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InterviewRFI (sur YouTube)· 12 juin 2026 41 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleImmigration & asileEurope & international

Ayda Hadizadeh : « Le peuple iranien a tout pour construire une grande démocratie » • RFI

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 77 %Attaque 14 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:07OuverteRéponse directe

    J'aimerais savoir si vous avez un outil de prédilection.

  • 1:51OuverteRéponse directe

    Vous êtes née en Iran. Fin 81 ou début 82 ?

  • 3:22OuverteRéponse directe

    Vous n'avez finalement passé qu'assez peu de temps en Iran, puisque votre mère a décidé de fuir le pays.

  • 5:06OuverteRéponse directe

    À cheval dans les montagnes enneigées, les passeurs lui proposent des capsules de cyanure.

  • 6:04OuverteRéponse directe

    Votre père va lui presque complètement disparaître de votre vie, car il a donné la sienne totalement au moudjahidine du peuple.

  • 6:40OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez compris ou toujours pas ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:53Invité politiqueFait
    « J'ai de la famille qui a fait de la prison à cause du Shah. Mon père a fait de la prison sous le Shah d'Iran. »
  • 5:18Invité politiqueFait
    « Oui, oui, oui. Il propose comme un menu au restaurant. »
  • 8:22PrésentateurFait
    « « Aïda ment et mène depuis des années une propagande mensongère contre l'organisation des Moudjahidines du peuple iranien ». »
  • 10:42Invité politiqueFait
    « Moi ça m'était arrivé, mais je n'avais pas eu de cérémonie de naturalisation et je voulais qu'ils sachent à quel point la France, c'est un grand pays. »
  • 11:40Invité politiqueFait
    « « Je n'ai pas une goutte de sang français, mais c'est toute la France qui coule dans mes veines. » »
  • 22:10Invité politiqueFait
    « Il dit « Moi, j'aurais fait un meilleur deal ». Obama s'est fait rouler. »
  • 22:30Invité politiqueFait
    « Le détroit n'est pas aux Iraniens, mais les Iraniens peuvent le bloquer. »
  • 25:53Invité politiqueChiffre
    « On parle de 15 000 à 30 000 exécutions. »
  • 28:57Invité politiqueFait
    « J'étais pour qu'on inscrive le corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes, ce qui a été fait par la France il y a peu de temps. »
  • 29:30Invité politiqueChiffre
    « Si la fortune de Khomeini, Feu Khomeini, mais son fils maintenant qui en a hérité, si elle était publique, il serait dans la liste des 10 plus grandes fortunes du monde publiées par Forbes. »
  • 33:29Invité politiqueFait
    « C'est un scandale d'État. »
  • 34:23Invité politiqueChiffre
    « 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite. »
  • 38:00Invité politiqueChiffre
    « Ça concerne 300 000 enfants, grosso modo. »
  • 38:45Invité politiqueFait
    « Les avocats belges nous disent c'est un nouveau métier. »
  • 39:03Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, nous ne savons pas nous mettre à genoux et recueillir correctement la parole de nos enfants. »
  • 39:12Invité politiqueFait
    « Toutes les violences faites aux enfants qui explosent à l'heure actuelle, qui explosent parce qu'enfin, on met le projecteur dessus. »
  • 39:19Invité politiqueFait
    « Ces violences ont toujours existé. Elles étaient encore plus fortes au XIXe siècle. »
  • 39:51Invité politiqueFait
    « Un enfant ne ment pas quand il raconte des scènes d'agression sexuelle. »
  • 40:24Invité politiqueFait
    « On travaille avec le Conseil national des barreaux qui a déjà mis en place des formations pour les avocats pour recueillir la parole d'un enfant. »

Temps de parole

  • Ayda Hadizadeh68 %
  • Présentateur26 %
  • Invité5 %

6,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:07
Présentateur

L'Atelier politique avec Frédéric Rivière Bonsoir et bienvenue dans l'Atelier politique. Dans cette émission, nous essayons de prendre le temps dont parfois le tumulte de l'actualité nous prive, le temps de la réflexion, de l'analyse, de la mise en perspective, avec l'ambition de comprendre ce qui nous arrive et peut-être aussi ce qui s'annonce. Ce soir, nous sommes avec Aïda Adizadeh, députée socialiste de la deuxième circonscription du Val d'Oise, membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, membre également de la délégation aux droits des enfants et enfin présidente du groupe d'amitié France-Iran. Bonsoir.

0:47
Ayda Hadizadeh

Bonsoir Frédéric Rivière.

0:48
Présentateur

Cette émission est enregistrée, je vous le précise, dans les conditions du direct. Nous sommes donc ensemble pour à peu près 40 minutes et vous allez par conséquent avoir du temps pour développer vos idées. Cette émission s'appelle l'atelier politique et donc je vais vous soumettre à la question rituelle de cette émission, partant de l'idée que généralement dans un atelier, on peut trouver des outils. J'aimerais savoir si vous avez un outil de prédilection.

1:11
Ayda Hadizadeh

Un outil de prédilection ? Est-ce que les ustensiles pour manger sont des outils de prédilection ?

1:15
Présentateur

Oui, je pense.

1:17
Ayda Hadizadeh

Alors ça doit être la cuillère.

1:18
Présentateur

La cuillère ? Entre la fourchette, le couteau et la cuillère.

1:22
Ayda Hadizadeh

Alors pourquoi ? Parce que ça va me permettre de faire un petit point culturel. En Iran, on mange avec la cuillère et la fourchette parce qu'on n'a pas de morceaux de viande à découper. Ils sont pré-découpés. Ils sont dans des ragoûts, dans des sauces, dans des colèches, exactement. Et on se sert de la cuillère pour manger. Puis la cuillère, c'est quelque chose de doux. La petite cuillère, c'est comme ça qu'on nourrit les enfants aussi. Je dirais la cuillère. Je ne suis pas très manuelle. J'aime bien cuisiner. Et comme je suis d'origine iranienne, j'ai grandi dans la culture iranienne, j'aime manger.

1:51
Présentateur

Alors justement, vous êtes née en Iran. Fin 81 ou début 82, il y a une incertitude sur ce point ?

1:58
Ayda Hadizadeh

Alors il n'y a pas une incertitude. Mon histoire de vie est un petit peu complexe de ce point de vue-là. Mes parents ont dû prendre un état civil de clandestin, un faux état civil, des faux papiers. Oui, exactement. Si on veut faire le parallèle avec les juifs qui devaient fuir l'Allemagne nazie, quand ils sont rentrés dans la clandestinité pour échapper à la répression du régime de Khomeini. Adizadeh n'est pas mon vrai nom. C'est le nom du faux état civil qu'on a donné à ma mère pour pouvoir se cacher et fuir l'Iran de manière clandestine. Et donc ce faux état civil s'accompagnait d'une fausse date de naissance pour elle et pour ses deux enfants.

Aïda est mon vrai prénom, mais Adizadeh est mon vrai nom.

2:35
Présentateur

Mais alors votre vraie date de naissance, parce que moi j'ai lu que votre mère vous affirme que c'était fin décembre 1981.

2:40
Ayda Hadizadeh

Alors c'est un firme, on le sait.

2:41
Présentateur

Ah bah alors voilà, mais sur l'état civil c'est février 1982.

2:44
Ayda Hadizadeh

Alors l'état civil, la France me connaît comme Aïda Adizadeh, même Bouroujani, née le 12 février 1982. Donc c'est la date que je donne sur tous mes papiers. C'est votre état civil officiel. Exactement.

2:53
Présentateur

Mais la vérité c'est que vous êtes née fin décembre.

2:55
Ayda Hadizadeh

Je suis née le 21 décembre 1981, le même jour qu'Emmanuel Macron, pas la même année. Et c'est un jour très important en Iran, c'est le solstice d'hiver qui correspond à une fête iranienne, c'est le Shabay Yaldor. La nuit la plus longue qui est célébrée par les Iraniens qui se réunissent, qui mangent ensemble jusqu'à tard dans la nuit, qui récitent de la poésie. Et c'est symboliquement le jour où, la nuit, où le jour va gagner du terrain et va progressivement gagner du terrain sur la nuit.

3:22
Présentateur

Alors vous n'avez finalement passé qu'assez peu de temps en Iran, puisque votre mère a décidé de fuir le pays. Elle était une opposante au régime du Shah. Mais c'est la révolution islamique qui la pousse à partir. Est-ce que ça veut dire que pour elle, la vie était devenue encore plus insupportable ? Le pays était encore moins viable sous l'autorité des Molak auparavant ?

3:45
Ayda Hadizadeh

Alors, le Shah, c'était une dictature. Il y avait des prisonniers politiques, il y avait une police secrète, il y avait de la répression. J'ai de la famille qui a fait de la prison à cause du Shah. Mon père a fait de la prison sous le Shah d'Iran. Le problème de la révolution, c'est qu'un pouvoir arrive et veut libérer le peuple, et peu de temps après, il amène une nouvelle dictature. Il y a un roman qui est absolument fabuleux, La ferme des animaux de George Orwell, qui décrit ça. Et moi, je me souviens d'avoir vu ce dessin animé. C'était un dessin animé qui est un peu vieilli, mais qui est inspiré du livre, qui explique ça.

Les animaux se liguent pour chasser le fermier, et les porcs prennent le pouvoir et mettent une dictature encore plus dure que celle du fermier. C'est l'histoire de l'Iran. Et le régime des Molak a été à bien des égards plus dur que le régime du Shah, puisque sous le Shah, il n'y avait pas de liberté d'expression, mais il y avait une forme de liberté des mœurs. Les femmes étaient libres de s'habiller comme elles voulaient, mais cette liberté des mœurs a disparu, et la liberté d'expression n'est pas revenue. Ma mère a fui l'Iran parce que sa vie était en danger, parce qu'elle militait pour une véritable liberté, une véritable démocratie en Iran.

4:56
Présentateur

Alors j'ai lu une chose qui en dit long sur la tension et le caractère un peu dramatique de la situation lorsque votre mère décide de quitter l'Iran, à cheval, je crois, dans les montagnes enneigées. Et à ce moment-là, les passeurs, ceux qui vont l'aider, lui proposent des capsules de cyanure pour le cas où elle serait capturée. Ça, c'est elle-même qui vous l'a raconté ?

5:18
Ayda Hadizadeh

Oui, oui, oui. Il propose comme un menu au restaurant.

5:21
Présentateur

J'ai bien compris. Précisons que le cyanure est un poison mortel en quelques secondes.

5:24
Ayda Hadizadeh

C'était la condition des passeurs, c'est que si vous vous faites arrêter, pour ne pas vous faire torturer et finir par livrer sous la torture les passeurs, le réseau, et finalement mettre des gens en danger, il fallait se donner la mort plutôt que d'être torturé et d'être tué à la fin. Et ma mère, elle nous raconte, c'est vrai que c'est des histoires qui marquent enfants, qui marquent même adultes, qu'elle a refusé parce qu'elle ne voulait pas ne pas savoir ce qu'on allait faire à ses enfants. Elle ne voulait pas aussi nous donner la mort. Et pour ça, elle dit, je ne prendrai pas ces capsules de cyanure.

Et comme il y avait des enfants en très bas âge, moi j'avais 15 mois, ma soeur avait 15 mois de plus que moi, on a 15 mois d'écart. Je pense qu'on lui a laissé ne pas prendre ces capsules.

6:04
Présentateur

Alors votre père va lui presque complètement disparaître de votre vie, car il a donné la sienne totalement au moudjahidine du peuple, on peut dire les choses comme ça. Tout à fait, tout à fait. Vous avez dit, un jour, mon père a fini par se souvenir de notre existence et nous a appelés. J'avais 15 ans, je lui ai dit, comment as-tu pu sacrifier ta famille sur ordre politique ? Il a simplement répondu, j'aime mes enfants autant que tous les enfants d'Iran, un jour tu comprendras. Vous aviez 15 ans, bon c'était il y a quoi, une petite trentaine d'années. On va dire ça.

6:40
Invité

Toute petite.

6:42
Présentateur

Un petit peu plus. Est-ce que vous avez compris ou toujours pas ?

6:47
Ayda Hadizadeh

Non, toujours pas. Et d'ailleurs ça pose des questions philosophiques très profondes. Est-ce que la fin doit être... Est-ce que les moyens peuvent être utilisés, n'importe quel moyen, pour arriver à ces fins ?

6:57
Présentateur

Est-ce que la fin justifie les moyens ?

6:58
Ayda Hadizadeh

Est-ce que la fin justifie les moyens ? Et je crois que non. Et c'est des questions que se sont posées des penseurs, des écrivains, des hommes et des femmes qui ont fait de la politique leur métier, leur combat. Je pense que précisément, quand on emprunte un chemin, si ce chemin est amoral, on arrivera à une fin qui sera dévoyée. Et lui, ce qu'il voulait dire, c'est j'ai accepté cet ordre de divorce idéologique, auquel le parti leur a demandé d'obéir, divorcé de sa femme et de ses enfants pour pouvoir se consacrer uniquement à la cause de la libération de l'Iran.

Et lui, il le justifiait en disant, comme j'aime tous les enfants d'Iran de la même manière que j'aime mes enfants, j'ai accepté pour délivrer les enfants d'Iran.

Le problème, c'est qu'en tuant toute empathie, puisque c'est ça à la fin, on tue toute empathie, puisqu'on n'a plus le droit d'éprouver des sentiments filiaux pour ses propres enfants, et bien je crois que quand on arrive au pouvoir, et j'espère qu'ils n'arriveront jamais au pouvoir en Iran, je le dis très clairement, je pense que ce serait une catastrophe pour l'Iran et le peuple iranien, mais si jamais on arrive au pouvoir, ce manque d'empathie dans lequel on a entraîné ces soldats, ces membres, se ressortira dans l'exercice du pouvoir.

8:07
Présentateur

Alors votre père aime aller plus loin, puisque quelques années plus tard, enfin oui, pas mal d'années plus tard, en 2024, il a adressé une lettre à tous les députés du groupe socialiste, dans l'intention de vous discréditer, en disant, je le cite, « Aïda ment et mène depuis des années une propagande mensongère contre l'organisation des Moudjahidines du peuple iranien ». J'ai vu que vos passages médiatiques sont souvent suivis d'une réaction de communiqués, de correctifs parfois interminables.

8:38
Ayda Hadizadeh

Vous allez y avoir droit, donc préparez-vous.

8:41
Présentateur

Je m'y attends, mais ça a dû être terrible pour vous quand même.

8:45
Ayda Hadizadeh

Non, non, parce que je connais leur méthode, je connais les mensonges, c'était même plutôt... Non, non, c'était pas terrible, j'ai pas de relation avec mon père, il n'a pas vécu avec nous, il ne nous a pas élevés, c'est plus un géniteur qu'un père. Je ne comprends pas le choix qu'il a fait, on peut respecter sa mémoire avant qu'il ait rejoint l'organisation des Moudjahidines, je ne suis même pas fâchée contre lui, mais je n'ai jamais compris ce choix-là, et même je le combats politiquement, c'est-à-dire que je maintiens qu'on ne doit jamais sacrifier la fin au moyen, jamais. Et c'est précisément le sens même de mon engagement politique.

Je pense même que je suis entrée en politique pour faire la démonstration à mon père qu'on pouvait garder ses idéaux, sa moralité, ne jamais sacrifier la fin au moyen. Quand il envoyait ce mail-là, pour moi, c'était plutôt une démonstration faite à mes collègues députés que vous voyez bien que ce n'est pas un mouvement comme les autres, quand un père est capable d'écrire à des gens qu'il ne connaît pas pour discrétiter sa fille. Il ne l'a fait que parce qu'il a appris que j'avais dit aux députés de mon groupe de ne pas signer les communiqués de l'organe de lobby qui a été créé à l'Assemblée pour soutenir le combat des Moudjahidines.

Et je leur ai dit, si vous ne me croyez pas, lisez, renseignez-vous, demandez au préfet, demandez au président de la République, demandez à l'ancien président de la République, j'ai l'honneur d'être à côté de François Hollande dans l'hémicycle, donc j'ai dit demander à notre ancien président de la République, tous ceux qui ont eu à connaître du dossier des Moudjahidines au plus haut niveau de l'État savent qui ils sont et savent ce qu'il faut penser d'eux.

10:13
Présentateur

Alors vous êtes devenue française en 2022, vous aviez 20 ans. Comment vous l'avez vécu ce moment ?

10:21
Ayda Hadizadeh

Alors c'est marrant parce qu'il y a quelques jours de ça, la semaine dernière, ou il y a deux semaines, j'ai participé à une cérémonie de naturalisation et j'ai pu prendre la parole pour m'adresser à ceux qui allaient devenir français. Et alors ça m'arrive rarement. Vous avez été submergé par l'émotion. Oui, j'ai failli verser ma larme parce que je leur ai dit que moi ça m'était arrivé, mais je n'avais pas eu de cérémonie de naturalisation et je voulais qu'ils sachent à quel point la France, c'est un grand pays.

Nous sommes les fils et les filles adoptives de la France et parfois moi je souffre d'entendre les Français de souche, comme on dit, ceux qui sont nés en France, qui n'ont pas été naturalisés, se complaire dans la médisance de la France. La France doit être améliorée. On doit se battre pour faire de la France un encore plus beau pays, encore plus grand pays. Mais enfin, la France quand même, la terre des droits de l'homme, la terre de ceux qui sont tombés pour défendre des idéaux tels que la liberté, l'égalité de tous les hommes, puis après de toutes les femmes, il a fallu attendre un peu. Et c'est aussi un pays où il y a une sorte de miracle qui se produit.

Et je suis le fruit de ce miracle. Je m'explique. Peu de pays arrivent en moins d'une génération à donner le sentiment à des personnes qui vivent sur leur sol, le sentiment qu'ils appartiennent à la nation. C'est mon cas. Et mon premier discours à la tribune de l'Assemblée nationale, j'ai redit cette phrase de Romain Garry, « Je n'ai pas une goutte de sang français, mais c'est toute la France qui coule dans mes veines. » Et c'est exactement ce que je ressens pour la France. Et je voulais leur communiquer ça. Et moi, à 22 ans, quand j'ai été naturalisée, il n'y a pas eu de cérémonie. Donc je n'ai pas ressenti cette émotion particulière.

Mais je voulais leur partager ça en disant, vous avez la chance de devenir français et vous avez la chance de participer à cette belle cérémonie, savourez ce moment, participez à la vie publique, votez. Le préfet leur a dit, vous pouvez voter. Moi, je leur ai dit, vous devez voter parce que pendant de longues années, vous avez payé des impôts sans pouvoir donner votre voix pour dire comment vous souhaitez que vos impôts soient dépensés. Là, vous avez la chance de le faire.

C'est même à vous de montrer l'exemple à des Français qui sont nés, Français qui n'ont fait aucun effort pour acquérir la nationalité, puisqu'ils sont nés ainsi, pour leur dire, voilà, il faut se battre pour préserver la démocratie, nos idéaux, l'égalité, la fraternité. Tout ça, ce ne sont pas des 20 mots. C'est des valeurs extrêmement fortes. Et on a la chance de vivre en France. C'est une chance par rapport à plein de pays dans le monde. Moi, je suis très heureuse, par exemple, que ma mère n'ait pas émigré aux États-Unis ou en Angleterre. Je suis très heureuse qu'elle ait émigré en France et d'avoir cette nationalité française auquel je donne tout un sens.

Et regardez, aujourd'hui, je suis députée de la République française. Et ça, par contre, ça, ce jour-là, c'était quand même une forte émotion pour moi que de faire mon entrée à l'Assemblée nationale.

12:54
Présentateur

Oui, j'imagine. Et pour votre mère aussi ? Oui, je pense. Le fait que vous soyez devenue députée ? Parce que j'ai vu qu'on en parlera plus tard, mais elle vous a félicité avec une forme d'économie dans le compliment à propos d'une loi. Mais c'est peut-être une question de nature aussi.

13:06
Ayda Hadizadeh

Non, ce n'était pas ça. En fait, ma mère considère que... Non, mais on l'expliquera. Parce que sinon, là, on est un peu allusifs

13:11
Présentateur

et les auditeurs ne vont pas y comprendre grand-chose. Je vous laisse en dire le... Non, non, mais je termine parce que vous avez cité la phrase de Romain Garry, mais vous avez dit aussi... Alors ça, ce n'était pas à la tribune de l'Assemblée nationale, mais vous avez dit « Je peux m'asseoir à la table de l'extrême droite et leur dire « J'aime la France plus que vous ».

13:26
Ayda Hadizadeh

Tout à fait.

13:27
Présentateur

Mais d'où tenez-vous cette certitude ?

13:29
Ayda Hadizadeh

Parce qu'en fait, j'ai le sentiment que...

13:30
Présentateur

Parce que vous savez combien vous aimez la France. Personne ne peut vous faire ce procès. Mais comment pouvez-vous dire « Je l'aime plus que vous » à quelqu'un que vous qualifiez d'extrême droite ?

13:39
Ayda Hadizadeh

Regardez comment l'extrême droite parle de la France. Toujours en mal, toujours en la rabaissant, toujours en pointant les pires atrocités qui se passent en France, surtout venant de la population immigrée. Moi, je dis que l'extrême droite aime la France comme le mari violent aime la femme battue. Il la rabaisse, il l'humilie et lui dit...

13:57
Présentateur

Elle est de vous cette image ?

13:59
Ayda Hadizadeh

Oui, elle est de moi. Et parce que c'est vraiment l'image qu'il me donne en fait. Il la rabaisse, il l'humilie et il dit « Voilà, je suis ton sauveur, c'est grâce à moi que tu pourrais t'en sortir ». Ce n'est pas ça aimer. Aimer, c'est prendre quelqu'un comme il est et agir de manière résolue et positive pour l'augmenter, l'améliorer et lui permettre de s'épanouir. Et c'est comme ça le véritable amour. Le véritable amour d'un père ou d'une mère pour ses enfants, ce n'est pas lui dire « T'es nul, t'es nul » et espérer qu'il s'en sorte et espérer que ses paroles-là le tirent vers le haut.

Non, c'est lui dire « Je t'aime, j'ai confiance en toi, je sais que tu es capable du meilleur et on va le faire ensemble ». Et je pense que c'est ce discours qu'il faut tenir en ce moment à la France, lui témoigner notre amour et lui dire « On va le faire ensemble, on en est capable ». Regardez ce qui s'est passé après la Seconde Guerre mondiale. Le pays ravagé, quatre années d'occupation, le nazisme, la collaboration, une collaboration atroce, on a donné la liste des enfants juifs alors que les nazis ne la demandaient même pas. Et bien des hommes, des femmes se sont réunis ensemble et ont reconstruit la France en faisant quoi ? La sécurité sociale. C'est ça la France.

C'est dans les moments durs, on se réunit, on fait encore quelque chose de plus grand pour l'ensemble du pays sans mettre personne à la porte. Évidemment, à cette période, il y avait aussi la colonisation. Rien n'est parfait dans l'histoire. Et Rome ne s'est pas construite en un jour. Je ne suis pas en train d'idéaliser les situations.

15:09
Présentateur

Mais on pourrait ajouter que la France s'est réconciliée très rapidement avec l'Allemagne aussi d'ailleurs.

15:12
Ayda Hadizadeh

Et quelle grande œuvre. Après tant d'années de guerre, parce qu'il y avait la Deuxième Guerre, mais il y avait la Première Guerre et puis il y a eu Sedan aussi. Il y a des années et des années de conflits entre ces deux pays.

15:22
Présentateur

On va marquer une respiration musicale, Aïda et Dizadeh, avec quelque chose que vous avez choisi, un titre que vous avez choisi. Je vais vous laisser l'annoncer, comme ça, ça sera correctement prononcé.

15:33
Ayda Hadizadeh

La chanson s'appelle Deyor et elle est chantée et écrite par Shahram Shapare. Elle a été écrite en 1979. Je l'explique maintenant ou je l'explique maintenant ?

15:44
Invité

Non, on en dira quelques mois après. Voilà, une chanson.

17:41
Présentateur

Alors, je vais vous laisser parce que vous voulez faire un autocorrectif. Vous dites que vous n'avez pas suffisamment bien prononcé le nom de l'artiste.

17:48
Invité

Du tout bien prononcé, pas le nom de l'artiste. Le nom de la chanson, c'est Dior.

17:52
Présentateur

Alors, vous savez ce quoi ? On va être complètement transparent. Il se trouve que cette émission est réalisée par Mathias Golchani, qui est née en Iran et qui a grandi et dont vous dites qu'il parle mieux farci, c'est comme ça qu'on dit, que moi.

18:06
Ayda Hadizadeh

Moi, c'est l'émotion, Frédéric.

18:06
Présentateur

Voilà, voilà. Et donc, alors, on vous écoute, vous le dites bien, c'est comment alors ? Dior.

18:11
Ayda Hadizadeh

Ça veut dire Patelin et c'est Patelin, c'est un petit village. En fait, cette chanson, c'est une chanson qui raconte la douleur de l'exil, des exilés et c'est une ode à la terre natale. Et cette chanson, en fait, elle a été immortalisée dans un film fait par Panopanoï, qui est un film qui est réalisé en 2021 et une scène absolument sublime d'un petit garçon qui est dans une voiture avec des gens de sa famille. Je ne vais pas spoiler le film, mais puisqu'il faut le voir, le film s'appelle Hit the Road. Et cette scène, elle est bouleversante parce que le petit garçon se lève et il roule vers la terre natale et il danse dans la voiture.

Et en fait, quand il y a eu les événements, pourquoi j'ai choisi cette chanson ? C'est parce que quand il y a eu le soulèvement en Iran en décembre et en janvier, un soulèvement qui malheureusement a été réprimé dans le sang, sur les réseaux sociaux, beaucoup d'Iraniens postaient cet extrait de film et disaient « Voilà comment moi je vais rentrer en Iran dans un peu de temps en écoutant cette chanson et en dansant comme ce petit garçon. »

19:15
Présentateur

C'était un peu un symbole de liberté.

19:17
Ayda Hadizadeh

C'est le symbole de la réunification avec la terre natale que beaucoup d'Iraniens ont quitté. La majorité des Iraniens ont quitté leur terre natale et ont dû s'exiler.

19:26
Présentateur

On va parler de l'Iran dans quelques instants. Là, il faut qu'on fasse place à la formation. On se retrouve dans quelques minutes. Vous le savez, cette émission est réalisée par Mathias Golchani. On se retrouve dans quelques minutes pour la deuxième partie de l'atelier politique. L'atelier politique avec Frédéric Rivière L'atelier politique avec Aïda Adizadeh, députée socialiste du Val-d'Oise, membre de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, membre de la délégation aux droits des enfants, et on va en parler, et présidente du groupe d'amitié France-Iran.

Et nous allons en parler aussi, puisqu'on viendra dans quelques instants à vos combats prioritaires, donc la protection de l'enfance, mais qui n'est d'ailleurs pas sans rapport avec votre histoire iranienne. Mais d'abord, précisément à propos de l'Iran, voilà des semaines maintenant qu'un fragile cessez-le-feu émaillé tout de même de quelques opérations militaires est en vigueur entre l'Iran d'un côté, les États-Unis et Israël de l'autre. Mais en fait, on ne voit pas vraiment se profiler un scénario rassurant de sortie de crise, à brève ni même d'ailleurs à moyenne échéance.

Certains spécialistes disent aujourd'hui que l'Iran est même encore plus fort maintenant qu'avant le début de la guerre, notamment sous la férule des gardiens de la Révolution. Est-ce que vous partagez cette analyse ?

21:02
Ayda Hadizadeh

Ce n'est pas l'Iran qui est plus fort. Oui, le régime. Tout à fait. C'est le régime qui a raffermi son pouvoir autour du corps des gardiens de la Révolution. Certains spécialistes disent même qu'il ne faut plus parler de régime des Mollahs. Dans les faits, c'est les gardiens de la Révolution qui ont vraiment pris le pouvoir en Iran. Et qu'est-ce qui se passe quand il y a une agression extérieure ? Parce qu'il faut dénoncer l'attaque américaine et israélienne comme une agression illégale. Il faut le dire. Parce qu'elle n'a pas été faite sous couvert du droit international, avec toutes les précautions. Et on voit bien en quoi c'est une agression.

C'est que là, à l'heure actuelle, l'accord qui est en négociation ne prévoit aucunement plus de liberté pour le peuple iranien. Par exemple, ne prévoit pas dans l'accord que les prisonniers politiques en Iran soient libérés, que les manifestants arrêtés en janvier soient libérés. C'est un accord pour l'économique et nucléaire.

21:47
Présentateur

Non mais aujourd'hui, on a l'impression que ce qui apparaîtrait aux États-Unis comme un accord satisfaisant, c'est juste le retour à la situation d'avant la guerre.

21:55
Ayda Hadizadeh

C'est même pire que ça. C'est-à-dire que Donald Trump a toujours été jaloux de l'accord signé par son prédécesseur Obama en 2015 avec la France, France et Hollande et l'Angleterre et d'autres pays européens. Il dit « Moi, j'aurais fait un meilleur deal ». Obama s'est fait rouler. Et les Israéliens l'ont poussé à déchirer l'accord en 2018 et s'en retirer unilatéralement. L'accord, si jamais il arrive à en signer un qui mettrait fin à la guerre, sera moins bon que l'accord de 2015. Qu'est-ce qu'il a fait ? Il a fait prendre conscience au régime iranien qu'il pouvait contrôler le détroit d'Hormuz et donc bloquer 20% de l'économie mondiale.

Le détroit n'est pas aux Iraniens, mais les Iraniens peuvent le bloquer. Et donc merci à Donald Trump et à son égo démesuré de nous avoir mis dans cette situation-là.

22:39
Présentateur

Alors vous disiez, aujourd'hui, ce ne sont plus tant les Molas que les gardiens de la révolution qui contrôlent et dirigent le pays. Est-ce que sur le plan théocratique, ça change quelque chose ou pas ?

22:50
Ayda Hadizadeh

Moi, j'ai toujours dit qu'il faut faire très attention parce que l'Iran, même avant cette guerre-là, est moins une théocratie au sens où les talibans l'ont mis en place qu'un régime mafieux aux mains d'une oligarchie qui se sert de la religion pour imposer son pouvoir et surtout se distribuer les prébandes que le pouvoir leur accorde. Les gardiens de la révolution, c'est un corps mafieux qui s'organise pour faire main-bas sur la majorité de l'économie. La majorité de l'économie iranienne est contrôlée par le corps des gardiens de la révolution.

23:20
Présentateur

Mais avec l'outil religieux, eux aussi, au même degré que les Molas ?

23:25
Ayda Hadizadeh

L'outil religieux, les corps de gardiens de la révolution, c'est garder la révolution islamique, donc garder la république islamique, la loi de la Sharia. Mais qu'est-ce qui se passe ? Et les Iraniens sont au courant, il y a une corruption totale. Quand je dis totale, c'est que cette corruption est économique et morale. Un peu avant, c'est en novembre, octobre ou novembre, donc avant les manifestations qui ont commencé dans les bazars iraniens, il y a une vidéo qui a beaucoup circulé en Iran, où on voyait la fille d'un très haut dignitaire du corps des gardiens de la révolution, on voyait son mariage.

Et le mariage de cette fille, de ce dignitaire-là, il était présent sur la vidéo, c'était homme et femme ensemble, toutes les femmes ont décolleté, cheveux au vent. Et cette vidéo a beaucoup circulé en Iran, parce que les Iraniens ont dit, regardez, ils nous tuent, ils tuent nos enfants pour une mèche de cheveux dévoilée, et regardez eux dans quelle corruption ils se vautent. Corruption morale et économique, et c'est le cas de corruption.

24:14
Présentateur

Est-ce qu'elle a fait du tort à ce monsieur, cette vidéo ?

24:16
Ayda Hadizadeh

Évidemment. De toute façon, ces vidéos-là sont connues.

24:18
Présentateur

Il a eu des ennuis ?

24:20
Ayda Hadizadeh

Je ne sais pas, il a présenté ses excuses ou pas. Mais non, mais c'est une mafia. Il n'a pas eu des ennuis. Il a présenté ses excuses. Par contre, si vous voulez réformer, il y a eu des maires, le maire d'Ispaan et le maire de Téhéran ont eu des ennuis, quand ils ont voulu faire des réformes et assouplir un petit peu un certain nombre de choses. Ils ont menacé le régime et sa corruption. On les a mis en prison de manière arbitraire. C'est de ça dont il s'agissait. Ce n'est pas une théocratie. C'est un régime d'oligarques, mafieux, corrompus, qui s'organise pour s'enrichir avec les sanctions.

Un certain nombre d'entre eux se sont enrichis, grâce notamment aux relations économiques qu'ils ont établies avec la Chine. Et c'est de ça dont il s'agit. C'est pour ça que, eux, sur leurs atouts de montrer leur muscle et de tenir tête au régime de Trump, les négociations ne sont jamais interrompues. Et s'ils peuvent parvenir à un accord, ils y parviendront. Si ça peut permettre de les sauver. L'agression américaine et israélienne, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a donné une assurance vie, quelque part, à ses dignitaires du régime. Alors, la seule chose qu'on peut se dire, c'est que le régime est tellement corrompu économiquement que ça ne tiendra pas dans le temps.

Contrairement à la Chine, où il n'y a pas de liberté d'expression, l'Iran n'a pas réussi à apporter de la croissance économique à son peuple. Donc, il n'y a pas de liberté d'expression, il n'y a pas de liberté des mœurs, il n'y a pas de croissance économique.

25:33
Présentateur

Et la guerre a apparemment des effets économiques assez lourds aussi. C'est lourd.

25:37
Ayda Hadizadeh

Donc, dans la durée, je l'espère de tout mon cœur, ça ne pourra pas tenir.

25:40
Présentateur

Vous l'avez évoqué tout à l'heure, il y a eu plusieurs tentatives de soulèvement ces dernières années, dont la dernière en janvier, en effet, 2026. Toutes ont été très violemment réprimées. Et la dernière, peut-être encore plus durement que les précédentes.

25:53
Ayda Hadizadeh

On parle de 15 000 à 30 000 exécutions.

25:54
Présentateur

Oui, c'est ça, les bilans sont très... Effarants. ...très incertains, mais très impressionnants dans tous les cas. Qu'est-ce qui pourrait, selon vous, créer des conditions favorables à un véritable changement de régime vers quelque chose qui ressemblerait, peu importe le terme, un peu plus de liberté ?

26:13
Ayda Hadizadeh

Alors, le plus de liberté, les Iraniens, et surtout les Iraniennes, l'ont arrachée elles-mêmes. Depuis la révolution Femmes-Vie-Liberté, révolution féministe, au sens où elle a été menée sous un slogan féministe, et elle a rangé derrière elle des femmes et des hommes qui voulaient de l'égalité entre les femmes et les hommes, les Iraniennes en Iran ne portent plus le voile. Elles l'ont faite quasiment tout ensemble, à leurs risques et périls, mais on ne peut pas mettre 50% d'une population en prison. Aujourd'hui, vous allez en Iran, les femmes sont dévoilées dans les grandes villes, à Téhéran. Très majoritairement. Oui, de manière très étonnante.

Cette révolution-là, elles n'ont pas eu besoin de bombes pour la faire, et elles l'ont faite au prix de leur sang. Et ça, le régime ne l'a pas remis en place, parce qu'ils savent que s'ils reviennent mettre un coup, s'ils resserrent la vis du point de vue des mœurs, c'est comme une cocotte minute, ça va exploser. Et donc, ils laissent cette liberté-là. Et même, je vais aller plus loin, dans sa propagande récemment durant la guerre, le régime a lui-même utilisé des femmes dévoilées pour montrer que même des femmes dévoilées, donc même des femmes occidentalisées, soutenaient le régime dans sa riposte à l'agression américaine-israélienne. C'était des actrices.

D'ailleurs, ça a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux iraniens. Mais ils ont mis en scène, il faut voir ce que c'est, le régime a lui-même mis en scène des femmes dévoilées pour montrer l'unité nationale du pays derrière son régime. Donc, tout ça est assez sidérant. Donc, cette fameuse liberté-là, de sortir dans la rue dévoilée, les Iraniens l'ont arrachée d'elles-mêmes. Moi, ce que je dis, c'est que le peuple iranien est un très grand peuple. Et je le dis d'autant plus que je connais beaucoup de Français qui ont pu voyager en Iran et ils en reviennent avec cette même affirmation. C'est un très grand peuple, épris de culture, de poésie. Ils ont la volonté de vivre en paix.

27:52
Présentateur

De danse et de cuisine, me disiez-vous aussi, avant que nous démarrions l'émission.

27:56
Ayda Hadizadeh

C'est des, comment dire, c'est des hédonistes, c'est des gens qui apprécient la bonne chair. Voilà, ils ne sont pas à l'image. Ce sont des gens qui aiment vivre. Ce sont des gens qui aiment vivre. Et quand on voyage en Iran, quand on pouvait encore voyager en Iran, les voyageurs qui revenaient étaient étonnés par la grande gentillesse de ce peuple et par leur volonté de montrer une autre image. Les Iraniens adorent leur pays. Il y a des tas de chansons. Je vous en ai choisi une d'hier. Il y en a des tas d'autres qui sont à la gloire de cette terre natale qu'ils chérissent.

Ils font la différence entre cette terre pour laquelle ils pourraient mourir et ce gouvernement qui les enferme comme s'ils étaient en prison de l'intérieur. Et c'est pour ça que le peuple iranien a beaucoup de ressources. Il y a une société civile organisée. Il y a des intellectuels, il y a des journalistes, il y a des femmes qui sont allées à l'université, qui ont étudié et qui sont érudites. On a dans les prisons en Iran des prisonniers politiques qui sont l'élite politique de la nation. Il suffirait que ces prisons s'ouvrent pour que demain l'Iran puisse construire une grande démocratie.

28:49
Présentateur

Donc vous pensez que seul le peuple iranien pourra lui-même se libérer de ce régime ?

28:54
Ayda Hadizadeh

Il faut le soutenir.

28:56
Présentateur

Il faut le soutenir. Mais le soutenir comment alors ?

28:57
Ayda Hadizadeh

Alors moi j'étais pour qu'on inscrive le corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes, ce qui a été fait par la France il y a peu de temps. Après les exécutions qui ont été faites, c'est une résolution qu'on a votée à l'Assemblée et qu'on a portée aussi au niveau européen. J'étais pour le faire avant la répression sanglante de janvier 2026. Parce qu'il faut qu'on contraigne cette mafia qui s'enrichit et qui détourne l'argent du peuple iranien pour les acculer et les faire déposer les heures.

29:25
Présentateur

On parle parfois de fortune astronomique. Astronomique.

29:27
Ayda Hadizadeh

Pour un certain nombre de dignitaires. Si la fortune de Khomeini, Feu Khomeini, mais son fils maintenant qui en a hérité, si elle était publique, il serait dans la liste des 10 plus grandes fortunes du monde publiées par Forbes. On n'a pas idée. D'ailleurs ces gens-là envoient leurs enfants à l'étranger pour suivre les meilleures études. Évidemment les filles sont dévoilées et les garçons ont des mœurs dissolues. Mais à l'intérieur du pays, c'est la pauvreté pour la majorité du peuple iranien.

29:52
Présentateur

Un mot encore avant d'en venir à la protection de l'enfance. Vous êtes présidente, je l'ai dit, du groupe d'amitié France-Iran à l'Assemblée nationale. Que pouvez-vous faire ? Comment pouvez-vous agir dans cette fonction avec ce groupe ?

30:02
Ayda Hadizadeh

Alors je vais vous annoncer quelque chose qu'on va mettre en place. Je soutiens une coalition d'opposants politiques au régime iranien qui se sont réunis à Londres et qui ont mis en place l'Iran Freedom Congress, l'IFC. C'est le premier réseau d'opposants politiques iraniens en exil structurés qui représentent différentes forces politiques opposées. Donc c'est des gens de gauche, des minorités, mais aussi des gens plus à droite, conservateurs, et qui s'unissent pour faire porter une voix, pour faire entendre aux chancelleries ici, aux régimes ici, la voix du peuple iranien à partir de l'étranger.

Et le 29, à l'Assemblée nationale, nous allons organiser un rassemblement pour lancer une opération de parrainage. Nous souhaitons qu'un responsable, une responsable politique, parraine un manifestant à l'heure actuelle en prison et en passe d'être exécuté. Il y a des exécutions qui ont lieu tous les jours de ces manifestants. Et nous souhaitons de nouveau attirer l'attention de la communauté internationale, en commençant par la communauté française, sur ces exécutions. On sait que le régime iranien est très sensible à sa réputation. Et ces opérations-là ont pu avoir par le passé quelques effets.

Et retenir la main du régime, retenir la corde qu'allait pendre ces malheureux manifestants qui n'ont commis comme seul crime que de demander plus de liberté. Et cette opération, nous allons la lancer le 29 juin prochain à l'Assemblée nationale. Et j'espère qu'il y aura du monde. La présidente de l'Assemblée nationale a confirmé sa venue. J'attends la confirmation aussi du ministre des Affaires étrangères, tout de très assentif au sort du peuple iranien.

31:27
Présentateur

Alors, venons-en à la protection de l'enfance, qui est au cœur de votre action. D'abord militante, puis politique. Votre proposition de loi déposée le 16 septembre 2025, visant à assurer le droit de chaque enfant à disposer d'un avocat dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative et de protection de l'enfance, a été adoptée à l'unanimité. 269 voix pour, 0 contre et 1 abstention. Ça, c'est un motif de fierté pour vous. Alors, je le dis parce qu'il faut avoir un peu de sud dans les idées. C'est à propos de cela que je disais que vous racontez que vous avez dit à votre mère que vous aviez réussi cela et elle vous a dit « c'est bien ma fille ».

32:05
Ayda Hadizadeh

Non, elle était très fière. Elle m'a dit ça vraiment, ce combat-là. Il est juste. Pour revenir sur ma mère, en fait, elle estime que la politique, c'est un monde violent et elle veut protéger sa fille, ce qui est normal. Et si demain, je lui annonçais que j'arrêtais, que je ne me représenterais pas en 2027, donc scoop, je me représenterais en 2027. Elle ne serait pas malheureuse. Ah oui, elle me féliciterait.

32:22
Présentateur

Scoop, c'est-à-dire que vous vous représenterez en 2027 ?

32:24
Ayda Hadizadeh

Oui, je vais défendre mon mandat. J'ai fait qu'après tout, je n'aurais fait que trois ans. Je n'aurais pas fait cinq années. Je vais essayer de me faire élire. On verra bien ce que les électeurs décideront. C'est la démocratie et on verra bien ce que les électeurs choisiront. Mais je me représente...

32:35
Présentateur

Alors, ce vote, donc, unanimité, c'est un motif de fierté, ça, j'imagine. Oui, tout à fait. Et puis une satisfaction aussi, quoi, pour faire avancer la cause.

32:42
Ayda Hadizadeh

Parce que la cause a avancé et elle va aboutir. Le texte a été examiné par le Sénat parce qu'il faut que j'explique aussi à vos éditeurs. Un texte de loi voté à l'Assemblée, c'est un motif de fierté, mais s'il n'est pas repris par le Sénat pour être examiné, il peut rester dans les cartons de l'Assemblée, voire finir dans le cimetière de l'Assemblée nationale. Et l'Assemblée nationale est pleine de belles lois votées, mais qui ne sont jamais sorties des murs de l'Assemblée nationale pour être inscrites à l'ordre du jour du Sénat. On a réussi grâce au sénateur Xavier Iacovili, notamment, je tiens à le saluer, sénateur des Hauts-de-Seine, qui n'est pas du même parti politique que moi.

33:13
Présentateur

Il est Renaissance, c'est ça ?

33:14
Ayda Hadizadeh

Il est Renaissance, tout à fait. Et il a la même conviction que moi, il faut absolument que les lois qui protègent les enfants placés de ce pays évoluent et qu'on leur garantisse une meilleure protection. À l'heure actuelle, je le dis sans rougir et je le dis partout où le micro m'est tendu, c'est un scandale d'État. Je ne suis plus la seule à le dire. Édouard Philippe, pour citer quelqu'un qui n'est pas de la même famille politique que moi, dans son bouquin pour lancer sa campagne présidentielle, emploie ces mots-là, « Ce n'est pas normal le sort que la France fait à ses enfants. »

33:42
Présentateur

Mais comment on est-on arrivé là ? Parce qu'en effet, vous êtes un certain nombre à dire ça, c'est un scandale d'État, vous dites que c'est complètement à côté de la plaque. Comment on est-on arrivé là ? C'est un désintérêt ? On ne s'est pas soucié du sort des enfants les plus précaires ? Parce qu'on parle essentiellement de ceux qui sont placés en foyer ou en famille. C'est ça.

34:05
Ayda Hadizadeh

Malheureusement, cher Frédéric, je pense que la France a encore énormément de progrès à faire pour se soucier du sort des plus vulnérables de notre société. Sans faire de catégorisation, il y a les femmes. Par exemple, on en parle beaucoup en ce moment, mais 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite. Et il y a les enfants. Évidemment, on a tous en tête Liana, son assassinat, sa disparition tragique. Mais évidemment, on a tous en tête Liana aujourd'hui quand on parle de la protection des enfants. Et parmi les enfants, les plus vulnérables des plus vulnérables, ce sont les enfants dont les parents sont défaillants, violents ou inaptes à s'occuper d'eux, à les aimer correctement.

Ces enfants-là sont retirés aux parents par décision administrative ou par décision du juge, placés en foyer et famille d'accueil. Et ce sont des politiques de la pénurie. De manière générale, moi, je considère que tous les endroits où on soigne les personnes, où on les élève, où on les éduque, où on s'occupe d'eux, tous ces endroits-là sont insuffisamment financés par notre État. Toutes les mains qui soignent ne sont pas suffisamment... On n'est pas suffisamment reconnaissante envers eux.

Et les éducateurs qui sont dans ces foyers et les familles d'accueil qui s'occupent de ces enfants-là ne sont pas valorisées, ni socialement, ni budgétairement, ce qui fait que nous sommes dans des politiques de la pénurie. Et comme ces enfants ne votent pas, et comme ces familles ne sont pas suffisamment importantes pour peser dans une élection, eh bien, c'est la dernière roue du carrosse. C'est pour ça qu'on est dans cette situation.

35:30
Présentateur

Je voudrais qu'on s'arrête un instant sur cette proposition de loi. Alors, vous dites qu'elle va être examinée au Sénat. Donc, c'est un avocat pour chaque enfant qui bénéficie d'une mesure de protection. Mais il y a un point que j'aimerais comprendre. Parce qu'on parle d'enfant de quel âge ? Parce que si c'est un tout petit... Tous les enfants. Oui, mais si c'est un enfant de 4 ans...

35:45
Ayda Hadizadeh

Même un nourrisson aura son avocat.

35:47
Présentateur

Oui, mais alors, à ce moment-là, l'avocat devient comme une forme de tuteur, un peu. Non. Parce qu'un enfant de 3 ans ne peut pas expliquer ce qu'il veut, ce qu'il ressent.

35:55
Ayda Hadizadeh

Un enfant de 3 ans peut expliquer... Peut dire des choses. Peut dire des choses. La question, c'est...

36:00
Présentateur

Enfin, il n'a pas une conversation avec un avocat, quoi.

36:02
Ayda Hadizadeh

Un enfant de 3 ans peut avoir une conversation et verbaliser.

36:05
Présentateur

Vous voyez bien ce que je veux dire.

36:06
Ayda Hadizadeh

La question est, l'avocat est là pour défendre les droits de l'enfant et apporter dans le bureau du juge une forme de contradictoire pour que le juge puisse être le mieux éclairé possible pour rendre sa décision. Ce n'est pas une lubie française. Cette loi-là, elle existe dans d'autres pays. Et je ne vais vous en citer qu'un, la Belgique. C'est un pays voisin, c'est un pays francophone. Depuis 1994, ils ont mis en œuvre cette loi. Et les juges belges le disent. Partout où l'avocat est présent, notre décision s'en trouve améliorée.

Parce qu'on a quelqu'un qui peut nous donner des éléments d'information qui sont complémentaires à ceux des services sociaux sur le bien-être de l'enfant quand il est placé en pouponnière. Est-ce que, par exemple, j'ai des cas très précis où une avocate a pu renseigner le juge en disant que cet enfant-là, qui était placé en pouponnière, quand il revoyait sa mère, ce bébé, la mère créait une connexion avec ce bébé-là. Et cet avocat a défendu le fait que cet enfant pouvait retenter le fait qu'il aille revivre chez sa mère. Parce que quand elle observait l'enfant et sa mère, elle voyait que la mère et l'enfant, à ce moment-là, ce bébé, recréaient une connexion.

Et elle a pu renseigner le juge là-dessus. Partout où l'avocat est présent, la décision du juge s'en trouve améliorée. C'est avec cette conviction-là qu'on a défendu cette loi-là, votée à l'unanimité, mise en place depuis 1994 en Belgique, et qui a montré ses effets positifs sur la protection des enfants.

37:22
Présentateur

Alors, quelques questions techniques, parce que c'est intéressant ce sujet. Attendez, je vous ai pas dit,

37:28
Ayda Hadizadeh

elle revient à l'Assemblée. Le 30 juin, le gouvernement avec qui nous avons passé un accord a accepté de dégager du temps gouvernemental pour réinscrire le texte voté au Sénat. Le 30 juin, nous allons tout faire pour que l'ensemble des députés votent le même texte que le Sénat. Si jamais c'est le cas, et on va s'assurer que ça le soit, le texte sera définitivement adopté et pourra être promulgué quelques jours après par le Président de la République et entrera en vigueur le 2 janvier prochain.

37:54
Présentateur

Alors, la question que je me pose, ça concerne combien d'enfants et donc ça suppose combien d'avocats ?

38:00
Ayda Hadizadeh

Alors, ça concerne 300 000 enfants, grosso modo, mais un avocat peut être l'avocat d'une fratrie. C'est pour ça qu'il fallait ne pas exclure d'enfants. C'est que l'avocat peut défendre une fratrie et beaucoup d'enfants se retrouvent placés par la soeur.

38:13
Présentateur

Ça fait un nombre d'avocats tout à fait considérable. Je ne sais pas, à vrai dire, je n'ai pas la moindre idée de combien il y a d'avocats en France, mais ça fait quand même beaucoup d'avocats. D'une part, et puis d'autre part, l'exemple que vous citiez à propos de cette mère qui a recréé du lien avec un nourrisson et dont l'avocat était le témoin pour dire qu'on pouvait tenter de les faire revivre ensemble, là, il y a une dimension psychologique. Donc peut-être il faut des avocats formés d'une certaine manière.

38:39
Ayda Hadizadeh

Merci de soulever tous ces points-là parce que là, on touche au cœur de ce que cette loi va faire. Les avocats belges nous disent c'est un nouveau métier. Recueillir la parole d'un enfant pour la traduire devant le juge et pour lui donner une forme juridique, une traduction en termes de droit, c'est un nouveau métier. Et ça nous renvoie même à un débat culturel très profond. Aujourd'hui, nous ne savons pas nous mettre à genoux et recueillir correctement la parole de nos enfants. Que ce soit à l'école, dans le périscolaire et dans les lieux de passement. Partout où il y a des enfants.

Et toutes les violences faites aux enfants qui explosent à l'heure actuelle, qui explosent parce qu'enfin, on met le projecteur dessus. Ces violences ont toujours existé. Elles étaient encore plus fortes au XIXe siècle. Hugo, le grand Hugo, c'est peut-être celui, le premier, qui a mis un genou à terre et qui a fait entendre, fait voir, fait lire à tout un peuple la douleur de l'enfant. Cosette était placée chez les Thénardiers, qui était une famille d'accueil abusive. Hugo, un million de Parisiens étaient à son enterrement. Pas parce qu'il avait écrit des superpoésies, parce que c'est celui qui avait mis un genou à terre et fait voir la misère du peuple.

Les misérables, c'est de ça dont on parle. Notre société doit apprendre à se mettre à hauteur d'enfants, écouter leurs paroles et les croire. Un enfant ne ment pas quand il raconte des scènes d'agression sexuelle. Ça, un enfant ne l'invente pas. Et ça, il faut qu'on se le mette dans la tête. 2% peut-être des enfants ont ment pour décrire une agression sexuelle, mais qu'ils ont connue par ailleurs. Il faut se mettre à hauteur d'enfants et les avocats français vont apprendre un nouveau métier, se mettre à hauteur d'enfants pour recueillir leurs paroles.

40:12
Présentateur

Voilà, on a terminé. Je suis désolé, on n'aurait pas Je suis bavarde. C'est un sujet passionnant, je suis d'accord avec vous. Mais en un mot, les avocats devront quand même avoir développé ces aptitudes. Ils le font.

40:24
Ayda Hadizadeh

On travaille avec le Conseil national des barreaux qui a déjà mis en place des formations pour les avocats pour recueillir la parole d'un enfant verbalisant, c'est-à-dire qu'il peut exprimer sa parole comme non verbalisant.

40:33
Présentateur

On n'a pas parlé de l'élection présidentielle, mais c'était plus intéressant. Je vous remercie. Parce qu'on risquait de dire des platitudes sur l'élection présidentielle. C'est un écueil qui menace grandement.

40:45
Ayda Hadizadeh

Et vous avez vu, je ne pratique pas la langue de bois.

40:47
Présentateur

Absolument. Merci Aïda Adizadeh, merci d'être passée à l'atelier politique. Cette émission est à retrouver sur le site internet de RFI ou sur l'application Pure Radio. Bonne soirée, à la semaine prochaine.