AU CŒUR DE LA BATAILLE CONTRE DEUX MINES DE CHARBON QUI MENACENT L’HUMANITÉ
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Saviez-vous qu’à deux heures de la frontière française, en Allemagne il existe deux bombes climatiques qui menacent notre futur ? Les mines de Hambach et de Garzweiler exploitées par l'énergéticien allemand RWE. Deux immenses mines à charbon à ciel ouvert, deux monstres affamés qui engloutissent sur leur passage les forêts, les villages, les fermes et déchirent les paysages.
Surtout, elles contribuent de façon démesurée au réchauffement climatique en consommant des quantités astronomiques de charbon, qui est la première source d’émission de CO2 du système énergétique mondial. Face à l’urgence écologique, ces mines sont devenues en quelques années le symbole de la lutte contre les énergies fossiles et l’incarnation du combat de David contre Goliath. Elles font partie de ces projets fossiles, qui concentrent les pires injustices sociales et climatiques.
Les ravages écologiques causés par l'exploitation du charbon sont souvent invisibles pourtant ici la destruction de la nature est évidente. Ces dernières semaines, si vous en avez entendu parler c’est parce que des militants venus du monde entier se sont donnés rendez-vous à Lutzerath, un petit village d’agriculteurs, devenu à son tour l’emblème de la lutte anti-charbon dans la région. Ce hameau était menacé de destruction imminente par l'extension de la mine de Garzweiler.
Et le 14 janvier, ils étaient des dizaines de milliers à s'y opposer puis à mener des actions les jours suivants. La célèbre activiste Greta Thunberg a d’ailleurs été arrêtée, puis placée en garde à vue lors de cette séquence de mobilisation. Comme le CO2 ne connaît pas de frontière, à Blast, il nous semblait important de vous raconter l’histoire de ces mines qui condamnent l’avenir d’une partie de l’humanité.
Mais surtout de comprendre comment une telle aberration est encore possible alors que tous les experts mondiaux le disent : “Sans fermeture anticipée d’une partie des exploitations de charbon, gaz et pétrole, nous dépasserons un réchauffement mondial de plus 1,5 degrés Celsius” avec les conséquences dévastatrices que l’on connaît. Qu’est ce qu’il se joue à Lutzerath ? Pourquoi l'Allemagne continue-t-elle d'exploiter son charbon ?
Quel impact peuvent avoir les mobilisations ? Réponses tout de suite dans cette nouvelle vidéo de décryptage/reportage avec Benjamin Jung qui s’est rendu sur place. Vous avez peut-être vu ces images qui ont fait le tour les médias : le 14 janvier, à l’appel du mouvement international “Fridays for future”, 35 000 manifestants (selon les organisateurs, contre 15 000 selon la police), se sont mobilisés pour s’opposer à l’extension d’une immense mine de charbon à ciel ouvert qui entraînait la destruction du hameau de Lützerath.
La suédoise Greta Thunberg et d’autres figures du climat européennes comme Camille Etienne, Adélaïde Charlier ou la célèbre activiste allemande Luisa Neubauer, étaient sur place pour arrêter l’évacuation. Pour Blast, je me suis rendu sur place pour couvrir une seconde grande journée de mobilisation qui aura lieu trois jours plus tard, le mardi 17 janvier. Pour vous situer, Lützerath se trouve dans le land de Rhénanie-Palatinat, dans l’Ouest de l’Allemagne, à deux pas des Ardennes belges.
En hiver il y fait froid, et pendant mes deux jours sur place, la température n’a que rarement dépassé zéro degré. Mais pas de quoi inquiéter les membres des différentes organisations de défense de l’environnement, dont certains logent dans des tentes sur place. Il est assez difficile pour les journalistes de rentrer en contact avec les militants, qui protègent leur identité afin d’éviter au maximum les répressions policières et pénales.
Heureusement, j’ai pu y rencontrer Joanie Lemercier, artiste et activiste. Il participe à sa manière à la lutte contre l’extraction de charbon depuis 2018. Il a été mon guide sur place.
Derrière moi se trouve la mine de charbon de Inden ????? et en fait toute la région ici est une région du charbon.
On a aussi une centrale charbon derrière nous. Puis il y a encore quatre autres centrales qui sont tout autour de nous. C’est l’une des régions les plus polluées d’Europe.
La compagnie RWA à qui appartient cette mine est l’entreprise qui émet le plus de CO2 en Europe, à peu près 100 millions de tonnes de CO2 émises chaque année. Moi je suis devenu activiste il y a quatre ans quand j’ai eu un choc visuel, esthétique, en découvrant ce lieu et je suis depuis entré en rébellion avec beaucoup d’activistes locaux. Pendant que Benjamin se caillait en Allemagne, j’ai passé pas mal de temps à faire des recherches depuis Paris pour comprendre l’histoire de ces mines.
Si les activistes se mobilisent avec tant de détermination depuis des années c’est tout simplement parce que ce qui se joue dans cette région concerne le monde entier. Les mines de Garzweiler et Hambach font toutes les deux parties des 425 bombes climatiques qui pourraient anéantir la lutte contre le dérèglement climatique. Ces bombes climatiques, ce sont toutes les infrastructures de charbon, pétrole et gaz qui pourraient émettre plus de 1 milliard de tonnes de CO2 sur leur durée d’exploitation.
Pour vous donner un ordre de grandeur, les émissions mondiales de CO2 ont atteint 40,6 milliards de tonnes en 2022. Or pour éviter la catastrophe climatique, des souffrances et des morts supplémentaires, il faudrait désormais diminuer les émissions de 1,4 milliard de tonnes de CO2 par an. Et la dernière fois que l'on s'en est approché, c'était en 2020, année durant laquelle une partie du monde a été confinée et les activités économiques fortement ralenties.
Donc vous voyez le tableau… Selon les auteurs de cette étude sur les bombes climatiques, fermer les deux mines de lignite allemande devrait être une priorité pour lutter contre le réchauffement climatique. Et pourtant, ce n’est pas tout à fait dans les plans immédiats de l’Allemagne emmêlée dans les contradictions de sa politique énergétique. Si vous demandez ce qu’est le lignite, c’est un charbon bon marché et particulièrement polluant.
Pour alerter l’opinion publique et instaurer un rapport de force avec le gouvernement et l’entreprise RWE, depuis plus de 40 ans, les activistes se battent contre les immenses mines à ciel ouvert de la région. Ils ont mis en place une véritable caisse à outils d’actions variées et complémentaires qui comprend évidemment les manifestations, occupations et blocages, mais également des plaidoyers auprès des politiques, des campagnes d’informations ou encore des batailles juridiques. Et s’ils s’investissent autant, c’est parce que depuis les années 70, l’exploitation de lignite en Allemagne est responsable de la destruction de dizaines de milliers d’hectares de forêt, de la démolition de 300 villages et du déplacement de 100 000 personnes.
En presque 50 ans, une bonne partie des habitants de la région se sont habitués à la présence de l’industrie charbonnière. Quand on y arrive, on est stupéfait par l’omniprésence, où que l’on regarde, des signes de la production d’énergie. Et il ne s'agit pas que du charbon : une grande partie des innombrables éoliennes qui ornent le paysage appartiennent également à RWE, qui les utilise dans sa communication à des fins de greenwashing.
Plus absurde encore, la loi qui permet aux industriels du charbon d’exproprier les habitants, date des années 30. A cette époque, le troisième Reich avait fait sa priorité de développer extrêmement rapidement son industrie et son armée. Bien loin, donc des considérations et du contexte actuel.
À quelques kilomètres de la mine de Garzweiler construite en 1995, la mine de Hambach, construite en 1978, n’en est pas moins terrifiante. C’est la mine de toutes les démesures et on y voit les plus gros véhicules au monde. À terme, il est prévu qu’elle atteigne 85 km².
Dans la mine de Hambach on peut mettre en entier la ville de Manhattan. Ca fait 400 mètres de profondeur et même les gratte-ciels rentrent dans cette mine de charbon. La forêt de Hambach, vieille de 12 000 ans, a déjà été détruite à 90 % par la mine.
Pour sauver les 10 % restants, depuis 2012, des femmes et des hommes occupent la forêt et ont construit des plateformes dans les arbres qui sont bientôt devenues des cabanes. L’entreprise RWE prévoyait de raser la moitié de ce qu’il restait de la forêt entre 2018 et 2020, mais les mobilisations et les actions en justice ont abouti à l’annulation de ce projet en octobre 2018. Les activistes ont ainsi sauvé des centaines d’hectares de la forêt de Hambach et créé avec d’autres associations des camps de résistance autour des villages menacés par l’extension des mines.
Continuer l’exploitation de ces mines est une véritable folie au regard de l’accélération du réchauffement climatique. C’est la raison pour laquelle, les militants allemands d’Ende Gelände organisent depuis 2016, des blocages massifs, non-violents et visuellement très impressionnants. Derrière ces actions spectaculaires, une organisation presque militaire.
Habillés de combinaisons blanches, des milliers de personnes venues de toute l’Europe partent régulièrement manifester dans les champs voisins sous le regard des policiers pour tout à coup déjouer la surveillance et sprinter jusqu’au dénivelé qui permet de descendre dans la zone d’excavation de la mine. Là, une partie d’entre eux occupe les rails qui permettent d’acheminer le charbon tandis que d’autres s’introduisent au cœur du puits ou sur les baggers, forçant la compagnie à stopper l’activité des machines. La devise de Ende Gelände : "Nous sommes le risque d'investissement".
Mais en dépit de ces mobilisations massives qui réunissent des milliers de personnes chaque année, l’extension des mines continue. En ce mois de janvier, c’est la mine de lignite de Garzweiler qui a été sous les feux des projecteurs. Une tonne de lignite est égale à une tonne de CO2. 900 millions de tonnes de lignite ont déjà été extraites.
Et il en reste 280 millions de tonnes sous le fameux village de Lutzerath. C’est la raison pour laquelle il a été sacrifié dans un compromis signé par le gouvernement allemand avec l’entreprise RWE. En octobre 2022, le gouvernement a permis à RWE de continuer de s’étendre en détruisant ce seul village et en sauvant 5 autres.
En échange l’entreprise s’est engagée à arrêter définitivement l’exploitation du charbon dans le Bassin rhénan en 2030 au lieu de 2038. Une date que RWE essaie déjà de contester, puisqu’elle a annoncé hier une volonté de prolongation jusqu’à 2033… Ce compromis, un peu bancal donc, validé par Die Grüne, les Verts, est vécu par beaucoup de membres d’une frange plus radicale du parti comme une véritable défaite et pourrait d’ailleurs être à l’origine de changements au sein de la gauche allemande. Pourquoi cet accord ?
Tout simplement parce que le gouvernement considère que l’extension de la mine est nécessaire pour assurer la sécurité énergétique de l’Allemagne, qui doit compenser l’interruption des livraisons de gaz russe liée à la guerre en Ukraine. Et ils soutiennent cet argument, études à l’appui. En face, les militants et les scientifiques contestent ces arguments.
Pour eux, les réserves de lignite actuelles sont suffisantes et peuvent assurer une transition vers les énergies renouvelables. C’est ce que raconte un étudiant en économie que j’ai rencontré sur place. Membre des jeunesses des Verts, il est de ceux qui s’opposent à la direction que prend le parti.
Je suis très très déçu des décisions que la vice-ministre présidente a prises parce qu’il n’y a aucune nécessité de continuer avec le charbon. En Allemagne on a vendu plus d’électricité qu’on n’en a importé. Les politiciens en Allemagne disent que c’est important de ne pas avoir de crise énergétique durant la guerre de l’Ukraine mais c’est un mensonge.
Pour les deux années suivantes, on a assez d’énergie et après il faut absolument avoir ce monde des énergies renouvelables. Selon une étude scientifique, sans l’extraction du charbon sous Lutzerath, l’accord de Paris resterait un objectif “possible” pour l’Allemagne. Claudia Kemfert, experte allemande en économie dans les domaines de la recherche énergétique et de la protection de l'environnement, a déclaré : “Lützerath est le symbole d'une politique énergétique et climatique erronée”.
Selon elle, les études de l'exécutif, dont une partie a été fournie directement par RWE, sont biaisées. Sans blague ! Notamment parce qu’elles partent de l'hypothèse que la consommation de charbon ne diminuera pas.
Pourtant si l’Allemagne déploie rapidement les énergies renouvelables comme elle l'ambitionne, les besoins seront réduits. Mais l’objectif de 80 % de renouvelables d’ici 2030 suppose de tripler et quadrupler la taille des parcs éoliens et solaires, ce qui n’est pas gagné. Avec Lutzerath, la coalition d'Olaf Scholz s'offre un donc un filet de sécurité en cas de retard sur ses objectifs.
Rappelons d’ailleurs que l’Allemagne n’est toujours pas dans les clous pour respecter ses engagements climatiques. Dans une lettre ouverte, plus de 200 célébrités allemandes ont demandé l’arrêt immédiat de l’évacuation de Lutzerath et la réévaluation des contrats entre le gouvernement et RWE mais rien n’y fait. Pas même, la lettre ouverte de 500 scientifiques ou encore celle de Scientist Rébellion signée par plus de 1000 experts, qui affirment que la destruction de Lutzerath est symbolique de l'ignorance des connaissances scientifiques par les responsables politiques.
Tout est dit. Maintenant que Paloma vous a bien expliqué les enjeux, revenons à l’action. Le 14 janvier, des manifestants étaient venus soutenir les centaines d’activistes allemands qui occupent Lutzerath depuis 2020 pour empêcher l’avancée des excavatrices de la mine à ciel ouvert juste à côté.
Ces militants étaient les derniers remparts contre l’avancée du monstre puisque le village a déjà été vidé de ses habitants d’origine. La police a commencé à les déloger dès le 2 janvier. Et Greta Thunberg n’a pas tort, l’influence de l’entreprise RWE sur la région est tentaculaire et on retrouve son argent dans les poches de nombreux élus locaux.
J’ai essayé depuis quatre ans de comprendre qui sont les personnes qui sont responsables de la destruction des villages. Et en fait c’est très politique. Par exemple il y a 53 municipalités de la région qui sont actionnaires de cette entreprise.
Le maire de Essen, Thomas Kufen, est le représentant des actionnaires et il est même payé par RWE chaque année 20 000 euros pour représenter les actionnaires. Il y a par exemple le ministre de l’Intérieur, Herbert Reul, qui, lui, utilise l’appareil de répression d’État pour évacuer les activistes. J’ai identifié comme ça une dizaine de personnes, qui sont au cœur de l’industrie fossile et de la destruction des villages.
J’ai fait une série de portraits avec une petite machine qui dessine sur du papier et j’ai utilisé de l’encre à base de charbon. C’est un peu comme ça, projet expérimental de dessin au charbon, des visages qui, pour moi, représentent la répression sur les activistes et aussi le fonctionnement, le cœur de l’industrie fossile dans cette région, ici. La manifestation de samedi, bien que pacifique, a été violemment réprimée par la police.
Et comme souvent, chaque camp accuse l’autre d’avoir commencé. Les “street-medics” ont annoncé plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine de blessés du côté des manifestants, dont certains gravement. La police a, quant à elle, affirmé que près de soixante-dix agents ont été blessés et que des poursuites judiciaires ont été lancées.
Douze manifestants ont été arrêtés ou placés en garde à vue. Au milieu de tout cela, une scène a beaucoup fait rire sur les réseaux sociaux, la nature s’est retournée contre les policiers en les empêchant d’avancer, illustrant à merveille le slogan de certains zadistes. “Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend.” Dimanche soir, il ne restait plus que deux militants dans un souterrain de la mine sous le village.
Ils ont par la suite été évacués pour mieux finaliser la destruction du village dès le lendemain. Comme une vingtaine de hameaux engloutis avant lui par l'appétit insatiable de RWE, Lutzerath a finalement été rasé. Goliath a encore gagné une manche… En accord avec le deal passé avec le gouvernement, RWE prévoit donc de continuer à exploiter du charbon jusqu’en 2030 ou même 2033.
Et c’est ce que les associations et collectifs présents sur place veulent empêcher. C’est pour cette raison qu’après des mois d’organisation à établir la meilleure stratégie, des activistes de nombreuses organisations se sont retrouvés mardi 17 janvier pour une nouvelle journée d’action après les manifestations du week-end. L’objectif est toujours le même : empêcher l’extraction du charbon qui se trouve sous le feu village de Lutzerath.
Pour vous donner un ordre de grandeur, si tout le charbon de son sol est brûlé, 280 millions de tonnes de CO2 seront émises, ce qui représente les deux tiers des émissions de la France pour l’année 2021. Plusieurs groupes très coordonnés ont pris pour cible divers endroits stratégiques afin de bloquer la production de charbon, et au final, d’électricité. Comme ça avait déjà été le cas par le passé, très tôt le matin, un groupe d’action a pris le contrôle et immobilisé une des immenses excavatrices, empêchant l’extraction de la matière première.
À quelques kilomètres de là, une autre équipe s’est installée sur les rails des trains qui transportent le lignite vers les centrales à charbon. Et pour finir, encore un peu plus loin, près des rares murs encore debout du village de Lutzerath, des activistes feignant une marche pacifique ont tenté de s’approcher par surprise de la mine de Garzweiler, avant d’être stoppés net, en un instant seulement, par le redoutable appareil policier allemand, présent en surnombre dans toute la région. C’est d’ailleurs à ce moment précis que Greta Thunberg, incognito dans le cortège, a été arrêtée par la police, donnant par la même occasion une visibilité internationale à l’action.
L’activiste suédoise s’était d’ailleurs déjà illustrée sur place deux ans auparavant. L’appareil de répression allemand est présent absolument partout dans la région. Que ce soit dans les plus petites ruelles des villages ou sur les petits chemins entre les champs, il est impossible de ne pas être marqué par la quantité de véhicules et de policiers.
Selon les sources, ils seraient entre 6 000 et 10 000 à être venus de toute l’Allemagne. Et si les images des activistes partant à l’assaut des machines colossales font le tour des réseaux sociaux, tous ne prennent pas part à des actions aussi impressionnantes. Certains militent autrement, comme Antje Gerlach, habitante de Holzweiler, un village qui a été sauvé de justesse de la destruction en 2016 grâce à un combat acharné.
Antje et les autres militants à qui j’ai parlé restent déterminés à continuer le combat pour que le sous-sol du village de Lutzerath ne soit pas exploité malgré sa destruction. Et ce combat se joue dans la rue et dans les ZAD autant que sur le terrain juridique et auprès de l’opinion publique. L’enjeu en réalité ici est celui de la transition énergétique de l’Allemagne et de l’influence des lobbies fossiles sur les gouvernements.
Aujourd’hui de nombreux pro nucléaires expliquent que les écolos opposés à l’atome sont coupables de la relance du charbon en Allemagne mais la réalité est toute autre. Ce que révèlent plusieurs enquêtes dont celles de Reporterre, c’est que ce sont justement les lobbies fossiles qui depuis plus de dix ans, ont usé de leur influence pour ralentir le développement des énergies renouvelables. Un développement porté en grande partie par des mouvements citoyens qui ont investi massivement dans la transition énergétique à partir des années 2000.
Mais les grands groupes n’étaient pas du tout fans de cet élan qui leur prenait des parts de marché. En 2010, sous leur influence, un décret passé en catimini a signé la fin de la croissance exponentielle du solaire et de l’éolien : les énergéticiens ont obtenu le droit de revendre en bourse l’électricité renouvelable, tout en bénéficiant de généreuses aides de l’État. Résultat : tandis que les bénéfices des gros énergéticiens explosaient, les consommateurs payaient le courant de plus en plus cher.
RWE et d’autres ont dès lors multiplié les campagnes de désinformation pour accuser les énergies renouvelables de cette explosion des prix. Les grands groupes ont commencé à vendre l'idée du "charbon propre" et d’une technologie censée réduire les émissions des centrales. Et c’est ainsi que de nouvelles centrales à charbon ont vu le jour en 2012, en 2015 puis en 2020 et que les subventions aux renouvelables ont progressivement baissé. “Sans ces manœuvres pour ralentir le rythme, on serait aujourd’hui à 80 % de renouvelables et on aurait bien moins de charbon et de gaz”, déplore l’experte Claudia Kemfert dans l’article.
L'Allemagne, pourtant pionnière dans les renouvelables depuis les années 1990, investit aujourd’hui deux fois moins dans ces énergies qu’en 2010. À l’heure où l’Allemagne est le plus gros pollueur d’Europe, la manière dont elle traite et traitera les questions énergétiques à l’avenir a une incidence sur chacun d’entre nous. Aujourd’hui, de nombreuses questions demeurent : L’Allemagne peut-elle vraiment sortir du charbon en 2030 ?
L'entreprise RWE va-t-elle respecter l’accord passé avec le gouvernement ? Que vont devenir les terrains occupés par les mines si celles-ci s'arrêtent bien en 2030 ? Une chose est sûre, ces deux mines, au-delà des émissions de CO2 et de la pollution de l’air qu’elles ont engendrées, laisseront derrière elles un paysage désolé et une nature vivante affolée.
Le combat de David contre Goliath continue ici comme partout ailleurs dans le monde où des projets fossiles menacent notre avenir… Mais la résistance s’organise et pour finir sur une note d’espoir, si vous vous souvenez bien de l’histoire, à la fin c’est David qui gagne. C’est la fin de cette vidéo, j’espère que ce format de décryptage/reportage vous a plu. Pour alerter et informer, prenez s’il vous plaît un moment pour partager cette vidéo autour de vous et sur vos réseaux sociaux.
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Jean-Pierre Bataille