Patrick Buisson : "En matière de terrorisme d'État, la Terreur, c'est nous qui l'avons inventée"
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Pourquoi donc revenir aujourd'hui, Patrick Buisson, sur ce moment de la Révolution française ?
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Pourquoi parlez-vous du terrorisme d'État pour revenir sur ce qui s'est passé en Vendée ?
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Mais Patrick Buisson, quel rapport entre la terreur et le terrorisme d'aujourd'hui ?
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L'universalisme républicain, Patrick Buisson, est une idéologie totalitaire.
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Mais vous jonglez bizarrement, Patrick Buisson, avec les dates et les concepts.
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« Moi, je crois que l'histoire enseigne la vie, qu'elle nous apporte des éléments de réflexion à condition, évidemment, de ne pas vouloir transposer nos problématiques actuelles au passé, ce qui est une tendance assez récurrente. »
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« Faute de pouvoir imposer sa légitimité, elle va recourir à un projet d'extermination. »
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« Le premier génocide idéologique de l'histoire a lieu à ce moment-là. »
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« Terrorisme d'État. »
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« En matière de terrorisme d'État, la terreur, cet épisode terrible qui va faire plus de morts en l'espace de dix mois que l'ensemble des jacqueries et des révoltes sociales sous l'Ancien Régime, c'est nous qui l'avons inventé. »
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« Si on prend la jurisprudence du tribunal international sur Rwanda ou sur l'ex-Yougoslavie, les Vendéans ont été massacrés en tant que tels. »
- 4:43Invité politiqueFait
« Là, la matrice de toutes les idéologies totalitaires. D'une certaine manière, l'islamisme est une idéologie totalitaire qui reprend ses méthodes. »
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« Écraser la Vendée, comme quoi ? Comme étant une race, une engence qu'il faut éradiquer. »
- 7:51Invité politiqueFait
« Ce sont des porcs, il faut les égorger. »
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« Et quand je dis que c'est la matrice de tous les États totalitaires, c'est bien de là dont sont sortis les totalitarismes. »
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« Cette période d'un an où effectivement la Convention et le Comité de Salut Public donnent l'ordre de massacrer les Vendéens, y compris les femmes, le sillon générateur et les enfants pour qu'ils ne se reproduisent pas. »
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L'invité de France Inter jusqu'à 9h et politologue, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, il publie chez Perrin la grande histoire des guerres de Vendée avec une préface de Philippe de Villiers. Patrick Buisson, bonjour. Bonjour. Pourquoi donc revenir aujourd'hui, Patrick Buisson, sur ce moment de la Révolution française ? La guerre civile entre républicains et royalistes, de 1793 à 1796. L'échouant, la Vendée militaire, alors que vous le dites vous-même, l'histoire a déjà donné toute sa place à l'événement.
Moi, je crois que l'histoire enseigne la vie, qu'elle nous apporte des éléments de réflexion à condition, évidemment, de ne pas vouloir transposer nos problématiques actuelles au passé, ce qui est une tendance assez récurrente. Non, là, vous voyez, ce qui m'intéresse, c'est l'actualité de la période révolutionnaire. Il n'y a pas que moi à ressentir Jean-Luc Mélenchon, par exemple, on a beaucoup parlé cet été. Pour la première fois, la question de la légitimité est revenue dans le débat public. Depuis 1958, on n'en parlait pas. Nous, nous étonnons, surprenons, analysons dans tous les sens la fracturation de la société française. Elle existe à partir de 92, 93.
1700.
Oui, 1700. Nous sommes devant un pouvoir qui n'arrive pas à imposer sa légitimité, une société totalement fracturée. La révolution est portée par la bourgeoisie bénéficiaire de la vente des biens nationaux. Elle se trouve face à une paysaderie qu'elle considère comme obscurantiste, ensauvagée, on va dire la France périphérique. Eh bien, qu'est-ce qu'elle fait ? Faute de pouvoir imposer sa légitimité, elle va recourir à un projet d'extermination. Le premier génocide idéologique de l'histoire a lieu à ce moment-là. Et nous sommes dans un contexte où le vivre ensemble n'est plus possible. La révolution est portée, c'est la première révolution, elle est portée par la bourgeoisie.
Il ne faut jamais l'oublier. Regardez, dans la nuit du 9 au 10 août 1792, la commune insurrectuelle de Paris est mise en place. On pourrait se dire la commune insurrectuelle de Paris, c'est le peuple de Paris. 288 commissaires, deux ouvriers. Voyez, il y a des analogies. Nous devons nous garder de les transposer parce que les mentalités ne sont pas les mêmes. Mais ce problème de l'atomisation de la société française, sa fracturation. Furet dit que la révolution fut un schisme religieux. La révolution fut une explosion religieux.
Un religieux non-chrétien, anti-chrétien, mais la volonté de substituer un sacré nouveau au catholicisme, à la foi traditionnelle, qui était la religion des français jusqu'en 89.
En lisant ce livre d'histoire, je me disais à chaque page, Patrick Buisson est écrit sur la France d'aujourd'hui. Quand on vous entend, c'est tout à fait clair. Pourquoi parlez-vous du terrorisme d'État pour revenir sur ce qui s'est passé en Vendée ? Vous connaissez le sens des mots. Vous savez qu'il résonne aujourd'hui différemment.
Terrorisme d'État. Oui, terrorisme d'État. Vous voyez, moi j'ai été absolument sidéré, mais on est là dans l'ignorance abyssale de l'histoire, de ce qu'a pu dire François Hollande au moment où un prêtre, vous vous en souvenez, a été égorgé au cours de l'été 2016 en Normandie, en disant que quand on s'en prend à un prêtre, on s'en prend à la révolution. Et c'est la révolution qui a voté la constitution civile du clergé, la révolution qui a ordonné la déportation des prêtres, qui les a massacrés, guillotinés.
Donc, en matière de terrorisme d'État, la terreur, cet épisode terrible qui va faire plus de morts en l'espace de dix mois que l'ensemble des jacqueries et des révoltes sociales sous l'Ancien Régime, c'est nous qui l'avons inventé. C'est nous qui l'avons porté avec les colonnes infernales, le projet d'examination de la Vendée, les massacres de Carrier à Nantes. Nous avons inventé tout cela.
Enfin, le monde a changé depuis, non ?
Nous sommes, oui, mais la matrice des guerres civiles ne change pas.
La France a inventé le terrorisme.
Oui, le terrorisme d'État, oui, bien sûr. Oui, les tribunaux révolutionnaires, il n'y a aucun doute là-dessus. Il n'y a plus un historien pour en douter. D'ailleurs, vous savez, il y a un ouvrage très intéressant qui est paru sur cette question, l'ouvrage de Jacques Villemin, qui montre, en confrontant ce qui est historiquement établi, les ordres de la Convention, du Comité de Salut Public, et ce qui a été pénalement condamné par les tribunaux ad hoc, depuis qu'on a défini la notion de génocide. Eh bien, c'est exactement ce qui s'est passé en Vendée. Si on prend la jurisprudence du tribunal international sur Rwanda ou sur l'ex-Yougoslavie, les Vendéans ont été massacrés en tant que tels.
Mais Patrick Buisson, quel rapport entre la terreur et le terrorisme d'aujourd'hui ?
Quel rapport ? Ben si, il y a un rapport évident. Dans la mesure où c'est en France, malheureusement, mais c'est comme ça. On n'écoute pas de ce dont on est victime. Mais si, il y a un rapport évident. Dans la mesure où, si vous voulez, ce fut, d'ailleurs Lénine s'y réfère constamment, là, la matrice de toutes les idéologies totalitaires. D'une certaine manière, l'islamisme est une idéologie totalitaire qui reprend ses méthodes, qui sont celles de toutes les inquisitions et de tous les fanatismes. Et notre démocratie est née dans ce contexte-là. Il ne faut pas l'oublier. Et le rapport, moi, me paraît aujourd'hui évident.
Et je veux dire, on n'a pas attendu 2016 pour qu'on égorge les prêtres en France.
L'universalisme républicain, Patrick Buisson, est une idéologie totalitaire.
Ah, je ne parle pas de l'universalisme républicain. Qu'est-ce qu'on entend d'ailleurs ? Non, parce qu'on ne comprend pas ce que vous comparez. Vous dites la terreur, le terrorisme. Moi, je comprends très bien. Oui, non, mais expliquez-nous.
Il n'est pas complètement débile non plus, on aimerait comprendre.
Voilà, écoutez, vous employez le mot républicain comme beaucoup aujourd'hui, c'est-à-dire c'est un mot abîme. C'est un mot qui permet d'évacuer l'idée de nation. On dit ceci, la citoyenneté de la nationalité. Vous en faites un mot valise dans lequel on met des principes universels. La République, elle est née d'une chose. Elle est portée par une chose en 92 et 93, la nation. D'ailleurs, ils se définissent comme des patriotes. C'est l'élément essentiel. Aujourd'hui, cette dimension du républicanisme est totalement évacuée. Peut-être par tout le monde. Mélenchon a essayé de la réintroduire dans la campagne des élections présidentielles.
Pour vous, le républicanisme, ça ne renvoie qu'à des principes abstraits. Mais pour les révolutionnaires de 92, c'était la nation. Les deux étaient indissociables. Et aujourd'hui, on parle de république, quand on veut évacuer la notion de nation et faire de la France une communauté sans lien communautaire, une nation qui serait en somme la nation de la sortie des nations. C'est-à-dire qu'elle ne se distinguerait plus par rien, ni son patrimoine, ni son histoire.
Mais vous jonglez bizarrement, Patrick Buisson, avec les dates et les concepts. Pour décrire un massacre en Vendée, vous avez ce raccourci. Vous dites, c'est Oradour en Vendée. Comme si les républicains de l'époque étaient comparables aux soldats de la division d'Astreich. Est-ce que là, vous n'êtes pas ailleurs ? Je le dis poliment.
Cher monsieur, vous le dites poliment, mais vous auriez pu lire mon livre, puisque jamais, à aucun moment, je n'emploie cette expression.
Alors, on y va, on y va, c'est page 202.
Mais pas dans l'épilogue, en tout cas.
Non, non, mais on y va, c'est page 202, donc je vais vous le lire tout de suite. Oradour en Vendée, excusez-moi, je vais parler devant le micro, je cherche la page 202. C'est sur le massacre des Luxe-sur-Boulogne. Oradour en Vendée, deuxième paragraphe, trois derniers mots. Oradour en Vendée.
Oui, c'est une figure de style qu'emploient les Vendéens pour parler de ce massacre. Les colonnes infinales... C'est totalement délire. Mais pas du tout, les colonnes infinales n'avaient rien à envier à la division d'Astrèche. Elles utilisent les mêmes procédés, la même rhétorique. Les Vendéens sont combattus et massacrés. C'est le discours de Barère à la Convention. Écraser la Vendée, comme quoi ? Comme étant une race, une engence qu'il faut éradiquer. La comparaison avec les animaux, exactement comme vous pouvez le faire les nazis, on déshumanise l'adversaire. Ce sont des porcs, il faut les égorger. Là, c'est pas balance ton porc, c'est égorge ton porc.
Il y a des centaines de mandements de la Convention et des lettres aux généraux des colonnes infernales qui donnent cet ordre-là. Exactement. Et quand je dis que c'est la matrice de tous les États totalitaires, c'est bien de là dont sont sortis les totalitarismes. A la fois le bolchevisme et le nazisme font référence à la Révolution française.
Les moments fondateurs de ce qui deviendra la République, c'est l'une des matrices du nazisme.
Si vous considérez que la terreur est le moment fondateur de la République, je vous laisse cette responsabilité. Il y a évidemment deux temps dans la Révolution. Cette période d'un an où effectivement la Convention et le Comité de Salut Public donnent l'ordre de massacrer les Vendéens, y compris les femmes, le sillon générateur et les enfants pour qu'ils ne se reproduisent pas, c'est évidemment des méthodes que romperont les États totalitaires à siècle et demi plus tard.
Bon, on a énormément de sujets à discuter. On se retrouve après la revue de presse.