Entretien avec Marine Le Pen 2/5
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et vous avez prononcé le mot hobby ou violon d'ingre, comme on disait dans le temps. Est-ce qu'il y a un violon d'ingre ? Est-ce que vous avez un violon d'ingre qui ne ressortirait pas au sport ?
Je pourrais en avoir 100 si j'avais le temps, parce que tout m'intéresse. Non, parce que tout m'intéresse. J'adore le dessin, j'en ai fait un moment de ma vie, j'ai fait du saxophone. Oui, oui, j'ai fait du saxophone, mais je n'ai plus le temps de faire tout ça. Ce sont des hobbies qui nécessitent tout de même une persévérance. Et c'est vrai qu'entre la politique, qui est tout de même extraordinairement chronophage, et puis les trois petits que je dois essayer de faire pousser dans le bon sens, eh bien ça me laisse somme toute assez peu de temps. C'est ça aussi la politique, c'est aussi une sorte de petit sacrifice de soi-même, de sa vie personnelle, de ce qu'on a.
Et si on a envie de faire pour soi, eh bien on le fait plutôt pour les autres.
Marine Le Pen, tout à l'heure, nous sommes passés ensemble aux Aliments Mégalithiques de Carnac. Je crois que c'est un site qui vous parle particulièrement. Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il vous dit ?
Vous savez, je crois que c'est difficile de mettre des mots sur ce qu'on peut ressentir. Là sont mes racines. Là est mon histoire, l'histoire de ma famille paternelle. Je me sens complètement impressionné. C'est une histoire qui m'a éveillée, de ce quelque chose de plus, de cette âme que l'on ressent lorsqu'on est sur ces sites, des menhirs, quelque part avant nous, pour des raisons que nous ignorons encore. Des hommes ont posé ces majestueuses pierres, avec ce petit côté magique quand même, puisque lors du solstice, lorsque vous passez en avion, ils sont absolument rectilignes, et ils apparaissent comme des lignes quasi-parfaites. C'est le lien qui existe, je crois, entre les hommes.
C'est notre histoire, c'est mon histoire. Et c'est vrai que là, incontestablement, sont les racines des Le Pen et de ceux qui les ont précédés.
Nous sommes également passés devant le calvaire. C'est un très beau calvaire, je dois dire, de Saint-Cadeau, et là, il y a aussi une autre dimension religieuse. Et justement, vous qui défendez la laïcité au point peut-être d'être la seule, sinon la dernière, quelles sont vos convictions religieuses ? Je suis catholique.
Je suis catholique, je le dis d'ailleurs sans aucun complexe. Je pense qu'il n'y a absolument aucune raison de s'en cacher. Et je crois qu'il y a des malentendus, d'ailleurs, parce qu'on peut parfaitement défendre la laïcité, mais ne pas tomber dans le laïcisme. Moi, je ne suis pas, bien sûr, une ennemie des religions. Je conçois parfaitement et je trouve éminemment respectable d'avoir des croyances, d'avoir une foi, de croire au plus profond de soi. La laïcité, c'est le respect de l'espace public. C'est le fait de se dire que la religion, la croyance est quelque chose d'intime et que... chacun doit être capable de pouvoir vivre sa religion sans que celle-ci empiète sur l'espace public.
Mais ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas avoir de croyance. Ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas avoir la foi. Ça n'est pas un manque de respect, au bien ou au contraire, à l'égard des religions. Moi, je suis tout à fait pour la liberté de culte, que les choses soient très claires. Mais je pense qu'il y a plus de 100 ans déjà, il y a eu la séparation entre l'Église et l'État. Je remarque qu'aujourd'hui, il n'y a pas de séparation entre la mosquée et l'État. Et je dis donc que chacun respecte la règle. Mais ce n'est pas pour ça que l'on doit nier les convictions qui sont les siennes ou que l'on doit renier la foi qui est la sienne.
Moi, je pense que, d'ailleurs, au-delà, objectivement, de l'aspect croyance, de l'aspect foi, il y a aussi l'aspect de la civilisation. La France a des racines chrétiennes et la chrétienté a modelé notre pays, a modelé notre conception de l'homme, a modelé notre système de pensée. Et même ceux qui ne croient pas aujourd'hui sont eux-mêmes modelés par cette civilisation chrétienne. La chrétienté, c'est notre paysage, en quelque sorte. C'est ça, c'est notre paysage, c'est notre calendrier. Ce sont nos rythmes de vie. Noël, Pâques, voilà, je veux dire, tout est organisé autour de cet héritage chrétien. Le nier revient, en réalité, à nous nier nous-mêmes.
Et moi, je le dis très clairement, on peut parfaitement être conscient, respectueux et défendre l'héritage chrétien de la France, tout en défendant la laïcité qui fait également partie de notre héritage.
Maintenant, une question piège, Marine Le Pen. Je ne sais pas encore qu'elle soit reliée aux deux précédentes. Est-ce que vous êtes bretonnante ? Est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose en breton ?
Je peux même vous chanter une petite chanson en breton. Ah, c'est parti. Oh, y'a sans doute, Ritavagazu arghete karatatoute. C'est une petite chanson bretonne, bon. Mais je ne parle pas le breton. Mais mon père, qui parle un certain nombre de mots bretons, ne le parle pas non plus. Le breton se parlait assez longtemps dans les terres, mais déjà moins longtemps sur le littoral. Exactement. Il y avait encore des vieilles bretonnes, moi je me souviens quand j'étais jeune, qui parlaient breton, mais qui étaient en coiffe aussi. Ce monde-là, c'est vrai, a quasi totalement disparu assez rapidement.
Et aujourd'hui, on n'en voit plus, à part dans les fêtes folkloriques, auxquelles évidemment je vais toujours avec grand plaisir, parce que je crois encore une fois que la modernité qui consisterait à oublier le passé, m'apparaît comme une sottise absolue.
On va parler maintenant de trois jeunes bretons. Je crois que vous avez trois enfants. Est-ce que vous pouvez nous rappeler leur âge et leur nom ? Leur prénom, à tout de suite.
Alors, j'ai Anne, qui a 13 ans, et puis j'ai des jumeaux, Louis et Mathilde, qui ont 12 ans. En réalité, ils ont 10 mois et demi d'écart, donc ce sont quasiment des triplés.
Une question bateau, certes, mais néanmoins un contour d'âme me vient à l'esprit à ce sujet. Est-ce que la maternité change une vie de femme ? Elle la change certainement, mais est-ce qu'elle change vraiment la personnalité de la femme, de la mère ?
Je ne crois pas que la maternité change la personnalité. Je ne le pense pas. Je pense qu'elle donne un supplément d'âme. Je pense qu'elle... Et en même temps, elle vous permet d'exprimer tellement d'amour et de vous projeter tellement aussi dans l'avenir au travers de vos enfants que quand j'entends des gens dire « avoir des enfants, ça vous vieillit plus vite », non, pas du tout, c'est exactement l'inverse. Avoir des enfants, ça vous rajeunit beaucoup plus longtemps parce que, encore une fois, on se...
On se voit aussi à travers eux, on les accompagne, cet accompagnement de ces tout petits êtres qu'on essaye d'aider à grandir, à qui on essaye de donner des valeurs, à qui on essaye de chebiller au cœur l'amour de leur pays, mais aussi la droiture, l'honnêteté, la charité. C'est une mission incroyablement importante. Et en même temps, incroyablement enthousiasmante.
Marine Le Pen