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interviewBFMTV· 3 décembre 2024 20 min

Motion de censure, budget, Emmanuel Macron... L'interview d'Olivier Faure (PS) en intégalité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Olivier Faure

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.

0:08
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure.

0:13
Olivier Faure

Bonjour Apolline de Malherbe.

0:14
Présentateur

Vous êtes premier secrétaire du parti socialiste. On est à l'aube de quelques journées de crise historique avec cette censure déposée. Vous rêviez de faire tomber le Premier ministre. Finalement c'est Marine Le Pen qui le fait. Merci Marine. Vous êtes gonflé. Bah non. Vous auriez pu faire des pieds et des mains, vous n'y aurez pas réussi si elle ne venait pas à votre secours.

0:38
Olivier Faure

Non, non, non, écoutez, c'est tout à fait comme ça que ça se passe. En fait la réalité c'est quoi ? C'est que nous avons cherché pendant deux mois à négocier avec le Premier ministre. Nous avons cherché à faire des propositions, à lui dire qu'il y avait un autre chemin possible. Et le Premier ministre n'a tendu la main qu'à Marine Le Pen, la seule avec laquelle il est entré en dialogue, en discussion, au point même de l'assumer par voie de communiquer hier. Et finalement il n'a pas réussi. Mais la vérité c'est qu'il n'a jamais, quand je dis bien jamais, cherché à discuter avec nous. Quand il a reçu nos deux présidents de groupe la semaine dernière, que leur a-t-il dit ?

Il leur a dit « je suis prisonnier de mon socle commun et je ne peux donc rien vous concéder ».

1:17
Présentateur

Il a dit ça ? Il a dit le mot prisonnier ?

1:19
Olivier Faure

Il a dit ça. Il a dit ça ?

1:21
Présentateur

Il a reconnu être prisonnier ?

1:22
Olivier Faure

Oui, il a reconnu être prisonnier de son socle commun et donc de ne pas pouvoir faire le moindre geste en notre direction, alors même qu'il considérait qu'il y avait certainement parmi les projets que nous proposions, des choses qui pouvaient être reprises.

1:33
Présentateur

On va essayer de se projeter, Olivier Faure, il y a beaucoup de questions à voir avec vous sur le contenu de ces concessions, en particulier sur celles qu'il aurait pu ou que vous auriez espéré qu'il fasse envers vous. On va essayer de se projeter aussi sur l'après. Si censure, si gouvernement tombe, qui pour le remplacer ? Est-ce que vous proposerez une alternative ? S'il y a à nouveau des élections anticipées, qui incarnerait la gauche ? Toutes ces questions-là, mais d'abord ce qu'il se passe dans les toutes prochaines heures. Michel Barnier s'exprimera ce soir. Est-ce que vous en attendez encore quelque chose ? Est-ce qu'il est encore temps ?

2:05
Olivier Faure

Il est un peu tard, mais enfin, moi j'espère toujours que les Français vont enfin pouvoir être respectés. Et donc, quand je dis ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que j'espère qu'à un moment, le Premier ministre va se dire « Oui, j'ai commis des erreurs et j'aurais dû écouter. » Et il y a une coalition qui est arrivée en tête au mois de juillet. Et donc, je ne pouvais pas, moi, imposer un projet de budget qui sacrifie pour l'essentiel les Français. Puisque quand il parle de 40 milliards d'économies, ces milliards d'économies, c'est d'abord des économies sur qui ? Sur les Français eux-mêmes.

C'est le ticket modérateur, c'est les services publics, c'est toute une série de restrictions qui vont leur être imposées. C'est 4 000 enseignants en moins. Bref, c'est tout ça qui est en cause aujourd'hui. Et la raison pour laquelle nous censurons, ce n'est pas parce que nous n'aimons pas Michel Barnier. Moi, je n'ai aucun différent passif personnel avec Michel Barnier. Je ne le connais qu'à peine. Et donc, la réalité, c'est que nous voulons, nous, tenir satisfaction sur des sujets de fond. Et le sujet de fond, c'est d'abord le pouvoir d'achat des Français, leur santé et puis la transition écologique. Ce sont les 3 grands points sur lesquels nous devons avancer.

3:09
Présentateur

Si on est tout à fait honnête, Olivier Faure, alors certes, dans la manière, c'est en direction de Marine Le Pen et de manière tout à fait assumée. Vous évoquez ce communiqué, c'est important qu'on le redise pour tous ceux qui nous écoutent et qui nous regardent. Matignon, qui hier a, par voie de communiqué, donc écrit noir sur blanc, indiqué avoir fait un certain nombre de concessions après un échange téléphonique entre Michel Barnier et Marine Le Pen. Donc oui, c'est vers elle qu'il s'est tourné.

Mais sur le fond, la question de la taxe sur l'électricité, la question, en effet, du ticket modérateur et du déremboursement d'un certain nombre de médicaments, ces concessions qu'il a faites à Marine Le Pen, vous le souhaitiez aussi. Sur le fond, vous étiez d'accord.

3:53
Olivier Faure

Il y a des points sur lesquels, effectivement, dans les revendications...

3:56
Présentateur

C'est toute l'absurdité de cette situation, quand même.

3:59
Olivier Faure

La vraie difficulté, c'est que quand vous êtes... Et si on a toujours comme objectif...

4:03
Présentateur

Le déremboursement des médicaments, vous étiez contre. La hausse des taxes sur l'électricité, vous étiez contre. Bien sûr. Il l'a fait pour elle, mais il aurait pu le faire pour vous. Le résultat est le même.

4:11
Olivier Faure

Non, mais ce n'est pas du tout ce que je veux dire. Ce que je veux dire, c'est que derrière, il faut compenser. Dès lors que vous faites... Ou alors, on dit que cette question-là n'a plus aucun intérêt. Mais il faut bien qu'on puisse quand même regarder ce qui se passe. Nous avons des déficits qui sont gigantesques, une dette qui est astronomique. Et donc, moi, j'entends bien le fait que nous devons redresser les comptes publics. Mais pour les redresser, comment est-ce qu'on fait ? Il faut bien qu'à chaque fois qu'on dit « je ne prends pas telle ou telle mesure », Comment est-ce qu'on va compenser ?

4:36
Présentateur

C'est l'équilibre budgétaire dans son ensemble avec lequel vous n'étiez pas d'accord.

4:39
Olivier Faure

Et donc, l'équilibre, eh bien, il suppose non pas d'opérer par des taux de passe-passe. Et à chaque fois, quand on dit « électricité », « ok, je ne prends plus, mais je prends sur le gaz ». Écoutez, moi, je ne suis pas pour qu'on vienne dire aux gens qui se chauffent au gaz que c'est eux qui vont payer pour ceux qui ne paieront moins, qui paieront moins sur l'électricité.

5:00
Présentateur

Du côté du RN, il parle de bricolage. Est-ce qu'au fond, vous êtes assez d'accord avec ça ?

5:05
Olivier Faure

Mais je ne vais pas reprendre les termes du RN.

5:07
Présentateur

Vous allez voter ensemble à censure. Il y a bien des trucs qui vous réunissent quand même.

5:11
Olivier Faure

Mais ce que je dis, moi, c'est que le gouvernement avait d'autres possibilités. Et ce que nous avons proposé pendant tout le débat, c'est de dire, pour faire court et pour faire simple, il y a des gens qui ont la possibilité de payer. Et c'est à eux qu'il faut faire payer l'addition et non pas à l'ensemble des Françaises et des Français. C'est absurde de voir que le Premier ministre n'a fait de concessions qu'à Mme Le Pen et surtout à sa propre majorité très relative. Et quand il dit, c'était dans l'élan de la première intention, quand il dit, il faut faire payer aussi les grandes entreprises et les plus riches.

Et il avait dit, je vais abroger un certain nombre de dispositions d'allègements de cotisations patronales. Qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien, Gabriel Attal est monté sur sa chaise et a sauté comme un cabri. Et que s'est-il passé derrière ? Eh bien, il a allégé cette facture-là qui était celle des grandes entreprises. Aujourd'hui, que va-t-il se passer ? Cette facture-là, elle va être reportée sur les Français dans leur immense majorité.

6:07
Présentateur

Reste-t-il encore, Olivier Faure, un trou de souris, un espace pour qu'il arrive à vous convaincre ce soir et que vous ne votiez pas la censure demain ou jeudi ?

6:20
Olivier Faure

Nous avons écrit un courrier ce week-end avec les deux présidents de groupe, avec Boris Vallaud et Patrick Cannaire, dans lequel nous avons listé, à la fois sur le budget de la Sécu et sur le budget de l'État, ce qu'étaient nos grandes propositions avec à chaque fois les recettes et les dépenses.

6:38
Présentateur

Il faudrait qu'ils reprennent l'intégralité de la liste parce qu'une partie de vos revendications ont été acceptées. Alors, encore une fois, au nom du RN, mais sur la question par exemple du moindre déremboursement des médicaments, ça coche l'une de vos cases.

6:51
Olivier Faure

Je viens de vous dire que nous, à chaque fois, on compense, ce qui n'est pas le cas. Et moi, je ne veux pas que ce que l'on donne d'une main, on le reprenne de l'autre. Donc, je veux non pas être payé en poudre de parlimpinpin, mais je veux qu'on ait effectivement un vrai budget. Et nous avons donné tous les éléments.

7:05
Présentateur

Ce qui est quand même assez peu probable, soit censure.

7:09
Olivier Faure

Nous avons nous-mêmes fait beaucoup d'efforts. Nous avions demandé sur le PLFSS, donc sur le budget de la Sécurité sociale. Eh bien, nous avions au départ 17 milliards d'exigences. Nous sommes revenus à 8 milliards. Ça représente 1% du volume global du budget de la Sécu. Vous pensez qu'on en demande trop ? Non. Je pense qu'à un moment, on est là aussi pour défendre les Françaises et les Français. Et moi, je ne suis pas d'accord pour qu'on dise, par exemple, que le ticket modérateur. Donc, ce qui fait qu'aujourd'hui, on ne paye sa consultation que 2 euros quand on a une mutuelle et un médecin référent. Eh bien, ça ne passe pas à 21 euros pour ceux qui n'ont ni mutuelle ni médecin référent.

Pourquoi il ne vous a pas écouté ? Je pense qu'il y a un moment où il faut quand même qu'on dise les choses et que les Français soient entendus.

7:47
Présentateur

Pourquoi il ne vous a pas écouté ?

7:48
Olivier Faure

Je pense qu'il y a une forme de... On nous a dit qu'ils étaient dans le barrage à l'extrême droite. Non, je crois qu'il y a un barrage à la gauche et qu'ils ont tout fait depuis le début pour ne jamais être amenés, conduits, à ce que la gauche puisse faire ses propositions. Et je le regrette parce que la réalité de ce pays, c'est que sur les valeurs que nous portons, sur les principes et sur la façon dont nous voulons protéger les Français, nous sommes largement majoritaires.

8:13
Présentateur

Concrètement, c'est une motion de censure déposée par le nouveau Front populaire qui sera défendue par Éric Coquerel à l'Assemblée, d'ailleurs demain ou après-demain. Ça peut être à partir de 15h42 précisément, demain mercredi. Ce sera mercredi, jeudi, vous avez déjà une indication ?

8:28
Olivier Faure

C'est la conférence des présidents qui réunit tous les présidents du groupe ce matin et qui en décidera.

8:33
Présentateur

Cette motion de censure, je le disais, défendue par Éric Coquerel de la France insoumise, sera donc votée par Marine Le Pen. Il n'y a pas quand même quelque chose qui vous dérange là-dedans ?

8:42
Olivier Faure

Mais ça ne les dérangeait pas, les macronistes, quand ils ont, eux, voté avec Marine Le Pen contre le projet de budget que nous avions amendé ? Ça ne les a pas gênés. Moi, je ne suis... Enfin, les Français ont voté. Il y a 140 députés RN à l'Assemblée. Et en fonction de leurs humeurs, puisque c'est comme ça que ça se passe visiblement chez eux, ils votent pour ou contre. Moi, ce que je vois, c'est que jusqu'ici, le gouvernement Barnier n'existait que grâce à Marine Le Pen. Il va tomber à cause de Marine Le Pen. Si je vous pose la question,

9:12
Présentateur

Merci Marine.

9:13
Olivier Faure

Mais non pas merci, merci, merci Marine. C'est merci, Marine, de quoi ? Enfin, je rappelle quand même que si le président de la République a nommé Michel Barnier il y a quelques mois, c'était précisément parce que Marine Le Pen avait annoncé qu'elle ne le censurerait pas. Donc franchement, je ne vais quand même pas maintenant aller plaindre Michel Barnier, qui ne doit à son existence qu'à Marine Le Pen.

9:33
Présentateur

Vous avez quelqu'un à proposer ?

9:34
Olivier Faure

Mais on a des talents nombreux. Non mais je ne veux pas entrer dans le jeu-là.

9:39
Présentateur

Vous êtes reparti vers les talents, on est reparti pour deux mois de psychologue ? Absolument pas. Vous aviez lu Cicasté, c'est fini ça ?

9:45
Olivier Faure

Mais ce que je vous ai déjà dit la semaine dernière ou la semaine d'avant, je ne sais plus.

9:48
Présentateur

Je vous ai dit... En ce moment, chaque jour est une nouvelle étape de la vie politique.

9:53
Olivier Faure

Oui, mais moi je suis assez constant. Donc ce que je dis, c'est que c'est le chef de l'État qui nomme le Premier ministre. Je ne vais pas jouer avec lui, lui donner des noms. De toute façon, il fera ce qu'il voudra. Donc je lui dis simplement, nommer un Premier ministre ou une Première ministre de gauche, qui permettent d'appliquer, en fait, de venir au gouvernement et de faire en sorte de proposer au Parlement un projet qui est un projet de gauche, mais avec le souci permanent du compromis. C'est-à-dire, s'il fallait faire simple...

10:20
Présentateur

Si ça doit aller dans l'autre sens...

10:21
Olivier Faure

C'est le Front populaire au gouvernement et c'est le Front républicain à l'Assemblée. Et c'est ainsi que nous pouvons progresser.

10:26
Présentateur

Ça veut dire que vous estimez que c'est à lui de trouver la personne adéquate. Imaginons donc à l'inverse qu'il vous appelle, vous, les responsables de LFI, du Parti communiste et des écolos. D'ailleurs, si cette alliance existe encore, elle tient ? Ben oui. Oui, donc il vous appelle tous les quatre. Il vous dit, ben voilà, moi je vous propose Bernard Cazeneuve, par exemple, vous dites quoi ?

10:53
Olivier Faure

Ben, on dira exactement ce qu'on a toujours dit. On dira que nous, c'est en fonction de ce qui va être projeté, de ce qui va être proposé. Si Bernard Cazeneuve part avec le programme du Front populaire et le suggère au Parlement et fait tout pour faire en sorte que le maximum de ce que nous proposons soit adopté, il n'y a aucune raison de le refuser. Il n'est pas très enthousiaste comme réponse. Mais ce n'est pas une question d'enthousiasme. Je ne veux pas qu'on trompe les Français.

11:18
Présentateur

Mais la question maintenant, c'est comment on sort de cette crise ?

11:20
Olivier Faure

Mais bien sûr, mais je viens de vous dire les choses. Je pense qu'à un moment, il faut respecter le vote des Français. Et le vote des Français, c'est quoi ? C'est de dire qu'il y a une coalition qui est arrivée en tête, mais à laquelle on n'a pas donné de majorité absolue. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut choisir cette coalition pour qu'elle soit, elle, avec le pouvoir d'initiative, mais que derrière, il y ait un Parlement qui est respecté.

11:40
Présentateur

Et puis, s'il vous appelle et qu'il vous dit, écoutez, moi, je suis d'accord, finalement, Lucie Castel.

11:44
Olivier Faure

Il aura ma bénédiction, il n'y a pas de problème. Je ne suis pas en train de... Je ne suis pas venu ce matin vous dire, c'est tel ou tel, je suis venu vous dire qu'il faut qu'on respecte le vote des Français et qu'il y a un certain nombre de protections à leur assurer et qu'elles doivent être assurées par un homme ou par une femme de gauche. Ensuite, c'est le Parlement qui décidera, puisque c'est lui qui disposera.

12:02
Présentateur

Ce Parlement qui, je le rappelle, ne changera pas. La constitution de l'Assemblée ne changera pas en fonction de cette censure. Il y a un des élus de Vauran, du Parti Socialiste, Karim Bouamran, qui est un des élus de Celsindic, qui dit qu'il faudrait un gouvernement technique. Est-ce que ça aussi, c'est-à-dire en gros un gouvernement d'hommes ou de femmes non clivants, qui soient plutôt issus de la haute fonction publique, des techniciens, est-ce que ça, vous trouvez que ce serait une solution, en tout cas, dans l'attente d'autre chose ?

12:35
Olivier Faure

Vous savez, moi, je suis un homme politique et je souhaite qu'il y ait des décisions politiques qui soient prises. J'ai du mal à croire que la technique puisse se remplacer, parce que c'est une affaire de choix. On le voit bien, ce n'est pas le budget, ce n'est pas une affaire de technique, c'est une affaire de choix politique. Est-ce qu'on fait plus ou moins pour les uns, pour les autres ? Et je vois ce qui s'est passé en Italie lorsqu'on a choisi un gouvernement technique avec Mario Draghi. Mais bien, ça s'est fini par Georgia Meloni et par l'extrême droite. Donc, je ne souhaite pas que nous arrivions au même chemin et au même résultat.

13:04
Présentateur

Vous vous méfiez donc de cette fausse bonne idée d'un gouvernement technique. Olivier Faure, je voudrais que vous écoutiez le ministre, encore ministre de l'économie, Antoine Armand, qui parle de la facture pour les Français et qui s'adresse aussi à vous tous qui allez voter cette censure. Il vous appelle à une forme de responsabilité. Catherine Vautrin, qui était à mon micro sur RMC, pareil, a une forme de responsabilité vis-à-vis de ceux qui seront les perdants d'un non-vote du budget.

Elle parle notamment de ces 380 000 Français qui ont des revenus modestes, mais qui, par le jeu juste de l'inflation et du barème des impôts, vont se retrouver à payer des impôts, alors qu'avec un budget, ils ne l'auraient pas eu que l'ordi de vous ce matin.

13:43
Olivier Faure

Ils sont dans leur rôle. Ils cherchent à dramatiser et à dire au fond que c'est eux ou le chaos et qu'on ne peut rien faire d'autre que de les suivre. Il y a aussi une part de vérité dans ce qu'ils disent. Quand on gèle le barème de l'impôt sur le revenu, on fait mécaniquement rentrer du fait de l'inflation, vous venez de le dire, un certain nombre de foyers fiscaux dans l'impôt sur le revenu.

14:00
Présentateur

Ça, vous le dites au ministre, mais qu'est-ce que vous dites aux 380 000 Français qui vont se retrouver à payer des impôts ?

14:05
Olivier Faure

Mais la vérité, si demain la gauche est appelée au pouvoir, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle fait un projet de loi de finances rectificative dès le mois de janvier. Elle ne laisse pas les Français dans une forme de l'insécurité. Et donc on fait tout pour que, évidemment, à minima, et ça ce serait de toute façon voté par tout le monde, il y aurait le dégel du barème pour éviter que ces gens la rentrent dans l'impôt sur le revenu. Mais on est dans la pure théorie, Olivier Faure. Mais pas du tout, là-dessus, on n'est pas dans la pure théorie.

14:31
Présentateur

Parce que ce projet-là de loi ne serait pas voté non plus.

14:35
Olivier Faure

Mais bien sûr que si. Avec quelle majorité ? Qui refuserait, par exemple, vraiment, je mets au défi quiconque, de dire qu'il serait contre un projet de loi de finances rectificative, dans lequel, notamment, on dirait qu'il y a, en fait, le dégel du barème dans l'impôt sur le revenu pour éviter que des gens modestes ne rentrent artificiellement dans l'impôt sur le revenu.

14:54
Présentateur

Vous ne meurtriez que cela dans cette loi ?

14:55
Olivier Faure

Non.

14:56
Présentateur

Bah oui, c'est ça le problème. C'est que si vous mettez aussi tout le reste du projet du nouveau Front populaire, vous n'aurez pas de majorité.

15:00
Olivier Faure

Mais on peut très bien avoir un projet de loi qui ferait que ça, si vous voulez. Et un deuxième projet de loi qui ferait autre chose.

15:06
Présentateur

C'est pas moi qui le veut, mais enfin, je pense que si vous voulez être efficace et que ça marche, il y a tout comme ça.

15:09
Olivier Faure

Mais ce que je vous dis à plénominable, c'est que nous chercherons le compromis et que nous n'avons pas d'autre choix. Parce que contrairement au gouvernement Barnier qui passe par 49.3, nous avons, nous, déjà annoncé au mois d'août que nous chercherions des compromis texte par texte et que nous utiliserions avec parcimonie pour ne pas dire que nous n'utiliserions pas du tout le 49.3. Et donc, ça suppose quoi ? Ça suppose qu'à chaque fois, on soit en mesure de dire écoutez, voilà avec quoi on vient, mais on sait déjà, en arrivant au Parlement, que le projet tel qu'il sortira ne sera pas tel que nous l'avons présenté initialement.

15:37
Présentateur

Je vous avoue que j'ai un peu du mal à imaginer que vous puissiez faire des compromis avec les autres groupes politiques alors même qu'au sein du Nouveau Front Populaire, vous ne faites plus grand compromis.

15:46
Olivier Faure

Mais nous avons présenté des amendements communs tout le long du projet. Nous avons cherché à avancer tout au long du projet. Et j'imagine qu'il y a des gens qui peuvent comprendre, qui ne peuvent pas aller de censure en censure.

15:57
Présentateur

Mais regardez simplement sur la semaine dernière. La semaine dernière et la réforme des retraites. Vous l'avez bien vu et vous l'aviez d'ailleurs assumé tout à fait à ce micro. LFI avait quand même glissé une peau de banane pour vous en ne revenant pas seulement sur la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron, mais également sur celle voulue par François Hollande et Marisol Touraine. Vous vous êtes retrouvé dans une sorte de piège qui vous a été tendu. Et on le voit tous les jours.

16:19
Olivier Faure

Il y avait le piège, on n'est pas tombé dedans. Donc on se voit bien.

16:21
Présentateur

Oui, mais enfin bon, le piège avait été tendu.

16:23
Olivier Faure

Mais c'est pas... Enfin, ils ont le droit d'avoir leur position. Je dis simplement, c'est qu'à un moment, si on en reste à ce qui a été décidé en commun, ce que vous venez de dire n'était pas dans le projet commun. Et donc, il faut rester sur le projet, revenir sur l'essentiel et accepter l'idée que nous ne sommes pas majoritaires à nous seuls et que ça suppose de respecter là aussi les Français en acceptant l'idée qu'il faudra trouver des compromis. Que nous ont dit les Français au mois de juillet ? Ils nous ont dit, il y a une préférence pour le Front populaire. Mais ça n'est pas un chèque en blanc.

Et donc, voilà, vous avez la possibilité d'avancer, mais derrière, il vous faudra trouver des compromis.

16:59
Présentateur

Est-ce que vous demandez la démission d'Emmanuel Macron ?

17:01
Olivier Faure

Non.

17:02
Présentateur

Non. Est-ce que vous souhaitez la démission d'Emmanuel Macron ?

17:04
Olivier Faure

Non.

17:05
Présentateur

Non. Vous estimez qu'il faut qu'il aille jusqu'au bout ?

17:08
Olivier Faure

Mais j'estime qu'il y a là une forme d'illusion que nous ne pouvons pas entretenir. Pourquoi ? Parce que si... Moi, je veux tout simplement qu'on sorte les Français du marasme. Et on ne peut pas aboutir à une espèce de chienlit pour reprendre des mots qui étaient ceux du général de Gaulle. Je veux qu'on puisse leur assurer une forme de sécurité et de stabilité, mais dans la justice.

17:34
Présentateur

Vous ne souhaitez pas qu'Emmanuel Macron démissionne ? Vous ne souhaitez donc pas qu'il y ait la fin du macronisme en quelque sorte ? Les mots de Jean-Luc Mélenchon, encore ce matin, dans le journal Le Parisien, qui dit que toutes les manœuvres pour sauver le gouvernement Barnier ont échoué, il va tomber. Et Macron, seul responsable de la crise financière et politique, doit s'en aller.

17:52
Olivier Faure

Mais qu'Emmanuel Macron soit responsable de tout cela, c'est vrai. Mais qu'est-ce qui se passe si demain, il y a une nouvelle élection présidentielle ? D'abord, je le dis à Jean-Luc Mélenchon, il est vraisemblable que Marine Le Pen sera très très haute au premier tour et qu'elle peut l'emporter. Est-ce que la gauche peut vouloir la victoire de Marine Le Pen ? Première réponse, non. La deuxième réponse, c'est que même un président nouvellement élu, avec quelle majorité gouvernerait-il le pays ? Vous l'avez dit tout à l'heure, nous ne pouvons pas dissoudre l'Assemblée avant le mois de juillet.

Et comme il est rare qu'on vote au mois d'août, eh bien, il faut repousser cette dissolution au mois de septembre, c'est-à-dire quelques jours avant le nouveau vote du budget. Est-ce que ça veut dire que quand Jean-Luc Mélenchon... C'est une séquence qui est complètement folle. Est-ce que ça veut dire que quand Jean-Luc Mélenchon appelle... Et donc ça veut dire que nous n'aurons pas les moyens, même avec un nouveau président et même un président de gauche, nous n'aurons absolument pas les moyens de mener une politique de gauche. Lorsqu'il appelle à la démission... Donc ça suppose que nous puissions respecter les institutions, aller jusqu'au terme du mandat présidentiel.

En tout cas, le moment n'est pas venu de faire tomber Emmanuel Macron.

18:49
Présentateur

Quand Jean-Luc Mélenchon effectivement demande la démission d'Emmanuel Macron, quand Manuel Bompard, qui est donc le coordinateur de la France Insoumise, dit de Jean-Luc Mélenchon qu'il est le mieux placé pour la suite, est-ce que ça veut dire que pour vous, il joue avec le feu ?

19:04
Olivier Faure

Ça veut dire que Emmanuel Bompard, sans surprise, soutient celui qui est son leader. Et je ne reproche pas de soutenir Jean-Luc Mélenchon. Simplement, ce que je leur dis aux uns et aux autres, c'est que le feu, ce serait effectivement de pousser au chaos, alors même que nous savons que les Français sont inquiets...

19:19
Présentateur

Petit chaos, oui, grand chaos, non. Je veux dire quand même, faire tomber le gouvernement, oui, faire tomber le président, non.

19:24
Olivier Faure

Non, attendez, il faut arrêter de rentrer dans ce narratif qui est celui du gouvernement. Il n'y aura pas de chaos, il y a toute possibilité pour faire avancer le pays. Et ce que je crois, c'est que si le président de la République accepte l'idée qu'il n'est plus Jupiter et qu'il doit nommer quelqu'un de gauche, je vous assure qu'un Premier ministre de gauche, demain, fera en sorte que les choses se passent bien et que nous puissions arriver à la fois à gouverner ce pays et en même temps à faire en sorte que nous renouillons avec la justice fiscale et la justice écologique.

19:52
Auditeur

Et si vous appelez-vous ?

19:53
Olivier Faure

Mais je ne suis pas venu faire accès du candidat ce matin.

19:55
Auditeur

Non, mais voilà, si vous appelez-vous ?

19:55
Olivier Faure

Ben, s'il m'appelle-moi, je prendrai ma responsabilité. Comme toutes celles et ceux qui, à gauche, aujourd'hui, doivent les prendre s'ils sont appelés par le président de la République.

20:03
Présentateur

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste. Merci d'avoir répondu à mes questions ce matin. Il est 8h52 sur RMC BFM TV.