Mayotte, Comores... Un "enfer" fabriqué par la France ?
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Questions et réponses
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Comment tu vas ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Par quel mécanisme historique en est-on arrivé là ?
- 7:44OuverteRéponse directe
La France occuperait Mayotte de manière illégale ?
- 10:14OuverteRéponse directe
Est-ce que les Comores veulent coloniser Mayotte ?
- 12:53OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on est face aux conséquences d'une décolonisation compliquée ?
- 15:31OuverteRéponse directe
Les Comores ont-ils eu des ingérences permanentes de la France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31PrésentateurFait
« les organisations de défense des droits de l'homme se sont insurgées contre une opération d'expulsion massive qui ne respecterait pas les conventions internationales signées par la France. »
- 2:36PrésentateurFait
« Ils accusent l'Union des Comores de mener une guerre d'invasion par le truchement des sans-papiers à Mayotte. »
- 3:16PrésentateurFait
« la situation de Mayotte et des Comores, c'est celle d'un archipel colonisé par la France, dont une partie est devenue indépendante en 1975, et l'autre est devenue une collectivité d'outre-mer, puis le 101e département français en 2011. »
- 5:56PrésentateurFait
« Les Comores, mais aussi l'Union africaine, refusent de reconnaître le caractère français de Mayotte. »
- 6:10InvitéFait
« c'est l'intangibilité des frontières issues de la colonisation, c'est une règle qui a été mise en œuvre au moment des décolonisations, qui peut être contestée et qui est contestée dans un certain nombre d'États, notamment africains, d'anciennes colonies, mais c'est une règle qui est, la règle en tout cas, défendue par les Nations unies »
- 8:11InvitéFait
« en matière de droit international, c'est la situation qui est celle-là aujourd'hui »
- 8:53InvitéFait
« Effectivement, ils l'ont choisi à de multiples reprises au cours d'élections, dont on peut remettre en cause parfois la sincérité, en tout cas à certaines périodes, mais en tout cas, ils l'ont à plusieurs reprises rappelé lors de consultations. »
- 10:31PrésentateurFait
« les immigrés seraient les instruments de l'État comorien dans le but de faire échouer la francisation de Mayotte ? »
- 10:49InvitéFait
« En fait, ceux qui connaissent la région savent bien que c'est complètement farfelu. »
- 11:37InvitéChiffre
« Il faut rappeler qu'en jouant, c'est à peine 70 kilomètres de Mayotte. C'est-à-dire que la traversée peut se faire en quelques heures, très rapidement. »
- 13:39InvitéFait
« Michel Debré et Michel Debré et Pierre Mesmer qui étaient des ministres importants, notamment du globalisme. »
- 15:56InvitéFait
« Ahmed Abdallah, un mois plus tard, est déposé par un coup d'État. »
- 16:50InvitéFait
« Bob Denard est envoyé aux Comores avec, comme on dit souvent l'expression « le feu orange » de Paris pour déloger Alice Wally qui sera exécuté et pour remettre au pouvoir Ahmed Abdallah. »
- 20:32InvitéChiffre
« il a été reçu cinq fois à l'Elysée et il s'est passé un événement aussi en début d'année assez surprenant »
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C'est une opération coup de poing lancée par Gérald Darmanin, une opération au nom exotique Wambushu. En gros, il s'agit de lancer dès aujourd'hui des manœuvres policières dont l'objectif est de démolir les bidonvilles dans lesquelles vivent en majorité des immigrés sans-papiers originaires, en grande partie de la partie indépendante de l'archipel des Comores. Un archipel dont fait partie Mayotte, le 101e département français. Détruire les bidonvilles, mais aussi expulser celles et ceux qu'on appelle les clandestins.
Avant même le début de cette opération, les organisations de défense des droits de l'homme se sont insurgées contre une opération d'expulsion massive qui ne respecterait pas les conventions internationales signées par la France. Et sur le terrain, l'atmosphère est déjà explosive, comme on peut le voir sur ce magnéto.
Un camion poubelle en flamme, symbole d'une situation de plus en plus tendue ce matin à Mayotte, entre plusieurs groupes d'individus ici sur cette colline et les forces de l'ordre, dont de nombreux renforts viennent d'arriver de métropole. Depuis hier, escortés par des policiers du RAID, cette compagnie de CRS se déploie massivement sur le terrain. Le convoi progresse lentement par 38 degrés dans la jungle maorèse. Pour ralentir leur progression, des barrages ont été installés au milieu de la route. Les policiers, contraints de s'arrêter, sont visés par des projectiles.
Quand les policiers sont venus, ils ont commencé à nous caillasser, à nous mettre des galets devant nos maisons, à casser les machins, et ils nous ont menacé de mort là. C'est la première fois qu'on voit ça, quand même à ce niveau-là, ça fait flipper quoi, franchement. On savait qu'il allait y avoir ce moment de... ça n'est plus un peu, mais il n'y a pas comme ça. L'Union des Comores a déjà refusé l'accostage de bateaux transportant des migrants.
En gros, elle s'oppose au rapatriement manu militari de ses ressortissants. De quoi faire capoter l'opération dès son début. En tout cas, la France ne compte pas renoncer, et surtout pas Gérald Darmanin, qui mise beaucoup dessus pour asseoir sa crédibilité politique dans tout le spectre de la droite, et de l'extrême droite, et se préparer pour Matignon, voire pour la course à l'Elysée en 2027. Il peut compter sur des alliés, les députés de Mayotte, notamment Estelle Youssoufa, que nous avons reçue ici, et qui soutiennent avec hargne, voire avec dérapage, l'opération Wambouchou. Ils accusent l'Union des Comores de mener une guerre d'invasion par le truchement des sans-papiers à Mayotte.
Les choses sont un peu plus complexes, comme nous l'explique notre confrère Rémi Carayol d'Afrique 21, dans une série d'articles intitulée « Une post-colonie au XXIe siècle », que vous lirez avec intérêt pour comprendre la complexité de la situation locale. Bonsoir Rémi. Bonsoir. Comment tu vas ? Je vais bien, merci. Alors, la situation de Mayotte et des Comores, c'est celle d'un archipel colonisé par la France, dont une partie est devenue indépendante en 1975, et l'autre est devenue une collectivité d'outre-mer, puis le 101e département français en 2011. Par quel mécanisme historique en est-on arrivé là ?
Bon, c'est très compliqué. Disons que je conseille à ceux qui auront le temps d'aller lire mon article, qui est quand même assez long, mais en gros, la séparation, le processus de séparation entre l'île de Mayotte et les trois autres îles de l'archipel débute à la fin des années 50, au début des années 60, lorsque l'indépendance semble être inéluctable pour les Comores. Il faut savoir que les Comores ont gagné leur indépendance plus tard que la plupart des autres anciennes colonies françaises sur le continent africain, puisqu'elles sont devenues indépendantes en 1975.
C'est un processus qui a pris du temps pendant quelques années et qui a commencé en fait avec la mobilisation d'une partie de l'élite économique à Mayotte, qui était elle-même en partie issue d'autres îles, des créoles notamment, qui venaient de l'île Sainte-Marie, qui est une petite île au large de Madagascar, ou qui venaient de l'île de la Réunion, et qui ne voyaient pas d'un bon œil l'indépendance, tout simplement parce qu'ils n'y voyaient pas leur intérêt économique. Et ils ont entrepris en fait de mobiliser d'abord les notables maorais et ensuite la population pour qu'ils réclament la départementalisation.
Ça a été le mot d'ordre dès le début, mais en fait, via cette départementalisation, ils revendiquaient, ils réclamaient surtout la séparation avec les autres îles. Et pour ce faire, en fait, ils ont joué sur un certain nombre d'événements à cette époque-là, dans les années 60-70, et dont l'un des plus importants fut le transfert de la capitale, donc de la capitale de cet ensemble, qui était un ensemble de quatre îles, qui était un territoire d'outre-mer depuis 1946, capitale qui a été transférée de Zaoudi, à Mayotte donc, à Moroni, en Grande-Comore.
Et ça a été très mal perçu par la population maorais, parce que ça a eu des conséquences économiques assez désastreuses, tous les fonctionnaires sont partis, il faut savoir qu'on est sur des territoires qui sont quand même très pauvres à l'époque, et ça a joué, en fait, un sentiment de frustration et de colère, a fait que le mot d'ordre, Mayotte française, Mayotte département, a été plus ou moins généralisé.
Les Comores, mais aussi l'Union africaine, refusent de reconnaître le caractère français de Mayotte. Sur quelle base légale ?
Alors, et l'ONU aussi, il faut quand même le préciser, depuis l'indépendance en 1975 et donc, la séparation de Mayotte avec les autres îles, la France a été très régulièrement condamnée par l'ONU, au nom de…
Alors, pour l'ONU, l'explication est assez simple, c'est l'intangibilité des frontières issues de la colonisation, c'est une règle qui a été mise en œuvre au moment des décolonisations, qui peut être contestée et qui est contestée dans un certain nombre d'États, notamment africains, d'anciennes colonies, mais c'est une règle qui est, la règle en tout cas, défendue par les Nations unies, et donc la France a été condamnée à de multiples reprises par les Nations unies pour ne pas avoir respecté cette règle.
Du côté des Comores, outre cette question de l'intangibilité des frontières, il y a une autre explication, c'est tout simplement que l'île de Mayotte et les autres îles des Comores ont une histoire liée, ce sont des sociétés insulaires, donc qui ont leurs propres caractéristiques, mais qui, grosso modo, fonctionnent de la même manière, c'est-à-dire que les Mahorais et les autres Comoriens des autres îles ont en partage une même organisation sociale, ont une langue commune, avec là aussi des dialectes différents selon les îles, mais qui ont une langue commune, une pratique cultuelle tout à fait similaire, et une histoire, n'en déplaise aux défenseurs de Mayotte française, une histoire qui est liée, c'est-à-dire que la population de ces îles vient à les mêmes origines, même si à Mayotte, il y a effectivement une population qui est venue de Madadascar également, mais on a une histoire commune, et ça c'est le grand argument pour le coup des autorités comoriennes.
– Alors, si je comprends bien, la France occuperait, du point de vue du droit international, Mayotte, de manière illégale. La France, notre diplomatie se fonde justement sur le respect du droit international, donc la France contreviendrait au droit international sans conséquence pour ce qui concerne Mayotte, on a même quelque angoisse à le prononcer ainsi.
– Oui, en matière de droit international, c'est la situation qui est celle-là aujourd'hui, et d'ailleurs, et c'est quand même triste de le faire remarquer, à plusieurs reprises ces dernières années, la Russie a rappelé justement cette situation, c'est-à-dire qu'elle a invoqué la situation de Mayotte pour dire, mais vous les Français, vous nous faites la leçon sur les questions de droit international, mais regardez ce qui se passe à Mayotte. En fait, c'est une question qui n'a jamais été aujourd'hui résolue. Alors, la France, de son côté, et les Mahorais, elles expliquent que c'est un choix des Mahorais.
Effectivement, ils l'ont choisi à de multiples reprises au cours d'élections, dont on peut remettre en cause parfois la sincérité, en tout cas à certaines périodes, mais en tout cas, ils l'ont à plusieurs reprises rappelé lors de consultations. Les Mahorais sont favorables et ils se sont exprimés là-dessus. Donc ça, c'est l'argument de la France, qui est aussi entendable, c'est évident.
Par contre, ce que l'on note, c'est qu'au-delà de ces questions d'ordre juridique, c'est que si on est aujourd'hui dans la situation où se trouve Mayotte, et dans des situations qui sont dramatiques, il faut le dire, pas seulement pour les étrangers qui sont à Mayotte, mais aussi effectivement pour beaucoup de Mahorais qui subissent une situation de plus en plus infernale, c'est un terme qui revient souvent, c'est un enfer, alors que toutes les images qu'on peut avoir de ce beau lagon donnent des images d'un paradis. En fait, si c'est devenu cette situation-là, c'est parce que, quelque part, c'est le résultat de cette histoire absolument unique.
C'est-à-dire qu'outre le fait que la France a disloqué un territoire qu'elle avait colonisé, on est dans une situation où des territoires très rapprochés sont régis par un régime différent et où une population a demandé elle-même qu'il, quelque part, en 1975, à rester colonisé.
Justement, est-ce que les Comores veulent vraiment coloniser Mayotte, comme semblent le dire certains des élus Mahorais ? En gros, les immigrés seraient les instruments de l'État comorien dans le but de faire échouer la francisation de Mayotte ?
Oui, si l'on veut soutenir une thèse conspirationniste, effectivement, on peut dire cela. En fait, ceux qui connaissent la région savent bien que c'est complètement farfelu. En fait, il n'y a pas de plan. de la part des autorités comoriennes pour coloniser, j'emploie le terme avec 17 000 guillemets, pour coloniser Mayotte. Mais, enfin, regardons la situation telle qu'elle est. On est dans un territoire, Mayotte, qui reçoit aujourd'hui, alors, de l'argent, beaucoup d'argent, pas suffisamment de l'avis de nombre de Mahorais. De leur point de vue, c'est plutôt logique. Eux, maintenant qu'ils sont au département français, ils réclament l'égalité avec les citoyens français.
De ce point de vue, c'est quelque part logique. Ils ne l'ont pas encore, très clairement. Il y a des gros déficits en matière de droits sociaux, etc. Mais, le problème, c'est que plus de l'argent arrive à Mayotte, et c'est de l'argent qui vient directement de la métropole, ce n'est pas de la richesse qui est créée sur place, plus, forcément, ça attire les gens qui sont dans les autres îles. Il faut rappeler qu'en jouant, c'est à peine 70 kilomètres de Mayotte. C'est-à-dire que la traversée peut se faire en quelques heures, très rapidement. Et au-delà de ça, ce ne sont pas…
On entend souvent, en fait, les médias français ont tendance à considérer Mayotte, finalement, l'immigration à Mayotte, comme la même immigration que celle des subsahariens, par exemple, qui rejoignent l'Europe. Mais, en fait, ce n'est pas du tout comparable. Pourquoi ? Parce que les Comoriens qui arrivent à Mayotte, ils ne sont pas en terre inconnue, ils ne sont pas en terre étrangère. D'abord, ils ont de la famille, forcément. Tout le monde a des liens entre les îles. Les Mahorais ont tous plus ou moins de la famille dans une des trois autres îles, et idem pour les ressortissants des trois îles.
Donc, ils ont des liens, mais en plus, ils se retrouvent dans une société, finalement, où ils connaissent les codes. Puisque, comme je le disais tout à l'heure, il y a une même organisation sociale. Donc, on est vraiment dans une situation très, très complexe. Et dire que cette immigration massive, effectivement, elle est massive, résulte d'un plan du pouvoir politique comorien, c'est nier la réalité, en fait, tout simplement des liens qui sont historiques et qui sont très étroits entre les populations des quatre îles de cet archipel.
Est-ce qu'on est là face aux conséquences d'une décolonisation compliquée ? En trompe-l'œil, plainte de sous-entendus, inachevée, pour partie ?
Bon, c'est là où je disais, c'est complexe. Par exemple, la France a décidé de conserver Mayotte parce qu'il y a eu une pression, en fait, non seulement de la part des élus maorais à l'époque, dans les années 60-70, mais aussi du côté français, ici, en France, de la part de l'Obi, l'extrême droite. Je rappelle quand même que l'action française, le mouvement royaliste mourassien, a été en pointe pour soutenir le combat de Mayotte française.
Une partie de l'armée qui voulait conserver une base dans cette région et un certain nombre de responsables politiques qui étaient très influents à l'époque, je pense notamment à Michel Debré et Michel Debré et Pierre Mesmer qui étaient des ministres importants, notamment du globalisme.
Je te coupe un peu parce que pour ceux qui ne le savent pas, Michel Debré et Pierre Mesmer sont des monstres sacrés de la décolonisation à la française et des guerres coloniales en France. Michel Debré, c'est le rédacteur de la Constitution de la Ve République, en tout cas un des principaux rédacteurs. Et Pierre Mesmer, il était haut-commissaire de la France au Cameroun. Il a mené une guerre, la guerre du Cameroun et il a été par la suite très impliqué dans le lobby colonial. On continue.
– Eh bien, tous deux ont appuyé très fort pour que Mayotte reste française, alors qu'il faut quand même le dire, à la tête de l'État, il y avait vraiment un débat parce que certains ne voulaient pas. Fokard lui-même, dans ses mémoires, explique que lui, il n'était pas pour la dislocation de l'archipel.
– Fokard qui est un peu le grand mamamouchi de la France-Afrique.
– Tout à fait. Et Valéry Gistard d'Estaing, quelques mois après son élection en 1974, annonce que l'archipel ne sera pas disloqué et que si il y a une indépendance, il y a, elle sera valable pour les quatre îles. Seulement, il y a eu un gros lobbying au niveau notamment des parlementaires qui a fait en 1974 qu'alors qu'on devait consulter les Comoriens dans leur ensemble pour savoir s'ils voulaient l'indépendance, finalement, alors que le vote devait être pris sur l'ensemble des quatre îles, il a été pris en compte sur chaque île, indépendamment des autres.
Et donc, comme les Mahorais ont voté à peu près un peu plus de 60% en faveur pour rester français, leur vote a été pris en compte, alors qu'à l'origine, ce n'était pas le projet, en tout cas, du gouvernement français à ce moment-là.
– Alors, les Comores et la France, c'est aussi quelques belles pages de la France-Afrique, on pense à Bob Denard et aux autres. Peux-tu nous rappeler ces épisodes-là ? Quand on parle des Comores, on ne parle pas de Mayotte, mais on parle des Comores qui sont devenus indépendants, enfin, de l'île des Comores devenue indépendante, elle n'était pas si indépendante que cela, en tout cas. Peux-tu nous raconter ces épisodes-là ? En quoi ils ont un impact sur l'actualité ?
– En tout cas, ils sont liés à l'histoire de Mayotte, puisque lorsque les Comores deviennent indépendantes en juillet 1975, un mois plus tard, donc c'est Ahmed Abdallah qui est alors la grande figure politique comorienne, Ahmed Abdallah, un mois plus tard, est déposé par un coup d'État. Un coup d'État qui est mené, alors c'est un peu les paradoxes de l'histoire, qui est mené par Alice Wally, qui est alors un responsable d'un mouvement révolutionnaire aux Comores, mais Alice Wally qui se fait aider par Bob Denard, et oui, Bob Denard qui est plus ou moins dépêché par la France pour l'aider à démettre Ahmed Abdallah. Pourquoi ?
Parce qu'à Paris, on fait le calcul que peut-être qu'Alice Wally sera plus souple sur la question de Mayotte et qu'il n'essayera pas de récupérer l'île alors qu'Amed Abdallah semblait vouloir la récupérer. Bon, c'est comme ça que Denard arrive aux Comores. Trois ans plus tard, 1978, il se trouve qu'Alice Wally, comme tous les autres responsables comoriens qui se succéderont les années suivantes, revendiquera le retour de Mayotte dans l'ensemble comorien, rebelote, Bob Denard est envoyé aux Comores avec, comme on dit souvent l'expression « le feu orange » de Paris pour déloger Alice Wally qui sera exécuté et pour remettre au pouvoir Ahmed Abdallah.
Bob Denard, à ce moment-là, va devenir quasiment un vice-président aux Comores, il va y rester, il va faire venir tout un tas de mercenaires dans l'île qui vont jouer un rôle à la fois de sécurité mais aussi dans l'agriculture par exemple et ils vont y rester jusqu'en 89, année où Ahmed Abdallah est assassiné et Bob Denard est suspecté, il n'a jamais été condamné pour ça mais il est suspecté d'avoir participé à cet assassinat et puis je tiens à préciser quand même que Bob Denard reviendra une dernière fois mener un coup d'État en 1995 contre le président Johar qui l'a aussi déplaisé à Paris même si là pour le coup il semble qu'il a mené ce coup d'État sans avoir l'aval du gouvernement français.
Alors c'est assez important à signaler parce que globalement l'argument des pro-Mayol c'est de dire les Comoriens ont voulu leur indépendance ils l'ont eu mais enfin ils l'ont pas vraiment eu ils ont eu des inconvénients de l'indépendance mais ils ont eu également disons des ingérences permanentes qui au final peuvent justifier une certaine amertume.
Tout à fait ingérences qui sont pas propres aux Comores on sait bien dans l'histoire des décolonisations qu'il y a eu énormément d'ingérences de la France et ce qu'on appelait la France-Afrique mais ces ingérences sont continuées même après puisque en 1997 sur l'île d'Enjouan il y a une crise séparatiste où des responsables politiques enjouanais réclament non seulement la séparation avec les autres îles à l'image des Mahorais 20 ans plus tôt mais ils demandent même la départementalisation à la France à leur tour.
C'est un mouvement qui est né en juin mais encore une fois ils reçoivent l'appui d'un certain nombre de mouvements de nostalgie de l'Empire français qui vont les soutenir dans cette démarche. En fait pendant toutes ces années il y a eu une forme d'ingérence de Paris officielle ou officieuse qui a fait que les Comores ont bien eu du mal à se développer. Alors il ne faut pas nier non plus le fait que la responsabilité des dirigeants comoriens eux-mêmes mais ça a joué et en gros les Comores étaient bien mal partis en 1975 parce qu'il y avait cette île de Mayotte que eux revendiquaient et que la France finalement avait décidé de conserver.
Alors les relations entre la France et l'actuel président comorien Azali Asoumani ce ne sont pas des relations simples ce ne sont pas des relations de détestation sans nuances elles sont complexes est-ce que tu peux nous les raconter ?
Bon depuis quelques années il y a un rapprochement qui est assez spectaculaire entre Azali et Paris donc Azali Asoumani c'est le président des Comores donc c'est un ancien officier qui avait organisé un coup d'état en 1999 puis qui avait été élu puis qui avait perdu l'élection suivante enfin il ne l'avait pas perdu mais son camp l'avait perdu et qui a été réélu quelques années plus tard et qui donc qui préside le pays depuis bientôt six ans et qui a durci considérablement son régime ces derniers mois et qui s'est rapproché de Paris ces dernières années puisque en l'espace de trois ans il a été reçu cinq fois à l'Elysée et il s'est passé un événement aussi en début d'année assez surprenant Azali Asoumani a été élu président de l'Union africaine il faut savoir que l'Union africaine c'est une présidente tournante tous les ans mais l'Union africaine
c'est quand même 53 ou 54 pays c'est une grosse organisation internationale
la présidence devait revenir à un état d'Afrique de l'Est et le Kenya était le favori et contre toute attente c'est les Comores un tout petit pays d'un million d'habitants qui pèse bien peu sur le plan économique et géopolitique les Comores qui ont obtenu la présidence donc Azali Asoumani et il a obtenu cette présidence notamment avec le soutien diplomatique de la France qui a œuvré pour que ça soit lui qui soit élu président donc ça dit tout de ce rapprochement ces derniers temps avec Paris mais ça on peut se poser aussi la question c'est arrivé ça en février de cette année on peut se poser la question si pour Paris il n'y avait pas une arrière pensée c'est-à-dire on soutient Azali pour cette candidature-là et en échange il nous laisse mener l'opération Wambouchou qui il faut quand même le préciser fait extrêmement peur du côté des îles d'Anjouan et de la Grande Comore et de Moëli surtout d'Anjouan parce que c'est là où sont refoulées les personnes qui sont expulsées de Mayotte ça fait très peur parce qu'il n'y a pas d'abord il n'y a pas les conditions pour les accueillir mais en plus il faut dire ce qui est il y a quand même des passerelles économiques très importantes et ces gens qui seront refoulés de Mayotte ne pourront plus notamment envoyer d'argent à leur famille qui restait sur l'île
Est-ce que la France a les moyens de pression sur les Comores pour les obliger à revenir sur leur refus de faire accoster les navires français un refus qui a été manifesté encore récemment ?
Oui les moyens de pression sont toujours les mêmes c'est-à-dire c'est des moyens de pression d'ordre économique si la France si les Comores continuent de refuser d'accepter les refoulés de Mayotte il y aura il y aura des mesures de rétorsion des aides qui ne seront pas envoyées des programmes qui seront annulés c'est une possibilité il faut rappeler qu'en 2018 il y avait eu une crise entre la France et les Comores puisque les Comores avaient refusé d'accueillir justement des refoulés de Mayotte parce qu'à Mayotte il y avait des violences qui étaient commises contre des personnes en situation régulière essentiellement des Comoriens par des comités de défense des formes de milices villageoises du côté de Mayotte donc il y avait eu une crise diplomatique les Comores avaient refusé de recevoir les refoulés de Mayotte et en réaction la France avait menacé de couper un certain nombre d'aides et avait indiqué ne plus donner aucun visa à aucun ressortissant comorien donc la France a évidemment des moyens de pression c'est l'un des principaux partenaires économiques des Comores donc cette puissance-là elle pèse énormément
On imagine que Gérald Darmanin fera jouer tout ça parce que lui aussi d'un point de vue domestique il joue gros il veut montrer une main de fermeté il veut aussi faire comprendre même de manière subliminale à certains milieux de droite et d'extrême droite que cette politique d'expulsion massive expérimentée à Mayotte pourrait être utilisée sur le continent européen dans l'Hexagone un de ses jours donc on imagine qu'il fera tout ce qu'il pourra
Les intentions de Darmanin je ne les connais pas vraiment mais ce que je sais c'est que Mayotte et plus globalement les territoires ultramarins français servent toujours de laboratoire toujours que ça soit dans les mesures dans les lois qui concernent l'accès à la nationalité dans les mesures de répression contre l'immigration ça sert de laboratoire et Mayotte est un laboratoire de loi contre l'immigration clandestine donc c'est sûr que ce qui se passe là et de nombreuses organisations dénoncent le fait qu'on est hors du droit dans ce qui se passe là ou qu'on risque en tout cas d'être hors du droit c'est sûr que c'est un avertissement mais d'une manière plus globale les français de la France dite métropolitaine devraient s'intéresser de beaucoup plus près à ce qui se passe en Outre-mer parce qu'à chaque fois on constate que ce sont des essais qui sont menés dans l'Outre-mer et si ça passe après on les généralise à l'ensemble du territoire français
Merci beaucoup Rémi Rémi Carayol qui est cofondateur du site indépendant Afrique 21 et donc tu es l'auteur d'une série d'articles intitulés une post-colonie au XXIe siècle qui nous permet d'en savoir plus sur les enjeux entre Mayotte et les Comores Merci beaucoup à toi Merci Sous-titrage Société Radio-Canada