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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 5 juin 2026 65 min

La France envoie le Charles-de-Gaulle vers Ormuz... - C dans l’air - 06.05.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Gillette Venus pour le maillot. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. La France déploie son porte-avions Charles-de-Gaulle en mer Rouge, au large du Yémen. L'Elysée a communiqué, affirmant que la France est capable de sécuriser le détroit d'Ormuz dans le cadre d'une coalition internationale.

Un engagement qui intervient alors qu'hier soir, un navire CMA CGM a été touché. Paris assure que ce n'est pas la France qui était visée. D.Trump fait une nouvelle volte-face et met un terme à son opération Projet Liberté face à l'échec de la sécurisation du trafic dans le détroit.

L'Iran affirme étudier une proposition d'accord de Washington. On voit bien que la situation à Ormuz et le choc énergétique qui touchent l'Europe et le monde nous obligent peut-être à sortir d'une position attentiste. Avec nous, pour en parler, P.Allémonière, grand reporter et spécialiste des questions internationales.

D.Seux, vous êtes éditorialiste aux "Echos" et sur France Inter. S.Domergue, vous êtes géographe et spécialiste des questions de géopolitique maritime et enseignant à Sciences Po Bordeaux.

Y.Rizk, vous êtes journaliste économique et spécialiste en géopolitique et cheffe de service à CFNews. Nous sommes en direct avec un ancien commandant.

On va commencer par ce qui s'est passé avec le navire de CMA CGM, touché par un tir iranien. Ca s'est passé hier soir. On avait des doutes, avant de débuter cette émission.

A l'heure où nous parlons, nous ne savons pas si ce navire était escorté par un navire américain. - S.Domergue: D'après Mes contacts, le navire n'était pas formellement sous escorte américaine.

En revanche, il y a quand même un dispositif aérien permanent déployé par les Américains. D'une certaine manière, il y avait une bulle de protection américaine, mais pas une escorte au sens où les Américains l'avaient entendu au début du dispositif. - C.Roux: Un mot sur la façon dont les choses ont pu se passer?

Il était au large de Dubaï? - S.Domergue: Il était à 15 nautiques au nord-est d'une pointe et a été frappé par un missile de croisière iranien.

Cela explique que ce n'était pas un navire français qui était visé spécifiquement mais un point sur un radar, et ils ont tapé dedans. - C.Roux: C'est vrai que la France s'est empressée de dire que ce n'était pas Paris, que ce n'était pas la France qui était visée.

Ca veut dire que les Iraniens tirent à vue? - Y.Rizk: Je rejoins ce qui a été dit.

Je ne pense pas que ce soit la France qui était visée. Un navire de la CMA CGM est passé au début. Dans quelles conditions?

C'est encore flou. En tout cas, la France pouvait faire passer son navire à partir du moment où il y avait un accord avec les Iraniens. Le message passé par les Iraniens, ce n'est pas contre la France ou contre CMA CGM, c'est de dire que, si vous voulez passer, quelle que soit la nationalité du bateau, il va falloir se plier aux conditions iraniennes.

Ca aurait pu être un bateau chinois, thaïlandais ou indien. Des bateaux thaïlandais ou indiens ont été touchés il y a quelque temps. - C.Roux: C'est un groupe de bateaux qui essayé de passer?

On précise qu'il y a des personnels d'équipages qui ont été blessés. - P.Allémonière: Ce qui est malheureux pour eux, c'est que le missile, selon CBS, a frappé le château, la partie de commandement du bateau où vous avez la passerelle, où il y a les commandants, et après, il y a les marins qui surveillaient tout en bas, la salle des machines.

C'est la partie blanche. Vous voyez les vitres et après, tout se décline avec les cuisines, etc. Le missile a frappé là.

On sait qu'il y a du personnel qui a été blessé, évacué, soigné...

On sait aussi que ce navire voguait...

En tout cas, il n'a pas demandé d'autorisation. C'était dans la partie sud du détroit qu'il se trouvait, pas dans la partie nord, avec l'aval des Iraniens. Ce que l'on sait, c'est qu'en ce moment, sur le détroit d'Ormuz, il y a un brouillage énorme sur un plan de GPS et de tout ça.

Il y a de grandes difficultés, même pour les navires...

C'est même dangereux pour eux. Ils peuvent dériver. La situation est très particulière.

On ne sait pas qui brouille, si c'est les Américains ou les Iraniens. La situation est complexe. On ne sait pas où est le navire. - S.Domergue: Il semblerait qu'il soit revenu dans les eaux émiraties.

Les marins auraient été évacués vers un hôpital omanais. Mais sinon, on est dans cette configuration. - C.Roux: Le ministre chargé des Transports a dit qu'il y avait encore des navires français dans le détroit. - D.Seux: La plupart des bateaux de CMA CGM ne sont pas sous pavillon français, pour des raisons fiscales.

Ce qui est important de souligner, c'est que, dans les heures qui viennent, peu de bateaux vont se risquer à venir. Ce n'est pas Marseille qui a donné l'ordre au commandant de bord de passer. - C.Roux: Ca veut dire que ce n'est pas la maison mère CMA CGM qui leur a dit de forcer le passage. - D.Seux: Il faut que le commandant et l'équipage soient d'accord pour prendre ce risque.

La décision ultime appartient à l'équipage. Là, je pense que, pour quelques jours, c'est un signal très fort. - C.Roux: Peut-être votre regard, général, sur ce qui s'est passé avec ce navire de CMA CGM?

Pour alimenter votre réflexion sur la façon dont les choses se déroulent à Ormuz, on peut rappeler que P.Hegseth dit ceci. On l'attend toujours. - C'est la rhétorique habituelle des Américains, de P.Hegseth.

Pour compléter ce qui a été dit sur ce navire marchand, je vois mal ce bateau s'engager dans le détroit d'Ormuz sans au moins une concertation avec les forces américaines. Je pense qu'il y a quand même une sorte d'accord avec le commandant, l'armateur...

Sans doute avec le commandant pour qu'il s'aventure dans cette affaire. C'est une affaire compliquée à relier avec la réaction du président Macron. - C.Roux: C'est l'information de l'après-midi.

La France a dépêché en mer Rouge, au large du Yémen, le porte-avions Charles-de-Gaulle. On va en reparler. Pour avoir des précisions sur la façon dont les choses se sont passées, ce n'est pas un bateau qui décide, avec l'accord du capitaine et de l'équipage, de forcer le barrage...

Ca peut se faire avec concertation des forces américaines sur place qui sécurisaient...

On est encore dans le cadre du Projet Liberté américain. - S.Domergue: Il y a quand même quelque chose qui cloche dans cette concertation.

Les 2 autres navires qui sont passés ont été escortés par des très gros navires de guerre américains qui disposent de 48 missiles à lancements verticaux. Ils sont censés pouvoir détruire des drones, des missiles. Là, il semblerait qu'il ait été navigué seul. "Seul" au sens pas protégé par des navires américains mais peut-être avec une bulle de protection aérienne.

C'est un navire de la CMA CGM qui n'est pas de grande valeur. Dessus, ce sont des conteneurs. La CMA CGM, comme les autres compagnies maritimes, ne font pas emprunter le détroit par les navires à très haute valeur ajoutée.

Est-ce qu'il y avait une volonté de tester le dispositif en faisant passer un petit pour voir ce qui se passait? C'est l'avenir qui nous le dira. - D.Seux: CMA CGM ne transporte pas de pétrole.

Ce sont toujours des conteneurs. Ils sont en première ligne sur la question d'Ormuz mais pas sur la question de l'approvisionnement en pétrole. - C.Roux: Question. - S.Domergue: Pas du tout. - P.Allémonière: Je pense qu'il est dans la logique.

Ce n'est pas la France qui est visée en tant que telle. Là, c'est un bateau avec un pavillon maltais qui faisait ce que tous les autres navires qui ont essayé de passer faisaient. Là, les Iraniens ont vraiment voulu envoyer un message à Washington très clair: "Nous affirmons notre superpuissance." - S.Domergue: Il faut juste préciser que sur les 72 dernières heures, il y a eu 5 navires qui ont été touchés: un sud-coréen... - P.Allémonière: Un sud-coréen en flamme. - S.Domergue: Quand, au début de la guerre, ils ciblaient des bateaux au large des Emirats arabes unis, par exemple, ils pouvaient sélectionner des cibles.

Mais là, l'AIS était coupé. C'était très difficile. - C.Roux: Le message, c'est que le Projet Liberté ne fonctionnera pas. - D.Seux: D'ailleurs, le projet a été... - C.Roux: Abandonné, écarté. - D.Seux: C'est le projet le plus court de l'histoire maritime, peut-être. - C.Roux: 48 heures.

L'information de l'après-midi: l'intervention peut-être d'une coalition avec le porte-avions Charles-de-Gaulle pour sécuriser le détroit. C'est encore une volte-face de D.Trump, 48 heures après avoir lancé son Projet Liberté d'escorte de navires dans le détroit.

Il annonce sa suspension alors qu'hier soir, un navire CMA CGM sous protection américaine a été touché par les Iraniens. - Il était 20h30, hier soir, lorsque ce cargo de l'armateur français CMA CGM a donné l'alerte. Le San Antonio indique avoir été touché par un projectile d'origine inconnue dans la zone la plus étroite du détroit d'Ormuz, près des côtes d'Oman. ...

Après un cargo sud-coréen avant-hier, c'est le 2e navire commercial touché par un tir en quelques jours. La France est-elle spécifiquement visée? Pas pour l'exécutif, qui garde ses distances. - M.Bregeon: Le bateau CMA CGM n'était pas sous pavillon français.

Il s'agissait d'un pavillon maltais avec un équipage philippin à qui nous faisons part de toute notre solidarité. En l'état, ce n'est donc en aucun cas la France qui a été visée. - Paris compte en revanche peser dans la réouverture du détroit d'Ormuz.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle a franchi ce soir le canal de Suez dans sa route vers le Proche-Orient, signe que la Coalition de volontaires souhaitée par E.Macron est prête à sécuriser la zone, fait valoir l'Elysée. Alors que D.Trump, lui, a annoncé suspendre son opération d'escorte des navires commerciaux dans le golfe Persique 48 heures seulement après l'avoir lancée. ...

Ces dernières heures, l'optimisme règne en effet à Washington. Le média américain Axios, souvent bien informé, croit savoir que les Etats-Unis attendent des réponses de l'Iran dans les 48 heures et que les 2 camps "n'ont jamais été aussi proches d'un accord depuis le début de la guerre". - D.Trump: L'Iran veut conclure un accord.

Ce que je n'aime pas avec l'Iran, c'est qu'ils me parlent avec énormément de respect, mais ensuite, ils passent à la télévision et disent: "Nous n'avons pas parlé au président américain." Ils devraient agir intelligemment parce que nous ne voudrions pas y aller et tuer des gens. - Wall Street, Paris, Séoul sont largement dans le vert.

Le cours du pétrole repasse les 100 dollars. Même si l'optimisme n'empêche pas la prudence. - Nous allons mettre en place une réserve gouvernementale de carburant d'environ 1 milliard de litres.

Elle s'ajoutera aux réserves du secteur privé composées essentiellement de diesel et de kérosène. C'est un grand changement dans notre approche nationale, et c'est le bon choix. - Pendant ce temps, le chef de la diplomatie iranienne continue sa tournée pour chercher du soutien auprès de ses alliés.

Après la Russie la semaine dernière, il était aujourd'hui en Chine, où Pékin a réaffirmé le droit légitime pour l'Iran à se doter d'un programme nucléaire civil. - La poursuite des négociations est particulièrement importante. La Chine soutient l'Iran dans la sauvegarde de sa sécurité et de sa souveraineté nationale. - De quoi animer sans doute les discussions lors de la visite de D.Trump à Pékin.

La rencontre avec Xi Jinping, plusieurs fois reportée, est désormais prévue dans moins de 10 jours. - C.Roux: Nous reprenons notre discussion avec vous, général B.Norlain.

Vous êtes en direct avec nous. Question. Pour l'instant, l'Elysée a communiqué sur cette information en disant que le Charles-de-Gaulle se dirigeait en mer Rouge, au large du Yémen.

C'est une décision de force? Comment vous analysez cela? - Gal B.Norlain: Il y a 2 aspects dans cette question et dans la réponse.

Le 1er aspect, c'est l'aspect purement européen, c'est-à-dire que la France, dans cette affaire, veut faire la démonstration de sa volonté de rétablir la circulation dans le détroit d'Ormuz quand les hostilités auront cessé. C'est une démonstration pour dire: "Nous sommes prêts. La Coalition est en cours de constitution.

Nous vous envoyons notre élément, le porte-avions, qui est le plus important." Le 2e aspect, qui est un peu plus politique...

Cette nouvelle affirmation de la France dans cette affaire montre que, peut-être, il y a, du côté des Etats-Unis, la prise de conscience qu'ils ont besoin d'un certain soutien de leurs alliés européens. Après les avoir injuriés pendant des années...

Enfin, pendant des mois...

Ca suffit. Après les avoir injuriés, peut-être que le président Trump, tout au moins le gouvernement américain, se rendront compte que les Américains ont besoin du soutien des Européens et de la France. - C.Roux: Ce qui est intéressant dans la communication de l'Elysée, c'est que l'Elysée a fait savoir que la France demande à Washington et à Téhéran de traiter la question d'Ormuz à part du reste du conflit.

La France se dit prête et capable de sécuriser Ormuz. Comment analyser ce changement de pied de la part de la France qui donne ce sentiment de pousser les Américains à accepter cette coalition, à mettre fin aux combats, considérant qu'ils n'arrivent pas à sécuriser le détroit? - P.Allémonière: Il y a des prémices de négociations qui vont peut-être aboutir à la guerre ou à des frappes.

Mais ça se situe dans le cadre de ces prémices de négociations. Elle fait, avec la Coalition des volontaires, pression et montre sa disponibilité. En même temps, qu'est-ce qu'elle démontre à D.Trump?

C'est notre capacité d'avoir les moyens militaires de déployer un porte-avions d'attaque. Nous avons cette capacité. Et surtout, avec nos alliés européens, mais pas que, nous pouvons nous déployer.

L'Italie, la Belgique, le Danemark sont très allants pour se joindre à la France. Ils ont des moyens au niveau du déminage, par exemple. C'est une façon de démontrer à D.Trump qu'on est capables, nous, dans un objectif de déploiement, quand la situation sera stabilisée au détroit d'Ormuz, d'agir en dehors d'un cadre otanien.

C'est très important. D.Trump ne cesse de critiquer l'Otan.

Là, c'est une démonstration. Timide, mais elle est là, cette démonstration. Maintenant, on attend de voir comment l'Italie, le Danemark et les Belges vont suivre et réagir. - C.Roux: Cette position française, c'est une façon de dire aux Américains "vous n'arrivez pas à sécuriser le détroit d'Ormuz, mais avec la Coalition internationale, on va le faire"? - Y.Rizk: Il a fallu 2 bateaux, avec les bateaux actuels...

Il y a 900 bateaux en attente à Ormuz. Avec ce rythme, on n'a pas fini avant le mois d'août. Les Américains seuls ne peuvent pas.

Même avec les 15 000 soldats, c'est pas possible, avec les bateaux mis en mer. Le message français, c'est un peu l'ouverture d'une 3e voie, moins belliciste. C'est une démonstration de force douce, mais c'est pour montrer qu'ils se tiennent prêts, avec d'autres alliés, mais pas de rentrer directement en confrontation avec l'Iran. - C.Roux: Il présuppose que l'Iran va accepter cette coalition internationale?

C'est le sujet. Pourquoi l'Iran n'utiliserait pas les mêmes méthodes face à cette coalition internationale? - P.Allémonière: Ils n'ont pas les mêmes moyens. - S.Domergue: Techniquement parlant, on n'a pas besoin d'un porte-avions pour sécuriser ce détroit d'Ormuz.

Le président n'est pas en train d'engager des moyens militaires français pour aller taper l'Iran. Un porte-avions et un navire de guerre, en général, c'est le meilleur des ambassadeurs. C'est une manière...

Il y a une diplomatie du porte-avions. Il y a une manière de dire, comme le disait T.Roosevelt il y a un peu plus de 100 ans: "C'est parler doucement avec un gros bâton." On s'adresse à tout le monde.

Les Américains disent: "On est capables de vous donner un coup de main qualitatif sur un spectre très large de capacités opérationnelles." On dit à l'international qu'on propose une 3e voie pour faire quelque chose de plus international. Mais il y a peut-être un message plus subtil à destination de l'Iran.

On sent que la Chine commence à montrer son agacement sur l'idée d'un blocage d'Ormuz. Il y a aussi une manière de dire aux Iraniens: "Maintenant que les négociations avancent, vous faites pas n'importe quoi avec cette histoire de détroit." - C.Roux: Ca veut dire "vous mettez pas de péage, on l'acceptera pas"? - S.Domergue: C'est la ligne rouge pour tout le monde, Chinois compris. - D.Seux: Le 14 mai, visite en Chine.

S'il arrive en Chine en n'ayant rien réglé...

Ensuite, il y a l'anniversaire de D.Trump. Ensuite, il y a le 4-Juillet.

Le calendrier, la fenêtre de tir est en train de se raccourcir pour D.Trump. Il a envie de sortir. - C.Roux: Ce qui est assez incroyable...

Vous avez parlé de cette visite en Chine qui a été reportée, qui aura lieu le 14 mai...

On a l'impression que les Américains se tournent vers l'ennemi juré, l'adversaire chinois, en lui demandant limite de l'aide. Ecoutons ce que dit M.Rubio.

Il a, au fond, appelé la Chine à l'aide. - M.Rubio: J'espère que les Chinois lui diront ce qu'il veut entendre, à savoir que ce que vous faites dans le détroit vous isole.

Vous êtes les méchants, dans cette affaire. Vous ne devriez pas faire exploser des navires, poser des mines, prendre en otage l'économie mondiale. J'espère que les Chinois feront passer ce message directement. - C.Roux: Pour préciser cette expression de M.Rubio, il parlait d'une visite du ministre des Affaires étrangères chinois qui recevait son homologue iranien. - D.Seux: Je vais utiliser un terme un peu fort, mais c'est un peu pathétique.

L'enjeu, c'est de rouvrir le détroit d'Ormuz qui était ouvert il y a 2 mois. On tourne en rond. Et faire appel aux Chinois...

Coup de fil à V.Poutine la semaine dernière...

On fait appel aux Chinois...

D.Trump n'y arrive pas. - C.Roux: Il a tout essayé, à Ormuz? - S.Domergue: Il aurait pu poursuivre l'opération.

Il y a plusieurs choses qu'on aurait pu critiquer. Il y a cette fameuse question de la disponibilité des munitions dont les militaires parlent beaucoup. C'est un sujet à creuser.

Il a tout essayé. Il y a quelque chose qui me confond, c'est que les Américains n'aient pas anticipé ce blocage d'Ormuz annoncé par les Iraniens depuis 2006. C'est confondant d'amateurisme. - C.Roux: Il y avait cette question...

Est-ce que l'ensemble du monde se tourne vers la Chine en disant "vous avez peut-être les moyens de calmer la situation"? - Y.Rizk: Les Chinois, c'est peut-être les arbitres que tout le monde attendait.

C'est les 1ers clients de pétrole pour les Iraniens. Il y a un rapport de force. Les Chinois peuvent faire entendre leur voix au régime iranien.

S'ils se fâchent contre eux, les Iraniens ne vendent leur pétrole à personne. Il y a un argument économique et financier. L'échange qu'il y aura entre les Chinois et les Américains se fait sur fond de dépendance...

Les Chinois ont les métaux rares. Sans ces métaux rares, les Iraniens ne fabriquent pas leurs fameux missiles. Là, ils vont arriver au bout des stocks qu'ils sont censés livrer aux Européens, aux Japonais et aux Taïwanais.

Les Chinois sont dans un rapport de force aussi bien du côté iranien que du côté américain. Ils pourront avoir une position d'arbitre. A quel point les Chinois voudront mettre les pieds dans le plat et rentrer dedans?

Les Chinois ont toujours pris du recul, mais là, ça commence à changer. - C.Roux: C'est pour le volet chinois.

On va attendre de voir quels leviers ils peuvent jouer pour faire redescendre la tension. On a parlé de cette coalition internationale. A quoi ça peut ressembler, une coalition internationale de sécurisation du détroit, dans le contexte dans lequel nous sommes aujourd'hui?

Ca veut dire qu'une trentaine de pays envoient des frégates...

A quoi ça ressemble? - Gal B.Norlain: C'est des opérations que l'on mène déjà...

L'Europe a déjà conduit des opérations, en particulier contre la piraterie. C'est des opérations relativement classiques dans le registre opérationnel militaire. On sait faire.

Quels pays participent exactement à cette coalition? Mais c'est une coalition relativement large qui, sur le plan militaire, consiste à rassembler un certain nombre de moyens...

C'est du travail d'état-major, avec un commandement, etc. - C.Roux: Ca, on sait faire. - Gal B.Norlain: La mission, on sait faire en fonction de la mission...

C'est le triptyque: un chef, une mission, des moyens. Tout est là, tout est dit dans le plan d'opération. - C.Roux: La petite nuance par rapport à ce qui a pu se passer avec la mission Aspides dont on a déjà parlé, c'est que là, il faudrait qu'il y ait une forme d'accord de non-agression de l'Iran vis-à-vis de cette coalition où la France reste dans une position défensive. - P.Allémonière: Ca a été encore répété aujourd'hui par l'Elysée.

Ce départ du Charles-de-Gaulle est dans un cadre défensif et ne se mettra en place une coopération avec le Charles-de-Gaulle qui pourrait être le poste de commandement des autres navires que si la situation se stabilise et si les 2 parties sont d'accord. Le déploiement du Charles-de-Gaulle, c'est pour se tenir prêt. Qu'est-ce qui se passe, aujourd'hui?

Ce qui vient de se passer en 48 heures, c'est hallucinant. Hier, P.Hegseth nous fait une conférence de presse pour dire que cette opération, la Liberté, c'est un succès magistral.

Au même moment pratiquement, le ministre des Affaires étrangères déclare que c'est la fin d'Epic Fury. "On passe à une opération défensive." Ce matin, Trump se réveille et, d'un coup, il n'y a plus de projet de sortir du détroit d'Ormuz.

C'est une faillite sur le plan politique. On est dans un chaos politique et dans une faillite...

Ca montre bien, et je ne mettrai pas du tout en cause les militaires américains, parce que je pense qu'ils ont tout prévu....

Ils sont là pour obéir aux ordres du commandement. Ils l'ont même dit avant la guerre: "Le détroit d'Ormuz peut être repris." Tous les militaires français savaient que c'était la grosse menace.

Pourquoi les militaires américains ne demandent pas réparation? Ce sont des hommes qui savent prévoir, anticiper et agir. Ils ont prévu plusieurs scénarios qu'ils ont présentés vendredi dernier au président américain.

Mais que cherche D.Trump? Il cherche toujours à faire capituler les Iraniens en ramenant sans arrêt le nucléaire.

Aujourd'hui, à son plan qu'il vient de proposer, celui qui a été révélé par Axios... - C.Roux: C'est un nouveau texte pour la paix.

Dedans, il y a tous ces points. ... - P.Allémonière: Plan en 14 points qui répond au plan en 14 points des Iraniens fait plus tôt.

Les chiffres correspondent, mais pas le contenu. Ce plan met au centre le nucléaire. Ce que ne veulent pas les Iraniens et le Guide suprême... "Il n'est pas question que nous négociions le nucléaire tout de suite." Aujourd'hui, le Parlement iranien vient de dire: "Ce sont des balivernes qui ne correspondent pas à nos souhaits." - D.Seux: Les Européens et les Chinois reviennent dans le jeu.

L'affaiblissement américain nous permet de constater ça. C'est hallucinant, la politique pratiquée par D.Trump, mais il y a une explication: le prix du pétrole.

Il prend des décisions depuis 2 mois pour faire en sorte que le prix du pétrole n'augmente pas trop. Il a réussi. Le baril n'est pas monté à 150.

C'était ce que l'ancien chef économiste du FMI avait dit...

On est monté à 128 au maximum. On est à 100, ce soir, à peu près. Il réussit, avec son imprévisibilité totale et ses allers-retours permanents, à rassurer les marchés, les décevoir, les rassurer, et ça marche.

Mais à force de marcher, à un moment, ça ne marche plus. - C.Roux: On va revenir sur la question du pétrole et sur l'enjeu que ça représente pour les Européens et les Français, qui ont envoyé le Charles-de-Gaulle.

Mais j'ai une dernière question pour vous, général. - Gal B.Norlain: C'est toujours une possibilité.

S'il est au large du Yémen...

Au Yémen, il y a des Houthis et il y a des moyens, que ce soit les drones navals ou des missiles. Quelle est la probabilité que les Houthis s'en prennent ou que même les Iraniens s'en prennent au porte-avions Charles-de-Gaulle? Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de possibilités, tout au moins de motivation pour les Houthis de s'en prendre au Charles-de-Gaulle.

Mais c'est vrai qu'un porte-avions, c'est aussi très vulnérable. C'est très gros, très vulnérable, surtout, maintenant, qu'il y a des nouveaux moyens beaucoup plus agressifs et performants vis-à-vis de ces gros navires. - C.Roux: J'imagine que vous pensez aux drones. - Gal B.Norlain: Bien sûr, il y a des drones, des missiles.

Les Chinois ont des navires qui vont à plus de 3000 km. - C.Roux: Merci.

Vous vouliez parler des risques que ça représente pour le porte-avions? - Y.Rizk: Les Houthis, je pense qu'ils sont de moins en moins une menace.

Ils ont fait un deal avec les Saoudiens, qui financent les fonctionnaires houthis. Ils ne vont pas faire des folies. Les Chinois aussi ont fait un deal avec les Houthis.

Les Houthis ont leur agenda interne. Les Houthis, c'est pas des chiites. C'est une forme de secte qui rejoint le chiisme. - S.Domergue: On a eu, il y a quelques jours, un porte-avions américain qui a fait le même trajet dans les 2 sens.

Il n'a pas été visé non plus. - C.Roux: On décide pas comme ça d'envoyer le porte-avions Charles-de-Gaulle là où il va se trouver dans quelques heures.

Ca veut dire que la décision...

On essaye d'analyser, et c'est pas simple, d'y voir clair. On se dit "il y a un navire d'un armateur français qui est touché, quelques heures après, la France envoie le porte-avions dans la région..." C'est une décision prise en amont. - S.Domergue: Déployer un groupe aéronaval, même s'il était déjà au large de Chypre, ça demande un peu de logistique.

Il faut une escorte. Là, il est accompagné d'une escorte en partie européenne. Ca va être intéressant de regarder quels sont les escorteurs européens qui vont suivre.

Ca donnera un signal politique. Pour aller en mer Rouge depuis la Méditerranée orientale, il faut passer par Suez. C'est un canal.

Il y a un droit de passage. Il faut surtout un horaire de passage. Il faut s'arranger avec les Egyptiens. - C.Roux: Vous parliez du pétrole. "La géopolitique est entrée dans le réservoir des Français." Voilà ce qu'a dit le Premier ministre, qui manie la formule et doit faire face aux conséquences économiques du détroit, le tout sans marge de manoeuvre budgétaire.

Le gouvernement se déporte sur ceux qui sont parfois qualifiés comme profiteurs de guerres, à commencer par Total. - Lui, d'ordinaire si discret, sort de l'ombre pour répondre aux critiques. P.Pouyanné, le PDG de Total, brandit même la menace pour éviter d'être taxé. - P.Pouyanné: Si le gouvernement, et je respecte la loi, décide de taxer les raffineries, la politique de plafonnement, c'est lui qui devra l'appliquer aux Français.

Ce ne sera pas TotalEnergies. - Le patron de Total semble répondre à une légère hésitation du Premier ministre. - S.Lecornu: Est-ce qu'on demande à Total d'en faire plus?

Oui. - Plus question de se bercer d'illusions. Hier, à l'Assemblée nationale, S.Lecornu se montre solennel, presque alarmant. - S.Lecornu: La géopolitique est entrée dans le réservoir de carburant des Français et ne va pas ressortir maintenant.

Cela va durer. C'est systématique. Cette question fait partie des guerres hybrides. - Alors, face aux polémiques, il change de ton et, finalement, vole au secours de Total. - S.Lecornu: On peut avoir le débat sur est-ce que Total paye suffisamment d'impôts.

N'allez pas dire aux Français que Total n'en paye aucun. Ce serait un mensonge. 2 milliards d'euros de prélèvements obligatoires.

On peut se demander si c'est suffisant, mais ne disons pas que c'est zéro euro. - Derrière le Premier ministre, tout le gouvernement fait front pour défendre Total. - Le Total-bashing qui existe aujourd'hui est particulièrement désagréable. - Total paye des impôts en France.

C'est faux de dire l'inverse. - Un front uni pendant que la gauche, LFI en tête, regorge d'idées pour redistribuer les bénéfices du groupe de P.Pouyanné. - La taxation des multinationales, notamment sur les bénéfices réalisés à l'étranger... - Nationaliser Total, ce serait rentable dès la 1re année. - Total, c'est 4,96 milliards d'euros de bénéfices net entre janvier et mars 2026.

Un bénéfice qui a explosé l'an dernier. - C'est un profiteur de crises comme d'autres. - Le PS a déposé une proposition de loi pour taxer les superprofits. - Il n'y a pas de génie particulier.

Il y a simplement une crise dont ils profitent. Il n'est pas anormal que l'Etat dise à un moment à une entreprise française: "Nous avons aujourd'hui une vraie difficulté pour les Français, vous devez contribuer." - Le RN défend plutôt l'idée d'une baisse de la fiscalité, mais M.Le Pen n'exclut pas la nécessité de taxer un jour les superprofits. - M.Le Pen: La seule chose que je souhaite, c'est que ça bénéficie au pouvoir d'achat des Français.

Après, on fera les comptes. Entre la proposition que nous avons faite et le fait qu'on plafonne les prix, nous verrons si ça correspond à la contribution que nous souhaitons obtenir de ceux qui, en réalité, bénéficient de la crise. - L'Etat finira-t-il par taxer les superprofits de la crise?

En attendant, le gouvernement promet de travailler sur de nouvelles aides pour les Français. Des annonces sont prévues en début de semaine prochaine. - C.Roux: Nous parlions de l'envoi du Charles-de-Gaulle et de cette espèce de coup de pression français sur la libération du détroit, avec la coalition internationale.

C'est aussi parce que ça devient de plus en plus intenable économiquement? Question. - D.Seux: La crise mord de plus en plus sur l'économie française.

Elle a commencé par toucher un certain nombre de secteurs, comme les pêcheurs. Les pêcheurs ne sortent plus quand le prix du gazole rouge est trop élevé. Et puis, les agriculteurs...

Petit à petit, vous allez toucher la plasturgie, l'automobile, tous ceux qui utilisent les carburants. Est-ce qu'on peut manquer d'énergie? Il y a des stocks stratégiques qui doivent être aux alentours de 16 millions de m3 en ce moment.

Il y en a encore sous le tapis. Mais ce qui se passe, c'est que vous avez...

Au début, on était dans un coup dur, après, dans un choc. Maintenant, on est dans une crise. Après 9 semaines, on est entre la mini-crise et la vraie crise.

Il ne faut pas non plus surinvestir dans le vocabulaire. Mais on est passés dans autre chose. C'est la raison pour laquelle le gouvernement est piégé.

Qu'est-ce qu'il a essayé de faire? De traîner, de retarder les décisions en attendant que ça se débloque. Ca change d'heure en heure.

Il s'est dit: "Avec un peu de chance, ça peut s'améliorer. Quand je regarde ma caisse, il n'y a pas de cagnotte, pas d'argent." Il est très content que TotalEnergies fasse son opération de promo avec ses prix flash.

P.Pouyanné est devenu le ministre des Carburants du gouvernement Lecornu. Evidemment, ça fait des prix un peu plus bas.

Ca ne coûte rien au budget de l'Etat et les automobilistes se précipitent. Le gouvernement trouve ça très bien, pour l'instant. Il voit bien que ça ne peut pas durer et qu'il faudra de nouvelles mesures début juin si ça ne s'est pas régularisé. - C.Roux: Sur l'expression "profiteurs de guerres"...

Même E.Macron a dit: "S'il y a des profits excessifs, les Européens devront y répondre." Sous-entendu: il faut qu'on le fasse tous ensemble pour que ça soit efficace.

C'est une polémique politique ou est-ce qu'il y a un enjeu financier dans un moment de crise de récupérer par la fiscalité les bénéfices des profiteurs de crises? - D.Seux: TotalEnergies ne profite pas volontairement de cette crise, mais il bénéficie d'une rente qui est le coût de la matière première qu'il extrait.

Il n'a rien fait pour. C'est une rente. Il redistribue dans les stations essence.

Pour les automobilistes, c'est un peu plus efficace d'aller directement dans les stations essence que d'attendre la taxation française ou européenne, qui prendra 4 ans, qui décevra tout le monde. - Y.Rizk: Il faut expliquer que Total fait ces superprofits pour 2 raisons.

D'abord, une raison mécanique. Les prix du cours ont augmenté. Donc, les prix augmentent et ils ont une meilleure marge.

Mais Total a aussi fait une opération de trading. Ils ont racheté 70 cargaisons qui venaient des Emirats arabes unis. Ils ont pu engranger plein de bénéfices.

Il y a 2 choses qui ont permis à Total de faire des superprofits. Les superprofits de trading n'ont rien à voir avec le prix qu'on paye à la pompe. Ce sont 2 choses qui n'ont rien à voir, qui permettent à Total de faire des bénéfices. - P.Allémonière: Le Total-bashing, ou le bashing de la fortune, c'est très français, et en même temps, c'est très politiquement utilisé.

C'est dans le populisme qu'on trouve en France. C'est révélateur. - C.Roux: D'accord, mais on voit bien...

Je vais me faire l'écho de ce qu'on a vu dans les reportages tous les jours. Il y a des gens qui sont obligés de prendre le bus pour faire des allers-retours pour aller au travail. Dans un contexte de fortes tensions, des bénéfices qui bondissent de 50 %, ils se disent "il y a quelque chose de pas juste". - P.Allémonière: Entre le bashing politique et la décision politique prise par un gouvernement dans le calme...

Il a fallu qu'on attende le lanceur d'alerte. Il a dit: "Dans 3 mois, on va peut-être avoir un problème." Ce dont le gouvernement a manqué, c'est d'explications par rapport aux Français.

Nous sommes rentrés dans une crise mondiale, globale, qui va affecter toute l'inflation et la croissance. A partir du moment où on donne les clés d'explication et de compréhension, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas redistribuer. En 2022, au début de la guerre en Ukraine, l'Europe a décidé de mettre en place une taxe sur les superprofits énergéticiens.

Ca a été fait. Ca a marché ou pas, je ne peux pas le dire... - C.Roux: Il paraît qu'elle n'a pas marché.

Je ne sais pas pourquoi on dit ça. - P.Allémonière: Néanmoins, ça a été mis en place au niveau européen.

L'Allemagne, l'Italie...

La France est très réservée sur cette taxe européenne. Elle n'a pas porté tous ses bénéfices. Ce que le président porte et qu'il faudrait porter beaucoup plus, c'est une révolution de la fiscalité européenne.

Mais nous n'en sommes pas là. - D.Seux: Si nous avions de l'argent, il faudrait faire comme l'Allemagne et l'Italie: baisser les taxes.

Sauf que nous avons été collectivement assez cigales et assez peu fourmis ces dernières années. - C.Roux: L'Allemagne a dépensé 1,62 milliard d'euros d'aides.

C'est moins que l'Espagne. - D.Seux: Comme la bise est venue, nous n'avons plus d'argent.

Il faut trouver des expédients. Il faut aller demander à monsieur TotalEnergies de faire un geste, ce qu'il fait un peu sous la pression. Commercialement, c'est très bon pour TotalEnergies.

Il y a une sorte de duo, de pas de deux, de tango, entre S.Lecornu et P.Pouyanné. - C.Roux: S.Lecornu était assez alarmiste hier à l'Assemblée nationale.

Il avait cette formule sur "la géopolitique est entrée dans le réservoir des Français". Il a aussi dit qu'on était dans un changement systémique. Il a parlé de crise systémique sur la dépendance au carburant en disant: "Ce qu'on vit, on va le vivre dans les années qui viennent." - D.Seux: 2022 à 2026, c'est 4 ans seulement.

Une crise est partie de Moscou, et là, de Téhéran, de Washington...

Est-ce qu'il y en aura d'autres dans les années qui viennent? La grande différence par rapport aux 2 chocs pétroliers précédents, c'est que nous avons une alternative: les voitures électriques. Ca n'existait pas, à l'époque.

Toute la question, c'est si on met les moyens pour baisser les prix à la pompe ou pour passer vers un autre système. - C.Roux: En Europe, plus 50 %, le prix du gaz.

On parle très peu du gaz, mais il va falloir qu'on en parle. 12 % pour le pétrole. L'impact est considérable. - D.Seux: Oui.

Il ne l'est pas sur l'électricité. De ce côté, il n'y a pas pour l'instant d'inquiétude à avoir. Les consommateurs s'adaptent.

On a appris hier qu'il y a moins 10 % de consommation de carburant en avril 2026 par rapport à avril 2025. Dans les grandes enseignes comme Système U, c'est moins 15. - C.Roux: Ca veut dire que l'activité ralentit? - D.Seux: On peut se dire que moins 10 %, ce n'est pas considérable.

Il y a 42 millions de véhicules en France. Ca concerne du monde, tout le monde. Le prix du carburant, c'est le prix le plus connu de France.

Ca a un effet: du télétravail, des déplacements qui ne se font pas. C'est une ville qui change. - S.Domergue: Je vais faire mon géographe.

Ce qui est préoccupant, c'est que ce n'est que l'apéritif. Vous venez de dire qu'il y a eu des crises systémiques, géopolitiques, le blocage de l'Ever Given, ce bateau qui s'est mis en travers du canal de Suez, qui avait perturbé les approvisionnements...

Mais ce n'est que le début. Je ne parle pas que des aspects strictement géopolitiques. Les énergies fossiles peuvent s'épuiser.

On parle d'une division par 2 des provisions énergétiques en Europe. - C.Roux: On parle beaucoup de la Namibie. - S.Domergue: Dans les années qui viennent, on va avoir un abaissement du prix du pétrole parce qu'un nouveau pétrole va arriver. - Y.Rizk: Je suis pas très d'accord avec vous.

On ne manque pas de pétrole. Même avec la nouvelle décision des Emirats arabes unis de sortir de l'Opep, ils vont augmenter drastiquement leur production de pétrole. Ils en ont les capacités et les moyens.

Ca va prendre 2 ans, mais c'est quoi, à l'échelle sur laquelle on est? - S.Domergue: On en manquera dans longtemps, dans plusieurs années. - Y.Rizk: Dire qu'on manque de pétrole, ce n'est pas vrai dans les faits.

Ce serait pas mal de demander à Total de flécher les investissements dans ce qui est décarbonation...

Si on regarde les chiffres, en 2025, TotalEnergies a investi plusieurs milliards dans les énergies vertes. En 2026, ils ont prévu de baisser à 2,5 milliards, alors que leurs revenus vont augmenter. Pourquoi, au lieu de parler de taxation, ne pas pousser vers une indépendance énergétique et mieux parler des énergies fossiles? - C.Roux: Un mot sur les aides.

Question. Quand le Premier ministre dit qu'on va changer d'échelle sur les aides, ça annonce sans doute d'autres aides pour les professionnels les plus touchés. Dans le même temps, F.Villeroy de Galhau dit: "Attention.

Si on change d'échelle, on va se mettre dans le rouge avec un risque de hausse des taux." - D.Seux: Pour l'instant, les aides, c'est 500 millions.

C'est assez peu, en réalité. La question qui se pose sur le gouvernement, c'est s'il agit à la verticale ou à l'horizontale. "Est-ce que j'augmente les aides accordées ou est-ce que j'élargis le nombre de secteurs qui bénéficient d'aides?" Je crois que c'est la 2de solution qui va être choisie.

Les chauffeurs de taxi, c'est très compliqué pour eux depuis 2 mois. Ils ne sont pas spécialement aidés. Faut-il les aider? - C.Roux: Vous sentez une forme d'impatience au sommet de l'Etat sur la situation géopolitique dans le détroit? - D.Seux: Les "gilets jaunes", ce n'est pas si loin que ça.

Tout le monde a ça en tête. Il y a un énervement collectif. Dans les sondages, en mars et début avril, ils montraient que les Français ne disaient pas au gouvernement "vous n'en faites pas assez".

Tout le monde a intégré le fait que le budget est à sec. Mais ça peut complètement tourner. - C.Roux: Face à la situation de crise, dans l'urgence, on peut ouvrir de nouvelles routes du pétrole? - S.Domergue: Pas vraiment.

On va chercher du pétrole là où on ne l'exploite pas encore, soit parce qu'il était difficile d'accès, soit parce que les investissements n'avaient pas été faits pour le récupérer, par exemple au Venezuela. Par contre, des nouvelles routes...

On ne peut pas dire cela. On va plutôt allonger des routes. Plutôt que d'emprunter Bab Al-Mandab et la mer Rouge, on va contourner l'Afrique.

On voit qu'il y a un trafic par le canal de Panama. Il a beaucoup augmenté cette année. On va chercher le pétrole dans le golfe du Mexique, au sud des Etats-Unis. - Y.Rizk: Il y a des nouvelles routes, des investissements en cours, notamment dans le Golfe.

Il y a de nouvelles pipelines à Oman. Il y en aura aussi en Irak, qui débouchent sur la Méditerranée. Les investissements ont commencé.

Il y aura une nouvelle pipeline en Arabie saoudite. La crise à Ormuz a accéléré ce processus. - C.Roux: C'est pour quand? - Y.Rizk: A horizon de 3 ans. - S.Domergue: Il faut se poser la question du volume. - D.Seux: Les carburants des porte-conteneurs, c'est un sujet dont on ne parle pas assez, et qui va arriver assez vite. - C.Roux: Allons-y.

On n'a pas vu ce sujet. - S.Domergue: On a beaucoup parlé du carburant pour les avions.

On commence à voir apparaître des problèmes de disponibilité des carburants pour bateaux. Depuis 2020, il y a une norme internationale, salutaire, qui a réduit le taux de soufre dans le carburant. Ca nécessite des mélanges, des pétrole qui coûtent un peu plus cher.

Ces mélanges doivent être faits à partir de pétroles de différentes origines. La perturbation des flux internationaux perturbe cet approvisionnement. - D.Seux: Tous les bateaux ont ralenti. - C.Roux: A un moment donné, ça va finir par se voir. - D.Seux: Ca se passe à Amsterdam. - C.Roux: On a beaucoup parlé du kérosène et des inquiétudes sur l'annulation des vols de certaines compagnies européennes, notamment la Lufthansa, qui a annulé plusieurs centaines... 20 000 vols, non?

Ca me paraît énorme à chaque fois que je le dis. Le ministre de l'Economie vient de dire qu'il n'y aura pas de problème d'approvisionnement en kérosène en mai et en juin. Depuis le début du conflit, les Européens font bloc pour dénoncer une guerre qui n'est pas la leur.

Le chancelier allemand a pris ses distances assez vertement avec D.Trump, qui a menacé de retirer 5000 soldats des bases militaires de l'Otan en Allemagne. Ramstein, l'une des plus grandes bases de l'US Air Force en Europe... - Drapeau américain hissé, panneaux en anglais, grosses voitures...

Nous ne sommes pas dans le Kentucky, mais dans une petite commune en Allemagne, à quelques pas de l'immense base américaine de Ramstein. Plus de 50 000 Américains vivent dans les alentours. La ville elle-même est surnommée "la petite Amérique".

Tout est fait pour séduire cette clientèle. Dans ce diner au décor soigné, on parle en anglais, bien sûr. - Nous avons un hamburger, des frites.

Nous avons du pastrami, du porc effiloché, du pain à l'ail, tout ce qu'il faut. On a entre 1 et 2 kg de nourriture. - Donner l'impression aux militaires en mission d'être comme à la maison. - Tout ce qu'on a goûté était excellent, la température, le goût.

C'est copieux. - Ils n'ont pratiquement aucune limite de budget. Ils viennent ici, mangent et boivent ce qu'ils veulent, laissent de bons pourboires, repartent et reviennent le lendemain. - De bons clients qui pourraient se raréfier prochainement.

D.Trump vient d'annoncer le retrait de 5000 soldats américains présents en Allemagne. Une annonce qui intervient après plusieurs critiques du chancelier allemand à l'égard du président américain, notamment sur la guerre en Iran. - Les Etats-Unis sont le plus grand contributeur parmi tous les pays de l'Otan.

Je suis très content que les autres pays essaient de contribuer. Mais nous ne pouvons pas être le grand frère de tout le monde. Vous voyez ce que je veux dire? - Serait-ce la fin d'une lune de miel entre les Américains et les Allemands? - J.F.Kennedy: Ich bin ein Berliner. - Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont investi massivement pour aider le pays à se relever et ouvrir des centaines de sites militaires partout en Allemagne, comme la base de Ramstein, l'une des plus importantes.

Un soutien de poids qu'il ne faudrait pas balayer à la moindre brouille entre dirigeants, selon ses amis. - Même si on n'est pas d'accord avec tout ce que fait D.Trump, je pense que l'Allemagne doit être moins agressive et pas agir comme le chancelier Merz le fait.

Même s'ils ne sont pas d'accord, les Etats-Unis ont bien plus de pouvoir et d'influence envers l'Allemagne que l'Allemagne n'en a envers les Etats-Unis. - Nous devons investir plus car Poutine a envahi l'Ukraine. On sait bien que ça peut aussi devenir un problème pour nous et l'Europe. - Dans ce pressing familial, 99 % des clients sont des militaires américains. - Ca, ce sont des uniformes finis, propres, que les clients peuvent récupérer.

Le bleu, c'est l'armée de l'air. Le vert, c'est l'armée de terre. - Cet homme est fier de travailler pour l'armée américaine, mais ce coup de froid est un signal clair: l'Allemagne doit renforcer son propre arsenal militaire. - L'Allemagne a très peu investi jusqu'ici dans sa propre armée.

Elle ne peut pas seulement compter sur ses alliés. Si une mauvaise personne dirige les Etats-Unis, cela pourrait avoir de lourdes conséquences. Il est souhaitable que l'Allemagne investisse plus dans sa défense. - L'Allemagne est l'un des pays européens les plus dépendants des Etats-Unis.

Au-delà de sa sécurité, elle l'est aussi sur le plan économique. Le marché américain représente environ 10 % des exportations allemandes. - C.Roux: On voit bien les réticences des Allemands de Ramstein sur les coups de sang de F.Merz vis-à-vis des Américains.

Vous vouliez ajouter quelque chose? - P.Allémonière: On sent ce clivage en Allemagne entre ce parapluie américain, qui a toujours été là, et une population qui est un peu choquée par Merz.

Ils reprochent beaucoup au chancelier de trop s'occuper de l'international et pas assez de leurs problèmes intérieurs. Mais les Américains ne peuvent pas se passer des Etats-Unis. - C.Roux: Les Allemands... - P.Allémonière: Les Allemands ne peuvent pas se passer des Américains et les Américains ne peuvent pas se passer des Allemands.

Si on reprend leurs bases, c'est des hubs logistiques qui leur permettent...

Les Tomahawks et les drones Reaper envoyés par les Américains sur l'Iran sont dirigés d'où? De Ramstein. Ceux qui dirigent les drones Reaper sont à Ramstein. - C.Roux: C'était juste un coup de sang de D.Trump. 5000 hommes, ça pourrait être significatif? - P.Allémonière: Ils ont 35 000 hommes.

P.Hegseth a dit 5000. D.Trump a dit qu'il voulait tous les envoyer en Pologne.

Il ne pourra pas le faire. Ce qu'il veut, c'est nous diviser, comme à chaque fois. - C.Roux: On peut considérer qu'il a échoué à nous diviser, pour l'instant? - P.Allémonière: Pour l'instant, il nous a plutôt rassemblés.

F.Merz qui garde sa ligne atlantiste...

Il a toujours les pays du Nord-Atlantique...

Néanmoins, il ne nous a pas divisés. - C.Roux: Mais là, sur Ormuz...

On parle de la coalition sur la sécurisation du détroit. On va voir si elle aboutit. Il y a une espèce de front européen pour dire "c'est pas notre guerre". - D.Seux: C'est un front du refus.

L'Europe, c'est toujours la même chose. Ce n'est pas un front de puissance. Elle ne montre pas qu'elle veut être puissante.

Elle dit: "Ce n'est pas ma guerre. Je ne veux pas intervenir." - C.Roux: Mais elle envoie quand même ses porte-avions. - D.Seux: Qu'est-ce qu'ils vont faire?

On en revient à la conversation d'avant. La particularité et la force de D.Trump, c'est qu'il réussit à mélanger tous les sujets, comme aucun président ne l'a fait avant.

Il mélange le commercial, le militaire, le Groenland...

Vous ne savez jamais où vous en êtes. - P.Allémonière: Il a une idée, quand même. - D.Seux: Nous, on est comme les lapins dans les phares.

Il enlève 5000 soldats, mais ce qui inquiète vraiment les Allemands, c'est les droits de douane sur les voitures. Il va le faire. On est en permanence perdus. - C.Roux: On n'est pas perdus.

Il est l'heure de retrouver les questions de nos téléspectateurs. Comme souvent, Sébastien dans le Calvados nous envoie une question. - S.Domergue: Sur le timing de la communication, oui.

Sur l'envoi du porte-avions, non. C'est quelque chose qui s'anticipe plusieurs jours à l'avance. - C.Roux: Question. - S.Domergue: Il faut rassurer les téléspectateurs.

On ne va pas faire la guerre. Hormis si la chose dure encore plusieurs mois et que tout est bloqué, qu'il y a un consensus international, une résolution des Nations unies...

Ca voudrait dire avec l'accord des Russes, des Chinois, ce qui n'est pas gagné...

Ca voudrait dire que les Iraniens dépassent complètement les bornes. On n'en est pas là. On va mettre des yeux dans le détroit, et non pas des muscles. - C.Roux: Question. - Y.Rizk: Une inflation importée, une hausse des coûts, pas seulement sur l'essence.

C'est la 1re étape, mais ce sera aussi une possible inflation alimentaire. 30 % des engrais passent par Ormuz. Ce sera aussi une inflation sur le plastique.

La pétrochimie est produite dans les pays du Golfe. L'inflation va toucher tout ce qui est plastique, emballages, les vêtements faits à base de plastique. Ce sera une inflation à tous les niveaux.

On rentrera dans une crise. - D.Seux: Le chiffre, c'est 6 milliards.

Ca a été évoqué par le gouvernement. Avec un débordement sur les coûts militaires, le financement des opérations militaires. - C.Roux: Question. - D.Seux: Ca dépend de la durée de la crise.

Je peux pas faire une réponse plus courte. - C.Roux: C'est vrai? - D.Seux: Vous voulez une réponse plus longue? - C.Roux: Elle est déjà là, inflation. - D.Seux: Elle reste assez modeste.

Souvenez-vous, dans les années 80, on était à 10 à 15 % par an. Là, on va être à 3 %, ce qui est important, évidemment. Toute la question pour les salariés, c'est de savoir si les pensions et les salaires suivent. - Y.Rizk: Ras Laffan, au Qatar, a été touchée et a été amputée de 20 % de ses capacités.

Dans 3 à 5 ans, on aura 20 % du gaz en moins. Les prix vont continuer d'augmenter. - C.Roux: Ce sera la mauvaise surprise de la rentrée.

Question. La réponse de Total satisfait les consommateurs. - D.Seux: Les automobilistes votent avec leurs roues, à la différence des politiques, qui fantasment sur la fiscalité.

Pourquoi pas, mais ça prend du temps, et ce n'est pas immédiatement efficace. - C.Roux: Question. - P.Allémonière: Oui.

On va rentrer dans une récession, c'est certain. Le tout, c'est la durée. Combien de temps cette récession va durer?

Plus la guerre se poursuit, plus la récession, ou la crise, j'ai envie de dire, sera longue. Il ne faut pas oublier que 40 millions de personnes basculent dans un seuil de pauvreté au niveau mondial. On parle de nous, Européens.

On ne parle pas de ce qui se passe en Asie et en Afrique. C'est dramatique. Les engrais, la nourriture... - C.Roux: On a reçu hier le gouverneur de la Banque de France, qui n'était pas pessimiste concernant la France.

Il n'évoque pas un scénario de récession, en tout cas à ce stade, pour la France. Question. - Y.Rizk: Oui.

Il y a encore un gouvernement en Iran. Il y a encore un président qui n'a pas encore son mot à dire. Il y a un gouverneur de la Banque centrale et un ministre des Affaires étrangères, qui est très actif.

Il y a aussi le chef du Parlement dont on entend beaucoup parler. Mais qui décide? C'est le chef des Gardiens de la révolution.

Il a le dernier mot, mais ce n'est pas lui qui fait les échanges diplomatiques. - C.Roux: Je rajoute une information qu'on n'a pas évoquée.

M.Rubio, et c'est hallucinant, proposerait une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU pour défendre la liberté de navigation et pour sécuriser le détroit d'Ormuz. - S.Domergue: En convoquant le droit maritime dont la convention de Montego Bay n'a pas été ratifiée par les Etats-Unis.

C'est extraordinaire. - D.Seux: C'est pour piéger la Chine aussi.

On voit bien que le monde est en train de rentrer dans cette affaire. - C.Roux: Question. - D.Seux: Très longtemps, mais ça nous coûtera de plus en plus cher.

Quand on dit "nous", c'est tous les contribuables. - C.Roux: Question. - P.Allémonière: Il l'espérait, il l'aimerait, mais ce n'est pas du tout évident à l'heure où nous parlons. - C.Roux: Question.

On en reparlera sans doute dans les jours qui viennent. Merci à tous. Il est l'heure de retrouver toute l'équipe de "C à vous". - A.-E.Lemoine: Au programme, le témoignage d'une victime de viol qui apprend par courrier que son agresseur bientôt libéré de prison va s'installer à quelques rues de chez elle.

L'éclairage de M.Cymes sur l'épidémie mortelle qui s'est déclarée à bord d'un navire de croisière, alors qu'un Français compte désormais parmi les cas contacts. - C.Roux: Très bonne émission.

On se retrouve demain en direct dès 17h30.