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interviewyoutube.com· 3 janvier 2019 26 min

Bruno Le Maire est l'invité du Grand Entretien de France Inter

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Ali Badou, le 7-9. Invité du grand entretien de France Inter ce matin, le ministre de l'économie et des finances, il publie Paul, un récit qui paraît chez Gallimard. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Ali Badou. Alexandra Ben Saïd et moi avons lu de près ce livre. Paul, c'est le récit d'une amitié absolue, celle avec votre ami Paul, emporté par un cancer foudroyant. Lui est cloué sur un lit d'hôpital, vous vous êtes toujours en mouvement, en voiture, en avion. C'est un livre où se croise l'actualité des questions politiques dont on va parler évidemment, mais aussi des questions plus intimes, les plus personnelles de ces questions.

Celles qu'on se pose quand on est confronté à la mort d'un proche. Pourquoi le besoin d'avoir écrit ce livre-là Bruno Le Maire ?

0:48
Bruno Le Maire

Pour moi c'était une nécessité absolue, je n'ai pas de réponse à votre question, pour être très franc. Mais j'ai perdu cet ami au printemps dernier et j'ai ressenti comme une nécessité absolue de témoigner sur la dignité de cet homme face à la maladie, face à ses derniers instants. Donc j'ai écrit ce livre tout simplement parce qu'il était nécessaire.

1:06
Présentateur

On va en parler justement parce qu'il y a énormément d'émotions dans ce livre Alexandra, mais d'un mot quand même parce qu'un livre de politique, ça ressemble en général à une biographie d'un grand homme auquel on s'identifie. Ça ressemble parfois à un bouquin écrit par d'autres que soi, ça ressemble aussi parfois à des livres de programme. Ça n'est aucun de ces livres-là ?

1:26
Bruno Le Maire

Non, aucun de ces livres-là.

1:28
Présentateur

Vous comprenez que ça déroute et surtout la tonalité intime très personnelle à un moment où on est face à des défis collectifs ?

1:35
Bruno Le Maire

Oui, mais les défis collectifs, vous ne les réglerez pas autrement qu'avec de l'humanité. Vous ne réglerez pas la crise sociale actuelle sans comprendre le désarroi, la détresse des Français qui se manifestent. Je pense qu'on a besoin de cette humanité. On a besoin de cette sensibilité. On écrit beaucoup sur les grands hommes. Je pense que c'est utile aussi d'écrire sur les hommes bien. Et Paul était un homme bien.

1:57
Présentateur

Bruno Le Maire, vous parlez d'humanité. Quand vous allez rendre visite à votre ami à l'hôpital, vous croisez aussi du personnel soignant. Et ce personnel soignant dit justement qu'il a besoin d'argent. Ce personnel soignant le dit à votre ami. Et ce qui est surprenant, vous êtes là entre cette question intime et vous êtes ce ministre de l'économie, c'est que vous n'en tirez pas de conclusions politiques. Vous ne dites pas, ben oui, tiens, il faudrait peut-être mettre plus d'argent dans l'hôpital public.

2:19
Bruno Le Maire

Je ne veux pas aller à l'hôpital pour faire de la politique, mais je peux témoigner. Elles vous ont interpellé. Bien sûr, elles m'ont interpellé et je peux témoigner de ce que chaque Français sait, c'est-à-dire le capitalité exceptionnel du personnel hospitalier, des aides-soignants, des infirmiers, des médecins, des anesthésistes, enfin de tous ceux qui font l'avis de l'hôpital.

2:39
Présentateur

Mais vous ne répondez pas à la seule question que vous posez les infirmières qui vous le demandent.

2:43
Bruno Le Maire

Mais on a eu des débats, vous savez, on a eu des débats avec les infirmières à l'hôpital, l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, pour être très précis, sur l'application des 35 heures, sur le désordre considérable qu'a créé l'application des 35 heures dans l'hôpital, sur les conditions de vie qui sont très difficiles, des personnels soignants, les exigences qui leur sont données.

3:01
Présentateur

Mais vous êtes un acteur. Vous vous êtes l'acteur.

3:02
Bruno Le Maire

Je ne suis pas ministre de la Santé, mais je peux vous dire que ça fait partie des discussions... Vous êtes ministre de l'économie et des finances. Ça fait partie des discussions que j'ai régulièrement avec la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Mais c'est vous qui tenez les cordons de la boxe, donc pas de questions de donner plus de fonds. Je suis ouvert à toute discussion sur le meilleur financement de l'hôpital, sur son organisation. Je pense que c'est au cœur du contrat social français. Et une fois encore, ça fait partie des décisions que nous avons à prendre avec la ministre de la Santé et des discussions que nous avons régulièrement avec elle.

En tout cas, si on peut rendre un hommage appuyé à ce personnel hospitalier, faisons-le.

3:36
Présentateur

Ce que vous faites, vous racontez aussi la faim de vie, la douleur, la morphine qu'on réserve pour la faim, la toute faim, les derniers moments d'un ami qui va mourir. Est-ce qu'il faut autoriser... Là aussi, on a envie de vous demander quelle conclusion politique vous en tirez, Bruno Le Maire. Est-ce qu'il faut autoriser l'aide à mourir pour les personnes atteintes d'une maladie incurable, comme ça a été le cas pour votre ami Paul ?

3:57
Bruno Le Maire

Je trouve que c'est une question qui se pose.

3:59
Présentateur

Mais vous êtes responsable politique, vous avez des convictions.

4:01
Bruno Le Maire

Oui, mais j'ai des convictions, mais je n'ai pas de réponse à toutes mes propres questions. Et je pense que c'est la réalité aussi pour d'autres citoyens. La première conviction, c'est que chaque Français a le droit de mourir dans la dignité. Et que chaque Français doit avoir accès à une unité de soins palliatifs de la qualité de celle à laquelle mon ami Paul a eu accès. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. Et je pense que le premier défi, c'est ça, c'est garantir à chaque Français de pouvoir mourir dans la dignité avec une unité de soins palliatifs qui soit appropriée à la situation dans laquelle il est. L'aide à mourir, est-ce qu'il faut modifier la loi Clès-Léonetti ?

Je n'ai pas, là encore, je vais peut-être vous décevoir, on parlera de sujets sur lesquels j'ai des convictions fortes et fermes. Mais sur cette question de l'aide à mourir, laissez-moi poursuivre ma réflexion. Mais je ne referme aucune porte là-dessus.

4:47
Présentateur

En politique, rien ne sert d'anticiper les surprises. C'est aussi quelque chose qu'on découvre dans votre livre, c'est votre analyse de la vie politique. On découvre que vos enfants jouent à des jeux vidéo ultra-violents. Et alors, vous comparez la politique justement à ces jeux vidéo qui nécessitent une attention de tous les instants. Quand il faut brandir son sabre ou tirer au M16 sur son ennemi, comment expliquez-vous que vous n'ayez pas vu arriver la crise des Gilets jaunes ? Est-ce que c'est uniquement une faute d'attention ?

5:16
Bruno Le Maire

Non, moi je pense que c'est une crise qui couvre depuis très longtemps et dont il faut prendre toute la mesure. Mais vous ne l'avez pas vu dire ? Je ne vais pas dire que j'ai vu venir la crise des Gilets jaunes. Mais ni vous ni le Président de la République, expliquez-nous. Mais qu'il y ait un malaise dans le pays. Non, non, ça d'accord. Que chacun ait senti depuis très longtemps qu'en matière de pouvoir d'achat, de rémunération du travail, il y avait une vraie difficulté. Nous le savions, d'ailleurs nous avons apporté des réponses à cette question-là.

5:38
Présentateur

Non, non, mais je vous prends au mot Bruno Le Maire.

5:40
Bruno Le Maire

Mais la crise, vous ne la voyez jamais venir. Personne n'a vu cette explosion venir tout d'un coup du jour au lendemain.

5:48
Présentateur

Et donc la question c'est pourquoi ? Est-ce que c'est de la déconnexion ou est-ce que c'est de l'inattention ?

5:51
Bruno Le Maire

Puisque les problèmes que posent les Gilets jaunes, nous avons essayé d'y apporter des solutions. Et nous y avons apporté des premières solutions. Qu'elles ne soient pas assez rapides. Que les gens ne voient pas les résultats suffisamment rapidement. Peut-être. Mais regardez cette question de la rémunération du travail qui est au cœur des revendications de beaucoup de Gilets jaunes. en mettant en place les heures supplémentaires, en supprimant les cotisations assurance maladie, assurance chômage, en permettant la suppression du forfait social à 20% dès le 1er janvier pour qu'il y ait de l'intéressement pour tous ceux qui travaillent. Nous avons commencé à apporter une réponse.

Ensuite l'impatience elle est telle que ça provoque cette crise et ça provoque cette réaction des Gilets jaunes. Mais je pense que nous avions vu venir les difficultés et que nous avons été, comme cela peut arriver, pris de vitesse par un mouvement qui a pris tous les Français de vitesse.

6:40
Présentateur

Vous n'avez pas peur, Bruno Le Maire, vous venez de parler des mesures pour le pouvoir d'achat, mesures à 10 milliards. On sait que vous étiez contre. Ça grève le budget de l'État, ça fait déraper le déficit. Vous n'avez pas peur que ces mesures-là soient complètement effacées dans l'esprit des Français par le prélèvement à la source ?

6:54
Bruno Le Maire

D'abord je n'étais pas contre. Je suis pour que nous ayons des réponses qui soient fortes. Elles ont été apportées par le président de la République.

7:01
Présentateur

Vous étiez pour 10 milliards d'euros ?

7:03
Bruno Le Maire

Mais aussi des réponses cohérentes par rapport à notre politique. Et ce que le président de la République a annoncé, ce que le Premier ministre a précisé, est cohérent par rapport à tout ce que nous avons toujours défendu. Il faut que le travail paye. Nous avons fait en sorte que le travail paye et qu'il paye davantage avec les heures supplémentaires ou avec la prime d'activité.

7:20
Présentateur

C'est cohérent de revenir sur l'annulation de la CSG ? Ce n'est pas cohérent de revenir sur l'annulation de la CSG.

7:25
Bruno Le Maire

C'est-à-dire que nous entendons ce qui a été dit par les retraités. Vous avez plus de 3 millions de retraités qui du coup ne seront pas touchés par la hausse de la CSG. Mais la direction qui est la nôtre, celle de la transformation en profondeur du pays, qui doit créer plus de richesses pour avoir plus de prospérité pour tous les Français, il est impératif de tenir ce cap. La bonne tenue des finances publiques, le respect de nos engagements européens, il est essentiel de continuer à tenir ce cap. Parce que si la bonne réponse à la crise sociale française, c'était toujours plus de dépenses publiques, comme on a le niveau de dépenses publiques le plus élevé,

8:00
Présentateur

vous voyez que vous répondez aux infirmières,

8:02
Bruno Le Maire

mais absolument pas, Libadou, parce que... Pas plus de dépenses publiques. Pas plus de dépenses publiques, ça veut pouvoir dire de la dépense publique, mieux employée. Ça veut vouloir dire faire des économies à tel endroit pour pouvoir aider d'autres services publics. Et justement le débat, Libadou, que nous allons avoir, qui va s'ouvrir dans les prochaines semaines, il va nous permettre enfin, et moi je m'en réjouis, de poser ces questions. Vous, Français, quelles dépenses publiques êtes-vous prêtes à réduire pour que nous puissions demain baisser les impôts, baisser les taxes et aider davantage certains services publics qui vous paraissent prioritaires par rapport à d'autres ?

8:35
Présentateur

Page 100 de votre livre, vous écrivez, c'est un livre que vous venez d'écrire, vous écrivez le plus difficile et devant nous les mesures les plus impopulaires restent à prendre. Vous parlez de quoi ?

8:45
Bruno Le Maire

C'est ce que je crois. Je crois que l'année 2019 sera l'année des choix décisifs.

8:49
Présentateur

Des mesures les plus impopulaires ?

8:50
Bruno Le Maire

Mais ce n'est pas une question de populaire ou impopulaire, c'est de savoir ce que nous voulons pour la France.

8:54
Présentateur

Le plus difficile et devant nous, les mesures les plus impopulaires, ce sont vos mots.

8:58
Bruno Le Maire

2019 doit être l'année des choix décisifs pour notre pays.

9:02
Présentateur

De quelle mesure parlez-vous ?

9:04
Bruno Le Maire

Quelles dépenses publiques sommes-nous prêts à réduire pour pouvoir enfin réduire significativement les impôts et les taxes des Français ? Comment est-ce que nous garantissons un système de retraite par répartition qui soit plus juste, plus transparent, plus lisible, plus efficace pour les Français ? Les réponses, c'est la réforme des retraites. Quelles dépenses publiques faut-il baisser ? La réponse, c'est la réforme de l'indemnisation du chômage. La réponse, c'est le débat qui va l'apporter sur la dépense publique qui va nous permettre de baisser les impôts et les taxes. Mais oui, les choix décisifs sont devant nous. Quel modèle de société voulons-nous ?

Quel niveau de dépense publique acceptons-nous pour pouvoir réduire les impôts et les taxes ? C'est pour ça que je le redis, l'année 2019 sera l'année des choix décisifs pour la France, mais aussi pour l'Union Européenne, puisque nous avons devant nous l'un des choix les plus essentiels pour la construction européenne depuis 1957. Est-ce que nous nous rassemblons ou est-ce que nous nous divisons ? On va rester sur la réforme des retraites, de l'assurance chômage, de la fonction publique.

10:07
Présentateur

Ce que vous dites, on croyait que les choix avaient été faits. On croyait qu'Emmanuel Macron et son gouvernement avaient une idée très précise de ce qui devait être fait. Est-ce que vous dites ce matin, c'est bon ben on a entendu, maintenant c'est aux mains des Français, il va y avoir ce grand débat national et ils pourront infléchir les choix qui ont déjà été faits et présentés ?

10:26
Bruno Le Maire

Je dis simplement que nous avons, en 2017 et 2018, engagé une transformation en profondeur du pays. Fait des choix qui étaient des choix difficiles, courageux, nécessaires. Je pense à la transformation du système fiscal. Je pense à la transformation du marché et du travail. Ne refaites pas le bilan. Et le reste devant... Mais c'est pas le bilan, c'est la narration...

10:49
Présentateur

C'est le bilan que vous étiez en train de faire.

10:50
Bruno Le Maire

C'est la narration d'un quinquennat qui a du sens et dont le sens doit être la transformation d'un modèle qui ne marche plus, qui crée de la pauvreté et qui doit demain créer de la prospérité.

10:58
Présentateur

Allez-vous encore pouvoir engager des réformes du gérard populaire ?

11:01
Bruno Le Maire

Si je vous dis, Ali Badou, qu'il y a des choix décisifs devant nous, c'est parce que je crois profondément que le quinquennat commence à partir de maintenant à entrer véritablement dans le dur, que nous avons un socle qui est solide, qui sont toutes les réformes que nous avons engagées depuis 2017 et 2018 sur la fiscalité, sur le marché du travail, sur la formation, la qualification, la réforme de la SNCF. Nous avons ce socle. Et maintenant, il faut avancer et avancer encore plus vite sur des sujets qui sont décisifs pour notre avenir collectif. Notre système de retraite, l'indemnisation du chômage et un État qui doit être plus efficace au service des Français.

C'est ça ce qui nous attend 2019.

11:38
Présentateur

Et quelle sera la place et le poids de la voix des Français qui s'exprimeront dans le grand débat national ? Ces choix à qui appartiennent-ils ? On ne fait pas un débat pour ne pas l'écouter ensuite.

11:48
Bruno Le Maire

Mais les choix, ils appartiennent aux Français par définition. Ils ont fait un certain nombre de choix au moment de l'élection présidentielle. Ces choix, je pense que c'est l'honneur du président de la République et du Premier ministre, nous les respectons. Et tout ce qui a été décidé depuis deux ans ou un an et demi correspond rigoureusement à ce que les Français ont voulu et choisi au moment de l'élection présidentielle. Mais il y a des choses qui se sont passées depuis le mouvement des Gilets jaunes. Est-ce que le temps politique est trop long ? Donc il faut des moments de respiration au sein du quinquennat pour permettre aux Français de reprendre la parole.

C'est ce que nous faisons avec ce débat. Et ce que je souhaite, c'est que sorte de ce débat une volonté renouvelée de transformer notre pays en profondeur. Parce que c'est ce qui permettra aux Français de vivre mieux. C'est ce qui leur permettra d'être mieux rémunérés de leur travail. Et c'est ce qui leur permettra d'avoir une société qui soit plus juste.

12:39
Présentateur

Question rapide. Vous rendez hommage au général de Gaulle dans votre livre. Est-ce que le référendum d'initiative civique est compatible avec la Ve République ?

12:45
Bruno Le Maire

Oui. Le référendum, c'est la parole qui est donnée au peuple. Et donc, quelle que soit la façon dont on la donne au peuple, moi je suis favorable à ce référendum d'initiative civique.

12:54
Présentateur

Le référendum à choix multiples, est-ce que vous y êtes favorable ?

12:58
Bruno Le Maire

Et ça, on verra quelle sera l'issue du débat. Ne préjugeons pas de l'issue. Ce sera au président de la République de le décider. Mais j'ai toujours considéré qu'il ne fallait pas avoir peur du peuple. Et que la meilleure réponse au nationalisme, au populisme que l'on dénonce ici ou là, elle tient à la force des réponses qu'on apporte aux problèmes que rencontrent les gens et le courage de donner la parole au peuple.

13:19
Présentateur

Est-ce qu'on a peur du peuple ? Qu'on apprenait qu'Éric Drouet, l'un des leaders des Gilets jaunes, avait été interpellé. Et indignation, entre autres, de Jean-Luc Mélenchon qui parle d'une opération de police politique. C'est par peur du peuple, ou en tout cas de certains parmi le peuple, que cette interpellation a eu lieu ?

13:36
Bruno Le Maire

Non, ça s'appelle le respect de l'état de droit. Le respect du peuple, c'est respecter l'état de droit. Quand quelqu'un organise une manifestation alors qu'elle n'est pas déclarée, eh bien il ne respecte pas le droit. On en tire les conséquences.

13:48
Présentateur

Mais il aurait dû être arrêté ou interpellé bien avant dans ces cas-là, et d'autres avec lui. Il n'y a pas assez de place dans les commissariats et les prisons pour interpeller tous ceux qui ont manifesté sans en avoir demandé l'autorisation.

13:58
Bruno Le Maire

Moi je crois profondément au respect de l'ordre. Et je considère que la meilleure façon de défendre le peuple, c'est de défendre l'ordre, les règles, la loi, l'état de droit.

14:08
Présentateur

Sur les relations avec le peuple, Emmanuel Macron va perdre sa plume. Sylvain Faure qui a écrit certains des plus beaux discours, notamment l'hommage à Arnaud Beltrame. C'est juste une question de communication, l'impopularité du président ?

14:22
Bruno Le Maire

Sylvain Faure est un garçon exceptionnel. Je le connais bien. Mais le choix qu'il fait est un choix personnel.

14:30
Présentateur

Encore une démission Bruno Le Maire. Encore une démission alors que c'était l'un des premiers à s'engager aux côtés d'Emmanuel Macron dès la campagne présidentielle.

14:38
Bruno Le Maire

C'est notre rôle de vouloir faire des tempêtes dans un verre d'eau. Mais il se trouve que Sylvain Faure a dit depuis des mois qu'il attachait beaucoup d'importance à sa vie familiale. Et qu'à un moment ou à un autre, il arrêterait. On ne peut pas dire qu'il n'ait pas annoncé. Il l'a annoncé depuis des mois.

14:48
Présentateur

Son rôle a été renforcé à l'été.

14:52
Bruno Le Maire

Et quelques mois plus tard, il décide de partir. Il le fait maintenant pour des raisons personnelles. Et je connais suffisamment Sylvain Faure, ses qualités et son don d'écriture, qui est un don tout à fait remarquable, pour savoir que s'il part, c'est tout simplement parce que, comme il le dit, il veut retrouver sa famille. Comment va faire le président pour lui ? Je peux comprendre ça parfaitement. Moi qui ai aussi des enfants, je peux comprendre ça parfaitement.

15:12
Présentateur

Seulement vous, vous êtes resté en politique. Mais ajoutez quand même à Nicolas Hulot, à Colomb, à Bayrou, à Flessel, et la liste est si longue de ceux qui ont dû quitter ou qui ont choisi de quitter Emmanuel Macron.

15:23
Bruno Le Maire

Vous mettez dans le même sac des gens qui sont partis pour des raisons tout à fait différentes. En l'espèce, Sylvain Faure part pour des raisons personnelles. Et je connais suffisamment Sylvain Faure pour savoir que c'est d'abord sa famille et sa vie personnelle qui ont dicté ce choix.

15:38
Présentateur

Bruno Le Maire, on parle du contrôle des chômeurs, des réformes à venir, l'assurance chômage. Là, on a eu un décret le 30 décembre qui durcit les sanctions en cas du contrôle des chômeurs. Est-ce que c'est normal ? Est-ce que vous comprenez l'indignation ?

15:53
Bruno Le Maire

Non, je ne la comprends pas parce qu'il n'y a pas de durcissement des règles. Il y a des règles qui sont plus justes et plus efficaces, qui sont personnalisées, qui tiennent compte de la situation de chaque chômeur. Il y a une immense majorité de chômeurs qui vont régulièrement au Pôle emploi, qui recherchent un emploi. C'est l'immense majorité des chômeurs. Et puis, il y a une petite partie qui ne respecte pas nécessairement les règles. Une très petite partie. Une très petite partie. Certains parce qu'ils ne veulent pas les respecter, et d'autres parce qu'ils ne les connaissent même pas, parce qu'ils ne sont pas informés, parce qu'on ne leur a pas dit exactement ce qu'ils devaient faire.

Le système qui est mis en place va permettre de tenir compte de la situation personnelle de chaque chômeur, de l'accompagner, de lui apporter des réponses, notamment sur son bilan de compétences. Malgré tout. Si jamais, et si jamais, il ne respecte pas les règles alors qu'on a personnalisé l'accompagnement, il est juste que son indemnisation soit suspendue. Parce qu'il ne peut pas y avoir des devoirs s'il n'y a pas également des devoirs.

16:51
Présentateur

On est tous d'accord, mais on vous reproche souvent des 100 milliards d'euros de fraude fiscale par an, 1 milliard d'euros de fraude sociale.

17:00
Bruno Le Maire

Je suis, Alibadou, tout aussi déterminé à lutter contre l'évasion fiscale. J'en fais la priorité de 2019. Et dans le cadre du G7 dont nous aurons la présidence, nous allons travailler à un impôt minimum qui va s'imposer à toutes les multinationales et qui prévoira qu'aucune multinationale ne pourra plus installer son siège social dans un paradis fiscal, là où l'impôt est moins faible, sans devoir compenser le manque à gagner pour le trésor public français. C'est un travail considérable que nous allons mener au niveau international pour garantir une meilleure efficacité dans la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale. Donc croyez-moi, notre détermination là-dessus, elle est totale.

17:37
Présentateur

Bruno Le Maire, quand même sur les chômeurs, il n'y aura plus la référence au salaire antérieur. Ça sera difficile de refuser une offre d'emploi, puisque même si le salaire est inférieur, on dira non, elle est raisonnable cette offre d'emploi. Vous ne pouvez pas dire que ça n'a pas été durci.

17:49
Bruno Le Maire

Vous pourriez insister d'un autre côté sur le fait que, dans cette offre d'emploi raisonnable, qui est la clé de l'indemnisation du chômage, nous tiendrons davantage compte des compétences et de la situation personnelle de chaque chômeur. Là aussi, je crois que ce qui a été adopté est juste, équilibré et garantit l'efficacité du système.

18:07
Présentateur

La parole aux auditeurs. Bruno Le Maire, au filo standard, retrouvez Denis. Bonjour Denis.

18:13
Auditeur

Bonjour France Inter. Merci de prendre ma question. J'ai une question toute simple à poser à M. le ministre de l'Économie et des Finances, que je salue au passage sur votre antenne, pour lui dire ceci. Je suis jeune retraité. J'ai reçu ma retraite il y a un jour, ma retraite du mois précédent, c'est-à-dire au mois de décembre 2018. Et je constate qu'on m'applique déjà, comme à des millions de retraités, le prélèvement à la source alors que ça concerne des revenus 2018. Comment M.

le maire explique cette, entre guillemets, arnaque qui fait que tous les retraités de France vont être taxés du prélèvement à la source dès le mois de janvier 2019, alors qu'on devrait décaler d'un mois pour les retraités, puisqu'on va être imposé sur 13 mois. Je ne comprends pas cette chose-là, si ce n'est de penser, excusez-moi, que l'on prend les Français ou au mieux pour des ignorants, ou au pire pour des idiots. Mais je pense que M. le maire, ne pratiquez pas une langue de bois, répondez-moi. Est-ce que vous allez maintenir cette taxation sur le mois de janvier ? Merci.

19:20
Bruno Le Maire

Réponse Bruno Le Maire. M. le maire, je connais cette question, elle est posée par beaucoup de retraités. Vous n'allez rien perdre dans le passage au prélèvement à la source. Vous serez imposé, vous avez dit, sur 13 mois. Non, vous serez imposé sur 12 mois. Simplement, il y a un mois de décalage qui se retrouvera aussi à la fin de l'année 2019. Mais vous resterez imposé sur 12 mois et pas sur 13. Et vous ne perdrez rien dans le passage au prélèvement à la source.

19:43
Présentateur

Question qui concerne les GAFA. Est-ce que les GAFA que vous voulez taxer, Bruno Le Maire, ne sont pas plus forts que des États ? Comment est-ce que la France va s'y prendre, alors qu'il n'y a pas de consensus en Europe pour taxer ces entreprises, ces géants du numérique, pour taxer ces entreprises tellement fortes qu'on ne sait plus comment aller récupérer ce qui est dû au trésor public français ?

20:05
Bruno Le Maire

Bon, le vrai risque, vous avez raison. C'est que demain, des entreprises deviennent plus puissantes que des États. Sauf qu'il y a une grande différence, c'est que les États sont soumis au contrôle des citoyens et pas des entreprises. Donc il n'est pas acceptable que des entreprises aient demain plus de pouvoir que des États. Et il est encore moins acceptable que ceux qui font les profits les plus importants, ceux qui sont les plus riches, les Google, les Amazon, les Facebook, payent 14 points d'impôt de moins que n'importe quel PME de n'importe quelle ville, de France, d'Allemagne ou d'ailleurs.

Donc nous, nous mettrons en place, comme d'autres pays, l'Autriche vient de l'annoncer, une taxation nationale des géants du numérique qui s'appliquera au 1er janvier de cette année. Sur la base du chiffre d'affaires, c'est-à-dire qu'on prendra tout le chiffre d'affaires qu'a fait Google, Facebook, Amazon, Google, sur la France. Et nous taxerons le chiffre d'affaires que ces entreprises auront fait en France. Mais pour autant, je ne baisse pas les bras pour une solution européenne. Et j'aimerais que mes collègues européens et que les autres gouvernements qui hésitent encore, ils ne sont plus très nombreux, comprennent que ce qui se joue, c'est la conception que l'on a de l'Europe.

Est-ce que l'Europe est souveraine ? Est-ce qu'elle est capable d'être forte et puissante et d'imposer la même taxation aux géants du numérique que celle qu'elle impose à ses propres entreprises ? Je souhaite que d'ici le mois de mars de cette année, c'est-à-dire d'ici deux mois, nous ayons l'unanimité à 27, que les 27 États membres, pour la première fois depuis des années sur une question fiscale, soient capables de se mettre d'accord, d'adopter, parce que l'unanimité est nécessaire, et soient capables d'adopter la taxation des géants du numérique. L'autre conséquence que j'en tire...

21:38
Présentateur

Quel est votre espoir d'y arriver au mois de mars ? Ça fait des mois que vous en parlez, même l'Allemagne ne vous suit plus pour préserver son industrie automobile.

21:44
Bruno Le Maire

Ce n'est pas une question d'espoir, c'est une question de volonté et de détermination. Ma détermination à obtenir au mois de mars prochain l'unanimité des 27 sur une juste taxation des géants du numérique, elle est totale.

21:55
Présentateur

Mais quelles sont vos chances d'y arriver ? Pour l'instant, la France est obligée d'y aller toute seule, il n'y a guère que l'Autriche qui la suive.

22:01
Bruno Le Maire

Mais nous n'y allons pas seuls. Aujourd'hui, il reste trois ou quatre États qui sont encore hostiles à cette taxation européenne des géants du numérique. Nous avons réussi à trouver un accord avec l'Allemagne. Parce que je souhaite être certain que dès le 1er janvier 2019, il y aura bien une taxation des géants du numérique. Mais je ne renonce pas à ce qu'il y ait une solution européenne. Et je vais vous dire, j'en tire une conséquence très simple. L'unanimité en matière fiscale, ce n'est pas la bonne solution.

Et si nous voulons que l'Europe soit capable d'être forte, d'être souveraine, de peser face à la Chine et face aux États-Unis, ce qui est tout de même le grand enjeu de l'année 2019 et des années à venir, il faut qu'un plus grand nombre de décisions soient prises à la majorité, majorité qualifiée ou majorité simple, pour que nous puissions avancer. Si on veut demain une politique industrielle, pour avoir des géants industriels face aux géants chinois ou américains, il faut que nous soyons capables de décider beaucoup plus vite que nous le faisons aujourd'hui.

22:56
Présentateur

Et quel est le poids de la voie de la France aujourd'hui en Europe pour faire bouger les règles ? On sait que vous avez longtemps répété que notre capacité à tenir nos engagements budgétaires, c'était ça, la confiance des Européens. Et bien là, on va les dépasser. La France va arriver à 100% de dette. Est-ce qu'aujourd'hui, la voie de la France, la voie de Paris, n'a pas perdu beaucoup de poids ?

23:13
Bruno Le Maire

Nous respectons nos engagements européens. Et si je me bats avec autant de force pour que nous réduisions notre dépense publique, que les finances publiques soient bien tenues, c'est d'abord parce que c'est l'intérêt des Français. Et qu'on voit bien depuis des années qu'on a eu beau dépenser de plus en plus d'argent public, approcher les 100% de dette publique, ça n'a pas amélioré la situation des Français. Donc je le fais d'abord pour les Français, mais respecter nos engagements européens du point de vue budgétaire, c'est aussi garder notre crédibilité politique.

Et nous respecterons en 2019, comme en 2018, comme en 2017, nos engagements budgétaires européens pour avoir cette crédibilité politique.

23:47
Présentateur

On retourne au standard, Bruno Le Maire, pour retrouver Denis. Bonjour Denis. Oui, bonjour. Vous avez une question pour le ministre de l'Economie.

23:55
Auditeur

Oui, tout à fait. Bonjour Monsieur Le Maire, Monsieur le Ministre. Voilà. Plus ou moins une remarque, plus qu'une question. Donc je suis inscrit comme demandeur d'emploi depuis fin 2014. Et le paradoxe dans ce pays, c'est que je fais partie de ceux qui attendent de recevoir une offre. Pourquoi pas ? Mais je n'attends pas la maison. Je travaille majoritairement en tant qu'intérimaire, mais n'ai jamais reçu une offre depuis mon inscription. Et j'ai une autre question, plus ou moins...

24:25
Présentateur

Laissez d'abord Bruno Le Maire répondre à cette première question très forte. Que répondez-vous à Denis ?

24:29
Bruno Le Maire

D'abord, est-ce que je peux vous demander dans quel domaine vous travaillez et avec quelle qualification ? Parce que de toute façon, je le redis, le contrôle tel qu'il est mis en place, il concerne les gens qui ne cherchent pas un emploi ou qui ont abandonné la recherche d'emploi pour les inciter à à nouveau s'inscrire à Pôle emploi. Ce n'est pas du tout votre cas, donc vous n'êtes pas concerné par ces nouvelles règles. Mais dans quel secteur de travail est-ce que vous êtes ?

24:53
Auditeur

Dans le bâtiment, je suis électricien.

24:57
Bruno Le Maire

Et donc Bruno Le Maire ? Je suis surpris que vous ne trouviez pas d'emploi parce que je vois de l'autre côté beaucoup de PME du bâtiment.

25:03
Présentateur

Pas de l'autre côté de la rue, je fais les choses de dire un peu facilement, mais ne reprenez pas le discours du président de la République.

25:10
Bruno Le Maire

Je vois du côté des entrepreneurs, du bâtiment, des travaux publics, un nombre d'entreprises très important qui cherchent justement ce type de qualification.

25:19
Présentateur

On va devoir en rester là malheureusement. On a l'impression à vous lire, à lire Paul, qui parait donc chez Gallimard, Bruno Le Maire, d'un livre assez mélancolique. Un livre d'un homme qui est censé être un homme d'action, mais qui préfère se réfugier dans les arts, dans la musique, dans la lecture. On ne vous sent pas dévoré par la passion politique, comme si vous ne croyez pas que la politique pouvait changer la vie.

25:41
Bruno Le Maire

Je me trompe, c'est un sentiment de lecteur ? Non, vous vous trompez. Mais la politique, ce n'est pas une passion. C'est un engagement. Un engagement de tous les instants. Ce livre, il a été écrit pendant mes vacances d'été, pas sur mes horaires de travail. Je tiens à le préciser, parce que j'ai vu que parfois certains se posaient la question, mais chacun fait ce qu'il veut de ses vacances d'été. Au moins, vous l'avez écrit. J'écris un livre, mais mon engagement, il est total. Ma détermination à changer les choses, elle est absolument totale. Moi, je crois dans la noblesse et dans l'efficacité de l'engagement politique.

Mais je mesure aussi de plus en plus que nous ne sommes efficaces que par notre capacité à convaincre.

26:16
Présentateur

Merci infiniment d'avoir été l'invité de France Inter ce matin, Bruno Le Maire. Paul, une amitié, c'est donc le récit que vous publiez chez Gallimard.