Le port du voile en France : un sujet toujours sensible
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Alors, ce qui est tout à fait frappant dans les archives qui viennent d'être d'être présenté, c'est que droite et gauche peuvent se retrouver sur cette question du voile. C'est un simple morceau de tissu. Pourtant, il déchire l'opinion publique et soulève des débats particulièrement violents.
Le port du voile en France est un sujet particulièrement sensible. C'est aussi un argument électoral hein au point de s'inviter ces dernières semaines dans les mots de plusieurs responsables politiques. Écoutez la liberté Marianne et là le sa nu.
Elle n'est pas voilée parce qu'elle est libre. Vive le sport et donc abas le voile bien sûr. Gabriel Atal propose lui d'interdire le voile au moins de 15 ans.
Ludivine Jérémie bonjour et bonjour à vous. Philippe Portier, politologue, sociologue, spécialiste de la laïité et co-auteur de cet ouvrage La religion dans les dans la France contemporaine. Alors, est-ce qu'il y a une obsession française sur cette question du voile ?
Manifestement, oui, historiquement, on voit bien que depuis la Révolution française et peut-être même avant depuis la Révolution française, nous nous sommes volontiers fixés sur la question du vêtement religieux avec cette idée que un vêtement trop ostens pouvait remettre en cause la communauté nationale. De ce point de vue, c'est quelque chose qui est très récurrent dans l'histoire jusqu'à aujourd'hui avec des périodes que nous pourrions tout à fait repérer, en particulier la révolution, la colonisation et puis depuis 1989 comme vous savez, on va pas remonter jusqu'à la Révolution française parce qu'on a pas les images hein, mais le débat sur le port du voile, vous l'expliquez, ne date pas d'hier. Voilà, plusieurs décennies qu'il a fait irruption dans le débat public.
Ludiv, vous vous allez prendre un point de départ 1989. Oui, avec une affaire de voile qui a embrasé le débat public en France. Voilà.
Et depuis des lois sur le port du voile, il y en a eu quelques-unes. Jérémes, certaines appliquées, d'autres un peu moins. On va faire le point tous ensemble.
Et c'est l'inattendu sur le canal 16. Et bien sûr, comme chaque semaine, vous êtes les bienvenus. [Musique] Le port du voile agite de façon régulière à la classe politique.
Une obsession française qui dépasse l'éclivage gauche droite habituelle comme nous l'explique Géraldine Cornélavo. Pour moi, le voile ne sera jamais une marque de la liberté parce que c'est un vrai marqueur de la soumission. Voile symbole de soumission.
Ce n'est pas le premier à avancer cet argument. Ivette Roud, socialiste, ancienne ministre des droits de la femme avait le même discours en 1989. Il y a quand même le principe de la soumission de la femme qui est inscrit dans ce port de voile.
Au centre droit, Jean-Michel Blanquer avançait lui aussi l'égalité homme-femme en 2019. Le voile n'est pas souhaitable. Oui, je pense que c'est pas de c'est pas souhaitable et c'est mon ma vision de l'émancipation de de la fin.
À l'extrême droite, derrière ce discours pointe même la défense de l'identité nationale. Je pense vraiment que la question du voile, c'est aussi la question de la position de la femme qui n'a pas lieu d'être en France où on est plutôt à la patrie de Brigitte Bardau. Vous voyez, d'autres politiques s'opposent au port du voile en avançant le principe de laïcité comme Jack Lang en 2003.
Il est interdit à l'école d'arborer son appartenance politique, religieuse. Ni qui pas, ni croix, ni foulard. Point final.
Un autre argument avancé en majorité par l'extrême droite, le voile serait un symbole politique. C'est un uniforme islamiste. Et c'est au titre de l'uniforme islamiste que je j'interdirais le voile dans l'espace public.
Le voile est un étendard politique et un étendard religieux. Dans l'islam, c'est la même chose, la religion et la politique. Voile comme symbole politique, cet argument a déjà été entendu.
C'était par Gisel Alimi, féministe en 1989. Le Chador, ça n'est pas seulement religieux, c'est politique. Nous nous y trompons guerre.
Soumission de la femme, affront à la laïcité, symbole politique, mêmes arguments, mais pas les mêmes raisonnements selon le courant politique. De quoi cristalliser un débat sans fin ? Voilà, un débat sans fin, c'est intéressant, on entend les mêmes arguments, mais ce ne sont pas tout à fait les mêmes raisonnements.
Peut-on dire sur ce sujet que Giselle Alimi et Erisemour étaient engagés dans le même combat ? Alors, ce qui est tout à fait frappant dans les archives qui viennent d'être d'être présenté, c'est que droite et gauche peuvent se retrouver sur cette question du voile et que donc ce qui existait auparavant, une division de la pas pour les mêmes raisons, on va le voir ou ce qui existait auparavant sur le le la scène politique française, la séparation entre droite et gauche sur ces questions de la régulation du religieux s'est vraiment brouillé au cours des 30 dernières années. On voit du côté de la droite des divisions.
On voit du côté de la gauche aussi les images qui nous ont été montrées, le signal. On voit également des divisions. Alors avec et c'était la question que vous posiez, le problème de savoir si on a affaire au même raisonnement.
Du côté de ceux qui veulent l'interdiction, il y a tout de même toujours les mêmes raisonnements et ce qui fait en effet une un croisement des intentions, un croisement des propositions, c'est le fait que d'une part, on estime que le voile enferme les individus dans une servitude qu'il n'auraiit pas choisie et puis que deuxièmement ce voile porte atteinte à la cohésion nationale. Et c'est la fameuse la fameuse euh thématique du communautarisme qui apparî derrière tout cela. On l'a vu dans le sujet l'extrême droite avance l'argument de la défense des femmes et de la laïcité.
Est-ce qu'ils sont sincères ? Le problème est de savoir comment on analyse la laïcité. Il est vrai que pendant très longtemps, je dirais jusqu'au début des années 2000, la question de la laïité n'apparaît pas du côté de ce qu'on appelle encore le Front National.
On défend plutôt les racines chrétiennes de la France attaché à une vision qui nous semble aujourd'hui totalement hors du temps. La thématique de l'État catholique qui était porté par le mouvement intégriste. À partir des années 2000, laïcité apparaît à l'extrême droite comme un thème extrêmement important. sincérité ou pas, il est là et il s'analyse essentiellement comme un processus d'éradication de la visibilité du religieux, du religieux islamique dans l'espace public.
Alors tiens, regardez justement, je vais vous montrer un chiffre d'après un sondage CSA pour public Sénat. 61 % des Français sont pour l'interdiction des signes religieux visibles dans l'espace public pour tout le monde. Pourquoi est-ce qu'en France ça pose problème ?
Alors, je dirais qu'en France euh le pose problème de manière sans cesse plus accentuée depuis une trentaine d'années. C'est particulièrement pour le voile, non ? Ou en tout cas pour les signes musulmans à priori, euh toujours pour les signes musulmans.
La question euh en effet posée ici renvoie au port des signes religieux visibles. Derrière cette affirmation, c'est évidemment les ports, le port des signes musulmans qui qui est visé. Alors euh vous auriez euh produit un sondage euh analogue pour les années 1990, on serait en gros à 20 point de moins.
D'accord. Euh peu à peu, l'opinion publique s'est durcit sur cette question. Qu'est- passe ?
Pourquoi ? Alors, pourquoi ? Il y a d'abord euh dans la société française, je l'expliquais ou je le disais tout à l'heure, une vaste une longue tradition d'inquiétude devant la visibilité des signes religieux.
C'était le cas d'ailleurs euh déjà au moment de la loi de 1905 dont nous allons cette année célébrer le 120e anniversaire. Et puis il y a un deuxième élément qui est plus important encore, c'est que la société française dans ses paysages religieux a évoluer depuis maintenant 50 ou 60 ans. Une population nouvelle s'est installée.
La population musulmane dans un premier temps de son installation, elle embrasse au fond les rituels, les mécanismes d'organisation de la société sécularisée. Puis à partir des années 1980, on voit une évolution avec l'affirmation d'une visibilité, une démonstration plus ostensible d'identité qui va choquer une partie des françaises. J'ai une autre question rapidement.
Est-ce que cette obsession des politiques finalement ne va pas nourrir une certaine islamophobie au sein de la société française ? Alors, ce que vous dites et me semble tout à fait tout à fait juste, c'estàd que on rejoint la la nécessité d'une analyse historique en la matière. Voyez, au début des années 90, la tolérance est encore très forte sur le terrain des signes religieux.
Et puis au fur et à mesure que les années passent, on s'aperçoit que cette tolérance, elle diminue beaucoup sur la question des signes religieux. Ce qui a beaucoup à voir aussi avec le rapport que nous avons avec l'ancienne France coloniale, mais on voit bien que au cours de ces dernières années, en effet la réticence vis-à-vis du voile c'est la violence même la violence même la violence vis-à-vis du voile c'est profondément profondément avec des femmes qui se vo Oui. qui se voi arracher leur voile dans la rue et puis avec des propos qui sont des propos de plus en plus agressifs vis-à-vis du voile, des propos qui ne s'attache pas simplement au voile mais aux conséquences supposées que le port du voile pourrait entraîner dans la population française.
Alors, je réponds immédiatement à votre question en disant il y a deux facteurs. Il y a à la fois probablement l'effet de discours politique qui configure l'opinion publique, mais il y a aussi, il faut pas l'ignorer totalement, l'idée que la société française a été traumatisée collectivement par toute une série d'attentats qui la mise en péril sur sa propre sécurité culturelle. Voilà des éléments qui probablement mis ensemble expliquent pourquoi depuis une trentaine d'années nous sommes dans cette perspective.
Alors sur la question du port du voile, une affaire a particulièrement marqué les esprits dans notre pays. Regardez [Musique] et lu divine cette affaire c'est l'affaire du foulard de cré. Oui, parce que c'est le point de départ de la discorde autour du port du voile en France.
Retour en 1989, années d'élection municipale. L'immigration est au cœur du débat politique. L'extrême droite progresse dans les urnes.
Alors dans ce contexte, ce fait d'hiver ne va pas passer inaperçu. En septembre, au collège Gabriel Aveille Avez de Cray dans Loise, deux sœurs, vous les voyez juste ici, Fatima et Leila, ainsi que leur ami Samira sont écartés de leur établissement par leur principal. La raison.
Les trois jeunes filles musulmanes refusent d'enlever leur foulard islamique dans l'enceinte de l'établissement. Les médias s'emparent rapidement de l'affaire dès le mois d'octobre. Fatima et Leila ont 14 et 13 ans.
Elles étudient le Coran chez elle au tableau noir depuis l'âge de 3 ans. Elles font leurs cinq prières par jour, mais leur but dans la vie c'est aussi de réussir à l'école. Moi je veux continuer mes études, je veux travailler.
Fatima et Leilla ne sont pas exclus du collège George Avez, mais l'accès leur en est refusé tant qu'elles porteront le foulard pendant les cours. Principe de laïcité oblige. Le problème n'est pas des croyances, le problème est de la manifestation extérieure de cette croyance dans l'enceinte des locaux scolaires et notamment en classe.
On l'a entendu le principal a pris sa décision au nom du principe de laïcité. Pour rappel, à l'époque, aucune loi n'encadre le port de signe religieux à l'école. Le bras de fer entre la direction et les familles des jeunes filles voilées est lancé.
Là encore he les journalistes sont aux premières loges, on le voit, regardez juste ici. Finalement, un compromis est trouvé. Et les collégiennes peuvent porter leur voile dans l'enceinte de l'établissement mais devront le retirer en cours.
L'affaire aurait pu s'arrêter là mais les jeunes filles persistent et retournent en cours avec leur voile. La direction du collège réclame l'intervention du ministre de l'éducation nationale. Voici sa réponse. s'ils se produisent comme se sont produits des cas de blocage, c'est-à-dire d'enfants qui vont à l'école notamment avec un foulard sur la tête, je préconise que les directeurs d'établissement et les enseignants disent à ces enfants et à leurs parents qu'ils ne doivent pas venir à l'école dans ces conditions.
Si il y a blocage et s'il y a refus, je dis alors l'école doit accepter et accueillir ses enfants. La décision d'accueillir ou non des filles voilées dans les établissements reviendront au directeur de ces mêmes établissements et au nom de ce même principe hein de laïcité. Lionel Jospin préconise la tolérance mais ne tranche pas.
L'ambiguïté enflamme la classe politique à droite comme à gauche. He des voix dénoncent clairement le laxisme du ministre de l'éducation nationale. Division aussi au sein même du PS, le parti de Lionel Jospin.
Certains députés sont contre le port du voile à l'école et ils le font savoir parfois avec ironie. Quand les socialistes affichent leurs différences, leurs divergences, ils ne passent pas inaperçus. De Hussar noir de la République à l'Assemblée si devant députés du Pu d'ome.
Pour eux, autoriser le port du voile à l'école, c'est faire de la discrimination, ni plus ni moins. Ja, il fera ce qu'il voudrain. Moi c'est ma position de vieil instituteur public.
Alors contre le voile à l'école, on l'a vu dans le sujet de Géraldine, il y a aussi la députée socialiste Ivette Roui. Mais là, au nom du droit des femmes, ces cinq intellectuel de gauche dont Elisabeth Badinter iront aussi dans ce sens dans une tribune, là vous la voyez juste ici publiée dans le nouvel observateur. Ils interpellent le ministre de l'éducation nationale.
Selon eux, le port du voile à l'école est contraire aux valeurs républicaines. Autre événement qui va aussi alimenter le débat à l'époque, cette manifestation à Paris en soutien au fill voilé de Crille. 800 personnes, majoritairement des hommes y participent, séparé des femmes.
Les adversaires du voile clairement dénoncent un défilé d'intégristes. Des associations musulmanes refusent même de participer au rassemblement. une responsable de la ligue arabe.
Expliquez pourquoi. À l'école, moi évidemment que je préférais que les les jeunes filles musulmanes ne portent pas le voile, qu'elles ne se différencie pas comme ça, qu'elle n'affiche pas une telle différence vis-à-vis de leurs camarades. Mais si le choix devait être entre l'instruction et le port du voile, je crois que même l'islam recommanderait l'instruction.
Alors pendant ce temps-là, la traque médiatique continue des collégiennes de Cré. La situation devient clairement incontrôlable. Lionel Jospin saisit le Conseil d'État pour trancher la question du port du voile en France.
Voici ses conclusions. Tant qu'elle ne constitue pas un acte de pression ou de prosélitisme, l'expression des convictions religieuses ne peut être interdite à l'école. Les choses changeront plus tard, on le verra avec toi Jérémy.
Alors pour les pour les experts Philippe Portier, l'affaire des foulards de Cray marque un acte fondateur d'un affrontement sur la laïcité à l'école et même plus largement dans la société française. Pourquoi à votre avis ? Alors, d'abord cette enfin cette affaire de Crayille, elle est préparée par la décennie précédente.
Vous avez dès le milieu des années 1980 un certain nombre de propositions de propos qui émergent sur la scène publique. Je pense en particulier au Figaro Magazine qui à l'époque est extrêmement puissant dans l'espace médiatique et qui prend position très clairement contre le port du voile. Je me souviens en particulier en 1985 d'une couverture du Figaro bagazine avec une Marianne voilée et ce sous-titre la France sera-t-elle encore elle-même dans 20 ans ?
Mais pourquoi cet événement là précisément cristallise autant les alors les choses précisément sont préparées auparavant. Euh cet événement apparaît en 1989 sur le fondement euh d'une d'un espace local CR qui est un espace très profondément divisé avec des luttes à l'intérieur de l'établissement, des euh dissensions à l'intérieur de la commune et puis une prise en en compte, une prise en charge très vite de l'affaire tout à la fois par des intellectuels et par la classe politique préparé par ce qui existait auparavant. Il y avait déjà des expressions de résistance à tout cela.
Alors, c'est un événement qui est apparaît comme un événement propice, un événement déclencheur et qui va constituer alors un front autour desquels vont se structurer des positions qu'on va voir ensuite perdurer jusqu'à l'époque immédiatement contemporaine avec d'un côté une laïcité qu'on peut dire une laïcité de contrôle, une laïcité universaliste pour reprendre l'expression des cinq intellectuels que vous citiziez tout à l'heure et qui interviennent dans le nouvel observateur avec un titre dans leur tribune tout à fait significatif, prof, ne capitulons pas. Et puis de l'autre côté, une autre vision de la laïcité qui est une laïcité d'ouverture, de reconnaissance qui consiste à dire que le propre de la laïcité, ça n'est pas de brimer la liberté des individus. Quand cette liberté respecte la liberté d'autrui, c'est au contraire de la permettre.
Alors, on voit bien deux idées là. laïcité universaliste qui s'oppose à une laïcité différentialiste. Alors, pour euh interdire le voile islamique, ben les politiques vont faire ce qu'ils savent faire de mieux, c'est-à-dire des lois. [Musique] Nous sommes le 18 février dernier.
Le Sénat dans une ambiance électrique adopte une proposition de loi porté par la droite républicaine pour interdire le port de signes religieux dont le voile dans les compétitions sportives professionnelles et amateurs. C'est tout le monde est concerné. Depuis plus de 30 ans, le voile est au cœur des lois ou de circulaire.
Tout a commencé en 1994. Jérémy. Oui.
Avec un premier texte officiel qui réglente le port du voile à l'école. C'est la circulaire de François Berou, alors ministre de l'éducation nationale. Alors, dans ces quelques lignes, tous les signes ostentatoires sont concernés, mais en réalité, c'est bien le foulard islamique qui est visé.
La circulaire appelle au dialogue. Elle demande de convaincre sans contraindre et puis elle précise que des signes religieux plus discrets pourront en revanche être tolérés. Alors, où commence la discrétion, ce point est laissé à l'appréciation des chefs d'établissement.
Et c'est là tout le flou de ce texte. Il y a des élèves avec le voile qui sont sanctionnés, d'autres non. et les inégalités se multiplient.
Et le débat, il va se durcir au début des années 2000 avec Antoine de Fond, les attentats islamistes du 11 septembre 2001 notamment et l'extrême droite qui arrive au second tour de la présidentielle en 2002. Et la question du voile à l'école, elle va revenir sur le le devant de la scène en 2003 avec le président Jacques Cherc. On ne peut pas accepter par exemple que l'affirmation d'appartenances ethniques ou religieuse soit érigée en acte politique.
Il y aurait là une dérive contraire à toutes nos traditions et dangereuse pour notre démocratie. Alors personne n'est dupe mais encore une fois c'est bien le foulard islamique qui est visé. Après des mois de débat le 15 mars 2004 loi qui interdit tout port de signes religieux ostentatoires à l'école publique est voté.
Maintenant, on part en 2009. 5 ans plus tard, on parle encore du voile, mais cette fois c'est le voile intégral qui est visé. La Burka, ce n'est pas un signe religieux, c'est un signe d'asservissement, c'est un signe d'abaissement.
Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupé de toute vie sociale, privé de toute identité. Ce n'est pas l'idée que la République française se fait de la dignité de la femme. 2 ans après, le 11 avril 2011, la loi interdit la dissimulation du visage dans l'espace public.
La Bourka, le Nicap sont des voiles intégraux et donc ils sont donc concernés et la France devient le premier pays européen à légiférer sur le sujet. Mais la loi est difficilement applicable selon les syndicats euh des commissaires de police. On est pris entre deux mauvaises solutions.
Intervenir auprès de la personne et le conflit sera pratiquement euh systématique à mon avis ou alors au recontraint ne pas intervenir ce qui est pour un policier impensable. Alors dernière restriction en date, c'était en 2016 avec la loi travail. Les entreprises privées notamment peuvent interdire le port du voile pour des raisons de sécurité ou d'hygiène.
Voilà. et Philippe Portier. Donc je voulais vous interroger là-dessus.
À chaque loi, chaque circulaire, c'est le voile qui est visé mais il n'est clairement jamais trop cité. Pourquoi selon vous il y a il y a pas une petite hypocrisie politique derrière ? Alors c'est compliqué du point de vue juridique de fixer euh de fixer la la discussion simplement autour du voile.
Ce serait remettre en cause le principe d'égalité qui est fondateur de notre ordre constitutionnel. Ce pourquoi on utilise en effet toujours cette expression contournée interdiction des signes religieux en envisageant les les choses de manière extrêmement globale de manière à intégrer l'ensemble des convictions religieuses de notre société. Ce qui n'est pas sans inquiéter d'ailleurs les autres formations religieuses qui considèrent que tout en visant le voile, le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme se trouve également dans le collimateur des pouvoirs publics.
Ce que ne souhaitent pas les pouvoirs publics, mais ce qui apparaît comme étant un effet du principe d'égalité propre à la législation et à la Constitution française. J'ajoute juste un mot, c'est que on a beaucoup discuté là des signes religieux en disant "Mais est-ce que c'est pas finalement une autre forme de laïcité ?" Moi, j'aurais tendance à dire c'est un dévoiement de la laïcité.
Ce qui caractérise la laïcité dans sa son épure, c'est le fait qu'elle ne compte que pour l'État et à l'intérieur de l'État pour les agents du service public. Ce que vous venez de dire à travers la succession des lois que vous avez cité, vous aurez vous auriez pu y ajouter la loi du 24 août 2021 qui est la loi contre le séparatisme. Elle lo doit visant à conforter le respect des principes de la République. c'est que progressivement des populations, les usagers du service public ou les citoyens ordinaires même qui n'ont strictement rien à voir avec le statut d'agent du service public se trouve assigné également à une invisibilité religieuse.
Ce qui est remettre en cause en somme les principes sur lesquels repose la loi de 1905 avec une sorte de paradoxe. La loi de 1905 apparaît comme étant le point nodal de la discussion en disant il faut la respecter, il faut la respecter et toute une série de lois sont intervenues depuis les années 2000 pour en remettre en cause les mécanismes fondateurs. Gabriel Atal, le secrétaire général de de Renaissance, lui il veut interdire le port du vol pour les moins de de 15 ans dans l'espace public.
Clairement, c'est un coup de com. C'est c'est pas possible de faire ça, non ? Alors, il y a une grande fragilité juridique de de ce point de vue.
Probablement le juge euh le juge constitutionnel en l'espèce puisque il veut mettre en place un dispositif législatif interviendrait en disant il y a tout de même un principe qui est un principe fondateur de notre propre droit constitutionnel, c'est la liberté de conscience qui s'exprime en en liberté d'affirmer de manière publique sa propre appartenance religieuse. Il y aurait là probablement une remise en cause à travers cette interdiction de ce principe constitutionnel. Alors, on pourrait imaginer que ce principe puisse être le principe voté par monsieur Atal éventuellement puisse être toléré au motif que ce type d'attitude remettrait en cause l'ordre public.
Mais euh avant que l'on détermine que tout cela mette en cause l'ordre public, il faudrait vraiment une analyse extrêmement circonstanta. C'était aussi une proposition faite par une ancienne candidate à la présidentielle. Alors on va continuer à parler port du voile et politique avec l'archive que vous avez choisi. [Musique] Voilà un voile plus que jamais au cœur des enjeux politiques.
Je vous propose d'écouter ce discours d'Emmanuel Macron. C'était en octobre 2020 au mureau dans les Yvelines. La laïcité c'est la neutralité de l'État et en aucun cas l'effacement des religions dans la société, dans l'espace public.
La laïcité c'est le ciment de la France unie. Et donc les républicains sincères ne doivent jamais céder à ceux qui au nom du principe de laïcité tentent de susciter des divisions, des confrontations à partir de multiples sujets qui bien souvent sont l'essentiel de nos discussions mais pas l'essentiel du problème. En la matière, nous avons des règles, il nous faut les faire respecter fermement et justement.
Philippe Portier, que souhaitez-vous que l'on entende dans ce discours d'Emanuel Macron ? ce qu'il a dit tout simplement euh c'est-à-dire euh d'une part euh et c'est tout à fait typique de la philosophie politique d'Emmanuel Macron, l'affirmation que la laïcité euh est d'abord un principe de liberté. Euh mais ce principe de liberté connaît un certain nombre de restrictions dès lors que l'ordre public se trouve mise en cause.
Cet ordre public ne se trouvant plus défini par Emmanuel Macron de la même manière qu'il l'était en 1905. Pour lui, l'ordre public, ça n'est pas simplement la sécurité, la tranquillité, la salubrité. C'est aussi le respect de ce qu'on appelle depuis maintenant une dizaine d'années les exigences minimales de la vie en société.
Ce qui renvoie à des principes qui relèvent pour beaucoup d'un certain ordre moral. Et merci à vous Philippe Portier d'être venu sur le plateau de l'inendu. Je rappelle le titre de votre ouvrage la religion dans la France contemporaine.
Merci Ludivine, merci Jérémie, merci à nous qui nous regardez chaque semaine désormais sur le canal 16. On se retrouve le weekend prochain. [Musique]
Alexandre Portier