Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 9 mars 2020 23 min

Bruno Le Maire : "L’impact [du coronavirus] sera sévère sur la croissance française en 2020"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous recevons ce matin le ministre de l'économie dans le grand entretien du 7-9. Vos questions, amis auditeurs, 01-45-24-7000, l'application mobile de France Inter ou les réseaux sociaux. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. On va détailler secteur par secteur les conséquences économiques graves de l'épidémie de coronavirus dans le monde et en France. Mais avant d'y entrer dans le détail, Bruno Le Maire, une question d'un peu plus loin. Ne peut-on pas dire aussi qu'au fond cette crise nous invite à repenser des pans entiers de la mondialisation ? Notre dépendance à la Chine, au libre-échange, à l'avion.

Bref, notre mode de vie, ou en tout cas quelques-uns des piliers de notre mode de vie en ce début du XXIe siècle. Est-ce qu'il n'y a pas une opportunité à saisir pour refonder le modèle classique de la mondialisation ?

0:49
Bruno Le Maire

La réponse est oui. Je pense qu'il faut que nous tirions sur le long terme, le moment venu, toutes les conséquences de cette épidémie sur l'organisation de la mondialisation et notamment sur les chaînes de valeurs. J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Il faut réduire notre dépendance vis-à-vis d'un certain nombre de grandes puissances, en particulier vis-à-vis de la Chine sur l'approvisionnement dans certains produits. Il faut renforcer notre souveraineté sur des chaînes de valeurs qui sont stratégiques. C'est vrai dans le secteur de l'automobile, c'est vrai dans le secteur de l'aéronautique, c'est encore plus vrai dans le secteur du médicament.

On ne peut pas avoir aujourd'hui 80% des principes actifs dans un médicament que nous consommons, vous, moi, tous nos auditeurs, qui sont produits à l'étranger, dont 40% en Chine. Et quand Sanofi annonce qu'ils vont relocaliser une partie de leur activité de production de principes actifs en France, je salue cette décision parce que je pense que ça va dans le bon sens.

1:41
Présentateur

Il y aura un avant et un après coronavirus dans l'histoire de la mondialisation ?

1:45
Bruno Le Maire

Je pense qu'il y aura dans l'histoire de l'économie mondiale un avant et un après le coronavirus. Je pense que nos peuples, tout simplement, demandent que nous soyons plus indépendants, que sur des chaînes de valeurs qui sont stratégiques, nous garantissions notre souveraineté, et que nous ayons une mondialisation qui soit plus responsable et mieux organisée.

2:05
Intervenant

Vous dites ça à Bruno Le Maire et en même temps, vous ratifiez le CETA et en même temps, les députés européens de La République En Marche ont voté. Il y a trois semaines, un traité de libre-échange contesté avec le Vietnam, il y a vos mots et il y a ce que vous faites en vrai. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction là-dedans ?

2:22
Bruno Le Maire

Non, il y a effectivement ce que je fais, ce que je fais d'ailleurs depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, parce que le discours que je vous tiens sur la souveraineté économique, je le tiens depuis des années et je l'ai mis en pratique. Je vous donne un exemple très concret. Lorsque nous nous apercevons que nous dépendons à 80 ou 85% de l'approvisionnement en batterie électrique pour nos futures voitures électriques, quelle est la décision que je prends avec le ministre de l'économie allemande ? C'est de dire qu'on ne peut pas dépendre à 80 ou 85% de l'approvisionnement en batterie électrique venu de Chine ou de Corée du Sud.

Il faut bâtir notre propre filière de construction de batterie électrique pour être souverain dans cette technologie. Nous avons aujourd'hui une usine pilote à Nersac en Nouvelle-Aquitaine. Nous aurons en 2022 une première usine de production de batterie électrique dans le nord de la France et en 2024 en Allemagne. Et sur beaucoup d'autres filières, que ce soit sur l'intelligence artificielle, sur le calcul quantique, sur l'hydrogène, qui est aujourd'hui un des sujets sur lesquels je veux que nous nous engagions massivement, nous allons renforcer notre souveraineté technologique et industrielle.

3:22
Intervenant

Mais vous avez des chiffres à nous donner sur les conséquences du coronavirus là depuis un mois, sur la relocalisation des entreprises françaises en France. On a entendu tout à l'heure, vous parliez de Sanofi, on a entendu tout à l'heure sur l'antenne un reportage sur une entreprise qui fabrique des thermomètres, qui les fabriquaient en Chine et qui a relocalisé la fabrication en France. Est-ce que c'est massif comme mouvement ou c'est ponctuel ?

3:43
Bruno Le Maire

C'est trop tôt pour le dire, mais je pense que ça concernera beaucoup de filières. Et nous avons justement lancé tous les travaux avec la Direction Générale du Trésor pour regarder filière par filière, quel est notre niveau de dépendance, comment est-ce qu'on peut le réduire, et travailler évidemment avec les industriels et les entreprises concernées, pour que nous puissions les aider à prendre ces décisions. Quand par exemple je propose que nous baissions les impôts de production en France, ce n'est pas pour faire plaisir aux uns ou aux autres, c'est pour que nos entreprises aient intérêt à se relocaliser en France pour renforcer notre souveraineté économique.

4:14
Présentateur

Mesure sans précédent en Europe, Bruno Le Maire, un quart de la population a été placée en quarantaine dimanche dans le nord de l'Italie. C'est une décision draconienne. Les entrées et les sorties de cette vaste zone sont limitées par décret. Est-ce que vous comprenez cette décision du gouvernement italien ou est-ce qu'ils en font trop ?

4:33
Bruno Le Maire

Je respecte la décision du gouvernement italien. Je pense surtout que nous sommes à un moment où il faut qu'il y ait plus de coordination européenne, plus de solidarité européenne. Je crois que ce n'est surtout pas le moment d'aller critiquer la décision de Berlin, Paris, Rome. Chaque État fait face à des situations sanitaires qui sont différentes et donc réagit à sa manière. En revanche, sur le plan économique, je plaide pour beaucoup plus de coordination européenne et pour que nous préparions une réponse européenne massive une fois que l'épidémie aura disparu.

5:05
Intervenant

Justement, est-ce que vous êtes favorable à un plan de relance au niveau européen ? Vous vous retrouvez avec les ministres de l'économie dans quelques jours, je crois. Qu'est-ce que vous attendez par exemple de la Banque Centrale Européenne ? Les taux sont très bas, donc on ne peut pas jouer sur les taux. Qu'est-ce qu'elle peut faire concrètement ? Est-ce qu'elle peut, je ne sais pas, envoyer des liquidités pour les PME par exemple ? Qu'est-ce que vous attendez concrètement de ces prochains jours ?

5:24
Bruno Le Maire

L'Europe, face à cette crise, elle est placée face à ses responsabilités. Et elle doit apporter la preuve de son utilité et de son efficacité politique. Donc moi j'attends de l'Europe une réponse forte, massive, coordonnée au risque de crise économique qui peut suivre la crise épidémiologique.

5:45
Intervenant

Mais mettez des mots, qu'est-ce que vous attendez concrètement ?

5:46
Bruno Le Maire

Concrètement, mais déjà sur le principe, c'est une question politique. Est-ce que l'Europe, oui ou non, est capable d'apporter une réponse franche, massive, rapide, coordonnée à la situation économique qui est très difficile dans beaucoup de pays, en Italie comme en France ? La réponse doit être oui. Et ce oui doit être franc et massif.

6:04
Intervenant

Est-ce que l'Allemagne vous suit ?

6:06
Bruno Le Maire

Je souhaite évidemment que l'Allemagne nous suive. Ça passe d'abord pour une première réponse le 12 mars prochain, c'est-à-dire jeudi prochain, de la Banque Centrale Européenne. Est-ce qu'elle a des marges de manœuvre ? Oui. Est-ce que ces marges de manœuvre sont principalement monétaires ? Non. En revanche, elle a des marges de manœuvre pour soutenir toutes les banques qui doivent apporter des prêts de trésorerie au PME.

Et c'est vital que la BCE, le 12 mars prochain, jeudi prochain, j'ai eu l'occasion d'échanger avec Christine Lagarde sur ce sujet, qui dit très clairement aux banques qui doivent prêter au PME qui sont en difficulté, qui ont des problèmes de trésorerie, nous répondrons présent et nous avons le soutien de la Banque Centrale Européenne. La deuxième étape, c'est le 16 mars. Réunion de tous les ministres des finances de la zone euro, puis de tous les ministres des finances de l'Union Européenne. Nous devons décréter la mobilisation générale.

Nous devons travailler un plan de relance qui pourra passer par des mesures fiscales, par des mesures budgétaires, par des baisses d'impôts, pour que dès que la crise épidémiologique sera derrière nous, nous puissions relancer la machine économique. Moi, quand je regarde les fondamentaux de l'économie française, ils sont bons, mais nous nous prenons cette vague très violente qui touche toutes nos PME, tous nos PME, tous nos commerces, nos artisans, le monde de la culture. Il faut que chacun sache que le moment venu, quand il faudra appuyer sur le bouton, nous aurons préparé les mesures, nous aurons un plan de relance disponible.

7:25
Intervenant

Un plan de relance de combien de milliards d'euros ?

7:26
Bruno Le Maire

Mais ça, ce sera à discuter dès le 16 mars. Mais moi, je souhaite que le 16 mars, on ne soit pas là en train d'échanger entre le ministre des finances pour dire « Tiens, c'est dur ici, c'est difficile là, qu'est-ce qu'on fait ? » Non, je proposerai une série de mesures fiscales, budgétaires, permettant de définir un plan de relance européen coordonné et massif qui nous permettra de relancer la machine économique au lendemain de la crise.

7:48
Présentateur

Alors justement, vous recevez tout à l'heure à Bercy une cinquantaine d'acteurs économiques. Dites-nous, Bruno Le Maire, quelle est l'ampleur des pertes enregistrées par l'économie française aujourd'hui ? Vous aviez chiffré à moins 0,1 point de croissance les pertes, avant de dire que ce serait beaucoup plus significatif. Certains évoquent moins 0,3, moins 0,4% de croissance, donc en moins cette année. Est-ce que ces chiffres-là sont délirants ? Crédibles ? Sérieux ? Dites-le-nous.

8:17
Bruno Le Maire

Non, ces chiffres ne sont pas délirants, même si je ne vous donnerai pas de chiffres précis ce matin. Pourquoi ? Parce que vous ne l'avez pas ? Parce que vous ne l'avez pas, le chiffre, Bruno Le Maire, vous ne l'avez pas ? Je n'ai pas des chiffres, mais je vais vous donner des indications, mais pas de chiffres précis. Première indication, l'impact sera sévère sur la croissance française en 2020. Deuxième indication, cet impact sera de l'ordre de plusieurs dixièmes de points de PIB. La seule évaluation que j'avais donnée jusqu'à présent, c'est 0,1 point quand c'était cantonné à la Chine. Je vous dis que l'impact sera de plusieurs dizaines de points de PIB. Donc c'est un impact qui est sévère.

Pourquoi ? Tout simplement parce que nous commençons à avoir les premières remontées du premier trimestre. Et qu'est-ce qu'on s'aperçoit ? C'est qu'en janvier jusqu'à mi-février, on commençait à avoir une reprise qui était bonne, et les indicateurs étaient bien orientés. Et puis on voit, à partir du moment où l'épidémie se déclenche, qu'effectivement, il y a un très brutal ralentissement. Nous aurons ce matin les premiers chiffres d'évaluation de la Banque de France. Je vous dis que sur l'année 2020, ce sera plusieurs dixièmes de points de PIB. La deuxième raison, c'est qu'il y a un fort ralentissement dans toute la zone euro, notamment chez nos principaux partenaires commerciaux.

Je pense à l'Italie et je pense à l'Allemagne. Et la troisième raison, c'est que la crise aujourd'hui est mondiale, donc elle aura aussi un impact sur la croissance mondiale. Tout ça m'amène à chiffrer l'impact sur la croissance française à plusieurs dixièmes de points de PIB. Je donnerai un chiffre précis le 15 avril, lorsque je présenterai le programme de stabilité pour l'Union européenne.

9:47
Intervenant

Mais est-ce qu'on peut imaginer une croissance en 2020 en dessous de 1% ?

9:51
Bruno Le Maire

On peut imaginer une croissance, puisque je vous parle de plusieurs dixièmes de points de PIB, que l'évaluation de croissance que nous avions donnée, c'était 1,3 pour 2020. Donc faites le calcul, la soustraction n'est pas très simple. On peut parfaitement envisager d'être en dessous des 1 point de PIB en 2020.

10:07
Intervenant

Depuis fin février, les entreprises touchées peuvent obtenir l'étalement du paiement des impôts et des cotisations sociales, demander à la BPI France de garantir 70% de leur crédit trésorerie, recourir au chômage partiel. Est-ce qu'il y a d'autres mesures que vous annoncez pour les PME qui sont très durement touchées ?

10:23
Bruno Le Maire

Je vais les recevoir à nouveau ce matin, recevoir toutes les filières avec Muriel Pénicaud. Et nous allons faire le point avec les PME, avec les TPE, avec toutes les filières concernées. Je veux leur dire ce matin que c'est ma priorité absolue, quotidienne, permanente. Je reçois tous les jours des messages, des SMS, des appels de commerçants, de restaurateurs, de personnes qui travaillent dans l'événementiel, qui me disent tout est annulé, tout est fermé, de patrons de théâtre, de cinéma, qui me disent on n'a plus un seul client. Donc je veux leur dire à chacun d'entre nous, à tous ceux qui nous écoutent, je m'occupe de vous tous les jours.

Tous les jours, tous les jours, c'est ma priorité absolue. Les mesures, c'est d'abord l'activité partielle. Et je profite du micro pour dire, saisissez-vous de cette opportunité-là, l'activité partielle, on l'a simplifiée, on l'a accélérée, vous la demandez, vous avez une réponse en 48 heures au lieu de 15 jours, et vous avez un taux de remplacement de 80% au niveau du SMIC. S'il faut aller plus loin, on va en discuter ce matin avec les entreprises, et si elles estiment qu'il faut aller encore plus loin, nous sommes prêts avec Muriel Pénicaud à aller encore plus loin.

11:24
Intervenant

Aujourd'hui, il y a 900 entreprises qui ont demandé le chômage partiel.

11:27
Bruno Le Maire

Je pense que ça va fortement augmenter dès aujourd'hui.

11:30
Intervenant

Et vous encouragez les entreprises à se déclarer en chômage partiel ?

11:33
Bruno Le Maire

Oui, je les encourage à se déclarer en activité partielle. Les coûts sont pris à notre charge, l'État et l'UNEDIC, et quel que soit le coût, nous répondrons présents. Et je pense que c'est aujourd'hui la solution la plus efficace. La deuxième, c'est le soutien aux trésoreries, avec des reports de charges fiscales, des reports de charges sociales, et je vous dis ce matin que s'il y a besoin de dégrèvements d'impôts, nous ferons des dégrèvements d'impôts pour les entreprises qui seraient les plus menacées et les plus fragilisées. Je veux aussi profiter de votre antenne pour lancer un appel à la solidarité de toutes les grandes entreprises.

Toutes les grandes entreprises doivent, comme l'État, faire preuve de solidarité vis-à-vis de leurs entreprises sous-crétantes et de leur PME. Je vous donne un exemple, vous êtes une grande entreprise, vous avez commandé une prestation à un acteur de l'événementiel à 80 ou 90 000 euros. Les arts ont été versés, vous ne demandez pas le remboursement des arts, et si possible, vous réglez la prestation de 80 ou 90 000 euros avec l'engagement pour l'acteur de l'événementiel de reporter la prestation d'ici six mois ou d'ici un an. Mais au moins, vous ne créez pas un trou de trésorerie vis-à-vis de cette entreprise qui peut être menacée sinon de disparition.

Donc je lance cet appel à la solidarité de toutes les grandes entreprises, vis-à-vis des donneurs d'ordre, ce sera tout aussi efficace que les mesures que l'État est en train de prendre.

12:46
Intervenant

Donc vous leur dites aux grandes entreprises, ne réclamez pas l'argent des sous-traitants ?

12:49
Bruno Le Maire

Déjà, ne réclamez pas les arts que vous avez versés, et puis si vous pouvez payer la prestation, quitte à obtenir un engagement de règlement de la prestation un peu plus tard, faites-le pour soulager la trésorerie des PME. Aujourd'hui, la priorité absolue, c'est soulager la trésorerie des PME et des TPE.

13:05
Présentateur

Bruno Le Maire, avant de donner la parole aux auditeurs d'Inter qui sont nombreux ce matin, dites-nous quel impact peut avoir ce virus sur les chiffres du chômage qui étaient à la baisse ces derniers mois ? Est-ce que vous craignez de les voir remonter ?

13:18
Bruno Le Maire

L'impact économique et l'impact sur la croissance, il aura évidemment aussi un impact sur l'emploi. Nous faisons le point avec Nouriel Pénicaud très régulièrement, j'aurai l'occasion de la voir tout à l'heure. Je veux simplement redire à quel point les fondamentaux de l'économie française sont bons. Et jusqu'à cette crise du coronavirus, tous les indicateurs étaient bien orientés. L'investissement, l'emploi, l'innovation, la croissance, nous avions un des niveaux de croissance les plus élevés de la zone euro. Donc il faut retrouver cette situation la plus vite possible.

13:48
Intervenant

Tout peut tomber à terre à cause d'un virus ?

13:50
Bruno Le Maire

Non, les fondamentaux ne tombent pas. Ça veut dire justement, et c'est la stratégie que nous avons choisie, c'est une stratégie de réponse massive, la plus efficace possible, d'abord au niveau national, puis au niveau européen avec un plan de relance, pour que nous sortions de cette situation le plus vite possible.

14:05
Présentateur

Au standard, c'est Antoine qui nous appelle et nous attend. Bonjour Antoine, bienvenue. Bonjour à tous, bienvenue.

14:12
Auditeur

Monsieur le maire, bonjour. Monsieur le maire, je suis dans l'événementiel. Je fais partie des gens qui ont monté des salons et qui ont dû être démontés dimanche, il y a une semaine, parce que la jonge des fermes était passée. Nous passons d'une activité économique de 0, de 100 à quasiment 0%. Pourquoi, pourquoi, monsieur le maire, nous, on va se retrouver, on va mourir ? Clairement mourir. Et par contre, quand on voit des matchs de foot encore hier soir à Lille, d'où je vous appelle, les Lyons, 50 000 personnes, tout le monde, tout le monde, tout le monde est dans le même stade, côte à côte, on voit le ministre de la Santé qui dit qu'on ne crache pas dans les stades, c'est faux.

Pourquoi est-ce que nous on est impacté ? Pourquoi est-ce que le foot n'est pas impacté ? Quid des lobbies et de l'argent qui est derrière ?

14:51
Présentateur

Merci Antoine, donc, qui parlait pour ce secteur sinistré qu'est l'événementiel. Bruno Le Maire vous répond.

14:59
Bruno Le Maire

Il n'y a aucun lobby et aucune pression qui s'exerce sur la décision publique. Il y a une seule ligne de conduite, la sécurité sanitaire des Français. Et je peux vous dire, pour participer à tous les conseils de défense et toutes les réunions sur ce sujet, la seule chose qui nous guide avec le Président de la République et avec le Premier ministre, c'est la sécurité sanitaire des Français. On ne joue pas avec et on prend toutes les décisions nécessaires.

C'est ce qui nous a amené, et sur les matchs de foot ça aura un impact dès aujourd'hui, à ramener la jauge de 5 000 à 1 000 pour les rassemblements et à interdire ces rassemblements, sauf exception nécessaire à la continuité de la vie démocratique du pays. Donc, toutes les décisions ne sont prises qu'à l'aune de cette seule exigence, la sécurité sanitaire des Français.

Après, sur l'événementiel, je vous redis, Antoine, à quel point je sais que c'est un des secteurs qui est les plus touchés, à quel point nous sommes prêts à aider en trésorerie, en activité partielle et en demandant, je le redis, à toutes les entreprises qui devaient vous régler votre prestation à faire preuve de solidarité et à la régler quand même, même s'il n'y a pas de prestation.

16:02
Intervenant

Mais vous ne pouvez pas avoir de sanctions contre les grandes entreprises ? Parce que vous dites, je profite de votre micro pour les appeler à être solidaires, mais en général, ça vient avec une petite sanction, non ?

16:12
Bruno Le Maire

Non, ça peut très bien... Enfin, moi, j'ai la faiblesse de croire encore à la solidarité nationale. Je pense que chacun voit bien que nous vivons des moments exceptionnels et que nous n'en sortirons fort que si non seulement l'État, mais aussi les collectivités locales, aussi les entreprises font preuve de solidarité. Quand, par exemple, j'ai décidé de classer le coronavirus cas de force majeure, ce qui fait que si vous ne livrez pas une prestation en temps habituel, en fonction du contrat que vous avez signé, vous n'aurez pas de pénalité. Vous pouvez avoir du retard, vous n'avez pas de pénalité, parce que c'est lié au coronavirus.

Mais sur le prix du gel hydroalcoolique, il a fallu que vous accompagniez la bonne volonté des entreprises. Les régions à qui j'ai demandé de faire la même chose, je les ai reçues la semaine dernière, et la morale, c'est pas mal, parfois. Elles ont accepté aussi de classer le coronavirus comme cas de force majeure, donc dans l'exécution des contrats publics, État ou collectivités locales. S'il y a du retard, il n'y a pas de pénalité. Donc cette solidarité fonctionne. Parfois, effectivement, il faut faire preuve de fermeté, c'était le cas sur les gels hydroalcooliques.

On n'hésite pas à le faire, mais là, je demande vraiment à chaque grande entreprise qui nous écoute, faites preuve de solidarité.

17:16
Présentateur

Ali est au standard. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour à tout le monde.

17:20
Bruno Le Maire

On vous écoute.

17:20
Présentateur

Donc, moi, ma question, elle est simple. J'ai entendu parler que le prix du baril de pétrole allait baisser. Et je voulais savoir si ça allait se répercuter à la pompe pour nous, quoi. Ou pas, ou pas. Effectivement. Si on allait nous perdre dans les chiffres et nous dire que, ben non, c'est repus, c'est au final en grec.

17:37
Bruno Le Maire

Merci, merci beaucoup Ali. Bruno Le Maire vous répond. Non, les prix vont se répercuter à la pompe. Ils doivent se répercuter, j'ai déjà eu l'occasion de le dire aux compagnies pétrolières, le plus rapidement possible. Je me permets quand même de dire que ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour toute l'économie. C'est une très bonne nouvelle pour tous ceux qui font leur plein, et tant mieux. Ce n'est pas forcément une très bonne nouvelle pour l'économie mondiale de voir un prix du pétrole qui s'effondre aussi rapidement autour de 30 dollars le baril. Parce que ça montre une chose, c'est qu'il n'y a pas assez de coordination entre les grandes économies de la planète.

J'aurai l'occasion d'appeler le ministre des Finances saoudien,

18:11
Intervenant

puisque c'est l'Arabie saoudite qui a décidé cette baisse de 20%.

18:14
Bruno Le Maire

Surtout qu'il y a la présidence du G20 aujourd'hui. Donc moi je souhaite que l'Arabie saoudite, comme président du G20, les 20 États les plus riches de la planète, entrent dans une coordination sur cette question du prix du pétrole, pour qu'on évite que ça secoue ensuite sur les marchés. Parce que sur le long terme, avoir un prix du pétrole qui baisse trop, ça inquiète les marchés, ça a des répercussions sur le financement de nos entreprises, et donc sur notre économie.

18:37
Intervenant

Et déjà les bourses du Golfe sont en nette baisse ce matin, on attend l'ouverture du CAC, mais ça devrait être en baisse. De combien le prix du brut va baisser pour le consommateur à la pompe ?

18:48
Bruno Le Maire

Il doit baisser, j'ai toujours indiqué que la répercussion devait être symétrique. C'est-à-dire quand il baisse de 10% comme c'est le cas actuellement, le prix de l'essence à la pompe ou du diesel à l'essence doit baisser d'autant. On ne va pas toucher au niveau de taxes, qui je le sais est élevé en France, mais ça fait partie aussi de notre politique de transition énergétique. En revanche, quand le prix de la matière première baisse, ça doit se voir immédiatement à la pompe pour le consommateur.

19:13
Présentateur

Le Temps presse. Bonjour Véronique, vous avez la parole. Oui, bonjour. On vous écoute Véronique, allez-y.

19:19
Auditeur

Bonjour Madame Salamé, Monsieur Demorand. Merci pour la qualité de votre émission et bonjour Monsieur le maire. Bonjour. Je vous appelle parce que vous évoquez la souveraineté de la France dans certains domaines qu'il faut consolider. et je trouve cela paradoxal de, comment dire, de privatiser ADP. Je précise, je suis signataire de la pétition.

19:43
Présentateur

Merci Véronique pour cette question. Bruno Le maire, donc vous défendez la souveraineté, n'est-ce pas contradictoire avec la privatisation d'aéroports de Paris ? D'abord, ça n'est pas fait, il me semble. Oui, mais...

19:53
Bruno Le Maire

Et j'ai toujours indiqué que je respectais la procédure de recueil des votes pour un référendum. Cette procédure, à ma connaissance, elle finit jeudi. Et j'ai toujours indiqué que je ne prendrai aucune décision, que je ne prononcerai pas avant que cette procédure soit arrivée à son terme, c'est-à-dire jeudi. Donc je ne prendrai aucune décision d'ici jeudi. Et je veux dire aussi à Véronique, vous savez, nous sommes dans une période où toutes mes forces sont entièrement mobilisées sur le soutien à l'économie française et sur le soutien aux entreprises qui sont touchées gravement, lourdement, par l'épidémie du coronavirus. Je n'ai pas l'habitude de faire deux choses à la fois.

20:33
Intervenant

Ah bah, si quand même. Non ? Pardonnez-moi, vous pouvez répondre à la question. Oui d'accord, mais vous pouvez répondre à la question.

20:38
Bruno Le Maire

Je concentre mes forces totalement sur la réponse à l'épidémie du coronavirus qui impacte lourdement, comme je viens de vous dire, l'économie française.

20:44
Intervenant

Donc la décision sur ADP est gelée ?

20:47
Bruno Le Maire

Je vous dis que jusqu'à jeudi, je ne prendrai absolument aucune décision et que pour les jours, les semaines qui viennent, enfin pas un auditeur et pas un français ne comprendrai que le ministre de l'Économie et des Finances ne fassent autre chose que de se concentrer sur la réponse à la crise du coronavirus.

21:04
Présentateur

Samedi soir à Paris, il nous reste quelques instants, à la veille de la journée pour les droits des femmes, une manifestation féministe. Bruno Le Maire s'est terminée par l'intervention des forces de l'ordre. On a vu beaucoup de vidéos qui montraient des policiers traîner des manifestantes par leurs vêtements dans les escaliers du métro. Violence inadmissible et incompréhensible, a tweeté la maire de Paris, Anne Hidalgo. Dites-nous franchement, s'il y a aujourd'hui, Bruno Le Maire, un problème de maintien de l'ordre en France et s'il y a un problème avec le préfet Lallement.

21:34
Bruno Le Maire

Moi, je vous dis qu'il y a eu beaucoup de manifestations qui se sont très bien déroulées dimanche et que c'est l'immense majorité des manifestations... Celle-là, c'est celle du samedi soir. Bien sûr. L'immense majorité des manifestations de ce week-end se sont déroulées sans difficulté. Il y a eu ces difficultés sur la manifestation de samedi soir à Paris. Le ministre de l'Intérieur a demandé une enquête. Attendons de voir quel sera le résultat de cette enquête. Les images vous ont choqué ? Oui, de cette enquête. Mais vous savez, j'évite de me prononcer sur telle image ou sur telle autre. Parce que je pense qu'on peut leur faire dire beaucoup de choses.

Je regrette à chaque fois qu'il y a un débordement, à chaque fois qu'il y a une violence qui est inappropriée. Je voudrais aussi dire qu'il y a des forces de l'ordre qui, depuis des mois, maintiennent l'ordre dans notre pays, qui est le premier des droits du citoyen dans des situations qui sont difficiles et elles le font avec professionnalisme.

22:24
Intervenant

Allez, une toute dernière question. Alors pardon, on va vous demander de parler d'autre chose que du coronavirus. Le congé paternité, est-ce que vous allez l'étendre, le congé paternité, puisque c'est un des instruments pour veiller à l'égalité homme-femme ?

22:37
Bruno Le Maire

Nous portons avec Marlène Schiappa un projet de loi sur l'égalité femme-homme à laquelle je crois beaucoup et je tiens beaucoup à ce projet de loi. Je sais que...

22:45
Intervenant

Oui d'accord. Est-ce que le congé paternité, vous allez l'allonger ?

22:47
Bruno Le Maire

Je suis prêt, on allonge le congé paternité. Je voudrais qu'on regarde sur, de manière plus générale, les congés, comment est-ce qu'on peut améliorer les choses pour que ce soit plus fluide entre les hommes et les femmes ? Je souhaite qu'il y ait des quotas dans les instances dirigeantes des grandes entreprises françaises. Je pense que c'est une cause absolument majeure, que non seulement notre économie s'en portera mieux, mais il y aura plus de sérénité et plus d'efficacité dans la société française si on arrive à gagner ce combat d'égalité entre les femmes et les hommes.

23:14
Présentateur

Monsieur le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, merci d'avoir été au micro de France Inter ce matin.