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interviewBFMTV· 10 novembre 2023 23 min

"Nos compatriotes de confession juive ont peur": l'interview de Gérald Darmanin en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir Gérald Darmanin. Merci d'avoir accepté de répondre ce soir à nos questions, à des questions que je vais vous poser en compagnie de Bruno Jeudy. Bonsoir Bruno, éditorialiste de BFM TV. Dans un instant évidemment, nous allons parler du projet de loi immigration dont l'examen s'est terminé aujourd'hui au Sénat. Vote mardi 14h30, la marche de dimanche évidemment. Mais avant cela, je voulais vous proposer des images, des images qui nous viennent de Lyon ce matin vers 7h30. Une attaque aux mortiers d'artifice contre le lycée Lamartinière. Mon plaisir, c'est dans le 8ème arrondissement. Une quinzaine de jeunes, le proviseur visé mais pas blessé.

Est-ce que vous nous confirmez ce soir deux interpellations ?

0:35
Gérald Darmanin

Oui, il y a eu deux interpellations. C'est évidemment absolument inacceptable. Tous les moyens, notamment de police technique et scientifique, sont mis en place. C'est pour ça qu'on a retrouvé deux de ces délinquants. Je crois savoir qu'il s'agit de jeunes. De jeunes qui d'ailleurs, pour l'un d'entre eux au moins, étaient à ce lycée. Qui par ailleurs, je crois savoir, devaient faire l'objet d'un conseil de discipline. Donc non seulement on veut apporter notre soutien au proviseur, évidemment aux autres. Et puis dire qu'on mettra tous les moyens pour retrouver tous ceux qui sont l'objet de cette attaque.

1:02
Présentateur

Tous les moyens, ce sont aussi les caméras d'idéosurveillance. Le maire de Lyon, Grégory Doucet, est contre. Malgré les enveloppes de la région. Est-ce que c'est encore un débat qu'il faut relancer ?

1:09
Gérald Darmanin

D'abord les enveloppes de l'État. Je rappelle que l'État français finance 50% des caméras des maires. Parfois plus, 80% de ses caméras à Marseille. Oui, il y a une posture idéologique du maire écologiste de Lyon. Je l'ai toujours dénoncé. Parce que pendant ce temps-là, c'est des enquêtes qui vont moins vite. C'est des personnes qu'on arrête moins vite. C'est une police qui va moins vite. Mais bon, la police, c'est partout. Et même lorsque les maires sont en délicatesse avec cette police, nous faisons notre travail.

1:32
Présentateur

Voilà pour ce sujet. On en vient à cette manifestation dimanche contre l'antisémitisme entre les Invalides et le Sénat. Parcours défini ce soir ? Définitivement bloqué, défini ?

1:41
Gérald Darmanin

D'abord, je suis heureux que ce texte, qui est important, puisqu'il vise à être dur contre les délinquants étrangers, simplifier les procédures et donner plus grande exigence pour l'intégration, soit discuté par le Sénat, qui n'est pas refusé d'en discuter, soit adopté. Tous les articles ont été votés. Il y a même un retour de trois articles qui avaient été supprimés. Il y a un article régularisation, certes différent de celui du gouvernement pour les métiers en tension, mais quand même, malgré les déclarations parfois intempestives qu'on a pu entendre ici ou là. Après, c'est un texte qui n'est pas totalement celui du gouvernement. Il va être modifié à l'Assemblée nationale.

Et puis j'espère qu'on trouvera un compromis pour voter ce texte ensemble.

2:17
Présentateur

Vous évoquez l'examen du projet de loi au Sénat. On verra sur la manifestation dimanche un peu plus tard. Cet examen, c'était la partie la plus facile. Le plus dur commence désormais, parce que mardi, il n'y a pas de suspense.

2:26
Gérald Darmanin

– Mardi, il y a toujours un suspense quand les parlementaires votent surtout quand…

2:30
Présentateur

– Vous pensez que les sénateurs qui vous ont dit qu'ils voteraient et qui ont amendé ce texte dans une direction qui, à priori, vous est favorable ?

2:36
Gérald Darmanin

– Je viens de la province et en province, on dit souvent que c'est à la fin de la fête qu'on regarde les choses. Bon, cependant, moi, je voudrais vous dire que dans un Sénat de 320 sénateurs dont 24 seulement soutiennent le gouvernement, donc c'est une chambre très opposée au gouvernement, avoir réussi à faire voter un texte, même imparfait, est déjà quelque chose d'important. Donc je remercie les sénateurs, dans leur grande majorité, ils ont été à l'écoute.

Je remercie le président Hervé Marseille qui a permis à ce que ce texte soit adopté, François Patria qui l'a aidé, Bruno Rotaillot qui finalement a trouvé un compromis avec nous, et même la gauche, on a pris des amendements des communistes, des socialistes dans ce débat. Ça montre qu'on pouvait parler d'immigration, faire un texte très ferme et en même temps trouver un compromis républicain.

3:12
Invité

– Mais dans le détail, monsieur le ministre, il y a un certain nombre de dispositions qui ont été intégrées par les sénateurs qui n'étaient pas dans votre projet initial, des amendements. Je pense notamment à la question de l'aide médicale aux étrangers qui est supprimée au terme de ce texte. – Et transformée. – Transformée, on va dire, et remplacée par une aide médicale d'urgence, dont il reste à définir un peu le contenu. – Votre position finalement, quelle est-elle exactement ? Est-ce que vous avez dit « sagesse du gouvernement » ? Est-ce que ça veut dire que vous réintégrerez ça, une modification dans le texte à l'Assemblée ?

3:51
Gérald Darmanin

– Alors c'est un texte qui ne parlait pas de la santé des étrangers. C'est dans le code de la santé publique, la santé des étrangers, c'est pas dans le code des étrangers. – Donc nous, nous pensons que les rajouts qui ont été faits, en tout cas ce rajout-là, par exemple, du Sénat… – Par la droite sédatoriale. – Exactement, par la droite et par les centristes, il faut le dire. C'est pas que les LR qui voulaient transformer cette AME en AMU. Nous pensons que ce n'est pas constitutionnel, c'est ce qu'on appelle l'irrecevabilité, c'est un cavalier législatif.

C'est un peu compliqué pour nos auditeurs, mais ça veut dire que quand on va aller au Conseil constitutionnel, le Conseil constitutionnel va censurer ces dispositifs parce qu'ils n'étaient pas dans le texte initial du gouvernement. On ne peut amender que ce qu'il y a dans le texte initial du gouvernement. – Donc on pense que s'il y a des questions qui se posent pour l'AME, moi je dis qu'il y a des questions qui se posent pour l'AME, c'est pas parfait, on peut évidemment regarder… – Vous êtes pour la suppression ? – Moi je pense qu'on peut regarder, il y a un rapport qui a été commandé par Mme la Première Ministre à M. Stéphanini, quelqu'un de droite, et à M.

Évin, quelqu'un de gauche, ils travaillent ensemble pour nous faire des propositions de modification. Attendons ce rapport. Mais quoi qu'il arrive, même si des questions peuvent se poser, les Français s'en posent, je sais que majoritairement ils sont pour cette transformation, ça n'a pas cette place dans ce texte. Ça a sa place où ? Dans un document budgétaire, on vote le budget en ce moment. Pendant trois ans, j'ai été mis du budget. Pendant trois ans, on a parlé de l'AME. On a même transformé cette AME sous Édouard Philippe avec Agnès Buzyn, le panier de soins. Il y a des modifications encore à faire, je pourrais détailler si ça vous intéresse, mais ça n'a pas sa place dans ce texte-là.

Donc pour répondre à votre question, si les sénateurs posent de bonnes questions, ce n'est pas le bon texte. Et donc à l'Assemblée nationale, nous porterons l'idée qu'il n'y a pas d'AME dans ce texte, mais qu'on portera sans doute un autre texte.

5:21
Invité

Autre modification, les régularisations. Il y a un durcissement de la part des sénateurs.

5:24
Présentateur

Juste une question. C'est une question de gros sous ou d'immigration ? Parce que ça coûte 1,5 milliard, cet AME, contre 200 ou 300 milliards pour les dépenses globales.

5:31
Gérald Darmanin

Il y a trois questions très simples. Est-ce que les personnes qui sont étrangères sur notre sol sont des humains comme les autres ? La réponse est oui. À ce titre, est-ce que les médecins les soigneront ?

5:38
Présentateur

C'est parfois pas si évident quand on entend certaines remarques.

5:40
Gérald Darmanin

Non mais moi je vous réponds... J'entends votre réponse. Donc les étrangers sont des humains et il faut évidemment les soigner, surtout que 25% des gens qui sont à l'AME sont des enfants. Donc évidemment qu'on soignera les enfants, évidemment qu'on va vacciner les personnes, évidemment que les femmes enceintes vont pouvoir accoucher à l'hôpital public. Nous sommes un grand pays civilisé. La question est de savoir s'il n'y a pas des abus avec cette éme médicale d'État. C'est la question que posent la Première Ministre à Patrick Stéphanini et à Claude Évin. On va attendre leurs résultats. Mais il faut faire attention évidemment quand on parle de ces dispositifs.

Certes ça coûte de l'argent, c'est tout à fait vrai. Mais qui ne veut pas soigner des enfants en France ? Qui ne veut pas soigner des femmes enceintes ? Qui ne veut pas vacciner des personnes qui ont traversé le monde et qui peuvent par ailleurs nous apporter d'autres maladies ? Donc c'est aussi une question de santé publique pour les Français. Mais il peut y avoir des abus. Voilà. Et il faut les regarder calmement, sans idéologie. Simplement on ne réforme pas l'aide médicale d'État comme ça en quelques minutes. Donc on dit oui il y a un sujet. On entend les sénateurs et l'air. Mais non, pas dans ce texte. On n'aura pas le temps de l'étudier. Et ce n'était pas dans le texte du gouvernement.

6:39
Invité

Le Sénat s'apprête à voter donc un texte durci par rapport à celui que vous aviez présenté. Notamment sur la question des régularisations. Est-ce que c'est cette version que vous voulez conserver à l'Assemblée nationale ? Ou est-ce que vous allez revoir une partie des dispositions que les sénateurs vous ont imposées ?

6:57
Gérald Darmanin

D'abord je me félicite que le Sénat ait voté le texte du gouvernement. Enrichi c'est vrai. Tout à fait vrai. Durci plutôt. Oui mais bien sûr. Enrichi parfois dans sa dureté. Parfois aussi dans son ouverture. Nous avons adopté un texte communiste tout à l'heure. Qui prévoyait que nous puissions régulariser des personnes qui dénonçaient le marchand de sommeil et qui l'exploitaient. Voilà. Donc on est là pour ouvrir évidemment le champ des possibles. On fait quelque chose au nom de l'intérêt général. Dur avec les étrangers délinquants. Mais à l'écoute de ceux qui respectent les règles de la République. On régularise la nounou. Et on expulse étrangers délinquants.

C'est ce que veulent les Français. Donc parfois durci. Parfois plus ouvert. Et ce qui compte c'est qu'il y a un article régularisation monsieur Jeudy. Moi j'ai entendu depuis 6 mois, 3 mois, 1 semaine. Vous n'y arriverez pas. Le Sénat ne le votera pas. Jamais on le votera. Et qu'est-ce qui se passe à la fin ? On a un article régularisation des métiers en tension. Qui n'est pas celui du gouvernement c'est vrai. Qui est modifié mais c'est le jeu parlementaire.

7:48
Invité

Mais il y en a un. C'est la méthode d'Armondeau au Sénat. Ça a fonctionné. Mais à l'Assemblée, Ronald, tout à l'heure, on disait pas de majorité à l'Assemblée.

7:52
Gérald Darmanin

Très bien. Mais arrêtons-nous quelques instants quand même pour dire que ça a été possible. Vous verrez plus tard à partir de l'enregistrement. Ça a été possible. 149.3. Ça a été possible alors que nous n'avons que 24 sénateurs qui nous soutiennent sur 320. Donc le compromis politique dans une grande démocratie parlementaire. Quand le texte est bon, quand il y a un intérêt général et des bons acteurs, ça marche. À l'Assemblée nationale, il y aura sans doute une modification encore de la modification du Sénat. C'est ça le débat parlementaire. Et moi je vous fais pari, monsieur Jeudy, qu'il y aura un texte avec de la régularisation des travailleurs dans mes tirs en tension.

Il ne sera ni celui du gouvernement, ni celui du Sénat, ni celui de l'Assemblée, mais un peu détroit. Ça s'appelle le compromis politique et ça s'appelle une démocratie.

8:27
Invité

Vous êtes un magicien. Vous allez donc convaincre Sacha Houllier sur votre gauche, qui est le président de la commission des lois, qui est dans votre parti, qui lui trouve que le texte est beaucoup trop dur. Et vous allez convaincre Éric Ciotti et Olivier Marlex, qui ne sont pas du tout visiblement aussi conciliants que leurs amis sénateurs. Vous allez convaincre tout le monde.

8:45
Gérald Darmanin

D'abord, c'est moi qui proposais ce texte avec Olivier Dussopt. Donc Sacha Houllier et moi, nous pensons exactement la même chose. Simplement, la politique c'est quoi ? Ce n'est pas qu'idéal, c'est la réalité. Quand on fait un compromis politique, ce n'est pas tout chez moi et rien chez vous. Ou le contraire. Quand on a une majorité relative, c'est ce que les Français ont envoyé. C'est pour qu'on écoute et qu'on discute avec tout le monde. Sinon, on fait des 49-3 toute la journée. Et ce n'est pas ce que l'on veut. Par contre, pour M. Marlex et M. Ciotti, le texte a été voté par M. Retailleau. Il a été voté par M. Retailleau, qui n'est pas le plus modéré, on va dire, des élus de droite.

Parce qu'il y a trouvé son intérêt et le goût du compromis, parce qu'il a respecté l'intérêt général. Qu'est-ce qu'on dit à toutes ces personnes qu'on doit régulariser, qui travaillent dans les métiers en tension, qui ramassent nos fruits et légumes, dont parfois les parlementaires, y compris de droite, me demandent des régularisations, alors qu'on ne peut pas le faire ? Et puis il y a une disposition qui est très importante pour les Français à comprendre. C'est quoi cette disposition de régularisation ? Aujourd'hui, l'employé ne peut être régularisé que si l'employeur est d'accord.

Donc imagine une société, si le patron n'est pas d'accord pour régulariser la dame, la dame ne peut pas être régularisée. Vous imaginez le chantage ? C'est l'esclavage moderne, les pressions qu'il peut y avoir derrière tout ça. C'est évidemment inacceptable, et c'est ce que j'ai demandé au Parlement, de me donner la possibilité de régulariser des personnes sans leur patron. Et bien c'est normal, parce que leur patron, souvent, a quelque chose à se reprocher. Et nous, en faisant ça, on va pouvoir attaquer les patrons voyous qui embauchent les sans-papiers.

10:02
Présentateur

Deux questions avant de passer à la marche contre l'antisémité de dimanche. J'ai regardé les chiffres. 200 000 emplois à pouvoir dans l'hôtellerie-restauration, 70 000 dans le bâtiment, 80 000 dans l'agriculture. Combien cette mesure permettrait-elle de régulariser de salariés ? Et pour faire écho à ce que disait Bruno Jeudy, est-ce que vous êtes prêts à aller, si votre majorité relative ne s'étend pas, aller jusqu'au 49,3 ?

10:22
Gérald Darmanin

Alors deux questions très différentes. Dans un premier temps, on pense...

10:24
Présentateur

Parce qu'on voit qu'on parle de la marche des dimanches.

10:26
Gérald Darmanin

On pense, avec Olivier Dussopt, que c'était 7 000 cas par an. Après, l'article 3 prévoyait, prévoit toujours dans la modification du Sénat, que ça dépend des zones géographiques. On peut régulariser, par exemple en Bretagne, je prends un exemple, parce qu'il y a un taux de chômage très bas, et puis pas régulariser dans les Hauts-de-France, parce qu'il y a un taux de chômage très haut, et qu'on va d'abord demander aux Français et aux étrangers réguliers de travailler. Donc l'article, il est modulable. Pour répondre à votre question, moi je suis très opposé au 49,3. Je suis très opposé à forcer la main du Parlement.

10:54
Présentateur

Vous y serez peut-être contraints. Vous êtes prêts ?

10:56
Gérald Darmanin

Non, mais il va falloir convaincre. Moi j'ai mes jours, mes nuits, mes semaines, en décembre, en janvier s'il le faut, pour discuter avec le Parlement et trouver un compromis. On a réussi à le faire au Sénat, encore une fois dans un contexte extrêmement difficile. On y arrivera à l'Assemblée, parce que tous les sondages, y compris les votes, le montrent, 75% des Français sont pour ce texte. En un mot, simplifier les procédures, on va trop loin, on régularise la nounou, et on expulse étrangers délinquants.

11:20
Présentateur

Je voudrais qu'on en vienne, monsieur le ministre, à cette marche dimanche contre l'antisémitisme. Quand on en parle un peu à l'extérieur, pas en tant que journaliste, mais en tant que citoyen, il y a beaucoup de personnes, en tout cas, qui me disent « J'irai bien, ou je me pose la question, notamment pour des raisons de sécurité. Qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français sur le dispositif de sécurité qui sera mis en place dimanche, à la fois de votre point de vue, et comment vous pouvez garantir la sécurité de celles et ceux qui veulent y aller ? »

11:44
Gérald Darmanin

Il y a un très gros dispositif de sécurité qui aura lieu dimanche. Plus de 3 000 policiers et gendarmes. J'ai demandé à des unités. Sur le défilé. 3,5 km, on a calculé à peu près. Exactement. 3 000, c'est beaucoup. Et par ailleurs, des unités d'élite qui seront mobilisées, je pense à la Béhéry, à Paris et d'autres, qui vont éviter, évidemment, toute personne qui voudrait s'en prendre aux manifestants, s'en prendre aux personnalités, bien évidemment. Donc la sécurité sera très importante.

Par ailleurs, évidemment, que les services de renseignement, et évidemment que les renseignements territoriaux travaillent déjà à cette marge dès qu'elle a été déclarée par Gérard Larcher et il y a le bon pivet, d'ailleurs, c'est une très belle initiative, je crois, républicaine, de nos deux présidents des assemblées. Donc je veux dire à tous les Français de s'y rendre, je m'y rendrai, et que par ailleurs, ils seront dans la plus grande sécurité, puisque grâce au travail de Laurent Nunez, le préfet de police, cette sécurité sera établie.

12:35
Invité

Est-ce que vous avez une idée à ce jour ? Est-ce que vos services ont évalué le nombre de personnes ? Non, pas encore.

12:40
Gérald Darmanin

Je vais rencontrer demain matin, juste avant les cérémonies du 11 novembre, le préfet de police, et on aura sans doute demain matin une estimation.

12:47
Présentateur

Vous rappelez assez régulièrement l'état de la menace terroriste sur le sol français. Est-ce qu'aujourd'hui, c'est votre priorité principale concernant la sécurité dimanche, ou est-ce qu'il y a d'autres menaces particulières ?

12:57
Gérald Darmanin

La menace terroriste, elle est très forte partout en Occident, et elle est très forte en France. Et ça n'a pas baissé. Ça n'a pas baissé parce qu'il y a énormément de personnes qui, pour des raisons diverses, notamment la radicalisation sur Internet, malheureusement, s'auto-radicalisent et passent à l'acte, et dans des conditions qui ne sont pas toujours faciles à comprendre. Mais c'est sûr que ce qui se passe au Proche-Orient peut permettre de déclencher, comme on l'a vu dans d'autres cas, on l'a vu dans des pays d'ailleurs voisins, ça ne touche pas que la France, ça touche plein de pays voisins, ces passages à l'acte terroriste. Donc nous sommes très mobilisés.

Nous avons là, par exemple, cette dernière semaine, mis de plus de 55 personnes radicalisées dans les centres de rétention administratifs. Tous les jours, encore aujourd'hui, 14, ils sont expulsés du territoire.

13:36
Présentateur

Vous d'ailleurs, vous tweetez tous les jours ?

13:37
Gérald Darmanin

Oui, sur Instagram, sur Twitter, je mets... Sur X, pardon. Oui, pardon, je mets sur les réseaux sociaux, tous les jours, ce que nous faisons, parce que nous avons expulsé 922 personnes radicalisées en 5 ans, et 2500 étrangers délinquants par an. Simplement, ces chiffres, ils sont tellement globaux que personne ne les croit vraiment. Eh bien, un par un, j'ai décidé de rendre compte aux Français, ils s'attendent à ça, ils veulent savoir ce que font les services de police, eh bien, ils travaillent beaucoup. Et c'est comme ça qu'on arrive à déjouer 43 attentats depuis 5 ans. Et on le fait parce qu'on ne lâche rien. Après, la sécurité, c'est difficile, bien sûr.

Dans un monde difficile et dangereux, tout le monde le voit, tout le monde le sait. Et les Français doivent savoir, comme les services de renseignement, que je suis à la tâche, matin, midi, soir et nuit, pour les protéger.

14:18
Invité

Cette manifestation a été précédée d'une polémique politique assez importante, venant à la fois des rangs du gouvernement, avec Olivier Véran, qui estime que le RN n'a rien à faire, selon lui, dans cette manifestation. Et Christophe Béchut, qui est un autre collègue de votre gouvernement, qui se dit plus agacé par ceux qui ne viennent pas que par ceux qui viennent. Quelle est votre position à vous ?

14:42
Gérald Darmanin

Je pense qu'il ne faut pas avoir de polémique politicienne pendant cette période d'unité nationale. Et je pense que l'important, c'est de lutter contre l'antisémitisme. 1247 incidents antisémitiques. Ce sont les nouveaux chiffres ce soir ? Oui, depuis le 7 octobre. C'est-à-dire trois fois plus que...

14:57
Invité

1247 actes antisémitiques.

14:59
Gérald Darmanin

Alors, actes, ça peut être des graffitis, évidemment, des croix agamées. C'est aussi des attaques contre des personnes. Et des interpellations. Alors, il y a eu exactement 539 interpellés, jusqu'à ce soir, dont 154 étrangers. Je voudrais dire ici qu'on retire le titre de séjour à tous les étrangers qui ont commis ces actes. Et ils ont commencé à être éloignés. 33 sont en centre de rétention administratif. Et je remarque que la justice nous aide beaucoup. J'en remercie le garde des Sceaux. Et sur Internet, Faros, c'est plus de 8000 signalements au service de police de propos antisémites ou apologétiques du terrorisme. Ils sont tous identifiés.

Plus de 300 identifications ont été faites, par exemple, la semaine dernière. Et on l'a vu de manière plus médiatique, cette dame qui ironisait sur ce bébé.

15:42
Présentateur

Qui est censée être jugée cet après-midi.

15:44
Gérald Darmanin

Voilà. Elle a été interpellée au bout de trois jours. Elle a été donc interpellée rapidement par les services de police. Elle a été présentée devant la justice en comparution immédiate. Et procès renvoyé, on m'en dit, dans le rail. Et on espère qu'elle sera condamnée.

15:55
Présentateur

Je reprends votre expression. Vous disiez politique, politicienne, à la question de Bruno, sur les propos divergents d'Olivier Véran, en l'occurrence, c'est de Christophe Bessu, sur la participation dans la Rassemblement nationale. Non, moi, je ne suis pas là. Non, mais vous direz que l'expression a aussi du sens. Non, mais ça a aussi du sens. Ça veut dire qu'il y a...

16:10
Gérald Darmanin

Non, mais nos compatriotes de confession juive, ils ont peur. Oui, mais personne n'y a d'autre rien. Ils ont peur. Ils ont peur pour eux. Ils ont peur pour leurs enfants. Ils ont peur pour leur synagogue. Ils ont peur parce qu'ils ont mis une marque de leur appartenance à leur religion sur leur appartement, sur leur maison. Ils ont peur parce que quand ils rentrent dans un taxi ou dans un Uber, on leur dit vous ne rentrez pas parce que vous êtes juif, ça peut arriver, il y en a eu. Il faut arrêter de se voiler la face. Il y a un antisémitisme très important. Et moi, mon travail de ministre de l'Intérieur, c'est de protéger tous les Français.

Et là, aujourd'hui, les Français de confession juive ont besoin de nous. Ils n'ont pas besoin que sur les plateaux de télé, on fasse des politiques, à mon avis, qui sont effectivement polémiques. Ils ont besoin, me semble-t-il. Mais tout le monde sait que le Rassemblement national a été dirigé par Jean-Marie Le Pen qui était antisémite, qui a été condamné pour ça. que Jean-Dame Dela n'a pas... Oui, il a rétropédalé. Il a évidemment compris qu'au bout d'un moment, cette opposition était intenable. Évidemment qu'il a été condamné pour des propos antisémites. Tout le monde le sait. Bon, ben voilà. Donc tout le monde le sait. Les Français ne sont pas dupes.

Les Français de confession juive ne sont pas dupes. Ils savent bien que c'est une forme de stratégie politique du Rassemblement national. Mais notre travail, c'est, là, dimanche, pas lutter contre le Rassemblement national. Ça, c'est le travail tous les jours quand on fait de la politique. Mais est-ce que dimanche, vous redoutez pas ? Notre travail, c'est de lutter contre l'antisémitisme.

17:23
Invité

Mais est-ce que dimanche, vous redoutez pas, justement, des mouvements, y compris de violences venant de groupes... ...extrême-gauche, c'est-à-dire que ça, les bad-gobes... ...extrême-gauche, par la présence de... Parce qu'il y aura Mme Le Pen et M. Zemmour et d'autres qui seront présents dans ce quartel.

17:35
Gérald Darmanin

Il y aura un très gros dispositif de police. D'ailleurs, et M. Zemmour et Mme Le Pen sont protégés par la police de la République parce que nous protégeons tous ceux qui sont menacés, ceux qui s'opposent au gouvernement, ceux qui s'opposent au chef de l'État. C'est ça, une police républicaine. J'en remercie les policiers parce qu'on doit menacer personne dans notre République. Il y aura un très gros dispositif de police. Et quels que soient ceux qui voudraient empêcher les Français de dire non à l'antisémitisme, eh bien, ils seront interpellés et ils seront présentés dans la justice.

18:03
Présentateur

Vous dites, en gros, le Rassemblement National n'est pas l'objet de vous lutter tous les jours d'autre façon que de lutter contre sa présence dimanche. Pour autant, est-ce que vous n'avez pas l'impression de participer à la dernière étape de la dédiabolisation de ce parti ?

18:17
Gérald Darmanin

Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il ne faudrait pas manifester notre soutien aux Français de confession juive ? Non. Ça veut dire que vous voulez que le préfet de police prenne des arrêtés pour interdire aux gens qui penseraient comme le Front National de venir ? Ça se fait pour des personnes qui pensent d'autres choses que... Non, ça c'est pour rien du tout. Le président du Sénat, la présidente de l'Assemblée nationale déclare une manifestation. On ne va pas interdire une manifestation qui est faite par les deux plus hauts personnages parlementaires qui d'ailleurs ne pensent pas la même chose et qui disent, on en a marre, on ne veut plus d'actes antisémites en France.

On ne peut pas accepter l'antisémitisme. C'est ça qui est... Le problème de cette manifestation, en posant les questions de polémique politicienne, je comprends pourquoi vous faites votre métier, en fait, on est en train... C'est votre expression. On est en train... Oui, mais ça fait trois minutes qu'on en parle. On est en train, malheureusement, de banaliser les actes antisémites. Tout le monde, et moi je me réjouis, que j'espère, tout le monde viendra manifester. Y compris le président de la République, Emmanuel Macron ? Le président de la République, il est le père de la nation, si j'ose dire. Et il prendra les expressions qu'il voudra.

Et en tout cas, je peux vous dire que pour le connaître personnellement et pour travailler sous son autorité, c'est grâce à lui que les Français de confession juive ne sont pas attaqués comme le sont dans d'autres pays. En Allemagne, il y a eu une synagogue attaquée à un coup de cocktail Molotov. Regardez ce qui se passe sur les campus américains. En France, il y a eu 10 000 policiers et gendarmes mobilisés à la demande d'Emmanuel Macron qui jour et nuit protègent 950 sites des Français de confession juive. Et s'il y a eu des actes antisémites inacceptables, il y a eu beaucoup d'interpellations, beaucoup de condamnations par la justice.

Et nous prenons ça très au sérieux et ça demande du président de la République. Donc dimanche, il faut dire non à l'antisémitisme. Il faut se rassembler. Moi, quand j'étais plus jeune, je me rappelle très bien, j'étais même très très jeune, ces grandes manifestations, notamment après avoir vu à Carpentras des profanations des études juives. Est-ce qu'on est capable de se mobiliser autant pour dire non partout en France ? François Mitterrand à l'époque, c'était en France. Il n'y aura pas qu'à Paris. Partout en France, partout en France, des gens qui diront non à l'antisémitisme. Je vous pose la question différemment.

20:07
Présentateur

Est-ce que ça change quelque chose, le fait d'avoir des dirigeants, président du RN, Marine Le Pen, qui sont présents à cette manifestation en termes de sécurité ? Est-ce que ça veut dire que vous allez devoir avoir un dispositif particulier, ou les 3 000 membres des forces à l'ordre déployer ? Est-ce que ça change quelque chose ?

20:24
Gérald Darmanin

Le travail du ministre de l'Intérieur et des préfets qui agissent sous son autorité, c'est de protéger tout le monde. En France, on peut, y compris manifester contre la police en étant protégé par la police. Donc, le travail des policiers et des gendarmes, c'est un très beau travail. D'ailleurs, je remercie une nouvelle fois pour les risques qu'ils prennent pour notre sécurité. C'est de permettre une belle et grande liberté qu'est le droit de manifester, et là, de le faire contre l'antisémitisme. On a appuyé, gens qui ont voulu défendre la cause palestinienne ont pu le faire dans des conditions d'ordre public.

Les gens qui manifestent contre l'antisémitisme, j'espère que ce seront tous les Français qui voudront mobiliser l'opinion publique, pourront le faire, parce qu'on ne peut pas accepter dans notre pays qu'on dise ça de juif. On ne peut pas accepter qu'on aille brûler des commerces, qu'on aille attaquer des synagogues, qu'on aille menacer des enfants juifs, parce qu'ils sont juifs. C'est absolument inacceptable, et c'est le contraire profondément de ce qu'est la France et de ce qu'est la République.

21:17
Présentateur

Une dernière question, M. le ministre, avant que vous libérez. Vous disiez 3 000 membres des forces de l'Ordre. Si on doit détailler qui seront les... À Paris. À Paris, évidemment.

21:24
Gérald Darmanin

Il y a évidemment des rassemblements en province.

21:25
Présentateur

Quelles compagnies seront engagées ? Quel type de personnel ?

21:27
Gérald Darmanin

Il y aura des CRS, il y aura des gendarmes mobiles, il y aura évidemment des policiers de la préfecture de police, il y aura, comme je vous l'ai dit, la BRI, il y aura les agents du service de renseignement, et puis il y aura d'autres moyens que nous utiliserons, que je ne vais pas détailler ici, pour protéger l'ensemble des personnalités et surtout l'ensemble des Français qui se rendront évidemment à cette manifestation.

21:45
Invité

Il y a quelques jours, la police a interpellé un couple moldave soupçonné d'avoir tagué des étoiles sur les murs parisiens. Un commanditaire étoile bleue, un commanditaire moldave a également été identifié dans cette affaire. L'ingérence étrangère dans ces affaires, vous estimez qu'elle est possible dans cette affaire, qu'on est cherché à déstabiliser le...

22:12
Gérald Darmanin

Alors, moi d'abord, je voudrais saluer les services de police qui ont quand même réussi très vite à interpeller ces personnes, parce que tout le monde a été choqué de ces étoiles de David qui semblaient désigner des maisons, des appartements des personnes qui seraient de confession juive. Effectivement, ils sont de nationalité moldave, ils sont arrivés quelques heures, quelques heures avant, ils n'étaient pas sur le sol national des semaines et des mois avant, quelques heures avant de commettre ces méfaits. Donc, c'est un très beau travail d'enquêteur.

Il y a aujourd'hui une enquête qui est ouverte, je ne vais pas en dire beaucoup plus, mais l'ingérence étrangère est possible et c'est une piste que nous poursuivons.

22:43
Présentateur

Merci beaucoup. Quand vous parlez d'ingérence étrangère, tout le monde regarde la Russie, il y a eu un démenti.

22:48
Gérald Darmanin

C'est une ingérence étrangère en général. Et encore une fois, si quelqu'un doit communiquer, c'est la justice.

22:52
Présentateur

Merci beaucoup, Gérald Darmanin, d'avoir été sur le plateau ce soir de BFMT. Merci beaucoup. On fera le bilan, évidemment. Dimanche soir.

"Nos compatriotes de confession juive ont peur": l'interview de Gérald Darmanin en intégralité — Gérald Darmanin · Pourquijevote