"Margaret Thatcher sous stéroïdes" : Paul Elek décrypte le "One man show" de Macron
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 85 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Qu'as-tu retenu de ce discours ?
- 11:05OuverteRéponse directe
Quelle réaction face aux problèmes de forme de la conférence de presse ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:38Invité politiqueFait
« il y avait une tentative de copier ou de se donner des accents gaulliens »
- 3:02Invité politiqueFait
« le fond de mon programme, c'est pour que la France reste la France »
- 3:39InvitéFait
« Avoir une France plus forte, c'est aussi assurer l'ordre. »
- 3:55InvitéFait
« L'ordre en contrôlant mieux nos frontières, grâce aux textes que nous avons pu voter en France »
- 3:58InvitéChiffre
« L'ordre en luttant contre les incivilités, grâce à un doublement de la présence policière dans nos rues. »
- 4:30InvitéChiffre
« À partir de la semaine prochaine, dix opérations de ce type seront conduites chaque semaine. »
- 5:56InvitéFait
« Car le monde est en train d'accélérer. Regardez la Chine ou les États-Unis d'Amérique. »
- 6:05InvitéFait
« Pour cela, nous mettrons fin aux normes inutiles. »
- 7:50InvitéChiffre
« Il est déjà conditionné à des durées. Aujourd'hui, il faut cinq ans pour toucher le RSA ou la prime d'activité. »
- 10:02Invité politiqueFait
« C'est-à-dire que déjà, le vocabulaire guerrier devrait nous empêcher et nous empêcher de prendre cette proposition au sérieux. »
Temps de parole
- Invité politique59 %
- Invité32 %
- Présentateur9 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Alors Paul, tu as regardé la conférence de presse d'Emmanuel Macron avec un grand intérêt, la main sur le cœur, le menton levé, mais plus sérieusement Paul, qu'as-tu retenu de ce discours ?
D'abord sur la forme, peut-être une petite remarque, le monde l'a remarqué également, il y avait une tentative de copier ou de se donner des accents gaulliens, une table rehaussée, des ministres au garde-à-vous en train d'écouter sagement, des journalistes un peu espacés dans la salle, mais je vais le dire, derrière la farce gaulliste, en fait ce qui m'intéressait plutôt de parler du fond, et dans le fond j'ai fait un emprunt, je dois le dire, au philosophe Alain Badiou qui dans un livre de 2007, de quoi Sarkozy est-il le nom, parlait de pétainisme transcendantal.
Alors le mot est sorti, mais il voulait dire, je cite le philosophe, qu'il s'agissait de la forme historique de la conscience des gens dans notre vieux pays fatigué, quand le sourd sentiment d'une crise, d'un péril, les fait s'abandonner aux propositions d'un aventurier qui leur promet sa protection et la restauration de l'ordre ancien. Et finalement c'est cette capacité subjective à jouer sur l'envie d'une partie d'électeurs réactionnaires d'entendre des réponses, et qui, lorsqu'il y a crise sociale, dénonce une crise morale.
On va le revoir plus en détail avec des extraits, mais sur la question de la natalité, sur la question des thèmes qui ont été avancés, et qui en fait se présente, cette conférence de presse, comme un moyen d'organiser l'arc réactionnaire qu'il construit depuis le premier quinquennat, à savoir une alliance des droites et de l'extrême droite, comme on l'avait très bien vu, sur la loi immigration. Mais donc du coup, ce pétainisme subjectif, je ne vais pas juste l'en accuser, je vais essayer de vous le montrer avec quelques extraits, et on peut commencer d'abord par le premier extrait tout de suite.
Dans les mois, dans les années à venir, se décidera le destin des prochaines générations, c'est tout l'enjeu, c'est tout notre défi. Voilà pourquoi nous sommes là, voilà pourquoi démocrates, écologistes, républicains, se rassemblent autour d'un même projet pour agir au service des Français. Et au fond, avec une ligne simple, pour que la France reste la France. Pour que la France demeure cette nation du bon sens, de résistance et des lumières.
Le Premier ministre aura à détailler, les jours qui viennent, après un travail avec les ministres de son gouvernement, la force politique et tout particulièrement sa majorité au Parlement et les groupes aussi au Sénat, le calendrier de l'action qui est la sienne et l'exposera lors de sa déclaration de politique générale. Je veux ici essayer de dire le sens profond de cette action, rendre au fond la France plus forte et plus juste.
Bon alors, deux informations dans cet extrait. D'abord, que le Premier ministre, objectivement, ne sert à rien, puisque Emmanuel Macron vient d'expliquer que c'est lui qui va présenter la politique générale, qu'il intente de faire suivre et organiser par le Premier ministre. Mais vous l'avez entendu, il a dit, le fond de mon programme, c'est pour que la France reste la France. Un slogan de la campagne d'Éric Zemmour repris à un slogan des Républicains, qui avaient eux-mêmes copié le Rassemblement National, lorsqu'on parle de construction d'un arc réactionnaire, tout est là.
Il aura beau dire qu'il se rassemble avec des démocrates, dans la Macronie on en connaît peu, des Républicains, sans doute les nouveaux ministres de droite du gouvernement, et des Écolos, on n'en a toujours pas vu. Mais le sens de l'arc réactionnaire, c'est bien celui d'une réaction. Et puis, il faut parler à cet électorat réactionnaire, et donc du coup, on regarde le deuxième extrait où il nous parle de l'ordre.
« Avoir une France plus forte, c'est aussi assurer l'ordre. L'ordre en contrôlant mieux nos frontières, grâce aux textes que nous avons pu voter en France, comme ceux que nous avons votés au niveau européen, et la poursuite aussi de ce que nous avons renforcé ces dernières années. L'ordre en luttant contre les incivilités, grâce à un doublement de la présence policière dans nos rues. C'est le cœur de la stratégie annoncée il y a quelques années à Roubaix, par les emplois créés et les réformes conduites.
L'ordre en luttant contre la drogue, qui ces dernières années se déploie pas simplement dans les grandes villes, mais dans des villes moyennes qui la connaissaient moins, parfois même dans des villages, grâce à la multiplication des opérations place nette, frappant les narcotrafiquants, qui se conduiront dans toutes les catégories de villes. Et nous allons accroître le rythme. À partir de la semaine prochaine, dix opérations de ce type seront conduites chaque semaine.
L'ordre, en luttant aussi contre l'islam radical, en appliquant méthodiquement la loi que nous avons votée il y a maintenant un peu plus de deux ans, qui nous a permis de fermer des associations, des établissements qui ne respectaient pas les règles de la République, qui nous a permis aussi de mettre fin, depuis le 1er janvier, au système des imams détachés. Nous tiendrons cette ligne de fermeté républicaine.
Bon, vous l'avez compris, Emmanuel Macron se présente comme le parti de l'ordre. Il appelle à soi tout l'électorat réactionnaire qu'il avait déjà en partie récupéré, en siphonnant François Fillon dès 2022. Mais, je veux dire, sécurité, police, drogue, question des frontières, avec l'auto-satisfait kit sur la question de la loi d'immigration. Et puis, bien entendu, l'épouvantail islamiste pour compléter le tableau. Donc, le message est clair, à droite toute, à moins qu'Éric Ciotti ait récupéré une perruque et se soit pris pour le président de la République hier soir. Mais je pense que, finalement, on va voir qu'on continue sur les fondamentaux.
Et là, on a parlé ordre et patrie, même si je ne suis pas rentré sur les détails de la question de la nativité qu'on traitera après. Et maintenant, on va parler travail avec le prochain extrait.
Nous avons déjà beaucoup fait et nous ferons beaucoup plus. D'abord, nous poursuivrons les investissements commencés, les réformes engagées. Mais je souhaite que nous puissions accélérer. Car le monde est en train d'accélérer. Regardez la Chine ou les États-Unis d'Amérique. Sur ces technologies, ils vont beaucoup plus vite que nous, Européens et Français. Pour cela, nous mettrons fin aux normes inutiles. Il y a encore trop de complexités qui découragent les entrepreneurs, les industriels, les commerçants, les agriculteurs, les artisans, les maires, ceux qui font. Ces complexités, bien souvent, protègent des rentes. Des statuts. Des situations établies.
Et nous ne pouvons plus nous le permettre. C'est pourquoi je demande au gouvernement de supprimer des normes, réduire des délais, faciliter encore les embauches, augmenter tous les seuils de déclenchement d'obligations. C'est au fond la France du bon sens plutôt que la France des tracas. Vieilles anciennes, diront certains. Je crois effectivement qu'en la matière, nous avons eu trop de tabous. C'est pourquoi je demande au gouvernement de porter un acte 2 d'une loi pour la croissance, l'activité et les opportunités économiques pour permettre de libérer davantage encore ceux qui font, qui innovent, qui osent, qui travaillent.
Bon, vous l'avez compris, c'est la partie Thatcher sous stéroïde, le programme néolibéral bien enfoncé et chevillé au corps. Mais il faut écouter ce qu'il dit. Il dit qu'il y a des statuts qui sont autant de rentes. Ça veut dire que dès son premier quinquennat, il s'y était attaqué. Il avait supprimé le statut des cheminots à la CNSEF. Il avait fait la loi travail. Et là, ce qu'il nous propose, c'est de continuer à démanteler systématiquement les droits sociaux des travailleurs, c'est-à-dire les capacités de mener le combat dans le monde économique, dans les entreprises contre l'exploitation du travail. Et il faut le comprendre sous ce mot, simplification.
Lorsqu'un néolibéral vous dit simplification, c'est qu'il s'apprête à tout détruire. Donc, il a fait la patrie, il a fait le travail. Maintenant, on va regarder ce qu'il nous dit de la patrie avec le quatrième extrait.
L'accès à des prestations dans notre pays, il est déjà conditionné à des durées. Il est déjà conditionné à des durées. Aujourd'hui, il faut cinq ans pour toucher le RSA ou la prime d'activité. Et il y a beaucoup d'autres prestations, contributives ou non-contributives, où il y a des délais. Il faut que tout ça se fasse dans les règles. Est-ce que c'était un souhait de la majorité du gouvernement ? La réponse est non. Est-ce que c'était poussé par des oppositions ? La réponse est oui. Est-ce que ça a été mis dans la balance d'un compromis qu'il fallait dans une majorité relative pour avancer ? Oui. Est-ce que je pense qu'il fallait avoir un accord sur ce texte ? Oui.
On va attendre d'abord qu'il soit soumis au contrôle constitutionnel. On en parlera après. Aujourd'hui, dans notre pays, il y a des délais de résidence, parfois de travail, pour avoir accès à des prestations, y compris au quotidien. Et est-ce que c'est injuste ? Ma réponse est non. Ce n'est pas toujours aberrant.
Bon, là, c'est le moment où, pour la première fois déjà, Emmanuel Macron reconnaît une majorité relative, un peu en difficulté. Mais dans quel but ? Dans le but de dire que c'est à cause de l'opposition de droite qu'il est obligé de reprendre la préférence nationale, ou en tout cas des dispositions différentes pour l'accès à des prestations sociales pour les personnes étrangères. Ce qui est intéressant, c'est qu'encore une fois, c'est le cœur de l'histoire aujourd'hui de la bourgeoisie, à savoir, nous sommes dans un pays où il y a une pénurie.
Une pénurie de ressources, auxquelles vous pouvez avoir accès, et bien entendu, une pénurie de droits, qu'elle organise également, en faisant reculer les droits ou en refusant d'en créer de nouveaux. Et c'est sur cette pénurie-là que va venir se loger la préférence nationale, puisqu'en fait, cette proposition, c'est quoi ? C'est le pacte racial que propose le Rassemblement National. S'il y a pénurie, on ne la conteste pas, on ne demande pas plus, mais on va réorganiser l'héarchie entre les individus en disant, sacrifiez les étrangers et vous ne serez plus les derniers.
Et finalement, c'est pour ça que cette proposition est dure, mais est reprise par le gouvernement, parce que lorsqu'on s'attaque à sa politique sociale, et bien, autant organiser la pénurie et autant reprendre cette préférence nationale plutôt que de lâcher du lest et d'ouvrir de nouveaux droits. Bon, c'était des extraits, mais on ne pourrait pas aller encore longtemps. On est obligé quand même de parler du dernier triptyque, la famille, un réarmement démographique. C'est-à-dire que déjà, le vocabulaire guerrier devrait nous empêcher et nous empêcher de prendre cette proposition au sérieux.
Mais déjà, ces appels moraux à demander aux femmes finalement d'avoir des enfants, puis ensuite de contrôler le temps qu'ils passent devant les écrans. On ne sait pas comment ils vont faire. On va leur demander, dire, est-ce que c'est une prévision ? On prévoit d'avoir des enfants, puis après, on organise le temps d'écran. On voit bien que tous ces arguments moraux, ça sonne encore une fois comme un vieillère de la vieille France. Et c'est encore une fois pour constituer l'arc réactionnaire.
Emmanuel Macron qui n'a pas d'enfant au passage. Paul, je me permets de mentionner aussi les différents problèmes qui ont été soulevés par nos consoeurs et confrères au niveau de la forme de cette conférence de presse. Les journalistes ont été déçus de ne pas pouvoir poser des questions alors qu'ils avaient réclamé ce micro cet après-midi. Nos confrères d'arrêt sur image ont publié un article affirmant que les questions étaient connues à l'avance par les attachés de presse de l'Elysée. Et de notre côté, nous avons été complètement privés de cette conférence puisque notre accréditation a été refusée. Une réaction rapide peut-être pas.
Oui, encore une fois, une forme de démocratie présidentielle. C'est-à-dire que c'est le président qui décide et on appelle ça démocratie.
Et alors avant de conclure, on aimerait revenir aussi sur un article que tu as écrit pour la revue Position. Le titre, c'est « Sur l'arc réactionnaire, quelques thèses à propos de la crise politique en 2024 ».
Oui, là j'ai essayé de montrer qu'on pouvait prendre des extraits de Macron et essayer de comprendre comment il va développer un discours réactionnaire, comment vraiment il vient sur le terrain de la droite et de l'extrême droite parce que c'est le recours qu'il a trouvé aujourd'hui pour essayer de se renouveler en situation de majorité partielle.
Dans cet article de la revue Position, je vous invite à aller le lire et vous pouvez aller suivre sur les réseaux sociaux, c'est une réflexion qui peut montrer qu'on peut aller au-delà et essayer de comprendre comment ces déplacements idéologiques ne sont pas simplement de la com politique, chose à laquelle on a beaucoup été habitués avec la Macronie, mais sont des stratégies réelles pour pouvoir organiser la base sociale de ce projet, c'est-à-dire organiser des alliances avec certaines fractions de classes dans la société qui vont ensuite se transformer en blocs électoraux et en fait en majorité pour gouverner le pays.
Or, cet alignement idéologique entre la droite, l'extrême droite et les 50 nuances de réactionnaires qui sont en train de s'organiser à travers la faiblesse de la majorité à l'Assemblée produisent une possibilité de voir un arc réactionnaire extrêmement dangereux, revitalisé en reprenant les propositions de l'extrême droite par le pouvoir et ça impose des défis. Donc dans cet article, j'essaye de regarder les conditions, comment ça s'est créé, et puis j'essaye de regarder quels sont les défis pour la gauche, pour le bloc social progressiste qui avait été présent dans les différentes échanges électorales et également du côté de la mobilisation dans le mouvement social.
Merci beaucoup Paul et Lecq d'avoir décrypté pour nous les grandes allonces d'Emmanuel Macron qui a fait ressusciter, pour résumer, le maréchal Pétain. Sous-titrage Société Radio-Canada
Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada