À qui profite le remboursements des médicaments anti-obésité ?
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France Culture, question du soir, Mathéo Caranta. Depuis lundi le 15 juin 2026, les médicaments anti-obésité Végovi et Mounjarro sont remboursés à hauteur de 65% pour les personnes souffrant d'une obésité massive avec une IMC d'au moins 35. La France, par la voix de sa ministre de la Santé, se targue d'être le premier pays de l'Union Européenne à rembourser ce type de médicaments. Un remboursement attendu par les patients pour un traitement qui coûte plusieurs centaines d'euros et affiche pour l'heure des résultats encourageants.
Seulement voilà, ces médicaments ne soignent pas l'obésité elle-même, ils la réduisent seulement, créant ainsi un lien de dépendance des patients et de l'État qui les rembourse au laboratoire pharmaceutique. Et pose le dilemme suivant, les bénéfices cliniques de ces médicaments sont-ils à la hauteur d'une éventuelle dérive de la dépense publique en matière de santé ? Alors faut-il croire au remède miracle ? Comment penser une politique de santé publique de l'obésité ? A qui profite le remboursement des médicaments anti-obésité ? C'est la conversation que nous vous proposons ce soir. Et avec nous pour en parler, deux invités. Étienne Nougues, bonsoir. Bonsoir.
Vous êtes sociologue, chercheur au CNRS, co-directeur de l'axe politique de santé du LIEP et enseignant à Sciences Po. A votre vis-à-vis se trouve Jean-Michel Aupert. Bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes professeur de nutrition à la faculté de santé de Sorbonne Université, médecin dans le service de nutrition de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Merci à vous deux d'avoir accepté notre invitation dans Question du Soir. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 19h.
Avec le Ouigovie, oui, j'ai perdu une quinzaine de kilos, ce qui n'était quand même pas négligeable. Et je l'ai ressenti aussi d'un point de vue de ma mobilité, d'un point de vue de l'apnée au sommeil, puisque je faisais de l'apnée assez importante. Et donc avec ce médicament, l'apnée avait quasiment disparu. Voilà, enfin bon, j'avais quand même pas mal d'améliorations observées d'un point de vue de la santé. Déjà, c'est une réduction de l'appétit, une satiété qui vient plus vite et un apaisement avec la nourriture. En deux ans, j'ai dû perdre à peu près 23 kilos. Plus on augmente de doses, plus le prix augmente. Et là, sur 10 mg où je suis actuellement, je suis à 359 euros par mois.
Ce n'est pas accessible à tout le monde, en fait, ce traitement. Quand j'ai arrêté, le poids a augmenté très vite. Je dirais, au bout d'un mois, non seulement c'est remonté très vite, mais en plus, les bénéfices que j'avais pu ressentir avec la perte de poids du Ouigovie sont très vite disparus. Les soufflements, c'est aussi compliqué. L'asthme est revenu, c'est angoissant. Je ne sais pas quel mot on peut réussir, mais c'est vrai qu'on avait démarré quelque chose, un traitement. Et puis, au bout d'un certain temps, on vous dit, non, finalement, le traitement s'arrête. Débrouillez-vous, quoi.
Voilà pour des témoignages de patientes ayant pris des médicaments anti-obésité. C'était « En deux ans, j'ai perdu 23 kilos » sur BFM TV, reportage du 28 mai 2026. Jean-Michel Aupère, pourquoi ces deux médicaments-là et pas d'autres ? Pourquoi le VEGOVI et le MUNJARO, pour reprendre le nom de ces médicaments et pas d'autres ?
Parce que ce sont les médicaments qui ont le stade de développement le plus avancé, qui ont été testés sur de très nombreuses populations, et dont les résultats dont on vient d'entendre le témoignage sur la perte de poids sont très significatifs. Donc, effectivement, comme ça a été dit, les personnes qui prennent ces médicaments peuvent expérimenter des pertes de poids de 10 à 20 % de leur poids, ce qui est tout à fait inédit pour ce genre de produit, parce qu'on est presque dans des pertes de poids qui ressemblent à celles qu'on peut obtenir par la chirurgie. Donc, quand on réduit l'estomac pour perdre du poids.
Et donc, effectivement, ces médicaments ont une efficacité réelle sur le poids, substantielle. Ils agissent sur la faim et la satiété, et ils ont des effets secondaires, dont on reparlera certainement, mais qui sont, pour la majorité d'entre eux, plutôt tolérables, sans signal vraiment de danger majeur de ces produits.
Vous considérez aujourd'hui qu'il y a le recul scientifique suffisant vis-à-vis de ces médicaments pour en autoriser non seulement la commercialisation, mais également le remboursement par l'État ?
L'exposition à ces médicaments est absolument massive. Elle concerne des millions de personnes, puisque ces médicaments ont d'abord été utilisés dans l'indication diabète, avant d'être utilisés dans l'indication obésité. Et donc, ces médicaments sont connus depuis au mois 2019 en France, pour leur commercialisation dans le diabète. Donc, il y a quand même un recul assez important pour ce type de produit.
Quelles conditions le patient doit-il remplir, Étienne Nouguez, pour avoir accès à ces médicaments ? De quelle manière est-ce qu'on a décidé qui allait pouvoir donner ces ordonnances à quel patient ? Oui, alors il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer l'accès aux médicaments, qui se fait sur prescription, et l'accès aux remboursements. L'accès aux remboursements est plus restreint que l'accès aux médicaments sans remboursement. Pour l'accès aux remboursements, les pouvoirs publics et les autorités sanitaires ont mis beaucoup de conditions. La première, c'est d'avoir un indice de masse corporelle supérieur à 40. Qu'est-ce que ça veut dire un indice corporel ?
Alors, l'indice de masse corporelle, c'est un indicateur qui d'ailleurs est assez frustre, mais qui ramène le poids de la personne à sa taille au carré. Et donc, c'est une approximation de la corpulence. Alors, c'est une approximation, je le dis, parce qu'on sait que ça ne fait pas la différence, par exemple, entre le gras et le muscle. Donc, souvent, les athlètes de haut niveau ont des IMC de personnes obèses parce que leur poids est très important par rapport à leur taille. C'est une digression. Mais donc, un IMC supérieur à 40, c'est ce qu'on appelle de l'obésité massive.
Et sinon, ça peut être à partir de 35, donc ce qu'on appelle l'obésité sévère, s'il y a une autre pathologie qui est associée, ce dont on a entendu parler dans l'extrait que vous avez diffusé, qui peut être l'apnée du sommeil, le diabète, des risques cardiovasculaires, etc. Donc, ça, c'est pour accéder au remboursement. Mais dans l'autorisation de mise sur le marché du médicament, on peut y accéder dès un IMC de 27, qui est en fait le surpoids, dès lors qu'il y a une pathologie qui est associée là aussi, type diabète, etc. Et donc, ça, c'est pour ce qui est de l'accès au remboursement ou l'accès au médicament. Ensuite, il y a la question de la prescription.
Comme, en fait, il y a des risques importants de détournement de ces produits pour des enjeux esthétiques ou des enjeux, alors je n'aime pas ce terme, mais qu'on va qualifier de confort, je récuse ce terme, mais disons pour des enjeux autres que des enjeux purement médicaux, on va dire. Il y a, on l'a vu déjà aux Etats-Unis, une mode, alors c'est un autre médicament qui est purement un anti-diabétique, pour le coup, qui s'appelle le Losempic, qui avait été élaboré par le même laboratoire. Oui, et qui a le même principe actif, en fait. Qui a le même principe actif, qui était défendu par Elon Musk, Ofra Winfrey, Robbie Williams, Serena Williams, des stars américaines comme ça.
Et il y a plusieurs articles qui racontent que la Californie, Los Angeles, s'est transformée en un monde de... le culte de la minceur est revenu avec ses médicaments sur le marché. Il y a une énorme influence des influenceurs, c'est le cas de le dire, sur les réseaux sociaux, qui promeuvent ces produits-là. Et donc, il y a ces risques-là, en fait, d'un mésusage.
Et c'est pour ça que la question de la prescription a été mise en œuvre, sachant que pour le remboursement, ce ne sera pas les médecins généralistes qui pourront initier le traitement, mais en fait des centres spécialisés dans la prise en charge de l'obésité ou des médecins comme le professeur Auperte qui sont spécialistes en endocrinologie et en nutrition. Justement, Jean-Michel Auperte, comment est-ce que vous décidez de prescrire ces médicaments ou non à vos patients ? Quels sont les facteurs, les critères que vous utilisez ?
Alors, juste, si je peux revenir sur les critères de remboursement, donc, effectivement, ces critères ont été décidés par les autorités sanitaires pour que le remboursement concerne les personnes qui en auront a priori le plus besoin. Donc, c'est quand même le raisonnement qui a été tenu. Compte tenu du coût des produits, c'est naturel, on peut imaginer qu'il n'est pas possible de rembourser toutes les prescriptions. Et donc, ces critères qui ont été retenus, en fait, ce sont les mêmes critères que ceux qui sont utilisés pour donner accès à la chirurgie bariatrique qui, elle, est remboursée.
Donc, il y a aussi un principe d'équité qu'il y avait une différence entre le fait que la chirurgie était remboursée pour ces mêmes indications, qui ont été évoquées. MC supérieur à 40, MC supérieur à 35 avec des pathologies. Et donc, les médicaments, eux, ne l'étaient pas. Donc, là, il y a une sorte d'équité qui a été rétablie en essayant de favoriser l'accès à ceux qui en ont le plus besoin. Donc, alors, pour répondre à votre question sur les conditions de la prescription en pratique médicale, donc, il faut quand même comprendre que la prise en charge de l'obésité, c'est une prise en charge globale. Donc, on ne commence pas par donner un médicament.
Donc, il s'agit de prendre l'individu dans sa globalité, dans son histoire de poids, dans son histoire de santé et dans son histoire de vie. Et en ayant fait cette analyse, les premières mesures qui sont proposées, ce sont des mesures sur le mode de vie, donc qui concernent l'alimentation et l'activité physique, un support psychologique. Et effectivement, si ces mesures ne permettent pas d'avoir une perte de poids au moins de 5%, c'est ce qu'il y a aussi dans les indications, à ce moment-là, on peut envisager d'autres méthodes comme les médicaments. Mais c'est vraiment important de redire que la prescription de ce médicament n'a de sens que dans le cas d'une prise en charge globale.
Je vous propose d'écouter à ce propos Karine Clément, professeure en nutrition. On est inégo. On est inégo face à un environnement favorisant l'obésité. Cette inégalité, elle est liée à nos multiples gènes, mais également la façon dont on va répondre au stress de l'environnement, aux événements de vie. Et il y a une inégalité à la fois biologique, mais on pourrait dire sociale, qui est en relation avec le développement de l'obésité. L'obésité n'est pas une maladie de la volonté. On a tendance à résumer à l'obésité, c'est une maladie parce que je mange trop et je dépense pas assez. C'est bien plus compliqué que ça. L'obésité n'est pas une maladie du trop-manger, Étienne Nouguès.
Est-ce qu'on a des chiffres de l'obésité en France ? Quelle part de la population va être amenée à prendre ces produits ? Alors, les chiffres qu'on a sur la prévalence de l'obésité et du surpoids, je veux pas dire de bêtises, donc je parle sous votre contrôle, professeur Operte, mais je crois que dans la population adulte, en 2020, on était autour de 17% de la population adulte, mais je voudrais vraiment revenir sur ce qu'a dit le professeur Operte que je trouve fondamental qui est toutes les personnes en surpoids ou obèses ne sont pas destinées à prendre ces médicaments. Il y a d'autres solutions. Est-ce qu'on évalue aujourd'hui le nombre de personnes qui seraient amenées à les prendre ?
La ministre de la Santé a avancé le chiffre d'un million, je crois, de personnes qui seraient susceptibles d'accéder au remboursement. Mais en réalité, le chiffre est plus élevé, ou 160 000, je ne sais plus. C'est un million. C'est un million, oui, c'est ça. Mais en fait, on n'a pas vraiment d'idées parce qu'il ne suffit pas justement d'avoir un IMC supérieur à 35. Il faut aussi s'inscrire dans des circuits de prise en charge.
Et c'est vrai qu'en réduisant l'initiation de ces traitements aux centres de prise en charge de l'obésité et aux spécialistes en charge de l'obésité, en fait, on crée un peu un goulot d'étranglement parce que ce sont des centres et des spécialistes où parfois il y a une longue liste d'attentes. Et donc, si on avait ouvert aux médecins généralistes, sans doute que le mouvement aurait été beaucoup plus rapide et beaucoup plus vaste. Mais c'était aussi une des craintes, je pense, qu'avaient les pouvoirs publics de trop ouvrir en fait l'accès au remboursement.
Ça aurait entraîné des dépenses très importantes pour la sécurité sociale et peut-être aussi des risques de prescriptions un peu trop vastes et pas assez contrôlés. Vous avez vécu là dans votre service, Jean-Michel Aupère, de goulots d'étranglement, d'une plus forte demande d'accès à ces médicaments, de ce que vous n'êtes capable d'accueillir, comprendre et accompagner les patients sur une éventuelle prescription ?
Alors, effectivement, dans un centre spécialisé de prise en charge de l'obésité, on est en première ligne. Comme ça a été dit, la primo-prescription est réservée à ces centres mais le renouvellement peut être fait par n'importe quel médecin.
Donc, alors là, c'est difficile de vous répondre puisque c'est lundi que le remboursement a été autorisé mais je peux vous dire que dans notre service, effectivement, depuis lundi, on reçoit beaucoup plus que des dizaines d'appels et effectivement, on essaye de répondre le mieux qu'on peut à la demande d'abord aussi de beaucoup de nos patients qui ne pouvaient pas avoir accès aux médicaments, des patients qu'on suit déjà et donc, encore une fois, l'idée, c'est de donner accès à ceux qui en ont le plus besoin et par rapport à la prévalence de l'obésité, comme on le disait tout à l'heure, elle est 17% en moyenne dans la population adulte en France.
Ça veut dire combien de personnes ? Ça veut dire à peu près
8 à 9 millions de personnes en France. Mais un des éléments vraiment importants, c'est qu'il y a un gradient social, c'est-à-dire que la prévalence est beaucoup plus élevée dans les catégories socio-économiquement défavorisées et ce gradient social au cours des 20-25 dernières années, il s'est accru. C'est-à-dire qu'il y a plus de gradients, il y a plus de différences entre les catégories favorisées et défavorisées socio-économiquement aujourd'hui qu'il y a 25 ans en termes de fréquence de l'obésité.
Donc ça, c'est un élément vraiment très important à prendre et comme nous, notre service, donc on est dans le service public et donc beaucoup de nos patients sont effectivement dans des situations socio-économiques parfois difficiles et donc c'est cette catégorie de patients avec des obésités sévères, avec des pathologies associées parfois graves qui a le plus besoin du médicament et donc je crois que c'est un peu l'esprit qui a été suivi quand même d'essayer de donner accès à ceux qui en avaient le plus besoin.
Etienne Nougas, vous souhaitez réagir ? Oui, parce que c'est tout à fait dans le sens, c'est-à-dire que ce gradient social dont il vient d'être question, il se redouble du coup des inégalités socio-économiques qui sont maintenant très documentées sur l'accès aux soins et un traitement à 400 ou 500 euros. Beaucoup de personnes ne pouvaient pas se l'offrir en fait quand il n'était pas remboursé.
Donc il y a un vrai enjeu effectivement de comment dirais-je, d'égalisation des conditions qui est à la fois d'agir sur l'obésité mais aussi de donner les moyens aux personnes qui ont le plus de risques d'être obèses mais qui ont aussi le plus de risques de ne pas être en capacité de lutter contre cette obésité d'accéder à ces produits-là. Mais aussi à ces prises en charge plus globales et pas simplement juste aux médicaments. Alors il y a toute une histoire de ces médicaments amincissants déjà avec les médicaments arc-en-ciel dans les années 40 aux Etats-Unis qui ont produit beaucoup de morts.
Il y avait évidemment l'exemple du Mediator en France, ce médicament anti-diabète qui a été donné qui a fait des milliers de morts. Est-ce que cela revient dans les esprits et de quelle manière peut-on s'assurer que nous ne sommes pas en train de courir le même type de risque avec ces nouveaux médicaments ? Jean-Michel Lopère.
Alors effectivement, l'ensemble des produits qui ont été commercialisés antérieurement pour l'indication obésité, ce qui n'était pas le cas du Mediator mais on a un spécialiste de l'histoire du Mediator ici donc Mediator était plutôt commercialisé dans l'indication diabète, syndrome métabolique mais les autres médicaments effectivement qui ont été commercialisés dans l'indication obésité qui parfois ont eu une diffusion très importante se sont effectivement tous révélés avoir des effets secondaires graves donc qui ont conduit à leur retrait du marché après de nombreuses années après de nombreuses années mais l'histoire du Mediator est un peu particulière elle est un petit peu hors du champ des médicaments obésités parce qu'en fait c'est un médicament qui a été vraiment détourné de son usage pour le...
Et de la même manière l'osempique on parle d'effet osempique aux Etats-Unis alors les gens c'est beaucoup sur les réseaux sociaux montrent des visages émaciés peut-être des corpulences qui tombent même peut-être des dépressions liées à cette prise de médicaments Etienne Nougas Ce qu'il faut d'abord rappeler ce qui n'est pas toujours une évidence c'est qu'un médicament c'est toujours des bénéfices et des risques Il n'y a pas un médicament qui pourrait soigner sans comporter des effets indésirables des risques pour la santé et c'est pour ça qu'on parle toujours de balance bénéfice-risque c'est-à-dire de ramener les bénéfices pour la santé avec les risques pour la santé et c'est pour ça aussi qu'on va distinguer différentes catégories de patients parce qu'il y a des patients pour lesquels les bénéfices sont tellement massifs tellement important qu'en fait on est prêt sanitairement ou socialement à accepter les risques qui vont avec et d'autres patients pour lesquels les bénéfices n'apparaissent pas suffisamment importants pour qu'on puisse se permettre de prendre des risques pour la santé Donc l'une des différences quand même majeures avec le Mediator c'est que le Mediator a été développé je ne veux pas dire de bêtises mais je pense que ça devait être dans les années 60 ou dans les années 70 à une époque où les essais cliniques étaient beaucoup moins développées beaucoup moins outillées et où on avait aussi moins cette culture de la balance bénéfice-risques et où les agences de sécurité tout simplement l'agence du médicament n'existait pas donc il y avait des contrôles qui étaient moindres et ça se voyait d'ailleurs dans le dossier puisque le Mediator a été longtemps vendu comme quelque chose qui agirait sur le métabolisme alors qu'en fait c'était un anorexigène qui jouait sur l'envie de manger ou la sensation de satiété donc ça c'est un premier aspect et l'autre aspect c'est que précisément les risques majeurs du Mediator c'était les risques cardiovasculaires et là pour ces traitements-là on a testé justement les effets sur les risques cardiovasculaires en ayant en tête aussi ce passé-là et il s'est avéré qu'a priori ces produits-là auraient plutôt des effets protecteurs en fait vis-à-vis des risques cardiovasculaires ensuite je voudrais terminer là-dessus c'est ce qu'on appelle la pharmacovigilance un produit il peut être testé sur des milliers de patients en vie réelle dans le temps dans la durée on va voir apparaître des nouveaux effets indésirables qu'on n'avait pas pu anticiper soit parce que les populations qui le prenaient étaient trop restreintes soit parce que souvent ces médicaments sont testés sur des populations jeunes avec parfois qu'une seule pathologie et que quand c'est des gens du commun qui les prennent ils ont plusieurs pathologies plusieurs traitements qui peuvent interagir donc il y a toujours un effet de découverte et c'est pour ça que ces recommandations et ces autorisations elles sont réactualisées de manière régulière en fonction des nouvelles informations qu'on reçoit sur les risques potentiels ou sur les bénéfices de ces produits donc on ne peut pas promettre que le tableau sera toujours aussi positif et il y a certaines catégories de population typiquement les femmes enceintes où on sait parce qu'il y a beaucoup de médicaments qui ont posé des problèmes pour les femmes enceintes que l'agence du médicament recommande de ne pas le prendre ce type de produit quand on est enceinte Jean-Michel Aupère est-ce qu'on peut parler justement de comment fonctionne ce médicament là en entrée sur les tailles du médiator et peut-être de ses effets cardiovasculaires il y a une molécule à la base corrigez-moi si je me trompe qui est le GLP1 pouvez-vous nous expliquer de quoi il s'agit et comment est-ce que cela fonctionne pour justement permettre cette perte de poids importante
qui a été observée alors effectivement le GLP1 donc ça veut dire glucagon like peptide 1 donc en fait c'est une hormone qui est sécrétée par des cellules de l'intestin et donc qui va avoir une action sur de nombreux autres organes c'est ça une hormone sécrétée et qui va avoir une action sur d'autres organes alors d'abord elle a un rôle sur la régulation de la glycémie et c'est bien pour ça que ces médicaments ont été utilisés pour le traitement du diabète et puis ces médicaments vont avoir un rôle très important sur la régulation de la prise alimentaire donc ils vont interagir avec leurs récepteurs au niveau du système nerveux central et donc ils vont limiter la faim ils vont augmenter la satiété quand on mange donc on va avoir moins faim on va avoir moins envie de manger et quand on est en train de manger on va être plus vite rassasiés donc ça c'est un des mécanismes absolument majeurs de ces médicaments et puis ils vont avoir aussi un effet au niveau de l'estomac lui-même ralentir ce qu'on appelle la vidange de l'estomac donc l'estomac se vide l'estomac se vide dans l'intestin et donc ça va être ralenti et ça ça participe aussi certainement au sentiment de satiété et donc ça a été documenté dans des études et c'est aussi l'expérience courante qui est rapportée par les personnes qui prennent ces médicaments
Est-ce que c'est un traitement qu'il faut prendre sur le long terme sur le court terme est-ce qu'il y a on peut au bout d'un moment arrêter et réguler sa satiété de cette manière là ?
Alors ça c'est une question absolument majeure pour laquelle en fait pour l'instant on n'a pas de bonne réponse donc il y a une ligne de raisonnement qui dit l'obésité étant une maladie chronique ce traitement doit être pris à long terme par exemple si vous êtes hyper tendu vous allez prendre des médicaments qui sont très fréquents puissants qui vont normaliser la pression artérielle vous n'allez pas arrêter le médicament quand votre pression artérielle est normalisée parce que si vous arrêtez elle va remonter et donc là c'est la même chose en fait pour une grande majorité de personnes quand le traitement est arrêté le poids est repris quasiment intégralement au cours d'une année et demie
donc ça rend les patients dépendants à ce traitement
ça nous ramène au fait que la prise en charge doit quand même être globale et que ce médicament c'est une aide parmi les différentes options de traitement et donc pour ce qui concerne notre approche en tout cas on considère que ce médicament doit aider à essayer de travailler aussi sur son comportement alimentaire son activité physique et son mode de vie
et on entendait justement la voix de Karine Clément qui disait l'obésité n'est pas une question de volonté ce n'est pas seulement un rapport à manger alors si ce médicament n'agit que sur la satiété quels sont les autres moyens d'abord de comprendre les sources de l'obésité et d'y répondre d'essayer de les résoudre Jean-Michel Hopper toujours et puis Etienne Nouguez
donc là si on cherche à comprendre le développement de la prise de poids et de l'obésité on est dans un domaine qui est en amont de notre discussion qui portait sur le traitement des personnes qui sont déjà en situation d'obésité et donc là on ouvre un champ très vaste des très nombreux facteurs comme ça a été dit par Karine Clément qui influent sur la prise de poids qui sont d'abord des facteurs sociétaux des facteurs environnementaux des facteurs digitaux aussi et donc l'ensemble de l'environnement dans lequel on est plongé aujourd'hui en particulier l'environnement alimentaire est un environnement qui nous pousse à probablement dépasser nos besoins et favorise la prise de poids ce qu'on appelle l'environnement obésogène et donc là on est plutôt dans des mesures de santé publique alors que tout à l'heure on discutait plutôt d'une prise en charge individuelle de patients en situation d'obésité et là évidemment on arrive à des mesures qui sont beaucoup plus globales qui sont d'amont qui sont des mesures plutôt structurelles ou socio-structurelles et qui sont indispensables à développer qui par exemple en France sont développées dans différents programmes comme le programme national nutrition santé il y a aussi des directives de l'OMS sur la prévention de l'obésité donc ça c'est mais c'est très important d'avoir cette discussion parce qu'on voit que le médicament a tendance à nous amener à une très forte médicalisation du problème de l'obésité mais le problème de l'obésité c'est au-delà d'une injection c'est pas seulement un problème médical
Etienne Nouguet justement l'OMS prévoit qu'en d'ici 2030 30% de la population française pourrait être concernée par l'obésité le coût du remboursement de ce médicament est aujourd'hui estimé d'après les calculs d'une agence d'Asteres pour le journal De Monde à 12 milliards d'euros par an est-ce que c'est le bon endroit en termes de santé publique d'agir sur le remboursement d'un traitement médicamenteux plutôt que d'agir à la sourcure des politiques sociales environnementales comme le disait Jean-Michel Aupère pour lutter contre l'obésité Disons que l'un théoriquement n'exclut pas l'autre il faut prendre en charge les personnes qui sont atteintes d'obésité et remettre quelqu'un à l'activité physique réguler son alimentation Il faut rappeler que le problème de l'obésité c'est pas l'obésité en soi ce sont les comorbidités les maladies qui accompagnent en général ces situations de surpoids massifs C'est essentiellement ça mais il y a aussi malgré tout des difficultés qui peuvent être liées à une obésité massive ne serait-ce que le poids sur les articulations qui peuvent limiter l'essoufflement dont il était question aussi dans l'extrait que vous avez publié tout à l'heure et puis il y a tous les enjeux autour de la stigmatisation et de ce qu'on appelle la grossophobie qui peuvent avoir des effets sur la santé mentale et sur la qualité de vie de ces personnes Mais pour revenir au point il y a la question de prendre en charge les personnes obèses et de les ramener vers l'activité physique c'est tout ce que vous avez sans doute dû entendre parler du sport sur ordonnance de l'activité physique adaptée des maisons sport santé qui essayent de prendre des personnes qui en raison de leur pathologie n'ont pas les moyens de reprendre une activité physique ou sportive normale mais ont besoin d'une phase de transition pour remettre leur corps en forme et il y a la question aussi de la nutrition des régimes alimentaires etc et puis il y a la question de la prévention de l'obésité et là comme l'a dit le professeur Aupert c'est un sujet qui est traité en France depuis le début des années 2000 avec les différents plans nationaux nutrition santé mais qui en fait se heurte là aussi à des conflits politiques économiques entre l'industrie agroalimentaire les professionnels de santé publique mais aussi le ministère de la santé le ministère de l'agriculture c'est-à-dire concrètement pardonnez-moi concrètement c'est-à-dire qu'à un moment donné pour prévenir l'obésité vous pouvez agir sur les facteurs structurels dont parlait le professeur Aupert qui ont à voir avec l'offre alimentaire donc en gros limiter la quantité de sucre de gras de sel dans l'alimentation et notamment l'alimentation transformée où vous pouvez agir sur le développement de l'activité physique où vous pouvez agir ce qui était l'objectif du PNNS du plan national nutrition santé d'agir sur les deux mais quand vous dites en fait l'un des facteurs de l'obésité c'est des problèmes d'alimentation vous avez les acteurs de l'industrie agroalimentaire qui vont vous dire là vous êtes en train de stigmatiser nos produits vous êtes en train de critiquer un secteur qui est en fait un secteur majeur d'emploi et d'exportation et de contribution au PIB en France et donc vous êtes des empêcheurs de tourner en rond et ça c'est ce à quoi s'est heurté le ministère de la santé depuis le début des années 2000 et toutes les mesures qui ont été portées au Parlement pas toutes mais la majeure partie des mesures qui ont été portées au Parlement ont fini par être retoquées parce qu'il y avait une opposition du ministère de l'agriculture et de l'industrie agroalimentaire ce que vous dites c'est que le plan national nutrition santé les PNNS dont vous disiez qu'ils sont apparus au début des années 2000 n'ont pas porté leurs fruits n'ont pas servi à grand chose ils ont porté une partie de leurs fruits mais ils se sont heurtés à de très importantes résistances et par rapport aux ambitions initiales en fait on a dû réduire fortement la voilure si vous prenez le cas du Nutri-Score c'est donc tout le monde connait ça c'est les fameuses lettres qu'on peut retrouver ça a été une bataille qui d'ailleurs n'est pas achevée puisque les industriels ne sont pas obligés de mettre le Nutri-Score sur leurs produits et donc c'est des batailles et chaque bataille en fait s'accompagne par ailleurs de campagnes marketing pour promouvoir tel ou tel produit alors quelle solution Jean-Michel Lopère est-ce qu'il faudrait interdire certains aliments la commercialisation de certains aliments pour lutter plus efficacement contre l'obésité
alors interdire des aliments ça paraît compliqué mais effectivement l'intérêt de l'étiquetage alimentaire et de moyens comme le Nutri-Score c'est d'essayer d'orienter les choix des consommateurs vers globalement une alimentation qui soit plus favorable à la santé donc après il y a d'autres mesures comme la limitation des publicités en direction des jeunes publics voilà en particulier à la télévision pour les aliments dits trop gras trop sucrés Est-ce que ça fonctionne ça ? Ça a été rejeté par le Parlement
Non mais est-ce que c'est pour moi des exemples de campagnes publicitaires des études qui...
Alors ça a été il faut savoir que la France innove pour le remboursement des médicaments contre l'obésité mais que le Royaume-Uni a lui innové l'année dernière effectivement en faisant passer une loi pour la limitation des publicités alimentaires à direction des jeunes publics Il y a un exemple très intéressant qui vient d'être publié récemment d'étiquetage alimentaire pour orienter les choix des consommateurs au Chili et donc après plusieurs années de ce programme qui était un programme d'étiquetage alimentaire alors un peu différent du...
Le Chili est un des pays qui a le plus haut taux d'obésité du monde je crois que c'est presque 75% de la population adulte
Ça fait partie des pays où l'obésité est une préoccupation très importante comme le Mexique comme d'autres pays d'Amérique du Sud donc il y a une publication très récente qui a montré que cette action de politique publique autour de l'étiquetage alimentaire a permis de faire baisser la prévalence de l'obésité infantile Alors c'est quelques pourcents mais quelques pourcents au niveau d'une population ça peut avoir un impact de santé publique vraiment important
Est-ce qu'on se rend compte aujourd'hui Étienne Nouguès de l'enjeu social économique sanitaire que pose l'obésité Est-ce qu'elle est suffisamment prise en compte à la hauteur des enjeux qu'elle soulève ?
Je pense qu'on s'en rend compte et que c'est prise en compte mais c'est prise en compte au milieu de beaucoup d'autres enjeux qui priment sur cette politique-là et c'est là aussi où d'une certaine façon les les les traitements le remboursement des traitements arrangent tout le monde ou disons ne dérangent personne c'est-à-dire que par rapport à une politique qui viserait précisément à agir sur ce qu'on appelle les déterminants donc les facteurs structurels qui jouent sur le développement de l'obésité ça apparaît beaucoup plus simple politiquement de dire en fait on va rembourser le traitement des personnes qui sont devenues enfin qui sont qui sont obèses et enfin c'est ce qu'a dit le professeur et je suis vraiment totalement d'accord avec lui c'est-à-dire que en fait si on fait que ça ça ne résoudra pas le problème ça améliorera la qualité de vie pour les personnes qui sont obèses mais ça ne fera pas diminuer la prévalence et surtout tous les problèmes qui sont associés à l'obésité parce qu'encore une fois l'obésité est corrélée au diabète aux maladies cardiovasculaires mais on peut avoir aussi du diabète sans être obèse et le diabète prend aussi sa source dans l'environnement enfin je parle sous votre contrôle je ne veux pas dire de bêtises mais prend sa source aussi dans cet environnement-là et donc on peut être tout à fait mince et avoir une alimentation de mauvaise qualité et un état de santé du corps qui n'est pas qui n'est pas bon Un dernier élément que je voudrais soulever ce soir c'est le prix de ces médicaments on a beaucoup parlé justement de l'inégalité sociale d'accès à ces traitements du fait que le remboursement par l'état de ces médicaments à travers justement des centres hospitaliers publics comme le vôtre Jean-Michel Yopère permettait de rééquilibrer en tout cas d'injecter un peu de justice sociale dans l'accès à ces traitements anti-obésité le prix interroge je vous propose d'écouter le pharmacologue Andrew Hill expert de l'évaluation du coût des médicaments on l'écoute Voilà ce qu'il faut
pour un mois de traitement un minuscule tas de produits actifs 10 mg et ça ne coûte presque rien 12 centimes pour ça un dixième d'euro On peut fabriquer le semaglutide pour 3 dollars par mois environ 3 euros ça c'est le coût de production si nous voulons que des millions de personnes puissent en bénéficier nous devons obtenir un prix très bas pour que ce soit soutenable pour les finances publiques donc je pense qu'un prix aux alentours de 10 à 15 dollars par mois peut être obtenu en Europe les gens ignorent que les médicaments sont très peu chers à fabriquer
Voilà un extrait de complément d'enquête France 2 du 22 mai à 2026 de ce pharmacologue à propos de Novo Nordisk producteur laboratoire producteur de Végovie Est-ce que ces médicaments le prix de ces médicaments est tronqué Jean-Michel Aupère ?
Alors moi je ne suis pas un spécialiste du prix des médicaments mais pour être complet il faut quand même dire que la décision qui a été prise de rembourser les médicaments les autorités sanitaires ont négocié avec les laboratoires pour diminuer le prix de ces médicaments de près de la moitié donc ça c'est quand même vraiment à souligner donc les 300
de 300 à 150 euros environ
Exactement donc ça c'est quand même à souligner après effectivement probablement le prix de revient du médicament ne correspond pas au prix auquel il est vendu mais on peut aussi souligner que par exemple aux Etats-Unis c'était 3 fois plus que les 350 euros donc il y a des grandes disparités entre les pays pour le prix des médicaments mais quand même il faut souligner que dans l'optique du remboursement la diminution du prix a été négociée par les autorités sanitaires ce qui paraît quand même très intéressant
Et Thierry Nougaz ?
Ce qu'il faut comprendre pour répondre à votre question c'est que le prix du médicament il dépend d'un rapport de force qui est que vous avez un laboratoire qui détient un médicament que Aujourd'hui deux laboratoires enfin en l'occurrence deux laboratoires mais ça ne suffit pas à créer une concurrence en fait sur les prix mais deux laboratoires qui détiennent un médicament que tous les patients rêvent enfin auquel tous les patients rêvent d'accéder pour lesquels les associations de patients mettent à juste titre aussi la pression sur les pouvoirs publics pour dire ce médicament il est dans d'autres pays pourquoi on n'y a pas accès il y a les enjeux d'égalité dont on a parlé et donc en face un gouvernement qui négocie pour 60 65 millions d'assurés et qui dit si vous voulez avoir mon marché il va falloir diminuer vos prix et donc ce rapport de force il fait que la question du coût de production dans l'architecture actuelle elle est un petit peu à côté de la plaque elle devrait être au coeur du problème mais elle ne l'est pas parce qu'on est dans un rapport de force dans une économie capitaliste alors ce qui va changer un peu la donne c'est que l'ozone peak va être génériqué je crois dès l'année prochaine l'ozone peak donc un anti-diabétique qui n'est pas pour l'instant parlé de médicaments remboursés par l'état le cémaglutine mais qui est le même principe actif que l'ouégovie va être génériqué dès l'année prochaine ou dans deux ans en Inde et en Chine et donc on va voir apparaître les premiers génériques et ça ça va aussi conduire à une baisse des prix de ces traitements et peut-être une augmentation de la consommation et de l'usage dérivé de ces produits on l'a bien compris merci beaucoup messieurs d'avoir accepté notre invitation Étienne Nouguez que nous n'ont d'entendre je rappelle que vous êtes sociologue chercheur au CNRS co-directeur de l'axe politique de santé du LIEP et Jean-Michel Aupère je rappelle que vous êtes professeur de nutrition à la faculté de santé de Sorbonne Université médecin dans le service de nutrition de la pitié salpitrière de l'APHP merci également à Antoine Héral pour la préparation Diane Devancé à la programmation Juliette Mouelic Mathias Mégi quant à nous rester à l'écoute on se retrouve dans quelques minutes seulement après le point info pour la deuxième partie de cette émission nous parlerons des mutations de la ville de New York 400 ans après sa formation de la ville de New York
de New York de New York de New York