LE RN PAS ANTISÉMITE, VRAIMENT ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre, le Rassemblement national se veut le nouveau défenseur des juifs en France. Les cadres du parti ont participé à la marche contre l'antisémitisme du 12 novembre, provoquant par là-même de nombreux débats houleux. Et ils ne cessent d'enchaîner les déclarations visant à défendre les juifs et affirmer leur lutte contre l'antisémitisme.
Le Rassemblement national est, à mon sens et au sens de beaucoup, un bouclier pour les juifs de France face à l'antisémitisme. Le Rassemblement national n'est pas un parti antisémite, il combat aujourd'hui l'antisémitisme. Est-ce que vous croyez aujourd'hui, au moment où on se parle sur BFM TV, le risque antisémite vient de Jordan Bardella ou Marine Le Pen ?
Mais c'est ahurissant, personne ne le croit ! De plus en plus d'observateurs affirment même que le Rassemblement national a changé, qu'il n'est plus ce parti fondé par d'anciens SS et qu'on ne peut plus le taxer d'antisémitisme. Cela passe par la distinction entre Marine Le Pen et son père, Jean-Marie Le Pen, condamné pour ses propos antisémites.
Madame Le Pen n'est pas antisémite. Je pense qu'elle ne l'a jamais été. Vous le dites ?
Oui, Madame Le Pen n'est pas antisémite. Et autour d'elle ? Elle n'est pas antisémite et je pense qu'elle n'a jamais été, que son propos est sincère.
Je suis persuadé que Marine Le Pen n'est pas antisémite. Même l'ancien président Nicolas Sarkozy dit vouloir croire à cet engagement de bonne foi, tout comme l'ancien Premier ministre Edouard Philippe qui affirme que cela est une bonne chose. Mais cette vision n'est pas partagée par tous, à commencer par une partie des manifestants contre l'antisémitisme le 12 novembre.
Je pense que le Rassemblement national n'a rien à faire ici, et qu'il n'a fait aucune espèce d'autocritique sur son histoire antisémite. Considère que vous n'avez strictement rien à faire dans cette manifestation parce que vous êtes un parti né dans l'antisémitisme, dans la collaboration. Alors pourquoi la haine des juifs est-elle en réalité encore ancrée au Rassemblement national ?
Comment le parti se sert-il de la lutte contre l'antisémitisme pour achever sa normalisation et ainsi augmenter ses chances d'accéder au pouvoir ? C'est ce qu'on va voir tout de suite dans cette émission pour Blast. Avant toute chose, impossible d'aborder l'antisémitisme du Rassemblement national sans commencer par faire un tour dans les archives de la création du parti.
Le Front national a été fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen à l'initiative d'Ordre nouveau, un groupuscule fasciste et collaborationniste. Aux côtés de Jean-Marie Le Pen, François Brigneau, militien pendant l'occupation. Il dépose les statuts du parti avec Pierre Bousquet, qui a défendu le nazisme jusqu'à sa mort, comme le montre cet article de Mediapart.
Pierre Gérard, ancien directeur de la propagande au commissariat général aux questions juives, sous Vichy, est devenu secrétaire général du Front national en 1980. Dès 1986, Jean-Marie Le Pen est condamné pour antisémitisme et un an plus tard, il affirme que les chambres à gaz sont un point de détail de l'histoire. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé.
Je n'ai pas pu moi-même en voir, je n'ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. des affirmations qui lui vaudront une condamnation pour contestation de crimes contre l'humanité, mais qu'il réitérera à de nombreuses reprises tout au long de sa vie. Les chambres à gaz sont un détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale.
Je me suis borné à dire que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la guerre mondiale. Lorsque vous avez parlé de point de détail, vous vous avez regretté à un moment donné ou à un autre ? Pas du tout.
À aucun moment ? À aucun moment ce que j'ai dit correspondait à ma pensée, que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la guerre, à moins d'admettre que ce soit la guerre qui soit un détail de...
Vous maintenez ces propos ? Oui absolument, je les maintiens parce que je crois que c'est la vérité et que ça ne devrait choquer personne. Toute sa vie également, en dehors de la question du génocide des juifs, il se répandra en nombreuses blagues ou déclarations antisémites.
Monsieur Durafour Crématoire, merci de cet aveu. Durafour Crématoire, un vocabulaire auquel Jean-Marie Le Pen semblait avoir renoncé. Alors, face à cette histoire très sombre, comment le Rassemblement national se positionne-t-il aujourd'hui ?
Eh bien, vous avez peut-être vu passer cette séquence récemment qui illustre parfaitement le malaise au sein du parti en ce qui concerne l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen. Vous confirmez, Jean-Marie Le Pen n'est pas antisémite ? Vous confirmez vos propos depuis le début de l'émission ?
Je ne dis pas ça. Je dis qu'il y a eu clairement une ambiguïté de Jean-Marie Le Pen. Ce n'est pas une ambiguïté.
Il est antisémite. Il est ou pas ? Il est ou pas ?
Il est ou pas ? Il est ou pas ? Il est ou pas ?
Oui ou non, pour conclure ? Oui ou non ? J'ai mon avis sur la question.
Dites-le. Donnez-le nous. Ici, en toute liberté.
Vous pouvez nous le donner, oui ou non ? Oui ou non ? A titre personnel, je pense qu'il l'était, voilà.
Merci, madame la députée. Si cette députée a fini par concéder qu'elle trouvait Jean-Marie Le Pen antisémite, ce n'est pas la ligne officielle du parti. Jordan Bardella, lui, continue à maintenir que le fondateur du parti n'était pas antisémite, en dépit de toutes les archives que vous venez de voir.
Jean-Marie Le Pen, il est antisémite ? Et je ne crois pas, je ne sonde pas les cœurs et les reins, je ne le crois pas. Vous ne croyez pas que Jean-Marie Le Pen est antisémite ?
Non, je ne le crois pas. Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite. Toute cette histoire antisémite, ni Marine Le Pen, ni Jordan Bardella, aujourd'hui tous les deux à la tête du Rassemblement national, ne l'ont reniée.
Marine Le Pen, de son côté, assure à rebours des faits dans le JDD que dire que son parti a été créé par d'anciens collaborationnistes est un mensonge historique et que parler de l'antisémitisme de son père est une manipulation politique. Lorsqu'elle a pris la tête du parti en 2011, elle a d'ailleurs assuré "assumer" l'histoire du Front national. Comme pour l'histoire de mon pays, je prends l'ensemble de l'histoire de mon parti et j'assume tout.
En octobre 2022, comme le rappelle Libération, elle écrit "Les historiens retiendront qu'en 1972 est née en France la force politique qui a eu la lucidité de tenir allumée entre ses mains, dans les vents et la tempête, la flamme de la nation". Elle a également assumé des liens récemment avec de nombreux antisémites notoires. Elle a été proche de la figure d'extrême droite, Alain Soral, condamné pour injure publique antisémite.
En 2012, elle s'est rendue à un bal néo-nazi, avec parmi les organisateurs une corporation interdite aux juifs et aux femmes. Elle a également provoqué la polémique en 2017 lorsqu'elle a nié dans l'émission "Le Grand Jury" la responsabilité de la France dans la rafle du Vel' d'Hiv de 1942. Je pense que la France n'est pas responsable du Vel' d'Hiv.
Or, la responsabilité de l'État français a pourtant été clairement établie par les historiens dans cet épisode majeur de déportation des juifs de France sous occupation allemande. 13 000 juifs avaient été arrêtés à leur domicile par des policiers et gendarmes français avant d'être rassemblés au vélodrome d'hiver et d'être déportés. Une responsabilité française reconnue par tous les présidents de la République depuis Jacques Chirac.
Ces heures noires souillent à jamais notre histoire. et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l'État français.
Au-delà du cas de Marine Le Pen, ce sont plusieurs cadres du parti également qui ont des comportements plus qu'ambigus en ce qui concerne la lutte contre l'antisémitisme. Comme le souligne Libération, l'un des vice-présidents du RN, le maire de Fréjus, David Rachline, lors de sa prise de fonction en 2014, a décidé de confier une partie de l'événementiel de la ville à un ancien légionnaire nommé Minh Tran Long, passé par la Fédération d'Action Nationale et Européenne, groupuscule néo-nazi, dissous dans les années 80. Le maire de Fréjus a également été filmé plus jeune en faisant une blague dans une Mercedes qui serait la voiture du Führer, sans jamais être sanctionné.
Comme l'avait révélé Mediapart, deux trésoriers de Marine Le Pen ont participé à une manifestation néofasciste en 2023. L'un d'entre eux, Axel Loustau, était d'ailleurs connu pour avoir fait un salut nazi quelques années auparavant et serait obsédé par les juifs et par Hitler. Ce n'est qu'après sa participation à cette manifestation d'ultra-droite le 6 mai dernier, que Marine Le Pen a fini par désavouer cet ami encombrant.
Le nom sulfureux d'un autre très proche de Marine Le Pen revient régulièrement, Frédéric Chatillon, l'ancien chef du GUD dans les années 90, comme l'explique cette enquête de Thierry Vincent pour Blast. "Marine Le Pen n'était pas au GUD, mais elle faisait la bringue avec nous et était très amie de Chatillon", dit un ancien du groupuscule, qui décrit Chatillon comme un "antisémite maladif". Mais dans l'opinion publique, dans les médias et dans le champ politique, ce verrou est en train de sauter.
Sa fille Marine Le Pen ambitionne très sérieusement de conquérir le pouvoir, d'accéder à la présidence de la République, et pour ça il faut être un peu plus fréquentable. Et donc l'aubaine elle est là aujourd'hui pour le Rassemblement national. C'est de participer à une manifestation contre l'antisémitisme, non seulement justement pour paraître dans le concert républicain, mais aussi, et il faut bien le reconnaître là aussi, il y a un changement, pour conserver une partie, je dis bien une partie seulement, de l'électorat juif, parce qu'il n'y a pas de vote juif, mais là aussi le Rubicon a été franchi par un certain nombre de juifs, de concitoyens juifs qui vivent en France et qui sont Français, et qui, il y a 10 ans ou 15 ans, n'auraient jamais voté pour le Front national, et qui aujourd'hui s'apprêtent à le faire ou l'ont déjà fait.
L'antisémitisme historique du Rassemblement national est en train d'être oublié. Et cela marque un tournant majeur dans la normalisation de l'extrême droite en France. Cette stratégie politique est en train de payer, le Rassemblement national est définitivement en train d'être banalisé en France.
Dans les colonnes du Monde, l'historien Grégoire Kauffmann livre cette analyse. La manifestation de dimanche restera un moment essentiel dans l'histoire du parti d'extrême droite. Un plafond de verre a explosé.
Emmanuel Macron et les forces politiques du pays ont participé à leur manière à ce mouvement en pratiquant le mimétisme rhétorique, en reprenant les éléments de langage du Front national, en l'intégrant dans la famille républicaine et en soulignant, pendant les débats parlementaires, le comportement responsable des députés RN face à la dissipation et la violence verbale de ceux de la France insoumise. C'est la fin de cette chronique. J'aimerais la terminer avec les mots de l'humoriste Haroun.
L'extrême-droite est tellement islamophobe qu'on pourrait croire qu'elle n'est pas antisémite. La réalité, c'est qu'on ne réduit pas un parti comme celui-là à cette seule dimension, vous l'avez dit tout à l'heure, c'est un parti raciste, c'est un parti qui a une vision du social, qui a une vision de l'immigration, qui a une vision de la laïcité, sur toutes sortes d'enjeux qui méritent d'être contestés. Donc je pense qu'il ne faut peut-être pas se braquer trop exclusivement sur sa dimension antisémite, passée et encore présente.
J'espère que cette émission vous a plu, si c'est le cas n'hésitez pas à la partager, à me dire en commentaire ce que vous pensez de cette fausse mue du Rassemblement national. Je vous rappelle qu'à Blast, ça ne va pas fort en ce moment niveau finances et que nous sommes financés par vous, notre public. Donc si vous le pouvez, n'hésitez pas à faire un don ou à vous abonner sur blast-info.fr.
Et moi je vous dis à très bientôt.
Marine Le Pen