«La France est capable de détecter les manipulations de l'information et de les désamorcer»
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Est-ce que le timing n'est pas un peu court pour une élection qui va se dérouler en avril ?
- 1:15OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on arrête vraiment des hackers avec un projet de loi alors qu'ils sont difficiles à tracer ?
- 2:21OuverteRéponse partielle
Que pourrait contenir ce texte de loi pour qu'il soit efficace ? Quelle solution existe contre ce fléau ?
- 3:54OuverteRéponse directe
Doit-on craindre une annulation d'élections en France comme en Roumanie ?
- 6:51OuverteRéponse directe
Qui est la véritable cible de ces attaques ?
- 8:22OuverteRéponse directe
C'est donc une nouvelle forme de guerre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le risque, il a été significatif sur les municipales sans effet majeur. »
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« Il laisse à entrevoir les perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle. »
- 0:52InvitéFait
« Il travaille sur une procédure de référé, donc pouvoir saisir la justice en cas de diffusion d'une fausse information, d'une manipulation de l'information. »
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« Ce dispositif, il existe parce que la France a adopté en 2018 une loi contre la manipulation de l'information. »
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« Il a dit, en faisant un peu le bilan de ce qui s'était passé pendant les municipales, que finalement, il y avait peu d'impact, et notamment, c'est vrai de beaucoup de manipulations de l'information aujourd'hui lancées par des pays étrangers contre la France. »
- 1:50InvitéFait
« Elles sont plus ou moins sophistiquées, plutôt moins que plus d'ailleurs, mais elles ont un effet assez limité, et notamment parce qu'on est capable, parce que la France a un service spécialisé, un service étatique spécialisé, la France est capable de les détecter, et donc aussi, en communiquant dessus, de les désamorcer. »
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« Je n'ai pas l'impression qu'il y ait de vides juridiques à combler. »
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« Ce mode opératoire, il n'a pas seulement visé les élections municipales en France. Il semble également avoir été utilisé pour mener des opérations d'ingérence numérique étrangère dans d'autres pays ou régions, comme l'Angola, le Togo, les élections en Écosse et également l'élection municipale à New York en 2025. »
- 4:42InvitéFait
« Alors, ce serait absolument cataclysmique pour notre pays d'avoir une élection annulée. »
- 5:12InvitéFait
« En 2017, il y a une fuite de documents juste avant le second tour qui vise clairement à déstabiliser l'élection présidentielle et qui est ourdie par les services de renseignement russes. »
- 7:33InvitéFait
« Les services de l'État ont rendu public un rapport sur une opération d'ingérence numérique qui a visé des candidats spécifiques, en l'occurrence des candidats à la France Insoumise aux municipales de cette année. »
- 7:49InvitéFait
« La piste remonte à une officine, une société privée ou plusieurs sociétés privées en Israël. »
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Nous sommes à moins d'un an de l'élection présidentielle en France et le gouvernement a récemment alerté sur des menaces lourdes en matière d'ingérence étrangère. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a même réuni la semaine dernière à Matignon les représentants des forces politiques et les parlementaires. Je vous propose de l'écouter.
Le risque, il a été significatif sur les municipales sans effet majeur. Il laisse à entrevoir les perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle.
Pour évoquer ces menaces, nous recevons aujourd'hui Martin Huntersinger. Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste au Monde, spécialisé dans les questions liées à la cybersécurité et auteur aux éditions Grasset, Despionner, Mentir, Détruire. Martin Huntersinger, le chef du gouvernement, dit qu'il veut un projet de loi à l'automne. Est-ce que le timing n'est pas un peu court pour une élection qui va se dérouler en avril ?
Ça va dépendre un petit peu de ce qu'il y a dans le texte de loi. Pour l'instant, ce que l'on sait, c'est qu'il travaille sur une procédure de référé, donc pouvoir saisir la justice en cas de diffusion d'une fausse information, d'une manipulation de l'information. Mais ce n'est pas très clair, d'autant que ce dispositif, il existe parce que la France a adopté en 2018 une loi contre la manipulation de l'information.
Pour l'instant, on est un petit peu dans le flou sur le contenu exact de ce texte. Est-ce qu'on arrête vraiment des hackers, des pirates, des professionnels de l'informatique avec un projet de loi, alors qu'eux-mêmes sont déjà des personnes difficiles à tracer ?
Moi, je pense que le droit n'est pas inopérant. Je pense qu'il faut se référer à ce que disait le Premier ministre. Il a dit, en faisant un peu le bilan de ce qui s'était passé pendant les municipales, que finalement, il y avait peu d'impact, et notamment, c'est vrai de beaucoup de manipulations de l'information aujourd'hui lancées par des pays étrangers contre la France.
Elles sont plus ou moins sophistiquées, plutôt moins que plus d'ailleurs, mais elles ont un effet assez limité, et notamment parce qu'on est capable, parce que la France a un service spécialisé, un service étatique spécialisé, la France est capable de les détecter, et donc aussi, en communiquant dessus, de les désamorcer, parce que c'est aussi ça ce qui est important d'avoir en tête, c'est qu'une opération de manipulation de l'information venue de l'étranger, elle perd nécessairement de sa force et de sa vigueur lorsqu'on en parle, lorsqu'on la détaille, et c'est ce que fait notamment le service Vigilum en France.
Que pourrait contenir ce texte de loi, ou en tout cas, que devrait-il contenir pour qu'il soit efficace ? Quelle solution existe contre ce fléau ? Est-ce qu'on imagine des sanctions, ou plus de moyens pour le contrer ?
Moi, je suis un petit peu dubitatif sur les marges de manœuvre au niveau strictement national pour ce genre de phénomène. Déjà parce que pour l'instant, on commence à avoir une petite expérience, puisque le service Vigilum qui étudie ces phénomènes existe depuis 2021. Je n'ai plus en tête le nombre exact d'élections sur lesquels il a travaillé, mais pour l'instant, il n'y a pas eu d'effet de ces opérations de manipulation de l'information venue de l'étranger. Donc, est-ce qu'il faut réellement, au niveau national, prendre une loi ?
Moi, à titre personnel, enfin aussi professionnel, mais de ce que je vois en tout cas dans mon travail, je n'ai pas l'impression qu'il y ait de vides juridiques à combler.
Il y a sans doute des choses à faire davantage au niveau européen, notamment pour que les plateformes numériques, où se déroulent en fait ces opérations, ces faux comptes, ces fausses pages, etc., ces diffusions d'informations, coopèrent davantage, elles coopèrent déjà un petit peu, mais coopèrent davantage, échangent davantage d'informations avec les autorités, avec les chercheurs, avec la société civile, avec les journalistes, parce que les journalistes aussi, nous, on a un rôle à jouer dans ce genre de sujet, parce que finalement, la question, c'est la protection de notre discussion démocratique et notre débat démocratique, donc finalement, c'est un enjeu journalistique aussi.
Mais je ne suis pas sûr qu'une loi nationale soit de nature à changer quoi que ce soit.
On vous évoquait ces cas relevés lors des municipales, mais il n'y a pas que la France, loin de là, qui est touchée. Je vous propose d'écouter Marc-Antoine Briand, directeur de Viginium, donc le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères.
Ce mode opératoire, il n'a pas seulement visé les élections municipales en France. Il semble également avoir été utilisé pour mener des opérations d'ingérence numérique étrangère dans d'autres pays ou régions, comme l'Angola, le Togo, les élections en Écosse et également l'élection municipale à New York en 2025.
Voilà de multiples exemples incités par Marc-Antoine Briand. La présidentielle de 2024 en Roumanie avait même été annulée après des cas d'ingérence. Doit-on, Martin Huntersinger, craindre à l'avenir un scénario similaire en France, une annulation d'élections ? Est-ce que vous pensez qu'on peut aller jusque-là ?
Alors, ce serait absolument cataclysmique pour notre pays d'avoir une élection annulée. Je suis sincèrement, j'espère ne pas me tromper, je pense qu'on en est quand même relativement loin pour les raisons que j'ai un peu déjà évoquées, savoir qu'on a des services étatiques qui travaillent bien sur ces sujets. On a aussi une sphère médiatico-politique qui est quand même assez mature sur ce sujet. Et en fait, la maturité est assez ancienne. Je ne sais pas si vous vous souvenez, en 2017, il y a une fuite de documents juste avant le second tour qui vise clairement à déstabiliser l'élection présidentielle et qui est ourdie par les services de renseignement russes.
Les médias, les politiques ont tout de suite vu cette potentielle manipulation et ont donc traité ces documents avec beaucoup de prudence. Donc, je pense qu'on est quand même pas mal à culturer déjà ce genre de menace. Et en fait, le simple fait de connaître cette menace, de savoir qu'elle peut arriver, de connaître un petit peu ses ressorts, ses mécanismes, c'est ça la meilleure défense. Et c'est aussi pour ça que j'évoquais le fait que les journalistes ont leur rôle à jouer. En expliquant ces manipulations, on les désamorce finalement.
Donc, c'est pour ça que je pense qu'on n'est pas dans une situation nécessairement similaire à la Roumanie, même si c'est une certitude, comme toutes les élections depuis 2017 finalement. Il y aura des tentatives de perturber notre débat politique. Mais vraiment, ce sur quoi j'aimerais insister, c'est que jusqu'ici, ces opérations, lorsqu'elles étaient vraiment purement numériques, elles ont eu un effet relativement faible, voire même inexistant. On parle par exemple de faux sites d'actualité locale qui ont quelques dizaines de visites. Donc, c'est vraiment un effet quasiment nul. Ce qui est plus inquiétant, c'est d'autres formes de désordre dans notre espace informationnel.
Et parfois, le phénomène des fausses d'information, etc., c'est un phénomène qui est endogène et qui est interne à la France. Et on n'a souvent pas besoin de l'intervention de la Russie ou d'autres pays pour que ce soit finalement une situation compliquée sur ce point-là.
Qui est justement la véritable cible de ces attaques ? Vous évoquiez la Russie. Est-ce que ce sont les États qui sont visés ? L'État français, par exemple. Est-ce que c'est le débat démocratique ? Ou alors, est-ce que ce sont parfois des candidats bien précis ?
Eh bien, ça va dépendre. En l'occurrence, l'objectif stratégique de la Russie, c'est d'affaiblir les pays occidentaux, d'affaiblir leur soutien notamment à l'Ukraine, de les diviser et il faut avoir en tête qu'elles visent le long terme et appauvrir, affaiblir, pardonnez-moi l'exposition, mais bordéliser l'espace informationnel, c'est concours à ces objectifs. Maintenant, la semaine dernière, les services de l'État ont rendu public un rapport sur une opération d'ingérence numérique qui a visé des candidats spécifiques, en l'occurrence des candidats à la France Insoumise aux municipales de cette année.
Et là, on ne sait pas qui est le commanditaire, mais pour le coup, c'était vraiment très ciblé.
Sur le territoire israélien ?
Alors, on sait que, en tout cas, la piste remonte à une officine, une société privée ou plusieurs sociétés privées en Israël. Mais pour le coup, le commanditaire, lui, totalement inconnu à ce stade, et là, pour le coup, il s'avisait des candidats spécifiques. Et ça, pour le coup, c'est assez nouveau parce que jusqu'ici, c'était surtout des opérations russes qui visaient un peu général sur le débat démocratique.
A déstabiliser l'État et le débat démocratique.
Exactement. Alors que là, on avait vraiment des candidats. Alors, c'est aussi plus que ces candidats-là. C'était un parti.
Bien sûr.
Mais c'était un peu plus limité. Et ça, pour le coup, c'est assez nouveau. Et selon moi, c'est ça, peut-être, qu'il va falloir surveiller le plus lors de l'élection.
Je voulais qu'on revienne aussi sur le sous-titre de votre livre. C'est « Comment le cyberespace est devenu un champ de bataille ? » « Champ de bataille ». C'est donc une nouvelle forme de guerre ? On sait qu'on parle souvent de guerre hybride, de guerre de l'information.
En fait, les opérations dans l'espace numérique, c'est ce que je raconte dans mon livre, c'est que ça ne remplace pas la guerre, mais c'est souvent avant la guerre. Ça annonce la guerre. C'est très, très évident, par exemple, en Ukraine, où il y a eu un nombre faramineux d'attaques informatiques avant même, à partir de l'invasion du Donbass et de la Crimée, et avant l'invasion à grande échelle. Et ces moyens de guerre numérique sont utilisés, notamment lorsque la guerre n'est pas ouvertement déclarée pour rester en dessous du seuil d'agression directe.
Mais ces cyberattaques ou ces manipulations de l'information, elles s'intègrent aussi dans un arsenal plus large de manœuvres qu'on appelle de manière un peu maladroite hybride qui vont du survol de bases militaires avec des drones, en passant par les testés, la vitesse de réaction des avions de chasse lorsqu'on s'approche de la zone aérienne de l'OTAN, etc. Donc, ça s'intègre dans un ensemble de mesures où ce n'est pas une agression frontale, mais on est dans un espace de contestation et de conflits larvés perpétuels.
Merci Martin Huntersinger pour toutes ces précisions. Je rappelle que vous êtes journaliste au Monde et auteur de Espionner, Mentir, Détruire, c'est à retrouver aux éditions Grassi.
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