Emmanuel Macron : "Je fais des réformes pour les Français, pas pour Bruxelles"
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Bonjour Emmanuel Macron, avant d'examiner vos remèdes contre les maladies de la France que vous avez ainsi identifiés, défiance, complexité, corporatisme, quelques mots de conjoncture, la chute brutale des bourses, c'est un symptôme inquiétant ?
Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est inquiétant en profondeur, mais il faut toujours faire très attention. La situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, elle est fragile, parce que la croissance mondiale n'a plus qu'un moteur, ce sont les Etats-Unis. On l'a vu hier, le prix du pétrole baisse assez fortement, ce qui est aussi lié à la faible croissance et au choix de certains pays. Il y a des risques géopolitiques, d'ailleurs sur lesquels la France est fortement impliquée et joue son rôle. Et une zone euro qui, on le voit bien, est un peu au ralenti. Donc tout ça, ce sont des facteurs d'incertitude, de fragilité, il faut y veiller, c'est pour ça qu'il faut travailler et accélérer.
Est-ce qu'il y a le risque d'une plongée dans la déflation ? Je pense qu'il est inutile à ce stade d'agiter les peurs. Il y a en tout cas un risque d'inflation très faible, de croissance très molle, longue. Et c'est pourquoi nous devons à plusieurs, parce que ça n'est pas le choix d'un seul pays, mais c'est la responsabilité de chacun, réussir à trouver une nouvelle donne pour éviter ce risque de déflation. Et ça rejoint la chronique de M. Guetta. Parce qu'aussi, dans cette Europe en difficulté, la France est encore plus en difficulté ? La France, c'est un fait, elle est un peu plus en difficulté en termes de croissance que ses voisins.
La croissance de la zone euro est très faible, celle de la France est encore un peu plus faible aujourd'hui. Donc il nous manque du muscle. Nous avons commencé le travail en matière de dépenses publiques, il était nécessaire. Parce qu'on a 10 points de plus de dépenses publiques que nos voisins. On ne fera pas la grande Europe si on ne traite pas ce problème, cette différence. Mais, et on doit le faire pour nous, en même temps aujourd'hui, il faut qu'on muscle notre économie. La muscler, ça veut dire en rénover le cadre, libérer les énergies qu'il y a dans cette économie.
Réussir à faire mieux, à aller plus loin, à permettre à ceux qui veulent créer des emplois, ceux qui veulent travailler, ceux qui sont prêts à prendre des risques, il faut les aider, libérer ces énergies avec des mesures très pratiques. Et en même temps, parce qu'on rénovera la France, être très exigeant avec nos partenaires. Nos partenaires allemands qui ont la capacité à investir plusieurs dizaines de milliards d'euros et qui en ont besoin pour eux-mêmes. Et nos partenaires européens, c'est l'idée de ce plan de relance sur lequel nous avons demandé un rapport en effet à deux économistes franco-allemands, 300 milliards.
300 milliards, ça fait 8 à 10 milliards d'euros pour la France chaque année, dès l'année prochaine. Donc il faut des vraies réformes pour avoir des vrais investissements, vite.
Alors on y vient justement, les propositions que vous avez présentées hier, c'est un vrai plan qui va être mis en oeuvre rapidement, ou c'est un signal libéral et réformiste pour calmer, pour rassurer Bruxelles et Berlin ?
Il y a beaucoup de choses dans votre question, j'ai essayé de les traiter de... Le plan, on va le détailler après. Dans l'ordre.
Mais d'abord le signal réformiste et libéral qu'il était urgent de donner pour calmer à la fois la Commission européenne et les autorités allemandes.
Alors d'abord, sauf quand je viens vous voir tôt le matin, j'avoue que je ne pense pas à Bruxelles en me rasant. Je pense plutôt à mon pays et aux Français. Donc ces réformes, elles sont faites pour nos concitoyens. Elles sont faites pour nous, elles sont très concrètes. Lorsqu'on décide qu'on va maintenant ouvrir la possibilité, par exemple, de créer des lignes de car partout dans le pays, ce qui n'est pas possible, c'est pour nous.
Parce que ça crée des milliers d'emplois et ça redonne la possibilité d'être mobile à des millions de Français qui sont les Français qui ont parfois le plus de difficultés à être mobile pour aller chercher un emploi, pour aller voir leur famille, se divertir, etc. Des milliers d'emplois, vraiment ? Écoutez, les Allemands ont pris cette décision en 2013. Il y avait 3 millions environ de voyageurs en car en Allemagne. Ils sont à 8 millions aujourd'hui. Et ils ont créé à peu près 10 000 emplois dans le secteur. Donc évidemment, ça créera des emplois.
Et on a un secteur, le transport poids lourd, le transport routier, qui est aujourd'hui en crise, qui est surcapacitaire, avec des Français qui savent conduire, qui ont l'habitude. Il faut comprimer les formations de requalification, les rendre beaucoup plus efficaces. Mais si on leur permet de retrouver des emplois, c'est efficace, c'est bon pour le pays. Mais les autocars, c'est le seul secteur sur lequel vous donnez des chiffres de prévision. Non, je vais revenir, mais je veux continuer la réponse précise à votre question. Donc, ce n'est pas un signal pour les autres. Les réformes, nous les faisons pour nous-mêmes.
Et il faut se sortir de la tête que les réformes, nous les ferions sous un dictat de Bruxelles ou de Berlin. Ce n'est pas parce que quelque chose est bon pour nous, quand les autres l'évoquent, qu'il ne faudrait pas le faire. Donc ça, c'est le premier point. Le deuxième point, j'entends ce qu'on voudrait dire sur, c'est du libéralisme. Ce sont des mesures libérales. Écoutez, le libéralisme, vous savez comme moi ce que c'est. C'est la loi du plus fort. L'esprit des réformes que nous proposons, c'est tout l'inverse. C'est recréer des égalités d'accès, l'égalité des chances économiques à ceux qui ne l'ont pas. On s'attaque à des intérêts particuliers, à des corporatismes.
On peut le détailler et prendre des exemples précis. Donc on redonne des chances à ceux qui sont en dehors, à ceux qui n'ont pas accès. Parce qu'aujourd'hui, nous avons un pays, il faut bien le dire, où on a, par excès de réglementation, par excès de droits, par fascination pour l'égalitarisme, eh bien on a réduit les droits réels de ceux qui n'en ont pas. C'est ça la difficulté de notre pays. C'est ça qui est difficile. Mais ça n'est pas un projet libéral. Parce qu'aujourd'hui, redonner de la liberté dans certains secteurs, c'est aussi redonner des droits réels aux Français.
Dans ce que vous avez annoncé hier, qu'est-ce qu'il reste à négocier avec les intéressés ? Et qu'est-ce qui est arrêté ou va être arrêté dans l'immédiat tout de suite ? Par exemple, sur l'ouverture des commerces le dimanche, jusqu'à 12 dimanches par an au lieu de 5, tous les syndicats, vous les avez entendus, sont vent debout. Vous passerez outre ? Ou vous allez discuter avec eux ?
La discussion est permanente. Le projet que j'ai présenté hier, qui est un travail collectif, parce qu'il concerne beaucoup d'autres membres du gouvernement, pour ce qui est du travail du dimanche, c'est un travail conjoint avec François Rebsamen, mais c'est le fruit d'un arbitrage politique qui est porté par le président de la République et le Premier ministre. Ce n'est pas une opinion personnelle. Pour ce qui relève du travail du dimanche, cela relève du champ de ce qu'on appelle la concertation. Donc ça n'est pas une négociation des partenaires sociaux. Donc c'est-à-dire que les partenaires sociaux seront consultés ?
Ils seront consultés, ils l'ont été, par François Rebsamen comme par moi-même, et surtout il y a un travail important, long, qui a été fait l'année dernière, par M. Bailly. Et donc nous nous appuyons sur ce rapport. Donc j'entends les mécontentements, mais je veux dire ici que ce travail est le fruit d'une concertation. Maintenant, sur le travail du dimanche, disons-nous tout de suite les choses. Cela reste l'exception. Nous faisons une réforme qui est utile dans les endroits où il y a la création d'emplois. Mais nous allons surtout imposer le volontariat, l'existence d'un accord majoritaire dans l'entreprise, et la compensation, payée double et avec un repos.
Aujourd'hui, dans notre pays, il y a beaucoup d'endroits où le travail du dimanche se fait sans ces compensations. C'est-à-dire sans que les salariés soient protégés. Donc il y aura plus de protection. En même temps, des mesures très concrètes pour donner aux maires, aux élus locaux, la possibilité d'ouvrir davantage s'ils le veulent. Et dans des zones d'intérêt national, international, où il y a un potentiel d'activité économique, et où fermer le dimanche, c'est travailler moins, gagner moins pour tout le monde, parce que les touristes qui sont là, ou les français qui pourraient acheter, partent. Alors là, nous avons décidé que nous reprenons la main.
Mais vous savez, le travail du dimanche, il ne faut pas en faire un mythe. La réalité de notre pays, c'est que près de 30% des français travaillent de manière occasionnelle ou régulière le dimanche. La réalité de notre pays, c'est que 25% du chiffre d'affaires d'Amazon se fait le dimanche. Alors, on peut continuer à vouloir ne laisser travailler que les multinationales anglo-saxonnes qui payent peu d'impôts dans notre pays travailler le dimanche, mais ça n'est pas la bonne solution.
Je reviens à ma question sur les effets de vos mesures, de vos propositions sur l'économie. La loi Montebourg, telle que l'avait imaginé votre prédécesseur, avait l'ambition de rendre 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux français. La loi Macron, ce sera quoi ?
D'abord, il n'y a pas de loi Macron, il y a une loi collective, parce que les sujets que j'ouvre ne sont que...
Vous refusez que votre nom soit collé...
...que d'autres sujets. ...aux mesures législatives qui seront votées. Je ne crois pas aux aventures individuelles. C'est en tout cas l'idée que je me fais de la responsabilité ministérielle. Et les prévisions sur l'emploi et la croissance, les effets ? Ensuite, cette loi, elle doit être très concrète. C'est pour ça que j'ai donné hier un calendrier. Elle sera complétée dans un mois par d'autres mesures. Elle sera déposée en Conseil des ministres le 15 décembre. Donc elle sera enrichie d'un travail intergouvernemental, de nos discussions, des travaux que nous avons lancés avec les parlementaires. Elle passera devant le Parlement en janvier, et elle sera votée en avril.
Les décrets, j'en donnerai tout de suite le calendrier de manière très précise. Et nous allons mettre en place un dispositif avec des économistes indépendants pour précisément chiffrer l'impact. Parce que, vous savez, c'est facile d'annoncer les choses comme je l'ai fait hier. C'est très difficile de le tenir dans le débat. Parce qu'il faut s'affranchir des intérêts particuliers. Tout ce que nous disons là, ce sont des bonnes mesures. Mais elles sont bonnes pour l'intérêt général. Mais on demande à chacun un petit effort. Donc il faudra pouvoir, dans le débat, tenir. Si elles sont trop dégradées par des compromis qu'on fait pour chacun ou chacune, alors nous n'aurons pas l'effet attendu.
Donc je veux qu'il y ait pleine transparence et que ce soit suivi. Et ce sera suivi dans l'application. Donc il y a un calendrier précis, tout sauf des effets d'annonce. Et cette loi doit être enrichie par des mesures très concrètes pour les Français.
On va en reparler tout à l'heure avec les auditeurs d'Inter. Un mot sur le changement, le grand changement annoncé hier matin à EDF. C'est vous qui avez annoncé à Henri Proglio qu'il pouvait commencer à faire ses cartons. Vous lui avez dit quoi ?
Ça, ça relève de la relation personnelle et, si je puis dire, du secret des choses gouvernementales. J'ai eu cette tâche au nom du gouvernement. La décision a été prise par le président et le premier ministre. Il y avait bien un motif, Emmanuel Macron ? Oui, bien évidemment qu'il y avait un motif. Qui est ? Une loi pour la transition énergétique a été votée en première lecture. Nous sommes en train de redéfinir le cadre de notre politique énergétique. Henri Proglio a beaucoup fait pour cette entreprise ces dernières années. Il s'est battu à l'international pour avoir des contrats, pour redresser les résultats d'EDF. Il n'en demeure pas moins qu'il ne pouvait effectuer un mandat complet.
Dans deux ans, pour délimitage, son mandat était terminé. Donc, il était souhaitable de redonner un souffle, une visibilité à cette entreprise avec un chef d'entreprise qui pourra au moins effectuer un mandat. Et nous voulons aussi reclarifier le paysage des entreprises publiques du secteur énergétique. C'est la première touche. Donc, avec Ségolène Royal, nous avons porté cette décision. Henri Proglio a payé sa proximité avec Nicolas Sarkozy ? Vous savez, on ne peut pas reprocher à ce gouvernement d'avoir fait des règlements de compte politiques.
Regardez les dirigeants des entreprises publiques ou à participation publique et dites-moi si vous trouvez qu'il y a eu de la purification politique. Je ne crois pas. Si on lui avait reproché ou si c'était l'esprit de ce gouvernement ou de celui qui lui a précédé, Henri Proglio n'aurait pas terminé son mandat. Il l'a terminé de manière républicaine.
Le ministre de l'économie Emmanuel Macron avec nous. On vous retrouve donc dans quelques minutes. 0145 24 7000 pour les appels des auditeurs sur les réseaux sociaux. Le hashtag interactif dans un instant, la revue de presse.
Emmanuel Macron