L'interview : Jordan Bardella - 04/03
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. Bonjour, Jordan Bardella. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le président du Rassemblement National, dont Marine Le Pen est la candidate. Depuis aujourd'hui, Emmanuel Macron est donc officiellement candidat. Vous boxiez dans le vide, en quelque sorte, jusqu'à présent. Vous avez désormais un adversaire. On va revenir évidemment sur la manière dont cette campagne va se passer. Et si vous estimez qu'il descend suffisamment dans l'arène. Mais la guerre en Ukraine, bien sûr, qui monte encore d'un cran. avec cette nuit des bombardements d'une centrale nucléaire dans le sud du pays. Le pire est à venir, voilà ce que dit Emmanuel Macron.
Et ces dernières conversations avec Vladimir Poutine laissent entendre qu'il est de plus en plus brutal et difficilement contrôlable. Dans vos liens affichés avec Vladimir Poutine, vous vous êtes trompé. Est-ce que vous n'avez pas, au fond, choisi le mauvais camp ?
Non, madame. Moi, j'entends cette petite musique qui alimente un peu le bruit de fond des interviews depuis plusieurs jours. Marine Le Pen est candidate à l'élection présidentielle. Pour la troisième fois, nous comptons remporter cette élection présidentielle. Elle a été amenée au cours de ces dix dernières années à rencontrer plusieurs dirigeants politiques. La Russie, qu'on le veuille ou non, est une puissance mondiale. Ça peut être à la fois un concurrent, un adversaire, un partenaire. C'est aujourd'hui un pays qui a commis une agression, une faute très lourde, qu'il nous faut condamner avec la plus grande fermeté.
Mais, je veux dire, le premier chef d'État reçu par Emmanuel Macron lorsqu'il est élu, c'est Vladimir Poutine. Et à l'époque, Emmanuel Macron parle d'une amitié entre le peuple français, le peuple russe. M. Le Drian rencontre M. Lavrov, qui est le ministre des Affaires étrangères, durant l'été 2017. Et il dit que la Russie doit être un partenaire dans la lutte contre le terrorisme.
Donc, on s'est tous trompé, lui, comme vous ?
Mais la question n'est pas, est-ce qu'on s'est trompé ou non ? Je veux dire, la géopolitique, c'est soit la diplomatie, soit la guerre. Nous n'entendons pas faire la guerre à la Russie. La Russie est une puissance nucléaire, la France est une puissance nucléaire. Et évidemment que si deux puissances nucléaires s'affrontent, alors c'est la destruction mutuelle. Donc, je pense que nous devons continuer de faire pression de manière diplomatique sur la Russie. Moi, je n'entends pas saboter le travail du président de la République, même si on va avoir un débat avec le candidat Emmanuel Macron. Il a eu raison. Il a raison de le faire.
Et nous souhaitons qu'il aille plus loin en organisant sous l'égide de l'ONU une grande conférence internationale entre à la fois les États-Unis, la Russie, l'Ukraine, les pays frontaliers de l'Ukraine. Je pense notamment à la Roumanie, à la Slovaquie, même également à la Hongrie, y compris aussi à l'Allemagne. Il faut que les puissances européennes puissent se parler, se mettent autour de la table.
Mais je veux juste dire par là que le rôle de la France est d'être une puissance libre, autonome, indépendante, à la fois vis-à-vis de la Russie, mais aussi vis-à-vis du commandement intégré de l'OTAN, qui a quand même, et je reprends d'ailleurs les déclarations du général Desportes, qui est l'ancien haut responsable du ministère de la Défense, contribué à aggraver les tensions dans cette région depuis maintenant 20 ans.
Vous insistez sur l'indépendance et la liberté de la France, mais on le voit bien, en effet, la réponse, elle est certes par la voix d'Emmanuel Macron qui continue à parler ou à tenter de parler avec Vladimir Poutine, mais c'est aussi en tant que président de l'Union Européenne. En exercice, est-ce que le fait que l'Europe se soit mobilisée, qu'elle ait été capable de se coordonner sur l'envoi des armes, qu'elle ait été capable de se coordonner sur l'accueil des réfugiés, on y reviendra, est-ce que sur tout cela, vous vous dites au fond, heureusement que l'Europe est là ?
Non, je ne me dis pas heureusement que l'Europe est là. Je pense qu'envoyer des armes, comme l'a décidé la présidente de la Commission Européenne, relève de la compétence des États et des parlements nationaux. La Commission Européenne n'a pas à jouer le rôle de « va-t'en-guerre ». Le chef des armées en France, ce n'est pas Mme von der Leyen, c'est Emmanuel Macron. C'est le président de la République. Donc c'est à lui, je dirais, et à lui seul, après concertation avec le Parlement. Juste, quand même, j'aimerais dire une chose, la France n'est pas en guerre. La France n'est pas en guerre. Mais il a dit ça, Emmanuel Macron, vous avez dit un peu en anglais.
Non, il a eu raison, il l'a souligné, il a eu raison. Mais je veux dire par là que les Français ne doivent pas être privés durant ces 37 jours, prochains jours, 37 me semble-t-il, qui nous séparent du premier taux de l'élection potentielle, d'un débat sur la sécurité, sur le pouvoir d'achat, sur l'immigration, sur nos institutions. Et j'aimerais dire par là que, qu'on prenne des sanctions à l'égard de la Russie. Très bien. Mais je dis juste, attention. Attention à ce que sanctionner la Russie, et je reprends les termes d'un de vos éditorialistes, M. Dose, que j'ai écouté l'autre jour, qui disait, attention à ce que sanctionner la Russie ne revienne pas à se sanctionner soi-même.
On sait que des sanctions économiques prises n'importe comment contre la Russie pourraient avoir des conséquences catastrophiques pour le pouvoir d'achat des Français, et notamment en termes d'explosion de la facture d'énergie et des carburants.
Je vous donne un exemple. Ce matin, j'avais la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, qui était mon invitée sur RMC, qui représente les agriculteurs. Et elle disait, oui, il va y avoir des conséquences. Il faudra par exemple que les consommateurs payent peut-être plus cher leur alimentation. Mais c'est un effort de guerre. Est-ce qu'au fond, il ne faut pas, parfois, oui, devoir faire quelques sacrifices sur notre propre économie, mais parce que les enjeux sont importants ?
Mais madame, les Français, ils ont déjà fait beaucoup de sacrifices. Donc ça suffit. Et quand je vois que nous vivons dans un pays aujourd'hui, et c'est le bilan d'Emmanuel Macron, des retraités vivent avec 8 euros par jour, où des Français n'arrivent plus à faire le plein complet de leur voiture parce que le prix de l'essence est à 2 euros le litre et qu'ils n'arrivent plus aujourd'hui à vivre comme ils le souhaitent parce que le reste à charge est trop important. Je me dis que la priorité des priorités à partir du moment où la France n'est pas elle-même en guerre doit être de protéger aussi le pouvoir d'achat des Français.
Les sanctions, on a quand même un peu de recul, il y a des sanctions qui ont été prises contre la Russie depuis 2014, elles ont eu un double effet. Elles ont effondré les exportations de nos agriculteurs. On a perdu 14% d'exportations agricoles au niveau européen vis-à-vis des sanctions qui ont été prises contre la Russie. Et surtout, elles n'ont servi à rien dans la mesure où elles ont permis à la Russie de renforcer son autonomie stratégique et de devenir le premier exportateur de blé mondial.
Si je vous suis, Jordan Mardella, ça veut dire qu'on ne prend pas de sanctions ou en tout cas pas celle-là, on n'envoie pas d'armes, on fait quoi ?
Non, je dis qu'il peut y avoir des sanctions. Mais des sanctions ciblées, chirurgicales. Il y a des sanctions contre des établissements bancaires, contre des proches du pouvoir russe qui peuvent être repris. Je n'ai pas de débat là-dessus. Mais je dis juste qu'attention, parce qu'une grande partie du gaz qui est importé sur le sol européen, 40% du gaz, 55% pour l'Allemagne, provient directement de la Russie. Et qu'évidemment, des rétorsions russes que l'Union soviétique n'avait même pas souhaitées couper du temps de la guerre froide auraient des conséquences dramatiques. Pardon de penser au pouvoir d'achat des Français.
Vous savez que Marine Le Pen en a fait un axe très fort de sa campagne parce que je pense que le pouvoir d'achat est une préoccupation majeure des Français qui aujourd'hui n'arrive plus à boucler la fin du mois. Et nous demandons au gouvernement, et nous le ferons si Marine Le Pen est élue présidente le 24 avril, le 25 au matin, c'est dès maintenant de décréter l'énergie comme produit de première nécessité et de baisser la TVA de 20% à 5,5% sur le carburant et l'ensemble des produits énergétiques. En urgence, tout de suite. En urgence, là. Là, maintenant, tout de suite.
Parce qu'il ne faut pas que l'État, compte tenu en plus de cette crise, vienne se gaver avec des recettes fiscales qui viendraient augmenter sur le dos de la crise ukrainienne. Je vous donne un exemple concret. Sur l'essence, c'est 60% de taxes. C'est délirant. Il y a plus de fiscalité sur ce produit-là que de produits lui-même. Donc, on propose une baisse de la TVA de 20% à 5,5%, ce qui fait concrètement que lorsque vous faites un plein de 40 litres, vous gagnez 8 euros.
Mais ces 8 euros que vous gagnez par plein, quasiment un plein par semaine, c'est-à-dire multiplié par 4 dans le mois, plus une baisse de la TVA également sur l'électricité, le gaz, le fuel, parce qu'il y a des gens qui ont besoin de ces matières premières pour se chauffer.
C'est le plan de résilience qu'a annoncé Emmanuel Macron, qui va être détaillé, mais on n'a pas encore complètement les détails. Pour vous, c'est ça, par exemple ?
Mais si vous voulez, on pourra distribuer des aides, mais les Français, aujourd'hui, veulent pouvoir vivre de leur travail. Et ils ne conçoivent pas qu'en même temps, le gouvernement vienne leur casser la jambe fiscalement sur l'énergie, le gaz, l'électricité, le fuel, le carburant, et en même temps, vienne leur offrir une béquille, un spéculoos, un chèque de 100 ou 200 euros à la fin du mois pour essayer de compenser toute ou partie de cette augmentation, y compris sur le blocage des prix, d'ailleurs. Le blocage, il est temporaire. Et le blocage des prix, c'est un blocage au moment T, mais il ne permet pas de compenser.
Par exemple, sur le gaz, depuis un an, le gaz a augmenté de 40%, ce qui fait que vous aviez une facture à peu près de gaz pour un ménage français qui était annuellement de 800 euros. Avec l'augmentation des 40%, on est passé à 1 200 euros. Quand vous avez un chèque énergie de 100 ou 200 euros, comment voulez-vous que les Français arrivent à s'en sortir ou arrivent à compenser ces hausses ? Les Français sont tabous, et je pense que le pouvoir d'achat, protéger en tout cas le pouvoir d'achat, doit être une priorité. Pardon d'y penser, mais j'ai le sentiment que dans cette crise, on est un peu les seuls à penser aux conséquences des sanctions sur les ménages et les familles françaises.
Vous reparliez à l'instant des sanctions, elles ont été prises au niveau européen. Je voudrais quand même qu'on revienne d'un mot sur l'OTAN. C'est dans le cadre de l'OTAN aussi qu'on organise la réponse, la défense. On a vu que Charles de Gaulle, notre porte-avions, était en direction de la Roumanie pour pouvoir apporter un soutien effectif à la Roumanie. Est-ce que vous voulez toujours, dans le contexte actuel, quitter le commandement intégré de l'OTAN ?
Oui, parce que je pense que pour que la France, y compris lorsque Emmanuel Macron s'adresse à Vladimir Poutine, est une voie entendue et respectée, il faut qu'elle soit perçue comme totalement indépendante. Or, dans l'OTAN, les patrons, ce sont les Américains. Il y avait eu un... Souvenez-vous, ça avait été déclassifié depuis, au début des années 90, il y a un tacite accord oral qui est passé entre Gorbatchev et le secrétaire d'État américain qui vise à dire que l'OTAN n'ira pas s'élargir au-delà de ses limites actuelles. Je me rappelle que M. Mitterrand, M. Kohl étaient à l'origine défavorables à ce qu'on élargisse l'OTAN.
Or, depuis la fin des années 90, l'élargissement de l'OTAN a accru les tensions dans la région. Ça, c'est la fameuse thèse qui laisse entendre
qu'au fond, on aurait provoqué Poutine.
Je ne dis pas qu'on a provoqué, mais je dis qu'on assiste, pour reprendre la phrase d'Aaron, on assiste au retour du tragique de l'histoire. Mais il y a quand même des antécédents. Et je veux dire, ce conflit, il est complexe. Il faut comprendre sa complexité. L'agresseur, c'est Poutine. L'agressé, c'est l'Ukraine. Mais il faut comprendre comment est-ce qu'on en arrive à un point de non-retour et un point de tension. Et de ce point de vue-là, y compris d'ailleurs le général Desportes, qui travaille au ministère de la Défense, le dit lui-même, l'OTAN a accru les tensions dans la région. Souvenez-vous, au début des années 60, 1962, on a la crise des missiles à Cuba pendant la guerre froide.
Les soviétiques placent des missiles à Cuba, c'est-à-dire sur l'île d'en face des États-Unis d'Amérique. Les États-Unis refusent cette installation d'armes nucléaires à l'entrée de leur territoire. Donc, je veux dire, il faut juste que la France porte la voie de la paix, de la désescalade, mais qu'on regarde aussi ce conflit dans sa complexité. Je pense que l'histoire n'est pas binaire et qu'elle est complexe.
Quand le général De Gaulle, et vous vous référez souvent à cette décision du général De Gaulle, quand le général De Gaulle a décidé de sortir du commandement intégré de l'OTAN, à l'époque, il l'a justifié avec ses mots, je le cite, il expliquait que l'Occident ne se trouvait plus menacé comme il l'avait été quand le protectorat américain avait été installé en Europe sous le couvert de l'OTAN. Est-ce qu'aujourd'hui, franchement, l'Occident n'est plus menacé ?
L'OTAN, dans sa forme actuelle depuis 30 ans, sous-entend qu'on était encore en guerre froide contre la Russie. Nous, nous avons toujours exprimé la volonté d'avoir un dialogue avec la Russie. Et vous vous souvenez d'ailleurs, on parlait du général De Gaulle...
On n'est même plus dans la guerre froide, on est dans une guerre active.
Oui d'accord, mais vous vous souvenez de ce que disait le général De Gaulle ? Il disait, le dialogue avec la Russie est un impératif de l'histoire de la géographie et du bon sens. Donc je pense que depuis maintenant 30 ans, 20 ans, depuis l'effondrement du bloc soviétique, on a perdu une occasion d'ouvrir une relation équilibrée, apaisée avec la Russie. Maintenant, moi, je n'ai aucune ambiguïté. Je condamne avec la plus grande fermeté cette attaque de Vladimir Poutine que personne n'avait vu venir. Pardon, que ce soit l'OTAN, que ce soit l'ONU, y compris d'ailleurs le président ukrainien avait lui-même indiqué qu'il ne pensait pas que Vladimir Poutine irait jusqu'à franchir une ligne rouge.
Jusqu'où va-t-il aller ? Je n'en sais rien. Donc, il faut maintenir des liens diplomatiques avec la Russie. Je pense qu'il ne faut surtout pas retirer notre personnel diplomatique là-bas parce que je pense que c'est justement le rôle de la France que d'appeler et d'inciter à cette désescalade.
Vous diriez toujours que Vladimir Poutine n'est pas un dictateur ?
C'est un dirigeant autoritaire.
Est-ce qu'à un moment, il ne faut pas appeler un char à un char à un dictateur ?
Il est dans une... Non mais moi, je ne me livrerai pas à un jeu d'insultes ou d'injures avec la Russie, avec l'Ukraine, ou les uns insultes de nazis, les autres de dictateurs.
Quand Joe Biden dit de Vladimir Poutine qu'il est un dictateur, vous estimez que c'est une insulte ?
Je pense que ça participe en tout cas, comme M. Le Maire d'ailleurs dit...
Quand Le Maire dit guerre totale, mais c'est irresponsable. Quand Jean-Yves Le Drian dit...
C'est irresponsable.
Il s'agit d'un dictateur, c'est de l'insulte.
Mais c'est irresponsable. Et notez bien que... L'absus qu'Emmanuel Macron n'a pas utilisé ces termes et qu'il a été beaucoup plus mesuré et beaucoup plus responsable dans cette affaire. Donc, Vladimir Poutine est un dirigeant autoritaire dont la démocratie prétendue dans une forme de zone grise. C'est-à-dire qu'en même temps, des manifestations ont lieu contre sa réforme des retraites organisée par les nationalistes et les communistes en 2018. Et en même temps, l'opposition libérale n'a pas toujours la possibilité de se présenter. Donc, c'est éminemment...
Et il y a même de moins en moins de possibilités d'informer librement puisqu'on l'a appris cette nuit. Les journalistes russes n'ont plus le droit de rendre compte de manière indépendante de la guerre en Ukraine sous peine de 15 ans d'emprisonnement. La Russie qui a bloqué Twitter, Facebook, la BBC. Et on l'apprend à l'instant. Les députés russes adoptent un texte qui punit de prison les désinformations mensongères sur l'armée. Ils devront donc décider de ce qui est mensonger ou pas.
Mais n'utilisons pas, vous avez raison, et n'utilisons pas les méthodes de ces pays-là dans nos démocraties qui sont des démocraties matures. Je le dis de la manière la plus claire qui soit.
Vous n'auriez pas empêché RT, par exemple,
la chaîne russe des maîtres ? Exactement. Qui sont des médias d'influence russe en France. Je pense à RT ou à Spoutnik. Dans des démocraties matures comme les autres, n'utilisons pas les méthodes de censure qui sont utilisées ailleurs, que nous combattons ailleurs et que nous dénonçons ailleurs. Parce que je pense que sur ces chaînes, il y a certains de vos confrères qui font un travail objectif et qui n'ont pas lieu d'être sanctionnés au même titre que ce que nous dénonçons dans des pays étrangers.
La question des réfugiés, un million d'Ukrainiens qui sont sur les routes, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on ouvre largement les portes ?
Il faudrait ne pas avoir de cœur pour ne pas être solidaire de familles européennes qui sont aujourd'hui sous les bombes. Moi, je suis... Vous connaissez nos positions de fermeté en matière d'immigration. Vous savez que nous dénonçons depuis plusieurs années le détournement du droit d'asile qui est devenu aujourd'hui une filière d'immigration à part entière, où tout le monde rentre dans notre pays. En fait, que vous répondiez aux critères de l'asile et de la Convention de Genève ou non, de toute manière, vous restez sur le territoire français. En revanche, je me sens beaucoup plus proche de ce qui se passe en Ukraine que de ce qui s'est passé en Syrie ou en Libye.
Ça veut dire quoi, plus proche ? Ça veut dire que l'accueil de gens qui fuyaient les conflits en Syrie ou en Libye pourrait et aurait pu parfaitement se faire dans des pays arabes, c'est-à-dire dans des pays qui sont géographiquement, culturellement, historiquement, beaucoup plus proches de ces conflits-là et de ces pays-là. En revanche, quand il y a des familles qui sont aujourd'hui sous les bombes, qui fuient la guerre, dont les maris sont aujourd'hui en train de combattre dans l'armée ukrainienne, je pense qu'elles peuvent être accueillies dignement dans le strict respect du droit d'asile et le temps du conflit par les nations européennes.
Et vous savez d'ailleurs qu'il y a certains maires du Rassemblement mondial qui ont pris des initiatives, et notamment Louis Alliot et Perpignan qui est en Pologne aujourd'hui. Je vais quand même vous poser la question
parce que spontanément, vous avez dit des familles européennes. Et ensuite, vous avez insisté en disant je me sens plus proche d'eux. Bien sûr. Est-ce qu'on va mettre plein de guillemets pour tous ceux qui nous écoutent aussi à la radio, je le dis bien, mais en fait, ce qu'on entend, c'est que l'immigration blanche, ok, l'immigration arabe, non.
Non, mais il ne s'agit pas d'immigration, madame. Il s'agit simplement du droit d'asile. Le droit d'asile, si vous répondez à des critères bien spécifiques qui visent à dire que vous êtes persécuté dans votre pays en fonction d'opinion politique dans le cadre d'un conflit, eh bien, vous répondez aux critères de la procédure d'asile, ce qu'on appelle la Convention de Genève, et vous êtes accueilli et protégé le temps du conflit.
Vous avez vu les gens qui ont tenté de fuir l'Afghanistan ? C'est pareil.
Mais ce n'est pas le sujet. Madame, l'Afghanistan était-elle en guerre ?
Ah oui, il était en guerre.
Non.
C'est une guerre interne, mais il était en guerre.
D'accord.
Ils n'étaient pas menacés. Leur vie n'était pas menacée chez eux.
Non, mais il n'était pas en guerre.
Les femmes afghanes ne sont pas menacées chez eux ? Peut-être,
mais il n'était pas en guerre. Si, en Afghanistan...
Voilà, vous vous chipotez un peu quand même.
Non, je ne chipote pas, madame. Le droit d'asile, ça répond à des critères stricts. Nous accueillons, d'ailleurs, ils avons accueilli, d'ailleurs, je crois, 10 000 afghans l'an dernier. Mais je pense qu'on devrait décréter un moratoire sur toutes les autres formes d'immigration et j'ai du mal à ne pas me sentir solidaire de familles européennes qui sont aujourd'hui sous les bombes et je m'en sens effectivement beaucoup plus proche que des conflits en Afghanistan, en Syrie ou en Libye qui peuvent se régler au sein du monde arabo-musulman.
Jordan Mardella, Emmanuel Macron, il finit sa lettre avec ses mots. Bien sûr, je ne pourrais pas mener campagne comme je l'aurais souhaité en raison du contexte. Est-ce que ça, vous comprenez ?
Non, parce qu'il a attendu le dernier jour légal pour déclarer sa candidature. En vérité, Emmanuel Macron ne veut pas une élection présidentielle, il veut une nomination. Voilà, il veut une nomination par tacite reconduction. C'est un peu comme le contrat, c'est un peu comme votre abonnement téléphonique, c'est-à-dire que si vous ne vous désabonnez pas, il y a une tacite reconduction. C'est ça qu'il veut Emmanuel Macron. Il refuse le débat. Il refuse le débat parce que venir devant les Français, assumer son débat, c'est venir assumer l'état de notre pays aujourd'hui.
C'est venir assumer un pays où des retraités vivent avec 8 euros par jour, où il y a dans notre pays une agression gratuite toutes les 44 secondes, où il n'y a plus un seul endroit en France où les Français se sentent protégés de l'explosion de la violence ou de l'explosion des cambriolages. C'est assumer un pays où il y a eu l'an dernier un Français sur cinq qui a renoncé à se chauffer parce qu'il n'en avait pas les moyens. Et vous voudriez pouvoir lui dire en face que Marine Le Pen puisse le lui dire en face ? Il est majeur aujourd'hui parce qu'il a créé beaucoup de tensions, beaucoup de violences dans la société française et je regrette aujourd'hui qu'il se dissimule.
Il se dissimule depuis maintenant. Il se planque. C'est-à-dire l'événement, la crise en Ukraine, gravissime. C'est une semaine. Ça fait une semaine que le conflit a démarré. Il a attendu le dernier jour en réalité pour démarrer sa campagne. En vérité, cinq ans d'Emmanuel Macron, ça a été cinq ans pour rien. Ça a été cinq ans pour rien. Et donc, il est urgent aujourd'hui que les Français reprennent possession de leur pays.
Je pense que Marine Le Pen, aujourd'hui, a un projet solide, puissant, réfléchi, qu'elle est en capacité de rassurer, de rassembler une majorité de Français, à la fois de rétablir l'autorité de l'État, de rendre du pouvoir d'achat aux Français et surtout de leur redonner la fierté de même et la fierté de leur pays. Quand vous dites qu'il se dissimule,
est-ce que vous iriez jusqu'à dire, c'est une expression qu'a eue Nicolas Dupont-Aignan ce matin à mon micro sur RMC qui dit qu'il y a une forme de manipulation par la peur ?
Non, je ne fais pas de la psychologie de comptoir. Mais il y a en tout cas une volonté de ne pas débattre. Une volonté de rester un peu hors de la mêlée. Mais Emmanuel Macron a manqué, durant son mandat en tout cas, beaucoup manqué de respect aux institutions. Il a beaucoup manqué de respect au peuple français. Je vous rappelle ses phrases. Les gares sont le croisement de gens qui réussissent et de gens qui ne sont rien. Je suis traversé la rue pour trouver un travail. Il parlait des gaulois réfractaires. Il a eu une approche extrêmement brutale des Français.
Donc moi, la question que je me pose maintenant à 38 jours de l'élection présidentielle, c'est est-ce que les Français vont enfin se choisir un président qui les aime et qui les respecte ?
Ça, c'est ce qu'il dit. Il dit quand même, il dit j'ai envie. Ça a été toutes les annonces, les slogans. J'ai envie, je vous demande ma confiance.
Oui, mais ça, c'est des mots. Mais ce n'est pas une question d'amour.
Moi-même, je suis un peu étonné par votre phrase. Ce n'est pas une question d'amour.
C'est en tout cas un constat de désamour entre lui et les Français. Je veux dire, toutes les crises que nous avons vécues depuis cinq ans, c'est lui qui les a suscitées. Les Gilets jaunes, c'est lui qui les a suscitées par le mépris, l'arrogance, la brutalité. Il ne les a pas subis, il les a suscitées. Non, non, il les a suscitées. La mobilisation contre sa propre réforme des retraites qui était extrêmement brutale et sur laquelle il est revenu ensuite, c'est lui qui l'a suscité. L'effondrement de l'hôpital public, lui qui, depuis 2013, avant, il était ministre de l'économie, a supprimé 27 000 liens à l'hôpital. C'est lui qui l'a suscité.
La non-réponse face à l'explosion de la violence sur tout le territoire, c'est lui qui l'a suscité. Et on voit d'ailleurs dans sa lettre que Macron renie Macron. Je veux dire, il y a cinq ans, il n'y a pas de culture française. On est tous citoyens du monde. Il faut déconstruire l'histoire de France. Là, aujourd'hui, je suis attaché à l'art millénaire. Donc, en vérité, c'est un funambule qui marche sur du vide, qui n'a ni conviction, ni consistance, ni solidité. Je crois prêt à gouverner. Et les sondages nous disent que nous sommes à quasi-égalité avec Emmanuel Macron.
Ce qui veut donc dire qu'elle est la seule, aujourd'hui, capable, au second tour, capable de battre Emmanuel Macron et d'être lui président de la République. Tout est dans le quasi, vous savez, en démocratie. On est à 46, on est monté à 46 dans l'euroling. Donc, ça veut dire qu'avec les marges d'hérable, elle est à égalité. En tout cas, sur la ligne de départ, elle est celle qui peut très largement et de très loin par rapport à nos concurrents, évidemment, l'emporter. La campagne est lancée, en tout cas,
on le comprend bien. Jordan Bardella, merci d'avoir répondu à mes questions. Vous êtes président du Rassemblement National.
Jordan Bardella