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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 10 décembre 2020 25 min

Données personnelles, "protection fonctionnelle" des policiers mis en examen dans l'affaire Zecler, affaire des écoutes... Le "8h30 franceinfo" de Gérald Darmanin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Invité

Bonjour. On saura ce soir à quoi vont ressembler les fêtes de fin d'année. C'est Jean Castex, le Premier ministre, qui va en donner le menu dans une conférence de presse à 18h. Mais au vu des derniers chiffres de l'épidémie, est-ce qu'il vous semble envisageable qu'on dise finalement aux Français, vous restez confinés ? Les décisions ne sont pas encore prises par le Président de la République et le Premier ministre. Et donc je sais que la conférence de presse de ce soir est importante. Et ces éléments ne sont donc pas décidés.

Mais il faut bien avouer que les chiffres dans lesquels nous évoluons, la Mise de la Santé les a présentés hier en Conseil de Défense Covid, montrent que la baisse continue du nombre de personnes qui étaient contaminées, de personnes qui décédaient, connaît une baisse moins forte, voire une stagnation. Et que c'est inquiétant quand on regarde aussi les pays autour de nous. Moi, je suis frontalier de la Belgique, un pays extrêmement touché. Regardons l'Italie. Le plus touché par habitant en Europe, la Belgique. Exactement. On voit que partout dans l'hémisphère nord, ces chiffres remontent.

L'impression que la France, ça remonte moins vite qu'ailleurs, que les chiffres sont meilleurs qu'ailleurs. Mais enfin, ils sont quand même importants. Et donc je crois qu'il faut peut-être s'attendre à pas une libération totale des gestes barrières, des règles imposées par l'État pour que nous gardions évidemment en vie un maximum de personnes.

1:14
Gérald Darmanin

Mais est-ce qu'il est imaginable de garder par exemple les attestations pour sortir après le 15 décembre, après la semaine prochaine ?

1:21
Invité

On le verra bien. Ce n'est pas encore tout à fait décidé. Ce qui est sûr, c'est qu'il y aura encore des mesures de restriction et qu'il n'y aura pas un monde avant le Covid à partir du 15 décembre. Donc on va regarder. Est-ce qu'on garde des attestations ou non ? Est-ce qu'un certain nombre de mesures fortes qui peut-être privent les Français un peu de liberté mais protègent les plus faibles d'entre nous, doivent rester au moins dans les semaines qui viennent ? Vous savez déjà, vous, à quoi va ressembler Noël chez les Darmanins ? Alors le ministre de l'Intérieur avait prévu, Covid ou pas Covid, de passer son Noël et son nouvel an auprès des forces de police.

Bon, ma question n'a pas beaucoup de sens. Non, non, mais je vais évidemment m'appliquer les mesures qu'on demande à tous les Français. Voilà, donc je fêterai Noël tout en étant à mon poste de ministre dans les conditions sanitaires qu'imposera le gouvernement à tous les Français. Avec moins de six policiers à table, donc, si j'ai bien compris, si vous passez le réveillon avec des policiers. Alors j'aime beaucoup les policiers, j'aime beaucoup ceux qui me protègent. Ils sont tout le temps avec moi pour des raisons de sécurité, mais ils ne partagent quand même pas mes repas de Noël.

2:19
Gérald Darmanin

Gérald Darmanin, hier le gouvernement a donc dévoilé le projet de loi confortant les principes républicains. Ça s'appelle comme ça, le projet de loi confortant les principes républicains. Le texte a donc changé de nom, finalement, excite les termes séparatisme et islamisme. De quoi ou de qui avez-vous eu peur ?

2:36
Invité

Alors on n'a eu peur de personne, et jamais le texte de loi que je prépare depuis longtemps n'a vu comme idée de s'appeler islamisme, de faire une attaque ad hominem contre une religion. Séparatisme, c'est le concept, et moi je le reprends bien volontiers, de gens qui veulent se séparer des valeurs de la République, qui veulent se séparer de la façon dont on vit en France. Mais ce texte, c'est d'abord une loi de liberté.

Aristide Briand, arrivant à la tribune de la Chambre des députés, lorsqu'il présenta la loi de séparation des Églises et de l'État, hier c'était les 115 ans de la loi de la laïcité, exactement, a dit « voici un texte qui vise à pacifier les esprits et à rendre plus forte la République ». C'est une loi de liberté, parce qu'elle veut justement libérer les contraintes qu'imposent les idéologies religieuses, et singulièrement l'idéologie islamiste, sur les populations, sur les femmes, sur la façon de vivre.

3:28
Gérald Darmanin

Et pourtant vous entendez ces critiques de certains à gauche qui disent que c'est un texte contre l'islam, contre les musulmans ?

3:34
Invité

Oui, j'entends certains...

3:35
Gérald Darmanin

Je fais référence à Jean-Luc Mélenchon par exemple.

3:36
Invité

J'entends, alors c'est très très à gauche là, vous allez très très loin, parce que pour moi la gauche républicaine c'est celle qui justement a promu la laïcité, impose l'égalité entre les femmes et les hommes, connaît le progrès et le progrès...

3:47
Gérald Darmanin

La gauche républicaine, Jean-Luc Mélenchon ?

3:49
Invité

La question se pose, très franchement, parce que M. Mélenchon, quand il vient avoir des propos extrémistes, et qui manifestement remet en cause l'équilibre même de la laïcité française... Quel propos précisément ? Moi je constate que lorsqu'il explique que le gouvernement est contre une religion, il sait qu'il n'a pas lu le texte, ou qu'il utilise ce que fait Mme Le Pen, c'est-à-dire des exagérations qui visent à semer le trouble, pour pouvoir permettre des troubles justement qui lui permettront d'arriver au pouvoir. C'est assez pathétique. Ce qui est vrai, c'est qu'il n'y a plus chez M.

Mélenchon, il n'y a plus chez la France insoumise, de gens qui manifestement protègent la laïcité telles que les pères de la laïcité l'ont imaginé. C'est une valeur de gauche qui consiste, depuis 1905 et même avant, il faut bien l'avouer, à dire qu'il y a de la neutralité dans le service public, que les agents du service public n'ont pas à montrer leur religion, n'ont pas à montrer leur vie politique. De dire que l'ordre public, limite, il est vrai, les expressions religieuses. De dire que toutes les religions doivent faire ce qu'ont fait les protestants, les juifs, les catholiques, et aujourd'hui évidemment, c'est aux musulmans de le faire, de rentrer dans le cadre de la République.

De dire que la loi de la République est toujours supérieure aux convictions religieuses. Mais vous savez, moi M. Mélenchon, il parle beaucoup, il se trouve que je suis issu d'une famille d'immigration, où mon grand-père était musulman. Il paraît tout à fait normal que la République française puisse se défendre contre les islamistes, c'est-à-dire ceux qui utilisent l'idéologie au fin d'avoir une nouvelle société, qui n'est pas la société française, qui n'a rien à voir avec l'islam.

Des musulmans qui, pour l'immense majorité, je le sais, dans ma commune à Tourcoing par exemple, ou dans ma famille, respectent parfaitement les lois de la République, et sont les premières victimes de l'OPA islamiste contre leur religion. Il y a, Gérald Darmanin, ce qu'il y a dans ce projet de loi, et il y a ce que certains des députés de la majorité, de votre majorité, souhaiteraient y ajouter. Voici par exemple ce que propose la députée des Évines, hors berger. Donc, qui peut aujourd'hui être favorable à l'idée qu'une petite fille de 2 ans ou de 3 ans soit couverte d'un islam ? Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire une hyper-sexualisation dès le plus jeune âge, parce qu'on considère qu'elle doit donc être pudique à 2 ans, à 3 ans, à 4 ans. Ça veut dire qu'on considère qu'il faut séparer les petits garçons des petites filles. Ça veut dire qu'en vérité, dès le plus jeune âge, on les sépare de la République. Aurore Berger hier sur RMC, qui propose donc l'interdiction du voile pour les petites filles. Est-ce que vous allez l'intégrer au projet de loi ? D'abord, je voudrais dire que Aurore Berger n'a pas tort de poser la question comme elle la pose. Ensuite, est-ce que c'est la loi qui doit empêcher les tenues vestimentaires ?

C'est un débat qui transcende la République depuis de très nombreuses années. Le choix qui a été fait par le gouvernement, c'est pas une loi qui rentre par le sujet du voile, le sujet du halal, le sujet de tel ou tel comportement communautaire. Mais si les députés souhaitent l'ajouter ? Le député par nature, j'ai été parlementaire, discute de l'amendement qu'il souhaite présenter et vote à la majorité les amendements qu'il souhaite avoir. Mais vous savez que parfois le gouvernement donne son avis, il peut dire on soutient, on ne soutient pas. Il ne connaît pas encore l'amendement de Mme Berger, qui travaille beaucoup et pour qui j'ai beaucoup d'estime.

Il se trouve qu'il vient de présenter son texte, si j'ose dire, au public. Il n'y a pas dans le texte du gouvernement d'interdiction des vêtements ostensibles. Parce que ce que nous avons choisi de faire, c'est la neutralité du service public, étendre au service public délégué les transports, la piscine, le marché, la neutralité des agents, dire que les associations ne pouvaient pas toucher des subventions lorsqu'elles étaient séparatistes ou communautaristes, imposer une meilleure régulation du culte, déclarer les financements étrangers, s'opposer...

7:22
Gérald Darmanin

Mais vous, à titre personnel, vous êtes pour que cette mesure entre dans le texte ?

7:25
Invité

Non, j'ai travaillé beaucoup sur ce texte auprès du président de la République avec Marlène Schiappa. J'ai fait le choix de ne pas lui proposer justement d'y mettre des dispositions qui visent à toucher les vêtements. Et singulièrement, je vois bien ce que dit Aurore Berger sur les petites filles. Mais on sait tous que le foulard, c'est celui du foulard du maman qui accompagne l'enfant à l'école. La maman, vous savez, de ce militaire qui a été tué par Mohamed Merah, militaire français, Elle porte un foulard. On peut être gêné ou pas gêné de quelqu'un qui porte un foulard ou un vêtement religieux, ça c'est l'opinion de chacun. Ça vous gêne, vous ? Moi, jamais gêné.

Je l'ai toujours dit, je le répète. Y compris chez les enfants. Non mais attendez, je ne comparerai pas... Je viens de dire que Mme Berger avait raison. Effectivement, c'est tout à fait choquant qu'une petite fille ou qu'un petit garçon soit déjà distingué par sa religion dès son plus jeune âge. Mais je voudrais dire quand même que cette maman de ce militaire français est tuée sous les coups d'un terroriste islamiste. Elle a donné son fils à la France parce qu'il est militaire et il a été tué par l'idéologie islamiste. Donc je pense qu'on ne peut pas lui reprocher une quelconque alliance avec l'islamisme puisqu'elle a été endeuillée dans sa chair.

Et je ne me vois pas lui dire, personnellement, que son foulard est contre la République. Moi, vous savez, les prénoms arabes, ma tante s'appelle Saada, mon grand-père s'appelait Moussa. Et votre deuxième prénom ? Mon deuxième prénom, c'est Moussa.

8:43
Gérald Darmanin

Donc vous n'êtes pas du tout sur la ligne d'Éric Zemmour.

8:45
Invité

Et il a fait, fort heureusement, mais il a fait pour l'uniforme français beaucoup plus de choses que beaucoup de gens ont fait. Et pour autant, il était tout à fait compatible par nature à la République. On peut prier Allah et aimer la République. Simplement, jamais, en aucun moment, Allah est supérieur à la République. Voilà. C'est vrai pour les musulmans, c'est vrai pour les juifs, c'est vrai pour les catholiques, c'est vrai pour les protestants, c'est vrai pour ceux qui ne croient pas. La République transcende tout. Et je n'ai pas à connaître votre religion lorsqu'on se parle. Je pense que c'est une très bonne laïcité que nous devons défendre.

Et je n'ai pas non plus à connaître la vôtre, je vous précise. Vous ne l'avez pas posée et je ne vous aurais pas répondu. Je vous ai déjà demandé à qui vous alliez passer Noël. 8h42, le fil info, et on se retrouve juste après Gérald Darman. Et là, voici Mélanie Delaunay. Les pharmaciens appelaient à faire le plein de tests antigéniques. D'ici lundi, il faut anticiper la forte demande à Noël, explique le directeur général de la Santé. Pour Noël, Emmanuel Macron n'est pas favorable à l'interdiction des déplacements. Selon les informations de France Info, quel scénario va retenir le gouvernement ?

Face à l'évolution de l'épidémie de Covid, les musées, les théâtres, les cinémas vont-ils pouvoir rouvrir mardi ? Jean Castex prend la parole à 18h. Il s'oppose au projet de réorganisation d'EDF. Des manifestants bloquent ce matin deux centrales nucléaires de Seine-Maritime, les sites de Painly et de Paluel. La CNIL, la Commission Informatique et Libertés, inflige une amende de 100 millions d'euros à Google, 35 millions à Amazon. Elle reproche aux géants du numérique d'avoir déposé des cookies sur nos ordinateurs, ces traceurs, sans accord préalable des internautes. Le dîner à Bruxelles hier soir n'a pas permis de débloquer la situation.

Le Premier ministre britannique et la présidente de la Commission européenne se donnent un nouveau délai jusqu'à dimanche pour trouver un accord commercial pour l'après-Brexit. France Info.

10:31
Présentateur

Le 8.30 France Info. Salia Brakia. Marc Fauvel.

10:36
Gérald Darmanin

Donc toujours avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, trois décrets parus vendredi dernier inquiètent les associations des droits de l'homme car ils prévoient d'élargir le fichage pour atteinte à la sûreté de l'État en y incluant de nouvelles infos comme les opinions politiques, les convictions philosophiques et religieuses, l'appartenance syndicale mais aussi l'activité sur les réseaux sociaux. Est-ce qu'on a raison de s'inquiéter pour nos libertés fondamentales, monsieur le ministre ?

10:59
Invité

Non mais toutes les questions évidemment, surtout lorsqu'elles concernent les libertés fondamentales, doivent avoir des réponses. J'y ai répondu hier à une question d'un sénateur et j'y réponds bien volontiers. Trois décrets qui existaient déjà. Ces décrets, on ne les a pas inventés, ils n'étendent pas le champ de leur action et ces décrets, c'est un décret sur les enquêtes administratives faites par la préfecture de police de Paris et la direction générale de la police nationale et deux décrets de renseignement, l'un pour la police, l'autre pour la gendarmerie. Pourquoi ces décrets sont modifiés et ont été republiés ? Parce qu'il y a eu entre temps la loi RGPD, la loi sur les données.

Et par exemple, on a changé activité politique en opinion politique, ce qui était l'objet de la question du sénateur d'hier, parce que c'est justement le terme de la loi RGPD. Et les décrets, chacun le comprend, doivent être conformes à la loi. Mais là, est-ce que c'est appris le champ ? Deuxièmement, la CNIL nous a fait des remarques sur les décrets précédents. Et donc qu'est-ce que nous avons fait ? Nous avons présenté trois nouveaux décrets, à la fois à la CNIL, garante de la liberté des données de chacun, évidemment. Et à la fois au Conseil d'État, garant du droit, et la CNIL. Et le Conseil d'État, le 25 juin dernier, ont donné des avis favorables à ces trois décrets que l'on publie.

12:08
Gérald Darmanin

Sauf que la CNIL, aujourd'hui, vous dit qu'il faut préciser ces décrets, ils sont trop larges.

12:12
Invité

Eh bien, nous préciserons les décrets, il n'y a aucun problème. Peut-être réécrit. On va préciser d'abord les décrets, d'abord, après, dans l'opinion publique. On va avoir des échanges, de nouveau, avec la CNIL. Je rappelle qu'elle a donné des avis favorables, elle a fait des remarques ici ou là. Et il est bien normal que l'autorité administrative indépendante chargeait des données de nos concitoyens. En tout cas, de voir que l'État et d'autres ne font pas n'importe quoi. Moi, je suis un ministre républicain et je réponds, évidemment, aux institutions républicaines. Mais il ne faut pas y voir, aujourd'hui, une sorte de Big Brother ou de sujets...

12:42
Gérald Darmanin

Parce que là, sur le papier, on a l'impression que si on appartient à un syndicat, on va être fiché.

12:47
Invité

Non, mais regardez, d'abord, qu'est-ce qui se passe ? Quand on dit « activité politique » plutôt qu'opinion politique, ce qui était avant RGPD et ce qui est après RGPD. Si vous avez, et ça va pour les partis extrémistes, une relation particulière avec un parti qui encourage les black blocs, par exemple, à venir casser dans Paris. La question peut se poser dans le renseignement territorial si cette opinion, cette activité politique, évidemment, intéresse les services de renseignement. Mais Gérard Dormannin, tout le monde a une opinion politique alors que tout le monde n'a pas une activité politique. Non, c'est pas tout à fait... Tout le monde a un avis sur la politique et une opinion.

L'esprit du décret, je le répète et le reprécisera s'il le faut, il n'y a évidemment aucun problème, C'est que les opinions, les activités politiques en lien avec des partis extrémistes, de ceux qui prônent justement la séparation, de ceux qui prônent justement la révolution, doivent être connus par les services de renseignement. Et il n'y a pas de délit d'opinion, mais il y a effectivement à surveiller ceux qui font partie des mouvements suprémacistes, ceux qui pensent que les blancs sont supérieurs aux noirs. C'est quand même un sujet, lorsque nous préparons un certain nombre d'actions pour empêcher des attentats, par exemple, faut-il encore savoir qui nous surveillons.

Et c'est bien logique. Vous savez, un État, il a des données. C'est vrai. Ces données, ils sont bien encadrés par le Conseil d'État, par la CNIL, par la question démocratique. Et le ministre de l'Intérieur, il est à la fois le garant de la sécurité de nos concitoyens, et il ne fait pas n'importe quoi par définition. Il est à l'écoute de ce que dit la Commission des écoutes téléphoniques, de ce que dit la CNIL, de ce que dit le Conseil d'État. Et s'il faut le repréciser pour que les choses soient claires, il le précisera.

Gérald Darmanin, Emmanuel Macron a annoncé il y a quelques jours la tenue dès le mois prochain d'un beau veau de la sécurité avec des citoyens, des élus, des membres bien sûr de la police, des syndicats également. Est-il exact que vous n'étiez pas au courant de cette annonce ? C'est moi qui l'ai proposé au Président de la République. Donc ce qu'on a pu lire dans la presse est faux ? Ce n'était pas une reprise en main, un recadrage de votre... D'abord, le Président de la République n'a pas à reprendre en main ses ministres. Il est par définition celui qui définit la politique gouvernementale, et c'est lui qui a été élu au suffrage universel direct.

Les ministres ne font qu'appliquer ce que décide le Président de la République. Deuxièmement, j'ai, devant la Commission des lois, et après avoir vu le Président de la République, expliqué, à mon avis, les sept problèmes, je les ai appelés les sept péchés capitaux qui touchent les forces de sécurité intérieure et singulièrement la police nationale. Suite à divers événements, mais ces problèmes viennent de loin. Le problème de la formation, le problème du matériel, les problèmes des inspections, bref, on pourrait longtemps en discuter. Et donc il me paraît normal que nous puissions y réfléchir. J'ai proposé au Président de la République, effectivement, de pouvoir y réfléchir.

Ça va évidemment de pair, parce qu'il fallait qu'il l'accepte, avec des efforts budgétaires, des moyens supplémentaires. Parce que quand vous passez une formation de policier de 6 mois à 1 an, évidemment, ça coûte plus cher. Il faut des écoles, il faut accepter que... Sachant qu'elle a été raccourcie il y a quelques mois par celui qui était à votre place. Il y a eu un certain nombre de décisions... Christophe Castaner ? Il y a eu un certain nombre de décisions qui ont été prises. Christophe Castaner l'a pris, cette décision, d'abord parce qu'elle était une décision qui avait été préparée par nombre de ses prédécesseurs.

Et ensuite, parce que parmi les nouveaux policiers qui nous ont manqué, il manque quand même beaucoup de policiers. Beaucoup de gens ont hier jadis supprimé des postes de policiers. Il faut bien donc raccourcer les formations pour qu'ils soient plus nombreux dans les commissariats ou dans les gendarmeries. Mais on peut quand même se dire, au bout d'un moment, est-ce qu'on a bien fait de réduire ces formations initiales ? Est-ce que les policiers ont assez de formations continues ? C'est sans doute encore plus important que la formation initiale. Ils n'ont que 12 heures de formation par an, les policiers. Et il n'y a qu'une vingtaine de pourcents de ces policiers qui la font.

Donc il y a bien un petit problème.

16:09
Gérald Darmanin

Est-ce que la question des...

16:10
Invité

Mais attendez, je voudrais répondre sur le beau vœu. Donc j'ai proposé au président de la République de travailler, manifestement, puisqu'il l'a écrit. Et j'ai dit au président de la République que ça ne pouvait évidemment pas se faire à moyen budgétaire constant. Et vous avez dit oui aussi sur les moyens ? Je constate, chacun peut le voir, qu'il a non seulement souhaité personnellement organiser un certain nombre d'événements autour de la sécurité intérieure. Je m'en félicite. Donc vous n'êtes pas sous tutelle de l'Élysée ? Mais par nature, je suis sous l'autorité du président de la République. Je n'ai pas de République autonome qui s'appelle les ministères.

Moi, j'ai mes convictions politiques. Je l'ai dit au président de la République. A la fin, il tranche. Moi, je suis de ceux qui pensent qu'il faut que les thèmes régaliens, la sécurité, la lutte contre l'immigration illégale, la lutte contre l'islamisme radical, doit être au cœur de son action politique. Et à ce titre, je pense que c'est même la meilleure des protections pour les populations les plus faibles. Les gens des classes moyennes et populaires, ils veulent être protégés. Les riches, ils ont les moyens de leur protection. Les pauvres, ce n'est pas le cas. Donc quand on est progressiste, on soutient les forces de sécurité.

On s'interrompt quelques instants, Gérald Darmanin, et la troisième partie de cet entretien. Juste après le fil info à 8h50 avec Mélanie Delaunay. Près de 15 000 contaminations par le Covid hier en France. Le nombre de cas positifs ne retombe pas au niveau espéré à 5 jours du deuxième temps prévu du déconfinement. Jean Castex se dira à 18h à quoi va ressembler la fin de l'année. Ce matin sur France Info, l'épidémiologiste Dominique Costal-Yola estime que continuer le confinement serait la solution la plus raisonnable. Et elle conseille de limiter les contacts 7 jours avant les réunions de famille.

Très touché par la crise sanitaire, Aéroport de Paris signe un accord pour plus d'un millier de départs volontaires. 700 emplois ne seront pas remplacés. Un deuxième élevage touché par la grippe aviaire en France. C'est à nouveau une exploitation de canards dans le département des Landes. Genoux à terre et point levé. L'image de la soirée pour la suite du match entre le PSG et le Bachac-Chehir. Au lendemain d'accusation de racisme contre un arbitre. Victoire 5 buts à 1 des footballeurs parisiens. Premier de leur groupe de Ligue des champions. Le Real Madrid ira aussi en huitième de finale. France Info.

18:19
Présentateur

Le 8.30 France Info. Salia Braquia. Marc Fauvel.

18:23
Gérald Darmanin

Toujours avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Une annonce effectuée aussi par Emmanuel Macron la semaine dernière. la création d'une plateforme nationale avec numéro vert pour signaler les discriminations lors des contrôles d'identité. Deux syndicats de police, Allianz et GP Police, ont appelé à faire la grève des contrôles d'identité. Est-ce qu'ils ont le droit de faire ça ?

18:43
Invité

La réponse est non. Les policiers qui feraient la grève du zèle ou qui organiseraient en effet alors qu'ils sont en service à un certain nombre de manifestations n'ont pas le droit de faire ça. J'ai demandé au préfet de police singulièrement et au préfet de ne pouvoir pas organiser de laisser organiser ce genre de manifestations. Ils seront sanctionnés. Mais excusez-moi, la question que vous avez posée n'est pas tout à fait juste puisque ce qu'a dit le président de la République, c'est qu'il y a une plateforme anti-discrimination qui touche l'ensemble du champ du gouvernement. Discrimination à l'embauche, discrimination à le logement, discrimination...

19:16
Gérald Darmanin

Qui s'adresse aussi aux contrôles de faciès.

19:18
Invité

Discrimination qui peut concerner les services de police, les services de douane, l'ensemble des services de l'Etat. J'ai donc déchargé Marlène Schiappa, qui est ministre déléguée à la citoyenneté auprès de moi, de travailler auprès d'Elisabeth Moreno, puisque j'ai compris que c'était Elisabeth Moreno, la ministre, en charge de la lutte contre la discrimination, qui s'en chargerait. Deuxièmement, je voudrais aussi dire que, bien sûr, il peut y avoir des policiers, il peut y en avoir, ou des gendarmes qui commettent des actes de discrimination, voire de racisme, et il faut absolument sanctionner cela. Ils n'ont plus rien à faire dans la police nationale ou dans la gendarmerie nationale.

Mais il y a aussi des policiers et des gendarmes qui sont eux-mêmes victimes de discrimination, qui sont eux-mêmes victimes de racisme. Quand on dit dans des contrôles d'identité, justement, celui qui est contrôlé et qui appelle le policier noir Bunti, ou qui appelle le policier maghrébin Harki, pour moi, ce n'est pas une insulte, mais enfin, on voit bien ce que ça veut dire, ou traître. On peut se dire aussi que le policier qui, bien sûr, a ses origines, a sa couleur de peau, a sa religion, a ses propres convictions politiques ou syndicales, il est extrêmement blessé, alors qu'il porte l'uniforme de la République, d'être insulté.

Et il arrive même parfois qu'il y ait des gens qui soient de couleur blanche et qui insultent de salle noire un policier national.

20:25
Gérald Darmanin

Mais là, le président de la République parlait des discriminations.

20:27
Invité

Mais le président de la République, il a parlé des deux, de toutes les discriminations. Moi, je parle aussi des deux, de toutes les discriminations. Donc, la police doit être exemplaire, c'est évident. Et quand on porte l'uniforme de la République, on ne doit pas pouvoir faire de discrimination fondée sur la religion, fondée sur la couleur de peau. C'est une évidence républicaine. Et en même temps, je veux aussi dire que les policiers, les gendarmes, sont les premières victimes aussi du racisme ordinaire.

Gérald Darmanin, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a décidé d'accorder une aide, un soutien financier aux quatre policiers mis en examen dans l'affaire Michel Zecler, dont deux d'entre eux sont écroués et tous suspendus dans l'attente des résultats de ces enquêtes. Soutien financier pour leur permettre de payer leurs frais d'avocat. Est-ce que vous avez été informé de cette décision et est-ce qu'elle vous semble normale ? Alors, j'ai été informé de cette décision par le préfet de police de Paris et elle me semble normale. D'abord, il n'y a pas eu de soutien financier. C'est ce qu'on appelle la protection fonctionnelle.

Tous les agents publics, tous les fonctionnaires ont le droit à la protection fonctionnelle. Mais ce n'est pas toujours accordé. C'est-à-dire que, attendez, je vais en dire quelques mots dans quelques instants, c'est-à-dire que les avocats sont payés par l'État pour pouvoir protéger juridiquement les policiers qui ont le droit à un procès équitable. Et ce n'est pas Twitter qui décide de qui est condamné et qui ne l'est pas. Deuxièmement, moi j'ai suspendu ces policiers sur la proposition du préfet de police de Paris lorsque j'ai su qu'ils avaient fait défaut. Des faux en écriture. Troisièmement, j'ai dit qu'ils seraient révoqués lorsque la justice aura établi les faits.

C'est-à-dire qu'ils ne seront plus policiers. Une décision extrêmement importante. Quatrièmement, cette protection fonctionnelle, elle a été accordée dans toutes les affaires précédentes, même quand les policiers ont été mis en cause. L'affaire Jouia, l'affaire Théo, par exemple. Cinquièmement, si on vient à savoir de façon certaine...

22:02
Gérald Darmanin

Vous comprenez que ça puisse choquer que l'argent public soit utilisé pour défendre ces policiers qui sont mis en examen aujourd'hui ?

22:08
Invité

Oui, mais être mis en examen, ça veut dire qu'il y a des preuves sérieuses et concordantes de pensées qui sont coupables, mais ça ne veut pas dire qu'ils ont été condamnés. D'accord ? Donc, s'ils sont condamnés... Sur la base de ces mêmes éléments, vous les avez suspendus ? Non, je les ai suspendus sur le fait qu'ils avaient fait des fonds en écriture. Moi, je ne suis pas le tribunal populaire. J'ai suspendu ces policiers et j'ai été choqué par les images. Les images ne résument pas la scène. Il y a une justice qui fera ce travail correctement, calmement, avec des échanges d'arguments des deux côtés.

Et à la fin des fins, si ces policiers sont condamnés pour les faits pour lesquels ils sont incriminés, ils rembourseront ces frais d'avocat. Mais s'ils sont... Sur leur donnée personnelle ? Evidemment. Donc, si jamais cette protection fonctionnelle a été accordée à des gens qui auront été condamnés de manière définitive par la justice, ils rembourseront ces frais d'avocat.

Mais je ne me vois pas, moi, dire à des agents publics, alors qu'ils y ont droit, c'est la loi de la République, que parce que, effectivement, c'est désagréable de pouvoir justifier quelque chose qui est raisonnable, chacun a le droit à un procès équitable, de ne pas leur accorder le minimum auquel ils ont droit, c'est-à-dire la protection fonctionnelle. Donc, c'est à bon compte que le préfet de police de Paris a pris cette décision.

23:09
Gérald Darmanin

Gérald Darmanin, 4 ans de prison, dont 2 fermes requis contre Nicolas Sarkozy, dans l'affaire dite des écoutes, vous l'avez appelé pour lui apporter votre soutien à l'ancien président de la République ?

23:19
Invité

Bon, d'abord, je ne commande pas, effectivement, ni des décisions de justice, ni même des réquisitoires. J'ai compris que ce n'était pas la décision du tribunal. J'ai très souvent Nicolas Sarkozy au téléphone. Je ne l'ai pas fait hier par manque de temps, mais je le ferai évidemment cette semaine. J'ai eu la chance, il y a quelques jours, de revoir le président Sarkozy, puisqu'il m'a rendu visite à Place Beauvau pour un petit déjeuner. Moi, j'ai pour le président Sarkozy du respect, de l'affection, si je peux me permettre, parce que je pense que c'est un homme qui a beaucoup servi la République.

23:47
Gérald Darmanin

Quand il dit qu'il n'a jamais commis d'acte de corruption, vous le croyez ?

23:50
Invité

Mais moi, d'abord, je ne sais pas moi de juger de telle ou telle affaire, si j'ose dire. Mais moi, je crois au président Sarkozy parce que je sais que c'est un homme, je l'ai vu travailler de plus près, qui est honnête, et que c'est un homme qui, toute sa vie, a été voué à la vie politique, donc aux Français. On peut être en désaccord avec ses idées politiques. J'ai parfois eu des désaccords avec le président Sarkozy. C'est un homme plein de caractère. Mais je pense qu'il a été un très grand président et qu'il apporte dans le débat public des choses importantes. Pour le reste, je suis trop respectueux des institutions pour porter un jugement sur ce que fait la justice.

Il a dit à son procès qu'il avait le sentiment d'avoir été traqué par la justice, qu'il trouvait parfaitement anormal, notamment que 3 700 de ses conversations téléphoniques, y compris les plus privées, avec son épouse, avec ses amis, aient pu être écoutés par la justice. Est-ce que vous, vous trouvez ça normal ? Moi, je n'ai pas commenté. 3 700 conversations écoutées. Je n'ai pas mis à l'intérieur. Je n'ai pas commenté un certain nombre des faits ou des paroles prises dans un procès. Je crois énormément à la présomption d'innocence. Je pense que quand on fait de la politique à un niveau très important, on est beaucoup plus regardé et donc beaucoup plus attaqué que les autres.

Je pense que Nicolas Sarkozy le sait et qu'il a le cuir épais. Je veux lui redire mon soutien personnel et l'affection et le respect profond que j'ai pour à la fois sa vie d'homme politique et sa vie d'homme. Merci à vous Gérald Darmanin. Merci à vous. Dans 2 minutes, le journal sur France Info.