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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 1 septembre 2025 25 min

Vote de confiance : "Il aurait peut-être fallu davantage dialoguer cet été" avec les oppositions, estime Braun-Pivet

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Benjamin Duhamel, nous recevons donc ce matin dans le grand entretien la présidente de l'Assemblée Nationale. Vous pourrez dialoguer avec elle sur l'application de France Inter et au standard 01 45 24 7000. Yael Broun-Pivet, bonjour.

0:16
Yaël Braun-Pivet

Bonjour.

0:17
Présentateur

Merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter. On va parler dans un instant des scénarios pour l'après 8 septembre, de ce que cette crise politique dit de nos institutions. Mais d'abord, les dernières déclarations de François Bayrou. Hier soir, le Premier ministre absolument persuadé que les choses peuvent bouger dans les prochains jours, alors même que les socialistes et le Rassemblement National ont une nouvelle fois rappelé qu'ils voteraient contre la confiance. Croyez-vous encore une seule seconde à la possibilité que François Bayrou ne tombe pas dans tout juste une semaine ?

0:54
Yaël Braun-Pivet

Oui, j'y crois parce qu'il y a encore quelques jours avant cette date du lundi 8 septembre, que le Premier ministre, et il a été très clair, n'engage pas la responsabilité de son gouvernement sur l'ensemble de son action et sur l'ensemble de son action passée et à venir, mais sur cette question précise. Et vous savez, moi je suis présidente de l'Assemblée Nationale, je me suis reportée dans les précédents.

Et il y a eu des précédents avec Michel Rocard, avec Pierre Bérégovoy, Pierre Moroy, qui ont engagé leur responsabilité sur une question précise en disant « ça ne vaudra pas satisfait-il pour tout ce qu'on fait, mais sur cette question fondamentale, très importante, j'ai besoin de savoir si vous me suivez ». C'est ce que fait François Bayrou sur la question du montant de l'effort et de la trajectoire à suivre. Et je crois que là-dessus, si on répond en toute sincérité à cette question-là, moi je ne vois pas un responsable politique qui a l'intention de gouverner notre pays, qui peut répondre non à la question de la dette, à la question de la trajectoire.

1:59
Invité

Yael Brunpivé, on va revenir non seulement sur cette stratégie de François Bayrou, sur le contenu également des efforts qu'il propose aux Français, mais juste à partir du moment où Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, dit que sa décision est, je cite, « irrévocable ». Est-ce qu'il n'y a pas une forme de méthode couée à ce matin venir au micro de France Inter et dire « oui, oui, j'y crois, vous en êtes réduite, Yael Brunpivé, à croire au miracle, si vous souhaitez que François Bayrou reste à Matignon ? »

2:23
Yaël Braun-Pivet

Je ne crois pas au miracle, je crois à la puissance du dialogue. Je vois que... Et pour un dialogue, il faut être deux, Yael Brunpivé ? Évidemment, il faut dialoguer avec chacun, il faut dialoguer avec les oppositions. Il aurait peut-être fallu davantage dialoguer cet été avec elles pour pouvoir préparer le terrain.

2:43
Invité

Il n'y a pas eu assez de dialogue cet été ?

2:45
Yaël Braun-Pivet

Manifestement, en tout cas, les oppositions le disent, je les entends, elles nous disent, elles estiment qu'elles n'ont pas été assez associées, qu'elles n'ont pas été assez consultées par le Premier ministre, dont acte. Nous ne sommes pas le 8 septembre, nous avons la semaine. Le Premier ministre a ouvert la porte de Matignon, il l'ouvre aux discussions, je l'ai entendu attentivement hier, il ouvre aussi aux discussions sur un certain nombre de mesures présentées dans le budget. Moi, je crois en l'engagement sincère des uns et des autres pour leur pays.

3:16
Invité

Pardonnez-moi, Yael Brunpivé, quand un responsable politique dit « Ma décision, notre décision est irrévocable ».

3:21
Yaël Braun-Pivet

Je ne suis pas là ce matin pour analyser les propos d'Olivier Faure ou de je ne sais qui. Moi, je suis là pour parler de notre pays, pour œuvrer dans l'intérêt de mon pays et pour œuvrer dans l'intérêt de mon pays, il faut de la stabilité politique, il faut des hommes et des femmes politiques qui se parlent, qui se mettent autour d'une table pour essayer d'avancer ensemble et qui se mettent d'accord sur la trajectoire de réduction de nos déficits publics.

3:43
Invité

Vous disiez il y a un instant que peut-être, sans doute, il n'y avait pas eu suffisamment de négociations cet été. Il y avait aussi quelque chose de singulier à entendre hier soir. François Bayrou expliquait que les propositions du Parti Socialiste étaient les plus éloignées de celles qu'il avait pu recevoir. L'entendre aussi balayer les propos d'Olivier Faure d'un simple « bon, lui, il veut être à Matignon ». Si on veut négocier, il faut éviter peut-être de braquer d'éventuels partenaires. Ah, ça vous fait sourire ?

4:06
Yaël Braun-Pivet

Mais ça me fait sourire parce qu'il y a effectivement parfois des mots qui sont maladroits. On peut le dire comme ceux-là.

4:15
Invité

Lesquels ?

4:15
Yaël Braun-Pivet

On peut penser aux vacances. Non, la France entière n'est pas en vacances en juillet et en août. En août, on est tous bien placés pour le savoir. Beaucoup d'entre nous étaient au travail et les Français sont au travail en été. Donc, il faut arrêter, je crois, d'avoir cette vision-là. Maintenant, à nouveau, ne nous braquons pas sur des mots, ne nous braquons pas sur des postures, ne nous braquons pas... Mais il y a de la maladresse, c'est ce qu'on entend ce matin chez vous, il y a de la maladresse chez François Bayrou. Il faut toujours... Moi, j'essaye de reconnaître à chaque fois, lorsque je n'agis pas au mieux et personne n'est parfait.

En revanche, moi, je crois que le Premier ministre pose un constat qui est important de partager avec les hommes et les femmes politiques, mais surtout avec nos compatriotes. Il faut qu'on rentre dans une logique d'effort collectif, partagé et juste. C'est simplement ça qu'il nous dit et c'est cela qu'il faut emprunter. Vous savez, après le 8, il faudra un budget pour la France. Il faudra un budget pour la France. Et ce budget sera nécessairement un budget d'économie. Nécessairement.

5:17
Invité

Juste avant de parler des mesures, vous faisiez référence à effectivement cette phrase. Pourquoi n'avez-vous pas négocié cet été ? Parce que les oppositions étaient en vacances. Est-ce qu'il y a une forme d'anti-parlementarisme à souligner de cette manière-là les vacances des parlementaires ?

5:31
Yaël Braun-Pivet

Mais en tout cas, moi, je vois en plus sur les réseaux sociaux, beaucoup qui soulignent les vacances parlementaires, le calendrier de session, etc. Il y a surtout une grande méconnaissance du travail des parlementaires. Par le Premier ministre lui-même ? Non, par tout le monde, en fait. Et je pense qu'on a collectivement un travail à faire sur la connaissance de nos institutions, la connaissance du Parlement. Les parlementaires, lorsqu'ils ne sont pas en session, ne sont pas nécessairement en vacances. Moi, j'ai des parlementaires là, cette semaine, qui travaillent sur un texte de loi important, le texte résilience, et qui vont déposer des amendements à l'Assemblée nationale, cette semaine.

Alors que la session recommence le 1er octobre. Ils ne sont pas en vacances. Et puis, vous savez, quand on fait de la politique, moi, je le vois maintenant, je fais de la politique depuis 2017. Mais attendez, c'est matins, midi et soir, 7 jours sur 7. On ne s'arrête jamais. On est toujours disponible. Notre téléphone, il est toujours allumé. On est sur le pont, parce que c'est pour ça qu'on a été élu par les Français.

6:27
Présentateur

Sur le fond, Yael Brown-Pivet, François Bayrou a ouvert la porte à des concessions, notamment sur les jours fériés supprimés. Peut-être un jour et non plus deux jours. Est-ce qu'il faut, selon vous, que le gouvernement dise clairement « on abandonne cette mesure » ? C'est un chiffon rouge pour beaucoup.

6:45
Yaël Braun-Pivet

Alors, le gouvernement, et moi, c'est ça auquel je souscris dans la démarche du Premier ministre, c'est de dire d'abord la masse globale, puis après les mesures. Je crois que son intention n'était pas, justement, de négocier mesure après mesure pendant cette semaine, mais de se mettre d'accord sur la trajectoire. Je pense qu'il faut quand même en rester là, tout en étant extrêmement ouvert, c'est-à-dire que...

7:07
Invité

Donc, il ne faut pas bouger sur les jours fériés, alors même qu'une immense majorité de Français rejette cette option ?

7:12
Yaël Braun-Pivet

Non, je n'ai absolument pas dit ça. Je dis simplement que cette semaine, ce n'est pas le temps de la discussion mesure après mesure. Maintenant, évidemment que si on veut avoir un budget qui est négocié avec les différentes forces politiques, il va falloir qu'il y ait des bougées, il va falloir qu'il y ait des gros bougées. Lesquelles ? Sauf qu'il faut rester dans l'épure de la trajectoire que le Premier ministre a fixée, que les spécialistes fixent, avec l'objectif d'atteindre à nouveau les 3% de déficit en 2020. Donc, il peut y avoir un bougé...

7:45
Présentateur

Un gros bougé, parce qu'un gros bougé, ça bouge, hein ?

7:48
Yaël Braun-Pivet

Non, mais il peut y avoir... Moi, je crois qu'il faut qu'il y ait un bougé sur les jours fériés. Moi, je suis d'accord avec ça. Faire demander aux Français toujours de travailler plus pour ne pas gagner plus, ça n'est pas acceptable. Donc, il faut qu'il y ait un bougé sur les jours fériés.

8:01
Invité

Un bougé, si on passe à 1, ou est-ce qu'on se dit, on met de côté, et effectivement, ça a trop braqué de dire aux Français que vous allez travailler davantage pour 0 euro en plus ?

8:09
Yaël Braun-Pivet

Moi, je crois que ça a trop braqué et qu'il faut abandonner cette idée de mesure. Moi, je pense que les Français, je les entends, je les vois, je suis sur le terrain, j'étais encore à des salons d'association ce week-end. Les Français qui travaillent, ils font un effort et ils ont besoin de savoir que cet effort, il est partagé. Donc, moi, je suis plus favorable à faire des bougés sur les fiscalités, sur les hauts patrimoines, sur les questions... Engager des travaux sur la question des transmissions de patrimoine, etc. Il faut de la justice fiscale, il faut de la justice sociale aussi.

Vous savez que le Premier ministre s'était engagé, et je sais que le texte est prêt, à déposer un grand projet de loi à l'Assemblée nationale sur la lutte contre la fraude sociale et la fraude fiscale. Moi, ce que j'entends, c'est que les Français, ils en ont marre. Ils en ont marre des fraudeurs, mais ils en ont surtout marre des profiteurs. Et les profiteurs, il y en a partout, dans toutes les classes sociales. Et donc, je crois que ça, on peut se retrouver pour attaquer ce genre de sujets qui sont majeurs.

9:07
Invité

C'est important ce que vous dites. Abandonner la mesure sur les deux jours fériés supprimés sur la question de la fiscalité. Parce qu'on entend des choses, mais un peu impressionnistes. Oui, ouvrir la porte, taxation des plus aisés. Concrètement, est-ce que vous êtes prête ce matin à dire au micro, il faut rompre avec ce tabou macroniste depuis 2017, de la non-augmentation des impôts sur les plus aisés, qui ne seraient pas seulement des mesures visant à revenir sur l'optimisation, à mettre un plancher de fiscalité. Est-ce qu'il faut, par exemple, un impôt sur le patrimoine des plus aisés, un impôt sur les héritages ? Je vous entendais l'évoquer la semaine dernière.

Est-ce que ça, il faut que ce soit dans le projet de loi de finances ?

9:45
Yaël Braun-Pivet

Mais moi, j'en parle depuis longtemps. Ça n'est pas nouveau. J'ai fait partie des premiers à demander à ce que l'on supprime et révise l'avantage fiscal dont bénéficient les retraités les plus aisés. Et ça, c'est déjà dans le texte ? C'est dans le texte, oui, mais je l'ai proposé avant que ce soit dans le texte. C'est grâce à vous ? Je ne sais pas, mais en tout cas, je pense qu'il ne faut pas qu'il y ait de tabou. C'est ça aussi, le macronisme. Pas de tabou sur l'augmentation des impôts. Pas de tabou, et donc, moi, je crois qu'il faut regarder. Les Français ont besoin de justice. Ils ont besoin d'équité. Ils sont prêts à faire des efforts. Ils sont prêts à faire des efforts.

Mais il faut, d'une part, que cela serve à quelque chose. Et c'est pour ça que la trajectoire, c'est important. Parce que les efforts, il ne faut pas que ce soit juste un one-shot, genre seulement ce budget. Il faut que ça nous permette, à horizon 2029, de parvenir enfin aux 3% de déficit. Et c'est ça que propose le Premier ministre. Et c'est ça que nous proposons. Donc, des efforts, et justement répartis, justement partagés. Et donc, il n'y a pas de raison que ces efforts ne portent pas, également, sur les hauts revenus et sur les hauts patrimoines. Après, à regarder quelles mesures s'adaptent, et ceux-là, ça se négocie, mais ça se négocie aussi avec le patronat, etc.

Remettons aussi de la négociation avec les corps intermédiaires, avec les citoyens. C'est ce dont on a manqué aussi, mais alors là, depuis des années.

11:04
Présentateur

Donc, vous êtes d'accord à vous entendre sur ce débat de fonds ouvert par François Bayrou, celui sur les privilèges présumés de ceux qu'il appelle les boomers, au déprimant de ceux qui travaillent. Mais moi, je ne parle pas comme ça. Je suis désolée, Yannick.

11:19
Yaël Braun-Pivet

Non, je ne parle pas de privilèges. C'est simplement, je parle d'équité. Ça n'a juste rien à voir. Et je n'oppose pas les uns aux autres, mais simplement d'équité, d'efforts partagés.

11:29
Invité

Quand vous dites qu'il faut revenir sur l'abattement fiscal pour les retraités, alors peut-être que vous n'utilisez pas le terme de boomer, mais à la fin, ça veut dire la même chose. Ça veut dire que vous considérez que dans la répartition des efforts, il n'y a pas de raison que les actifs payent pour que les retraités puissent ne pas être touchés.

11:43
Yaël Braun-Pivet

C'est de l'équité. Chacun doit contribuer. Il n'y a aucune raison que les retraités soient mis à l'écart de l'effort partagé. C'est une question d'équité.

11:53
Invité

Mais il ne faut pas le mot de boomer, il ne faut pas l'utiliser.

11:55
Yaël Braun-Pivet

Mais moi, je n'utilise pas ces mots-là parce que j'entends bien que les gens se sentent un peu stigmatisés. Moi, j'en ai parlé à mes propres parents qui étaient vent debout contre ce type d'expression. Voilà, il faut faire attention, il ne faut pas heurter. Mais à nouveau, moi, j'entends des Français qui sont prêts à l'effort. Mais ils veulent savoir pourquoi, comment et quel est l'horizon. Et donc, c'est cela qu'il faut que nous partagions. Nous avons des semaines et des semaines pour le faire. C'est important parce qu'il en va de l'avenir de notre pays, de l'avenir de notre jeunesse et de l'avenir de la cohésion sociale aussi.

12:28
Présentateur

Yael Broun-Pivet, vous êtes le quatrième personnage de l'État. Est-ce que la France traverse ou s'apprête à traverser une crise de régime ?

12:38
Yaël Braun-Pivet

Il ne le faut pas. Mais c'est possible. Il est encore temps. Cette Assemblée nationale qui a été élue par les Français, bon an, mal an, a fonctionné. Nous avons pu légiférer, porter un certain nombre de réformes, parfois dans le bruit, le fracas, parfois dans une grande concorde. Moi, j'y crois toujours dans cette Assemblée nationale-là. Et donc, il faut que nous parvenions à avancer ensemble. On parle tous de culture, de coalition, de comment faisons-nous pour nous mettre ensemble. Mais je crois que le moment est venu. Mais l'hypothèse de la crise de régime,

13:17
Présentateur

vous inquiète tout de même ?

13:19
Yaël Braun-Pivet

Je suis vigilante, je suis soucieuse, je suis très concentrée. Il faut absolument que nous évitions cela parce que ça serait pire que tout. Ça serait pire que tout pour nos compatriotes parce que ça créerait de l'instabilité, de l'incertitude, de l'inquiétude, de l'angoisse. Moi, je me rappelle ce qu'a provoqué la dissolution chez les gens. Moi, je me souviens de ces personnes âgées qui faisaient leur course, qui me disaient « je ne dors plus la nuit parce que ça m'angoisse ». Donc, en fait, il y a les conséquences financières, économiques, etc. Mais il y a aussi les conséquences sur le ressenti de nos compatriotes. Donc, prenons garde à cela.

Et nous sommes des responsables politiques, quels que soient nos partis politiques. Et donc, il nous revient à tous d'éviter justement cela en essayant de trouver le chemin avec de la bonne volonté et avec de la sincérité. Moi, je crois que c'est possible. Maintenant, il faut se mettre d'accord sur le quoi, sur le comment. Et donc, discutons-en ensemble. C'est ce que va faire le Premier ministre cette semaine et c'est ce que nous continuerons à faire après.

14:15
Présentateur

Crise de régime, la faute à qui ?

14:17
Yaël Braun-Pivet

Mais alors là, c'est un peu la faute à tout le monde, j'ai envie de vous dire. Déjà, nous n'y sommes pas encore. Donc, nous avons la capacité de l'éviter. Et c'est un peu la faute de tout le monde parce que nous ne parvenons toujours pas à rentrer dans une culture plus parlementaire. Mais dont la vôtre, Yael Bonnevier ? Mais c'est la faute de tout le monde.

14:35
Invité

Parce que, pardonnez-moi, mais quand on entend François Bayrou dire « le choix, c'est le chaos ou la responsabilité », à mettre systématiquement cette responsabilité sur les oppositions, on se dit « mais quand même ! »

14:44
Yaël Braun-Pivet

Mais ce n'est pas ce que je fais aujourd'hui.

14:46
Invité

À aucun moment, il n'y a un mea culpa. Peut-être vous un peu plus qu'au gouvernement, mais sur la méthode, sur le bilan aussi. C'est ce que nous dit, regardez Xavier, cet auditeur. Bonjour, n'y a-t-il pas une hypocrisie à sonner l'alarme de la dette publique après huit ans de pouvoir d'Emmanuel Macron ? N'est-ce pas son bilan, finalement ? Est-ce qu'à un moment donné, vous vous dites, dans cette situation aujourd'hui, en septembre 2025, on y est aussi peut-être pour quelque chose ?

15:06
Yaël Braun-Pivet

Je le dis bien volontiers, sur la culture parlementaire, on est tous collectivement responsables, on a du mal à avancer ensemble, à créer. Moi, j'ai créé à l'Assemblée nationale ce qu'on appelle des semaines transpartisanes. Ça a un peu changé la donne. Les partis politiques, de gauche et de droite, du centre, d'opposition et de majorité, portent des textes ensemble, des réformes, l'aide d'urgence pour les femmes, les fauteuils roulants, des choses qui sont importantes parce qu'elles touchent au quotidien des Français. Mais il faut aller beaucoup plus loin, nous mettre d'accord sur des pactes de gouvernement, sur des pactes de coalition, ce que nos voisins font, ce que nous ne faisons pas.

Après, sur la responsabilité, là aussi, elle est budgétaire, là aussi, elle est collective. Vous savez, moi, parfois, j'ai présidé des débats au perchoir sur le budget et je ne vois que des parlementaires qui proposaient de nouvelles dépenses. Il ne faut pas supprimer l'aide sur l'énergie parce que nos compatriotes étaient dans la difficulté et on partageait tous cela. Mais tout le monde a contribué par ses propositions à creuser le déficit et c'est pour cela qu'il faut qu'aujourd'hui, tout le monde s'entende pour arrêter le robinet et pour revenir à quelque chose qui nous permettent d'appréhender l'avenir de façon plus sereine.

16:20
Présentateur

Yaël Braun-Pivet, essayons de nous projeter sur l'après 8 septembre. Si, comme c'est le plus probable, François Bayrou est renversé, que se passe-t-il à ce moment-là ? Quelle est, selon vous, la meilleure solution politique pour sortir de la crise ?

16:36
Yaël Braun-Pivet

Je crois que la meilleure solution politique, si jamais effectivement l'Assemblée nationale ne donne pas sa confiance au Premier ministre le 8 septembre, ce sera de se réunir, force politique, pour justement se poser la question du quoi. Je pense que la question du quoi, elle vient avant la question du qui. Il y aura deux grandes choses à examiner ensemble. D'une part, le budget. Est-ce que nous sommes capables de trouver un compromis à grosse maille ? Et il reviendra au nouveau Premier ministre de regarder dans le détail. Mais à grosse maille, est-ce qu'on est capable de trouver un compromis qui nous permet de travailler ?

17:16
Invité

Puisque je rappelle que le budget doit être présenté au Parlement le 7 octobre.

17:26
Yaël Braun-Pivet

Donc nous aurons un mois pour ce faire. Et donc moi, je pense que nous pourrons, en tout cas, entamer ces discussions. La deuxième chose, c'est se mettre d'accord pour se dire, en fait, pour notre pays, pour nos concitoyens, si nous sommes tous des responsables politiques, nous devons apporter à notre pays de la stabilité jusqu'en 2027. Pardonnez-moi, ça veut dire quoi ?

17:46
Invité

Ça veut dire un gouvernement d'union nationale ?

17:48
Yaël Braun-Pivet

Un gouvernement, alors là, on l'appellera comme on voudra, mais après, ça dépendra de qui il sera. Mais en tout cas, nous mettre d'accord sur le fond. Quelles sont les grandes réformes que nous souhaitons porter jusqu'en 2027 ? Et se mettre d'accord pour dire, eh bien voilà, nous porterons cela, que cela, et les très irritants, eh bien, nous les réservons. Non, on n'oublie pas !

18:10
Invité

On les réserve pour la campagne présidentielle de 2027. Vous entendez Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste, qui dit, on est prêt à gouverner. Pourquoi ne pas laisser une chance à Olivier Faure ? Vous avez essayé, Michel Barnier, ça a échoué, François Bayrou, c'est sur le point d'échouer. Pourquoi ne pas laisser Olivier Faure gouverner ?

18:24
Yaël Braun-Pivet

Mais à nouveau, moi, je pense qu'aujourd'hui, il ne faut pas recommencer avec un nom de Premier ministre, puis, après, essayer de réunir les forces politiques.

18:35
Invité

Je pense qu'il faut faire à l'envers ! Sur le principe de dire que c'est à la gauche de gouverner.

18:38
Yaël Braun-Pivet

En fait, moi, mon sujet aujourd'hui, c'est pour faire quoi ? C'est pour faire quoi ? Et donc, d'abord, réunissons-nous pour nous dire qu'allons-nous faire ensemble, dans l'intérêt de nos compatriotes ? On parle d'accès aux soins. Est-ce qu'on n'est pas capable de se mettre d'accord pour se dire comment on fait pour mettre des médecins partout sur le territoire national ? On parle de pouvoir d'achat. Est-ce qu'on ne peut pas se poser la question ensemble de se dire comment on fait pour que le travail paye mieux avec les partenaires sociaux ? Est-ce qu'on ne peut pas dessiner quelques sujets ?

19:07
Invité

Et vous le dites, pardonnez-moi, depuis 2022, avec une majorité relative, depuis 2024 et la dissolution, on ne peut pas dire que ce soit un franc succès. Il n'y a pas un peu de déni ce matin quand vous dites qu'on va pouvoir continuer et se mettre d'accord sur l'essentiel, là où vous n'avez pas été mesure de faire ?

19:20
Yaël Braun-Pivet

Parfois, moi, j'ai l'impression d'être scisif. Je monte mon rocher, il redescend, et je le remonte quand même inlassablement. Ou panglosses. Parce que j'y crois. Mais non, parce que j'y crois, parce que moi, je crois en cette assemblée. Je serais peut-être la dernière à le faire. Et moi, j'y crois. Elle a été voulue par les Français. Et vous regardez, si on parle de dissolution 3 secondes, quand on regarde toutes les études d'opinion...

19:41
Présentateur

Il y a un certain nombre de gens dans votre camp qui le disent. Hypothèse à ne pas exclure pour Gérald Darmanin. Inéluctable pour Edouard Philippe. Bon, ça vient de chez vous, là.

19:52
Yaël Braun-Pivet

Mais je crois, si on n'y arrive pas, si on n'arrive pas à s'entendre, si on n'arrive pas à tenir un gouvernement, si on n'arrive pas à voter de budget, etc., il faudra un moment que le président de la République en tire les conséquences. Mais aujourd'hui, moi, je ne me place pas dans cette situation-là. Je me place d'abord dans la situation où pendant une semaine, on arrive encore à discuter et on peut adopter cette trajectoire et continuer. Après, si nous n'y parvenons pas, il faudra, de toute façon, il faudra continuer à discuter. Mais c'est ce que les Français nous demandent. Bon sang.

Et donc, oui, on ne sera pas d'accord sur tout, mais est-ce qu'on est capable d'acter aussi nos désaccords pour pouvoir acter nos accords ?

20:29
Invité

La majorité des Français qui demandent dans les sondages une dissolution. Il y a ceux aussi, Yael Brunpivet, qui demandent la démission du président à la France Insoumise. C'est lui qui, à la fin, va être en première ligne si ce que vous appelez de vos voeux, à savoir négociations, compromis, échouent ?

20:44
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, justement, nos institutions, et moi, je le vois au quotidien, elles sont extrêmement solides. Et quand ça tangue, quand il y a des moments comme ça de troubles, il faut absolument préserver la stabilité des institutions. Et dans cet écheveau, dans cet édifice institutionnel, il y a la présidence de la République, le président de la République a été élu. C'est la seule personne dans notre pays élue par tous les Français au sevrage universel. Et donc, il a été élu pour un mandat. Il est impératif que ce mandat soit tenu dans son ensemble. C'est le respect de nos institutions et c'est la volonté des Français. Ils l'ont élu pour 5 ans. Et donc, il faut absolument préserver cela.

Moi, on ne peut pas être dans le il n'y a qu'à faut qu'on, dans le désordre, dans c'est ça ou rien, etc. Nous sommes dans une situation qui est grave et donc, il faut qu'on se relève ensemble. Moi, je crois que ça n'est pas inatteignable, mais il faut mettre à nouveau le quoi avant le qui.

21:43
Présentateur

Il y a Elbrun Pivet, il y a aussi la mobilisation sociale en cette rentrée. D'abord, ce mouvement du 10 septembre avec, pour mot d'ordre, bloquons tout. Puis une journée le 18 septembre à l'appel de l'intersyndicale. Est-ce que vous craignez un blocage social du pays, une paralysie ?

22:02
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, il faut être extrêmement attentif à ce qui se passe et à ce que nous disent nos concitoyens. Mais comme j'ai été extrêmement attentive cet été, au fait que plus de 2 millions d'entre eux ont signé une pétition contre la loi Duplon et j'avais indiqué que je souhaitais qu'il y ait un débat dans l'hémicycle parce qu'il faut entendre, il faut écouter les citoyens dans ce qu'ils nous disent et donc évidemment, il faudra écouter et prendre en compte ce qui peut se passer lors de manifestations et de journées de mobilisation. Mais c'est aussi la raison pour laquelle moi je dis il faut penser au quoi.

Parce que le quoi, quand on dit on va faire telle ou telle réforme, ça vous permet d'associer les citoyens, ça vous permet d'associer les corps intermédiaires. Je le dis depuis toujours, j'avais écrit avant d'être président de l'Assemblée nationale, un plaidoyer pour un Parlement renforcé où je demandais cela et donc je ne dévie pas de ma ligne parce que je crois que c'est important et que cette méthode-là, elle peut permettre de ramener aussi de la paix sociale dans notre pays.

22:56
Invité

Une dernière question pour terminer, Yael Brown-Pivet, cet été le canard enchaîné a révélé que vous aviez demandé aux policiers, aux CRS gardant votre domicile de nourrir vos poules, ce que vous avez fermement démenti sur les réseaux sociaux tout en reconnaissant leur avoir demandé, je cite, de vérifier si tout allait bien dans le poulailler. Est-ce que c'est à des CRS, même s'ils surveillent votre domicile, de vérifier si tout va bien pour vos poules et votre poulailler ?

23:18
Yaël Braun-Pivet

Alors vous savez que j'ai demandé justement que la surveillance soit levée pendant mes vacances et donc il n'y avait aucun CRS devant ma maison pendant mes vacances.

23:25
Invité

Sauf que dans un premier temps, vous aviez bien demandé à ces CRS de vérifier si tout allait bien.

23:29
Yaël Braun-Pivet

Si tout allait bien, comme quand ils me demandent de leur rendre des services, je leur en rends. Mais je leur ai demandé si tout allait bien. Je ne leur ai pas demandé de nourrir mes poules, vous savez. C'est marrant parce que c'est... Non mais c'est marrant.

23:41
Invité

Vous avez un discours très offensif sur l'exemplarité, la nécessité d'être absolument impeccable, de ne pas donner l'impression que les élus ont des privilèges. Quand la présidente de l'Assemblée part en vacances, qu'il y a des CRS de donner comme consigne d'aller vérifier si tout va bien dans le poulailler. Est-ce que vous comprenez que ceux qui nous écoutent ce matin se disent « Nous, on n'a pas ce privilège-là ? »

24:03
Yaël Braun-Pivet

Oui, mais ce n'est pas un privilège puisque, à nouveau, je vous dis, il n'y avait pas un CRS devant ma maison pendant mes vacances. Je leur ai demandé expressément de lever la surveillance. Je ne sais pas si tous les responsables politiques ont fait lever la surveillance de leur domicile pendant leurs vacances. Donc vous n'avez pas commis d'erreur. Donc moi, j'ai demandé au CRS de lever la surveillance. Ils l'ont levée. Donc il n'y a pas un CRS qui a nourri d'un grain les poules. Mais qui a surveillé le poulailler. Mais non, ils n'ont pas surveillé le poulailler puisqu'ils n'étaient pas devant chez moi, M. Duhamel. Mais juste avant qu'ils lèvent,

24:29
Invité

que vous demandiez de lever cette surveillance, vous avez vous-même reconnu sur les réseaux sociaux qu'il fallait vérifier si tout allait bien.

24:35
Yaël Braun-Pivet

Mais ils ne l'ont jamais fait puisque j'ai demandé à lever la surveillance.

24:39
Présentateur

Voilà. Merci, Yael Brown-Pivet d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci, Madame la Présidente de l'Assemblée nationale. Merci beaucoup.