MACRON, AMI DES DICTATEURS, ENNEMI DE L'ÉCOLOGIE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il arrive qu’Emmanuel Macron tienne simultanément plusieurs positions difficilement conciliables : cela s’est encore vu au cours d’un été durant lequel il s’est présenté comme un défenseur acharné de la liberté et des droits humains “en même temps” qu’il recevait à l’Élysée quelques rudes autocrates, et pendant lequel il a fait des ronds dans l’eau au guidon d’un très polluant jet-ski, avant de proclamer que la crise climatique sonnait “la fin de l’insouciance et d’abondance”. Ce tableau que je fais là, cette fin de l’abondance, cette fin de l’insouciance, cette fin des évidences. Reprenons.
Le 12 août 2022, l’écrivain Salman Rushdie, qui fait depuis 1989 l’objet d’une fatwa émise par l’ayatollah Khomeiny et réclamant son exécution, est poignardé par un fanatique. Le président de la République française réagit aussitôt sur Twitter. Il écrit : “Depuis 33 ans, Salman Rushdie incarne la liberté et la lutte contre l’obscurantisme.
La haine et la barbarie viennent de le frapper, lâchement. Son combat est le nôtre, universel. Nous sommes aujourd'hui, plus que jamais, à ses côtés.” Nous sommes alors priés de comprendre que le combat “universel” pour la liberté et contre l’obscurantisme est celui d’Emmanuel Macron.
Et c’est très beau, à condition, bien sûr, d’oublier quelques minuscules détails. Un mois avant de confectionner cet admirable tweet, par exemple : le chef de l’État français avait reçu à Paris, le 17 juillet, en grande pompe, le président des Émirats Arabes Unis, Mohamed ben Zayed, alias MBZ, que la presse et les médias présentent volontiers comme “le meilleur ami de la France dans la péninsule arabique”. Or ce personnage n’est pas exactement un combattant universel de la liberté : selon un rapport accablant de la Fédération internationale des droits de l’homme publié en décembre 2021, son pays, avec lequel la France se targue effectivement d’entretenir d’excellents rapports, “est en réalité une dictature particulièrement répressive, où toute voix dissidente risque l’emprisonnement et la torture”.
Par ailleurs, ce rapport met en lumière “les responsabilités directes et indirectes des autorités émiraties dans certaines des violations les plus graves qui ont été commises” au Yémen, où la guerre particulièrement atroce dans laquelle les Émirats se sont enrôlés en 2015 derrière l’Arabie Saoudite a déjà fait plusieurs centaines de milliers de victimes, principalement civiles. Et ce n’est pas tout. Quelques jours après avoir ainsi reçu MBZ, Macron a également reçu à Paris, le 22 juillet, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.
Et là encore, il s’agissait d’un hôte un peu particulier, et très modérément investi dans la lutte contre l’obscurantisme, puisqu’en 2021, selon un récent rapport d’Amnesty International, “les droits à la liberté d’expression et d’association ont” encore “été sévèrement réprimés” en Égypte. Amnesty détaille : “Les autorités s’en sont prises à des défenseurs des droits humains, des responsables politiques de l’opposition et des militants au moyen de convocations irrégulières, d’interrogatoires coercitifs, de mesures de probation extrajudiciaires, d’enquêtes pénales, de procès iniques et de l’inscription sur une “liste des terroristes“. Des milliers de personnes, notamment des défenseurs des droits humains, des journalistes, des étudiants, des responsables politiques de l’opposition, des commerçants et des manifestants pacifiques, se trouvaient toujours en détention arbitraire.
Plusieurs dizaines d’entre elles ont été condamnées à l’issue de procès d’une iniquité flagrante ou jugées par des juridictions d’exception alors qu’elles n’avaient fait qu’exercer pacifiquement leurs droits humains.” MBZ, Sissi : beau palmarès pour un été. Mais ce n’était pas encore complètement terminé, et le 28 juillet, six jours, donc, après avoir accueilli le président égyptien, Emmanuel Macron, comme pour clore en beauté cette remarquable séquence, a aussi reçu à Paris, avec tous les honneurs, le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, qui avait été mis au ban de la communauté internationale après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, et dont le pays, comme le relève également un rapport d’Amnesty, continue notamment de “réprimer les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique”.
En résumé, Emmanuel Macron a donc très gentiment reçu, en l’espace de quelques jours, à la fin du mois juillet, trois dirigeants qui ont en commun de bafouer les droits humains les plus élémentaires, pour le dire posément. Amusante coïncidence : ces trois potentats sont aussi de très fidèles clients de l’industrie française de l’armement. Mais, quinze jours plus tard, le même Macron a tranquillement tweeté que le combat “universel” de Salman Rushdie pour la liberté et contre l’obscurantisme était aussi le sien.
C’était audacieux, et assez acrobatique, mais comme tout cela se passait au cœur de l’été, personne, ou presque, n’a relevé qu’il y avait là quelque chose comme l’esquisse d’une très légère contradiction. Fort de ce premier succès, le président de la République française a donc continué à faire ce qu’il sait faire de mieux : prendre ses administrés pour des imbéciles. Parce que c’est notre projet !
À la toute fin du mois d’août, il a ainsi profité de ses vacances au fort de Brégançon pour contribuer à sa manière à la lutte contre le dérèglement climatique, dont il affirme par ailleurs avoir fait la priorité de son nouveau quinquennat, en se livrant à une activité discrètement polluante, mais qu’il semble apprécier tout particulièrement : les sorties en jet-ski. Comble de raffinement : il a semble-t-il empiété, lors de cette sortie en mer, sur une zone maritime protégée, en principe interdite à la circulation. Mais cela ne l’a pas du tout empêché de trouver quelques jours plus tard, et pour mieux préparer les esprits aux effets économiques et sociaux de cette même crise climatique, des accents dramatiques pour nous prévenir, avec une infinie gravité, que c’en était fini “de l'abondance, des évidences et de l'insouciance”.
Je crois pour ma part que ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement. D’abord, parce que nous vivons, et cela pas simplement depuis cet été et ces dernières années, au fond la de ce qui pouvait apparaître comme une abondance. Voici venir le temps des sacrifices : n’espérez surtout pas pouvoir continuer à vous balader sur vos scooters des mers comme si de rien n’était, bande d’innocents.
Ce long été caniculaire l’aura donc confirmé : le chef de l’État continuera, durant son second quinquennat, à faire ce qu’il a fait tout au long du premier. Les macronistes continueront à dire une chose, “en même temps” qu’ils feront son contraire. Un dernier indice, pour qui douterait de cette pérennisation d’une tartufferie qui frôle d’assez près le foutage de gueule : au début de l’été, comme l’a relevé l’association Attac France, le gouvernement, échaudé semble-t-il par la révélation qu’il avait versé, entre 2017 et 2021, des sommes faramineuses à des cabinets de conseil, dont McKinsey qui a également travaillé pour l’Elysée, ce gouvernement avait donc promis “un plafonnement du recours” à ces structures privées “à deux millions d’euros par mission”, et une “totale transparence” sur ces contrats.
Mais on vient d’apprendre, à la toute fin de ce même été, que l’État français avait passé en juillet, comme le souligne donc Attac France, “un marché de 375 millions d'euros avec 15 cabinets de conseil, dont McKinsey”. Détail touchant : “Le budget pour les conseils en stratégie à lui seul s’élève désormais à 75 millions d’euros”, soit une très coquette “hausse de 519 %” par rapport “au précédent contrat”, passé en 2019. La fin de l’abondance, donc, mais pas vraiment pour tout le monde.
On attend donc avec impatience le tweet élyséen proclamant que la lutte contre cette distribution d’argent public à des cabinets de conseil privés est le combat prioritaire, et il va de soi universel, du président Macron.
Emmanuel Macron