodiversité, le plus facile, c'est de mettre du photovoltaïque sur tous les grands bâtiments. Les bâtiments commerciaux, donc le centre commercial, les entrepôts, les bâtiments de bureaux, etc. Les parkings. Les parkings, bien sûr. Ça va être le cas. Donc, dans ce projet de loi, il y a juste des dispositions pour prévoir la couverture en photovoltaïque de certains parkings existants. 1500 m². 1500 m², tout à fait. Vous auriez voulu plus ? Nous, on aurait voulu que ce soit davantage de parkings qui soient couverts.

Parce qu'une fois de plus, c'est tout bénéfice. C'est gagnant-gagnant vraiment de couvrir tous ces bâtiments et tous ces parkings. Peu d'impact. Une possibilité de faire des procédures assez rapides. Donc, c'est gagnant-gagnant. Et on aurait voulu que le texte aille plus loin sur, justement, ces bâtiments commerciaux, entrepôts, etc. et généralise l'obligation de les couvrir. Donc, on espère que dans la commission mixte paritaire à venir, c'est un point sur lequel on pourra avancer.

13:29
Présentateur

Cela dit, Jules Nyssen, il y aura bien des dérogations. Par exemple, les entreprises ou les communes qui n'auront pas forcément les moyens de solariser, c'est-à-dire de mettre des photos voltaïques au-dessus des toits. Tout le monde n'aura pas les moyens.

13:43
Invité

Oui, bien sûr. Mais enfin, ce n'est pas tellement un problème de moyens. Parce que là, il y a des développeurs qui viennent installer ces dispositifs. Et donc, ça ne coûte pas forcément grand-chose. Et même, ça peut rapporter un loyer à celui qui l'accueille. Mais moi, je rejoins ce qui vient d'être dit sur le fait que ce texte, en l'état actuel, favorise l'accès aux fonciers déjà artificialisés pour le solaire photovoltaïque. C'est très bien. Et les dispositions sur les parkings. Franchement, des grandes surfaces en particulier, c'est vraiment une bonne chose. Alors, c'était 2500 m², c'est devenu 1500 à l'Assemblée. Donc, on pourrait toujours espérer qu'on diminue encore la taille.

Mais c'est la moitié des parkings à partir de 1500 m² avec des amendes assez solides d'ailleurs pour ceux qui ne le font pas. Donc, ça, c'est une bonne chose. Par contre, dès qu'on sort des espaces artificialisés, nous, on est quand même assez surpris de voir que dans les espaces naturels, eh bien, aujourd'hui, il y a un régime d'exception qui est prévu pour le solaire photovoltaïque. C'est que vous pouvez aller faire n'importe quel projet et demander une autorisation de défensement partout. Vous pouvez le faire, sauf si c'est du photovoltaïque.

Là, aujourd'hui, il y a une disposition dans le texte qui interdit aux dispositifs photovoltaïques de plus de 25 hectares de demander une autorisation. Donc, ça, ce n'est pas de l'accélération, c'est du freinage. Et ça, c'est le genre de choses contre lesquelles on essaie de lutter à la commission mixte. Enfin, on essaie d'éviter que ça soit rendu à la commission mixte. Ce n'est pas de l'accélération, c'est du freinage.

14:58
Présentateur

Ça dit, le projet met en avant la présomption d'intérêts publics majeurs pour les projets d'installation d'énergie renouvelable. Est-ce que ce n'est pas un grand pas, tout de même ? Ah, ça, c'est très bien. Ça, c'est franchement bien. Ça veut dire quoi ? Expliquez-nous. C'est très bien, mais votre collègue à côté, Morgane Piret, pied derrière, France Aure Environnement, vous faites plus l'amour.

15:19
Invité

D'abord, votre point de vue, Jules Nisse. Moi, je trouve que c'est très bien, parce que c'est une étape purement administrative. De quoi il est question, là ? Quand vous installez un projet qui est susceptible de porter atteinte à la biodiversité, et porter atteinte à la biodiversité, c'est même plus menacer une espèce. C'est juste qu'un individu d'une espèce puisse être éventuellement touché. Donc, pratiquement tous les projets un peu importants portent atteinte à la biodiversité. Donc, il faut demander une dérogation au titre des espèces protégées. Pour ça, il faut démontrer qu'on a pris toutes les mesures nécessaires, qu'on ne peut pas faire le projet ailleurs.

Mais il y a une étape préalable. Il faut que je démontre que mon projet est d'intérêt général. Voilà. Donc, cette disposition, elle dit, par principe, tous les projets d'énergie renouvelable sont d'intérêt général. Ça ne veut pas dire qu'ils respectent toutes les dispositions en matière de biodiversité. Ils devront faire ensuite la preuve qu'ils le font. Mais je n'ai pas besoin de le démontrer. Parce que quand vous faites le parc éolien en mer à Saint-Nazaire...

16:04
Locuteur non identifié

Mais là, le point d'équilibre dont parlait Morgane Pied-derrière au départ, il n'est pas maintenu. Parce que du coup, la biodiversité, elle va être protégée d'une cause.

16:12
Invité

Puisque si vous voulez faire votre projet, vous devrez démontrer que vous avez pris toutes les mesures. Il n'y a pas de dérogation. Par contre, par principe, on considère que vous êtes d'intérêt général. Alors, vous n'avez pas le même point de vue, Morgane Pied-derrière. Non, un petit peu différent. Pour nous, une fois de plus, c'est une question d'équilibre toujours entre développement des énergies renouvelables, préservation de la biodiversité. Et pour nous, c'est une bonne chose de développer des énergies renouvelables, mais pas à n'importe quel coût.

Donc, il faut garder un encadrement qui, pour l'instant, est disparu du texte et on espère le voir réapparaître, pour dire que si un projet d'énergie renouvelable contribue de façon majeure à l'atteinte de nos objectifs d'énergie et à un impact mineur sur la biodiversité, oui, on peut se dire qu'il y a un intérêt public majeur. Par contre, s'il a une contribution mineure, c'est un petit projet qui produit peu d'énergie, mais qui a des gros impacts sur la biodiversité, parce qu'il est situé dans un endroit à fort enjeu biodiversité, non, ça ne doit pas être systématique. Il faut nuancer un petit peu les choses.

17:05
Présentateur

Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trieve, en Isère, cette transition écologique, vous proposez qu'elle vienne, non pas verticalement du haut, comme ça se passe souvent, mais vous insistez beaucoup sur le fait que ça doit venir du terrain. Racontez-nous ça.

17:18
Fanny Lacroix

Oui, c'est exactement ça. Nous, ce qu'on porte à l'Association des maires ruraux de France, et ce que je vous disais, c'est que la commune, c'est là où on est au plus près du citoyen, c'est là que doit se jouer la transition écologique. On est persuadé que c'est le territoire politique de la transition écologique. Donc, on a ouvert aussi, et je tenais à vous en informer, un travail qui va mobiliser une centaine de maires ruraux, là, sur l'année qui va s'ouvrir, en 2023, qui s'appelle le Grand Atelier des maires ruraux pour la transition écologique.

Une centaine de maires réparties un peu partout sur le territoire national va plancher sur quatre week-ends, dialoguer avec les meilleurs experts du climat, va faire aussi se rencontrer cette expertise scientifique avec des réalisations locales, parce que souvent, elles sont assez peu connues, mais il y a ces petites victoires au niveau local, au niveau de ces communes rurales, sont absolument formidables. Et l'idée, c'est de faire se rencontrer ces choses-là et de pouvoir construire une feuille de route qui permette de préciser notre vision de la transition écologique. Et donc, on rendra notre feuille de route en septembre au congrès de l'Association des maires ruraux de France.

Mais écouter ces concitoyens, ça prend du temps, alors que là, c'est une loi pour accélérer les choses. Est-ce que ce n'est pas contradictoire ? Non, ce n'est pas contradictoire. Après, je suis d'accord avec vous que la culture de la participation, de la mise en responsabilité, moi, j'appelle ça de la citoyenneté active, ça prend du temps. Il faut prendre ce temps. Mais ça ne veut pas dire que, pour autant, il faut qu'on aille sur des choses descendantes et qui soient imposées, parce qu'en fait, on perdra du temps après, in fine, parce qu'on aura des effets boucliers au niveau local qui ne seront pas favorables.

Donc, c'est en ça où, moi, je crois que cette loi, elle va dans le bon sens, parce qu'elle responsabilise les acteurs locaux, les maires, les populations. Et après, il faut tous qu'on se remonte les manches, qu'on soit acteurs, qu'on n'attende pas que la solution, elle vienne du haut et qu'on la construise avec nos populations.

18:54
Présentateur

– Allez, on suivra ça, mardi prochain, lors du vote solennel, les députés verts risquent de s'abstenir, vous comprenez ça ?

19:00
Invité

– Non, absolument pas, je n'y comprends rien, puisque la moitié des amendements qui ont été adoptés à l'Assemblée nationale ont été sur leur proposition ou ceux de la gauche, donc c'est totalement incompréhensible comme position, cette abstention. Je répète, ce n'est pas une loi qui va fixer des objectifs, c'est une loi qui doit libérer les énergies, si j'ose dire, sans vilain jeu de moi.

Moi, je voudrais dire un truc pour conclure, c'est que les énergies renouvelables, c'est la voie vers la décarbonation, vers la neutralité carbone, contre le réchauffement climatique, c'est des projets industriels, c'est des emplois, c'est des choses pour les jeunes, c'est quelque chose qui devrait être traité de façon positive, et je suis extrêmement surpris qu'au travers des débats, notamment à l'Assemblée nationale, on ait presque honte d'en parler. C'est quand même étonnant, c'est des projets d'avenir tout ça.

19:36
Présentateur

– Le projet de loi sur les énergies renouvelables, ce sera voté ou pas mardi à l'Assemblée nationale, il y aura aussi une grosse réforme des retraites qui arrive le même jour en présentation,

19:48
Locuteur non identifié

ça reste de faire beaucoup de bruit.

19:51
Présentateur

Merci tous les trois d'être venus en parler ce matin. – Merci à vous.

19:54
Locuteur

– Merci à vous.