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interviewC dans l'air· 16 septembre 2021 64 min

Dans la tête d'Éric Zemmour #cdanslair 15.09.2022

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:09
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Il n'est pas encore candidat et pourtant il a réussi à s'imposer au cœur du débat. Éric Zemmour est aujourd'hui crédité pour la première fois d'un score à deux chiffres pour les intentions de vote à la présidentielle. Une dynamique dont il se félicite à la veille de la sortie de son livre qui s'annonce déjà comme un phénomène de librairie. L'essayiste condamné pour incitation à la haine raciale et renvoyé 16 fois devant les tribunaux pour ses propos déboule dans la campagne, pas encore un programme mais une ligne politique à la droite de Marine Le Pen.

Zemmour, ultra conservateur, réactionnaire assumé, projette de refranciser le pays et se rêve en Trump français. Alors quelles sont les idées que défend Éric Zemmour ? Qui séduit-il ? Peut-il vraiment s'installer durablement dans le paysage de cette campagne présidentielle ? Dans la tête d'Éric Zemmour, c'est le titre de cette émission avec nous pour en parler ce soir, Christophe Barbier. Vous êtes éditorialiste politique. Karl Meus, vous êtes rédacteur en chef au Figaro Magazine. Votre magazine titrait la semaine dernière sur Éric Zemmour, le perturbateur. Nathalie Moret, vous êtes journaliste politique au groupe de presse régionale EBRAS. Apparaître demain précisément sur le sujet.

Votre dossier, Zemmour, le chamboule tout. Enfin, Frédéric Dhabi, vous êtes directeur général opinion de l'institut de sondage IFOP. Votre ouvrage, La fracture, une enquête sur la jeunesse, sort demain aux éditions Les Arènes. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. 10% dans les sondages, c'est plus qu'un phénomène médiatique. Je me tourne vers vous pour commencer cette émission. Frédéric Dhabi le disait ce matin. Éric Zemmour, il était interrogé chez nos confrères. Il disait que je suis passé de 3 à 10%. C'est une dynamique.

1:48
Invité

Oui, c'est vrai qu'en sondage, il faut toujours regarder la dynamique. Il faut être prudent sur la portée de ce sondage. Même si 10%, un score à deux chiffres, c'est un cap symbolique qui peut annoncer une dynamique future. Moi, franchement, ce n'est pas l'IFOP qui a produit cette enquête. C'est un institut tout à fait sérieux. Ça demande à être confirmé. Est-ce que c'est une tendance lourde ? Et là, il faudra voir des futurs sondages qui confirmeraient ou infirmeraient cette tendance. Et vous qui connaissez l'histoire des campagnes présidentielles, qu'est-ce que nous avons eu depuis 20 ans comme candidat à feu de paille ? Un Jean-Pierre Chevènement à 12%, 13%, voire 15% en septembre 2001.

Un François Bayrou qui montait à 22-23% en février 2007. Plus localement et récemment, un Cédric Villani qui avait la promesse de renverser le jeu à Paris. Prudence absolue sur ce type de sondage, si loin du vote, dans un contexte où l'offre électorale n'est pas connue. Et bien entendu, les Français ne sont pas dans cette campagne.

2:38
Présentateur

Alors, ça raconte quoi ? C'est intéressant de s'y arrêter un instant. Non, parce que malgré tout, on sent bien qu'il y a une curiosité pour le personnage. On va beaucoup en parler ce soir. Et puis, peut-être un logiciel politique qu'il défend. Et ça raconte une humeur dans le pays, rien de plus. Quand les Français que vous interrogez vous disent « oui, je suis prêt à voter pour Éric Zemmour », ce n'est pas exactement ça qu'ils disent alors ?

2:56
Invité

Non, moi ce qui me frappe, c'est que le phénomène Zemmour, ce personnage qui est à la fois journaliste, polémiste, électorialiste, peut-être homme politique et candidat à l'élection présidentielle, match parfaitement avec un crédo de l'opinion publique. Le pays est en déclin. La France, la France qui tombe. Et donc, c'est d'ailleurs un leitmotiv de ces différents, de ces précédents livres, et même de celui-là que je n'ai pas pu encore lire. Mais cette idée de la France en déclin est exprimée, partagée par l'ensemble des catégories sociales, y compris la jeunesse, dans le livre dont vous citiez.

On a deux tiers des jeunes qui, pour la première fois, partagent l'idée que le pays est en déclin et par rapport aux années 80, 27 points de moins qui considèrent que la France est une grande puissance mondiale. Donc, dans ce cadre où les Français voient, dans une logique d'évenchantement, des quinquennats plutôt échoués, où rien n'avance, il peut être le clown, le troublion qui va peut-être électriser les choses.

3:54
Présentateur

En sachant qu'il est dans un moment très particulier, Christophe Barbier. Il est, vous l'avez dit, essayiste, éditorialiste, journaliste, presque candidat, homme à succès, auteur à succès, donc avec son livre qui sort demain. Il précise lui-même, dès qu'il le peut, qu'il est en tête des ventes, pour l'instant des précommandes. Là, c'est un statut à part. Et il est servi par ce statut d'essayiste, pas encore politique en réalité.

4:20
Invité

Bien sûr, parce que ça lui permet d'être dans une position d'attrape-tout. Il attrape ses fans, ceux qui partagent cette conviction que la France tombe. La France qui tombe, c'est un livre de Nicolas Baverez, du milieu des années 90. Ça fait 25 ans qu'on entend ce refrain. Il attrape ceux qui aiment le polémiste, provocateur. Il attrape aussi une extrême droite réactionnaire qui se cherche toujours un candidat et qui fait 4-5% dans ce pays. Elle a aimé François-Xavier Bellamy, elle a aimé Marion Maréchal, cette France. Là, elle a trouvé Éric Zemmour pour le combat suivant. Elle n'était pas à 10. Elle n'était pas à 10, elle était à 5.

Donc il est en train aussi d'attraper un peu autre chose en ce moment. Mais c'est une position confortable. Il a un peu le beurre et l'argent du beurre puisqu'il n'est pas encore candidat. Quand vous êtes candidat, vous devez faire des propositions. Certes, la France tombe. Comment on l'empêche de tomber ? Comment on la relève ? Comment on sauve notre agriculture, notre éducation, nos professions médicales, etc. En ce moment, à 6 mois, 9 mois de déséchéance, les Français réagissent selon leur rumeur. Et il y a des Français qui considèrent qu'en effet, ça ne va pas dans notre pays, que Zemmour n'a pas toujours tort, voire qu'il a souvent raison. Et ils disent, voilà, moi c'est Zemmour.

Et puis dans quelques mois, ils vont réagir non avec leur rumeur, mais selon leur intérêt. Je suis profession libérale, je suis fonctionnaire, je suis retraité. Qu'est-ce qu'il me dit ? En quoi ma situation va s'arranger si Éric Zemmour arrive au pouvoir ou participe au pouvoir ? Et là, ce n'est pas du tout la même donne. Et les effondrements qu'évoquait Frédéric tout à l'heure, un chevènement ou un Philippe de Villiers en 1994-1995, qui démarre très haut sur des positionnements à la Zemmour et qui finit juste en dessous de 5, eh bien, c'est cette mutation-là qui est difficile.

Passer de celui qui dénonce, ce qui ne va pas, je mets le doigt dans la plaie, et il y en a beaucoup des plaies, à celui qui propose, qui va dire, j'ai la pommade, j'ai le remède, ça c'est très compliqué.

5:58
Présentateur

Est-ce que Karl Meus, il est conscient, au fond, que son statut lui offre une espèce de bouclier de protection pour l'instant ? Justement, on ne l'interroge pas sur ses propositions. Vous le connaissez bien, Éric Zemmour, forcément, depuis longtemps. Est-ce que vous voyez un candidat, tout simplement, quand vous l'interrogez ?

6:16
Invité

Pour la couv', oui, j'ai dû effectivement l'interroger. Ça fait assez bizarre d'interroger un confrère, mais sur autre chose que la vie journalistique. Il est totalement conscient, et autour de lui, sa famille aussi est consciente, du risque qu'il prend. Il y a quelque part quelque chose, excusez-moi, vous avez trouvé ça un peu emphatique, mais de Macron. Je prends mon risque, je brûle mes vaisseaux. Vous verrez dans le livre, il met fin à toute sa vie antérieure de journaliste. Il grille le off, et il raconte tout ce qu'il a vécu, et il me le dit clairement. Voilà, je termine mes années, journaliste. Je passe à autre chose.

Donc évidemment, si on passe à autre chose, qu'on ne demande pas à ne plus être dans les sondages d'intention de vote pour la présidentielle, et qu'on laisse planer une ambiguïté, c'est bien qu'on prépare autre chose. Aujourd'hui, il en profite. Cette ambiguïté le sert. Personne ne peut l'obliger à dire qu'il est candidat. Il n'y a aucune loi qui dit, à partir du moment où vous préparez quelque chose, c'est que vous êtes candidat. Donc il joue de cette ambiguïté. Il profite aussi d'un vide, parce qu'en politique, la nature a horreur du vide. Le vide, il est que les LR, ils se regardent le nombril aujourd'hui. Ils n'ont pas de candidat naturel, de candidat évident.

On cite Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, mais on sait qu'il va y avoir soit une primaire, soit un congrès. Et donc en ce moment, ils regardent leurs militants, leurs sympathisants. Ils laissent un vide. Marine Le Pen laisse un vide béant, parce que Marine Le Pen fait une campagne de second tour avant le premier. C'est toujours une stratégie hasardeuse. Mais aujourd'hui, vous voyez bien, elle ne parle plus du tout d'immigration. Elle n'est plus du tout sur ses fondamentaux. Liberté, liberté chérie, je veux rassembler tout le monde. Et ça, c'est une campagne de second tour.

Ce faisant, elle libère tout l'espace sur la thématique qui est chère à Éric Zemmour, l'immigration, la sécurité, et avec moi, on peut gagner. Donc il y a tout cet espace-là qui l'occupe, et il peut l'occuper d'autant plus facilement qu'il n'a pas ce statut de candidat.

8:09
Présentateur

Avec des rendez-vous qui sont déjà pris, il va faire la promotion de son livre. D'autres l'ont fait avec lui, ça marche très bien. Du coup, on existe médiatiquement. Il n'y a pas de décompte de temps de parole. Il va faire une espèce de tour de France pour défendre son livre. Et ça va être une tribune, naturellement. Voilà, il est en plus, maintenant qu'il n'est plus chez vous au Figaro, il aura de plus en plus de temps pour le faire. Il commence d'ailleurs sa tournée dans le Var ce week-end. Il sera à Toulon. D'après mes informations, c'est déjà plein, parce qu'il y a une jauge qui ne peut pas dépasser 1000 personnes. Ça va se passer toujours un peu de la même façon.

Il y a une ouverture des portes à 18h30, comme quand on va à un concert, comme quand on va en rendez-vous avec quelqu'un. Ensuite, il arrive en majesté. Il parle de son livre. Il y a une séance questions-réponses avec la salle. Et ensuite, il y a une séance de signature qui est prévue pour durer très très tard, jusqu'à 22h. Donc ça va se dérouler vendredi à Toulon, vendredi ou samedi, je ne sais plus. Ensuite, à Nice. Ensuite, il y aura un grand rendez-vous à Paris, début octobre, avec, je crois que c'est au Palais des Congrès, je ne suis pas exactement sûre de l'endroit, mais où il débattra avec Michel Onfray.

Il y a d'autres rendez-vous qui sont déjà pris, et dans le nord de la France, et dans l'Est. Donc on voit bien qu'il va, comme ça, comment dire, aller sur tout le territoire pour rencontrer les gens. Et puis surtout, les gens, ils vont lire le livre. Et le livre, je n'ai pas tout à fait fini, mais il y a quand même des choses assez savoureuses. Par exemple, le hof, comme vous dites, il y a des choses assez folles qui vont parler quand même aux gens de droite. Il raconte, par exemple, qu'il est allé boire le thé chez Édouard Balladur. Et que Édouard Balladur... Jusque-là, tout va bien. Non, mais vraiment, jusque-là, ça va.

Édouard Balladur lui conseille d'écrire sur l'union des droites, et qu'à part lui, il ne voit personne pour le faire. Ça, c'est un discours qui peut totalement parler à une partie des Républicains. Et comme il participe, il est dans un moment où les planètes s'alignent au-dessus de lui, c'est qu'effectivement, et Valérie Pécresse et Xavier Bertrand n'incarnent pas ces droites fortes, bien qu'ils essayent de le faire. Effectivement, ça peut jouer en sa faveur, ce genre de petites informations glissées dans le livre à quasiment tous les chèques.

Alors, dans ce livre, il raconte aussi une rencontre avec une supportrice de Donald Trump, qui lui dit, on cherche le Trump français depuis longtemps, et puis après réflexion et après discussion avec lui, elle lui dit, Trump, le Trump français, c'est vous. Il y a du Trump dans Zemmour ?

10:18
Invité

Non, il n'y a pas de Trump dans Zemmour, il est beaucoup plus intellectuel que Trump. Trump, au-delà du tweet, c'était compliqué. Éric Zemmour est un vrai intellectuel. Il a une culture, il a une relation à l'histoire et à la littérature. Il n'a pas la fortune de Trump. Or, c'était très important, surtout pour se faire élire aux États-Unis. Et puis, il n'y a pas dans notre pays la culture politique qu'il y a aux États-Unis. Et enfin, on n'a pas du tout le même mode de scrutin.

On a un scrutin, nous, à deux tours, où on voit bien qu'aujourd'hui, Éric Zemmour est en mesure de mettre en difficulté Marine Le Pen, peut-être de donner à la droite l'espoir de faire passer son candidat ou sa candidate devant Marine Le Pen, mais à part cela...

10:55
Présentateur

Assumer l'outrance ? Assumer des thématiques, par exemple, une forme de misogynie ? Assumer, revendiquer ?

11:01
Invité

Oui, de toute façon, il devra l'assumer, puisque c'est ses livres anciens. Premier sexe, le suicide français, c'est rempli d'affirmations, de certitudes sur lesquelles il devra se justifier. Il n'est pas un homme à se renier. Ce qu'il propose aujourd'hui aussi aux lecteurs, et peut-être demain aux électeurs, c'est cette constance. Je n'ai pas changé d'avis depuis 25 ans, et les faits m'ont donné raison. Il est dans la posture de Cassandre. J'annonce une catastrophe, la catastrophe est en train d'arriver, elle va arriver, en tout cas elle est de plus en plus crédible, et donc, j'ai raison. Sauf que, jamais dans l'histoire, les gens n'élisent Cassandre.

Ils cherchent celui ou celle qui va permettre de réparer la catastrophe, ou de faire rêver. Et là, il n'est pas du tout dans cette posture-là.

11:38
Présentateur

Karl Mahus, sur le parallèle qui peut être fait avec Donald Trump, sur les outrances, ce sens de la provocation ?

11:44
Invité

Il n'est pas Trump, mais il veut ressembler à Trump. La couverture de son livre, c'est du Trump. Vous enlevez le drapeau français, vous mettez le drapeau américain, vous enlevez Eric Zemmour, vous mettez Donald Trump. C'est un livre de Donald Trump. Les polémiques. Il passe à la télévision à peu près tous les jours pour faire la promotion de son livre, il lance une polémique. Et ça, c'était du Trump.

12:04
Présentateur

Aujourd'hui, c'était la peine de mort, par exemple.

12:06
Invité

Par exemple.

12:06
Présentateur

Il regrette l'abolition, la peine de mort.

12:08
Invité

La détestation, enfin, la critique de la presse parisienne, cette classe médiatico-politique. Donald Trump exécrait les New-Yorkais, cette presse qui était démocrate, qui ne l'aimait pas, qui lui rendait bien. Il s'en nourrissait. Et Eric Zemmour va faire pareil. Vous voyez, ces médias, ils ne m'aiment pas. Mais je ne suis pas comme eux. La censure. La censure, j'ai toujours été censuré. Donc, il va en jouer, évidemment. La question, et je rejoins ce que dit Christophe Barlier, c'est est-ce que les Français sont des électeurs américains ? C'est-à-dire qu'ils attendent un Trump. Ce n'est pas évident. On parle sur le contrôle de Frédéric Dhabi.

Est-ce qu'il y a une demande d'un Trump français aujourd'hui ? Oui. Non, il y a surtout, je partage ce que vous dites, il y a surtout un imaginaire de l'élection présidentielle où Cassandre ne peut pas tenir jusqu'au bout. On attend la présidentielle pour les Français. C'est un moment extrêmement important, y compris chez les électeurs absensionnistes, y compris chez les jeunes. C'est un moment où le pays rentre en conversation avec les différents candidats. On attend les offres programmatiques. La France regarde les candidats au fond des yeux, comme disait l'autre. Et très, très, clairement, le constat, la dénonciation, ça ne permettra pas d'aller plus haut.

Peut-être a-t-il prévu de changer ? Oui, peut-être. Justement, changer, vous avez raison d'utiliser ça. Pour moi, je parle même de mu, de transformation. Comment va-t-il pouvoir passer de cette image de polémiste, d'écrivain, à celui d'un homme politique crédible ? Toute proportion gardée, mais avec une grande prudence historique, ça me rappelle ce que je voyais à une vingtaine d'années, quand il y avait le cas de Noël Mamère, qui avait été élu, qui avait été battu à la primaire des Verts, et finalement, à la Limpiade, c'était en tiré. Et dans les enquêtes qualitatives, beaucoup d'électeurs potentiels étaient étonnés. Est-ce que c'est un vrai homme politique ?

Est-ce qu'il ira jusqu'au bout ? Qu'est-ce qu'il va dire ? C'était un journaliste, il présentait le journal de famille 45 à Antenne 2. Il avait un magazine très marqué à gauche qui s'appelait Résistance. Il y avait cette question, alors, ce n'est pas du tout de la même époque, mais la question de la mu, de la transformation du polémisme au candidat, c'est absolument central.

14:13
Présentateur

Ce que vous dites, c'est que les Français reprochent aux politiques d'être des politiques, mais au moment où il faut voter pour la présidentielle, ils veulent des galons et ils veulent de l'expérience politique ?

14:20
Invité

Alors, les deux dernières questions présidentielles démentent ça. Ce n'est pas tout à fait ça, c'est plutôt un cap, une vision, un chemin, des équipes et une offre programmatique complète, pas seulement des questions sociétaires.

14:32
Présentateur

Alors, Éric Zemmour l'assure, il hésite encore, c'est ce qu'il a dit ce matin, à se lancer dans la bataille présidentielle. Il prend son temps car la sortie de son livre, on l'a dit, lui offre une rampe de lancement. L'essayiste suscite, c'est vrai, une curiosité qui le place à 10% dans un sondage, Harris Interactive, publié ce matin. Alors, celui qui se dit victime de censure, enchaîne les interviews à la télé, notamment, et décline son portrait d'une France à genoux. Magali Lacroze, Nicolas Baudry-Dasson.

15:01
Éric Zemmour

Quand je voudrais être candidat, quand je déciderais d'être candidat, je viendrais et je dirais je suis candidat. Vous n'êtes pas candidat. Pour l'instant, je ne suis pas candidat. Vous n'y pouvez pas dire ce soir, je ne serai pas candidat. Non, je ne le dirai pas ce soir.

15:14
Présentateur

C'est encore ni oui, ni non, ni candidat, ni pas candidat. Plus l'ambiguïté dure, plus ça vient à troubler la campagne des candidats officiels. Éric Zemmour, tout le monde en parle. Il est même crédité de 10% dans un dernier sondage, alors qu'il est la seule personnalité à être testé sans s'être déclaré. Et il en joue, lui qui affirme détenir la clé de la victoire.

15:39
Éric Zemmour

Celui qui gagne la présidentielle, c'est celui qui impose sa question, à laquelle il a la réponse. Quand, si vous voulez, Jacques Chirac, qui devait être écrasé par Édouard Balladur, impose la fracture sociale et que ça répond à l'idée que se font les Français à l'époque du pays, il gagne.

15:56
Présentateur

Et sa question et sa réponse, c'est ce qui fonde son personnage. Le déclin de la France et les idées traditionnelles de l'extrême droite.

16:05
Éric Zemmour

Ce que je dis, c'est qu'il y a quelque chose d'essentiel qui est l'avenir du peuple français. Parce que l'avenir du peuple français, c'est tout simplement la vie ou la mort de la France. Oui, je me sens assiégé, comme tous les Français. Vous savez, vous regardez les sondages. Vous avez 70 à 80% des Français qui vous disent, on ne vit plus aujourd'hui en France.

16:27
Présentateur

Et qu'importe si le chiffre cité date de 2013. Son obsession, elle, ne change pas. Dans son livre, dans les médias, il répète inlassablement sa théorie du grand remplacement. Des diatribes pour lesquelles Éric Zemmour a été condamné en première instance. Et relaxé devant la cour d'appel, l'affaire judiciaire est toujours en cours.

16:47
Éric Zemmour

Quand je vois l'état de la France catastrophique, je pense vraiment, si vous voulez, que nous sommes en train de changer de civilisation parce que nous sommes en train de changer de peuple. Il faut refaire des Français. Il faut refaire des Français. Moi, je vais vous dire, ce qui me gêne, c'est qu'au bout de trois générations, on appelle encore ses enfants Mohamed.

17:06
Présentateur

Il n'a pas de programme. Le pas encore peut-être candidat. Mais des idées bien arrêtées pour la société.

17:14
Éric Zemmour

Je ne pense pas qu'on ait bien fait d'abolir la peine de mort. Maintenant... Vous êtes favorable à la peine de mort ? Philosophiquement, oui.

17:21
Présentateur

Comme Marine Le Pen, ou son père en son temps, Éric Zemmour s'estime censuré par le monde médiatique. La semaine dernière, le CSA a demandé aux chaînes de décompter son temps de parole.

17:32
Éric Zemmour

Bonsoir à tous. C'est une soirée, un brin particulier pour moi. Pour la première fois depuis deux ans, je n'étais pas à l'antenne de ces news. Éric Zemmour va continuer à s'exprimer. Donc, on entendra Éric Zemmour pour le bonheur de certains et pour l'effroi d'autres. Et je crois qu'il aura tout le temps de s'exprimer. Moi, Éric Zemmour, ce que j'ai à en dire, c'est que fondamentalement, c'est une France qui ne me plaît pas. C'est une France qui est rabougrie. Et je pense qu'en plus, Éric Zemmour, c'est un faux dur.

17:58
Présentateur

Sans être sur la ligne de départ, officiellement, ces provocations médiatiques forcent la classe politique, notamment à droite et à la droite de la droite, à se positionner.

18:08
Invité

Éric Zemmour est un fataliste. Moi, je ne pense pas que la guerre civile soit l'issue des 10, 20 ou 30 prochaines années. Je pense que le rôle du politique est d'empêcher justement cette guerre civile et cette implosion. Dans les présidentielles, il y a toujours le trubillon, celui qui trouble le jeu, il y a des effets de mode. C'est un effet de mode ? Ce que je crois, c'est qu'être président de la République, c'est vraiment savoir diriger le pays dans toute sa complexité.

18:37
Présentateur

Après demain, Éric Zemmour entame un tour de France pour la promotion de son nouveau livre, entretenant toujours un peu plus le mystère de sa candidature, laissant à d'autres le soin d'afficher un slogan bien moins flou. Et cette question, qu'est-ce qui distingue Marine Le Pen d'Éric Zemmour ?

18:57
Invité

Il y a quand même chez Marine Le Pen, d'abord le poids de son appareil et puis tout un travail programmatique qui a été fait depuis des années. Compliqué, parce qu'elle est obligée de renoncer à des mesures, en avancée d'autres. Et puis ensuite, un parcours, trois candidatures, la troisième en cours. Donc ça, ça fait quand même une première différence. Ce qui fait la différence aussi entre les deux, c'est l'espace qu'a laissé à Éric Zemmour Marine Le Pen. Par le recentrage qu'évoquait Karl tout à l'heure, elle lui a laissé cet espace idéologique très à droite.

En 2017, quand elle a raté son débat d'entre-deux-tours, quand on s'est dit, tiens, Marine Le Pen, c'est peut-être fini, tout le monde s'est dit, c'est Marion Maréchal Le Pen qui va prendre la suite. Et Marion Maréchal n'a pas réussi ou n'a pas voulu, en tout cas, elle est devenue évanescente. Cette idée de réunir les droites, ce qui restait de la droite LR après le dépeçage par Emmanuel Macron et ce qui restait du Front National après l'échec de Marine Le Pen. Faire une sorte de grande droite conservatrice, réactionnaire, nationaliste, avec Marion Maréchal à sa tête, ça a vécu parce qu'elle s'est dérobée.

Et Éric Zemmour vient dans cet espace-là avec sa force intellectuelle, mais avec ses faiblesses programmatiques pour l'instant.

19:59
Présentateur

Et avec des propos, des idées, Nathalie Moret, qu'on n'entendait plus dans le débat public, qu'il porte depuis de nombreuses années, des propos pour lesquels il a parfois été condamné. Alors il a été condamné, je le rappelle, pour des propos lorsqu'il avait dit que les employeurs ont le droit de refuser d'embaucher des Arabes et des Noirs. Quand on prend son logiciel, il a des obsessions, première obsession, on l'a entendu un peu dans le reportage, les immigrés, l'identité, ça fait partie des thèmes qu'il défend désormais dans les médias dès qu'il le peut. Oui, et avec une stratégie qui est assumée, c'est-à-dire un jour une polémique.

La semaine dernière, c'était la polémique sur les prénoms, ce n'était pas nouveau, il avait déjà dit que les Français ne devaient plus appeler leurs enfants par des prénoms qui étaient étrangers, ça avait fait polémique à l'époque. Il recommence et boum, on remet un euro dans le lourd à un, et puis tout le monde court derrière, avec les chaînes d'infos, tout le monde y va de sa réaction, etc. C'est exactement ce qu'il cherche. Aujourd'hui, c'était la peine de mort, ce week-end à Toulon, je suis quasiment sûre qu'il a déjà préparé une saillie pour faire l'actu.

C'est une stratégie, et c'est, j'allais dire, sa grande force, c'est qu'il incarne, malgré tout, malgré ces vieux concepts qui ne sont pas nouveaux, il incarne une nouveauté. Parce que Marine Le Pen, vous l'avez dit, c'est sa troisième candidature à la présidentielle. Lui, il n'est pas candidat, il n'est pas homme politique, il est journaliste et essayiste. Et ça, c'est quelque chose qui peut séduire une partie des gens, parce qu'il a un vocabulaire extrêmement châtié, il parle très très bien, mais en même temps, il a cette lourdeur du propos, ce propos extrêmement saillant, qui choque, et qui d'ailleurs sont choquants, effectivement, ça s'appelait.

Et ça s'appelait parce que, sur une jeune génération qui est, j'allais dire, sans tabou, sur les réseaux sociaux, où il n'y a pas de grille, j'allais dire, de ça, ça se dit, ça ne se dit pas, du coup, ils sont très sensibles à, oui, mais oui, effectivement, il peut tout dire, et il est empêché de tout dire, et il est comme nous, sur les réseaux sociaux, on ne peut pas tout redire, on est régulièrement bloqués. Donc, il parle aussi à une jeune génération qui est sur les réseaux sociaux et qui entend ce qu'il dit.

Et il s'inscrit, puisque ce soir, nous essayons de rentrer dans la tête d'Éric Zemmour, il s'inscrit dans une tradition de l'extrême droite française, il fait référence à cette tradition-là. Alors, il se réclame souvent du général de Gaulle, mais enfin, il a quand même réhabilité Pétain. C'est quand même une histoire aussi à laquelle il fait référence, Éric Zemmour. En tout cas, il essaie d'être en écho par rapport à cette histoire-là.

22:32
Invité

Oui, alors, on l'a entendu l'autre jour, il lui dit, c'est le RPR, mon histoire. Parce qu'il essaie... Je vois les gros yeux. Non, mais bien sûr, ça ferait peut-être se retourner certains dans...

22:43
Présentateur

Le général, sans doute.

22:45
Invité

Mais en tout cas, c'est ce qu'il essaie de vendre. Vous évoquiez Marine Le Pen, pour lui, Marine Le Pen est de gauche. La retraite à 60 ans, des choses comme ça. À la fois, idéologiquement, il pense qu'elle est de gauche, et politiquement, il pense qu'elle se trompe en essayant de récupérer des voix d'électeurs de gauche. Lui, il est, comme Marion Maréchal, l'union des droites. D'ailleurs, sa stratégie, elle est très simple. Elle est d'abord d'affaiblir les LR. Il pense que là, il y a le point le plus faible, parce que, justement, il n'y a pas de candidat naturel, parce qu'aucun candidat ne se détache. Et donc, l'électorat de droite est complètement déboussolé.

Et pourrait, par ses propositions qui, justement, rentrent en résonance avec leurs préoccupations, les attirer vers lui. Et ensuite, il se retourne vers l'électorat du RN, en disant, venez avec moi.

23:32
Présentateur

J'entends, pardonnez-moi, la stratégie électorale, vous l'avez bien expliqué, mais le fond, le fond des idées, à un moment donné, on parle de victoire idéologique, c'est ce qu'il était en train d'expliquer, on l'a entendu tout à l'heure dans le reportage. En gros, il considère qu'il est en train de déplacer le débat politique autour de ses idées. Ses idées, il dit, je lis Charles Maurras. Vous pouvez peut-être nous briefer, Christophe Barbier, pour nous rappeler qui est Charles Maurras.

23:54
Invité

C'est une droite réactionnaire. Charles Maurras, qui a été le chantre de l'action française, des camelots du roi, était celui qui considérait que la République était une impasse, une erreur, et qu'il fallait revenir à un équilibre antérieur qui avait été déstabilisé en 89, 1789. Et chez Rick Zemmour, on a systématiquement ce sentiment-là. Avant mai 81, c'était mieux, il y avait la peine de mort. Avant mai 68, c'était mieux. Il y avait une société patriarcale où le chef de famille, c'était l'homme, et il nous explique ainsi que c'est normal que l'homme gagne plus que la femme.

Quand il travaille, avant 1789, c'était mieux sous de nombreux aspects parce qu'il y avait une France qui savait où était l'autorité et qui savait où était sa légitimité. C'est la tactique du rétroviseur. Je regarde dans le passé un prétendu âge d'or et j'essaye de convaincre ceux qui m'écoutent que si on pouvait revenir à cet âge d'or ou d'au moins à ses fondamentaux, on serait plus heureux. Alors, il se nourrit de penseurs qui ont été les penseurs de la réaction. Charles Maurras, Jacques Bainville, historien, qui, lors de son enterrement, a été l'objet d'un incident très éloquent. Son enterrement est en février 1936, si je ne me trompe pas.

Et ceux qui assistent à son enterrement, les camelots du roi, repèrent une voiture et ils reconnaissent le passager. Et ils le sortent de la voiture pour le molester, c'est Léon Blum, qui ne doit à sa vie sauve qu'à des ouvriers d'un chantier voisin qui viennent le sauver de ces camelots du roi. Et on voit bien ce qui se joue dans le retour de cette droite-là au-delà de la réaction intellectuelle. C'est aussi une violence, c'est aussi la destruction de ceux qui s'appellent les forces du progrès.

25:22
Présentateur

Frédéric Davy, il y a un programme pour l'instant qui tient en 5i. Immigration, indépendance, instruction, industrie, identité.

25:29
Invité

Eh bien, c'est en décalage aujourd'hui avec les principales préoccupations des Français. Je ne dis pas que ces sujets, en fait, n'intéressent pas. Ils sont réels. Mais quand on interroge, comme chaque année, au début du mois de septembre, depuis une trentaine d'années, les Français sur le principal sujet de préoccupation, c'est d'abord la santé, en premier. Et ça préexistait au Covid. Le Covid n'a fait qu'accélérer les choses. L'éducation, où il y a une inquiétude sourde et très forte des Français, parce que le pessimisme de projection des Français, c'est le sentiment que ces enfants vivront moins bien que soi.

Et bien sûr, on trouve un peu plus tard des questions sur l'insécurité, le terrorisme, plus que la délinquance aujourd'hui, compte tenu du contexte afghan. Donc, il est relativement en déclage. Donc, il en reste sur l'idéologie. Maurras, c'est aussi celui qui dit que la défaite de 40 est une divine surprise, d'arrivée de Pétain. Et c'est celui qui oppose une bonne France à une anti-France, celle des Juifs, des Protestants, des Métèques et des Francs-maçons. C'est une fracturation qu'il veut mettre en avant dans le cadre de cette campagne.

Ce qui est, par contre, plutôt un bon point pour lui, c'est qu'aujourd'hui, au niveau où il est, 7 à l'IFOP, 10 dans le sondage dont vous parlez, il arrive le mieux à avoir une popularité, un socle électoral hybride qui matche le plus entre un électorat de droite et de droite extrême. Il est plus fort que sa moyenne chez les personnes âgées, chez les retraités, dans l'électorat Fillon, côté droite. Et il est à un niveau assez important, ou au-dessus de sa moyenne, dans les catégories populaires, et chez les personnes sans diplôme. Et bien sûr, dans l'électorat.

27:00
Présentateur

Ça veut dire qu'il séduirait un électorat populaire ?

27:03
Invité

À son niveau, oui, ça demande à être confié. Mais en tout cas, par rapport à d'autres personnalités politiques de droite faiblissimes dans les catégories populaires, Xavier Bertrand excepté, il arrive quand même à bien occuper cet espace. C'est ce qui explique la petite dynamique que l'on voit, qui demande à être confirmée, comme on se le dit.

27:22
Présentateur

Il ne joue pas du tout cette carte-là sur l'électorat populaire, parce que ce n'est pas son histoire. Ce n'est pas du tout son histoire. C'est quand même quelqu'un à lire son livre. Franchement, il est assez intéressant, parce qu'on voit quelle est sa vie sur les 15 dernières années. Et du coup, on voit qu'il est tout le temps dans le 7e arrondissement, que je pense que le 10e arrondissement lui est totalement inconnu, voire le 19e. Franchement, il va aller à la rencontre de cette France qui est au-delà du périphérique, pour parler à des gens qui ont un niveau de vie qui est 10 fois moindre que le sien.

Et là, en cela, je trouve que c'est très Trumpiste, et que c'est assez fort, parce qu'il arrive à séduire cette France-là, à qui il ne ressemble pas et qui ne lui ressemble pas. Pourtant, il a joué ce matin. Ce qu'il a raconté, c'était son histoire personnelle, en disant qu'il n'était pas du tout bourgeois, on va le dire comme ça.

28:09
Invité

Et on en revient à la comparaison avec Marine Le Pen. Ce n'est pas un héritier. Lui, c'est petit-fils de quelqu'un qui a grandi en Algérie.

28:16
Présentateur

Oui, mais il a réussi dans l'année aujourd'hui. C'est tout ça.

28:18
Invité

Son père était ambulancier, sa mère ne travaillait pas. Je ne vous dis pas, c'est peut-être l'histoire de France racontée aux enfants, mais en tout cas, il va en jouer de ce côté le petit chose qui a grandi en banlieue parisienne. Il le dit souvent, la banlieue dans laquelle j'ai grandi n'a plus rien à voir, d'où le grand remplacement, avec la banlieue telle qu'elle est aujourd'hui. Il a connu, dit-il, les fins de mois difficiles. Ce matin, Jean-Luc Bourdin l'interroge sur « Est-ce que vous connaissez le problème du vin du mois ? » Il dit « Oui, j'ai connu ça quand j'étais petit. » Alors, évidemment, aujourd'hui, il ne le connaît pas.

Mais on peut, à ce moment-là, et il en jouera, dire « Oui, l'ascenseur social français fonctionne. » Voilà quelqu'un qui a effectivement des grands-parents qui étaient en Algérie, qui se sont arrivés en France, qui ont donné un prénom français à ce fils et qui est devenu, lui, peut-être candidat et peut-être un peu plus si les Français le décident.

29:10
Présentateur

C'est une histoire classique. C'est aussi l'histoire que nous vend à Nidalgo. C'est aussi Nidalgo a exactement le même discours. Mais Nidalgo apparaît quand même beaucoup plus proche des gens que… En tout cas, c'est ce qu'il va s'employer à démontrer visiblement dans les jours et les semaines qui viennent avec cette tournée qu'il entreprend pour défendre son livre. Il parle beaucoup, et ça fait partie des thèses qu'il assume, contrairement pour le coup à Marine Le Pen, Christophe Barbier, du grand remplacement. Alors, qu'est-ce que le grand remplacement ?

Et l'idée aussi de refranciser, puisque c'est un mot désormais qu'il a dit, que franciser le pays était un mot qu'avait été utilisé par le général de Gaulle. Il se réclame beaucoup, le général de Gaulle. Refranciser le pays et cette peur du grand remplacement.

29:50
Invité

– La référence au général de Gaulle sert de bouclier pour qu'on n'aille pas voir les vraies références derrière, comme on vient de le faire avec Charles Maurras, même s'il dit toujours « je lis Charles Maurras, je ne l'approuve pas dans toutes ses assertions ». Le grand remplacement, théorie largement diffusée et parfois interprétée de manière diverse, inventée par Renaud Camus et reprise par d'autres, voudrait laisser penser que derrière l'immigration, donc l'arrivée de personnes étrangères qui veulent travailler et se fixer sur notre sol, il y a une sorte de colonisation, d'organisation.

Et que les populations du Sud, l'Afrique notamment, ont décidé de venir en Europe, profitant de la démographie déclinante de l'Europe, pour prendre la place de ces populations qui disparaissent puisqu'on ne fait plus d'enfants. C'est ça le grand remplacement. Alors Éric Zemmour ne va pas jusqu'à penser qu'il y a quelque part un complot avec des gens qui organisent les arrivées de migrants pour nous remplacer, mais il est un peu dans cette idée-là. Ce n'est plus une immigration, comme on a pu la connaître au moment des Trente Glorieuses, c'est une volonté de remplacer un modèle de civilisation par un autre, par une sorte de tsunami de population. C'est ça la crainte.

Encore une fois, un journal que j'aime bien, le Figaro Magazine, faisait des couvertures il y a 30 ans sur cette crainte-là, cette peur-là. – C'est-à-dire que Giscard qui parlait d'invasion. – D'invasion et de Gaulle qui disait un jour « Est-ce qu'on dira un jour Colombelle et deux mosquées à la place de Colombelle et deux églises ? » Donc cette crainte-là ou ce fantasme-là, il est très ancien. D'évidence, on a un problème d'immigration en France.

31:11
Présentateur

– Ça veut dire que ça trouve un écho dans une partie de l'électorat, comme vous le disiez tout à l'heure ?

31:14
Invité

– Ça trouve un écho pour deux raisons. D'abord parce qu'il y a une réalité d'une immigration difficile, d'une assimilation en panne, parce que la crise économique et la crise des valeurs empêchent l'assimilation. Donc là, il y a une angoisse. Et puis il y a une autre raison, c'est que cette immigration, comparée aux vagues les plus anciennes, intra-européennes, elle a une nouvelle religion, l'islam. On n'a pas connu dans les siècles passés, c'est arrivé là. Et donc ça donne un défi supplémentaire, y a-t-il difficulté à rendre l'islam compatible avec la République ? Ça nous occupe depuis 40 ans. La valeur ajoutée, si j'ose dire, d'Éric Zemmour, c'est de dire « c'est foutu ».

Et moi, il me le disait les yeux dans les œufs, il y a 20 ans, quand on était dans « Ça se dispute », une émission où on avait un débat toutes les semaines. Il me disait « nous avons déjà perdu ». J'annonce une guerre civile, pas pour qu'on la gagne, j'annonce que nous avons déjà perdu cette guerre. Il était là dans un fatalisme, là encore, de cassandre. Il ne s'agissait pas pour lui de se dresser en rempart, il s'agissait de prévenir les gens que c'était déjà foutu. Et ça, c'est quelque chose qui, philosophiquement et psychologiquement, est totalement ancré en lui.

32:12
Présentateur

Et c'est compliqué à défendre dans une campagne présidentielle quand on dit « le combat est perdu ». L'inconscient collectif de ces populations musulmanes est de coloniser l'ancien colonisateur, écrit Éric Zemmour dans son livre « La France n'a pas dit son dernier mot ». En tout cas, il est la seule personne non-candidate, à moi je me trompe et vous me corrigerez, qui soit actuellement testée dans les sondages. Lucas Zemmour vient troubler la photographie de l'opinion en ce début de campagne. Les sondeurs, une nouvelle fois, se retrouvent au cœur du jeu. Les derniers ratés, notamment concernant des enquêtes régionales, ont conduit les instituts à affiner leur mode de calcul.

Romain Besnenou et Pierre de Horn.

32:46
Éric Zemmour

Savourer lorsqu'ils sont bons. Je regarde les sondages qui ne sont pas inintéressants, vous avez remarqué. Un certain nombre de sondages nous donnent effectivement très très haut. Les sondages ne sont que des sondages, mais quand même.

33:02
Invité

Maudits quand ils sont mauvais. Je ne vous parle pas des sondages, je vous parle de ce que les gens nous disent. Ce processus de rassemblement, ça ne doit pas être des sondages. Emmanuel Macron est certes aujourd'hui encore haut dans les sondages, mais personne ne le suit. Les sondages, plus de 30 ont déjà été réalisés pour l'élection présidentielle de 2022, alors que la campagne n'a même pas encore débuté. IFOP, Ipsos, Cantar, pour les instituts spécialisés, c'est l'heure de gloire. Avant peut-être, l'heure des comptes.

33:34
Présentateur

On a été pas mal chahutés, les sondages ces derniers temps, sur justement notre rôle, ce qu'on a porté aussi au débat public. Est-ce que les sondages se trompent ? Est-ce que... Bon voilà, donc ça fait un moment qu'on entend tout ça.

33:53
Invité

Chez Cantar, anciennement connu sous le nom TNS Saufresse, les erreurs du passé planent au-dessus de cette rentrée politique, à fort enjeu pour l'Institut de sondage. On a une erreur, je crois vraiment qu'on peut parler d'erreur, quasi systématique de surreprésentation, assez lourde, du Rassemblement national, dans la vague des sondages de 2021 pour les régionales, et puis un phénomène aussi assez systématique de surestimation des listes La République en marche et de sous-estimation des sortants. Donc non, en fait, le modèle là, il est pas calé et c'est un point de vigilance.

34:26
Présentateur

C'est surtout, c'est ça qui est intéressant.

34:28
Invité

Les sondages sont réalisés auprès d'échantillons de 1000 personnes représentatives de la population française en fonction de leur âge ou de la catégorie socioprofessionnelle. Mais les sondeurs doivent désormais prendre en compte un nouvel élément déstabilisant. C'est vrai que ce qu'on observe là depuis plusieurs années, c'est que c'est beaucoup plus volatile et le choix se fait de plus en plus au dernier moment. Ce qui rend les sondages d'intention de vote de plus en plus compliqués et leur caractère prédictif de moins en moins évident. Alors, pour affiner son enquête, l'Institut fait comme la plupart de ses concurrents. Il corrige les résultats.

Par exemple ici, Marine Le Pen est donnée à 21,5% par les sondés, mais le résultat final sera 24%.

35:13
Présentateur

Les électeurs de Marine Le Pen sont très sûrs de leur choix très vite dans la campagne. Et donc c'est vrai que ça a pour effet de booster le vote pour la candidate du Rassemblement national. D'autres plus petits candidats peuvent avoir des intentions de vote, des sûretés de choix moins importantes. Et là, ça va effectivement être un vote un petit peu plus friable et moins solide. Et donc dans l'intention de vote, effectivement, il va apparaître un petit peu plus bas que ce qui est déclaré parce qu'on considère qu'il va y avoir de la déperdition entre aujourd'hui et puis le moment du vote.

35:46
Invité

Quant aux personnalités testées, elles sont choisies par les commanditaires du sondage, médias ou partis politiques ou lorsque, comme Éric Zemmour, elles s'imposent dans le débat public. Il faut décider qui on met et qui on ne met pas. Et on ne peut pas avoir tous les cinq ans la même philosophie parce que le paysage est tellement bouleversé qu'on ne peut pas s'en tenir à des grands principes en disant qu'on ne prend que les candidats des grands partis. Le gagnant la dernière fois, Emmanuel Macron, n'était pas le candidat d'un grand parti. Depuis 1977, la commission des sondages est chargée de contrôler les enquêtes d'intention de vote.

Elle épluche toutes les données des personnes interrogées aux corrections finales apportées par les sondeurs. Ce à quoi on fait attention aussi, c'est que les questions ne soient pas biaisées pour rendre le sondage non objectif, par exemple en favorisant tel ou tel candidat par rapport aux questions qui vont orienter la réponse des personnes sondées. Ça, c'est un élément psychologique auquel on est également sensible. La terreur du sondeur est de ne pas voir venir un candidat ou de passer à côté d'une surprise, au risque peut-être de surestimer l'un des outsiders.

36:54
Présentateur

Frédéric Dhabi, les Français sont-ils plus difficiles à sonder aujourd'hui ?

37:01
Invité

Sans doute, oui. Ça a été bien dit dans votre reportage. Il y a la question de l'abstention qui se pose de plus en plus. On est dans un cycle abstentionniste jamais vu. Plus de 50% à chaque élection depuis le début du quinquennat. Enfin, c'était 49,5% aux élections européennes. Et quand dans le passé, les sondeurs cherchaient à trouver des électeurs Jean-Marie Le Pen ou FN cachés, cette contrainte a été largement levée, puisqu'au régional, le RN a été plutôt surestimé parce qu'il a été touché plus que la moyenne par l'abstention. Maintenant, nous essayons de trouver plus que par le passé des abstentionnistes cachés.

Que c'était simple, lors des élections présidentielles, on était sur une participation de 78, 80, 82%. Là, on ne sait pas ce qu'elle sera. Il faut bien avoir en tête la chose suivante. Certes, on nous sent dans un cycle abstentionniste, mais la présidentielle, ce n'est pas n'importe quelle élection. C'est une élection où même les jeunes, puisque j'ai travaillé sur cette question, peuvent voter autant, voire plus que les Français, notamment les primo-votants, les 18, 24 ans. Il y a une magie présidentielle, mais on est dans un tel cycle abstentionniste qu'aujourd'hui, on ne peut pas savoir quelle sera cette participation.

On est sur une logique de prudence très forte et une des réponses, c'est multiplier les configurations de premier tour quand on ne connaît pas l'offre électorale.

38:17
Présentateur

C'est ce qu'on est en train de faire en ce moment, en testant Éric Zemmour qui n'est pas encore candidat.

38:21
Invité

Notre dernière enquête IFOP fiduciale pour LCI et le Figaro, nous avons testé 8 hypothèses de premier tour, quelques tours avant pour le JDD. On en a fait 12. On n'est plus dans le contexte de 97-2002 où systématiquement, les sondeurs testaient Chirac-Jospin parce que c'était l'hypothèse qui était au second tour la plus plausible.

38:43
Présentateur

On a l'impression, alors peut-être que c'est une impression, Christophe Barbier, que c'était comme ça par le passé, à ce compte-là, vous corrigerez. Mais que plus que jamais, les sondages donnent le sentiment de faire cette qualification pour la présidentielle. On voit bien chez les Républicains que celui qui aurait le plus de chances de gagner dans les sondages sera naturellement avantagé. On voit ce qui se passe autour de la candidature d'Éric Zemmour et qui raconte aussi une forme d'affaiblissement de la candidature de Marine Le Pen. On a l'impression en cette rentrée que parce qu'il n'y a plus d'appareil politique, ce qui va se décider, ce qui va décider, ce sont les enquêtes d'opinion.

39:17
Invité

La logique d'opinion est devenue en effet majeure dans le choix du candidat et du vainqueur potentiel. Parce que deux choses se sont effondrées. Les idéologies. Avant, il y avait les grandes idéologies, donc il fallait trouver celui qui était l'incarnation de cette idéologie qui allait être à son service. Et puis ensuite, l'effondrement des partis. avec deux effondrements de nature différente. Du côté de la social-démocratie, de la gauche, c'est l'effondrement de tout un attirail de propositions qui ne sont plus crédibles. Ils sont maintenant à côté de la plaque par rapport aux préoccupations des Français. Et à droite, le culte du chef.

Il y avait un chef, De Gaulle, puis Chirac, puis Sarkozy. Et puis là, il n'y a plus de chef naturel. Et donc, comme il n'y a pas de chef naturel qui s'impose par l'intérieur du parti en drainant derrière les militants et les militantes, eh bien, on se tourne vers l'opinion. Lequel vous voulez ? Lequel vous préférez ? On va essayer de vous suivre pour vous donner le produit qui sera vainqueur sur les rayons de la présidentielle. C'est plein de faiblesses. D'abord parce que les Français peuvent changer d'avis. Ben, la dure Chirac, on l'a vu. Ensuite, parce qu'une logique d'opinion ne fait pas forcément une logique de rassemblement. Et il y a plusieurs tours dans une élection.

Puis enfin, ça ne fait pas forcément un bon président pour ensuite diriger le pays. Et cette logique d'opinion, elle porte en elle un dernier vice. C'est la logique d'élimination. C'est qu'on va prendre le moins mauvais. Et comme on a des institutions où déjà, on choisit au premier tour, on élimine au second, le fait d'y ajouter cet aspect d'opinion renforce ce côté-là. Ça a joué dans Hollande-Sarkozy, où on a l'impression que c'est plus Sarkozy qui a perdu que Hollande qui a été choisi. Et évidemment, ça joue chaque fois qu'il y a Marine Le Pen ou son père dans un second tour.

Il faut se méfier, pardon, Frédéric Dhabi, mais les sondages de septembre ne donnent jamais le vainqueur du mois de mai. Il m'en donnait, c'est ça. Je suis là, il va répondre. Il y a un folklore, mais je comprends pour dire, au mois de septembre, le vainqueur n'est jamais donné. En septembre 87, pas un sondage pendant toute l'année donné François Mitterrand, battu. Et puis, à ce que je sache, il n'y a pas un sondage à partir de 2006 qui donne Nicolas Sarkozy, battu, absent de la tête du premier tour et qualifié pour le second tour.

Mais c'est vrai qu'en dehors de ça, il y a eu la moitié des présidentielles où l'histoire était relativement écrite au mois de septembre, ce qui n'empêche pas sur tel ou tel candidat des surprises. Parce qu'en septembre 1980, Giscard est réélu. Largement. Au mois de novembre encore. 60-40. En novembre, c'est 52-48. Pas de suspense. En 2016. Si on était en 2016, là, aujourd'hui, on serait tous à dire, c'est Alain Juppé. Alain Juppé, il gagne la primaire, évidemment.

41:46
Présentateur

Ça permet de relativiser, du coup.

41:47
Invité

Et il sera élu président de la République.

41:48
Présentateur

Donc, il faut relativiser. Juste sur l'utilisation que peuvent faire les Français des sondages. On se dit, ils connaissent. Mais ils sont un peuple très politique, les Français. Est-ce que ça ne les amuse pas, au fond, de faire monter comme ça un peu des ballons d'essai, eux aussi, à leur place, en étant aussi témoins de ce qui se passe ensuite dans les médias et dans la classe politique ?

42:05
Invité

On connaît le mécanisme. Vous faites passer quelqu'un à la télévision très souvent. Il dit des choses nouvelles, fracassantes, dérangeantes. Ça intéresse des gens. Vous faites un sondage, ces gens-là l'intègrent. Ils l'intègrent parce qu'ils se disent qu'ils perturbent le système. Les gens détestent les hommes politiques. Ils détestent les journalistes aussi. Donc, on est à égalité là-dessus. Et les sondeurs. Et les sondeurs. Vous voyez, on est tous les trois. Voilà. Mais du coup, on va perturber le système. On va jouer. Peut-être qu'effectivement, il y a un certain nombre de gens qui, pas s'amusent, mais essayent... Instrumentalisent.

Instrumentalisent pour pouvoir dire ce sont mes idées, je veux les voir dans le paysage. Et puis, ça monte et ça monte et ça donne ce qu'on disait tout à l'heure, un chevènement à 15, un baille roux à 20. La difficulté qu'il y a, c'est qu'effectivement, au bout d'un moment, certains électeurs retournent au bercail. Mais l'autre difficulté aussi, c'est qu'il y a un moment, et Éric Zemmour va être confronté à ça, en position d'être au second tour. C'est très bien. Avec qui vous gouvernez ? Jean-Pierre Chevènement, il a été coincé. Parce que là, non, Jospin Chirac...

43:05
Présentateur

Ça, ça fait partie des questions qu'on peut lui poser s'il est donné effectivement au second tour. Et puis, on pourrait lui poser la question de Michel dans les Pyrénées-Atlantiques. Éric Zemmour a-t-il déjà abordé des sujets économiques dans ses déclarations ? On va lui demander des comptes sur les programmes économiques. Que dit-il ?

43:17
Invité

Il dit que, comme il n'est pas encore candidat, il n'en parle pas. Il n'est pas encore interrogé là-dessus. Ce matin, Jean-Jacques Bourdin a tenté en disant sur les sujets économiques. Il a dit non, mais ça viendra dans un second temps. Il ne faut pas négliger quand même quelque chose. C'est qu'il y a beaucoup de gens qui travaillent pour Éric Zemmour, des gens qui lui font des fiches. Il y avait peut-être effectivement un retard par rapport... Mais ça ne l'intéresse pas, ce sujet ? Si, je crois que ça l'intéresse.

43:39
Présentateur

Il s'est exprimé à la télé pendant des années. Vous étiez dans une émission qui s'appelait à l'époque « Ça se dispute ». Vous avez forcément parlé de sujets économiques. C'est un libéral ? C'est un étatiste ?

43:49
Invité

C'est un étatiste. C'est quelqu'un qui considère qu'on a désindustrialisé la France et l'Europe volontairement. En exportant nos emplois pour trouver des emplois moins chers dans les pays du tiers-monde et en important des produits à bas coût pour pouvoir augmenter les marges de ceux qui les vendaient et baisser les salaires encore un peu plus puisque les produits sont moins chers, on va baisser nos salaires. Il est dans cette analyse-là qui lui fait rejoindre d'ailleurs son analyse critique de la construction européenne. Ce n'est pas un économiste.

Ce n'est pas quelqu'un qui va avoir une théorie de l'entreprise ou une théorie de la dépense publique pour stimuler le fonctionnement de l'économie. Mais il a une vision claire de ce qu'est un état centralisateur. Mais là encore, de manière idéologique, c'est parce qu'il veut remonter à une époque où l'état pouvait tout, où l'état faisait tout, des rails pour les chemins de fer, des centrales nucléaires, où on avait cette puissance industrielle étatique, c'est parce qu'il veut remonter à cet âge d'or mythique qu'il en déduit une pensée économique. C'est la France des années 60 ? C'est quoi ? Pour l'économie, c'est la France des années 45-75 parce que c'est la France des Trente Glorieuses.

Donc Éric Zemmour était un très bon camarade de jeu dans ses émissions Ça se dispute parce qu'à l'époque, il n'était pas en béton, il était en caoutchouc. Il avait une certaine souplesse. Il est passé des convictions aux certitudes. Il s'est bunkerisé. Mais à l'époque, il était clairement dans cette recherche de l'âge d'or dans tous les domaines et pour l'économie, c'était les Trente Glorieuses. Un état puissant, une main d'œuvre nombreuse et une immigration qu'on faisait venir du regroupement familial et bien entendu, une démographie jeune qui permettait d'avoir des actifs pour faire grandir cette France des Trente Glorieuses.

45:23
Présentateur

Vous voulez ajouter quelque chose ? Non, c'est ça. Sur le logiciel économique d'Éric Zemmour ?

45:27
Invité

Oui. La question, la principale, c'est l'immigration. Mais qui dit immigration, comme l'a très bien dit Christophe Barbier, il y a l'économie. Effectivement, on fait venir, enfin, c'est sa thèse, les patrons font venir la main d'œuvre migrée parce qu'elle est moins chère. Donc là-dessus, il aura des propositions et il faut faire attention parce qu'on balaye ça d'un verre de main en disant il n'y connaît rien, machin. Il a bossé ses fiches et donc il abordera ses sujets.

45:51
Présentateur

Il paraît qu'il est conseillé par le Floc Prigent ? Oui. C'est ça ?

45:54
Invité

Oui, oui. Entre autres. Ce n'est pas le seul...

45:56
Présentateur

Il dit c'est mon ami, mais c'est plus que ça ?

45:58
Invité

C'est quelqu'un qui lui a été très fidèle et avec qui il est fidèle. Et Éric dit qu'il est fidèle en amitié. Mais ce n'est pas le seul et c'est possible qu'il élargisse. Il dit qu'il y a beaucoup de gens et de nards, experts qui lui proposent leur service.

46:16
Présentateur

Là, pour le coup, il n'y a pas vraiment de rupture s'il travaille avec des gens qui sont dans le système. On n'aura pas la rupture qu'il y a sur les thèses qu'il défend sur l'immigration et l'identité. Visiblement, ce que vous êtes en train de dire est l'un et l'autre, c'est que sur la partie économique, ce sera souverainiste. C'est ça ? En fait, si vous voulez, on est à six mois de l'élection, donc peu importe qu'il ait des propositions économiques ou pas, là n'est pas le sujet. Là, à six mois d'élection, les candidats, ils essayent de cranter un thème. Anne Hidalgo, elle a cranter « on multiplie par deux le salaire des enseignants » et le reste, elle ne dit rien.

Elle dit « ce n'est pas le temps des propositions ». Lui, il a cranter la lutte contre l'islamisme, le déclin de la France et aussi, troisième thème, le fait que les politiques traditionnelles ne comprennent rien à la France traditionnelle, à sa France. Il fait aussi le procès des politiques ? Absolument. Absolument. Et c'est d'ailleurs ce que disent les gens qui sont dans son entourage et qui défendent sa candidature. C'est un des éléments qu'il met en avant puisqu'effectivement, si les autres ne comprennent pas, ça veut dire que lui comprend et lui a les solutions. Mais peu importe pour l'instant de les annoncer, il crante simplement les sujets sur lesquels il veut avancer.

En Europe, en tout cas, la droite conservatrice a un modèle, la Hongrie de Viktor Orban. Il assume des positions qui le mettent en conflit, d'ailleurs ouvert avec Bruxelles, comme la bataille qu'il a menée contre l'avortement ou encore ses prises de position contre l'homosexualité. même le pape l'a récemment rappelé à l'ordre. Juliette Perrault, Marie-Laurent et Clément Voyer.

47:42
Invité

Sourire crispé

47:44
Présentateur

sur les visages du pape François et de Viktor Orban. D'un côté, le représentant du Vatican qualifié de progressiste, de l'autre, l'un des visages de l'ultra-conservatisme en Europe. Alors, lors de sa visite éclair dans le pays dimanche, le pape François en est allé de sa petite leçon au président hongrois.

48:01
Invité

Nous devons nous engager à promouvoir ensemble une éducation à la fraternité afin de lutter contre les relents de haine qui tentent de la détruire.

48:16
Présentateur

Un appel à plus d'ouverture face à une politique nationaliste d'extrême droite très marquée. Anti-immigration, contre les droits des femmes et des personnes LGBT, qu'importent les rappels à l'ordre cet été encore de l'Union européenne, Victor Orban persiste et signe.

48:34
Invité

Il n'y a pas de place pour les bureaucrates de Bruxelles ici. Et quoi qu'il fasse, nous ne laisserons pas les activistes LGBT côtoyer nos petits dans les écoles et les jardins d'enfants. Une vision de la société que le gouvernement entend promouvoir

48:49
Présentateur

auprès des citoyens à travers des formulaires de consultation nationale. À 200 kilomètres de Budapest, les TOT font partie des milliers de familles qui reçoivent ces questionnaires.

49:01
Invité

Êtes-vous d'accord avec la reconnaissance par l'état du statut de maire au foyer comme occupation principale ? Êtes-vous d'accord avec le principe fondamental selon lequel les enfants ont droit à un père et une mère ? Vous allez répondre ? Bien sûr. Pour nous, c'est très important. D'autant que c'est grâce à cette politique-là que nous avons pu bénéficier de notre maison.

49:29
Présentateur

Une maison pour laquelle ils ont reçu un prêt gouvernemental de 100 000 euros. L'un des nombreux avantages de la politique nataliste, très incitative, du gouvernement Orban. Parmi les dernières mesures en place, plus d'impôts à payer pour les mères de famille à partir de 4 enfants. Des prêts pour les nouvelles mariées. 30 000 euros offerts par l'État aux familles nombreuses. La place des femmes, un sujet qui agite un autre pays d'Europe de l'Est, la Pologne. Ce jour-là, les Polonais sont dans la rue pour défendre le droit à l'avortement, devenu quasiment illégal dans le pays. Seules exceptions à la règle, si la grossesse est le résultat d'un viol ou si la vie de la mère est en danger.

50:14
Invité

C'est une tragédie pour notre pays que 30 ans après la chute du communisme on doivent de nouveau se battre pour notre liberté.

50:21
Présentateur

Les femmes devraient avoir le droit de décider de leur propre corps, pas le gouvernement et sûrement pas l'Église. Des politiques ultra-conservatrices au nom des valeurs traditionnelles qui font aujourd'hui des adeptes dans d'autres pays. En Italie, Giorgia Meloni est le nouveau visage de la droite radicale. présidente du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, elle s'en prend régulièrement,

50:45
Invité

entre autres, aux défenseurs de l'homoparentalité. Il nous parle de parents 1, de parents 2, de parents LGBT, d'enfants nés sous X. Tout ça, ce sont des catégorisations. Mais nous ne sommes pas des catégories. Nous sommes des personnes qui défendons notre identité. Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne et ça, ils ne me l'enlèveront pas. Des idées qui trouvent un écho au sein de la société italienne depuis plusieurs années déjà, comme lors de cette marche contre l'avortement en 2018. Moi, je suis infirmier. Mon travail, c'est de sauver des vies, ce n'est pas de pratiquer l'avortement.

L'avortement, c'est un acte contre la vie et c'est ça que je dénonce aujourd'hui.

51:34
Présentateur

Selon un sondage publié en mai dernier, le parti de Giorgia Meloni serait actuellement la deuxième force politique en Italie, juste derrière la Ligue d'un autre visage de l'extrême droite, Matteo Salvini. Alors, on ne peut pas totalement comparer Matteo Salvini à cette droite conservatrice que porte Victor Orban ou même Éric Zemmour.

51:56
Invité

Pour moi, Éric Zemmour n'est pas un populiste au sens Salvini. Il est beaucoup plus proche en effet de Giorgia Meloni ou d'Orban ou des Polonais. C'est-à-dire qu'il veut remettre les valeurs familiales classiques au cœur d'une politique de civilisation et défier à ce titre les instances judiciaires de leur propre pays, changer la loi et l'Europe. Et donc, de l'intérieur, faire exploser le projet européen.

52:18
Présentateur

Et vous me disiez pendant le reportage, Nathalie Morec, qu'il va aller voir Victor Orban, Éric Zemmour. Donc ça veut dire ça aussi, c'est une démarche classique d'un candidat à la présidentielle. On va à l'extérieur des frontières et on rencontre les dirigeants des pays. Et là, en l'occurrence, ce n'est pas n'importe lequel.

52:33
Invité

Oui, en temps normal, aller voir des leaders populistes ou d'extrême droite européens n'aurait pas un impact particulier. Mais il ne faut pas oublier qu'à partir du 1er janvier prochain, ce sera la présidence française de l'Union européenne. Emmanuel Macron ne pourra pas ne pas parler d'Europe s'il est candidat à sa propre succession.

Et quand dans les campagnes fêtes présidentielles, l'Europe est vraiment à la portion congrue, Éric Zemmour, mais Marine Le Pen aussi pourra vouloir le faire, voudra apparaître comme le tenant d'une France du nom, cette du 29 mai 2005 qui est toujours extrêmement prégnante, qui coupe encore le pays qui est extrêmement majoritaire dans le pays, même si la France du oui, c'est un bloc assez fort qui va plus se mobiliser. Sur les questions d'avortement, les questions LGBT, Éric Zemmour ou Victor Orban sont en décalage total avec ce que nous disent les Français où là, il y a vraiment un véritable alignement entre toutes les générations sur toute une série de choses.

Pour la première fois dans une enquête récente de l'IFOP pour le JDD, une majorité de Français était même favorable à la GPA. On a vraiment un vrai mouvement de fond et un décalage entre une demande d'ordre d'ordre public et une libéralisation des mœurs dans la sphère...

53:44
Présentateur

Et sur le discours qu'il tient sur les femmes, il n'est pas du tout en phase avec la société française ?

53:47
Invité

Absolument pas, absolument pas. On voit à quel point il y a un nouveau clivage, à quel point dans notre métier on voit qu'il y a une opinion publique féminine qui émerge quand il y a quelques années, mais il y a encore 5 ou 7 ans, sur toutes les enquêtes d'opinion, il n'y avait quasiment jamais de clivage homme-femme, sauf sur des sujets genrés. La rémunération des femmes, les violences conjugales, là, sur des sujets complètement anodins, on a des décalages de plus en plus forts qui sont des décalages de genre et des décalages générationnels, notamment sur les questions sociétales.

54:15
Présentateur

Cette question de Pierre dans le Var, retour de la peine de mort, interdiction des prénoms étrangers, valorisation du modèle de la femme au foyer, est-ce possible en France, Christophe Barbier ?

54:25
Invité

Pour la plupart des propositions, non. Revenir sur l'abolition de la peine de mort, nous sommes maintenant engagés dans des conventions internationales qui feraient que ce rétablissement serait totalement illégal, illégitime, ça aboutirait à sortir de toute une série d'instances internationales, ça n'est pas possible. La loi sur les prénoms, elle a existé, elle n'a jamais été appliquée. Elle a été inventée en 1803, pourquoi ? Parce que la Révolution, pour combattre évidemment les prénoms chrétiens, les prénoms du calendrier, avait libéralisé tout cela.

Puis on a vu fleurir des prénoms les plus fantaisistes possibles, avec évidemment tous les grands noms de la Révolution qui devenaient des prénoms. Vous appelez votre petit garçon Robespierre, vous pouvez l'appeler aussi votre fille faite de la Fédération, et puis on a vu des betteraves, des jonquilles, enfin c'était un peu n'importe quoi. Et donc Bonaparte, pas encore empereur, a dit, il faut mettre de l'ordre, il fait cette loi. Loi ambiguë, puisque c'était à la fois les prénoms du calendrier et les grandes figures de l'histoire ancienne. Sans dire lesquelles, ça pouvait être des Grecs, des Latins, mais aussi des Chinois ou d'autres.

Mahomet, Mohamed, c'est une grande figure de l'histoire ancienne. Donc si Éric Zemmour veut rétablir la loi Bonaparte de 1803, au nom de la grande figure ancienne, on peut prendre un calife homéade du 8e siècle. Donc vous voyez, ça n'a pas de sens. Par ailleurs, si cette loi a été abolie en 1993, c'est parce que, selon la préfecture où vous alliez, selon le bureau d'état civil où vous alliez, on vous a des réponses différentes. Aujourd'hui, on a une loi qui est équilibrée, il ne faut pas nuire à l'enfant. Donc en donnant à l'enfant un nom trop ridicule, on peut lui porter tort dans sa vie future. Les autorités d'état civil doivent juger cela et c'est tout.

Donc Éric Zemmour au pouvoir ne pourrait pas revenir sur cette libéralisation des prénoms. Après, il pose un problème. Oui, quand on donne un prénom français à un enfant, c'est qu'on est dans une logique d'assimilation. Mais ce n'est pas parce qu'on ne lui donne pas un prénom du calendrier français qu'on n'est pas dans une logique d'assimilation. Il y a d'autres manières de s'assimiler que le prénom, même si c'en est une.

56:08
Présentateur

Et sur la question des droits, sur tout ce qui concerne les conventions européennes, il explique qu'il s'en exonère.

56:13
Invité

Oui, mais on peut s'en exonérer, on peut tout envoyer pêtre. Mais alors, il faudra expliquer aux agriculteurs pourquoi ils ne toucheront plus d'argent de l'Union européenne. Il faudra expliquer à ceux qui vendent des marchandises dans les autres pays de l'Europe ou qui vont travailler dans d'autres pays de l'Europe pourquoi d'un seul coup ils devront rester chez eux. Ça ne se fait pas comme ça d'un coup de baguette magique sans répercussion.

56:30
Présentateur

Et nous revenons maintenant à vos questions. Le sondage qui estime à 10% les intentions de vote en faveur d'Éric Zemmour est-il fiable ?

56:40
Invité

Alors, il y a sans doute une notice qui a été déposée par mon confrère à la commission des sondages. Ces notices sont maintenant accessibles en ligne et si la commission juge que ce sondage comporte des erreurs méthodologiques de redressement, elle fera une mise au point. Pour l'instant, ce n'est pas le cas.

56:56
Présentateur

Les autres sondeurs, les autres instituts le donnent entre 6 et 8.

57:00
Invité

Nous, à l'IFOP, nous sommes à 7%. Mais ce qui est intéressant, ce n'est pas le chiffre, c'est la dynamique puisqu'un sondage précédent au mois de juin le mettait autour de 5%. Donc, il y a une dynamique effective.

57:10
Présentateur

Éric Zemmour a-t-il une stratégie à la Donald Trump avec un discours populiste, extrême et racoleur ?

57:17
Invité

Alors, première partie de la phrase « Oui, il a une stratégie à la Donald Trump ». Après, est-ce qu'on dit que c'est populiste, racoleur et tout ? En tout cas, provoquer des incidents, faire des propositions suffisamment extrêmes pour que ça fasse indignation, oui, évidemment. Et surtout, apparaître comme l'anti-élite, l'anti-classe parisienne médiatico-politique.

57:40
Présentateur

Éric Zemmour, n'est-il pas l'héritier de Jean-Marie Le Pen dans ses discours ? Reprend-il ce que Marine Le Pen n'ose plus dire ? Oui, c'est exactement ce que disent la génération Z, les jeunes qui sont derrière lui et qui sont nés sur les réseaux sociaux. Effectivement, ces jeunes-là qui sont environ 2000, j'avais un de leurs représentants ce matin au téléphone, il me disait qu'effectivement, il y avait d'anciens sympathisants, on va dire, de l'Uni, de... de Marine Le Pen, pardon, qui effectivement était déçue du recentrage de Marine Le Pen.

Marine Le Pen, aujourd'hui, elle est dans un mouvement où elle veut devenir présidente de la République, donc elle doit être plus crédible que ne l'était son père et elle doit parler à une France beaucoup plus large. C'est pour ça que lui, il veut absolument préempter toute cette frange-là qui est beaucoup plus radicale et à qui il veut parler. Quel critère Éric Zemmour prendra-t-il en compte avant d'annoncer s'il est candidat au PAN ? Une question de Christophe dans la Vienne ?

58:37
Invité

Les sondages, bien sûr, il le dit, il ne veut pas faire une candidature de témoignage, il ne veut pas, bon, alors là, c'est difficile de... Voilà.

58:44
Présentateur

À partir de quand, il attend quoi ? Une qualification second tour ?

58:46
Invité

Il attend, non, d'être à 12, 13, 14 parce que, honnêtement, là, ça arrive plutôt qu'il ne l'espérait. Le 10, si il tentait qu'il soit confirmé, il pensait que ça arriverait dans trois semaines parce que, voilà, il pensait la vague médiatique 12 et puis ensuite les sondages. Ça arrive plus tôt. Est-ce que c'est confirmé ? Est-ce que c'est infirmé ? Ensuite, il y a un deuxième élément, c'est les parrainages des maires. Il faut 500 signatures. Ce n'est pas si facile que ça. Surtout pour quelqu'un qui n'a pas de parti, qui n'a pas de relais, qui n'a jamais, qui ne s'est jamais intéressé à ça.

59:19
Présentateur

Certains vont l'aider ou pas, carrément ?

59:20
Invité

Ah ben non. Qui a intérêt à l'aider ?

59:22
Présentateur

Je ne sais pas, je vous pose la question.

59:23
Invité

Les LR n'ont aucun intérêt à l'aider. Au contraire. Le Rassemblement National, non plus. La République En Marche, non plus. Parce qu'ils ont bien compris quelque chose. Ils sont peu délus en plus. C'est que, si on peut baisser Marine Le Pen, ce n'est pas bon pour Emmanuel Macron. Donc, aujourd'hui, il y a assez peu de monde qui a intérêt. Puis vous savez, dans le système français, vous savez, le président du Conseil départemental qui verse de l'argent un peu pour les communes. Vous voulez faire votre rond-point ? Mais si tu as soutenu Eric Zemmour, on va faire le rond-point chez le voisin.

Les intercommunalités, il y a plein de liens comme ça qui font qu'un maire, ça va être compliqué de décider tout seul. Surtout que ces parrainages sont maintenant publiés. Et puis, on se souvient que c'est très difficile, on se souvient même que Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen avait vraiment fait planer une incertitude sur la possibilité, en 2012 et en 2002, je crois, pour Jean-Marie Le Pen à pouvoir être qualifiée pour cette présidentielle. Et puis, il y a l'argent. Il lui faudra de l'argent aussi pour une campagne. C'est compliqué. C'est ce qu'on disait aussi

1:00:16
Présentateur

à propos d'Emmanuel Macron. Il n'a pas de parti, il n'a pas d'argent.

1:00:18
Invité

Certes, mais il a mis en place justement des stratégies pour lever des fonds. C'est 7500 euros maximum par personne privée. Les entreprises ne peuvent pas financer. Ce n'est pas si simple que ça. Il n'est pas obligé de dépenser les 21 millions ou 22 millions autorisés. Mais il faut quand même trouver beaucoup d'argent.

1:00:31
Présentateur

Éric Zemmour, s'intéresse-t-il à d'autres sujets que l'immigration et l'islam ? Il faudra de toute façon. S'il veut faire campagne, il va être obligé de se mouiller et effectivement d'avoir des propositions économiques, de savoir qu'est-ce qu'il veut faire sur le pouvoir d'achat en termes de chômage, en termes de retraite pour l'instant ? Sur l'écologie, qui est une des préoccupations des Français.

1:00:51
Invité

On l'a vu, il a parlé des éoliennes de manière assez approfondie lors d'une émission sur son ancienne chaîne. Il a essayé quand même depuis quelques mois de sortir des sujets identitaires en parlant d'économie, en parlant d'environnement. Mais très clairement, dans l'imaginaire des Français, un programme monothématique, monocolore, ça ne passe pas. Ça peut passer pour une élection intermédiaire. Je vote Europe Écologie, les verts aux élections européennes. Ça ne passe pas pour une présidentielle.

1:01:18
Présentateur

Ça ne passe pas parce qu'il y a la question de la crédibilité qui, à un moment donné, est importante dans l'importance de vote ?

1:01:22
Invité

C'est vraiment ce qu'il a dit. La question que pose un candidat qui fait le trou qui va convaincre les Français est une question globale. Et lui, sa question, ça pourrait être comment enrayer le déclin français s'être votant pour moi ? Ça passera par un programme extrêmement complet.

1:01:38
Présentateur

Jacqueline, dans les Pyrénées-Atlantiques, Éric Zemmour va-t-il imposer à tous les candidats ses thèmes de campagne et son rythme ? Aujourd'hui, oui.

1:01:45
Invité

Aujourd'hui, ça se passe autour de lui. On est très tôt. On est très tôt. On est dans une sorte de trou d'air et à gauche et à droite parce que les choses sont incertaines et un président sortant qui va attendre très tard pour dire qu'il se représente. Donc oui, aujourd'hui, ça se fait autour de sa personne. Il y a le phénomène Zemmour marqué par les sondages et il y a les thèmes qu'il met dans les débats. Mais on le voit à travers les priorités des Français. Ces thèmes-là ne vont pas lui suffire. Il faudra qu'il passe à d'autres choses. On constate aussi que les hommes et les femmes politiques déjà un peu engagés dans cette compétition s'agacent quand on leur parle d'Éric Zemmour.

C'est un peu le chien dans un jeu de quille. Il n'est pas du club et puis il les emmène sur des sujets alors qu'ils aimeraient en aborder d'autres. Ça va durer au moins pendant toute la phase de lancement de son livre, c'est-à-dire tout le mois de septembre et une bonne partie du mois d'octobre.

1:02:26
Présentateur

Jusqu'à l'arrivée du candidat Les Républicains ?

1:02:28
Invité

Oui, et puis après, il faudra trouver pour lui autre chose à dire. Autre chose à dire que simplement j'hésite, je réfléchis et je dénonce.

1:02:34
Présentateur

Quel serait le profil type de l'électeur d'Éric Zemmour ? Il y en a-t-il un ?

1:02:38
Invité

Pour l'instant, comme je le disais, il n'y a pas un profil qui, je dirais, émerge de manière évidente. Quand même, quand on regarde la capacité à mordre sur les deux électorats de droite et d'extrême droite, c'est plutôt un électeur fillon, donc plutôt âgé, issu des catégories sociales supérieures, diplômé, qui est plus tenté par Avod Zemmour. C'est plutôt bien, c'est un segment électoral qui se mobilise plus que la moyenne. C'est largement insuffisant, notamment pour séduire la France du travail qui est l'objet de la bataille.

1:03:08
Présentateur

C'est cet électorat-là qui est séduit par le côté lettré, cultivé d'Éric Zemmour.

1:03:13
Invité

Tout à fait, et qui est le plus sur ce discours dont on parlait, Christophe, sur le déclin, l'âge d'or, Raoul Gérardet, la France d'avant.

1:03:20
Présentateur

Une candidature, non, une question de Georges en Belgique. Une éventuelle candidature d'Éric Zemmour pourrait-elle faire diminuer un peu l'abstention en attirant un électorat jusqu'ici silencieux ?

1:03:30
Invité

C'est ce qu'avait réussi Bernard Tapie en 1994 aux Européennes où il y a eu une vraie mobilisation, une vraie bonne surprise parce que c'était la figure d'équation Tapie. C'était une élection intermédiaire.

1:03:40
Présentateur

Très vite cette question, Éric Zemmour, pourrait-il s'allier à Marine Le Pen comme l'avait fait Nicolas Dupont-Aignan en 2017 ?

1:03:44
Invité

Au soir du premier tour s'il est candidat, oui, la seule candidate qu'il pourra soutenir ce sera Marine Le Pen. Si elle est qualifiée.

1:03:50
Présentateur

Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 23h45. On se retrouve demain. Tout de suite, c'est à vous.