SOMMET DE LA TRANSFORMATION DURABLE - TABLE RONDE : Pierre-Yves Burlot (Orée) , Alexandre Lemille (Anthesis) et Claire Bottineau (Groupe ELIS)
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Le sommet de la transformation durable édition 2026 depuis le pavillon d'Armenonville. On va parler économie circulaire avec un titre merveilleux de la conférence qui vient de se terminer. Entrez dans la boucle. On est ravis d'accueillir Alexandre Lemille. Bonjour Alexandre. Bonjour, enchanté. Vous êtes directeur général d'Antesis. Un petit mot sur Antesis ?
Antesis, c'est un groupement international d'experts environnementaux et sociaux qui conseille les grands groupes français et internationaux. On est présent sur les cinq continents, sur tous les sujets de durabilité, ESG, biodiversité, climat et d'économie circulaire.
Alors l'économie circulaire, ils connaissent bien chez ELIS. On est ravis d'accueillir Claire Bottineau. Bonjour Claire. Bonjour. Vous êtes directrice RSE d'ELIS et vice-présidente du C3D chez ELIS. Bon, est-ce qu'on peut présenter encore ELIS ?
Oui, donc ELIS, leader de l'économie circulaire, un groupe international 31 pays, 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Et puis donc le business model qui est de louer les produits plutôt que de les vendre.
Toutes sortes de produits, on voit beaucoup dans les camions dans la rue.
Voilà, exactement. Donc c'est surtout tout ce qui est textile, vêtements de travail, tout ce qui est linge, draps, serviettes pour les hôpitaux, l'hôtellerie, la restauration, tout ce qui est, voilà. Et puis aussi tout ce qui est sanitaire. Et puis du coup aussi vous parliez, collège des directeurs du développement durable, C3D pour les intimes. Donc une fédération de directeurs et de directrices développement durable. On est 400 aujourd'hui pour pousser la transformation des modèles vers notamment des modèles circulaires.
Avec une assemblée générale ce matin.
L'assemblée générale qui s'est tenue ce matin, celui de son campus annuel. Donc le moment festif où tout le monde se retrouve pour partager sur ces sujets.
Oui, avec une belle journée pour parler justement de tous ces sujets. Pierre-Yves Burleau, bonjour. Bonjour. Vous êtes président d'Auré, une association. Expliquez-nous ce que fait Auré.
Oui, Auré c'est une association qui regroupe 200 acteurs, des grandes entreprises, des plus petites, de tous secteurs. Il y a aussi des collectivités locales, des associations de protection de l'environnement, des acteurs académiques, des acteurs scientifiques, l'État. Et ces 200 partenaires ont trois priorités, l'ARSE, la biodiversité et bien sûr l'économie circulaire.
D'accord. Alors cette économie circulaire, on va rentrer dans le vif du sujet avec vous, Claire Bottineau. Chez Élise, c'est un peu la raison d'être de votre entreprise, ça fait partie de l'ADN ?
Ça fait tout à fait partie de la raison d'être et de l'ADN puisqu'effectivement notre but c'est de concevoir des produits qui vont durer longtemps, qu'on va mettre à disposition de nos clients, donc loués et qu'on va entretenir. Vous parlez de laver du linge, donc on le lave, on adapte les processus de lavage, on va faire des réparations, on va mutualiser entre différents clients, on va reconditionner certains appareils, donc c'est-à-dire qu'on va les désosser et les remettre en état et on fait aussi un peu de réutilisation. Et on travaille au recyclage aussi en fin de vie.
On recycle aujourd'hui presque plus de 70% de nos textiles en fin de vie et on travaille sur des projets un peu innovants de textile to textile où on refait des produits à partir de nos anciens produits.
C'est-à-dire que voilà, je veux dire, le plus courant, ce qu'on a vraiment l'image d'Épinel d'Élise, les serviettes ou les draps, ils vont servir à refabriquer de la matière, à fabriquer du textile.
Voilà, aujourd'hui donc on a tout ce qui est serviettes et finalement c'est le plus sain par recyclé, parce que vous n'avez pas de points durs comme on dit. Donc le bas blesse plutôt sur le vêtement. Aujourd'hui en Europe c'est 1% des vêtements qui sont recyclés pour redevenir du vêtement. 1% seulement ? Oui, ce n'est pas beaucoup. Et donc chez Élise, on a un projet, on a mis 3 ans à le développer pour reconstruire toute une chaîne de valeurs. On refait du vêtement à partir de nos propres vêtements. Donc on a fait aujourd'hui un tablier, 100% matière recyclée, dont 60% de nos propres produits. Et là on étend la gamme avec une veste de chef.
Donc voilà, puis l'idée c'est de continuer sur cette jolie aventure.
Ce qui est compliqué, vous disiez, c'est quoi ? C'est les boutons, c'est séparé des différentes matières ?
En fait c'est tout. Donc il y a d'abord retirer les boutons. Ensuite, ça semble très simple, mais il faut déchirer le textile. Mais il faut le déchirer d'une telle façon que vous allez garder une longueur de fibre suffisante pour pouvoir en refaire un fil de qualité. En plus pour nous, la durée de vie d'un produit c'est ultra important. Donc si vous êtes sur un produit, on refait un fil, mais le tissu est de mauvaise qualité. On a perdu un peu l'objectif. Donc on est vraiment sur refaire un fil de qualité. Ensuite, il faut refaire un tissage de qualité. Et là c'est pareil, il y a plein de façons de faire des tissus.
On a la chance d'avoir au sein du groupe une filiale qui s'appelle le Jacquard français, qui est un industrie du textile patrimoine vivant. Il n'y a plus beaucoup d'entreprises du textile en France, sauf le Jacquard français, dont le Jacquard français. Et donc eux sont capables de nous refaire un tissu de très bonne qualité.
Justement, on est au cœur de la question quand on parle d'économie circulaire. On voit ça très bien avec la fast fashion, avec tout le monde en tête, ces montagnes de vêtements qui sont jetées chaque année. Parce que finalement, il est souvent plus simple et moins cher d'acheter du neuf venu des pays à Bakou, Asie du Sud-Est. Ça vous coûte cher finalement cette économie circulaire, d'avoir ce processus ? Il est peut-être même plus cher, sinon plus vertueux, que de racheter des matières ?
Alors le processus d'économie circulaire, chez nous, on considère que c'est vraiment créateur de valeur. C'est vraiment le business model du groupe. Il faut voir qu'il y a 86% du chiffre du groupe qui est basé sur cette économie de la fonctionnalité. Et en fait, au contraire, on arrive à faire des études où on démontre que ça coûte moins cher pour nos clients de louer les produits plutôt que de les acheter. Alors de toute façon, nous, on n'est pas en compétition avec l'Ultral Fashion. On est sur des vêtements professionnels, du linge. Et on va plutôt une fois de plus chercher quelque chose qui va être de qualité.
Très bonne qualité, très bien. Alexandre Lemille, ça vous parle, évidemment, vous qui êtes au cœur de cette réflexion avec vos clients. Cette économie circulaire, c'est vrai que, je le disais, il y a toujours cette problématique de se dire, est-ce qu'on fait de l'économie circulaire, à part la beauté du geste, j'ai envie de dire, par conviction ou parce que ça a une véritable portée économique et ça devient enfin compétitif ? On parle souvent de passer à l'échelle pour que ça soit vraiment compétitif.
Oui, on a bien vu avec Elise Group, c'était par conviction après la Deuxième Guerre mondiale, comme Claire nous l'a expliqué l'autre jour. Et donc, c'est parti du PDG et qui a vraiment changé le modèle d'affaires à travers toute l'entreprise. Donc, ça, c'est le cas idéal.
Mais sinon, il va falloir convaincre nos clients d'aller vers cette économie circulaire, soit en identifiant, en sécurisant leur chaîne d'approvisionnement pour aller chercher les matières dont ils ont besoin et de sécuriser ces matières, en optimisant ce qu'elles ont déjà, les produits qu'elles utilisent déjà ou les services qu'elles mettent en place, de manière à les mutualiser ou les faire circuler le plus longtemps possible dans l'économie, soit en valorisant l'après-vente, en allant rechercher les matériaux dont elles ont besoin pour refaire des objets.
Et c'est là où il y a un aspect compétition, c'est de préserver la matière de manière à avoir un stock pour recréer des objets à revendre après dans l'économie le plus longtemps possible. Donc, tout ça, ce sont des nouveaux concepts, des nouvelles approches et une nouvelle façon pour nos clients de réfléchir.
Pierre Burleau, vous êtes au contact des entreprises qui se posent ce genre de questions. Comment on arrive à convaincre ? On parlait effectivement pédagogie, on parlait peut-être data aussi, de prouver par l'exemple. Comment on fait aujourd'hui pour entraîner les gens dans cette économie circulaire ?
Votre diagnostic, il est le bon. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, effectivement, on le voit avec Élis, il y a différents modèles circulaires qui sont viables. Et la viabilité peut s'améliorer si on augmente la réglementation, c'est-à-dire qu'on va interdire certains usages uniques, par exemple, ou via la fiscalité. On va rendre plus compétitif du réemploi, du recyclage, taxer la production de déchets, etc. Mais globalement, aujourd'hui, et vous avez cité le cas de la fast fashion, on est dans un monde où le modèle majoritaire, c'est le modèle de l'usage unique. Et on fait de l'usage unique. On achète, on consomme, on jette. Exactement.
Et on est dans ce modèle-là, pas parce qu'on a envie de détériorer la planète, parce que c'est moins cher. Parce que pour les consommateurs, pour le pouvoir d'achat, il est plus simple, il est plus facile, il est moins onéreux de passer sur de l'usage unique, du jetable. Et c'est peut-être plus rentable pour certaines entreprises aussi. Exactement. Et donc, la question, c'est comment on passe de modèles dans certaines filières qui sont rentables, notamment, je pense aux filières B2B, où là, on a des clients qui sont captifs, à une généralisation des modèles économiques basés sur l'économie circulaire qui sont plus rentables. Et là, il faut se le dire, ça va coûter plus cher.
C'est-à-dire que si on veut produire mieux des produits qui sont plus durables, utilisent moins de substances dangereuses pour l'environnement et pour la santé, il va falloir faire attention à ce qu'on va consommer. Il va falloir attention à comment on le distribue, comment on va le réemployer, le réparer. Quand on a des substances dangereuses, comment on les sort du système ? Et ça a un changement de modèle.
C'est compliqué parce que c'est en termes d'acceptabilité et puis aussi de pouvoir d'achat, puisqu'aujourd'hui, on sait que tout le monde est un petit peu contraint et surveille effectivement ce qu'il a à fin sur son compte. C'est le débat fin du monde versus fin du mois.
En fait, ce que Pierre-Yves explique, c'est l'économie d'aujourd'hui avec les systèmes de taxation et de subvention actuels. Mais si on change le modèle de taxation et si on change le modèle de subvention, le modèle peut devenir vertueux et peut devenir circulaire. Peut-être que Claire peut nous rappeler que son modèle, elle, génère des bénéfices et ça fonctionne à grande échelle. On en disait tout à l'heure, 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Donc effectivement, c'est un modèle qui fonctionne à grande échelle.
Après, ce qu'on voit aussi au sein du C3D où on a un groupe de travail qui est dédié à l'économie circulaire, c'est qu'il y a quand même de plus en plus d'entreprises qui se saisissent du sujet et qui essayent vraiment de travailler sur l'ensemble des composantes. Alors souvent sur des petits projets un peu expérimentales, mais avec une volonté de faire une différenciation, de passer à l'échelle. Et après, effectivement, il y a tout le volet réglementaire et aussi politique autour de la table ronde. On avait Pierre-Emmanuel Saint-Esprit aussi qui parlait du collectif Économie circulaire 2027.
Et donc comment est-ce qu'on fait pour poser un certain nombre de sujets sur la table, notamment des politiques. Et puis on a aussi avec le Collège des directeurs du développement durable des discussions autour de tout ce qui est le cadre normatif et comptable pour essayer de voir comment est-ce qu'on peut faire évoluer le cadre comptable pour mieux prendre en compte les sujets d'économie circulaire.
Ça veut dire que pour les présidentielles qui arrivent dans quelques mois, vous appelez de vos voeux, par exemple, une plus grande réglementation, une plus grande fiscalité. Alors ça, on adore ça en France, taxer. Peut-être que ça va compliquer aussi ou complexifier. C'est ce que vous attendez de nos politiques pour l'année prochaine ?
Je ne vais pas me positionner sur les moyens politiques. Orée est une association qui ne prend pas position politiquement. Mais ce qui est certain, c'est que si on veut un changement de modèle vers l'économie circulaire et passer du tout jetable très linéaire à l'économie circulaire, c'est un changement de paradigme. On ne peut pas se dire que c'est en améliorant le système actuel et en se basant sur ce qui marche qu'on va déployer radicalement des modèles qui vont transformer les choses dans les prochaines années.
Il faut assumer, si on veut un changement de modèle franc, il faut assumer effectivement que ça aura des conséquences sur le pouvoir d'achat des ménages, ça aura des conséquences potentiellement sur la fiscalité, sur les modèles de production, sur les modèles de consommation. Et donc, il faut faire attention au piège de dire que l'économie circulaire peut tourner tout seul avec des améliorations du système.
Ok, il faut créer l'impulsion. Claire Boutino, comment on va plus loin quand justement, vous disiez, le groupe se crée après-guerre, donc ça fait quand même un certain temps déjà. C'est quoi la prochaine étape justement pour votre groupe ?
On a beau être effectivement très circulaire déjà par nature et dans notre business model, on n'est jamais parfait, malheureusement, j'adorerais. Mais donc, il y a toujours pousser plus loin, réparer plus, garder en utilisation les produits le plus longtemps possible, mutualiser plus. On a malheureusement encore dans certains centres du plastique à usage unique qui peut être demandé pour livrer nos produits pour des raisons réglementaires ou de perception d'hygiène. Donc là, on travaille avec les clients pour dire en fait, on a des solutions réutilisables, parce que c'est vraiment notre état d'esprit. Et donc, comment est-ce qu'on fait pour garder ça ?
Je pensais à ce qu'ils se voyaient aussi vos camionnettes. Vous êtes passés, la flotte est passée à l'électrique.
Exactement, oui, tout à fait. Bienvenue.
Je circule dans la ville.
Dans Paris, oui, on en a pas mal. Effectivement, on a de plus en plus de poids lourds électriques. Il faut savoir qu'on a commencé il y a 4-5 ans à avoir des poids lourds électriques. On était parmi les pionniers, parce qu'à l'époque, notre partenaire, qui était le leader européen des poids lourds électriques, n'en avait pas vendu beaucoup. Et entre notre site en France et ce qu'on avait en Suède, on avait quand même une grosse partie déjà des volumes. Et on ne fait vraiment qu'investir sur ces sujets-là. Donc effectivement, de plus en plus de poids lourds électriques pour livrer nos clients.
On a aussi des véhicules plus petits pour livrer les clients dans le quotidien, mais effectivement, une transition de nos flottes.
Ça paraît adapté également à ces distances qui ne sont pas forcément gigantesques.
Exactement, on est sur une logique de tourner, mais vous connaissez très bien le groupe Elis, c'est ce que je vois. Bien sûr. Et effectivement, on a une logique de proximité, parce qu'on est sur de l'optimisation. Et donc, pour vraiment optimiser, c'est important que tous les clients soient le plus près possible. Et donc, on a un site Elis à peu près tous les 50 km en France.
Eh bien, voilà pour ce qu'on peut dire sur cette économie circulaire. Un grand merci à nos invités, Alexandre Lemille pour Antésis, Claire Bottineau pour Elis et Pierre-Yves Burlot pour Auré. Merci à vous tous et à très bientôt sur Bismarck.
Merci. Merci. Merci. Merci.