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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 8 septembre 2017 25 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesOutre-merEurope & international

Ouragan Irma : "C'était prévisible, prévu, écrit", déclare Pascal Canfin, à la tête du WWF France

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:59OuverteRéponse directe

    Quelle leçon faut-il tirer du passage du cyclone Irma ?

  • 2:53RelanceRéponse partielle

    Est-ce qu'il y a encore un débat sur le fait de savoir si ce type d'événement est lié au réchauffement climatique ou pas ?

  • 3:33OuverteRéponse directe

    Il y a quatre morts à déplorer. Est-ce que vous trouvez ce bilan miraculeux ?

  • 4:39OuverteRéponse directe

    En ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique, la température ne va pas baisser. Que faire ?

  • 6:13OuverteRéponse directe

    On a toujours du mal à en prendre conscience. Pourquoi ?

  • 8:47OuverteRéponse directe

    Quel jugement portez-vous sur l'action de Nicolas Hulot depuis 4 mois ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:02Invité politiqueFait
    « Vous savez, ce genre d'événement, il est écrit par les scientifiques dans tous les rapports sur le climat depuis des années. »
  • 1:13Invité politiqueFait
    « Tous les scientifiques disent, le réchauffement climatique, c'est un réchauffement de la température de l'océan, et c'est une augmentation de l'humidité dans l'air. »
  • 1:47Invité politiqueFait
    « L'événement, il est malheureusement prévisible, malheureusement prévu, il est malheureusement écrit. »
  • 4:12Invité politiqueChiffre
    « des vents de 360, je crois, kilomètres l'heure, qu'on ne peut pas même imaginer quand on n'est pas dedans. »
  • 5:21Invité politiqueChiffre
    « Cette température moyenne, elle a déjà augmenté de 1 degré depuis qu'on la mesure au milieu du 19e siècle. »
  • 5:31Invité politiqueChiffre
    « si on n'appliquait pas l'accord de Paris sur le climat, on pourrait arriver à la fin du siècle, à 2, 3, puis le siècle suivant, 4, voire 5, 6 degrés de réchauffement climatique. »
  • 6:52Invité politiqueFait
    « Est-ce qu'il faut reconstruire là où les maisons ont été construites dans des zones, évidemment, largement... »
  • 9:33Invité politiqueFait
    « Ne faisons pas les mêmes erreurs que ce que nous avons fait dans le passé. On ne va pas, enfin ce serait inimaginable, après ce qui vient de se passer, de reconstruire un pays entier sans l'adapter à des chocs qui, on le sait, quoi qu'on fasse aujourd'hui, de toute façon seront plus importants. »
  • 10:13Invité politiqueFait
    « Une émission de CO2, l'émission de CO2 par le charbon chinois, et bien à la même, même si c'est en Chine, c'est la même chose que quand nous, on pollue en France ou quand ça pollue aux Etats-Unis. »
  • 16:13Invité politiqueFait
    « La France est quand même le premier pays au monde à prendre une telle disposition. »
  • 22:02Invité politiquePromesse
    « Ce qui est déjà lancé, continue, mais il n'y a plus de nouveau. C'est fini. Et la page se tourne définitivement en 2040. »
  • 22:09Invité politiquePromesse
    « l'engagement de la France, c'est en 2040, il ne sera plus possible d'acheter une voiture thermique, essence ou diesel. »
  • 24:32Invité politiqueChiffre
    « la France est le seul pays au monde, le seul, il n'y en a pas un deuxième, à avoir 80% de son électricité basée sur le nucléaire »

Temps de parole

  • Pascal Canfin67 %
  • Présentateur13 %
  • Invité10 %
  • Présentateur 25 %
  • Invité 22 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:05
Présentateur

L'interview politique avec notre invité Pascal Canfin, Jean-Michel Apathy. Bonjour Pascal Canfin. Bonjour. Vous avez été député européen pour le Compte des écologistes, ministre sous la présidence de François Hollande, et vous dirigez depuis maintenant deux ans, la branche française de l'organisation non-gouvernementale WWF, une organisation dédiée à la protection environnementale et au développement durable. Nous allons bien entendu parler avec vous du cyclone Irma. Annick Girardin, ministre des Outre-mer et sur place, et elle fait le point sur les secours qu'il faut apporter aux populations touchées par cet événement. On écoute Annick Girardin.

0:40
Invité

Les prochaines étapes, on le sent bien, c'est apporter ici l'ensemble des soutiens nécessaires en hommes, en matériel également, et puis la partie eau et alimentation. Il existe des fonds, ils sont mobilisés. Là, dans les 24 heures, la mobilisation financière sera effectivement également au rendez-vous.

0:59
Présentateur

Quelle leçon faut-il tirer du passage du cyclone Irma, Pascal Canfin ?

1:02
Pascal Canfin

Vous savez, ce genre d'événement, il est écrit par les scientifiques dans tous les rapports sur le climat depuis des années. Donc, ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire semblant de découvrir. Tous les scientifiques disent, le réchauffement climatique, c'est un réchauffement de la température de l'océan, et c'est une augmentation de l'humidité dans l'air. Vous additionnez ces deux phénomènes, ça donne des événements de plus en plus extrêmes, parce que les cyclones ont plus d'énergie qu'ils trouvent sur leur chemin. Et donc, au lieu, quand ils arrivent dans les côtes de diminuer de puissance, ils continuent, ils continuent, et donc ils sont beaucoup plus ravageurs, beaucoup plus rapides.

On est surpris quand même par la violence. Voilà. Les scientifiques nous le disent depuis des années. Ce qui est surprenant, peut-être, c'est qu'on ne les écoute pas. Ce n'est pas l'événement qui est surprenant. L'événement, il est malheureusement prévisible, malheureusement prévu, il est malheureusement écrit. La réalité, depuis des années que les scientifiques nous alertent, c'est que nous n'en tenons pas compte au niveau où on devrait le faire. Résultat, nous sommes aujourd'hui dans un effet collectif de sidération. Mais n'oublions pas que si nous avons aujourd'hui toutes ces images, c'est parce que ce sont des territoires qui sont soit français, soit dont on se sent proche.

Mais aujourd'hui, c'est Porto Rico, Haïti, etc. Et Haïti, j'espère qu'on ne l'oubliera pas, puisque l'ouragan ne va pas sauter de Saint-Martin à la Floride. Donc parlons aussi d'Haïti dans les prochaines heures, je compte sur vous. Et ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'il est vraiment frappant quand on voit ces images, c'est qu'on est face à un recul civilisationnel. Ce n'est pas simplement un petit accident, un recul civilisationnel. Plus d'eau, plus d'électricité, plus de maison, des files d'attente pour n'importe quel bien et service. Ça veut dire qu'en 24 heures, un pays développé passe à un stade de pays en développement ou sous-développé.

Et ça, malheureusement, encore une fois, malheureusement, ça va se multiplier, parce que tous les scientifiques le disent, ce genre de catastrophe va arriver de plus en plus fréquemment.

2:53
Présentateur

Est-ce qu'il y a encore un débat sur le fait de savoir si ce type d'événement est lié au réchauffement climatique ou pas, est lié à l'activité humaine ou pas ?

3:01
Pascal Canfin

Là encore, revenons à ce que les scientifiques disent. On ne peut jamais lier un événement local, comme cet ouragan-ci, à un phénomène global qui est le dérèglement climatique. Par contre, statistiquement, il y aura, il y a déjà aujourd'hui, beaucoup plus d'événements extrêmes de cette nature. Donc c'est pour ça qu'on peut faire le lien, si on s'extrait un tout petit peu de l'équation scientifique, évidemment, d'un point de vue politique et de transformation de nos modes de vie, on ne peut faire que le lien entre cet événement, la multiplication de ces événements extrêmes et le dérèglement climatique.

3:33
Présentateur

Il y a quatre morts à déplorer, selon un bilan qui n'est pas définitif, évidemment. Mais ça signifie aussi que les systèmes d'alerte ont fonctionné, que la population a écouté. Encore une fois, il faut rester prudent sur ce bilan. Est-ce que vous trouvez d'ailleurs que ce bilan est miraculeux, compte tenu de la violence de l'événement ?

3:55
Pascal Canfin

Évidemment, il faut se féliciter du fait que les alertes ont été données à temps et les consignes suivies. Néanmoins, toutes les maisons sont détruites, tous les circuits d'approvisionnement sont détruits, il n'y a plus d'électricité, il n'y a plus d'eau. Donc évidemment, on a évité le pire grâce à un minimum de sagesse qui est de fuir face à cet événement des vents de 360, je crois, kilomètres l'heure, qu'on ne peut pas même imaginer quand on n'est pas dedans. Eh bien, heureusement, nous avons cette sagesse de prendre quelques précautions.

Néanmoins, on serait un petit peu à se contenter de ça, on serait un peu comme un médecin qui soignerait les conséquences en permanence, mais jamais les causes. Et donc, il faut évidemment gérer les conséquences de cet événement extrême, que ce soit à Saint-Martin, demain en Haïti, après-demain aux Etats-Unis, mais il faut aussi en tirer les leçons et en tirer les leçons sur les causes.

4:39
Présentateur

En ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique, bon, la température ne va pas baisser. Ce qu'on essaie d'éviter, c'est qu'elle monte trop, ce qui signifie que la situation actuelle, au mieux, va perdurer.

4:56
Pascal Canfin

Absolument. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, malheureusement, oui, j'aimerais pouvoir vous dire autre chose, malheureusement, oui. Aujourd'hui, quand on compare la température moyenne de la planète, alors c'est quelque chose de très théorique qu'on n'apprend même pas à l'école. Donc, c'est compliqué d'expliquer ça, parce que finalement, c'est quelque chose qui est un peu hors sol. La réalité, c'est qu'au fond, la planète, c'est un peu comme le corps humain. Il y a une température moyenne qui équilibre à peu près tous les écosystèmes. Cette température moyenne, elle a déjà augmenté de 1 degré depuis qu'on la mesure au milieu du 19e siècle.

Ce que les scientifiques nous disent, c'est que si on continue comme aujourd'hui, c'est-à-dire, par exemple, si on n'appliquait pas l'accord de Paris sur le climat, on pourrait arriver à la fin du siècle, à 2, 3, puis le siècle suivant, 4, voire 5, 6 degrés de réchauffement climatique. Ça peut paraître, c'est pas je mets une chemise, je mets un t-shirt, je mets une chemise d'un manche courte ou une chemise d'un manche longue. C'est pas ça du tout. La comparaison vaut ce qu'elle vaut en termes scientifiques, mais je la fais quand même. C'est vraiment l'équivalent de la fièvre pour le corps humain. Quand vous passez de 38 à 39, c'est pas juste, tiens, j'ai un petit degré de plus.

Non, c'est pas ça. On voit bien que le corps est complètement déséquilibré. Et puis quand vous passez de 39 à 40, le déséquilibre, évidemment, il s'accroît. C'est exactement la même chose pour les écosystèmes.

6:07
Présentateur

On a toujours du mal à en prendre conscience. On ne croit pas que la planète puisse être menacée par le réchauffement.

6:13
Pascal Canfin

Exactement. Vous savez, Charles Péguy, il y a un siècle, disait, nos civilisations peuvent être mortelles. Et c'est vrai, nos civilisations peuvent être mortelles. Le niveau de vie que nous avons, le mode de vie que nous avons, ça peut se heurter à un mur qui est plus grand que nous. C'est compliqué parce que c'est un sujet culturel. Ce n'est pas un sujet de boulon, de vis. C'est un sujet culturel. Il faut qu'on admette qu'on est face à quelque chose qu'on a déclenché et dont on ne maîtrise pas les conséquences. Ça, c'est le premier élément. D'où la question de l'adaptation. Parce que vous avez raison, malheureusement, c'est parti et ça va continuer et ça va s'aggraver.

Donc, il faut s'adapter, par exemple, très concrètement, là, sur Saint-Martin. Est-ce qu'il faut reconstruire là où les maisons ont été construites dans des zones, évidemment, largement... C'est une bonne question que vous aviez envie de vous poser. Et le risque, c'est que pendant la semaine qui vient, on va dire, évidemment, non. Évidemment, non. Voilà, tout le monde est sous l'effet de la sidération. Et puis, dans 15 jours, le promoteur X va dire, oui, mais quand même, quand même, ce terrain, il a une certaine valeur. Et ça va repartir. Le risque, évidemment, c'est que ça reparte comme avant.

7:16
Présentateur

Alors, restez avec nous. On continue, évidemment, cette interview dans un instant. Il est 8h40. L'essentiel de l'info, Edwige Coupez.

7:23
Invité

Les premiers blessés de l'ouragan Irma arrivent en Guadeloupe. Une vingtaine de personnes évacuées par hélicoptère ou par avion militaire de Saint-Martin. Pour l'instant, le bilan est de quatre morts. Mais la ministre Annick Girardin évoque aussi des personnes portées disparues. La ministre qui estime que la première urgence est d'acheminer de l'eau, de la nourriture pour les sinistrés. Un pont aérien avec la Guadeloupe est en place depuis plusieurs heures maintenant. Et l'autre priorité, c'est la sécurité. 400 gendarmes sont déployés à Saint-Martin pour empêcher de nouveaux pillages. Irma, quant à lui, poursuit sa course dévastatrice vers Haïti, Cuba, la Floride.

L'ouragan pourrait directement toucher Miami ce week-end. Des centaines de milliers d'habitants ont reçu l'ordre d'évacuer. Et puis il y a ce séisme au Mexique. Le gouvernement donne un premier bilan de deux morts. Il revoit à la hausse la magnitude du tremblement de terre qui a frappé le sud-ouest du pays. 8,4 sur l'échelle de Richter. C'est du jamais vu depuis 32 ans sur place. Les secousses ont été ressenties jusqu'à Mexico, la capitale qui est située à un millier de kilomètres au nord. Certains quartiers sont privés de courant. Pas d'alerte au tsunami. Elle a finalement été levée.

8:39
Présentateur

France Info. Pascal Canfin, le directeur de WWF France, est notre invité ce matin sur France Info. Jean-Michel Apathy. Il y a un enjeu finalement dans la reconstruction de ces deux îles. On dit que Saint-Martin est détruite à 95%, ce qui est évidemment difficile à concevoir. La reconstruction va nous montrer, c'est votre raisonnement Pascal Canfin, si on prend enfin en compte ou pas les dérèglements climatiques.

9:02
Pascal Canfin

Absolument. Et si on en tire les leçons, cet événement, il est en train de se passer. Il y a des conséquences à court terme, y compris en termes de sécurité. Mais il y a des conséquences à en tirer, des leçons à en tirer au-delà. Quelles sont ces leçons ? D'abord, un peu d'humilité. Ça veut dire qu'un pays peut être détruit à 95% en 24 heures par un événement climatique. Donc soyons humbles face à cet événement qui est l'écosystème planétaire qui se dérègle. Et prenons la mesure de l'enjeu. Deuxième leçon, ne faisons pas les mêmes erreurs que ce que nous avons fait dans le passé.

On ne va pas, enfin ce serait inimaginable, après ce qui vient de se passer, de reconstruire un pays entier sans l'adapter à des chocs qui, on le sait, quoi qu'on fasse aujourd'hui, de toute façon seront plus importants. Et puis la troisième leçon, c'est de se dire, tirons les conséquences de ça en changeant nos propres actions pour éviter de contribuer à un dérèglement global. Là aussi, c'est une difficulté du changement climatique en termes d'action collective et d'action politique. C'est que les émissions à un endroit se fondent dans l'atmosphère. Et au final, nous sommes tous responsables de quelque chose, même si nous n'en avons qu'une partie infime.

Mais si chacun d'entre nous ne change pas, à la fin, il ne se passe rien. Donc c'est quelque chose qui nous interroge sur, j'irais, notre humanité. Une émission de CO2, l'émission de CO2 par le charbon chinois, et bien à la même, même si c'est en Chine, c'est la même chose que quand nous, on pollue en France ou quand ça pollue aux Etats-Unis. Il y a une universalité.

Et comme nous sommes dans un monde complètement cloisonné, avec des nations, des blocs, etc., qui se renvoient souvent à la balle, heureusement, grâce à l'accord de Paris, on a fait un pas en avant important, mais la plupart du temps, et avec Donald Trump, on n'a pas forcément progressé dans la bonne direction, on se renvoie la balle. Là, ça questionne notre humanité.

10:47
Présentateur

Nous sommes tous responsables d'être à la hauteur du cyclone Irma. Quelque part, oui. S'il fallait reconstruire Saint-Martin, selon cette sagesse que vous évoquez au micro, Pascal Canfin, ça veut dire que, par exemple, aucune maison en bord de mer ne devrait être construite, qu'il faudrait prendre une sécurité de 100 mètres, par exemple.

11:03
Pascal Canfin

Alors, moi, je ne connais pas suffisamment bien les contraintes locales et les règles locales, mais ça va, parmi la sagesse à adopter, il y a effectivement reculer par rapport au bord de mer. Il y a construire éventuellement des équipements qui sont capables de mieux résister à des vents plus forts. Il y a plusieurs réponses. Il y a aussi des réponses qui peuvent être basées sur la nature, pour qu'entre la mer et les maisons, il y ait un écosystème qui fasse tampon. Donc, il y a plusieurs types de réponses possibles. Localement, je ne suis pas spécialiste de la question, que je ne peux pas vous répondre.

Mais globalement, il y a aujourd'hui cette interrogation-là, qu'on appelle l'adaptation au changement climatique, qui est très, très forte. Mais vous savez, Saint-Martin, c'est loin, même si les images qu'on voit nous les rapprochent. Il y a très, très proche de nous. Il y a le littoral aquitain, il y a le littoral de Languedoc, où la mer monte sans arrêt. Et vous avez des images, tout le monde, je pense, a vu ces images sur le littoral aquitain, notamment dans le Médoc, de bâtiments qui, maintenant, sont mangés par les eaux. Bon, ce n'est pas théorique, ce n'est pas de la science-fiction. C'est déjà en train d'arriver.

12:05
Présentateur

On a lu des scientifiques, j'ai lu ça, je l'ai lu avec attention pour ma part, mais que peut-être un ouragan, un jour, pourrait menacer Biarritz. Donc, effectivement, personne n'est à l'abri de rien. Ces préoccupations-là passent par l'action politique. C'est difficile de mener une action politique quand on est écologiste. C'est ce que confessait, il était à votre place, il y a dix jours, Nicolas Hulot, ministre de l'Environnement dans le gouvernement d'Éloire-Philippe. On l'écoute. On ne l'a pas. Bon, eh bien, on ne l'a pas, mais il disait... Il disait, c'est pas facile. Il disait, voilà, c'est ça. Je crois qu'on l'a en ont.

12:34
Invité

Si, on l'a, on l'a. Parce qu'on n'est pas serein. C'est une pression qui oblige. Et en même temps, voilà, qui nous met dans un, comment dire, un état d'esprit qui est lourd. Les gens me disent, alors, t'es heureux d'être ministre. C'est pas le sentiment qui domine.

12:53
Présentateur

Bon, c'est pas la joie. Quel jugement vous portez sur l'action de Nicolas Hulot depuis 4 mois maintenant dans le gouvernement ?

12:58
Pascal Canfin

Le jugement définitif, on ne pourra le porter qu'un peu plus tard. Parce qu'il y a encore des grandes échéances qui sont devant lui. Les assises de la mobilité, les états généraux de l'agriculture, les décrets sur la fermeture des centrales nucléaires. C'est pas un jugement définitif que je vous demanderais. Non, non, bien sûr. Mais en même temps, on pourra le savoir assez vite. Parce que toutes les échéances qui sont devant nous, au fond, sur l'agriculture, la mobilité, le plan d'investissement et sur le décret sur l'énergie, au fond, tout ça arrive au plus tard, au premier trimestre 2018. On ne sent pas un enthousiasme chez vous ce matin.

C'est quand même Nicolas Hulot qui est au gouvernement. Ça devrait vous réjouir. Ça me réjouit. Ça me réjouit. Évidemment, ça me réjouit. Et je le soutiens. Et le WWF, en toute indépendance, essaye de faire en sorte que son action soit la plus ambitieuse possible. Je répondais pour dire que le bilan pourra le faire.

13:48
Présentateur

Vous voulez réserver un peu votre jugement. On pourra le faire.

13:50
Pascal Canfin

On pourra le faire. Mais au printemps 2018. C'est important. C'est pas si loin.

13:54
Présentateur

Le printemps 2018. La branche française de WWF, dont vous êtes le directeur, a salué le projet de loi hydrocarbures que Nicolas Hulot a présenté en Conseil des ministres mercredi. Et donc, pas de forage terminé. Et certains ont noté qu'il y avait eu des changements dans la rédaction du projet de loi. David Cormand, qui est secrétaire national d'Europe Écologie, Lever, était l'invité de Yael Gauze hier soir sur France Info. Et il nous a alerté là-dessus. Écoutez-le.

14:20
Invité

Regardez, aujourd'hui ou hier, Nicolas Hulot a présenté une loi qui avait vocation à interdire l'exploitation des hydrocarbures qu'on appelle non conventionnelles. Or, on se rend compte, après relecture par le Conseil d'État, qu'un certain nombre de dispositifs qui étaient les plus ambitieux dans ce projet de loi vont être remis en question. Et qu'en réalité, les autorisations qui ont déjà été données ne seraient pas remises en question. Et donc là, vous voyez un effet concret du décalage entre ce qui est dit et ce qui est fait.

14:49
Présentateur

Un avant-projet de loi présenté en juillet disait qu'il n'y aura plus de forage en France. Et puis le projet de loi ne dit pas ça. Et donc, ça veut dire que Nicolas Hulot, il a subi... On ne sait pas où, il est défait.

14:57
Pascal Canfin

Ça, c'est intéressant. Parce que... Bon, j'aimerais qu'on ne perde pas l'idée de la première partie de cet échange qui est qu'on ne va pas tomber dans des polémiques face à des enjeux qui sont aussi importants. Il se trouve que le Conseil d'État a changé un peu le texte.

15:13
Présentateur

Enfin, le Conseil d'État, il conseille l'État. C'est le gouvernement qui a changé le texte. Tout à fait. Mais en disant quoi ? Les conseillers d'État ne sont pas responsables.

15:17
Pascal Canfin

Tel que nous, nous le lisons, en tout cas. C'est que, vous savez, on est dans un État de droit. Qu'on aime Total ou qu'on n'aime pas Total, on est dans un État de droit. Donc, on peut changer la règle, mais dans une certaine mesure. Il se trouve que tous les permis qui ont déjà été attribués, et donc qui sont des permis soit de recherche pour exploiter demain, soit des permis qui exploitent aujourd'hui, eh bien, on ne peut pas les arrêter. Sinon, il est extrêmement probable que le Conseil constitutionnel dise que cette loi va au-delà, porte atteinte, en gros, à la capacité, à la propriété privée des moyens de production, pour faire très simple, et à la liberté d'entreprendre.

Donc, en l'État actuel de la Constitution et des textes de loi, ce qu'il est possible de faire, c'est ce que ce texte prévoit, à savoir, il ne sera plus possible de lancer un nouveau projet, quel qu'il soit, gaz de schiste, conventionnel, pétrole, gaz, charbon, en mer, sur terre, en métropole, en Outre-mer, on revient au Caraïbes, à la Guadeloupe, ce ne sera plus possible d'en lancer des nouveaux. La France est quand même le premier pays au monde à prendre une telle disposition. On peut, moi, je préfère voir le verre à moitié plein que le verre à moitié vide, sinon on est dans les polémiques permanentes et dans le désespoir permanent. Maintenant, la question, c'est l'effet d'entraînement.

Est-ce que la France va rester toute seule ? Et vous allez me dire, oui, mais la France n'est pas un grand pays producteur de pétrole. Je l'ai voulu dire. Évidemment. 1% de notre consommation est produite en France. C'est marginal. Mais donc, je peux vous retourner l'argument. Si même les pays... Je fais tout tout seul. Très bien. Je peux faire les questions et les réponses. J'ai même été ancien journaliste, donc vous voyez, je suis à votre place un jour. Heureusement, vous avez bien tourné.

Et donc, si les pays pour lesquels la production représente 1% de la consommation ne mettent pas fin à cette production et prennent des mesures d'économie d'énergie, ceux pour lesquels ça représente 10, 20 ou 30% ne le feront jamais. Donc, il y a un effet d'exemplarité qui est symbolique à ce stade. Et si ça s'arrêtait là, ça resterait symbolique. Mais moi, je fais le pari de cet effet d'exemplarité. Ça reste un demi-verre, si j'ai bien compris.

17:11
Présentateur

À moitié plein, moins à moitié vide. Vous avez bien compris. C'est un demi-verre. 8h50. Vous restez avec nous, Pascal Canfin, à l'essentiel de l'info avec Edwige Coupès.

17:21
Invité

Deux morts, c'est le premier bilan au Mexique après un violent séisme ce matin. La magnitude réévaluée à 8,4, le plus puissant enregistré depuis 1985 dans le pays. Il a frappé la région pauvre du Chiapas dans le sud-ouest. Les secousses ont été ressenties jusque dans la capitale Mexico à 1 000 km de là. Confusion quant à l'alerte au tsunami. Le centre géologique américain parle finalement d'un risque de vague de plus de 3 mètres sur la côte pacifique. Dans les Antilles, 36 heures après l'ouragan Irma, les secours arrivent à Saint-Martin. 900 hommes déployés d'ici ce soir. Parmi eux, 400 gendarmes mobilisés pour empêcher de nouveaux pillages. Difficile encore d'évaluer les dégâts.

Tout ce qu'on sait, c'est qu'il n'y a plus d'eau potable, plus d'électricité non plus. 60% des maisons sont inhabitables à Saint-Martin. L'état de catastrophe naturelle doit être signé ce matin pour pouvoir mettre la prise en charge par les assurances. Saint-Martin et Saint-Barthélemy qui sont menacés par un autre ouragan, José, en catégorie 3. Selon Météo France, il devrait passer demain au large des deux îles déjà sinistrées. Irma, quant à lui, poursuit sa trajectoire. Haïti, la Floride et Cuba ce soir. L'île est en alerte maximum. 10 000 touristes ont évacué les hôtels construits en bord de mer.

18:43
Présentateur

France Info. Pascal Canfin est notre invité ce matin. Jean-Michel Apathy. On a envie d'interroger l'ancien responsable politique que vous êtes. L'ancien dirigeant. Ça ne m'étonne pas de vous. Oui, mais ça ne vous étonne pas. Moi non plus, ça ne m'étonne pas de moi. Il n'y a plus de visibilité pour l'écologie en France. Il n'y a plus de leader. Europe, écologie, les verts, c'est dévasté. Ça vous attriste cet homme problème ?

19:03
Pascal Canfin

Je suis désolé, je ne répondrai pas à ce genre de questions. D'accord. Pour des tas de raisons. Oui, d'abord parce que le WWF étant une ONG à partisane, je n'ai aucun avis à porter sur ce champ politique en tant que tel. Et d'autre part, parce que je pense vraiment que ce serait extraordinairement réducteur que de considérer que ces sujets qui sont des sujets de civilisation sur le prisme du rapport de force partisan et politique. Vous savez, les gens qui ont perdu... Si des écologistes ne sont pas capables

19:28
Présentateur

de se faire entendre dans la société, excusez-moi, sur des problèmes que vous-même vous considérez comme un majeur, c'est quand même une difficulté pour faire avancer les causes auxquelles votre association est dévouée.

19:38
Pascal Canfin

Absolument. Jean-Michel Appetit, les gens qui ont perdu leur maison, ils ne sont ni de droite, ni de gauche, ni écolo, ni libéraux, ni machin, c'est juste des humains. Donc la question, c'est effectivement de se dire, il y a une cause qui nous dépasse tous et qui devrait nous engager tous. Et ensuite, une fois qu'on a pris cette prise de conscience, on peut avoir une écologie plus ou moins de droite, plus ou moins de gauche, plus ou moins centriste, plus ou moins pro-européenne, plus ou moins libérale, etc. Mais ça doit irriguer l'ensemble des schémas politiques. Ce qui n'est pas le cas

20:07
Présentateur

ou ce qui est le cas ? Est-ce que vous diriez qu'Emmanuel Macron se soucie

20:11
Pascal Canfin

de ces problèmes-là ou pas ? Moi, je connais bien Emmanuel Macron puisque vous le rappeliez, quand il était à l'Elysée, j'étais au gouvernement à l'époque, ministre du Développement.

20:19
Présentateur

Oui,

20:19
Pascal Canfin

je peux témoigner d'une évolution personnelle de sa part sur ce sujet. Je peux aussi témoigner qu'il vient de loin. Donc je pense qu'il a fait une partie du chemin.

20:28
Présentateur

Ça veut dire quoi ? C'est que ça n'intéressait pas du tout. Ça ne l'intéressait pas, oui, c'est ça que ça veut dire. Ah,

20:31
Pascal Canfin

l'Emmanuel Macron, secrétaire général de l'Elysée à l'époque, 2012, 2013, etc., que j'ai connu puis ministre de l'Économie, avait très, très peu d'intérêt pour ces sujets. Défendu Hickley Point, défendu la mine d'or en Guyane, défendu le gaz de schiste. Pire que ça ? Climato-sceptique ? Non, non, non, pas climato-sceptique. Je franchirais surtout pas ce pas. Mais disons, très attaché à la vieille industrie. Je pense que Emmanuel Macron a fait un pas dans ce que moi, je considère la bonne direction. C'est-à-dire qu'il a compris un certain nombre de choses. Maintenant, au-delà de ça, il faut passer à l'acte. Et ce sont les rendez-vous que j'évoquais il y a quelques minutes.

Dans quelques semaines, démarrent les assises de la mobilité. Bon, va-t-on concrètement engager les investissements qui vont permettre à chacun de passer à une mobilité propre, que ce soit par l'achat de vélos, de vélos électriques, de scooters électriques, de voitures électriques, de transports en commun, etc. Ça, c'est concret.

21:26
Présentateur

Il faudrait que la puissance publique subventionne ces produits-là pour que les gens l'achètent, c'est ça ?

21:30
Pascal Canfin

Par exemple, il y a énormément d'outils. Je pense qu'on n'a pas le temps malheureusement d'entrer dans le détail, mais c'est pour vous dire qu'il y a des intentions qui sont fixées. Ces intentions, elles ont été résumées juste avant l'été par le plan climat de Nicolas Hulot. Nous, nous avons salué ce plan parce qu'il met en place des transformations industrielles à très grande échelle. Par exemple, au projet de loi hydrocarbure, qu'on a évoqué à l'instant, concrètement, ça veut dire qu'on commence à sortir du pétrole et du gaz et du charbon par la même occasion. C'est fini. Ce qui est déjà lancé, continue, mais il n'y a plus de nouveau. C'est fini.

Et la page se tourne définitivement en 2040. Pour les voitures, qui concernent tout le monde, l'engagement de la France, c'est en 2040, il ne sera plus possible d'acheter une voiture thermique, essence ou diesel. On peut dire que c'est de la science-fiction, pas du tout. Il faudra plus de voitures électriques ? Les Écossais, il y a deux jours...

22:19
Présentateur

Et en même temps, on va fermer les centrales nucléaires.

22:21
Pascal Canfin

Les Écossais, il y a deux jours, ont pris exactement la même décision pour 2032. Les Suédois, la même. Les Indiens, les Britanniques et les Norvégiens. Ça veut dire qu'aujourd'hui, ça avance. Et le signal qui est envoyé aux industriels du secteur, aux équipementiers, aux constructeurs automobiles, c'est de dire, attention, si vous ne faites pas vous-même cette transformation, si vous ne prenez pas ce train, vous allez être sortis du marché.

22:44
Présentateur

Est-ce que vous soutenez l'action d'Anne Hidalgo à Paris contre la voiture ?

22:49
Pascal Canfin

Alors, ce n'est pas contre la voiture, c'est pour la santé des Parisiens et des Franciliens. D'accord ? Les deux vont ensemble. C'est une obsession d'être contre la voiture. Le résultat, c'est contre la voiture. C'est contre la voiture. C'est intéressant. Mais c'est pour. Est-ce que vous la souvenez ?

23:01
Présentateur

On est du vieux monde, vous savez. Bien sûr.

23:04
Pascal Canfin

Bien sûr. Pourquoi ? Parce que toutes les villes du monde et encore une fois, des Oumont, personne ne dit que le problème du réchauffement climatique va être réglé uniquement en France et à Paris. Par contre, ce qu'on est en train de voir, c'est que de plus en plus de villes au monde, dont Paris, dirigée par Anne Hidalgo, prennent des engagements de nature à dire que la voiture doit diminuer sa place dans le centre-ville, notamment le diesel émetteur de particules fines.

23:30
Présentateur

Ça, c'est la philosophie, mais la méthode ?

23:31
Pascal Canfin

Vous savez, quand la majorité précédente avait fermé d'autres voies sur berge, d'autres quais, hurlement, hurlement sur la tour Eiffel, etc. Hurlement. Est-ce qu'aujourd'hui, quelqu'un aura l'idée de revenir en arrière là-dessus ? Non. Lorsqu'on a mis le tram sur le périphérique, là, excusez-moi de faire du parisiano-centrisme, lorsqu'on a mis le tram sur le boulevard des Maréchaux. On a donc enlevé une voie de voiture. Hurlement, hurlement, aujourd'hui, est-ce que ça viendrait à l'idée de quelqu'un de dire on va supprimer le tram, on va remettre des voitures ? Donc voilà, c'est le sens de l'histoire.

Il y a toujours ceux, il y a ceux qui râlent, certains en font partie, notamment parce qu'ils sont bien contents d'être dans leur voiture tout seul à émettre. Et Anne Hidalgo avait dit qu'effectivement, quand elle avait mesuré, c'était souvent des hommes blancs de plus de 50 ans. Donc cette catégorie-là, je ne vous cible pas évidemment particulièrement aujourd'hui. Non, je m'en suissez en temps. Il peut s'interroger sur les conséquences de sa voiture électrique. Voiture électrique. C'est le seul anniversaire aujourd'hui en plus. Bon anniversaire.

24:25
Présentateur

Voiture électrique, scooter électrique et enferme les centrales nucléaires. Compliqué. On décide un cercle carré.

24:31
Pascal Canfin

On sort pas du tout. On sort de l'exception française qui est que la France est le seul pays au monde, le seul, il n'y en a pas un deuxième, à avoir 80% de son électricité basée sur le nucléaire donc à être dépendant d'une seule technologie. On voit, Irma, imaginez, que lorsqu'il y a eu la tempête en 1999, il y a eu une centrale près de Bordeaux qui a failli être arrêtée et être dévastée par la mer. Imaginez que ça se soit produit toutes les centrales. Aujourd'hui, on dirait heureusement qu'on a pris cette décision. Donc franchement, c'est une question de sécurité et de viabilité de notre système. Merci beaucoup.

25:01
Présentateur

Merci à vous.