Hommage aux victimes du 7octobre avec LFI ? "Cette polémique efface l'essentiel' : Jérôme Guedj
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h15, bonjour Jérôme Gage, merci d'être avec nous, vous êtes député socialiste de l'Essonne. Il y a une polémique qui ne cesse de monter, c'est la présence au nom de la France Insoumise à l'hommage des victimes du Hamas, l'attaque terroriste du 7 octobre. La France Insoumise a répété à travers la voix de sa patronne à l'Assemblée Nationale, de son patron, M. Bompard, nous nous rendrons à cet hommage, et ça malgré un courrier des familles des victimes qui ne veulent pas. Ce matin dans cette émission, un autre membre de familles des victimes réitère cette position, il dit nous ne souhaitons pas qu'ils viennent. Quel est votre point de vue ?
D'abord, ce qui m'embête, c'est que cette polémique efface l'essentiel. L'essentiel, c'est qu'il y a un hommage de la Nation aux 41 Français, nos compatriotes qui ont été tués lors du pogrom du 7 octobre. Et c'est ça l'important. C'était il y a 4 mois. Alors, je ne fais pas de procès d'intention, ça a tardé à voir le jour, et moi j'étais le premier à être satisfait quand le président de la République, lors de sa conférence de presse à la mi-janvier, a dit qu'il y aurait cet hommage.
Parce qu'il ne faut pas perdre de vue, parce qu'une actualité en chasse l'autre, une polémique vient prendre la place d'une autre, que c'est le plus grand attentat depuis celui de juillet 2016 sur la promenade des Anglais à Nice, qui, en termes de victimes du terrorisme, et du terrorisme islamiste, et du terrorisme islamiste que Hamas...
Vous voyez bien que les mots que vous utilisez, vous, sans difficulté, les membres de la France Insoumise ne les ont pas utilisés. Ce qui a marqué l'opinion, ce qui aujourd'hui reste un sujet.
Moi, j'ai été heurté par les expressions de tel ou tel à ce moment-là. Donc, je comprends que d'aucuns puissent exprimer leurs émotions aussi. Mais, encore une fois, je ne veux pas, moi, alimenter cette polémique.
Non, mais ils font partie, pour certains d'entre eux, M. Gage, de vos alliés politiques, encore. La France Insoumise fait partie de gens avec lesquels vous travaillez.
Oui, sauf que c'est sur ce point que je fais partie de ceux qui ont exprimé le problème que ça posait au regard de la réaction après le 7 octobre. Donc, moi, je vais dire les choses positivement. si leur présence à l'occasion de cet hommage national est une manière de reconnaître que le Hamas est un mouvement terroriste et pas un mouvement de résistance, que nous sommes tous en solidarité avec nos compatriotes qui ont perdu des proches, que nous pensons aux trois otages français qui continuent à être détenus. Et moi, je veux les mentionner. c'est Ofer Calderon, c'est Orad Yalomi, c'est Orion Hernandez Radu. Nous avons trois de nos compatriotes qui sont encore en otage.
Et le fait d'être otage, c'est la poursuite du pogrom du 7 octobre.
Est-ce qu'il faut qu'ils mettent des mots sur les actes ? Est-ce que la présence suffira, selon vous, ou est-ce qu'ils doivent dire quelque chose de clair ?
Mais, vous savez, il y a eu ces actes terribles du 7 octobre. Il y a eu une guerre terrible, aujourd'hui. Et je suis le premier à dire que ça suffit, qu'il y a trop de victimes civiles palestiniennes, aujourd'hui.
Est-ce que les gens d'Aléfi doivent mettre des mots en plus de la présence ?
Dès le 8 octobre, j'ai dit que les mots n'étaient pas au rendez-vous et que c'était très problématique. Et que depuis, ces mots ne sont toujours pas venus et que ça demeure problématique. Si à l'occasion du 7 février, c'est une manière, dans un moment de concorde national, de dire qu'on peut à la fois condamner le Hamas comme mouvement terroriste, être solidaire, et dans le même temps dire qu'il faut que cette guerre cesse, que les victimes civiles palestiniennes ne soient plus dans ce nombre délirant, que la politique de l'extrême droite israélienne est problématique.
Moi, je peux partager un certain nombre d'observations, mais le fait, au début, de ne pas avoir eu cette empathie, cette compassion, cette humanité en partage, a forcément mille doutes. Mais vous voyez, déjà, on a passé trop de temps.
Non, je pense que c'est important. Et je voudrais y revenir aussi, parce que les actes antisémites ont explosé en France depuis le 7 octobre. Vous avez vous-même été victime d'agressions antisémites et de lettres ?
J'ai reçu des courriers antisémites que vous avez publiés. Ce qui n'est pas habituel et que j'ai souhaité, en effet, rendre public pour montrer qu'un parlementaire doit donner l'exemple et de dire que quand on est victime d'antisémites, il faut le dire.
Pourquoi, selon vous, ces actes, ces fois 4 ? Est-ce qu'il y a une forme de décomplexion ? Est-ce qu'aujourd'hui, on n'est plus...
C'est affreusement terrible, ce que je vais dire, mais banal. Après chaque acte antisémite violent dans le monde, il y a une libération de la parole antisémite.
Est-ce que les politiques, justement, n'ont pas un rôle important dans ce cadre-là ?
Après l'attentat de l'école Osara-Torah en mars 2012, il y a eu une explosion d'expressions antisémites. Après l'hyper-cacher en 2015, il y a eu une explosion d'actes antisémites. Et oui, après des actes qui sont évidemment de nature antisémite, parce que les pogroms du 7 octobre sont dans cette volonté d'éradication des juifs en Israël et à travers ça d'Israël lui-même ou elle-même. Donc oui, il y a une sorte de mimétisme dans la violence et d'amplification de cette violence. D'où l'importance de le signaler, d'en parler et de ne pas se résigner. Deux sujets sur lesquels je souhaitais vous entendre ce matin.
Vous avez suivi la votation, peut-être nos discussions à quelques instants sur les SUV dans les grandes villes françaises. Est-ce qu'il y a de l'ironie ? Est-ce qu'il y a de la politique ? Ou est-ce que c'est une mesure que vous appuyez ?
Non mais moi j'appuie évidemment toutes les mesures qui nous amènent dans cette fameuse transition écologique. Tout le monde applaudit la transition écologique, mais quand il faut prendre des actes, la transition elle est coûteuse, elle est douloureuse. Vous rappeliez la fermeture des voies sur berge, tout le monde avait crié contre Anne Hidalgo en disant c'est un scandale, aujourd'hui c'est un fait. Et que vous allez vous promener en semaine ou le week-end sur ces voies sur berge, vous avez piétonnisé et fait un espace agréable et bienveillant.
Si j'achète un véhicule électrique de plus de 2 tonnes, je peux demander des subventions à l'État, à la région, mais je ne peux pas le garer à Paris sans payer plus.
Dans toute transition il y a des contradictions. Je ne vais pas vous dire le contraire. On l'a vu sur les questions agricoles aussi. Ce qu'il faut assumer c'est qu'une transition, et celle-là elle est cruciale, elle est absolument indispensable sur la survie de l'humanité, la préservation de notre qualité de vie, il y a des gagnants et des perdants. Mais à la fin il ne peut y avoir que des gagnants, c'est nous-mêmes. Et donc l'enjeu des pouvoirs publics c'est de mettre en cohérence les mesures d'accompagnement. Il faut être ferme par moment, interdire parce que l'incitation ne suffit pas. et simplement proposer des solutions d'accompagnement, de transition dans la période.
C'est le tuilage qui est problématique. Les habitudes commencent à changer fort heureusement. Mais il y a une chose qui reste, vous l'avez rappelé tout à l'heure, 48 000 morts par an de la pollution atmosphérique. On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas.
Vous êtes un des élus les plus engagés, il faut le dire, les plus documentés sur les questions du grand âge. Oui. J'ai beaucoup travaillé là-dessus. J'ai essayé en tous les cas. Catherine Votra s'est engagée à son tour à ce qu'une loi sur le sujet soit votée avant la fin de l'année. Écoutez, on ne comprend plus rien. Alors, c'est l'action que j'ai de vous poser.
Mais on ne comprend plus rien, il nous balade. Moi, j'ai été frustré, mardi dernier, que dans son discours de politique générale, Gabriel Attal, au moment où il présente le calendrier parlementaire, il présente plein de mesures de durcissement sur les chômeurs, sur le droit du travail, etc. Mais un engagement de sa prédécesseur, Elisabeth Borne, à la tribune de l'Assemblée nationale, qui dit qu'il y aura une loi présentée avant juillet 2024 et votée avant décembre 2024, parce que des parlementaires, j'en ai fait partie, et de manière transpartisane, nous sommes des parlementaires de toute sensibilité qui disent maintenant, ça suffit.
Les difficultés dans les EHPAD, les services à domicile, le reste à charge pour les familles, l'isolement des personnes âgées, c'est Emmanuel Macron lui-même qui avait promis une loi à grand âge pour fin 2019. On ne veut pas être vieux en France, c'est ça le problème ? Les vieux méritent mieux en tous les cas que cette invisibilisation et surtout ce refus d'appréhender une transition essentielle, cette révolution de la longévité, qui fait qu'on doit accompagner les personnes âgées fragiles, comme celles qui sont en situation de perte d'autonomie, ça nécessite un nouveau regard, ça nécessite des moyens, il faut assumer.
Même la Cour des comptes, ce n'est pas un repère de gauchistes, la Cour des comptes dit qu'il faut augmenter la dépense publique pour accompagner le grand âge de manière satisfaisante, pour que les professionnels dans les EHPAD aujourd'hui ne soient plus à faire des toilettes en 7 ou 8 minutes alors qu'à l'école d'aide-soignante, ils apprennent à les faire en 30 minutes. On est maltraitant de manière systémique dans l'accompagnement des personnes âgées pour que les salariés des services à domicile ne soient pas dans la situation d'être tarifés à l'heure, c'est moyenâgeux. Bon bref, il faut complètement changer le modèle.
Et là aussi, vous voyez, c'est une transition, la transition démographique qui suppose de prendre des décisions courageuses. Et là, le gouvernement, il est encore dans le refus d'obstacles.
Un tout dernier mot, s'il vous plaît, au sujet de la loi sur la fin de vie. Les différents responsables religieux se sont exprimés la semaine dernière pour dire la loi Clès-Leonetti, telle qu'elle existe, elle est très bien. Il faut juste une petite amélioration sur les soins palliatifs. Pour dire les choses clairement, est-ce que vous vous appelez de vos voeux une loi claire sur l'euthanasie, là où beaucoup de nos concitoyens désormais vont à l'étranger pour faire des choix ?
Mais évidemment, vous voyez la situation dans laquelle ça nous mène. Je suis pour une loi où on parle de la mort. Donc, oui, il faut renforcer les soins palliatifs parce qu'ils ne sont pas satisfaisants dans notre pays. Il y a des inégalités territoriales avec plein de départements où il n'y a pas, près de 21 ou 22 départements d'unités de soins palliatifs. Il n'y a pas d'unités mobiles de soins palliatifs dans les EHPAD, notamment, où il y a quand même 150 000 personnes qui décèdent chaque année. Et oui, il faut aussi une loi qui traite de ce qu'on appelle l'aide active à mourir. Et là, j'attends de voir les propositions que le gouvernement va nous faire.
Moi, je suis favorable à l'aide active à mourir dans un cadre qui soit posé. Le débat doit avoir lieu au Parlement. Que les responsables religieux fassent part de leur position. Très bien. Merci beaucoup. Je suis laïc. Nous sommes en République. C'est les parlementaires qui décideront à la fin.
Merci beaucoup, Jean-Honger. J'aurais été avec nous ce matin.
Jérôme Guedj