Précocité : pourquoi interdire le baccalauréat aux moins de dix ans ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour Guillaume et ce matin vous nous parlez d'une décision assez étrange. Oui parfois je comprends les décisions politiques même quand je ne suis pas d'accord avec elles, parfois je ne les comprends pas. Et bien c'est le cas aujourd'hui d'une proposition du ministre de l'éducation Edouard Geffrey, proposition commentée dans la presse notamment dans l'opinion, créer un âge minimal pour passer le baccalauréat. Un enfant de 9 ans, peut-être moins de 10 ans, pourrait se présenter à l'examen cette année. Et bien le ministre de l'éducation dit non. Alors c'est une nouveauté parce qu'on aurait plutôt imaginé un âge maximal.
Remarquez si l'on avait fixé un âge maximal pour passer le bac, beaucoup d'entre nous auraient été embêtés. Et surtout ça nous aurait mis quand même beaucoup de pression, une pression probablement plus forte que celle de la précocité. Les enfants de 9 ou 10 ans qui passent le bac, ça doit exister Alexandra, mais c'est un peu comme les cirques sans éléphants. Ça ne court quand même pas les rues, on n'est pas confronté à une épidémie de Mozart encombrant les salles d'examen. Alors pourquoi avoir décidé de s'exprimer là-dessus ? Quel conseiller en communication a expliqué au ministre que c'était là une priorité absolue ?
J'ai une hypothèse, c'est probablement parce que tous les autres problèmes de l'éducation nationale sont réglés. Le niveau en mathématiques, la crise du recrutement, l'effondrement de la lecture, les violences scolaires, parcours sup, les inégalités territoriales, tout ça. Ça n'existe plus, succès total. Il fallait donc trouver un nouveau front. Non, non, évidemment je plaisante, c'est probablement pas ça. Il doit y avoir une autre explication. Peut-être l'idée que l'ennemi contemporain désormais c'est la précocité. Il y en a assez de ces enfants qui vont trop vite, de ces Mozart en tout genre qui dérangent l'ordre des classes.
Du calme, les génies, résolvez tranquillement la relativité générale dans votre coin. Et si vous y arrivez, vous passerez tranquillement en cinquième. Au fond, cette histoire raconte quelque chose de notre époque. Nous supportons de moins en moins les écarts. Nous voulons l'égalité jusque dans le rythme des existences. Tout le monde au même âge, au même niveau, avec les mêmes émotions pédagogiques. Un enfant qui lit Spinoza à 11 ans, ça devient suspect. On s'inquiète davantage de sa singularité que de l'effondrement scolaire général. C'est peut-être aussi un acquis de l'expérience politique. Je ne sais pas, peut-être que les Mozart de la politique s'a eut payé.
Toujours est-il qu'il fallait légiférer. La précocité, c'est donc désormais la chienlit. Il fallait tout de même un certain talent bureaucratique pour transformer un enfant de 9 ans en passant le bac en problème public national. Les Matins de France Culture