Allocution Macron : Marine Tondelier réagit au micro de RMC
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et ma première invitée ce matin, c'est vous, Marine Tondelier. Bonjour. Bonjour. Vous êtes secrétaire nationale des écologistes. Et maintenant, et maintenant, Emmanuel Macron l'a dit hier, il restera jusqu'au bout, il ne démissionnera pas. Il reste donc 30 mois. On fait quoi ?
C'est vrai, je me suis réveillée ce matin après avoir beaucoup cogité cette nuit en me disant « Mais que fait-il ? » On ne comprend plus où il veut en venir. J'ai l'impression que tout le monde cherche des solutions dans ce pays, sauf lui, que tout le monde essaye d'être responsable, sauf lui. Oui, hier, ce n'était pas une allocution de président de la République, c'était un règlement de compte avec les parlementaires, avec les Français, avec toutes celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui. C'est bien simple, on commence à avoir l'habitude avec Emmanuel Macron. Il a raison et toutes celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui n'ont juste rien compris.
Alors pour le coup, aujourd'hui, il dialogue. Il va recevoir tout à l'heure à l'Élysée... Il a choisi avec qui ? Alors les patrons, évidemment, du groupe macroniste, mais aussi les socialistes, les LR, et pas les écolos ?
Ben oui, disons qu'il a forgé son propre arc républicain, et je vais le dire comme je le pense, il n'a quand même pas beaucoup de flèches dans son arc. Et donc, on se retrouve à un moment à devoir se dire pourquoi n'avons-nous pas été invités, sachant que j'ai fait hier le JT de 13h pour demander ce rendez-vous, en disant qu'il ne peut pas nommer à 20h en précipitation quelqu'un sans concerter avec personne, parce que les mêmes causes produiront les mêmes idées. Là-dessus, vous avez été entendue, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de précipitation ? Là-dessus, j'ai été entendue.
Et du coup, je me suis dit, peut-être est-ce un geste d'humeur de sa part, de dire, ben tiens, ils m'ont pompé l'air, ils ne viendront pas. Mais moi, je vais vous dire, déjà, je ne le prends pas personnellement. Moi, je vais, après cette émission, rentrer tranquillement à Inambeaumont, c'est les 6 ans de mon fils, j'ai rendez-vous avec tous ses copains demain à la piscine à boules, et je vais passer une très bonne journée. Mais ce que je me dis, c'est, pour les idées que je représente, qu'est-ce que ça veut dire ? Je défends deux choses avec mon mouvement des écologistes.
L'écologie, l'écologie, et je vous rappelle quand même que l'habitabilité même de la planète est remise en question à moyen terme, et la justice sociale. Et donc, ces deux sujets, il ne veut pas en parler. C'est ça, la vérité. D'ailleurs, on voit bien dans l'arc qu'il dessine, tous les partis... Vous pouvez peut-être espérer, de la part des socialistes, qui seront présents tout à l'heure,
de défendre ces valeurs-là.
Oui, mais l'aspect des écologistes dans ce pays, c'est moi. On voit bien que tous les partis qui mettent en première ligne la défense des classes populaires ont été écartés du rendez-vous d'Emmanuel Macron, et ça veut dire beaucoup... S'ils vous avaient invité, y auriez-vous été ? Bien sûr, je suis toujours allée. J'ai même rencontré Michel Barnier il y a un mois. On lui avait remis un document sur toutes les alertes que nous remontent, pas juste nos militants, mais nos élus, des experts, des hauts fonctionnaires au ministère de l'Environnement qui sont très inquiets de ce qui se passe, par des scientifiques, par des associations. Nous avons fait ce travail comme nous l'avons toujours fait.
Vous savez, j'ai une attitude responsable. Mercredi, je pense que, comme plein de gens, je me suis dit, dans la situation dans laquelle il faut bouger. J'ai écrit à tous les chefs de groupe, à tous les partis politiques de la majorité et du Front républicain. Qui vous a répondu ? Le savez-vous ? Tout le monde m'a répondu, sauf Gabriel Attal, le chef du parti d'Emmanuel Macron. Donc vous savez, un point plus un point, ça fait une ligne. Pourquoi, d'après vous, est-ce que Gabriel Attal ne vous répond pas quand vous dites qu'il faut qu'on se mette tous ensemble pour bosser ? Parce que je pense qu'il ne cherche pas vraiment la solution.
Je pense qu'il regarde exclusivement vers la droite et l'extrême droite. Il préfère être tenu en laisse par le Rassemblement national, comme ça s'est passé quand même pendant des semaines, plutôt que d'essayer de changer de cap politiquement et de mettre en place une justice sociale et une justice fiscale et s'occuper un peu d'écologie.
Marine Gondelier, lorsque vous êtes arrivée dans cette nouvelle mandature, ce début de mandature, on se souvient, vous étiez quatre ensemble pour fonder le nouveau Front populaire. Ce nouveau Front populaire, il y a les socialistes, les écologistes, les communistes et LFI. Hier soir, l'une de vos prédécesrices à la tête des écolos, Cécile Duflo, l'une des personnalités qui, honnêtement, peut le dire, défend les mêmes valeurs que vous, l'écologie et la justice sociale, a dit qu'elle prenait acte du fait que LFI ne souhaitait pas dialoguer ou élargir le dialogue à d'autres que le seul nouveau Front populaire.
Et elle le dit avec une sorte de désolation en disant, moi, je prends simplement acte de cela. Ils ont choisi de poursuivre quand même un objectif qui est l'arrivée de Jean-Luc Mélenchon à l'Élysée. Ça n'est pas comme ça qu'on va pouvoir rendre utile les 30 mois qui viennent. Et donc, elle dit, j'appelle l'arc républicain à se mettre ensemble et tant pis sans LFI pour avancer. Est-ce que vous êtes dans le même état d'esprit ?
Moi, je pense qu'il faut respecter dans une famille politique les décisions des uns et des autres. Je respecte ce que dit Cécile Duflo parce qu'elle porte la voix, avec plein d'autres qui ne peuvent pas parler, de plein de présidents d'ONG qui sont hyper inquiètes qui sont en train de se passer pour les causes qu'ils défendent et qui voient bien, peut-être même mieux qu'une autre président de la République, à quel point tout le monde doit faire autrement qu'il n'a toujours fait. Si chacun reste dans sa zone de confort, alors on va dans le mur.
Et je respecte aussi la décision de la France insoumise qui avait d'ailleurs dit dès cet été, « Nous, si la solution pour débloquer le pays, c'est de faire sans nous, faites sans nous ! » Et donc vous en déduisez qu'effectivement, il faut faire sans eux. Mais je suis aussi fidèle à la promesse que nous avons faite aux électeurs du Front populaire de tout faire, oui, pour défendre une plateforme programmatique. Et je pense qu'au moment où nous en sommes rendus...
Est-ce que vous dites comme eux, c'est le programme, rien que le programme ?
Oui, mais rien que le programme, ça marche quand vous avez la majorité absolue et les mains libres. Oui, mais il faut suivre. Tout le monde a bien compris que déjà le 8 juillet, ça aurait été un peu compliqué, mais que le 8 décembre, si quelqu'un du nouveau Front populaire était nommé, c'est quand même pire. Oui, mais le 8 juillet, c'était la phrase de Jean-Luc Mélenchon qui disait, « Le programme, rien que le programme. » Mais moi, je pense qu'être fidèle à nos électeurs et aux causes que nous défendons, c'est aussi ne pas attendre d'avoir le luxe de pouvoir avoir les mains libres totales pour faire tout ce qu'on veut, parce que ce jour n'arrivera pas tout de suite, figurez-vous.
Et donc, je pense que pour les personnes, les causes et les valeurs que nous défendons, tout ce qu'on peut faire pour s'interposer entre les politiques macronistes et les Français, nous devons le faire, et c'est les responsabilités que prennent les écologistes. Ça ne veut pas dire qu'on va les gouverner, que les Républicains, on ne sait pas quoi. Ça veut dire qu'on pense que la solution doit être trouvée dans le cadre du Front républicain. Je prends acte que ni Gabriel Attal, ni le président de la République ne veulent en parler.
C'est assez symptomatique. J'ai bien compris que votre propos ce matin est aussi d'être réaliste. Bien sûr. Et j'entends aussi dans votre vocabulaire que, j'allais dire, ce que l'on entendait comme « nouveau Front populaire » est remplacé de plus en plus par « Front républicain ».
Mais le nouveau Front populaire existe encore, et c'est juste qu'il faut pour moi un gouvernement du nouveau Front populaire, mais que l'Assemblée nationale, on voit bien qu'il faudra trouver les solutions dans le cadre du Front républicain, sinon nous n'avons pas de majorité absolue.
Mais ça veut dire que vous acceptez de choisir dans le programme du nouveau Front populaire quelques éléments, valeurs centrales, sur lesquels vous pourriez rallier davantage à votre cause, plutôt que de prendre l'intégralité de ce programme.
La base et l'objectif final reste tout le programme du NFP, ainsi que le programme des écologistes. Vous allez le rappeler quand même, Gabriel Attal ? Vous allez le rappeler ? Je vais arrêter, j'ai essayé plusieurs fois. Maintenant, il a mon numéro, s'il veut rappeler, il rappelle. Mais que voulez-vous que je vous dise ? Ils n'ont pas envie d'avancer, qu'ils n'avancent pas. Et puis les mêmes causes produiront les mêmes effets. Je pense qu'ils se sont assez illustrés depuis quatre mois pour montrer que leur absence d'humilité, leur arrogance conduit la France dans le mur.
Est-ce que vous pourriez aller jusqu'à rentrer dans un gouvernement dans lequel, s'il y avait par exemple des socialistes, vous, mais aussi des membres effectivement de l'ancienne majorité macroniste ?
Mais les questions ne se posent pas dans ce sens-là. Déjà, moi, mon enjeu personnel dans la vie n'est pas d'être ministre, je le dis très tranquillement. Deuxièmement... Non mais quand je dis vous, c'est-à-dire les écolos. Oui, mais c'est pareil pour tout le monde dans mon parti, donc comme ça c'est clair. Mais nous, ce qui compte, c'est le fond. On n'arrête pas de se poser la question de qui, mais le vrai sujet, c'est pourquoi faire ? Moi, je veux pouvoir dire aux électeurs dont j'ai porté des couleurs qu'on a défendu leurs intérêts, je veux qu'on puisse leur dire qu'on fait tout pour améliorer leur quotidien et pour protéger leur lendemain. Justice environnementale et justice sociale.
Mais si cela passe par le fait de faire une sorte de gouvernement à l'allemande... Sinon, ça fait comme Barnier. Ils ont mis 17 semaines à le nommer, puis 3 semaines pour faire son gouvernement à lui. Et donc, ils se sont posés toujours la question du qui. Le lendemain de ces 3 semaines où ils finissent par sortir leur gouvernement, ils débattent ensemble par presse interposée de ce qu'il faut augmenter les impôts ou pas. Mais les allemands, les écolos allemands... Travaillons sérieusement.
Les écolos allemands, vos copains de l'autre côté du Rhin, ont régulièrement accepté, justement pour faire avancer un certain nombre de leurs causes, de s'allier avec des gens qui n'étaient pas forcément leurs amis du départ.
Oui, et puis on a eu beaucoup de leçons de morale. Moi, je me rappelle d'un débat avec Stéphane ces journées sur le grand jury RTL qui me disait « Mais vous vous rendez compte, les Allemands, au moins ils discutent. » Mais j'ai écrit à tous les chefs de parti, j'ai écrit à Emmanuel Macron hier, et ils ne nous invitent pas à discuter. En prenant des prétextes fallacieux, ils disent « Ah, mais les écolos, ils n'ont pas demandé un rendez-vous. » Et vous confirmez ce matin que vous avez demandé un rendez-vous. Donc voilà, vous voyez, tout ça est assez irresponsable.
Et celles et ceux qui sont irresponsables aujourd'hui, celles et ceux qui ne veulent pas chercher de solution, sont à rechercher dans le camp macroniste. Nous, nous sommes là, fidèles à notre poste, les responsables, comme d'habitude.
Une dernière question sur le Mercosur. On a l'impression quand même qu'on l'a sorti par la fenêtre et qu'il revient par la porte. Ursula von der Leyen qui a l'air quand même honnêtement de vouloir finaliser l'accord. Elle est partie en Uruguay pour ce fait.
Qu'est-ce que vous en dites ? Quel camoufler pour Emmanuel Macron et pour sa diplomatie, pour tout ce qu'en politique. C'est-à-dire que c'est un dossier sur lequel nous, on se bat depuis des années. Les écologistes, depuis le début, on est aux côtés des agriculteurs pour combattre ce Mercosur, comme les traités suivants depuis José Bové à Seattle. Et quand on voit que le chaos politique qu'ils provoquent en France permet à leurs soi-disant alliés du reste de l'Europe de leur marcher sur la gueule, parce que c'est ça qui se passe, c'est un camoufler pour eux. Ils ne se font plus respecter par personne. C'était déjà le cas en France, mais on voit dorénavant que c'est le cas aussi en Europe.
La France a perdu toute sa puissance, toute sa superbe sur le plan international et ne pèse plus sur rien. Et c'est les agriculteurs français qui vont employer le prix. Je suis écœurée et je suis totalement à leur côté.
Merci Marine Tondelier d'être venue sur RMC ce matin, secrétaire nationale d'Europe Écologie et Les Verts. Sous-titrage Société Radio-Canada
Marine Tondelier