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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins· 12 août 2025 48 min

France-Algérie : qui prône encore le dialogue ?

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Présentateur

Les matins d'été, Julie Gacon

0:04
Emmanuel Macron

Quand la porte de la prison s'est fermée derrière eux et que la clé a tourné dans la serrure, peut-être se sont-ils forcés à sourire, comme le personnage d'un roman de John Maxwell Quedzie, à qui il ne paraît pas de prime abord un châtiment bien lourd d'être voué à la solitude d'une cellule, où il apporte avec lui ses pensées et ses souvenirs. Personne ne le frappe, personne ne l'affame, ni ne lui crache dessus. Et puis ils ont perçu combien la liberté est rudimentaire, la liberté qu'on leur a laissée, c'est celle de manger ou d'avoir faim, de garder le silence ou de parler tout seul, de cogner sur la porte éventuellement.

Il y a d'abord ces deux hommes dont on connaît désormais le nom en France, l'écrivain Boalem Sansal et le journaliste beaucoup plus jeune Christophe Gleize, mais aussi tous ceux que le gouvernement algérien a mis en prison pour leurs opinions depuis le grand mouvement populaire du Hirak et qui y sont toujours. Pour la France, cette façon qu'a l'Algérie de condamner et d'enfermer des ressortissants français s'additionne à son refus de recevoir sur son sol des personnes expulsées du territoire français et détentrices d'un passeport algérien. La semaine dernière, Emmanuel Macron écrivait une lettre à son Premier ministre pour lui demander de durcir le ton. Bonjour Akram Belkaïd. Bonjour.

Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes journaliste, rédacteur en chef du Monde Diplomatique et membre du comité éditorial du site Orient 21, auteur de l'Algérie, un pays empêché en 100 questions, paru en 2019 aux éditions Talendier. Alors vous avez de l'Algérie, Akram Belkaïd, et des relations franco-algériennes, connaissances très fines et historiques. Mais commençons d'abord par l'écume des choses, je veux dire par là les derniers événements en date. Cette lettre d'Emmanuel Macron qui somme François Bayrou d'agir avec plus de fermeté vis-à-vis de l'Algérie, le fait que le président de la République s'en mêle depuis 1962, est-ce que c'est quelque chose de récurrent ?

1:54
Invité

Disons que c'est assez rare pour être souligné qu'Emmanuel Macron ordonne d'une certaine manière à son Premier ministre, à son chef du gouvernement de durcir le ton et d'agir. C'est assez inédit. Il y a eu des crises entre l'Algérie et la France par le passé, dans les années 1970, notamment après la nationalisation du pétrole, puis après il y avait eu de nombreux attentats anti-algériens dans le sud de la France qui avaient conduit à une vraie tension entre les deux pays.

Dans les années 1990 aussi, après l'interruption du processus électoral qui avait vu les islamistes l'emporter, il y avait eu des tensions à la suite de déclarations de François Mitterrand qui avaient jugé étrange cette suspension du processus démocratique et électoral en tous les cas. Mais à chaque fois, les choses se sont rapidement calmées. Là, on a plutôt l'impression qu'on est dans une séquence qui est à la fois basée sur des éléments matériels objectifs, qu'on peut facilement appréhender, et puis il y a une part d'irrationnel dans cette affaire.

On se demande, quand on regarde l'état du monde, les tensions qui peuvent exister, notamment en Méditerranée ou en Ukraine, on a l'impression parfois que cette crise franco-algérienne est totalement incompréhensible. On ne comprend pas quels sont les mécanismes qui poussent à, je dirais, chaque camp faire preuve d'encore plus de fermeté et de surenchère, jusqu'à entretenir un feuilleton dont on se demande jusqu'où il va aller.

3:27
Emmanuel Macron

Feuilleton dont on va rappeler les épisodes, et l'un des derniers en date, encore une fois, ce sont ces sanctions proposées par Emmanuel Macron à l'Algérie, en tout cas qu'Emmanuel Macron suggère à François Bayrou d'appliquer à l'Algérie, qui sont les suivantes. D'abord la suspension officielle d'un accord bilatéral sur les passeports officiels et diplomatiques, accord d'attente de 2007. Comment qualifier l'ampleur de cette mesure-là, qui, somme toute, ne concerne que quoi ? Quelques centaines de personnes, tout au plus ?

3:54
Invité

Alors, on a du mal à savoir combien de personnes ça concerne, parce que, visiblement, c'est un accord qui permet à des responsables algériens de ne pas être soumis à la procédure habituelle des visas, mais, visiblement, ça peut aussi concerner l'entourage de ces personnes, des gens qui sont dans la clientèle du pouvoir. Donc, c'est une mesure qui est destinée à frapper directement, je dirais, les membres du pouvoir.

4:23
Emmanuel Macron

Et leur orgueil, peut-être parce que c'est une affaire d'orgueil, peut-être de ne pas pouvoir venir en France passer quelques vacances, c'est pas seulement pour des missions diplomatiques.

4:31
Invité

C'est une manière de dire à ce personnel-là, politique algérien, désormais vous serez traité de la même manière que vos concitoyens. Ce qui est un message, effectivement, qui peut être très mal pris par les concernés, lesquels répliquent qu'il n'y a pas que la France dans le monde. Et donc, on est dans ce genre de discours, limite cours de récréation, mais qui, tout de même, a ses effets sur une partie de la population qui, elle, est inquiète de cette évolution. Il y a beaucoup d'Algériens qui ont des liens avec la France. Il y a beaucoup de Français qui ont des liens avec l'Algérie.

Et tout ce qui se passe aujourd'hui, le risque, ce serait de rendre plus difficiles encore les échanges qui existent entre les deux pays. Et ça, c'est une des données du problème que les politiques, que les hommes politiques français comme algériens ont tendance à oublier. Ils l'oublient en temps habituel. Je dis souvent que les relations bilatérales entre l'Algérie et la France ne sont absolument pas à la hauteur, je dirais, des liens qui existent entre les deux peuples, même si on n'en parle pas beaucoup. Mais là, en ce moment, c'est vraiment flagrant.

5:40
Emmanuel Macron

C'est vraiment flagrant, d'autant que la population algérienne, dans son ensemble, est également concernée par ces éventuelles sanctions, puisqu'on prévoit une réduction de 30% du quota global de visa délivré aux Algériens qui, cette fois, eux, n'ont aucune fonction diplomatique et donc doivent toujours demander un visa. Une réduction de 30%, quand une telle décision est prise, comment s'opère un choix qui décide de qui obtiendra un visa, qui n'en aura pas ?

6:07
Invité

Bon, il faut bien comprendre que le visa est un vrai parcours du combattant. Ça vaut pour les ressortissants tunisiens, marocains aussi, ou même subsahariens. C'est quelque chose, c'est une vraie barrière, c'est une vraie limite qui est imposée aux gens, qui les limite dans leurs déplacements. Les gens qui demandent des visas ne sont pas forcément, dans leur grande majorité, des gens qui veulent venir s'installer en France. C'est des gens qui veulent venir s'aérer, qui veulent venir voir leur famille, se soigner parfois aussi, faire des études, ou tout simplement avoir une activité professionnelle temporaire en venant négocier des contrats, acheter des équipements, etc.

Je pense notamment aux hommes d'affaires. Donc le visa, c'est vraiment un souci récurrent depuis maintenant trois décennies, qui est même de l'ordre, je dirais, de la dignité humaine, parce qu'on demande un visa en Algérie, on passe par une entreprise privée. Il faut savoir aujourd'hui que la diplomatie française s'appuie sur des entreprises privées locales qui traitent les dossiers en amont avant que les dossiers n'arrivent au niveau consulaire. Ça, c'est exclusivement en Algérie ou c'est ailleurs ? Non, non, non, c'est partout. C'est partout. C'est en Tunisie, c'est au Maroc. Donc il y a ça. Donc il y a des risques d'arbitraire. Et puis il y a un délai. Et puis vous attendez.

Et puis vous payez. Et vous payez pour les droits de dossier, mais ces droits de dossier ne vous garantissent pas le fait que vous aurez votre visa. Et si vous n'avez pas votre visa, vous ne serez pas remboursé. Donc il y a énormément de choses qui, je dirais, font que beaucoup de gens ont renoncé ou renoncent peu à peu à venir en France parce que c'est trop difficile.

7:54
Emmanuel Macron

Vous parliez tout à l'heure d'une forme de relation de cours de récré. Le gouvernement algérien a vivement réagi avec d'abord des mesures de rétorsion réciproques, donc des mesures symétriques sur les passeports diplomatiques manière de dire aussi que ça ne leur fait ni chaud ni froid, ce qu'a décidé la France, comme si elle pensait vraiment que ça accablerait les diplomates algériens de ne pas pouvoir passer leurs vacances en France, mais aussi la fin de la gratuité des biens et des tarifs avantageux, notamment en matière de bail ou de beau pour l'ambassade de France en Algérie et d'autres institutions françaises. En la matière, la France a certains privilèges encore ?

8:27
Invité

Il est vrai que... Alors, d'abord, pour la réciprocité, c'est le maître mot, un peu dans la manière du gouvernement algérien de réagir. C'est-à-dire que, par exemple, le visa, on vient de parler du visa, la réciprocité, c'est que si les Algériens ont besoin d'un visa pour aller en France, les Français ont besoin d'un visa pour aller en Algérie, contrairement à la Tunisie et au Maroc, qui sont des pays touristiques et qui ne peuvent pas se le permettre. Et donc, ça, c'est la réciprocité. Donc, à chaque fois que la France prendra des mesures, l'Algérie répondra en se basant sur le grand principe de la réciprocité.

Sur la gratuité des biens, c'est vrai que le domaine occupé, entre guillemets, par immobilier, par la France, vous avez cet immense domaine de l'ambassade à Alger, sur les hauteurs d'Alger, à Hédara, mais vous avez aussi plusieurs résidences, dont on apprend, parce que forcément, beaucoup de gens ne savaient pas, beaucoup de gens pensaient que c'était des propriétés de l'État français. Donc, on découvre ainsi que certaines sont louées à très bas prix et que c'est une des conséquences des accords des viandes de 1962.

Et donc, effectivement, si c'est ces privilèges, il est très facile d'agir là-dessus, de manière à rappeler à l'État français qu'il n'est que locataire de ces biens-là et pas du tout propriétaire, contrairement au domaine dont vous venez de donner la superficie.

9:58
Emmanuel Macron

4 hectares de Pôle-Ambassade, qui est d'ailleurs, paraît-il, un endroit très beau, où on vient se ressourcer, pas seulement les ressortissants français. C'est magnifique.

10:06
Invité

Les Algériens n'ont pas trop le droit de rentrer là-bas. Mais quand vous visitez cette enclave, parce que c'est une petite enclave, c'est un monde à part. C'est une ville dans la ville.

10:18
Emmanuel Macron

D'après le journal Le Figaro, la France loue 61 biens en Algérie. Alors, au-delà de ces mesures de rétorsion, que disent les mots employés par le gouvernement d'Alger en réaction à la lettre d'Emmanuel Macron ? C'est la France qui, dès le début de la crise, a posé un rapport de force. C'est elle qui a procédé par injonction, ultimatum et sommation. L'Alger qui, oui, fait porter à la France toute la responsabilité de la crise.

10:42
Invité

Alors là, on a vraiment du mal à... C'est un peu, encore une fois, la cour d'école qui a commencé. Mais c'est vrai qu'on a une détérioration continue des relations depuis plus d'une année maintenant, plus d'un an et demi, avec des bisbis récurrentes, des injonctions, je dirais, réciproques. Mais c'est vrai que, d'une certaine manière, l'impatience française, par rapport à ce que vous aviez évoqué au début, c'est-à-dire le refus d'accueillir des ressortissants en voie d'expulsion, dont certains...

Alors ça, c'est l'argument algérien qui consiste à dire, nous, on ne les récupère pas parce qu'on n'est pas sûr qu'ils soient algériens, parce que souvent, ces gens qui sont sous OQTF n'ont plus de papier, ou se sont débarrassés de leurs papiers, donc on ne sait pas très bien d'où ils viennent. Bon, parfois, on les identifie comme étant maghrébins, mais c'est très difficile parfois de faire la différence. Et donc, c'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'injonctions françaises, d'impatience, et disons-le aussi clairement, je dirais, de maladresse.

De maladresse dans le discours, de maladresse dans l'attitude, et qui font que ça ne peut provoquer qu'un raidissement de l'autre côté de la Méditerranée.

11:52
Emmanuel Macron

Un discours qui s'est durci au mois de mars, juste après l'attaque au couteau à Mulhouse, puisque ce passant avait été tué par une personne de nationalité algérienne, souffrant de troubles psychiatriques, et contre qui une obligation de quitter le territoire avait été émise, d'où la menace quasiment de Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, de démissionner si Paris renonce aux rapports de force ?

12:15
Locuteur non identifié

Cette crise ne date pas d'hier. Ce que je veux dire aux Français, c'est que depuis des mois et des mois, les entreprises françaises sont souvent blacklistées sur la commande publique algérienne. Ce que je veux dire, c'est que le Français est éradiqué de l'enseignement primaire, au profit de l'anglais. Ce que je veux dire, ce que j'ajoute, c'est qu'un refrain de l'hymne national algérien, très anti-français, a été réhabilité. Ce que je dis aussi, c'est que la coopération sécuritaire entre nos services a été au minimum et quasiment arrêtée, y compris au moment des Jeux Olympiques. Vous ne trouvez pas que ça fait beaucoup ?

Vous pensez qu'il faut que la France continue à raser les murs, à baisser la tête ? Aucune douleur de l'histoire. Et je sais qu'elles sont vives entre nos deux pays. Mais aucune douleur de l'histoire, fut-elle aiguë, ne donne un permis d'offenser mon pays, la France.

13:04
Emmanuel Macron

Bruno Retailleau, qui en mars, alors énonçait, vous me dites si je me trompe à Kremelkaïde, énonçait des faits, mais ce sont les conclusions dont il tire qui différaient jusqu'à présent du reste de la droite, notamment au gouvernement. Emmanuel Macron semble aujourd'hui faire sienne cette rhétorique-là en disant qu'il faut durcir le ton. Les relations avec l'Algérie sont considérées aujourd'hui comme relevant de la politique étrangère ou de la politique nationale. Donc la France considère toujours l'Algérie comme sienne, ce n'est pas ce que je veux dire, mais parce que le sujet reste très sensible en France.

13:35
Invité

Alors ce n'est pas une nouveauté. On a toujours eu des ministres de l'Intérieur, enfin certains ministres de l'Intérieur qui étaient aussi des interlocuteurs je dirais de poids vis-à-vis de l'Algérie. Je pense notamment à Charles Pasquois, ministre de l'Intérieur sous la présidence de Chirac. Donc qu'un ministre de l'Intérieur se mêle des questions algéro-française ou franco-algérienne, ce n'est pas nouveau, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on est tout de même dans un environnement, un contexte politique français assez particulier, post-dissolution avec chacun qui joue sa partition. Et il est vrai que la place qu'occupe M.

Retailleau sur cette question bilatérale est assez étonnante parce que vous avez quelqu'un qui est ministre de l'Intérieur qui devrait effectivement veiller à tout ce qui est à l'application des lois concernant les expulsions d'étrangers indésirables, mais on sent qu'il va bien au-delà. Il va bien au-delà, il porte un discours assez ferme dans la relation bilatérale avec un pays, ce qui est assez problématique, ce qui interroge et ce qui pose la question du rôle du président de la République qui est censé être, je dirais, le maître d'œuvre de la politique étrangère française.

Mais d'une certaine manière, ce qui se passe aussi, c'est que je pense que le personnel politique français dans sa grande majorité a très mal appréhendé les mutations je dirais qui sont en cours côté algérien. C'est-à-dire que pendant très longtemps en Algérie, on a toujours fait très attention à ce que pensait et disait la France. C'était même je dirais presque une règle tacite de comportement. Tout ce qui se publiait en France, tout ce qui se disait en France. Vous me direz que ça reste encore le cas puisqu'on a des réactions épidermiques côté algérien. Mais c'est surtout que côté algérien aujourd'hui, on estime visiblement qu'on peut se passer de la France. Qu'on peut effacer la France.

Qu'on peut avoir des relations avec d'autres pays, avec d'autres partenaires et que les menaces de Retailleau, les menaces même d'Emmanuel Macron, ça ne compte pas et on fera avec et on saura y répondre. Et ça, c'est vraiment nouveau par rapport à tout ce qu'on a pu vivre dans les décennies précédentes. Il y a de la récupération politique des deux côtés, côté France

16:00
Emmanuel Macron

et côté Algérie.

16:01
Invité

Absolument. Je dirais que la récupération politique, elle est plus importante en France qu'en Algérie. Les Algériens ont d'autres problèmes. Ils suivent de près, je ne veux pas dire qu'ils sont insensibles. Et on ne peut pas

16:13
Emmanuel Macron

vous soupçonner de complaisance vis-à-vis du pouvoir de M. Théboune, vraiment depuis le début et depuis le Hirak notamment. Mais côté algérien, vous trouvez que c'est moindre la récupération qu'on peut faire ?

16:23
Invité

Il y a des tentatives. Non, je ne dis pas la tentative est claire. C'est-à-dire que c'est instrumentalisé. Il y a des discours. Les agences publiques de presse utilisent cette thématique, etc. Ça a un impact sur les réseaux sociaux, c'est clair. Beaucoup de gens s'échauffent, etc. Mais l'impact sur la société est moindre parce qu'encore une fois, les Algériens ont d'autres problèmes. Ils ont des problèmes de quotidien, ils ont des problèmes de vécu personnel qui n'ont rien à voir avec ce qu'on peut vivre en Europe. Et puis encore une fois, je l'ai dit, la question des visas, ça a créé une barrière avec la France et donc la France est inatteignable pour beaucoup de gens.

Côté français, c'est différent. C'est différent parce qu'on n'est pas simplement dans le bilatéral. On est aussi dans la politique intérieure, dans un jeu à la fois politique entre les différentes composantes du gouvernement. C'est le sujet sur lequel tout le monde peut s'exprimer. Aujourd'hui, l'Algérie, peut-être même un peu trop. Et puis, c'est aussi une manière de parler à plusieurs composantes de la population française, à savoir par les gens d'origine algérienne, mais pas que, les enfants de pieds noirs, les gens qui gardent, je dirais, peut-être un souvenir mitigé de la période coloniale, etc. Et donc, ça divise aussi.

17:45
Emmanuel Macron

Et donc, la récupération est un peu tous azimuts et par tout le monde, y compris à l'extrême gauche puisque la France a soumise à désavouer récemment les propos de Sébastien Delogu qui a été invité sur la chaîne publique Canal Algérie le mois dernier et qui a cru bon de dire que le gouvernement français invective le peuple algérien et le méprise qui n'était pas pour calmer les choses. Certains insoumis, par ailleurs, se sont abstenus en janvier ou ont voté contre quand il s'agit de voter pour une résolution des députés européens en faveur de la libération de Boalem sans salle.

Alors, en 2017, à Kremble-Kaïd, dans un entretien à la télévision, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de crimes contre l'humanité disant que tout en respectant l'histoire intime des pieds noirs avec l'Algérie, il ne se retrouvait pas dans une vision de colonisation qui nie les crimes commis. Pourquoi la politique mémorielle qu'il a encouragée n'a pas réussi à instaurer des relations apaisées avec Alger ?

18:37
Invité

Alors, rappelons que quand il dit ça, qu'il évoque un crime contre l'humanité, il n'est pas encore président. Il est candidat.

18:45
Locuteur non identifié

C'est vrai.

18:45
Invité

et que dès lors qu'il est élu, il va modérer son discours et il va faire pour finir du en même temps. C'est-à-dire qu'à la fois, il va critiquer cette période-là, mais il a eu plusieurs déclarations, notamment, il a parlé d'une histoire d'amour qui a mal tourné, si je résume. Il a aussi fait des déclarations en cercle, je dirais, pas privées, mais presque, mais qui ont été rapportées par la presse sur l'absence d'une nation algérienne avant 1830, donc avant le début de la conquête. Tout ça, vous pouvez l'imaginer, ça a eu des impacts en Algérie.

Et pour répondre à votre question rapidement, je pense que ça a été une erreur stratégique d'Emmanuel Macron, c'est mon avis, de focaliser ses efforts sur la question mémorielle. Je pense qu'il a été mal conseillé sur cette question-là. Il y a deux pays, l'Algérie est indépendante, ça fait 62 ans ou 63 ans qu'elle est indépendante, on passe à autre chose. La question mémorielle, pour moi, et c'est très difficile à entendre en France, mais la question mémorielle, les Algériens et les Français ne seront jamais d'accord sur cette question-là. Et c'est normal, chacun a son vécu, chacun voit la manière dont le pays a évolué.

Les Algériens, vous ne pouvez pas dire aux Algériens que l'Algérie n'existait pas avant 1830 et vous ne pouvez pas balayer la présence européenne aux pieds noirs en les traitant tous de colons, par exemple, ou de tortionnaires. Chacun a son vécu. Et donc, il aurait mieux fallu anticiper sur l'avenir et essayer de voir comment on fait pour faire en sorte que les deux pays et les deux peuples vivent au mieux les évolutions modernes du XXIe siècle.

20:29
Emmanuel Macron

Agir sur la coopération économique, les enjeux binationaux, la question des visas, etc. Comme un temps, Jacques Chirac avait tenté de le faire à un moment. On en parle à Krembelkaïde. Vous restez avec nous. On en parlera après le journal de 8h car il est 8h bien sonné. Gilles Gressani, la chronique du Grand Continent. Cette semaine est marquée par la rencontre vendredi entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Quel tournant y voyez-vous ?

20:54
Invité

Disons qu'elle marque une rupture qui pourrait facilement se transformer à une victoire stratégique décisive pour le Kremlin. En l'état, elle représente déjà un succès diplomatique pour la Russie. Il suffit de considérer deux éléments. C'est la première rencontre entre Vladimir Poutine et un président américain depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022. C'est surtout la première fois depuis plus de 10 ans que Vladimir Poutine se rend sur le sol américain. Le président russe était presque au banc. Ses mouvements étaient limités. Il était visé.

Il est visé aujourd'hui encore par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre dont l'enlèvement d'enfants ukrainiens sera reçu par le président des Etats-Unis accélérant ainsi sa normalisation. Dans la foulée, Modi a déjà invité Poutine en Inde. Ce qui est frappant c'est que ce succès diplomatique a été obtenu sans qu'il y ait la moindre concession apparente de la part de Moscou. Depuis trois ans à peu près les exigences du Kremlin sont inchangées, décapitées au sens propre et figuré la souveraineté ukrainienne et pour cela la Russie continue à mener une guerre d'agression brutale.

Les attaques sur les civils au front n'ont plus que doublé depuis que Trump est de retour à la Maison-Blanche. Si la Russie n'a rien changé, ce sont les Etats-Unis de Donald Trump qui sont progressivement rapprochés de la position du Kremlin jusqu'à paraître désormais presque alignés. Il suffit d'écouter la conférence de presse tenue hier à Washington par le président américain pour s'en rendre compte. Dans l'un des plus incroyables lapsus géopolitiques de l'histoire, Donald Trump a fini par affirmer qu'il allait se rendre à Russie ce vendredi pour rencontrer Poutine. Oui, en Russie.

C'est dire jusqu'à quel point la Maison-Blanche voit le monde désormais à travers un filtre russe si même le président américain ne sait plus que le territoire de l'Alaska n'est plus russe depuis 1867.

22:32
Emmanuel Macron

Oui, la rencontre aura bien lieu en Alaska. Alors revenons justement à l'histoire. Vous nous parliez d'une archive russe que vous jugez particulièrement utile pour comprendre le grand contexte.

22:42
Invité

Comme le savent les lectrices et les lecteurs du Grand continent, Jacques Halas est convaincu qu'il faut comprendre le style de négociation du Kremlin à la lumière de la doctrine formulée par Andrei Gromyko, l'ancien ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique de 1957 à 1985. Donc nous l'avons publié dans le site du Grand continent une traduction qui est commentée ligne à ligne de cette doctrine de Gromyko et qui peut être résumée en trois règles fondamentales. La première, demandez le maximum y compris ce que vous n'avez jamais eu. La deuxième, soyez agressifs brutaux, présentez des ultimatums car vous trouverez toujours un occidental qui sera prêt à négocier.

La troisième règle, ne cédez jamais car vous trouverez toujours une offre correspondant à vos attentes.

23:24
Emmanuel Macron

On a presque l'impression d'assister pas à pas au déploiement de la stratégie de Vladimir Poutine.

23:28
Invité

En effet, depuis le début de l'invasion à grande échelle en février 2022, le Kremlin tente de présenter la conquête totale des quatre oblastes de Lugansk, Donetsk, Zaporizhia et Kherson comme inévitable. Aujourd'hui, ce discours vit surtout à poser Trump à reconnaître un fait accompli mais ce n'est pas un fait militaire. Selon nos calculs, au rythme actuel, il faudrait plus de deux ans à l'armée russe pour occuper le reste de l'obleste de Donetsk. Donc les demandes de Poutine sont maximalistes et sont encore plus maximalistes que ne le suggèrent ces chiffres.

Céder ce territoire comme condition préalable et en cesser le feu sans garantie d'un accord de paix définitif reviendrait pour l'Ukraine à abandonner la ligne défensive stratégique qu'elle a édifiée depuis 2014, offrant ainsi aux forces russes une position idéale pour relancer une offensive dans des conditions beaucoup plus favorables. Plus profondément encore, pour le Kremlin, le partage de l'Ukraine n'est qu'une étape du partage de l'Europe. En janvier, Vladimir Poutine avait déclaré, je le cite, « Les négociations relatives à l'Ukraine doivent avoir lieu entre la Russie et les Etats-Unis sans qu'y intervienne d'autres pays occidentaux. Nous n'avons rien à débattre avec Londres-Bruxelles.

» Et c'est ce que le Kremlin a obtenu de Donald Trump avec l'opiniatrouté de la doctrine Gromyko. Comme l'aurait déclaré l'un de ses plus grands adversaires, Henry Kissinger, mener des négociations avec Gromyko sans connaître tous les détails du problème revenait à un suicide. Eh bien, c'est ce qui semble se passer aujourd'hui. L'envoyé spécial de Donald Trump est un promoteur immobilier new-yorkais qui ne maîtrise ni la langue russe, ni les codes diplomatiques, ni le dossier.

Comme l'a révélé la presse allemande lors de sa dernière rencontre au Kremlin, il aurait interprété le retrait pacifique exigé par Poutine des Ukrainiens de Kherson et de Zeporija comme une offre de retrait pacifique des Russes de ce même région. Malgré l'impressionnante résistance ukrainienne, l'inconséquence stratégique spectaculaire de la Maison-Blanche pourrait faire se réaliser la prophétie de Kissinger, Donald Trump et son équipe vont-ils nous conduire dans le gouffre ?

25:17
Emmanuel Macron

Merci Gilles Gressen pour la chronique du Grand Continent.

25:25
Présentateur

Nous sommes toujours

25:28
Emmanuel Macron

avec notre invité Akram Belkaïd, rédacteur en chef au Monde Diplomatique, auteur de l'Algérie, un pays empêché en sans question aux éditions Talandier pour évoquer les relations très fortement dégradées entre la France et l'Algérie. On parlait tout à l'heure de cette lettre qu'Emmanuel Macron a envoyée il y a quelques jours à François Bayrou pour lui demander de durcir le ton face à l'Algérie. C'est une autre lettre d'Emmanuel Macron l'été dernier, adressée cette fois non pas à son Premier ministre mais au roi du Maroc qui a commencé, semble-t-il, à envenimer ou réenvenimer les relations.

Il lui disait dans cette lettre qu'il pensait seule option valide et valable pour le Sahara occidental, le plan marocain, pour résoudre le conflit colonial qui l'oppose aux indépendantistes du front polisario. Alors avec un an de recul à Kram Belkaïd, est-ce qu'on saisit mieux ce qui a pu décider la France à trancher en faveur du Maroc dans cette histoire, cette longue et douloureuse histoire qui déchire les deux voisins du Maghreb, Algérie et Maroc ?

26:23
Invité

Oui, il faut rappeler qu'à ce moment-là, les relations franco-marocaines étaient aussi très mauvaises. Le Maroc reprochant notamment à la France de ne pas franchir le pas et de ne pas imiter par exemple les Etats-Unis qui, eux, d'une certaine manière, ont reconnu la marocanité puisque c'est l'expression du Sahara. Il faut rappeler aussi que le Sahara occidental, l'ex-Sahara occidental est toujours considéré par l'ONU comme étant un territoire à décoloniser et dont la population doit s'exprimer via un référendum d'autodétermination. C'est une affaire qui empoisonne la région depuis maintenant cinq décennies et c'est vrai que la France a toujours eu une position pro-marocaine.

Les Algériens l'ont toujours admis.

La France a toujours défendu les intérêts marocains au niveau des instances internationales mais elle s'était toujours gardée d'aller un pas au-delà c'est-à-dire de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara d'autant que la France est membre du conseil de sécurité de l'ONU et que ça ne peut pas être contradictoire mais comme je l'ai dit tout à l'heure on est en même temps donc la démarche française a été de clarifier finalement une certaine position d'essayer de se réconcilier avec le Maroc qui est un acteur influent en Afrique subsaharienne et on sait les déboires français au Sahel notamment et en Afrique francophone en Afrique de l'Ouest et donc effectivement le Maroc est un allié qui compte et les français visiblement avaient averti la partie algérienne qui en d'autres temps de ce qu'on sait en d'autres temps la réaction aurait été peut-être différente elle aurait été ferme elle aurait été courroussée mais ça n'aurait pas duré là on était dans un contexte déjà je dirais de confrontation plus ou moins larvée de tension plus ou moins larvée de dégradation des relations entre les deux pays et là pour le coup il faut analyser aussi l'évolution et c'est le grand point d'interrogation l'évolution de ce qui se passe à l'intérieur du régime algérien du pouvoir algérien on ne sait pas trop est-ce que M.

Tebboune va être candidat à sa réélection est-ce que est-ce que les rapports de force qu'il a à gérer entre les différents clans du pouvoir sont à sa faveur ou pas et on a en tous les cas l'impression que tout plaide côté algérien pour une attitude de fermeté voire de franche hostilité à l'égard des autorités françaises

29:01
Emmanuel Macron

Est-ce qu'il est une évidence par exemple de faire un lien direct entre ce que l'Algérie a considéré comme un affront diplomatique et le choix qu'elle a fait de faire arrêter d'abord il y a huit mois l'écrivain Boualem Sansal puis le journaliste Christophe Glez journaliste sportif qui se trouvait en Kabylie pour enquêter sur la mort en 2014 d'un footballeur camerounais de la JSK Albert Rebossé est-ce que pour vous ce lien est évident ?

29:26
Invité

Alors il est évident est-ce qu'il est direct je ne sais pas mais en tous les cas il est évident concernant Boualem Sansal il faut d'abord dire c'est important qu'il n'a rien à faire en prison que c'est malheureux qu'il soit ainsi traité mais il est traité aussi comme le sont un certain nombre d'Algériens qui ont eu je dirais l'outrecuidance de dire ce qu'ils pensaient d'écrire ce qu'ils pensaient il y a une répression contre tout ce qui peut ressembler de près ou de loin au Irak comme vous l'avez le grand mouvement populaire

30:00
Emmanuel Macron

de 2019

30:01
Invité

et donc on est tout de même dans une période très répressive où on peut être convoqué au commissariat pour un simple poste sur les réseaux sociaux on est dans une période où la presse fait très attention donc effectivement en d'autres temps il est possible que Boualem Sansal aurait pu être je ne sais pas renvoyé en France refoulé comme c'est arrivé à un confrère journaliste Farid Alilat récemment parce qu'il était l'auteur d'un livre qui a déplu au pouvoir mais là effectivement c'est une manière de je dirais de compliquer la donne Boualem Sansal ne sait pas n'importe qui c'est quelqu'un qui a une dimension internationale réelle qui a beaucoup de succès en France plus de succès en France même qu'en Algérie et donc c'était aussi une manière de signifier à la fois au gouvernement français que la mauvaise humeur algérienne mais mon analyse elle va au-delà je pense que c'est aussi un message envoyé à l'ensemble de la diaspora c'est-à-dire que nul n'est au-dessus de ce que peut faire le pouvoir algérien puisque même si si Boualem Sansal est traité de la sorte vous imaginez ce qui peut arriver à d'autres personnes moins connues qui auraient eu je dirais des propos des écrits contre contre le régime

31:25
Emmanuel Macron

je peux vous demander si vous vous sentez concerné

31:27
Invité

à Krembelkaïd ?

bien sûr oui oui oui c'est pas nouveau mais on fait avec et malheureusement c'est très compliqué il y a pour tout algérien vivant à l'étranger je dirais un cycle avec de relations avec son son son pays natal il y a des cycles où on peut rentrer facilement où il n'y a aucun problème il y en a d'autres où c'est plus compliqué on est dans le cycle compliqué et il est triste aussi de pour le confrère dont vous avez parlé qui enquêtait Christophe Gleiz qui enquêtait sur l'affaire est bossée en d'autres temps là aussi il aurait été simplement mis dans l'avion et puis voilà puisque les autorités algériennes au début lui ont reproché visiblement d'être entré en Algérie avec un visa touristique ce que font beaucoup de journalistes puisque comme je le disais en début d'émission les ressortissants français pour aller en Algérie ont besoin d'un visa et les journalistes ont besoin d'un visa presse qui est très difficile à obtenir là on lui reproche d'avoir peut-être rencontré des interlocuteurs qui ont des activités politiques mais c'est pas un crime c'est le métier de journaliste mais il faut bien avoir en tête qu'une partie vous me posez tout à l'heure la question sur est-ce que l'instrumentalisation sur place il faut bien avoir en tête qu'une partie de la population algérienne est tellement révulsée par les déclarations successives anti-algériennes qu'on peut voir les titres d'une certaine presse notamment la presse de droite qui titre sur l'Algérie la menace algérienne le problème algérien etc.

quand on a les déclarations par exemple on n'en parle pas du tout en France mais madame Noël Lenoir qui est ancien ministre juriste et qui est présidente du comité de soutien de Boalem Sansal a fait des déclarations absolument incroyables sur ces news en disant que des millions d'Algériens vivant en France présentent des risques majeurs car ils peuvent sortir un couteau bon en France ça passe quasiment inaperçu mais il faut bien comprendre qu'en Algérie ça a un impact incroyable au passage je signale que ça dessert totalement la cause de monsieur Sansal c'est à dire qu'avoir un comité de soutien de la sorte je ne suis pas sûr que ça lui rende service vis-à-vis du pouvoir algérien mais ça c'est une autre histoire

34:04
Emmanuel Macron

du côté du comité de soutien de Christophe Glez il n'y a pas eu de dérapage lui a été arrêté en mai 2024 condamné le 29 juin à 7 ans de prison ferme par le tribunal de Tizi Ouzou alors sa famille ses collègues ses amis sont restés discrets en espérant que ça jouait en sa faveur ça n'a finalement pas été le cas que ce soit dans son cas à lui Christophe Glez ou dans le cas de Bolem Sansal la justice algérienne a dans ces deux affaires mentionné pendant le procès les liens présumés des deux accusés avec le MAC le mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie alors la juge devant laquelle Bolem Sansal a comparu lui a demandé quels étaient ses liens avec lui Christophe Glez avait quant à lui rencontré pour son enquête un dirigeant de la GSK donc le club de foot de Kabylie dont il se trouve qu'il a également des responsabilités au MAC il est en exil pourquoi cette focalisation sur ce mouvement né après les manifestations de 2001 le printemps noir de la Kabylie 126 morts assassinés par les services de sécurité du régime d'Abdelaziz Bouteflika comme si c'était encore une menace pour la sécurité intérieure en Algérie est-ce que c'est le cas ?

35:06
Invité

C'est vraiment la question le régime le pouvoir algérien a besoin d'adversaires et d'ennemis alors pendant très longtemps c'est les islamistes qui ont endossé le rôle qui étaient ils le sont toujours d'ailleurs de temps en temps ils sont désignés comme étant les adversaires le danger imminent et le MAC effectivement est présenté comme l'adversaire un danger comme voulant détruire l'unité nationale et donc il faut rappeler que c'est un mouvement très minoritaire que même en Kabylie beaucoup de gens n'adhèrent pas à ces idées et qu'il est bien plus je dirais remuant à l'extérieur de l'Algérie qu'en Algérie mais le pouvoir algérien a cette capacité à je dirais instrumentaliser ce genre de menaces à les faire grandir et donc ça lui permet de faire taire tout le monde ça lui permet de poursuivre sous le chef de terrorisme toute personne qui aurait contact avec un mouvement qui par ailleurs comme l'a montré un article récent du Monde cherche des soutiens un peu partout notamment au Maroc et peut-être voire même en Israël ce qui pour sa popularité en Algérie n'est pas toujours quelque chose de positif mais voilà et donc on est on est toujours dans une démocratie dans un pays entre guillemets normal ces gens auraient le droit de s'exprimer et puis ce serait la vérité des urnes qui trancherait là on est toujours dans une instrumentalisation des oppositions et c'est une vieille affaire c'est une vieille méthode algérienne que de mettre en avant de supposer menaces pour exiger l'unité et l'unanimisme et c'est ainsi qu'on verrouille le champ médiatique c'est ainsi qu'on verrouille le champ politique c'est ainsi qu'on oblige par exemple la presse indépendante algérienne à être très prudente très très prudente à faire très attention à ce qu'elle écrit à ce qu'elle publie parce que les mesures de rétorsion peuvent être immédiates

37:17
Emmanuel Macron

alors la presse algérienne en Algérie mais aussi ce qu'on appelle désormais les influenceurs y compris quand ils sont hors d'Algérie samedi dernier un mandat d'arrêt international a été délivré contre un ancien responsable de l'ambassade d'Algérie en France dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement et la séquestration pendant 4 jours l'année dernière d'un opposant algérien en région parisienne l'influenceur Amir Dezet je crois qu'on dit comme ça il avait obtenu l'asile politique en France un an plus tôt comme beaucoup d'autres d'ailleurs beaucoup d'anciens militants du Hirak ont trouvé l'asile en France depuis est-ce qu'ils sont tous menacés par des personnes qui se trouvent sur le territoire français qui sont algériens et qui sont comme oui on a l'impression comme des agents du gouvernement algérien

37:59
Invité

alors c'est très compliqué parce que cette affaire d'influenceurs franchement beaucoup de gens n'avaient pas vraiment l'impression de suivre ça en tout cas n'étaient pas ça se passe au niveau des réseaux sociaux

38:10
Emmanuel Macron

donc il n'est pas si influenceur que ça alors

38:12
Invité

oui il est influent pour une minorité mais c'est vrai qu'on est dans un monde où les vidéos les plus extrêmes les plus radicales circulent circulent rapidement etc au détriment de la parole je dirais scientifique politique voire même journalistique et donc c'est vrai que vous avez une espèce de floraison d'opposants qui vivent à l'étranger qui ont des moyens de communication et qui effectivement sont d'une certaine manière intouchables par rapport au régime puisqu'ils sont à l'extérieur et donc le mandat d'arrêt c'est une manière de créer de la difficulté pardon pour l'expression mais de pourrir la vie du concerné quoi qu'ils disent quoi qu'ils fassent et c'est vrai que c'est très compliqué pour beaucoup de gens de s'exprimer aujourd'hui sur la question algérienne surtout quand on a connu je dirais l'euphorie du Irak parce que le Irak ça a été en Algérie mais ça a été aussi à l'étranger je pense notamment il y a la France bien entendu mais je pense notamment à une ville comme Montréal où beaucoup d'Algériens se sont réunis etc.

et aujourd'hui les gens font très attention à ce qu'ils disent parce que justement ce qu'ils ont pu dire et écrire peut leur être reproché

39:30
Emmanuel Macron

alors vous nous disiez tout à l'heure à Krembel Kaïd que l'Algérie aujourd'hui peut se projeter ou réussir à se projeter sans la France certes le président Tebboune est très âgé mais il est entouré d'une équipe de gens beaucoup plus jeunes et qui peut-être lui aussi lui souffle cette entre guillemets idée là c'est à dire que l'Algérie peut se passer de la France et se tourner vers d'autres partenaires y compris certains auxquels on ne s'attendait pas

39:54
Locuteur non identifié

C'est Georgia Meloni

39:59
Emmanuel Macron

qui disait récemment l'Italie ambitionne de devenir un hub d'approvisionnement énergétique en Méditerranée donc une porte d'entrée entre l'énergie produite en Afrique et celle nécessaire en Europe et c'est évidemment un objectif que nous ne pourrions atteindre sans la collaboration la coopération et le précieux soutien de l'Algérie est-ce que l'Algérie s'est rapprochée de l'Italie parce qu'elle s'éloignait de la France ou ce sont deux mouvements disons tectoniques distincts ?

40:22
Invité

Disons que ce sont des mouvements concomitants mais ce n'est pas nouveau non plus ça fait très longtemps que l'Italie essaye de gagner des parts de marché en Algérie déjà dans les années 90 il y avait eu des tentatives et effectivement là on voit bien que l'une des manières pour l'Algérie de signifier à la France qu'elle n'est plus en position de monopole ou en tout cas de monopole de fait ce qui a longtemps été le cas il faut bien comprendre que par exemple pendant très longtemps cette expression elle est un peu triviale mais les Algériens disaient je vais à l'étranger ou je vais en France ils faisaient la différence entre la France et l'étranger aujourd'hui comme vous l'avez dit il y a de nouvelles générations il y a des gens qui n'ont pas de rapport avec le passé colonial qui ont grandi après l'indépendance qui ont été à l'école algérienne l'école où ils ont suivi pardon pour le lapsus ils ont suivi une formation en langue arabe avec très peu de contact avec la France et qui aujourd'hui voient le monde tel qu'il est et pour eux l'évidence de la France n'est plus une vérité et donc l'Italie qui a des besoins industriels qui a des besoins je dirais d'autonomie énergétique a su profiter de cette ouverture il est intéressant de noter que à Alger jadis mec des révolutionnaires et de la gauche mondiale on n'a aucun problème à traiter avec un régime comme un pouvoir comme celui coloré comme celui de madame Méloni c'est pas un problème le plus paradoxal dans l'affaire c'est que madame Méloni n'a pas craint de s'emparer du nom de Matéi qui était cette grande personnalité antifasciste qui a beaucoup aidé les indépendantistes algériens et qui est le père de l'indépendance énergétique italienne et qui est mort vraisemblablement assassiné pour ça et donc il y a des accords comme ça assez étonnants mais qui sont un peu dans la marche du monde où tout le monde parle avec tout le monde et je crois je crois vraiment que c'est une réalité que la diplomatie française pas la diplomatie que le personnel politique français a du mal à comprendre on n'est plus dans les années 80 on est en 2025 et l'Algérie montre à la France que il y a peut-être des efforts à faire pour se réconcilier

42:49
Emmanuel Macron

l'Italie un des rares pays européens ne passait de prononcer en faveur du Maroc sur le Sahara occidental à l'inverse par ailleurs de l'Espagne qui accordait avant la France sa confiance au Maroc pour régler le différent et dont l'Algérie s'est néanmoins rapprochée ces dernières années donc on verra si quand Emmanuel Macron demande à Bruno Retailleau de trouver des soutiens des partenaires de la France dans l'espace Schengen pour prendre des sanctions identiques à elle vis-à-vis de l'Algérie et bien s'il peut en trouver ça se jouera dans les semaines qui viennent je vous remercie beaucoup à Krambel Kaïd d'avoir été avec nous rédacteur en chef au Monde Diplomatique L'Algérie un pays empêché en sans question votre livre est disponible aux éditions Talendier merci beaucoup

43:27
Invité

merci à vous

43:28
Emmanuel Macron

l'idée d'envoyer à Saint-Pierre-et-Miquelon les personnes y compris algériennes expulsées du territoire français n'a plus cours alors de cet archipel français en Amérique du Nord on continue à parler cette semaine avec Marie Sorbier dans un tout autre registre avec un tout autre regard aujourd'hui l'emblème de Saint-Pierre-et-Miquelon le Doris

43:48
Locuteur non identifié

bonjour Gérard Hélène président de l'association des zigotos depuis 2010 alors est-ce que vous pouvez nous présenter les zigotos les zigotos c'est une bande de copains au départ qui étaient des rameurs qui faisaient la course à la voile et depuis un moment nous avons commencé à restaurer les Doris et en construire les neufs alors qu'est-ce que c'est un Doris un Doris c'est un bateau en bourre à fond plat qui sert la pêche à la morue qui servait la pêche à la morue donc avant à Saint-Pierre-et-Miquelon on avait à peu près 1000 Doris et présentement des Doris navigants pour dire que sur l'archipel il n'y en a que 13 donc votre association s'occupe justement de les restaurer et d'en construire des nouveaux oui exactement donc nous avons construit 4 Doris neuf et nous avons restauré le restant et 8 autres et vous diriez qu'aujourd'hui le Doris c'est un des symboles de Saint-Pierre-et-Miquelon bah oui c'est le symbole de Saint-Pierre-et-Miquelon c'est le symbole ce qui a fait vivre l'archipel et une partie du monde avec la pêche à la morue parce que la morue a été envoyée partout aux Antilles et dans le monde entier oui on pêche moins la morue mais on dirait que maintenant depuis un couple d'années qu'elle revient parce que cette année ils ont pêché quand même de la grosse morue donc s'il y a de la grosse morue ça veut dire que le poisson revient en quoi le Doris c'est un élément patrimonial et culturel de l'île bah c'est un bateau c'est un bateau en bois il n'y avait que ça et comme je dis ça nourrit le monde ça servit il n'y avait que ça il n'y a pas autre chose il n'y avait pas de plate maintenant il n'y avait pas de bateau dans l'aluminium il n'y avait pas de bateau en fer c'était du bois le bois que souvent les pêcheurs construisaient ou restauraient l'hiver pour aller à la pêche alors là on est dans votre QG on voit la mer juste en face de nous il y a des rames au plafond parce que donc c'est un bateau dans lequel on rame oui c'est un bateau aussi mais donc depuis 92 l'association a fait des courses hendoris comme il ne restait plus beaucoup de bateaux et de pêcheurs donc ils se sont amusés à faire des courses à la rame ils allaient jusqu'à Miquelon Terre-Neuve un peu plus loin Langlade aussi juste derrière nous enfin derrière vous je vois un certificat du ministère de la culture vous êtes allé rencontrer la ministre de la culture Rachida Dati il n'y a pas longtemps oui on a été au mois de novembre parce qu'on a été accueilli à Paris donc elle nous a remis ce diplôme après le certificat d'acclusion d'inventaire national du patrimoine culturel immatériel donc la prochaine étape pour moi c'est de classer le Doris en l'UNESCO le Doris de Saint-Pierre-Miquelon et qu'est-ce que ça changerait que le Doris soit classé à l'UNESCO ?

je pense que ça a une reconnaissance quand même c'est une reconnaissance parce que comme je disais avant le Doris c'est l'emblème de Saint-Pierre-Miquelon donc ça fait vivre du monde tout le monde adore le Doris et les touristes qui passent ici viennent vous voir et veulent se renseigner sur cette histoire du Doris là dans votre quartier général on voit c'est un petit musée que vous avez construit oui les touristes qui viennent ils regardent ils suivent l'association et la construction des bateaux donc quand ils voient ils disent mais à Ur vous n'en trouverez pas pendant la guerre de 39-45 il y en avait un à New York il servait de bateau pilote pour rentrer les bateaux de guerre autrement il n'y en a pas ils ont été jusqu'en Inde avec des Doris le Doris c'est un bateau à fond plat donc l'hélice mais après ils ont adapté avec un moteur en 1915-1916 pour faire des essais donc ça a été concluant donc après ils ont continué et comme vous pouvez voir sur les photos l'hélice elle est en dessous elle est en dessous du bateau donc pour remonter le Doris sur les bois ou sur le plein donc l'hélice rentre dans une caisse à l'intérieur du bateau et est-ce que les jeunes aujourd'hui de Saint-Pierre-et-Méclon s'intéressent à cet objet de patrimoine ?

non il n'y a pas beaucoup de jeunes on essaye d'amener les jeunes des écoles les faire visiter donc ils viennent ils viennent et puis on leur montre on leur explique ils sont très intéressés on a aussi un des Doris qui a été construit par les élèves techniques du lycée à Saint-Pierre-et-Méclon des jeunes de 14-16 ans il est tranquille présentement ils ont recopié le Doris de mon grand-père qui l'a construit lui aux îles de la Madeleine oui on a un qui est classé au monument historique c'est le vert qui est à côté comme vous avez pu le voir c'était aux Olympiques qu'on a vu un Doris mais partout dans les coins que ce soit Terre-Neuve ou France le Doris revient à la Madeleine

48:09
Emmanuel Macron

Le son d'outre-mer par Marie Sorbier Merci

48:13
Locuteur

Merci