Ils nous coûtent un pognon de dingue !
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Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, analyser et décrypter car nous sommes dans la ligne droite vers l'élection présidentielle et tant de discours gravitent autour de nous. Notre meilleure arme est de les connaître et de les comprendre. Au programme aujourd'hui, c'est cabinet de conseil privé proche d'Emmanuel Macron qui conseille le gouvernement et se chiffre à des dépenses publiques en millions d'euros. On reviendra aussi sur l'inquiétante montée des taux d'intérêt en Europe. Faut-il vraiment s'inquiéter ? Que comprendre derrière tous ces mots de taux, d'inflation, de dettes ?
Et enfin, nous analyserons Valérie Pécresse qui promet d'augmenter les salaires en diminuant les cotisations. Quelle influence des cabinets privés sur les politiques publiques ? Le gouvernement a fait appel notamment au cabinet américain McKinsey pour la logistique de la campagne de vaccination contre le Covid-19. Deux directeurs associés ont été auditionnés au Sénat, notamment sur la nature des missions ou encore sur de potentiels liens avec la campagne présidentielle de 2017.
Selon des chiffres avancés par la députée LR Véronique Louvagie en février 2021, le ministère de la Santé a signé 28 contrats entre mars 2020 et janvier 2021 pour un tantal de 11,353 millions d'euros avec 7 cabinets de conseil, dont 4 millions avec McKinsey, pour la gestion de la crise sanitaire. Auditionnés donc mardi dernier au Sénat, des représentants de McKinsey se sont défendus de tout rôle décisionnel, je cite, « nous n'avons pas eu de rôle dans la définition de la stratégie vaccinale ».
Sur la période 2018-2020, les dépenses de conseil de l'ensemble des ministères se sont élevées à une moyenne annuelle de 140 millions d'euros, explique le ministère de la Transformation et de la Fonction publique, sans compter les conseils en informatique. Il y a surtout un chiffre qui a interpellé. 500 000 euros ont été versés à McKinsey par Jean-Michel Blanquer pour étudier l'évolution du métier d'enseignant. Eliane Assassi, la sénatrice de la Seine-Saint-Denis et présidente du groupe CRCE, a demandé des comptes. On regarde.
Vous avez obtenu un contrat d'un montant de 496 800 euros pour, je cite, « évaluer les évolutions du métier d'enseignant ». Vous pouvez nous dire à quoi aboutit cette mission ? Oui, bien sûr, madame la rapporteure. Nous avons été sollicités dans le cadre du contrat cadre de la DITP par le ministère de l'Éducation et par la DITP.
Notre rôle a été d'accompagner la DITP pour organiser un séminaire qui était prévu par le ministère en lien avec un nombre d'organisations internationales pour réfléchir à quelles étaient les grandes tendances d'évolution du marché, des évolutions du secteur de l'enseignement, quelles étaient les évolutions aussi attendues du marché d'enseignant et à ce titre, quelles pouvaient être les réflexions autour du métier d'enseignant. Nous avons accompagné la DITP dans cette réflexion. Et nous travaillons maintenant, madame la rapporteure, depuis une vingtaine d'années aussi sur l'analyse de l'évolution des systèmes d'éducation. Oui. Je trouve que cette réponse est un peu imprécise.
Cette réponse vous convainc-t-elle ? En tout cas, pas la sénatrice. Elle pointe une grosse erreur à 496 800 euros et rappelle que cela équivaut à 1 million de masques FFP2. Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publique, précise avoir eu connaissance de cette mission la veille et a assuré sur Europe 1 que les dépenses des ministères auprès de cabinets de conseil baisseront de 15% en 2022. Il est vrai que le rôle opaque de ces cabinets privés interroge. Je vous conseille d'ailleurs les travaux de Public Sénat pour aller plus loin. Thomas, pourquoi l'État français a recours à des cabinets de conseil privé ? Mais ça va avec toute une idéologie.
En fait, dans les années 50 jusqu'aux années 80, on a créé un service public. L'État avait une place importante, notamment dans l'économie, avec l'État stratège, des compagnies publiques télécommandées par des choix politiques. Puis à partir des années 80, il y a eu un changement. Le service public n'a pas complètement disparu. Il est toujours là, mais il est délégitimé dans son action. Il est délégitimé et c'est le secteur privé qui doit lui expliquer comment il doit finalement s'organiser. C'est là qu'est apparu ce qu'on appelle le New Public Management. C'est toutes ces théories du privé que l'on applique au secteur public.
Et quand on regarde aujourd'hui, finalement, si on fait un état des lieux de tous ces partenariats publics privés qui ont eu lieu, on se rend compte que finalement, le résultat n'est pas là où il devait être. Vous regardez par exemple le Royaume-Uni, qui est le pays qui a le plus pratiqué de partenariats publics privés. C'est celui qui en a le plus pratiqué. Vous regardez les rapports du National Audit Office, qui est l'équivalent de la Cour des comptes. Vous vous rendez compte que chaque fois qu'il y a eu des délégations privées, il y a eu des surcoûts. Pourquoi il y a eu des surcoûts ?
Parce que le taux d'endettement est beaucoup plus cher quand on est dans le secteur privé et quand on est public. Parce que quand on est dans le secteur privé, il faut payer les actionnaires. Et on se rend compte par exemple que pour la construction d'une école, quand on délègue au privé, la construction d'une école, c'est 40% plus cher. Quand on délègue au privé la construction d'un hôpital, c'est 70% plus cher. Donc le Royaume-Uni, pays libéral, pays champion des partenariats publics privés, pays qui apporte cette idéologie que le privé fonctionnait mieux que le public, aujourd'hui arrête ce type de partenariat.
Donc voilà, il y a un espèce d'enrobage du fonctionnement du secteur public par ces agences privées qui proposent des conseils dont on ne voit pas trop l'efficacité. Vous avez vu, quand on a interrogé les directeurs associés, cette espèce de vocabulaire, on vous parle de travaux de coordination, de schémas logistiques, sans vraiment savoir à quoi tous ces rapports ont servi. Vous voyez ? Est-ce que tous ces changements d'organisation ont eu des effets ? Quand on interroge certains acteurs du secteur public, ils vous disent que non, plutôt ça a créé une désorganisation et ça a fait perdre en efficacité au service public.
Donc moi, je ne vois pas comment on peut aller plus loin dans cette logique en se disant ça n'a pas fonctionné, donc il faut encore réorganiser, réorganiser en suivant la logique du privé. C'est pour moi une réaction qui est complètement injustifiée aujourd'hui. Il y a d'autres choses qui ont été pointées durant ces auditions. Le directeur associé du cabinet était également un supporter de Macron en 2017. Ces liens ont été mis en avant par les opposants politiques, mais aussi dans une enquête du quotidien Le Monde. C'est en ça qu'on trouve une impression d'entre-soi qui est dénoncée. Toi, qu'est-ce que tu en penses ?
Il y a aujourd'hui clairement un entre-soi, on va dire des élites, qu'ils soient du public ou du privé. Il y a un vrai mélange des genres. Déjà, ils ont souvent fait les mêmes écoles. Aujourd'hui, vous faites des grandes écoles qui vous forment à être des hauts fonctionnaires. On va dire Sciences Po, l'ENA ensuite, pour la plus connue. Et vous pouvez finir après PDG d'une grande entreprise privée. Et vous pouvez même faire les deux, c'est-à-dire commencer hauts fonctionnaires et finir ensuite dans le privé. Et inversement, vous pouvez faire la même école et être complètement dans le privé. Donc il y a une homogénéisation aujourd'hui des élites.
Et ces élites, qu'ils soient dans le privé ou le public, ont le même discours. Et le discours, c'est toujours il faut flexibiliser, la mondialisation, c'est génial, il faut casser les corps intermédiaires, il faut supprimer le nombre de fonctionnaires. Et qu'ils soient dans le public ou dans le privé, c'est cette même idée, en fait, de pragmatisme, soi-disant, qui l'emporte. Et on le voit aujourd'hui avec les carrières que mènent certains politiques. Enfin, Emmanuel Macron en est l'exemple le plus parfait. C'est-à-dire qu'il fait l'ENA, il est aux finances à Bercy, puis ensuite, il passe dans une banque privée. Vous voyez ?
Je veux dire, moi, je ne serais pas étonné de voir qu'un ancien directeur de la Sécu finit chez AXA, ou que quelqu'un qui lutte contre l'évasion fiscale se termine dans une banque qui pratique l'évasion fiscale à haut niveau. Et puis on le voit même, alors après, quand on parle des commissaires européens, on peut être commissaire au climat et finir chez Volkswagen. On peut être président de la commission et finir chez Goldman Sachs. Enfin, c'est quand même assez hallucinant. Donc ces gens partagent une même idéologie.
Et cette même idéologie, elle consiste toujours à défendre un point de vue qui est le même, c'est-à-dire le point de vue du pragmatisme libéral, de la mondialisation, de la flexibilisation du marché du travail, de la casse du service public, de la capitalisation des retraites, etc. Et aujourd'hui, vous voyez des rapports, en fait, de la Cour des comptes, des rapports de Bercy, des rapports de la Banque de France, ce serait la même idéologie que des rapports issus du privé ou même d'associations, de think tanks, plutôt à orientation libérale.
Donc, au cœur du service public, au cœur de la haute fonction publique, il y a aujourd'hui, quelque part, des lobbies qui sont tout autant coupables, en fait, de véhiculer une idéologie que des think tanks comme l'Institut Montaigne ou autre chose. Il y a un mélange des genres assez dramatique. En fait, on se fait confiance sur un certain nombre de critères qui sont les mêmes dans le public ou dans le privé, c'est-à-dire les diplômes, l'appartenance à un certain mode de pensée, l'appartenance à un parcours qui fait qu'on se refile des trucs plus facilement. Voilà.
C'est-à-dire qui fait qu'aujourd'hui, le gouvernement Macron préfère aller voir quelqu'un de McKinsey pour qu'il lui fasse un rapport sur les professeurs plutôt que d'aller parler à des syndicats d'enseignants. Vous voyez, c'est ça, la convergence. Parce qu'on pense que le syndicat d'enseignants, parce qu'on n'a jamais été enseignant, parce qu'on ne le connaît pas, parce que probablement les gens n'ont pas fait les mêmes études, eh bien, on ne doit pas l'écouter. Alors que celui qui est à McKinsey ou celui qui est à Goldman Sachs ou celui qui est ailleurs, il a fait les mêmes études. C'était parfois un camarade de promo. On va parfois très loin.
Vous voyez, c'était quelqu'un qu'on a vu dans une commission. On était dans la même commission. Il se trouve que ça a été le cas. Là, ils ont été ensemble dans une commission qui amène au même résultat, c'est-à-dire un entre-soi, mais qui n'a même pas besoin d'une mise en place complotiste pour le faire. Justement, tu le dis, pourquoi le gouvernement, il s'appuie sur ses cabinets plutôt que sur les personnes du terrain, soit des fonctionnaires, soit, comme tu dis, des syndicats, mais des gens sur le terrain, dans le secteur des domaines cités ? Parce que, en fait, cette élite qui a fait des grandes écoles méprise tous les corps intermédiaires.
Alors, déjà, parce que, bon, moi, je pense qu'il y a une autre société française, on a beaucoup à réfléchir d'un point de vue global sur la formation de nos élites qui très rapidement méprisent. Quand vous faites une école comme Sciences Po, vous méprisez ceux qui sont à la fac, vous méprisez ceux qui font des écoles moins bonnes que vous. Quand vous faites l'ENA, vous... Voilà, on est dans un système comme ça. Quand tu es en prépa, tu méprises ceux qui sont en BTS, et ainsi de suite. Donc, on est quand même dans un système, déjà, où très vite, quand tu es en S, tu méprises celui qui est en ES, et ainsi de suite.
Donc, on est dans un système où très rapidement, il y a une compétition avec une hiérarchie qui est établie. Et je pense que cette hiérarchie se poursuit, mais elle se poursuit aussi dans le public. Quand vous avez fait Normale Sup, vous arrivez en Master 2, vous avez plus de chances d'avoir une bourse de tête parce que vous avez fait Normale Sup et que le prof, il est comme un fou sur vous. Et donc, les profs, par exemple, de fac, public, vont discriminer des propres éléments qu'ils ont fabriqués depuis la première année parce qu'ils les jugent moins bons.
Vous voyez, si vous avez fait Normale Sup, l'INSEE, l'ENSAE, vous arrivez, vous avez un tapis rouge dans les masters pour avoir des bourses de thèse. Alors, parfois, vous n'êtes pas forcément meilleur. Mais dans l'inconscient, vous êtes meilleur, donc vous faites... Eh bien, là, c'est un peu pareil. On est une société qui est comme ça. Donc, les gens, ils arrivent en haut et méprisent les partis politiques, les militants de partis politiques. Parce que les militants de partis politiques, ils ont une idéologie, selon eux. Et il faut qu'aujourd'hui, le pragmatisme l'emporte.
Donc, quelqu'un qui a émergé au Parti Socialiste comme Macron, mais aussi comme d'autres à droite, c'est-à-dire qui a fait Sciences Po, l'ENA, cabinet ministériel, qui se retrouve ensuite ministre, il méprise la base politique des militants qui ont tracté parce qu'eux, ils sont soumis à l'idéologie quand lui est soumis au pragmatisme. Il méprise les collectivités locales qui sont dispendieuses et qui ne servent à rien. Il méprise les syndicats qui sont là pour protéger leurs intérêts et des rentiers, nous dit-on, face aux chômeurs qui, eux, accepteraient de travailler soi-disant s'il n'y avait pas de protection. C'est à peu près ça.
Donc, ils maîtrisent tous ces corps intermédiaires et à partir du moment où vous faites ça, vous vous dites que si vous parlez aux collectivités locales, elles vont penser qu'à leur pognon. Si vous passez aux syndicats, ils vont penser qu'à protéger leurs intérêts. Et si vous parlez aux militants politiques, ils sont soumis à une idéologie et donc, il faut les écarter ou il faut leur passer dessus comme le Valls l'a fait, comme Macron l'a fait ou comme d'autres l'ont fait. Donc, voilà, c'est ça. On ne s'appuie pas sur la base. On reste dans l'entre-soi parce qu'on a la connaissance que les autres n'ont pas.
Pour la première fois depuis mai 2019, le rendement des obligations allemandes à 10 ans s'approche de zéro. Cette hausse fait peser un risque sur la bourse et les dettes des États. Le Monde titre même l'inquiétante remontée des taux d'intérêt en Europe. Vous ne comprenez pas la bourse, la dette. On le sait, ces sujets sont compliqués. Et nous, dans l'instant porché, on aime bien détricoter pour nous donner des armes du savoir. Alors, c'est parti. Thomas, est-ce que tu peux nous expliquer clairement la situation ? Alors, ce qui fait peur aujourd'hui, c'est que nous avons une dette qui a fortement augmenté avec la pandémie. Ce qui est rassurant, c'est qu'elle a augmenté partout.
C'est-à-dire que tous les pays ont été frappés, tous les pays ont vu leur dette augmenter. Mais il est clair que la dette en pourcentage de PIB est beaucoup plus importante depuis la pandémie qu'avant la pandémie. Ça, c'est la première des choses. À cela s'ajoute l'inflation. Il y a une augmentation des prix parce qu'il y a eu des désordres au niveau du commerce mondial, parce qu'il y a une demande qui est boostée par des plans de relance, parce que l'offre, parfois, ne suit pas parce que certains pays sont frappés par la pandémie et vont confiner et donc la production va aller moins vite que la demande. Donc, ça crée de l'inflation.
Cette inflation, avec une dette, fait peur aux gens, notamment aux libéraux, parce que si vous avez une inflation et que vous enclenchez cette boucle d'augmentation des salaires, ce qui se passe en ce moment puisqu'on parle beaucoup d'augmenter les bas salaires, donc vous pouvez avoir une boucle qui fait que les prix augmentent, les salaires suivent, les prix augmentent, les salaires suivent, et ainsi de suite. Et après, on atteint ce dont tout le monde a très peur qui est l'hyperinflation dont on est très loin aujourd'hui parce qu'on a une inflation à 4-5% qu'on est en hyperinflation. En dessous de 10%, l'inflation n'est pas un problème. Mais c'est ce qui fait peur aux libéraux.
Donc, si vous avez une dette, si vous avez de l'inflation qui augmente et qui devient, on va dire, incontrôlable, mais on en est très très loin, comment vous arrêtez cette dynamique ? En augmentant les taux, les taux d'intérêt. Et si vous augmentez les taux d'intérêt dans une période où vous avez une forte dette, c'est une inconnue parce que ça n'a jamais été fait. Vous voyez, ça peut devenir très problématique. Donc, c'est cet enchaînement que les libéraux agitent pour dire que c'est très très grave et qu'il faut absolument faire des réformes, notamment des économies sur la dépense publique pour maîtriser notamment l'évolution de la dette.
Moi, je connais ces mécanismes, je les observe, mais je vois qu'il ne faut pas non plus céder à la panique pour un point de vue politique qui a pour but vraiment de couper la dépense publique et nous dire qu'on maîtrise la tête. Il faut observer ça rigoureusement, mais pour l'instant, on est très très loin du scénario catastrophe. On pourrait réaugmenter les salaires parce qu'on est loin d'être en plein emploi, etc. On pourrait réaugmenter les salaires pour s'ajuster à l'inflation sans qu'il y ait cette boucle qui s'enchaîne et qui nous amène à une hyperinflation dont tout le monde fantasme la peur ou les prix douleraient tous les 12 heures comme ça a été le cas en Hongrie à l'après-guerre.
On en est très loin. Il faut observer cette situation, mais il ne faut pas non plus s'affoler parce qu'on sait que l'affolement, en fait, il a souvent derrière une volonté politique qui est de casser, de baisser la dépense publique et donc de casser le service public. Est-ce que c'est inquiétant, les taux d'emprunt allemands de référence qui repassent en positif ? Ça repasse en positif, c'est-à-dire que les taux augmentent. Ça veut dire que ce que je viens de dire va arriver, c'est-à-dire que les taux vont augmenter et que ça va être très grave pour la charge de la dette et pour les emprunts à venir. Sauf que là, on passe de taux qui étaient négatifs à des taux qui sont légèrement positifs.
Donc, il faut aussi se calmer. C'est-à-dire que l'Allemagne, là, sur le long terme, empruntait un taux d'intérêt négatif. C'est-à-dire que les gens la payaient pour lui prêter de l'argent. Vous voyez ? Là, ça passe légèrement au-dessus de zéro. OK, très bien, ça augmente. Donc, c'est à observer. Mais il faut tout de suite se calmer et arrêter de dire « Ouh là là, c'est très grave, ça augmente comme si on avait des taux d'intérêt de dingue. » Non, c'est passé légèrement au-dessus de zéro. Donc, on est loin de quelque chose d'extrêmement grave. Mais c'est à observer. Et est-ce que la charge de la dette, c'est un vrai problème en France ou pas ?
Parce qu'on sait que ce genre de propos, tu viens de le dire, sont énormément repris dans le champ de politique pour justifier des réformes, par exemple. La charge de la dette, c'est les intérêts de la dette qu'on paye et c'est ce qui pèse sur les recettes publiques. Donc, c'est ça, en fait, qui est important. Parce que c'est ce qui pèse, voilà. On va nous dire « Oui, c'est le premier poste, etc. » C'est ce qui pèse sur les recettes publiques. Ce qu'il faut regarder, c'est que notre dette a augmenté depuis 10 ans. Mais que la charge de la dette, en pourcentage de PIB, a diminué. Même en milliards, la charge de la dette a diminué.
C'est-à-dire que nous payons moins de charge de la dette alors que nous avons une dette qui est plus élevée. Ce qui est quand même plutôt une bonne nouvelle. Vous voyez ? Donc là, quand bien même, elle augmenterait un peu. Quand bien même, elle augmenterait un peu. Je veux dire, ça fait 10 ans qu'elle diminue. Donc, à partir du moment où je vois, moi, que ça augmenterait un petit peu, tout le monde va s'affoler en disant « Ouh là là, ça augmente, on y est ! » Parce que c'est depuis 2011 que les gens disent ça.
Toutes les réformes, en fait, qui ont été faites d'économies, du service public, d'argent qui n'a pas été mis à l'hôpital, d'argent qui n'a pas été mis à l'école, c'est parce qu'on ne peut pas le faire. Parce que vous comprenez, les taux d'intérêt vont augmenter. Donc, ils ont baissé, bizarrement. Et donc là, s'ils se mettaient à augmenter un petit peu, les mecs vont nous ressortir ça. Nous avions raison, ça fait 9 ans qu'on vous le dit, ça va augmenter. Ce n'est pas parce qu'ils augmentent un petit peu alors qu'ils ont baissé depuis 10 ans, que c'est très grave. On est sur des chiffres extrêmement faibles. Dans les années 90, les taux étaient bien plus élevés.
Et on disait que tout allait bien parce qu'on pratiquait une politique plutôt libérale, de désinflation compétitive. Donc, moi, je pense qu'il faut se calmer là-dessus. Il faut vraiment observer les choses parce que c'est un travail d'économiste, de regarder. Mais il ne faut pas céder à l'affolement. Et puis souvent, c'est un faux affolement, c'est un épouvantail, je vous le dis, qui a vraiment pour but de justifier des réformes libérales. Mais si les taux augmentaient un petit peu, de la même façon, alors qu'on pratiquait des réformes libérales, ce serait même à vous dire que ce n'est pas très grave, que c'est normal, c'est un passage à faire, etc.
Donc, non, non, il ne faut pas s'inquiéter plus que ça. Et puis, il faut observer juste ça. Mais dans l'ensemble, les indicateurs sont plutôt très bons.
Vous voyez, il faut que le travail paye plus que l'assistance. Et ma mesure, c'est de dire, on va augmenter de 10% les salaires nets. Et je crois que c'est indispensable. Et pour toute la chaîne des salaires, pas que pour les salariés au SMIC, jusqu'à 3 000 euros nets.
– Valérie Pécresse veut augmenter les salaires. Chouette, gros thème de campagne, les salaires. La candidate LR, elle, promet une hausse de 10% jusqu'à 2,2 SMIC nets. Mais comment ? Allons derrière le discours politique et décryptons tout ça. Thomas, Valérie Pécresse a annoncé, je viens de le dire, qu'elle augmenterait les salaires en supprimant des cotisations. Est-ce que tu peux nous en dire plus ? – Voilà, on est toujours dans le même type de fonctionnement. C'est-à-dire que pour augmenter les salaires, plutôt que, je ne sais pas moi, de se dire, bon, les profits ont explosé, il y a une part de profit beaucoup trop faible qui va aux salariés, la majorité va aux actionnaires.
Ensuite, à l'investissement de manière beaucoup plus faible et pas assez aux salariés. Donc, on pourrait se dire qu'on consacre une plus grande part du profit à l'augmentation des salaires. Ben non, plutôt que de dire ça, on se dit qu'on va faire un espèce de micmac entre le brut et le net en enlevant des cotisations pour augmenter la part du net. Sauf que quand vous faites ça, de l'autre côté, vous retirez quelque chose aux salariés. Vous savez, quand tu retires les cotisations chômage, ce qu'a fait Macron, t'es heureux, ça augmente sur ta fiche de paye.
Sauf que les cotisations chômage, c'est ce qui te permet aux salariés d'être autour de la table de l'unédic et de négocier pour l'assurance chômage. Donc, quand tu retires des cotisations, tu retires les salariés à l'unédic, l'assurance chômage se dessine entre l'État et le patronat et on voit le résultat, ben, on baisse les prestations chômage au final. Donc, ce qu'on te donne d'une main, on te le retire de l'autre. Et là, Pécresse, elle va aller plus loin en retirant les cotisations retraite. Bon, ben, très bien. Après, si on ne finance plus la retraite sur les salaires, on la finance sur quoi ? Capitalisation, etc., réforme des retraites, baisse des pensions de retraite.
Quand vous travaillez avec vos parents ont moins de retraite, qu'est-ce que vous faites ? Soit vous les laissez crever, soit c'est vous qui payez avec votre argent. D'accord ? Donc, à un moment, il faut savoir ce que l'on veut. Soit on le prend sur les salaires directement, et c'est le service public, c'est une retraite par répartition, soit on le fait ailleurs. Mais de toute façon, à un moment, il y a toujours quelqu'un qui paye. Je veux dire, c'est de l'argent privé, à un moment. Je veux dire, la retraite ne va pas tomber du ciel. Les banques ne vont pas payer les retraites pour ce... Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe.
Donc, il y a quelqu'un qui le sortira de sa poche, c'est souvent l'enfant qui le sort pour ses parents. Donc, voilà, on est toujours dans le même type de micmac, en fait, qui veut qu'on augmente les salaires en cassant, finalement, une partie de notre modèle social. Toujours dans le programme de Valérie Pécresse, elle veut supprimer 150 000 postes de fonctionnaires. C'est des propos qui sont critiqués par le gouvernement actuellement, y compris par Emmanuel Macron, je le cite, expliquer que le destin de l'État, c'est de sabrer les fonctionnaires comme si c'était des bâtonnets, je trouve ça étrange. Ce sont des femmes et des hommes qui se sont engagés pour le service public.
Quelques mois avant son élection, on le rappelle, Macron envisageait de diminuer de 120 000, lui, les effectifs dans la fonction publique. Il a peut-être changé d'avis. Qu'est-ce que c'est, toi, ton point de vue là-dessus ? Ça me fait rire, parce qu'en fait, Pécresse a un programme moins dur que Fillon. Fillon, c'était 500 000 postes de fonctionnaires en moins, à l'époque. Ça a quand même fait 19%, avec toutes les affaires qu'il avait. Là, Pécresse, elle dit 150 000 postes de fonctionnaires. Macron, c'était 120 000. On n'en est pas loin.
N'oublions pas, le programme de Macron, c'est 120 000 postes de fonctionnaires, 50 000 en moins dans la fonction d'État, 70 000 sur les collectivités locales. Je veux dire, c'était ça, son programme. Là, il fait genre, ah non, les Français sont attachés au service public. Non, non, son programme a toujours été de casser le service public à Macron. Les gens semblent l'oublier. Comme Pécresse va à droite, on doit aller un peu moins à droite pour séduire un petit peu un électorat de gauche, centriste. Et c'est un peu ce qu'il fait en se présentant comme celui qui va être le réformateur, le pragmatique, encore une fois, sans casser la baraque.
Mais si elle avait dit 500 000, je pense qu'il serait toujours à ses 120 000 ou 130 000 postes de fonctionnaires en moins. Voilà, parce que c'est ce qu'il avait dit. Je vais dire, c'était un des premiers à avoir critiqué le statut de fonctionnaire. Donc moi, ça me fait rire. Ça me fait rire et ça me rend un peu triste parce que je me rends compte, en fait, que la plupart des gens, en réalité, on peut leur dire n'importe quoi, ils oublient. Les gens ont rejoint Macron par opportunisme. Je voyais Montchalin qui disait on ne doit pas supprimer des fonctionnaires. Mais quand elle a rejoint Macron, il voulait supprimer 100 000 postes de fonctionnaires et tout le monde applaudissait.
Et aujourd'hui, tout le monde l'applaudit parce qu'il défend soi-disant le service public. Franchement, moi, je trouve que les électeurs, à la fin, je me dis que finalement, ils sont traités comme ils devraient être traités parce qu'ils oublient tout. Donc on peut leur dire tout et leur contraire en l'espace d'un an. Et les mecs, ils se disent ah oui, c'est génial. Ben non, moi, je pense qu'il faut avoir une ligne directrice quand on fait de la politique. Ce n'est pas du tout ce que l'on voit aujourd'hui en politique. – Merci Thomas. – Merci. – Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant porché.
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Valérie Pécresse