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Podcast / conversationLe Monde (sur YouTube)· 14 septembre 2025 7 minFond programmatiqueÉconomie & entreprisesBudget & impôtsInstitutions & élections

Macron : comment la dette s’est creusée depuis son élection

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Fait
    « On a presque le double de la dette publique allemande, alors qu'on avait le même montant dans les années 2010. »
  • 4:00Chiffre
    « Je baisse les impôts des entreprises pour 10 milliards, les impôts de nos concitoyens pour 10 milliards et je fais 60 milliards d'économies. »
  • 5:00Chiffre
    « Le salaire d'un travailleur au SMIC augmentera de 100€ par mois dès 2019. »
  • 7:00Chiffre
    « On parle d'un déficit à 5,6% du PIB. »
  • 11:00Fait
    « La baisse d'impôts a plutôt bénéficié aux ménages les plus riches. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Sous la présidence d'Emmanuel Macron, la dette française a plus progressé que celle de l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie. On a presque le double de la dette publique allemande, alors qu'on avait le même montant dans les années 2010. Donc les choix budgétaires ont été très différents.

Xavier Ragot est économiste. Il a analysé l'évolution de la dette pour tenter de comprendre cet écart. Dans cette vidéo, il nous explique comment une succession de choix politiques ont fini par menacer durablement la santé économique de la France.

La hausse de la dette publique, économiquement, n'est pas un problème dramatique. Le problème de la dette publique et du déficit public français, c'est ce qu'il révèle. Ce que je propose, c'est de faire des économies pour pouvoir baisser les impôts des entreprises et des ménages.

Quand Emmanuel Macron arrive au pouvoir en 2017, les impôts sont relativement élevés par rapport à la période 2010. Donc la philosophie économique d'Emmanuel Macron était de faire baisser les impôts pour retrouver une moyenne européenne, stimuler la croissance, stimuler l'innovation. Je baisse les impôts des entreprises pour 10 milliards, les impôts de nos concitoyens pour 10 milliards et je fais 60 milliards d'économies.

Voilà le projet. 2017-2018 sont des années d'application de son programme, donc on voit des baisses d'impôts et des baisses relatives de dépenses, ce qui fait que le déficit dans ces 1ères années reste sous les 3%. Le déficit, c'est la différence entre les recettes et les dépenses.

Historiquement, l'État emprunte pour combler ce trou et c'est comme ça que s'est constituée la dette. En début de mandat, malgré les baisses, le déficit continue donc de creuser la dette, mais la richesse produite augmente également. Le rapport entre les 2 reste stable et jusqu'en 2019, la situation est sous contrôle.

Mais plus pour longtemps. On a tous un gilet jaune dans la bagnole. Foutez-le en évidence sur le tableau de bord toute la semaine.

L'année 2019 est l'année des Gilets jaunes. La cohérence budgétaire et fiscale du programme d'Emmanuel Macron est mise à mal. En 2019, le mouvement des Gilets jaunes s'oppose à la politique du gouvernement.

Il obtient notamment la suspension d'une taxe sur le carburant. Je suspends ces mesures fiscales. Certaines hausses d'impôts qui étaient prévues dans le programme pour équilibrer le budget, comme la taxe environnementale, sont supprimées.

Les recettes sont moindres. Par ailleurs, certaines dépenses apparaissent pour satisfaire des revendications sociales à l'époque. Les dépenses augmentent.

Le salaire d'un travailleur au SMIC augmentera de 100€ par mois dès 2019. Dès 2019, le président est contraint de revoir sa trajectoire budgétaire et d'autres événements vont lui compliquer la tâche. En Chine, un mystérieux virus est en train de se transformer en épidémie.

En 2020, la pandémie de Covid-19 bouleverse l'économie mondiale. Le gouvernement s'endette pour éviter un effondrement. Pour les économistes, cette hausse de la dette publique pour la gestion de crise, c'est plutôt de la bonne dette.

C'est de la dette qui stabilise l'économie et qui évite un effondrement du système. En 2022, de nouvelles crises apparaissent. L'invasion de l'Ukraine par la Russie augmente le prix de l'énergie partout en Europe.

Le gouvernement s'endette pour protéger les ménages. Cette gestion plutôt généreuse de la crise énergétique en France par rapport aux autres pays, a entraîné une hausse de la dette publique avec des outils d'aide qui ont duré plusieurs années. En 2024, les crises se calment enfin.

Les dépenses reviennent au niveau pré-Covid et en Europe, les gouvernements en profitent pour stabiliser ou réduire leurs dettes. Mais à la surprise générale, la France dérape. On est en situation de dérapage budgétaire total.

On parle d'un déficit à 5,6% du PIB. On voit un déficit qui se révèle dans l'année 2024, qui réveille beaucoup d'observateurs qui se rendent compte que ce déficit n'est pas conjoncturel, il est structurel. Après une hausse exceptionnelle, l'État a ramené les dépenses au niveau de 2017.

L'effet des crises est absorbé, mais sur la même période, les impôts ont baissé, la dette augmente, la croissance ne suit plus et le rapport entre les 2 est déséquilibré. Dans le détail, ces baisses d'impôts ont bénéficié aux entreprises pour augmenter l'attractivité de la France, mais elles ont surtout bénéficié aux ménages. Tous n'ont pas eu les mêmes avantages et l'impact de ce choix politique fait débat au sein des économistes.

La baisse d'impôts a plutôt bénéficié aux ménages les plus riches. On ne voit pas directement d'effet sur la croissance de la baisse de la fiscalité des ménages. Des entreprises, oui.

Ça aide les entreprises à investir, à embaucher, à augmenter les salaires. Mais sur les ménages, le débat est beaucoup plus ouvert. Ok, tentons de résumer.

En 2024, le déficit approche des 6% du PIB, la croissance ne suit plus et le poids de la dette augmente. Or, les taux d'intérêt sur cette dette augmentent également. Emprunter de l'argent pour la financer coûte de plus en plus cher.

Experts et politiques s'accordent sur la nécessité de rééquilibrer la situation, mais un nouvel événement complique la donne. J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale.

En juin 2024, Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale. Des élections sont organisées et le camp présidentiel perd sa majorité. La nouvelle Assemblée est composée de 3 blocs sans accord sur les mesures nécessaires.

La situation est bloquée. Certains veulent des baisses de dépenses, d'autres des hausses d'impôts et les 2 sont possibles. Le débat politique fait qu'on fait ni l'un ni l'autre.

Et cette paralysie politique aboutit à ce déficit public élevé, à une dette publique en croissance. Le problème, c'est l'absence de consensus sur le moyen, quel qu'il soit, pour réduire le déficit et stabiliser notre État providence. Le problème est essentiellement un problème politique avant d'être un problème économique.

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