Stéphane Viry - Le Barbier du matin du 30/10/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Stéphane Viry, bonjour et bienvenue à nouveau venu dans le paysage politique. Le club que vous formez avec une petite dizaine de députés, originalité, ils sont de groupes différents. On a des non-inscrits comme Aurélien Pradier, des proches d'Edouard Philippe comme Naïma Moutchou, des LR comme Julien Dive et vous, quelques amis de votre groupe Liott. Pourquoi ce club ? Pour ajouter du désordre au désordre ?
Non, pour apporter une voix, la voix d'une droite sociale à partir des travaux parlementaires. On a envie d'apporter une contribution à la reconstruction de la droite en général. On sait très bien qu'on doit travailler autrement, on doit préparer des échéances démocratiques, notamment en 2027, à partir du Parlement. On voit bien que le baril centre politique s'est déplacé au Parlement, très bien, parlons-nous. On a un message adressé aux Français, on a une réponse à apporter notamment aux classes populaires. On veut le faire de façon ordonnancée par nos actions parlementaires.
Reconstruire une droite sociale, donc Edouard Philippe, c'est plus le macronisme, c'est la droite. Liott, c'est plus des indépendants, c'est la droite ?
En fait, on peut être député, membre du groupe Liott, qui est un groupe indépendant, en ayant des convictions. Moi, j'ai des convictions de droite sociale depuis toujours. Vous étiez LR avant, d'ailleurs. Je reste un homme de droite, de cette droite ségueniste, je la qualifie comme ça. La France va mal, il y a une désespérance populaire, il y a des aspirations très claires à faire autre chose. Je conseille que la droite doit savoir répondre à cela. Pas uniquement les extrêmes, à charge pour nous de savoir nous organiser et d'embarquer, effectivement, des hommes et des femmes qui, pour le moment, sont dans des groupes parlementaires différents.
Il ne s'agit pas de faire contre ces groupes, il s'agit de permettre à ces députés, tout en restant dans leur groupe, de se parler et de s'organiser.
Il n'a pas de nom, pour l'instant, votre clé ?
Non, c'est un peu prématuré. Entre nous, on parle beaucoup de vigie républicaine, en considérant que la République peut être menacée, qu'elle est forte de beaucoup de valeurs, que ça peut rester une solution par rapport à des principes républicains. On parle beaucoup de vigie républicaine, mais ce n'est encore pas dénommé.
Bon, il restera le jour du baptême. Est-ce que vous êtes en train de créer quelque chose pour la présidentielle ? Dès qu'on voit un club, on se dit « bon, ils vont rouler pour quelqu'un ».
Non, l'idée, ce n'est pas effectivement de nous ranger derrière quelqu'un. D'ailleurs, je ne vois pas qui, à ce moment-là… Ça pourrait être Édouard Philippe ou bien Xavier Bertrand, la droite sociale. Ça pourrait être Xavier Bertrand, Edouard Philippe et d'autres, des hommes et des femmes. Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est déjà d'avoir un message adressé aux Français. Qu'est-ce que la droite ? Que veut-elle proposer pour incarner une alternance au-delà du RN et au-delà du NFP ? Probablement que le macronisme est éventé, que le macronisme ne sera plus, à mon avis, captif pour une majorité de Français.
Moi, je crois à une solution portée par des femmes et des hommes de droite qui ont vraiment ces valeurs de cette droite gaullienne, qui a un regard sur la France, un degré d'exigence, à charge pour nous de savoir l'organiser, trouver des solutions et répondre vraiment aux préoccupations des Français. Si on ne le fait pas, on va à la catastrophe.
Alors, des solutions. Par exemple, pour la réforme des retraites. À droite, on a entendu qu'il faut augmenter l'âge. 67 ans, Édouard Philippe, Éric Ciotti l'ont dit. Vous, ce n'est pas votre cas, vous voulez travailler sur la retraite à points. Mais ça, c'était Macron et Laurent Berger, 2019.
Mais ce n'est pas parce que ça a échoué en 2020. Peut-être que la réforme n'avait pas été assez maturée. Peut-être qu'elle était mal défendue.
Elle a d'ailleurs été votée en première lecture avant la Covid.
Mais ce n'est pas pour autant, effectivement, que ça n'a pas prospéré in fine, que c'est une mauvaise solution. La retraite universelle à points, elle a deux avantages. C'est qu'elle est universelle. Tous les Français sont placés devant le même pied d'égalité. Et je pense profondément qu'il y a une aspiration à l'égalité dans ce pays. Et deuxièmement, à points, ça signifie qu'elle correspond à la carrière professionnelle de chacun. Elle apporte également de la justice. Et la préoccupation première, c'est le financement de tout cela. On sait très bien que les retraites, c'est simplement liquider des droits. Donc il faut bien des ressources en amont.
Et la question du financement des retraites me paraît très pondérante si on veut garantir le paiement des pensions durablement aux Françaises et aux Français. Et je veux effectivement remettre dans le débat public cette idée d'un régime universel à points. On voit bien que la démographie fait que notre système par répartition ne pourra pas tenir ad vitam aeternam sauf à demander à ce que les Français travaillent jusqu'à 69-70 ans. C'est intenable, c'est impensable. Donc mettons la question du financement au cœur du réacteur et trouvons des solutions. Et à mon avis, ça implique de changer de paradigme.
Alors ça peut commencer dès demain. Il y a une niche parlementaire, Rassemblement National. Ils veulent proposer l'abrogation de la réforme en cours. Ça a été vidé de sa substantiaire en commission. Vous allez profiter de cette niche pour les aider, pour venir à la rescousse ?
Enfin, on va surtout aider la France. On va surtout être force de proposition par rapport à des solutions de financement. Après, ce que le RN proposait, c'est un marché de dupe. Il se paye deux mots. Proposer tout simplement l'abrogation des retraites, c'est-à-dire que tu prives le système de financement. Et à terme, tu le mets en danger. Et à terme, les pensions ne pourraient pas être payées. Donc, ce que propose le RN, c'est de la démagogie pure, c'est de l'opportunisme politique.
Moi, je suis davantage pour une solution constructive, qu'on mette la question sur la table, véritablement, et qu'on apaise le pays, à la fois en garantissant le paiement des pensions et en trouvant une forme de consensus sur un régime qui me paraît le plus équitable possible. À quoi sert ce groupe Liotte ? Il y a des profils très différents. Il sert à être force de proposition, à être indépendant, c'est-à-dire ni allégeance, ni duplicité envers les uns et les autres. Au sein du groupe Liotte, il y a des députés qui ont une sensibilité de gauche, d'autres qui ont une sensibilité de droite, avec cette volonté réellement d'être constructif et d'être utile.
Parfois, et je ne dénonce personne, mais parfois les groupes ont encore un comportement clannique, de positionnement d'intérêt. Je comprends qu'on puisse faire de la politique à partir des travaux parlementaires. Je considère que l'heure est suffisamment grave, et la période suffisamment inédite, pour qu'on sache s'affranchir de cela. C'est la raison pour laquelle, à titre personnel, j'ai rejoint le groupe Liotte.
Les clanniques, c'est Wauquiez d'un côté, Attal de l'autre ? Ils pensent à leur présidentielle ?
Je ne veux pas aller jusque-là. Qu'il y ait effectivement des réflexes partisans, il faut le comprendre, il faut l'entendre. Me semble-t-il, on ne peut pas faire autrement que de soutenir la démarche Barnier. Ça ne veut pas dire qu'on adhère à ce que M. le Barnier propose, ça ne veut pas dire qu'on doit voter ces documents, notamment le PLF, mais ça signifie que la configuration parlementaire, à la composition de l'Assemblée, fait qu'à mes yeux, on est dans une situation inédite qui nous oblige à faire autrement. Elle nous oblige à faire autrement. Donc effectivement, je souhaite que les pensées d'arrière-boutique soient mises de côté.
Je souhaiterais, au-delà du vote du PLF ou du PLFSS, et au-delà de ce que Michel Barnier veut annoncer pour les cinq ans, qu'il y ait quelque chose de plus structuré, moi j'aimerais avoir une forme d'accord de gouvernement, qu'on sache si oui ou non, on soutient la méthode. Pour moi, la démarche Barnier, elle est utile, elle va dans la bonne direction, mais il lui manque un étage, un étage, celle de savoir concrètement qu'est-ce qu'on veut faire, à tout le moins jusqu'en 2027.
Le groupe Liot, par sa position centrale, c'est aussi le groupe qui peut déposer une motion de censure, que la gauche et le RN pourraient voter, une motion de censure fatale. C'est votre but secret ?
Non, ce n'est pas d'actualité. L'actualité, elle est de stabiliser le pays et d'apporter une contribution.
Même s'il y a un 49.3 sur le PLF, vous ne ferez pas ça ?
Moi, je ne le voterai pas, et je ne déposerai pas de motion de censure. L'idée, ce n'est pas de créer du désordre, l'idée, c'est véritablement de tenir compte de la situation actuelle, d'être en responsabilité et de faire en sorte qu'on aille chercher des solutions pour les Français.
Alors, des solutions, vous proposez-vous, vous défendez la semaine de 4 jours. Est-ce que ce n'est pas contradictoire
avec un redressement national qui passe par Travailler Plus ? Non, parce que la semaine de 4 jours n'implique pas la réduction du temps de travail et la baisse de la production. Pendant 6 mois, j'ai effectivement conduit cette mission qui m'a permis d'entendre des entreprises et des administrations qui avaient basculé en organisation en 4 jours. Deux constats. Le premier constat, c'est que ça n'altère pas la productivité et la production. Deuxième constat, c'est que le jour libéré peut être très utile pour les hommes et les femmes qui ne sont pas en emploi. Ça peut leur permettre de s'adonner à des tâches personnelles, familiales, d'aller chez le médecin, de s'engager dans une association.
C'est quelque chose qui, à mon avis, peut être une opportunité pour le pays.
Y compris pour les fonctionnaires ?
Écoutez, ça fonctionne bien. Dans la fonction publique territoriale, à Lyon, par exemple, ou à Strasbourg, dans le cadre des communautés urbaines, les retours sont très bons. Ça fonctionne bien également dans des établissements hospitaliers. À Bordeaux, par exemple, le personnel en partie a basculé en 4 jours. Ça permet d'intensifier les tâches pendant 4 jours, il faut le reconnaître, mais ça permet surtout de donner un jour de répit complémentaire. Pendant ces tâches compliquées, ces professionnels de santé qui sont sous pression, ils n'ont pas de jours pour se reposer le week-end, ils en ont 3.
Et ça peut leur permettre, effectivement, de retrouver un peu de ressources et de reprendre leur activité avec peut-être plus d'enthousiasme, en tout cas, en s'étant libérés de ce poids professionnel.
Êtes-vous favorable à l'alignement des jours de carence du public sur le privé ? 3 jours de carence pour les fonctionnaires ?
Oui, à titre personnel, j'y suis. C'est juste. En tout cas, moi, je recherche l'universel dans ce pays. Le pays est trop fracturé, il y a trop d'intérêts particuliers, il y a trop de statuts. C'est la raison pour laquelle je plaide pour un régime de retraite universelle, pardon, à point. Tout ce qui peut, effectivement, permettre une forme d'universalité pour éviter les intérêts particuliers, les communautarismes, les statuts, me paraît aller dans la bonne direction, notamment sur le sujet que vous évoquiez.
M. Casbarian ne déteste pas les fonctionnaires, comme dit la gauche.
Écoutez, ailleurs, la gauche, effectivement, a monté le son en hémicycle de façon, à mes yeux, excessive. Là, on fait vraiment du clientélisme, on essaie véritablement de se porter les héros de celles et ceux dont on pense qu'ils peuvent voter pour soi. Non, il n'y a pas de haine contre les fonctionnaires. On les apprécie, on les soutient, on mesure effectivement l'utilité des services publics et des hommes et des femmes qui font ces services publics. Prendre des mesures pour la France, ce n'est pas vouloir faire du mal à des gens.
Un autre de vos combats, c'est de vouloir exproprier les logements vacants. Plus de 8% des logements en France
sont inoccupés. Alors vous, vous voulez la manière forte. Moi, je considère qu'on a un problème de logement dans ce pays. Chacun le dit et qu'une des solutions, c'est probablement, tout en respectant les droits des propriétaires, il y aurait des mises en demeure pour les inviter à remettre leurs biens en circulation sur le marché. C'est de permettre au maire, le cas échéant, effectivement, d'engager des procédures pour que, l'idée, ce n'est pas de se constituer des patrimoines communaux, mais c'est que si bien recircule, qu'ils soient remis en vente. Si les propriétaires n'y ont aucun intérêt, pourquoi les laisser inutiles ?
Donc, dans certains cas, dans certains cas, ma proposition de loi, elle est quand même calibrée. Je considère effectivement qu'on devrait envoyer un message pour permettre à des propriétaires de libérer leurs biens s'ils n'en ont aucun intérêt. On leur achète de force et on le revend. On leur achète au prix du marché, donc c'est-à-dire qu'il n'y a pas de spoliation, mais ça permet de remettre effectivement des logements sur le marché, notamment dans les communes rurales.
Le ministre de l'Intérieur donne des consignes au préfet, une circulaire, pour que les étrangers dangereux soient plus surveillés. Dès qu'ils vont sortir de prison, on peut les mettre en rétention pour les expulser. Vous approuvez cette méthode ?
Moi, je suis pour l'État de droit et pour le respect des principes généraux du droit. Je suis tout autant pour la sécurité publique et la tranquillité de nos concitoyens. On voit manifestement qu'on a quand même des carences dans la façon de maintenir l'ordre public. On voit qu'il y a des choses à régulariser. Je peux comprendre l'attention du ministre de l'Intérieur. Je ne veux pas toutefois qu'il n'y ait pas de principe de la contradiction. Je veux, quoi qu'il arrive, qu'il y ait toujours la possibilité d'un recours. Et que la justice tranche ?
La justice ou une entité ou une commission, je ne voudrais pas effectivement que ce soit dans la main unilatérale d'un homme ou d'une femme aussi compétente soit-elle. La loi immigration qui se préfigure, elle est nécessaire pour notre pays ? Hélas, oui. Il y en a eu beaucoup. Oui, mais il y en a eu beaucoup parce que la question migratoire est émouvante, parce que les flux migratoires vont être accentués en raison du changement climatique, en raison de la puissance démographique de l'Afrique subsaharienne. Donc, il faut admettre effectivement qu'il faut armer le pays différemment. La loi de Darmanin de janvier 2024, elle était très largement censurée.
Il y avait des dispositions qui méritent, à mon avis, d'être reprises. Donc, oui, cette loi, je l'attends. On verra son contenu. Après, l'immigration doit être régulée, mais doit être autorisée. La France a besoin, par exemple, d'une immigration économique. Je plaiderai toujours pour qu'on ne ferme pas les portes à celles et ceux qui veulent venir travailler en France dans les emplois dont on a besoin.
Faut-il réformer l'aide médicale d'État ?
Probablement. Probablement. Sans dogmatisme, sans préjugés. Il y a effectivement une réforme à avoir par rapport au périmètre et par rapport à certains soins.
Stéphane Viry, avec un club nouveau de la droite sociale qui cherche encore son nom mais qui a déjà trouvé sa voie. Stéphane Viry, merci, bonne journée. Merci à vous. Merci beaucoup Christophe. Rendez-vous demain matin. Votre invité 7h45 sera Marc Pena, député socialiste des Bouches du Rhône. Non.
Stéphane Viry