Croissance, retraite des cheminots, blocus à Sciences Po... L'interview de Bruno Le Maire
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Il est 8h30 et vous êtes bien sur AMC et BFM TV. Bonjour Bruno Le Maire.
Bonjour Bruno Le Maire.
Vous êtes le ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique. Eh bien dis donc, ça fait trois mois que je vous attends, que je vous invitais régulièrement, que vous aviez toujours une bonne excuse. Vous venez enfin... Je travaille, vous savez. Oui, c'est peut-être parce qu'il y a des bonnes nouvelles, surtout. Non ?
Non, c'est parce que je travaille et que les bonnes nouvelles, elles ne tombent pas du ciel. Les bonnes nouvelles, elles viennent du travail qui a été fait par le gouvernement, la majorité, le président de la République. Donc oui, nous sommes pour la cinquième année consécutive la nation la plus attractive pour les investissements étrangers en Europe.
C'est le dernier baromètre qui est tombé ce matin.
Et je pense qu'au bout de cinq fois, on peut reconnaître que ce n'est plus le hasard. C'est le résultat de la politique de l'offre qui a été menée par le gouvernement depuis sept ans et que nous continuerons à maintenir parce qu'elle donne des résultats très concrets. C'est 40 000 emplois partout dans les territoires, partout dans les régions pour nos compatriotes. C'est des usines qui ouvrent, des usines qui s'agrandissent. C'est des perspectives de prospérité pour tous nos compatriotes. C'est ça que veut dire ce baromètre. Ça veut dire du travail et de l'activité pour tous les Français sur tout le territoire. Et c'est le résultat de notre politique économique.
Et puisqu'on est sur les bonnes nouvelles, on va quand même en profiter. Il y a eu l'agence de notation Moody's. Son verdict était attendu et surtout redouté. Finalement, la note de la France n'a pas été dégradée. Il y a la croissance, la croissance du premier trimestre qui n'est finalement pas si mauvaise puisque l'on gagne 0,2% en plus de cette information sur le fait que la France est donc restée le pays d'Europe qui attire le plus d'investisseurs étrangers. Globalement, vous vous dites que peut-être qu'on repart dans la bonne direction ?
Mais je n'ai jamais douté que nous étions dans la bonne direction et que notre politique économique était la bonne. La politique de soutien aux salariés, valorisation du travail, de soutien aux entreprises. Et oui, la croissance est là. 0,2% au premier trimestre. Ceux qui sont insincères, c'est les prévisionnistes qui ont dit qu'il n'y aurait pas de croissance. On accuse le gouvernement d'insincérité. Mais c'est le gouvernement qui a été...
D'optimisme excessif, sans doute.
Oui, mais on est là pour être optimiste et volontariste, pas pour jeter des sacs de sang sur la tête des Français, comme beaucoup le font matin, midi et soir, parce que c'est leur fonds de commerce électoral. Ce décadentisme permanent, cette idée que les Français n'y arrivent pas, alors qu'ils réussissent remarquablement bien. Nous avions dit, en 2023, il y aura un point de croissance. On a fait 0,9. C'est le gouvernement qui était le plus sincère. Je dis depuis des semaines, sous une volée de critiques et de bois vert, que nous aurons de la croissance, que nous aurons une année 2024 qui sera solide. Certains prévisionnistes diraient que ce sera 0,5 au maximum.
On a déjà 0,5 de croissance cumulée.
Donc, vous maintenez votre prévision d'1% de croissance pour 2024 ?
Je maintiens notre prévision de croissance, dont la crédibilité vient d'être confortée par ce chiffre de l'INSEE 0,2. Je ne dis pas que c'est suffisant, je ne dis pas qu'on ne peut pas faire mieux. Je dis juste que la France est dans la bonne direction, que son économie est solide. Et qu'il serait bon, surtout, de changer d'état d'esprit que ce pessimisme permanent. Je vois tous ceux qui avaient déjà le sourire aux lèvres en se disant « Moody's et Fitch vont dégrader la note ». Mais qu'est-ce que c'est que cette façon de se réjouir sur les malheurs du pays ? Est-ce qu'il ne faudrait pas changer radicalement d'état d'esprit, avoir un état d'esprit optimiste, volontariste ?
Oui, Moody's et Fitch ont maintenu la note de la France. Pourquoi ? Parce qu'ils croient dans la crédibilité de la stratégie de rétablissement des finances publiques du pays et parce qu'ils croient dans la puissance de l'économie française.
Il reste d'ailleurs une troisième agence de notation qui doit donner son verdict d'ici un mois. Standard & Poor's, vous êtes à peu près aussi optimiste ?
Nous verrons, mais ce ne faut encore pas uniquement une question d'optimisme, c'est du travail. C'est de la volonté, enfin ces chiffres de croissance 0,2, une croissance qui a été maintenue en 23, pas de récession, une croissance en 24 qui est solide et qui sera encore plus solide en 25 et en 26. Ces emplois qui ont été créés, ce classement de la France comme nation la plus attractive, tout ça c'est le fruit de tout le travail des salariés, des chefs d'entreprise, des patrons de PME, des patrons de TPE, des commerçants, des artisans. Moi je vais leur tirer mon chapeau ce matin et leur dire, vous avez bien raison, contre l'état d'esprit qui est un état d'esprit sombre.
Mais de qui ? Vous avez l'air de dire que face à vous, il y aurait tous les pessimistes, voire même les pessimistes un peu gargamelles qui se réjouissent du fait que ça aille mal.
Il suffit d'allumer sa télévision, de consulter ses réseaux sociaux, là c'est le pire. Non absolument pas, j'accuse jamais les journalistes, jamais. Ce n'est pas ma pratique démocratique. Mais quand j'écoute la France insoumise, quand j'écoute le Rassemblement national, quand j'écoute certaines oppositions, ils n'ont que la critique à la bouche, pas contre moi, ça c'est le jeu démocratique, contre les Français. Quand on dit qu'il va y avoir une récession, c'est contre le travail des Français qu'on s'exprime. Quand on fait preuve de trop de pessimisme, qu'on n'arrête pas de parler de décadentisme, c'était mieux avant, on n'est pas dans la bonne direction, ça va mal se passer.
On joue avec les peurs des Français.
Moi je veux bien mais Bruno Le Maire, vous avez quand même tiré le signal d'alarme vous-même, de manière très solennelle, un soir à 20h. Mais sur les finances publiques, bien sûr. En disant il manque de l'argent, il faut trouver en urgence 10 milliards, puis vous-même vous êtes revenu disant finalement il va peut-être même falloir 10 milliards de plus. Et puis votre ministre du Budget qui dit peut-être 20 milliards l'an prochain, le président de la Cour des comptes qui dit il va falloir 50 milliards, enfin moi je veux bien mais enfin ceux qui sont peut-être un peu négatifs aujourd'hui, c'est vous.
Non, ne confondez pas deux choses très différentes, il y a deux façons de faire de la politique. On comprend qu'on soit inquiets quand on vous entend. On peut faire de la politique avec le sens des responsabilités ou en jouant avec les peurs des Français. Je trouve qu'aujourd'hui dans le débat politique, beaucoup trop de responsables politiques, qui sont irresponsables en le faisant, jouent sur la peur des Français, sur la peur de déclassement, sur la peur de relégation.
Alors que nous sortons d'une des crises économiques les plus graves que nous ayons connues depuis un siècle, le Covid, que nous sortons de la crise inflationniste la plus grave depuis les années 70, et que la France s'en sort remarquablement bien grâce au travail, une fois encore, des Français, je pense que ça mérite d'être salué. Moi, ma responsabilité des ministres des Finances, c'est effectivement de dire, écoutez, là, il y a eu une difficulté sur les recettes en 2023, elles ont été moins bonnes que prévues, on corrige. Ce n'est pas jouer avec les peurs, c'est faire preuve de sens des responsabilités.
Et on va rentrer dans le détail, il y a beaucoup de questions à vous poser. D'abord sur, effectivement, ces économies. Je n'y suis plus très bien, c'est-à-dire que vous aviez dit 10 milliards, vous avez redit 10 milliards. Est-ce qu'aujourd'hui, on cherche 20 milliards pour 2024 ? Mes comptes sont bons ?
On a déjà trouvé 10 milliards d'euros, c'est le décret que nous avons signé le 21 février avec le Premier ministre. Puis, il faut trouver 10 milliards d'euros supplémentaires, nous y travaillons avec le ministre des Comptes publics, et là, les comptes sont bons.
Alors, attendez, vous avez dit, on a déjà trouvé 10 milliards. Dans ces 10 milliards, si je me souviens bien, il y en avait une partie qui était que vous demandez à chacun des ministères de faire des économies. Quand je regarde ce qui s'est passé au ministère de l'Éducation nationale hier, vous avez demandé à tous les ministères de faire des économies et au ministère de l'Éducation de faire aux alentours de 700 millions. J'ai bon ?
Oui, tout à fait.
Le ministère de l'Éducation a donc regardé dans ce qui lui coûte et a demandé au recteur, au recteur d'académie, de supprimer un tiers des heures supplémentaires des professeurs pour économiser tout de suite 100 millions d'euros. Tollé, reculade, c'est abandonné. Donc, quand vous dites, on a trouvé les sous, en fait, non. C'est-à-dire, quand on va en bas de la ligne, ils ne sont pas trouvés. Vous, vous avez dit, on arrête, mais…
Contrairement à ce que j'entends trop souvent, Bercy ne décide pas de tout. Les économies et les finances laissent la liberté totale à chaque ministre de décider où ils font les économies. Je veux dire, mais là, ils ne les trouvent pas. Qui est rendu avec le Premier ministre sur le montant global d'économies.
Quand ils tentent de faire des économies, ça ne passe pas.
On a déjà mis en place les 10 premiers milliards. On a, par exemple, réduit l'aide publique au développement. On a dit, voilà, les temps sont durs. On ne peut pas aider autant qu'on le souhaiterait les pays qui sont aujourd'hui les plus pauvres de la planète. Donc, on va économiser 800 millions d'euros sur l'aide publique au développement. Et ainsi de suite pour arriver aux 10 milliards d'euros d'économies. Donc, vous faites confiance.
En gros, vous dites ça, je m'en lave les mains. Moi, je leur ai demandé de faire des économies. Maintenant, à eux, ils se débrouiller.
Et c'est à eux de discuter avec nous et de dire, voilà où nous voulons faire les économies.
Mais là, c'est 100 millions, par exemple, puisqu'ils ne les feront pas.
Les ministres, comme la ministre de l'Éducation nationale, Nicole Belloubet, et je lui fais une confiance totale, ont la responsabilité de trouver les économies là où ils estiment que c'est le plus juste. Mais non, ce n'est pas théorique, c'est très pratique.
Parce que c'est eux qui sortent au contact de leurs administrations
et qui disent, écoutez, là, c'est possible, là, c'est plus difficile. Ils ont une marge de manœuvre. Un ministre, il a la responsabilité de son administration, de son budget. On lui dit, votre budget est réduit, à vous de trouver les économies nécessaires.
Donc, il va falloir qu'il trouve ces 100 millions ailleurs. 20 milliards d'euros, donc, d'économies, de différence avec le budget que vous aviez prévu. Et pourtant, pas de rectificatif budgétaire.
Ça passe. Le rectificatif budgétaire, c'est des décisions que nous prenons actuellement.
C'est bizarre, quand même.
Vous voulez dire, pas de loi de finance rectificative.
– Politiquement, c'est quand même bizarre de ne pas retourner. – J'entends, je me suis… – Vous avez discuté d'un budget avec les députés. Vous faites finalement 20 milliards de différence par rapport à ce budget qu'ils ont signé, qui finalement a été adopté. Et vous ne retournez pas devant l'Assemblée nationale.
– Mais nous avons la possibilité de le faire par décret. Donc, nous le faisons par décret. Le choix a été pris, la décision a été prise par le président de la République de faire ces économies par voie réglementaire. Est-ce que pour autant, ça réduit le débat parlementaire ?
– On comprend quand même en creux, Bruno Le Maire, que le président a décidé. Poliment, vous dites, c'est sa décision. – C'est vrai, comme ministre des Finances, c'est la seule chose qui m'intéresse. – Sans doute pas la décision que vous auriez pris.
– La seule chose qui m'intéresse, c'est qu'au bout du compte, on ait rétabli les comptes de la nation. On soit sous les 3% de déficit public en 2027 et que nous accélérions le désendettement de la France. Et est-ce qu'il y a un débat ? Bien sûr qu'il y a un débat. Lundi, j'étais à l'Assemblée nationale, nous avons eu un débat avec les forces d'opposition. Mardi, j'étais au Sénat, il y a eu un débat avec les forces d'opposition. Et d'ailleurs, plutôt que de s'écharper sur le véhicule par lequel on va faire ces économies, j'ai tendu la main. – Non, mais c'est pas du tout anodin, on va préciser les choses. – Non, mais j'entends, bien sûr.
– Pour que tout le monde comprenne bien, en réalité, ce qui se joue là, c'est la question, effectivement, de la sincérité ou de l'insincérité d'un budget ou de la rectification d'un budget a posteriori. – J'entends très bien un peu, il est de manière… – Quand les choses sont différentes. – Sur la sincérité, sur la sincérité, ne faisons pas. – Si vous venez devant l'Assemblée nationale avec votre budget rectificatif, avec cette loi de finances rectificative, nous déposerons une motion de censure qui sera vraisemblablement signée par les autres oppositions. Et donc le gouvernement tombe.
– Ce qui vous l'avouerez n'est pas la meilleure incitation à faire une loi de finances rectificative. Si vous déposez une loi de finances rectificative, on renverse le gouvernement, ce n'est pas une incitation à aller dans cette direction-là. Mais peu importe, la seule chose qui compte pour la nation,
l'intérêt supérieur de la nation, c'est le rétablissement.
Écoutez, moi je ne me dérobe jamais.
– Oui, c'est ça, vous auriez été.
– Ce n'est pas du tout mon genre de beauté.
– Vous auriez été à l'Assemblée, vous auriez proposé ce budget rectificatif.
– La seule chose qui compte pour moi, c'est que les comptes soient rétablis, qu'ils soient rétablis dans un dialogue démocratique avec les forces d'opposition. Je leur ai tendu la main lundi à l'Assemblée, mardi au Sénat, et je continue à leur tendre la main en leur disant, l'intérêt supérieur de la nation pour protéger les Français demain, s'il y a un nouveau Covid, s'il y a une crise géopolitique, c'est que les comptes soient rétablis et qu'on ait les réserves financières pour protéger les Français. Travaillons ensemble. Je le redis ce matin à votre micro, à toutes les forces d'opposition, travaillons ensemble à ce rétablissement des comptes.
Parmi les économies et les pistes pour faire encore des économies, pour réduire les dépenses, il y a l'idée de réformer l'assurance chômage. Et dans le même temps, on a la SNCF, entreprise dont le capital est à 100% détenu par l'État, qui accepte dans une négociation avec ses salariés de revenir en gros sur les effets de la réforme des retraites. Vous avez bataillé sur cette réforme de retraite. Vous nous avez dit à nous tous, Français, qu'il fallait faire des efforts, qu'il fallait travailler plus longtemps, que le compte n'y était pas. Et pendant ce temps-là, à la SNCF, ils ont obtenu de partir 2 ans avant l'âge légal, 18 mois avant l'âge légal précisément, avec 75% de leur salaire.
Très ça normal ?
C'est pour ça que cet accord n'est pas satisfaisant à mes yeux et qu'il y a eu un dysfonctionnement. J'ai en partie, avec d'autres, la tutelle de la SNCF, notamment la tutelle financière. Un accord est signé qui engage effectivement les équilibres de la réforme des retraites et les équilibres financiers de la SNCF. Je n'ai pas été averti. Alors je reconnais bien volontiers que c'est au président directeur général de la SNCF de gérer les relations avec les organisations syndicales. Mais le ministre de tutelle, un des ministres de tutelle, doit être tenu au courant.
J'ai donc convoqué le président directeur général de la SNCF pour qu'il me rende des comptes sur cet accord, qui donne un sentiment de deux poids deux mesures, qui est très provoquant pour beaucoup de nos compatriotes qui travaillent dur et qui ont accepté la réforme des retraites et qui voient que cette réforme des retraites est nécessaire précisément pour financer notre régime de retraite par répartition, par solidarité. Donc j'ai convoqué M. Farandou et je tiens à ce qu'il m'explique comment est-ce qu'il finance cet accord qu'il a conclu avec les syndicats sans, une fois encore, que nous soyons avertis. Quand ? Dans les tout prochains jours.
Et s'il n'a pas une explication qui vous paraît suffisamment à la hauteur ?
J'attends une explication convaincante. Et je veux régler un dysfonctionnement.
Mais est-ce que ça veut dire, Bruno Le Maire, que vous pourriez, en tant que justement tutelle de la SNCF, dire que cet accord n'est pas d'accord ?
Je vais écouter les explications du président, directeur général de la SNCF, mais la démocratie, pour moi, c'est la transparence. Je ne vais pas vous dire, j'ai été informé, c'est pas mal. Non, voilà. Le ministre de tutelle, un des ministres de tutelle, n'a pas été informé. Il apprend cet accord. Cet accord ne me paraît pas satisfaisant. Il pose des problèmes financiers. Je rappelle que nous avons trouvé 35 milliards d'euros il y a quelques années, lorsque la SNCF avait besoin de rééquilibrer ses comptes. Je suis en droit de demander des comptes aussi.
Mais est-ce que, je vous repose la question, est-ce que vous avez les moyens, Bruno Le Maire, de revenir sur cet accord ?
Je tiens à connaître les moyens de financement de cet accord. Le président, directeur général de la SNCF, doit nous rendre des comptes.
Total Energy pourrait battre pavillon américain. Le patron de Total a laissé entendre qu'il pourrait faire de Wall Street sa place de cotation principale. Le journal Les Echos parle même d'une distance croissante entre les champions du CAC 40 et l'Hexagone. Total, j'ai quand même plusieurs questions à vous poser, parce qu'on sent bien qu'il y a eu une forme de bras de fer, parfois, de soutien, souvent, mais aussi de bras de fer, quand vous avez estimé que Total n'avait pas joué le jeu. Et là, ils envisagent ce projet, partir quand même pour une cotation américaine. D'abord, est-ce que vous prenez ce projet au sérieux ?
Monsieur, je prends ce projet au sérieux.
Est-ce que vous le redoutez ?
Je ne suis pas là pour redouter. Je suis là pour faire en sorte que ça n'ait pas lieu. Parce que je pense que c'est une décision qui est grave. Nous avons besoin de Total. J'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de dire à quel point c'était un atout pour la France d'avoir une grande compagnie pétrolière comme Total, avec, par exemple, lorsqu'il y a des prix de l'énergie qui explosent, des prix des carburants qui explosent, un géant de la distribution et de la distribution de pétrole, d'essence ou de diesel, qui dit « je vais plafonner à moins de 2 euros le prix du carburant à la pompe ». Si vous n'avez pas Total, vous ne pouvez pas le faire. Donc c'est important de garder Total.
C'est important de garder le siège social de Total en France. Et c'est important que la cotation principale de Total reste en France.
Ils vous entendent ? Ils vous écoutent ? En fait, ce que je voudrais comprendre, est-ce qu'il n'y a pas entre vous une forme presque de provoque, de chantage ? Au fond, c'est un peu une manière de vous dire « écoutez, lâchez-moi ».
Non, ce n'est pas comme ça que doivent fonctionner les relations entre le ministre des Économies et des Finances.
Je veux bien croire que ce n'est pas comme ça que ça doit fonctionner, mais est-ce que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne ?
Et un dirigeant d'une entreprise aussi importante que Total. Ce qui doit nous guider, comme pour les finances publiques, comme pour l'économie, c'est l'intérêt supérieur de la nation. Est-ce que l'intérêt supérieur de la nation est de garder le siège social de Total en France et la cotation principale de Total en France, oui. Et donc, je me battrai pour ça parce que c'est l'intérêt supérieur des Français. Alors, de quoi est-ce que Total a besoin ? Total a besoin de financement. Je pense que la meilleure façon de répondre aux besoins de Total, c'est de mettre en place, pourquoi nous nous battons avec le président de la République, l'union des marchés de capitaux.
Est-ce que ce n'est pas une manière de vous dire « n'envisagez même pas la taxe sur les super-profits » ?
Total me dit que la taxation sur les super-profits, en l'espèce, c'est une taxation sur les rachats d'actions que nous envisageons de mettre en place. Je pense qu'on peut le dissocier de cette question de la cotation et de la présence de Total en France avec son siège social. Total me dit « nous avons un problème de financement ». Nous n'arrivons pas à trouver de financement. Ma réponse, c'est « nous allons mettre en place une union des marchés de capitaux pour que vous puissiez lever des sommes beaucoup plus importantes à l'échelle européenne pour vos activités, notamment vos activités dans la transition énergétique. Nous ferons cette union des marchés de capitaux.
Vous pourrez lever l'argent nécessaire. Donc vous n'avez plus de raison d'aller vous faire coter à New York. »
Il y a un des sous-traitants de Stellantis, MA France, qui fabrique des châssis et des cabines qui risquent le dépôt de bilan. Stellantis, dont le patron est quand même rémunéré, 36,5 millions d'euros, on l'a appris la semaine dernière, qui délocalise donc cet équipementier en Turquie parce que ce serait moins cher là-bas. Est-ce que vous trouvez ça normal ?
Je réunirai toute l'industrie automobile, toute la filière automobile lundi, avec le ministre de l'Industrie, Roland Lescure. Cette industrie, elle traverse une phase qui est difficile, la transition du véhicule thermique au véhicule électrique. Une transition comme ça, il en arrive une fois par siècle. Je veux accompagner la filière automobile comme je le fais depuis maintenant 7 ans. Et pour accompagner la filière automobile, il faut que chacun joue le jeu. Et que les grands donneurs d'ordre, que ce soit Stellantis et Renault, aient une attention beaucoup plus forte à leurs sous-traitants et à la situation de leurs sous-traitants. Ça fera partie des discussions que nous réunis.
Vous estimez donc qu'ils ne doivent pas lâcher MA France ?
J'estime que les donneurs d'ordre, Stellantis et Renault, dans cette période de transition qui est très brutale, très rapide, où la compétition est féroce, notamment avec la Chine, doivent faire attention à leurs sous-traitants. Ça a toujours été ma ligne de politique économique, que ce soit sur l'aéronautique, sur l'énergie, sur l'industrie automobile. Les grands doivent faire attention aux petits.
Monsieur Bolloré dit aussi qu'il va lancer peut-être une nouvelle usine, une méga factory de batteries.
Je ne vais pas vous annoncer toutes les bonnes nouvelles ce matin. Pourquoi pas ? J'en garde encore quelques-unes pour les semaines à venir.
Mais celle-là, ça veut dire que je comprends bien qu'elle est dans votre manche.
Vous verrez.
Elle est dans votre manche.
Vous verrez, il y a des présidents de régions qui sont très impliqués, présents dans la région Bretagne, présents dans la région Grand Est. Et je salue leur implication parce qu'on a beaucoup travaillé ensemble depuis des mois sur ce projet. Donc, laissez-nous encore un petit peu de temps.
Vous pouvez le dire.
Laissez-nous encore un peu de temps.
Oui, OK. Donc, la super nouvelle est dans la manche, mais vous attendez un peu pour la donner plus officiellement. Tiens, Atos, qui est chargé d'une partie de la cybersécurité des Jeux Olympiques, notamment, Atos en très grande difficulté, vous avez annoncé que vous proposiez de racheter les activités les plus sensibles, les plus sensibles, notamment sur la question du nucléaire ou sur la question, en effet, de la cybersécurité. On en est où ?
J'ai déposé une lettre d'intention le week-end dernier, ce qui veut dire que nous protégerons, comme je l'ai toujours indiqué, toutes les activités stratégiques d'Atos, que ce soit sur la cybersécurité, sur les supercalculateurs ou dans le domaine nucléaire. Et je tiens à dire, face aux critiques, que nous avons fait ça au bon moment. Certains disaient qu'il fallait agir beaucoup plus tôt. Enfin, agir beaucoup plus tôt, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'État éponge les dettes à la place des créanciers ou des actionnaires. Enfin, très franchement, le contribuable, si on était intervenu beaucoup plus tôt, il serait fondé à dire « Mais M.
Le Maire, pourquoi est-ce que vous épongez les dettes à la place des banques, des créanciers ou des actionnaires ? » J'interviens au bon moment, quand c'est nécessaire, pour protéger, sans dilapider l'argent du contribuable.
Bruno Le Maire, vous avez entendu les mots qui ont été lancés à l'endroit de Raphaël Glucksmann dans les cortèges des manifestations du 1er mai. « Casse-toi », « Palestine vivra », « PS », « Salaud ». Comment vous voyez ce moment politique ?
C'est pathétique. C'est pathétique de la part de tous ceux qui prononcent ces mots. J'apporte évidemment mon soutien à Raphaël Glucksmann dans ce qu'il a vécu il y a quelques heures. Cette violence n'a pas sa place dans le débat public. Mais dans le fond, ça dévoile aussi le vrai visage de la France insoumise. Cet événement, comme d'autres, depuis des semaines et des mois, la France insoumise, c'est à la fois la France intolérante et la France islamiste. Voilà ce qu'est devenue la France insoumise. Un parti intolérant qui, lorsqu'il voit qu'il perd pied, devient brutal, violent. On l'avait déjà vu dans l'attitude de M. Mélenchon il y a quelques années.
Et la France insoumise est aussi la France islamiste parce qu'il récupère la colère sur Gaza, l'inquiétude sur Gaza qui peut être légitime. On est tous bouleversés par ce qui se passe à Gaza pour défendre des positions politiques de séparatisme, de valorisation de l'islam le plus radical. Au détriment d'ailleurs de beaucoup de nos compatriotes musulmans qui voient ça avec beaucoup d'effroi parce qu'ils savent que ça va se retourner contre eux. Donc tout cela est condamnable, tout cela doit être combattu avec la plus grande fermeté et le plus grand calme.
Il y aura tout à l'heure à 10h une réunion à l'Institut d'école de sciences politiques de Paris à 10h avec à la fois les professeurs, la direction, les étudiants. Tous les étudiants sont invités, des différentes obédiences si je puis me permettre puisque désormais chacun est un peu dans sa case. Qu'est-ce que vous en attendez ? Est-ce que vous en espérez quelque chose ? Le regard de Gabriel Attal sur la situation de blocage de la semaine dernière était très dur. Est-ce que vous aussi vous estimez que ce qui se passe à Sciences Po est néfaste ?
Une école s'est faite pour étudier et débattre. Ce n'est pas fait pour avoir des confrontations violentes comme celles qu'on voit sur les campus américains. Qu'est-ce qu'on veut ? Que la violence qu'on voit sur les campus américains arrive en France ? Ou est-ce qu'on veut que la France reste une nation de lumière, de science, de savoir, d'études, de débat, de tolérance ? C'est ça qui se joue actuellement.
Donc tous ceux qui croient et qui sont l'immense majorité des étudiants, évidemment, dans le débat, dans le savoir, dans l'échange d'idées, dans la confrontation des idées, doivent respecter les idées des autres, admettre le débat et refuser toute forme de violence, toute forme d'intimidation, toute forme de blocus. L'université, c'est libre. Ce n'est pas fait pour être bloqué.
D'ailleurs, ça s'appelle l'Institut libre d'études politiques. Bruno Le Maire, merci d'être venu répondre à mes questions. Vous êtes le ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Il est 8h52 sur RMC BFM TV.
Bruno Le Maire